Déshérence

Un hameau abandonné de 21 bâtisses, Courbefy, dans la Haute-Vienne, a été, lundi 21 mai 2012, adjugé à 520 000 euros à l’artiste d’origine sud-coréenne Ahae, lors d’une vente aux enchères devant le tribunal de grande instance de Limoges (source : AFP, relayée par Le Point). Le projet de l’artiste, qu’on peut voir sur sa page Internet, est de rechercher des sites pour mettre en pratique ses « concepts de vie organique ». Il veut faire tout son possible « pour permettre à la nature de se développer comme cela devrait être le cas, sans l’interférence de l’homme ou d’activités humaines. » Cela évoque évidemment l’idée moderne de land art, ou art de la nature, où le paysage n’est plus représenté par une main humaine comme sur un tableau de musée, mais investi réellement pour constituer, in situ, une œuvre éphémère, vouée souvent à disparaître par l’effet du temps.

Je suis resté rêveur devant une telle information. D’abord parce qu’un lieu comme ce hameau sans héritiers, sens propre du mot « déshérence », me suggère cette mélancolie propre à toutes ruines, dont Diderot par exemple a parlé au xviiie siècle. Mais surtout on aurait pu espérer le voir à nouveau habité par des hommes, bruissant de joies et de cris d’enfants. Mais non, on a pris acte d’un abandon définitif, et sans regret apparemment, parce qu’on veut désormais le tenir résolument à l’écart de toute « interférence de l’homme ou d’activités humaines », et le re-livrer à la seule « vie organique ». Je vois là la fin d’un certain humanisme, qui pourtant avait fait l’honneur de notre civilisation. Certes je sais bien qu’on a pu prédire la « mort de l’homme », comme Michel Foucault l’a fait à la fin de son ouvrage Les Mots et les Choses. Mais faut-il totalement s’en réjouir ? Et même au nom de l’art. Celui-ci était traditionnellement homo additus naturae, l’homme ajouté à la nature. Maintenant il devient la nature sans l’homme. Mais aussi, l’art lui-même, si beau soit-il, vaut-il la peine qu’on en exclue l’homme ? Souvenons-nous du film Le Train de John Frankenheimer, sorti en 1964 : faut-il, pour sauver une cargaison d’œuvres d’art, exposer la vie d’otages humains ? Je n’en suis pas très sûr. Prenons garde à ce que l’homme lui-même ne tombe pas aujourd’hui, comme le pauvre hameau de Courbefy, lui aussi en déshérence…

« Israël pourrait être poursuivi par le 4ème Convention de Genève »

Adnan El Fiqawi, membre du comité central du Parti du Peuple Palestinien (ex-Parti Communiste Palestinien), lui aussi actuellement en grève de la faim, en solidarité avec les prisonniers. Depuis la place du Soldat Inconnu à Gaza où une mobilisation rassemble les élans de solidarité, Adnan El Fiqawi répond aux questions de Golias.

Pourquoi les prisonniers palestiniens sont-ils en grève de la faim, et pourquoi faites-vous également cette grève de la faim afin de les soutenir ?

Cette grève, c’est une lutte pour reconquérir les droits que les prisonniers palestiniens ont perdu depuis l’année 2000, face aux durcissements des conditions de détention de l’administration pénitentiaire israélienne. Le durcissement des conditions de détentions à l’encontre des prisonniers palestiniens s’est accéléré durant l’emprisonnement de Gilad Shalit (Ndlr : Gilad Shalit est un soldat franco-israélien libéré le 18 octobre 2011). Tout cela a été acté par une loi votée par la Knesset, dite « loi Shalit », qui permet aux autorités pénitentiaires de durcir à leur gré, et de manière totalement arbitraire, les conditions de détention de tous les prisonniers palestiniens qui sont aujourd’hui environ 4.700. J’insiste sur le fait qu’avec cette loi, il revient à l’administration pénitentiaire, et non à un juge, de décider du prolongement des peines de prisons dans le cas des détentions préventives. Les exemples de dégradations des conditions de détention sont nombreux. C’est par exemple le fait que des prisonniers palestiniens en provenance de Gaza sont interdits de visite par leur famille depuis plus de 7 ans, ou que les prisonniers ne peuvent plus poursuivre leurs études comme auparavant. Il faut également signaler l’augmentation de la détention individuelle dans de très petites cellules, qui mesurent 2 mètres sur 1,5 mètres. Quant aux visiteurs de ces prisonniers, ils peuvent être soumis à des fouilles à nu.

