2013 : une année de solidarité !

L’équipe de Golias souhaite à ses nombreux lecteurs et internautes une belle et heureuse année 2013. Une année que nous mettrons pour notre part sous le signe de la solidarité avec les plus démunis…

L’horizon mondial 2013 ne se présente guère sous un jour particulièrement rose, c’est le moins que l’on puisse et doive dire. Comment ignorer la crise économique très grave qui est en train de nous submerger ?

La situation ecclésiale n’est guère plus réconfortante. La restauration entreprise et menée à bien, petite touche par petite touche, par un Joseph Ratzinger / Benoît XVI plus déterminé que jamais se poursuit. Les catholiques d’ouverture semblent parfois comme tétanisés face à une évolution qui s’apparente à une involution, souvent partagés entre le désespoir et la tentation du compromis pour avoir le sentiment d’être toujours reconnus.

En ce début d’année, c’est une conviction que nous voulons partager avec tous nos amis. Si l’alternative d’ouverture se renie elle-même, si elle multiplie les contorsions pour être tolérée par une hiérarchie de plus en plus intolérante et intransigeante, si elle oublie sa vocation d’empêcher de tourner et de croire en rond s’offrant en sacrifice au nom du consensus mou, elle perdra sa raison d’être et ne sera plus crédible. Nous évoquerons la figure du cardinal Saliège de Toulouse qui “ sous l’occupation – recommandait aux chrétiens de ne pas perdre leur sel !

Nous sommes convaincus que dans les années qui viennent beaucoup de choses vont changer. Cela dépend aussi de nous. Notre pire erreur, sinon notre faute, serait de baisser les bras par crainte de déplaire aux évêques ou à quelques jeunes clercs en mal de certitudes qu’ils n’ont pas reçues en héritage. L’irénisme est souvent ennemi de la paix.

Bon combat, chers amis lecteurs. Dans la joie, l’humour et la bonne humeur, car il ne s’agit pas de se prendre trop au sérieux. Il nous suffit d’avoir confiance en la force d’un message subversif qui valut à son messager d’être cloué sur la croix, mais pour vivre à Pâques.

Christian Terras

Évasion

On parle beaucoup aujourd’hui de l’évasion fiscale, à propos d’un acteur célèbre qui vient de s’installer en Belgique pour payer moins d’impôts. Il est évident qu’un tel comportement, d’ailleurs très répandu chez ceux qui ont de très hauts revenus, est fondamentalement anticivique. La démocratie se corrompt, dit Montesquieu dans L’Esprit des lois, lorsque s’y perd ce qu’il appelle la « vertu », nous dirions aujourd’hui le civisme, c’est-à-dire lorsque les citoyens font passer leur intérêt particulier avant l’intérêt de tous. L’impôt a pour fonction d’alimenter la solidarité, entre ceux qui ont beaucoup et ceux qui ont peu, ou rien du tout. Sa vertu de correction sociale est essentielle, et s’y dérober quand on est très aisé est inadmissible, surtout quand on a profité soi-même auparavant des avantages que la société nous a donnés, sous forme d’aides diverses : subventions au spectacle dont on a bénéficié si l’on est artiste, formation continue qui nous a été octroyée si l’on est sportif, etc. Tout cela a été payé par les impôts des autres.

On voit sur Internet des réactions bizarres. Certains disent crûment qu’à la place de cet acteur ils en feraient eux-mêmes autant. D’autres, que bien d’autres que lui en font autant, y compris certains parmi les responsables politiques qui ont voté les récentes mesures fiscales. Mais on oublie l’adage juridique, selon lequel l’abus n’empêche pas l’usage (abusus non tollit usum). Ce n’est pas parce qu’une conduite se répand qu’elle doit être acceptée, si elle est illégitime. L’effronterie des Internautes, courageusement abrités derrière des pseudonymes, me sidère. Il faudrait leur répondre, suivant là encore un ancien adage, que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.
On allègue que cet acteur est talentueux. Ce n’est pas une raison pour accepter sa conduite. Bien au contraire, il devrait à plus forte raison donner l’exemple. En fait, il est surtout populaire, et c’est pourquoi nos politiques, par démagogie, gardent un discours prudent. Le Premier Ministre vient de se corriger, en disant que c’est seulement le comportement en question qui est « minable », et non la personne. Pudeurs effarouchées, dictées seulement par le souci de ne pas déplaire au public, et de ne pas perdre de suffrages. La lâcheté, comme je l’ai dit dans mon précédent billet, Démission, s’étend partout.

