«Visite ad limina» pour dire quoi ?

L’évêque diocésain doit, tous les cinq ans, présenter au Pontife Suprême un rapport sur l’état du diocèse qui lui est confié selon la forme et au temps indiqués par le Siège apostolique.» Laissons au canon 399 cette formulation sans doute d’un autre âge. Au cours de ce dernier trimestre 2012, les évêques français vont satisfaire à cette obligation en se rendant à Rome en trois groupes distincts et dans un cadre très codifié : ont-ils quelque chance d’être entendus ? Et sur quoi ?

Les « visites ad limina(1) » mobilisent les services de communication de la Conférence des évêques et des diocèses. Il s’agit de bien de « rendre compte de la situation française », de « corriger la vision parfois partielle qu’ont certains de leurs interlocuteurs à Rome sur leur Église ». Ils parleront de la sécularisation qui a beaucoup progressé dans notre pays, de la pauvreté de leurs diocèses, ils aborderont la question du mariage des ministres ordonnés, éventuellement, du couple, de la famille, de la fin de vie, etc.

Pas de sujets tabous, soyez en sûrs Les évêques iront à la Cité de Saint Pierre avec leur rapport – une centaine de pages pour chaque diocèse – à partir du questionnaire que Rome leur a demandé de remplir. Ils ont confié ce travail à leurs directeurs de services. Tout en esquissant les difficultés, Mgrs Raffin et Charrier, interrogés par La Croix, entendent également énumérer les atouts de leurs territoires. L’évêque lorrain rappellera ainsi le « nombre non négligeable de jeunes prêtres, bien formés aux disciplines et conscients de la nouvelle donne » (sic) et son confrère corrézien, la « nouvelle vigueur grâce au déploiement d’initiatives visant à mettre le service du frère (la diaconie) au cœur de la vie ordinaire de l’Église ». Au Mans, Mgr Yves Le Saux entend pour sa part mentionner l’importance de « la demande de formation catéchétique des adultes, en particulier pour les générations qui découvrent la foi chrétienne ». Mais en même temps, tous les évêques interrogés nous préparent au caractère bien relatif de leur « pouvoir ». 5000 évêques à travers le monde. Les services des dicastères romains manquent de moyens par rapport aux services secondant les ministères de la République. Et puis il faut prendre en compte que nos réalités franco-françaises ne sont pas celles des autres Eglises locales… Il n’est pas dit ouvertement qu’il faudra s’attendre à des déceptions. Priez, priez pour nous… Nous aurons fait tout ce qui était possible, dans les dicastères et auprès du Saint Père.

Alors voilà, que penser de ces « visites ad limina », notamment à partir du « questionnaire remis par Rome ». Deux thèmes pris dans le formulaire – ce qui est demandé sur les laïcs et ce qui est demandé sur les prêtres – permettront de vérifier à la fois l’amont et l’aval probable de ce qui est avant tout présenté comme un pèlerinage… par ceux qui rendront compte des réalités et des attentes de leur diocèses… Quelles réalités et quelles attentes ? A découvrir en deux articles dans Golias Hebdo de cette semaine (http://www.golias-editions.fr/article5088.html).

1. Elles se déroulent pour l’épiscopat français à partir du 21 septembre jusqu’au mois de décembre 2012.

Bêtise

Un jeune koweïtien a été accidentellement tué le soir même de ses noces par son ami qui voulait tirer en l’air en signe de joie, a rapporté le quotidien local Al-Qabas. Selon le journal, « l’ami du marié se préparait à tirer en l’air comme le veut la coutume, mais une balle est partie toute seule et a mortellement atteint le marié au dos. » En suite de quoi les autorités koweïtiennes ont « élaboré un plan pour interdire les tirs de joie lors des mariages. » (Source : AFP, 22/08/2012).