Ces fouilles à nu sont-elles, d’après vous, un moyen de les humilier ?
Absolument, c’est exactement ça.

Comment a commencé ce mouvement de protestation ?
Tout a commencé avec la grève de la faim d’un prisonnier palestinien placé en détention préventive, Adnan Khader, qui est resté en grève de la faim 66 jours. Il se trouvait en prison sans accusation et a fini par être libéré le 18 avril 2012. Aujourd’hui, la grève de la faim des prisonniers palestiniens et de ceux qui les soutiennent vise à contester la dégradation des conditions de détention de la loi Shalit, mais aussi le recours à la détention préventive injustifiée. Les prisonniers se battent aujourd’hui pour garder leurs droits acquis grâce à leurs luttes débutées dans les années 60. Des prisonniers palestiniens sont morts, par le passé, pour l’amélioration de leurs conditions de détention. Actuellement, 2500 prisonniers palestiniens sont en grève de la faim. Au jour où nous parlons, deux autres prisonniers, Bilal Diab et Thaer Halahla, entament leurs 75 ème jour de grève de la faim. La dernière fois que Bilal Diab a rencontré son avocat dans la prison d’Al Ramlla, il s’est évanoui et a perdu connaissance. Il est dans un état très critique et risque la mort. Et parce que l’administration pénitentiaire israélienne continue de refuser les revendications (voir encadré ci-contre), d’autres prisonniers en sont désormais à refuser de boire de l’eau. Ici, à Gaza, nous sommes 27 femmes et 56 hommes à faire la grève de la faim en solidarité avec eux, depuis 12 jours. Nous sommes jour et nuit sur la place du Soldat Inconnu à Gaza, en face du Parlement.

Qui sont les forces palestiniennes qui vous soutiennent ?

Contrairement à la réalité politique palestinienne où les partis sont séparés voir divisés, c’est l’unité qui domine dans cette lutte. Sur la place, tous les partis sont représentés par des grévistes de la faim. Le gouvernement Hamas et ses ministres viennent nous soutenir. Il y a un véritable sentiment d’unité dans la lutte et dans la résistance. Des figures palestiniennes emprisonnées, comme Ahmad Sa’adat (FPLP) ou Marwan Barghouti (Fatah), sont également grévistes de la faim et inspirent ce mouvement.

Quelles sont les réactions israéliennes ?

Les israéliens ont une actualité chargée, ils sont en train de constituer une coalition gouvernementale et leurs médias se soucient davantage de cela que des grévistes de la faim. Mais pour ce qui est de la politique actuelle, ils refusent tout simplement les revendications et essayent de tenir tête, pour faire peur aux prisonniers, et ne rien accorder. À terme, je pense que les israéliens seraient prêts, éventuellement, à redonner les droits supprimés par la loi Shalit, mais ils ne veulent pas discuter de la remise en cause de la détention préventive, ainsi que de leur usage abusif de l’isolement dans les très petites cellules. Mais il faut savoir qu’Israël pourrait être poursuivi juridiquement par la 4ème Convention de Genève, car la détention préventive abusive est interdite par ce texte international qu’Israël a signé. Dans le cadre que je viens d’énoncer, celui où c’est le directeur de la prison et non le juge qui choisit de prolonger le maintien en détention préventive qui peut donc ainsi être infinie, nous sommes bien dans le cadre d’un usage abusif et d’un non-respect du droit international.

Pensez-vous que les responsables israéliens attendent des morts pour réagir et entamer les négociations ?

Ils ne souhaitent pas avoir des morts parmi les prisonniers car cela augmentera leur isolement politique sur la scène internationale. Cela attiserait d’autant plus la colère des pays arabes. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont nourri de force certains prisonniers en leur enfonçant des tuyaux dans la gorge.

Et vous, comment vous sentez-vous après 12 jours de grève de la faim ?