La foire aux apocalypses

« Mais pourquoi donc le 21 décembre 2012 ? Le choix de cette échéance prétendue être celle de la fin du monde par de nombreux gourous est-elle vraiment celle
du « calendrier maya » ?

À l’origine, il y a les civilisations aztèques et mayas et leurs « prédictions » calendaires retrouvées sur des roches et autres vestiges scripturaux d’antan. Aucune prédiction supposée ne délivre de message strictement apocalyptique, mais certains calendriers divisent l’histoire terrestre en cycles. Interprétés et déformés de nos jours par des courants ésotériques New Age, ces derniers assènent que l’imminence de la fin du monde se profile pour demain et que tout a déjà été écrit… hier. Pourtant, c’est surtout parce que des mayanistes farfelus sont venus contredire des mayanistes de renom qu’est née la date du 21 décembre 2012 comme échéance finale. D’autant que la graphique de la date, exclusivement composée de chiffres « 1 » et « 2 », offre un subtil fumet de numérologie : « 21/12/12 ».
Une invention moderne

« Il n’y a rien dans les prophéties mayas, aztèques ou mésoaméricaines, qui suggère qu’ils prophétisaient un changement
soudain ou massif quelconque en 2012 » certifie le mayaniste Mark Van Stone, professeur d’histoire à l’université de Southwestern College (Californie) avant de siffler la fin de la récréation : « La notion d’un « Grand Cycle » arrivant à son terme est une invention purement moderne. » Qu’importe, avec le film 2012 réalisé par Roland Emmerich, un long-métrage inspiré des romans de l’écrivain de science fiction Steve Alten où la fin du monde est prophétisée par les Mayas, la date de la fin du monde a été mondialement popularisée. Ce block-buster américain sorti en salle en 2009 a généré, en 14 semaines d’exploitation planétaire – à l’exception de la Corée du Nord l’ayant interdit – pas moins de 770 millions de dollars d’entrées. En France, il a réalisé l’incroyable score de 4,6 millions d’entrées, auxquelles s’ajoutent un demi-million de copies dvd et blu-ray vendues depuis 2010. Des chiffres qui ne tiennent pas compte du nombre, pléthorique, de téléchargements illégaux mais qui laissent présager de l’incroyable audience de cette fiction et du fort
potentiel lucratif de la thématique
apocalyptique. « C’est cette fiction qui a popularisé l’idée que la date farfelue du 21 décembre 2012 correspondrait à celle du calendrier maya » explique un associatif anti-sectes depuis le colloque européen de la Fécris (Fédération européenne des centres de recherche et d’information sur le sectarisme) à Perpignan.
Combattre la peur