On a là évidemment un cas exemplaire de bêtise, cette fois aux conséquences tragiques. Mais peut-être au fond y a-t-il un lien entre les deux : la bêtise est aussi dangereuse, sinon plus, que la méchanceté elle-même. On connaît l’histoire, racontée par La Fontaine, de L’Ours et l’Amateur des jardins. Cet ours, animé des meilleures intentions, voyant une mouche se poser sur le nez de son ami le jardinier pendant qu’il fait sa sieste, prend un pavé qu’il lui jette à la tête, « cassant la tête à l’homme en écrasant la mouche ». La leçon de la fable est la suivante : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami / Mieux vaudrait un sage ennemi. »
Si l’on y réfléchit bien, là est aussi la leçon de la tragédie traditionnelle. Son ressort est l’hamartia, la faute du héros, qui réside dans l’aveuglement, la partialité de la vision, l’ignorance de l’ensemble des paramètres d’une situation, et le manque de conscience où nous sommes des conséquences imprévisibles de nos actions. Cela va d’Œdipe Roi de Sophocle jusqu’au Malentendu de Camus. Très souvent nous agissons de façon catastrophique en croyant ou voulant bien faire : ainsi Œnone dans la Phèdre de Racine déclenche-t-elle la tragédie en extorquant son secret à sa maîtresse. Les faits divers aussi regorgent de cas de ce qu’on appelle l’hétérotélie, le détournement de finalité, que Monnerot a analysé dans ses Lois du Tragique, à partir d’une phrase de Jaspers : « Toute action engendre pour son auteur des conséquences dont il ne s’était pas douté. » Ainsi un chasseur peut-il tuer son meilleur ami, en tirant dans un fourré, y croyant déceler un gibier. Dans le fond, bêtise ridicule ou faute tragique, la forme est la même, et aussi le résultat : nous survalorisons notre pouvoir de maîtrise sur toutes nos actions, et notre humanisme activiste et triomphaliste devrait en tirer leçon.

Le radieux réveil de Dieu

Dieu ouvrit un oeil, tendit le bras machinalement vers sa table de nuit, et atteignit à tâtons la revue de presse quotidienne que lui préparaient, toute la nuit, les stagiaires du paradis. De Son doigt divin, assis dans Son lit, il feuilleta les dépêches. Observant une immobilité respectueuse à côté de l’auguste couche, le directeur du département de la communication divine se rengorgeait néanmoins. Il était satisfait. Et manifestement, le Boss le serait aussi.

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« Pas mal » laissa enfin tomber Dieu. « Ce film, là, et tout ce qui a suivi, les manifestations, les morts, les dessins dans ce journal ridicule, en Europe, c’est vraiment une bonne opération. Bien mené. On ne parle que de nous ». Tout ce que l’humanité mortelle comptait de puissants n’avait plus qu’un sujet de conversation: le dessin, en dernière page, d’un obscur journal humoristique, qui avait représenté les fesses de Mahomet, logo de l’une des filiales de l’entreprise. Même le porte-parole du président des Etats-Unis avait abordé la question. En capitaine d’industrie avisé, Dieu savait qu’il n’est qu’une règle: faire parler du produit. Le tenir en permanence sur la crète du buzz. Depuis des millénaires, Il ne redoutait rien tant que l’oubli. Car, en dépit de Sa sérénité proverbiale, Dieu était sujet à de fréquentes crises d’angoisse. Et si le produit se démodait ? Et si la clientèle cessait de croire ? Et si les jeunes générations se tournaient vers d’autres centres d’intérêt ? Mais la créativité du département marketing du Ciel semblait n’avoir pas de limites.

Son oeil s’assombrit soudain. « Que vois-je ? Une controverse sur le fait de savoir si Jesus était marié ? Aujourd’hui ? » Le directeur de com’ toussota avec embarras. « Un léger dysfonctionnement du service planning. Ca ne se reproduira pas ». Dieu était Amour, c’est une affaire entendue, mais pour autant, Il ne supportait pas l’amateurisme. Un jour, un événement: c’était la règle d’or du Département du planning théologique. Le communiquant attendit le Savon, qui ne vint pas. Le Boss était vraiment dans un bon jour.