Moralement, je vais parfaitement bien. Physiquement, je ressens des douleurs dans les os, les muscles, je me sens très faible et il m’est déconseillé de marcher. Il me faut donc rester assis le temps de cette lutte pour la dignité.

Propos traduits par Mahmoud El Fiqawi et recueillis par Jean-Baptiste Malet

Fuites au Vatican : un sytème au bord de l’implosion

Deux nouvelles sont tombées le vendredi 25 mai.
D’une part, la « taupe » à l’origine des révélations des documents les plus confidentiels du Vatican aurait été identifiée. Il s’agirait de Paolo Gabriele, majordome du pape, que l’on considérait pourtant comme au-dessus de tout soupçon. C’est un choc, au Vatican et ailleurs. En effet, le coupable présumé fait partie depuis début 2006 de la petite équipe des Palais Apostoliques, qui s’occupe des appartements du Pape et accompagne le Saint-Père pendant toute la journée. Ce dernier serait très profondément abattu par cette trahison d’un familier.

D’autre part, le Vatican a limogé de façon très surprenante Ettore Gotti Tedeschi, président de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la banque du Vatican. Certaines rumeurs laissent entendre que son zèle à nettoyer les écuries d’Augias devenait trop gênant.

La réaction dolente et indignée, mais silencieuse, de Gotti Tedeschi plaiderait sans doute pour cette hypothèse. En effet, il a déclaré que s’il parlait, il devrait dire des « choses grossières » tant son cœur est lourd! Et une étrange rumeur commence aujourd’hui à gonfler. Le « board » de l’IOR aurait débarqué Ettore Gotti Tedeschi suite à son opposition l’année dernière au projet de renflouement du célèbre hôpital milanais, le San Raffaele, projet porté avec la détermination que l’on sait par ….le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’État. Ce dernier n’aurait pas pardonné au financier sa liberté de ton et son opposition à ses propres manœuvres. Et la vengeance est un plat qui se mange froid. Une hypothèse possible, mais encore à vérifier. Tandis que le Vatican est pointé du doigt pour sa gestion financière au niveau international, figurant sur la liste des pays les moins « clean » du monde, il fallait sans doute trouver un bouc émissaire commode, laïc de préférence. Ce qui ne résout aucun problème certes. Mais permet de refermer quelques placards. Pour quelques temps, car ils finiront sans doute par déborder. Comme ceux cachant les abus sexuels.

Le Pape a sincèrement voulu nettoyer les écuries d’Augias. C’est un homme honnête. Mais peut-être dénué du sens du gouvernement et de l’énergie qui s’imposent. De sorte que nous aboutissons à un constat d’échec. A une faillite morale. Et aussi au sentiment d’une irréformabilité foncière d’un système qui, selon l’expression de Hans Küng, relève peut-être d’un « paradigme » désormais obsolète. Que l’on ne peut donc réformer sans risquer de faire s’effondrer tout l’édifice vermoulu. C’est peut-être ce qui retient Benoît XVI de mener à bien « la grande lessive » qu’il projetait naguère. Le remède pourrait tuer le malade.

Mais c’est à chacun d’entre nous de mesurer l’importance du défi et de le relever. Et d’imaginer un avenir différent. Le bruit des chênes qu’on abat et qui finissent par tomber tout seuls ne saurait nous faire oublier le murmure de la futaie qui pousse.

Virilité

Entendu en ce jour de l’investiture de notre nouveau président, 15 mai 2012, au journal de 13 heures de France Inter, lors d’un micro-trottoir, ce commentaire dépité d’un partisan du président sortant : « On avait un président qui en avait… Vous voyez ce que je veux dire… » Évidemment, pour lui, le nouvel élu, qui par ailleurs répète qu’il se veut « normal », « n’en a pas… » Je suis resté effaré, non tant par la trivialité ou la grossièreté du propos, que par la vision de la politique qu’il dénote, et qui est sans nul doute partagée encore par bien des hommes machistes. On préjuge des liens nécessaires entre la compétence au pouvoir et la performance sexuelle masculine. Bien entendu, je suppose ici connue des lecteurs le sens de l’ellipse contenue dans cette expression française. En anglais par exemple l’expression « En avoir ou pas » peut concerner simplement l’argent, comme il se voit dans le roman d’Hemingway qui porte ce titre.