Le plus incroyable dans l’épopée du « 21 décembre 2012 », c’est peut-être la récente découverte archéologique faite au
Guatemala dont les conclusions ont été publiées en mai dernier dans les revues Science et National Geographic. Ayant découvert le plus ancien calendrier astronomique maya datant du IXe siècle gravé sur une roche du site maya de Xultun – qui compte 56 bâtisses sur une superficie de 31 km2 – l’échéancier cérémonial maya découvert est constitué de comparaisons avec d’autres cycles calendaires. On peut y apercevoir, à condition d’en déchiffrer les glyphes, les uns à côtés des autres, le calendrier solaire de 365 jours, mais aussi le cycle de Vénus de 584 jours et celui de 780 jours de la planète Mars. D’autres calendriers gravés sur la roche étant le fruit de l’observation des cycles lunaires. Ces inscriptions, selon les spécialistes, seraient le travail d’un scribe. « Les anciens Mayas considéraient que le monde continuerait et que dans soixante-dix siècles les choses seraient exactement comme elles l’étaient alors » explique William Saturno, l’un des archéologues ayant participé aux fouilles. « Les Mayas ne recherchaient pas une date de la fin du monde, mais au contraire l’assurance que rien ne changerait » ajoute le chercheur. Un paradigme radicalement différent de celui, apocalyptique, que les déclinologues et autres prophètes de la décadence ne cessent d’asséner tels des mantras. Les Mayas, par leurs observations rationnelles qu’ils conjuguaient à leur cosmogonie, tentaient de combattre la peur, intrinsèque à chaque être humain, de la finitude du monde.

Découvrez l’intégralité de notre dossier dans Golias Magazine n°147

Jean-Baptiste Malet

Vatican/Chine : Pékin tranche dans le vif

Les autorités chinoises viennent de sanctionner Mgr Ma Daqin, évêque auxiliaire de Shanghaï, qui avait eu l’audace de s’émanciper de leur tutelle. Ce jeune évêque de 44 ans, ordonné le 7 juillet dernier en la cathédrale de Shangaï, a en effet été révoqué par l’Association patriotique qui fait la pluie et le beau temps dans l’Eglise de Chine reconnue par Pékin.

Le motif de cette décision cassante est l’annonce que fit ce prélat, devant des centaines de fidèles, de son retrait de l’association patriotique, juste après son sacre. Une façon singulièrement provocatrice aux yeux des autorités officielles du catholicisme chinois, et plus encore des chefs communistes, de faire preuve d’allégeance à l’endroit du Vatican, perçu souvent en Chine comme une puissance étrangère.

L’Association patriotique est l’organe par lequel le Parti communiste chinois entend établir un contrôle très strict des catholiques. Du point de vue romain, il exprime une volonté injustifiée de contrôler la vie de l’Eglise.

Dans la continuité avec sa stratégie de chauds et de froids, le Parti communiste chinois passe donc à nouveau à une attitude hostile et polémique envers Rome, alors qu’il y a encore quelques mois on semblait assister à un nouvel épisode de détente. De sorte que le cardinal Tong, archevêque de Hong Kong, pouvait se déclarer optimiste. Ce nouvel épisode de tension ravive les tensions de l’été dernier, lorsque Rome excommunia un évêque, Mgr Yue Fusheng, ordonné on le sait contre la volonté expresse du Saint-Siège.

Il s’agit d’un conflit ancien, et souvent envenimé. De par le passé, le cardinal Zen, un temps archevêque de Hong-Kong, estimait que Rome devait se montrer intransigeante face aux catholiques patriotiques soumis au régime de Pékin. Mais une autre ligne a toujours existé, celle qui préconise le rapprochement au moins partiel des deux communautés catholiques, l’une acceptant une certaine obédience au régime et l’autre se référant uniquement à Rome. De fait, les échanges et les contacts existent entre les deux communautés. La diplomatie vaticane, sous la houlette du cardinal Tarcisio Bertone, et longtemps de Mgr Pietro Parolin, jadis efficace et diligent sous-secrétaire pour les relations avec les états (sorte de vice-ministre des affaires étrangères) entendait naviguer entre la complaisance et la rigidité. Pour ne pas tout compromettre, sans pour autant tout avaliser.

Le chiffre officiel de catholiques en Chine est de 5,7 millions, mais on estime leur nombre à 12 millions au moins. Les autorités chinoises, non encore satisfaites de l’exclusion de l’évêque trop romain, entendent imposer un serment plus contraignant à tout nouvel épiscope nommé. Le catholicisme local se trouve donc bien sous contrôle.

La crise pointe la fragilisation de la jeunesse et le creusement des inégalités.