« Le coup de génie, c’est vraiment d’avoir orchestré la concurrence entre les filiales, répéta Dieu pour la millième fois. Le jour où j’ai trouvé ça… » Le directeur de la com approuva, d’un discret signe de tête. Ne jamais contrarier les accès d’autosatisfaction du Patron. « Quand même, on a du mal à y croire, poursuivait Dieu, en enfilant le Peignoir de lumière, que lui tendaient les stagiaires du service des archanges. Leur planète fout le camp, ils sont menacés par le réchauffement, la surpopulation, l’épuisement des ressources, l’écart des richesses, et notre affaire continue de marcher, comme au premier jour ». Bien qu’habitué à la naïveté des enthousiasmes du Boss, le directeur de com’ ne pouvait s’empêcher de le regarder avec Amour. C’est ce mélange de naïveté et de cynisme, dans l’exploitation du désespoir éternel de l’humanité, qui maintenait l’entreprise à flot depuis tant de millénaires. Et lui garantissait un avenir radieux, que rien ne semblait pouvoir menacer.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Ombline : devenir mère en prison

Ombline est d’une blondeur pâle qui tranche avec la noirceur du monde carcéral. Pour avoir, dans un geste fou, planté un couteau dans la cuisse d’un flic au moment où son dealer d’homme saute par la fenêtre pour échapper à l’arrestation, Ombline « prend » trois ans. Après le suicide de celui-ci. Elle découvre, à son arrivée à la centrale, qu’elle est enceinte.

Au travers d’une mise en scène qui a la force de son minimalisme, on vit au plus près avec Ombline – merveilleusement joué par Mélanie Thierry – sa grossesse, son accouchement, les premiers moments partagés avec Lucas dans l’aile des mères-détenues. Ombline est seule. Et lorsque Rita, la copine qui lui tient lieu de famille, cesse de lui rendre visite, le règlement carcéral exige le placement du petit Lucas en famille d’accueil à l’âge de 18 mois. Il trouve des grands-parents aimants, présents sans être encombrants, et qui donnent sans compter ni juger.

Pour récupérer la garde de Lucas à sa sortie, Ombline doit faire un parcours sans faute : il lui faut résister à la violence carcérale, aux provocations de ses co-détenues, aux protocoles fossilisés de l’administration et des services sociaux. Et surtout elle doit lutter contre ses propres démons : avec une mère morte quand elle avait un an et un père incarcéré depuis qu’elle en a treize, ils sont légion à l’assaillir. « Tiens bon sinon ton enfant sera comme toi ! » lui dit une co-détenue à sa sortie. Autour d’elle, on se bagarre, on se suicide. La vie compte peu. Seule celle des enfants porte les mères.

Ce film pourrait être une sorte de fiction documentaire, et pourtant il n’en est rien. Avec des plans minutieusement travaillés et une lumière qui campe aussi bien le sordide des lieux que la force des personnages, Stéphane Cazes suscite, dans un savant dosage, l’empathie du spectateur pour les détenues et la révolte contre la dureté de l’univers carcéral.

Ce film est sombre et pourtant optimiste. Il ne juge pas. Il n’est pas pleurnichard non plus. Sans jamais se perdre dans l’écueil attendu du discours sur le déterminisme social, il nous raconte un parcours fait de coups et de blessures. Et d’amour aussi.

Ombline a une force inattendue qui force notre respect.-

On sort du film avec cette envie qui ne trompe pas de vouloir faire encore un bout de route avec Ombline/Mélanie.

Stéphane Cazes, jeune réalisateur, à peine trentenaire, raconte, avec la puissance des histoires qui jaillissent « de l’intérieur », l’univers de ces femmes incarcérées, et surtout de la maternité en prison. Lui, si jeune et surtout homme, filme avec une extraordinaire justesse et une immense tendresse la naissance et le lien mère-enfant.

Merveilleux paradoxe que ce jeune homme qui filme avec son ventre, et qui fait un cinéma engagé sans rien perdre de la justesse des images et des sentiments.

Un premier film qui rend impatient…

Sortie en salle le 12 septembre 2012

Danielle Michel-Chich – EGALITE
Source et lien url :http://www.egalite-infos.fr/2012/09/12/ombline-devenir-mere-en-prison/

Baldelli, l’ancien nonce en France est mort

Le cardinal Fortunato Baldelli vient de nous quitter à l’âge de 77 ans. Il est connu des lecteurs de Golias pour avoir exercé pendant onze la charge de Nonce Apostolique à Paris, de 1999 à 2010.

Malgré sa santé déjà fragile (une fragilité de plus en plus perceptible), Mgr Baldelli
était un prêtre délicat et très dévoué. Il étudiait avec scrupule chaque nomination. Originaire du diocèse d’Assise, l’esprit du Poverello était sa boussole spirituelle. Soucieux de proposer pour les sièges épiscopaux des candidats compétents mais aussi animés d’un vrai sens pastoral, il était par ailleurs irrité par la volonté de main-mise du cardinal Lustiger. Classique, et sans doute conservateur dans ses principaux choix théologiques, Baldelli n’avait pas non plus toute la marge de
manoeuvre pour privilégier les candidats qui étaient les siens. Quelquefois il était fasciné par des personnalités discutables comme celle de Philippe Barbarin dans la nomination duquel à Lyon il joua un grand rôle. Mais c’est lui aussi qui résista au pression pour faire nommer à Nanterre en 2002 Mgr Gérard Daucourt refusant que le cardinal fasse la loi dans sa banlieue en y plaçant un homme.

D’une parfaite intégrité, mais d’une envergure moyenne, Fortunato Baldelli était viscéralement étranger aux intrigues de la Curie – ce qui lui valait l’estime d’un Joseph Ratzinger – mais peut-être dépassé par les évènements. « Trop spirituel » pour faire un bon Nonce disait-on dans les couloirs de la Secrétairerie d’Etat. L’histoire jugera. Mgr Baldelli a terminé sa carrière comme Pénitencier Apostolique (en charge de tout
ce qui concerne le « for interne », la confession, etc…). Il se voulut serviteur et donna l’exemple d’une absence totale d’ambition, rare dans son milieu.

Charlie Hebdo : liberté de la presse ou coup marketing ?

On a beau être attaché au principe de liberté de la presse, on reste dubitatif devant l’usage qu’en a fait l’hebdomadaire Charlie-Hebdo cette semaine avec des caricatures censées se moquer de l’islam. Depuis deux semaines environ, la hiérarchisation des informations dans les grands médias plaçait en haut les réactions diverses à une vidéo islamophobe d’origine étasunienne. Les intégristes de cette religion s’en servirent comme prétexte afin d’exprimer leurs ressentiments envers les pays occidentaux. Les dirigeants de médias n’aiment rien tant que de (se) faire peur en faisant « mousser » ces réactions, dont certaines mortelles.