Le premier rapport biennal de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire en tant qu’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse Inégalités entre jeunes sur fond de crise pointe la fragilisation accrue de la jeunesse et le creusement des inégalités au sein de cette population. Entretien avec Francine Labadie, de l’Injep.[Propos recueillis pas Roch Sonnet de l’Injep pour le site internet « Observatoire des inégalités »(http://www.inegalites.fr)]

Quels sont les principaux enseignements de ce rapport ?

Premier enseignement : les inégalités intra-générationnelles s’aggravent sur fond de crise, la ligne de fracture passant principalement par le diplôme. Les jeunes pas ou peu diplômés sont les plus fragilisés et la mise à l’écart du marché du travail les expose au risque d’exclusion sociale durable. Les jeunes diplômés, pour leur part, connaissent une dégradation de leurs conditions d’emploi ainsi que des privations matérielles temporaires ou des difficultés d’accès à un logement autonome.

Le deuxième enseignement concerne l’imbrication des dimensions conjoncturelle et structurelle de la crise qui explique en grande partie ce creusement des inégalités entre jeunes. Par conséquent, leur réduction requiert des politiques ciblées pour traiter les injustices les plus criantes, mais aussi des réformes structurelles, en particulier, du système éducatif et du régime de protection sociale, qui constituent la clé de voûte de l’intervention publique en direction de la jeunesse. Il est essentiel de repenser le fonctionnement du système éducatif, et d’atténuer le rôle du diplôme dans la détermination des trajectoires professionnelles et sociales pour offrir à chacun la possibilité de se former tout au long de la vie, et partant, des perspectives de mobilité sociale et professionnelle. Autre exemple, il est indispensable de réviser la redistributivité des aides à l’éducation qui ne concernent que des jeunes de milieu modeste, via les bourses, ou de milieu aisé, via les aides fiscales, oubliant les jeunes des classes moyennes quand bien même les frais de scolarité et de logement augmentent fortement.

Troisième leçon : on a affaire à une dynamique systémique des inégalités Dès lors, celles-ci peuvent difficilement être combattues à travers des interventions sectorielles seules. Leur réduction requiert une approche globale, impose de réviser les principes de justice au fondement des politiques publiques (l’égalité d’accès, l’égalité des chances, l’équité, l’égalité des résultats, …) et de repenser leur nécessaire combinaison.

Le dernier enseignement renvoie à l’égalité des droits. Plutôt que de privilégier l’indépendance du jeune, via des aides directes, l’Etat providence français favorise les solidarités familiales pour sa prise en charge. Partant, ces « grands enfants » se voient refuser l’accès à des droits sociaux universels. Même si une fraction de la jeunesse, les jeunes pauvres, est soutenue et accompagnée à travers des dispositifs spécifiques comme les fonds d’aides aux jeunes (FAJ), il y a un grand paradoxe entre la responsabilisation que l’on exige de ces jeunes vulnérables et la faible protection qui leur est accordée.

Pointez-vous l’empilement des dispositifs et des acteurs des politiques publiques de jeunesse ?

Le problème de l’action publique c’est son articulation, de l’Europe au local, en passant par l’Etat et la région. On n’a pas assez pensé à des espaces de coordination des politiques de jeunesse, comme on l’a fait en France dans le domaine de la culture, ni à des méthodes de concertation comme l’a fait l’Europe avec le dialogue structuré. Ce qui importe c’est l’accompagnement des parcours des jeunes en veillant à ce que ceux-ci mobilisent les ressources offertes et les convertissent en réussite sociale. Pour ce faire, il faut une action publique individualisée et globale, qui considère le parcours du jeune dans toutes ses dimensions : logement, éducation, santé, etc…

Plus qu’un état des lieux, ce rapport vise-t-il l’interpellation des acteurs politiques ?

C’est l’objectif de ce rapport. Dans ce contexte de mutations profondes, la responsabilité de l’acteur public est forte, mais il ne répondra pas aux enjeux des inégalités sans une mobilisation de tout le corps social : entreprises, société civile, collectivités, organisations socioprofessionnelles… et les jeunes eux-mêmes.