En France, le ministre de la police ne supporta pas une modeste manifestation de soi-disant salafistes. Peu importe que l’islam leur serve surtout à donner un sens supérieur à leurs difficultés d’intégration sociale ; il faut absolument croire et persuader, aux yeux de ces journalistes cadres, qu’il existe bel et bien une menace islamiste. Au risque de finir par engendrer le futur craint. Quitte à quêter amende honorable le beau jour où cette dynamique aura produit un résultat monstrueux. Ce n’est pas grave : ne sera-t-il pas vertueux de certifier qu’on ne jouera plus avec les allumettes le jour funeste venu ? Pendant ce temps-là, on ne parle pas d’autre chose, ou considérablement moins. Il semble ne plus rester qu’un seul problème dans l’hexagone. Une aubaine.
Tout cela cache mal la lepénisation des esprits parmi les élites, persuadées par ailleurs que les électeurs de M. Le Pen ont opté en sa faveur parce qu’elle « pose les vrais problèmes ». Dès lors, il devient alors rationnel d’en rajouter pour des raisons de ventes et de taux d’audience. Les rédacteurs de Charlie-Hebdo, quant à eux, n’ont eu de cesse de se justifier en invoquant la « liberté de la presse » et leur ligne éditoriale satirique (à la fois provocatrice et humoristique). Ce n’est pas de leur faute si des fous d’Allah s’en prennent aux biens et aux personnes, disent-ils. Ils n’ont pas à se sentir responsables des conséquences négatives que leur journal peut entraîner. Leurs confrères sont gênés aux entournures, coincés par la rhétorique vertueuse affichée.
Il faut écouter plutôt les métajournalistes, spécialisés dans le suivi du secteur des médias, pour entendre un discours moins prisonnier de l’écume des jours (dans un son sur France-Inter, par exemple), moins sensationnaliste, qui prennent un recul salutaire pour y voir clair. On est à la rentrée : il faut retrouver et fidéliser les lecteurs. Charlie-Hebdo nouvelle formule (Val, Cabu, Cavanna) est devenu une affaire qui doit marcher : il faut donc susciter des ventes nombreuses. Les actionnaires sont devenus très riches grâce à la . Enfin, cet hebdomadaire a désormais quitté la ligne anarchiste de gauche et subversif qui le caractérisait dans l’ancienne formule.
Ses nouveaux dirigeants se sont enrichis et ce faisant ce sont embourgeoisés. Ils ont bénéficié d’une rente de situation issue d’une marque historique et d’un tour de passe-passe. Leur idéologie politique s’est fortement droitisée au fur et à mesure que leur portefeuille grossissait (ils ne sont pas les seuls). L’équipe actuelle est la digne héritière de ces refondateurs intéressés. Le fait de refuser toute publicité est un leurre, à l’instar du Canard enchaîné. Ce sont d’abord et avant tout des entreprises privées commerciales. Charb et Cie ont logiquement vu les différents profits qu’ils allaient retirer de la parution de dessins irrévérencieux envers le prophète de la religion musulmane.
Le fait de passer pour islamophobes ou xénophobes ne semble plus les préoccuper outre mesure. Sous couvert de l’humour, qui a bon dos, cela correspond à cette mentalité paranoïaque et au souci de faire du scandale sur des sujets « sociétaux » plutôt que « sociaux ». Ces journalistes appartiennent à un tout petit monde fermé qui se congratule et qui pense que ce qui les intéresse est le plus important. Dans leurs discours, ils s’efforcent de se faire passer pour des héros. Un véritable journal de gauche aurait cependant quelque scrupule à se protéger derrière la police. Leur acharnement suspect risque cependant de provoquer des effets boomerang inattendus, faisant passer les musulmans pour des victimes, entraînant l’alliance des rétrogrades des diverses religions face aux « blasphèmes ».
Mais surtout, pendant ce temps-là, on escamote non seulement la future adoption peu démocratique du traité européen négocié par N. Sarkozy et A. Merkel (!), mais aussi la baisse vertigineuse des cotes de popularité des gouvernants, l’impuissance relative d’A. Montebourg, les multiples mesures diminuant le pouvoir d’achat et le maintien du chômage à un niveau totalement inadmissible. Cela s’appelle de la diversion, mais on craint que ce traitement de l’actualité qui relève plus d’une cupidité hypocrite que des libertés et n’ait autant d’effet que les manœuvres tragicomiques des antihéros de la 7e compagnie, dont l’un des comédiens vient de décéder (P. Mondy).

Jacques Le Bohec

Philippines : « Nous devons arrêter les trafics d’êtres humains. »

Alors que l’importance du trafic des êtres humains dans l’archipel fait l’objet de plusieurs rapports, scandales et révélations diverses ces derniers jours, la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP) demande aux chrétiens de se mobiliser pour éradiquer ce fléau national.

« Nous devons arrêter les trafics d’êtres humains. Un trop grand nombre de jeunes, d’enfants, de femmes subissent des violences sexuelles, la prostitution forcée ainsi que beaucoup d’autres abus dus à l’exploitation de l’être humain », ont déclaré les évêques philippins dans un communiqué envoyé aux diocèses, paroisses, communautés religieuses et organisations d’Eglise, le 18 septembre 2012.

Signé par la Commission épiscopale pour l’action sociale, la justice et la paix (NASSA) de la CBCP et son président, Mgr Broderick Pabillo, évêque auxiliaire de Manille, le texte incite les catholiques à « prendre conscience de l’urgence à agir concrètement pour aider les victimes de cet esclavage moderne ». Le communiqué de la NASSA poursuit : « La vie humaine n’est pas une marchandise que l’on transporte et que l’on vend (…) ; elle doit être accordée à la dignité humaine. Il faut la promouvoir, la respecter, la protéger et la développer pour qu’elle atteigne sa plénitude. » Pour conclure, Mgr Pabillo exhorte le gouvernement à prendre « toutes les mesures nécessaires pour arrêter les trafiquants et les condamner », tout en soulignant que le gouvernement « n’est pas le seul responsable » et que la lutte contre la traite humaine est l’affaire de tous.

Cet appel des évêques au gouvernement s’inscrit dans l’effervescence qui agite l’archipel suite à une série de rapports et d’événements stigmatisant l’importance grandissante des Philippines dans le trafic des êtres humains en tant que pays d’origine, de destination et de transit.

Le 11 septembre, s’était déjà réunie à Manille la première consultation nationale sur la traite des êtres humains « dans la perspective des droits de l’homme », dans le cadre de la préparation à la réunion de l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique) qui se tiendra dans l’archipel en mai 2013 sur cette question. Participaient à l’élaboration du rapport des Philippines, des représentants des organismes d’Etat chargés de la lutte contre le trafic d’êtres humains, des départements spécialisés de la police nationale, des organisations de la société civile, mais aussi des délégués de l’Union européenne, de l’ambassade canadienne et d’organismes internationaux.

Mais c’est la parution du rapport du département d’Etat américain sur le trafic d’êtres humains qui a été l’élément déclencheur de l’intervention du CBCP. Cité abondamment par la NASSA, le rapport épingle en effet les Philippines, en classant le pays en niveau 2, c’est-à-dire ne respectant pas les standards minimums fixés par le Victims Protection Act. Il dénonce surtout, avec des exemples précis, la corruption du système par les réseaux mafieux, empêchant la sanction des coupables.

Sont également soulignés les éléments favorisant l’augmentation du phénomène, comme l’existence de guerres civiles locales (avec l’enrôlement des enfants dans les groupes armés), ou encore la persistance de la pauvreté, du chômage et d’une économie parallèle de travailleurs clandestins, échappant à toute statistique, contrôle et protection. Cette situation, explique le rapporte, facilite le recrutement des victimes par de fausses promesses de travail ou d’éducation, lesquelles seront ensuite envoyées à l’étranger (essentiellement en Asie et au Moyen-Orient), un trafic qui drainerait quelque dix millions de ressortissants philippins.

Comme pour illustrer la dénonciation faite par l’agence américaine de la corruption et de la puissance des mafias locales, l’une des ONG les plus en vues des Philippines, luttant contre la traite des êtres humains, a été accusée presque simultanément à la parution du rapport, de détournement des fonds de l’aide internationale.

Le 14 septembre, les Etats-Unis ont demandé à la justice philippine d’entamer des poursuites à l’encontre de la présidente et fondatrice de la Visayan Forum Foundation Inc (VFF), Cecilia Flores-Oebanda, pour détournement de fonds, faux et usage de faux. La demande s’appuie sur une plainte déposée le 6 septembre dernier par l’US Agency for International Development (USAID), principal donateur de l’ONG, ainsi que sur des dénonciations et une trentaine de cartons remplis de documents falsifiés, saisis au quartier général de l’association à Quezon City.

Le scandale qui touche la VFF a d’autant plus ébranlé l’archipel que l’ONG était l’organisme phare de la lutte contre le trafic d’êtres humains aux Philippines. Ayant pour but de réhabiliter, éduquer et soutenir psychologiquement et matériellement les victimes de la traite humaine, la VFF gère de nombreux centres d’accueil, bénéficient d’importants financements des organismes internationaux et a reçu de multiples récompenses pour son action. Les preuves de la fraude sont cependant indéniables, affirme le National Bureau of Investigation philippin, qui accuse l’ONG d’avoir détourné au moins 210 millions de pesos sur les 300 millions de subventions accordés par l’USAID. « Nous avons pu établir que l’ordre de falsification des comptes, des factures et des reçus venait de la présidente elle-même », assure encore l’agence américaine. Une ancienne comptable de l’association et un expert qui avait réalisé un audit de l’ONG récemment ont confirmé le maquillage des comptes, les irrégularités dans les justificatifs et la volatilisation d’au moins 210 millions de pesos (3,9 millions d’euros) donnés par l’USAID.

Répondant à l’inquiétude de Manille concernant la poursuite de l’aide des Etats-Unis aux Philippines, l’ambassade américaine a publié le 14 septembre une déclaration assurant que, malgré les poursuites engagées contre la VVF, « les Etats-Unis restaient engagés aux côtés des Philippines dans leurs efforts pour lutter contre le trafic des êtres humains, protéger les victimes de cette forme moderne d’esclavage et poursuivre les coupables de ces abominations ».