Cette prégnance des inégalités sur les moins de 25 ans peut-elle s’expliquer par le fait qu’on met fortement les jeunes en compétition dans les domaines essentiels du quotidien : l’éducation, l’emploi… ?

La compétition découle en effet d’abord de notre conception du système éducatif et de son principe de justice dominant qui est l’égalité des chances. Notre système éducatif entend corriger les inégalités liées aux origines en favorisant le mérite, ce qui induit la compétition et la primauté donnée à une vision utilitaire de l’éducation. L’élitisme républicain est critiqué par de nombreux spécialistes de l’éducation comme Christian Baudelot, François Dubet, Marie Duru Bellat…. Ces deux derniers soulignent la nécessaire combinaison des principes de justice : il ne faut pas seulement favoriser les plus méritants et performants, ou encore aider les plus faibles, il faut aussi favoriser la formation de citoyens autonomes, capables de comprendre les enjeux du monde qui les entoure. C’est une autre approche de l’égalité des chances dont il s’agit ici. Elle induit qu’au-delà de la reconnaissance du mérite, on offre à tous les jeunes les opportunités et les moyens de construire leurs parcours, de prendre en main leur destin, dans une logique d’empowerment, c’est-à-dire, dans une logique qui permet à la personne de contrôler les événements qui la concernent.

Les pouvoirs publics ont-ils les moyens de cette ambition ?

L’ambition politique doit toujours être mise en regard avec la gravité des enjeux publics. Or, le risque de vivre dans une société fragmentée entre des gagnants et des perdants est réel. Au surplus, l’entrée tardive des jeunes générations sur le marché du travail menace notre système de solidarité entre les générations. Face à ces enjeux, il faut dire et redire que ces sombres évolutions ne sont pas irrémédiables. Cela demande des efforts et du courage politique, mais c’est possible. S’attaquer à la dynamique inégalitaire demande une réforme de fond de l’école,et une régulation du marché du travail, des mécanismes de péréquation entre territoires, un Etat social qui tienne compte des évolutions des mutations familiales ainsi que de l’individualisation de la société.

Au fond, ce que vous dites, c’est que des politiques dédiées à des publics spécifiques, comme les jeunes, n’ont de sens que si elles s’accompagnent de réformes structurelles, repensant l’Etat social dans son ensemble ?

Oui, c’est vrai. En tout cas c’est vrai si on veut bien considérer la société française telle qu’elle est aujourd’hui. Prenons deux exemples dans le domaine de l’éducation : la formation et le diplôme. Certes, il y a un temps de la formation initiale qui est essentiel et stratégique, mais il faut penser aussi des formations tout au long de la vie, la possibilité faite à chacun d’avoir une seconde chance, afin de favoriser la mobilité sociale. Considérons la question du diplôme qui constitue l’un des grands clivages, facteur d’inégalité entre jeunes. Est-ce à dire que les diplômés n’ont pas de problèmes ? La difficulté que rencontrent les diplômés ce n’est pas tant l’exclusion que la précarité, des conditions d’emploi moins sécures et le déclassement. D’une génération à l’autre le diplôme est dévalorisé. Mais à l’intérieur d’une génération, le diplôme est véritablement clivant. Si les diplômés s’en sortent mieux que les non diplômés aujourd’hui… ils s’en sortent moins bien que les générations précédentes à diplôme égal.

Ce que je veux souligner, c’est la nécessité d’articuler les approches intra et inter-générationnelles. Prenons l’exemple de l’emploi. Certes, sur ce volet il y a des difficultés propres à la jeunesse qu’il faut traiter, mais le problème de fond c’est bien la sécurisation des parcours. Ce n’est pas un problème jeune, même s’il concerne beaucoup les jeunes. Cibler les publics les plus en difficulté est nécessaire, mais on ne règlera pas le fond du problème sans repenser le système d’entrée dans l’emploi et sa sortie. Les contrats de génération illustrent cette approche nouvelle des pouvoirs publics qui intègrent la jeunesse dans une politique promouvant les solidarités entre générations. C’est un nouveau droit commun qu’il faut inventer. L’enjeu est complexe et il faut y répondre par une action publique globale qui intègre toutes les dimensions des problèmes.