Après le monde associatif, le monde politique a réagi à son tour : le 14 septembre, deux députés philippins ont déposé une requête devant la Chambre des Représentants, demandant un rapport complet sur la traite des êtres humains et ses ramifications aux Philippines et à l’étranger. « Il est urgent de trouver les moyens et les mesures nécessaires pour éradiquer le trafic d’êtres humains dans le pays et s’assurer que plus personne n’en sera victime », a déclaré au Sun Star le 14 septembre l’un des députés, Maximo Rodriguez.

Source :
dépêche envoyée par la Rédaction d’Eglises d’Asie
agence d’information des Missions Etrangères de Paris
contact : Régis Anouil (réd chef)
128, rue du Bac
F – 75007 Paris

Découverte fragment IVe siècle : un Jésus marié ?

L’éminent christologue qu’est le Père Bernard Sesbouë insistait sur le rôle de figure projective du Christ dans l’histoire. Chacun imagine un Jésus qui lui convienne, à son image, et selon ses attendes. Un Jésus beatnik ou au contraire un Jésus puritain et éthéré. Cela confirme ce qu’affirmait déjà dans l’Antiquité Xénophane de Colophon des dieux païens, dans la ligne de l’évhémérisme (critique de la religion). Mais cette remarque vaut également pour le catholicisme officiel qui récupère la figure de Jésus à son profit et prétend détenir et dire la vérité sur sa personne.

La polémique risque aujourd’hui de rebondir avec la présentation très récente à Rome d’un petit fragment de papyrus du IVe siècle sur laquelle Jésus s’adresse un moment donné à sa femme!
C’est une universitaire très estimée de la Harvard Divinity School, qui a présenté le papyrus. En janvier 2013, un article devrait faire suivre dans la revue théologique de Harvard. Avec la prudence qui s’impose, la chercheuse penche cependant pour l’authenticité même si elle ne se prononce pas de façon ultime. Ce qui est en tout cas certain, pour l’ensemble des experts, c’est qu’il ne saurait s’agir d’un texte ajouté par la suite sur un papyrus antique. Le fragment est petit, il mesure 4 centimètres sur 8 et d’une lisibilité limitée.

Il serait évidemment hâtif de conclure qu’un tel papyrus prouverait que Jésus ait été marié mais il relance la question d’un tel mariage comme possible, relativisant la portée de l’argument a silentio traditionnel : « selon lequel le fait qu’on ne parlerait jamais de sa femme prouverait qu’il n’était pas marié ». En fait, les historiens sérieux savent combien il est difficile de prouver quoi que ce soit, dans quelque sens que cela puisse être. En particulier pour les questions les plus intimes, ce qui rend quelquefois hasardeuse, mais non moins passionnante l’histoire des moeurs, et singulièrement celle des grandes figures. Dans le cas de Jésus, deux arguments complémentaires existent : d’une part, celui du mariage des rabbins juifs du temps de Jésus, d’autre part, en revanche, celui des Esséniens et autres qui choisissaient et préconisaient une vie de célibat.

Il n’en demeure pas moins que la position catholique, non impossible, du célibat de Jésus, n’est qu’une hypothèse. Selon Karen King, c’est vers 200 que l’on a commencé à affirmer que le Christ n’était pas marié. Le débat doit rester ouvert.

Dans le cas particulier du Christ, en raison de l’emphase dogmatique qui l’accompagne, la dimension politique de la controverse est évidente. Les chercheurs risquent de déchaîner des tempêtes. Il est cependant particulièrement suggestif de rapprocher ce papyrus trouvé d’autres, contemporains ou postérieurs, comme ceux de l’Evangile de Thomas et de Marie-Madeleine. Des textes qui se sont développés en milieu gnostique.

Comme cela est bien connu, l’Eglise confesse l’authenticité des seuls évangiles « canoniques » attribués à Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ces textes peuvent être datés de la fin du premier. En fait, il existe, on le sait, d’autres textes, dits « apocryphes » car non reconnus par l’autorité ecclésiastique. Le mystère de l’Evangile est trop vaste et paradoxal (comme disait Kierkegaard) pour être contenu dans un seul livre. C’est d’ailleurs la conclusion de l’Evangile de Jean lui-même !