Propos recueillis pas Roch Sonnet de l’Injep pour le site internet « Observatoire des inégalités »(http://www.inegalites.fr)

Francine Labadie est chargée d’études et de recherche et chef de projet Observatoire à l’Injep. Elle a coordonné le rapport Inégalités entre jeunes sur fond de crise. Cet entretien est extrait du site de l’Injep.

L’Injep propose un dossier complet consacré à la question des inégalités entre jeunes sur fond de crise (lire sur le site de l’Injep).

Bienheureux Paul VI

La décision a déjà été prise. Les théologiens, cardinaux et évêques de la congrégation pour les causes des saints, en charge des canonisations, viennent de se prononcer en faveur de la prochaine béatification du Pape Paul VI. Pape de 1963 à 1978. Qui a donc conclu Vatican II. Un Concile qu’il n’aurait pas ouvert mais qu’il poursuivit, en gardant parfois la porte entrouverte, mais sans échapper à une certaine crispation dont témoigne un peu plus tard la désastreuse encyclique « Humanae Vitae » dont on sait l’impact négatif. Et même le choc qu’elle provoque.

D’une certaine façon, on peut redouter une certaine récupération de la figure parfois ambivalente d’un homme angoissé, foncièrement traditionnel, mais avec des accents d’ouverture et de dialogue. Qui gomme les aspects moins prisés aujourd’hui dans ce pontificat de restauration comme la volonté d’imposer une réforme liturgique vraiment marquante ou l’amour pour l’art moderne. Sans oublier quelques audaces oecuméniques. Les cardinaux enthousiastes de la béatification de Paul VI, comme Angelo Amato, un salésien, préfet de la congrégation pour les causes des saints, proche du Secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, et que l’on dit fervent supporter de cette cause, entendent surtout valoriser l’aspect doctrinal d’un Pape fidèle à la Tradition.

Selon le religieux en charge du dossier, plaidant pour la béatification, le Père Antonio Marrazzo, un cas de guérison miraculeuse opérée par le Pape serait déjà constaté. Sorte de signature céleste apposée. Il s’agirait de la guérison d’un foetus survenu il y a une quinzaine d’années en Californie.

L’intention de Benoît XVI serait très claire. Béatifier à la clôture de l’année de la foi ce Pape qui en convoqua déjà une. Et ainsi exalter le rôle du Pape de gardien de la foi.

Lanza, un être étrange

À propos de la tuerie de Newtown, et de son auteur présumé, c’est peut-être la plus belle phrase du week-end. « Socialement, Adam Lanza était un être étrange : à l’inverse de la plupart des jeunes de sa génération, il n’avait apparemment pas de compte Facebook. »

Lisez-la, relisez-la, retournez la en bouche. Admirez-en les restrictions apparentes, ce « la plupart », ce « apparemment ». On sent que l’auteur (journaliste au site de L’Express) ne parvient pas tout à fait à y croire. On sent qu’il brûlerait de poursuivre l’enquête, de partir chercher les traces, dans la vie réelle, de cet être étrange qui a si peu imprimé l’univers numérique.

Que dit cette phrase ? D’abord, banalement, le dépit mécanique des journalistes qui ont pris l’habitude, en tout premier réflexe, de chercher sur les réseaux sociaux des traces des tueurs de masse. Comme le relevait Rue89, c’est avec une pointe de dépit que l’information était donnée par les confrères sur les radios, pendant tout le week-end. On interrogeait un psychiatre. On cherchait à comprendre. Pas de page Facebook ? Aujourd’hui ? C’est forcément grave, docteur !

Mais cette phrase, dans sa musicalité, va au-delà de la banalité journalistique. Elle pourrait être l’incipit du grand roman du début du XXIe siècle, si Huxley, Marcel Aymé et Houellebecq avaient tenu la plume ensemble. Même sur les photos de classe, aucune trace : il était « camera shy » (il refusait d’être pris en photo). A-t-on idée, Adam Lanza ! Et Breivik ? Vous n’auriez pas pu prendre exemple sur Breivik ? Haro sur le tueur de vingt ans qui, en sus de tous ses forfaits, a le culot de ne même pas laisser ses photos sur Facebook pour nourrir l’iconographie des télés.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Un rapport inédit de l’IGAS sur la prostitution et ses enjeux sanitaires

L’IGAS précise qu’ « il n’y a pas une mais plusieurs prostitutions » et cite ses différentes pratiques : dans la rue, une chambre d’hôtel, un bar, ou encore un établissement. Le rapport relève que la majorité des personnes pratiquant la prostitution de rue sont des femmes étrangères en situation irrégulière et souvent en situation précaire. Le nombre exact de personnes prostituées demeure inconnu ; l’IGAS les estime de 1 à 20.

L’IGAS rappelle que les risques sanitaires liés à cette pratique sont le VIH/Sida, les hépatites et les autres maladies sexuellement transmissibles, ainsi que le recours à l’IVG. Les violences exercées à leur encontre constituent un autre facteur de risques. Toutefois, les personnes prostituées sont plus ou moins exposées à ces risques, en raison de leurs mode et conditions d’exercice. Les prostitué-e-s en situation de clandestinité et/ou d’isolement sont davantage exposé-e-s aux risques sanitaires, puisqu’elles accèdent plus difficilement aux moyens de prévention. L’IGAS fait également état des troubles liés à leur mode de vie, mais non-imputable à la prostitution elle-même (troubles psychiques, alimentaires, usage de produits psycho actifs).

Le rapport souligne les difficultés du milieu associatif à rencontrer et sensibiliser les personnes prostituées, surtout depuis la loi de 2003 sur le racolage passif, qui les incite à exercer dans des lieux difficilement accessibles. D’autre part, les associations souffrent d’une restriction budgétaire générale imputée à une diminution importante des subventions publiques. L’IGAS précise que les associations n’assurent pas la prévention auprès des réseaux parallèles de prostitution (internet, bars, établissement), pour se concentrer sur la prostitution de rue.

L’Inspection Générale des Affaires Sanitaires démontre qu’il n’existe pas une seule catégorie de population, et qu’une politique générale de la prostitution paraît par conséquent inadaptée. L’IGAS recommande l’adoption d’une démarche pragmatique et le travail autour des différentes problématiques liées à la prostitution (sécurité, ordre publique, immigration, régime juridique).

Selon les conclusions établies par l’IGAS, les réseaux cachés de la prostitution doivent être mieux étudiées et appréhendées, afin d’y apporter une meilleure politique de prévention. Il faut également porter une attention particulière aux publics les plus fragiles (personnes en situation d’irrégularité et/ou de précarité) et notamment aux mineures.

La ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem appuie cette réflexion en précisant qu’ « un travail spécifique sera engagé avec les Conseils généraux pour que les dispositifs de protection qui existent dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance soient pleinement mobilisés pour protéger les prostituées mineur-e-s. »

Najat Valllaud-Belkacem salue la qualité et la méthode du rapport et rappelle que le gouvernement abrogera le délit de racolage passif. Elle rejoint l’IGAS en affirmant la nécessité de renforcer le rôle des associations et d’améliorer leurs conditions de financements ; ce point sera traité par la mission interministérielle pour la protection des femmes.

Sophie Louy – EGALITE
Lien et source url :http://www.egalite-infos.fr/2012/12/19/rapport-de-l%E2%80%99igas-sur-la-prostitution-et-ses-enjeux-sanitaires-%C2%AB-il-n%E2%80%99y-a-pas-une-mais-plusieurs-prostitutions-%C2%BB/