Mariage gay (suite) :
le cardinal Barbarin est-il
de mauvaise foi ?

Oh le vilain! Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules, a suscité une vive polémique en tenant de scandaleux propos amalgamant le mariage gay, la polygamie et l’inceste. Face à la tempête qui s’est levé, le porporato, visiblement soucieux d’éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé, tente à présent de désamorcer la bombe, d’une voix saccadée, à l’évidence mal-à-l’aise.

Sur la radio chrétienne RCF, Ph. Barbarin prétend que ses propos ont été « mal reflétés« , formule au demeurant équivoque et qui pourrait dissimuler un mensonge ! En effet, l’écoute de l’émission enregistrée atteste que le cardinal a bel et bien tenu les propos en question.

Fort maladroitement, le cardinal invoque à son secours le maire de Paris, dont on se demande ce qu’il vient faire dans cette galère, sinon que sa double identité de socialiste et de gay ouvertement déclaré pourrait servir d’abusive caution : « D’ailleurs, monsieur Delanoë a dû s’en douter puisqu’il a dit : ‘ Pourtant, quand même, le cardinal Barbarin est un sage‘ ».

Là encore, le procédé de Son Éminence n’est pas très loyal. En effet, si la phrase du maire de Paris est matériellement exacte, elle est cependant sortie de son contexte et donc falsifiée quant à son sens et à son intention. Bertrand Delanoë a en effet déclaré que … l’archevêque de Lyon avait « pété les plombs […] C’est très choquant […] Ce qu’il dit est franchement moche« (sur Europe 1).

Enfin, peut-être pour se faire pardonner et absoudre, mais c’est un peu tard, le cardinal ajoute « on est tous de pauvres pêcheurs« . Un ton qui loin d’apaiser la colère des uns, ne peut que l’exacerber par toutes les résonances possibles d’une telle parole.

Comme on pouvait s’y attendre, un porte-parole du diocèse a tenté de désamorcer la bombe. Sans avoir l’impudence et l’improductive maladresse de nier la matérialité des propos tenus, il estime qu’elle a été en fait mal comprise. Selon le porte-parole,  » il ne s’agit pas d’assimiler un comportement à un autre, mais de dire que d’autres revendications, déjà existantes, suivront « . Non ne savions pas que les militants gays soutenaient l’inceste et la polygamie.

Les responsables seraient-ils donc davantage à la pointe de l’actualité que nous. C’est en tout cas ce que donne à penser le porte-parole : «  Il convient de préciser que le  » poly-amour ou les unions à plusieurs deviennent un sujet d’actualité « . Allusion est faite là à une union civile à trois célébrée en mai dernier au Brésil. Mais cela n’a rien à voir avec le mariage gay.

Selon une ritournelle irénique bien connue, l’archevêque de Lyon aurait tenu  » à distinguer les questions personnelles des questions de société « , rappelant que  » toute personne doit être respectée dans ce qu’elle est  » et que les homosexuels ont leur  » place  » dans l’Église. Ah bon ? Officiellement ?

Inutile de revenir de façon exhaustive sur le tollé suscité par les propos du cardinal. Le Parti radical de gauche a qualifié d ‘ » égarements  » les déclarations de l’homme d’Église, l’invitant à admettre  » la laïcisation du droit « . Ce qui peut-être, et de plus en plus, le nouveau cœur du débat.

En revanche, dans un entretien au Monde paru samedi, le président du Consistoire central israélite de France, Joël Mergui, a déclaré que le mariage des homosexuels allait changer  » le modèle naturel de la famille « .  » La religion juive ne reconnaît évidemment pas le mariage homosexuel. Mais, au-delà de l’interdit religieux, je m’interroge sur le sens d’une société qui accorderait la même normalité à des familles où l’enfant aurait deux pères ou deux mères au lieu d’un père et d’une
mère, le modèle traditionnel
 » précise le religieux. Ceci tend à confirmer le risque sur lequel nous reviendrons plus en détail; d’un front commun des conservateurs religieux sur le sujet.