Cette virilité hautement affirmée et posée comme gage d’efficacité m’a toujours fait rire. Elle se trouve dans Le Cid de Corneille, qui n’est à bien des égards qu’une pièce simplement phallocrate, où l’absurde honneur chevaleresque, comme le disait Schopenhauer, ne fait que se pavaner et se camper comme un coq sur ses ergots. Il suffit de transcrire le fameux : « Rodrigue, as-tu du cœur ? », par le sens trivial qu’il recouvre en fait : « Rodrigue, est-ce que tu en as ? » Je renvoie le lecteur à ce que j’en dis dans mon billet « Honneur  », dans le numéro 87 de Golias Hebdo . Ne craignons donc pas de revisiter nos classiques…

Et aussi nos préjugés. Quid de la « force virile », et de la « faiblesse féminine » ? Bien souvent la femme est bien plus courageuse et énergique que l’homme, et l’expression « le sexe faible » est sans doute un cliché. Il ne faut donc pas généraliser. Et au reste, à force de s’obnubiler sur sa virilité, l’homme oublie qu’il peut la perdre, et bien facilement. C’est alors que toute sa fierté peut s’effondrer. Comme le dit le proverbe latin : Neque semper arcum tendit Apollo – « Et Apollon ne tend pas toujours son arc… »

La revanche des bedeaux

En 1937, ma famille habitait dans une station balnéaire de Basse-Normandie qui, l’hiver, comptait environ 1 300 habitants pour dépasser 20 000 en juillet et août. Durant toute l’année, notre curé était assisté d’un vicaire mais, l’été, un second vicaire, professeur dans un établissement religieux de Lisieux, assurait la célébration d’une 3ème messe dominicale, ce qui, avant l’office, écourtait l’attente des pénitents assis deux par deux les uns derrière les autres, à l’écart du confessionnal afin de respecter la confidentialité des aveux.

A la grand’messe, un suisse attifé d’un bicorne, d’une longue veste à basques ornée de broderies, de hauts-de-chausses, de bas blancs et armé d’une longue canne à pommeau, veillait au bon déroulement de l’office, c’est-à-dire qu’il ne servait strictement à rien sinon à ajouter une touche pompeuse à la célébration.
Autant le suisse avait fière allure, autant François, le sacristain, un vieux garçon d’une quarantaine d’années au visage boucané, vêtu d’une soutane et d’un simple surplis, paraissait falot ; en revanche, il était doté d’un organe bien timbré de baryton qui lui valait l’honneur d’avoir une stalle attitrée dans le chœur d’où il entonnait les psaumes, ce qui ne le dispensait pas d’accomplir quantité de tâches moins nobles :
Un quart d’heure avant la messe, il ouvrait un placard mural installé à mi-hauteur entre la sacristie et le chœur pour déclencher électriquement la sonnerie des cloches qui était différente selon les cérémonies ; il allumait les candélabres, garnissait les encensoirs, surveillait le niveau du vin de messe dans la bouteille et la quantité approximative d’hosties, sortait les vêtements sacerdotaux de leur armoire, alignait ciboire, calice et patène sur un présentoir, disposait les fleurs au pied de l’autel, mettait le grand missel à la bonne page, époussetait les stalles du chœur sans oublier de relever leurs assises sous lesquelles se dissimulent les miséricordes, ces petites plates-formes rectangulaires ou semi-circulaires qui supportent de nobles postérieurs pour soulager les membres inférieurs.
Après la messe, il mettait à nouveau les cloches en branle pour annoncer la fin de l’office puis emplissait quatre vastes corbeilles de parts de brioches offertes par les châtelains et qu’il demandait à des enfants de chœur de présenter aux fidèles sous le porche de l’église ; après quoi, il mouchait les cierges, rangeait les encensoirs, les vêtements sacerdotaux, les vases sacrés et le reste des hosties consacrées dans le tabernacle ; enfin, avant de partir, il contrôlait si les enfants de chœur avaient correctement accroché sur les cintres leurs soutanes,
rouges pour les plus jeunes, noires pour les grands adolescents et les adultes.
Notre curé résidait dans un presbytère classé: une construction à colombages du XVIIIème siècle, entourée d’un jardin d’agrément entretenu à ses heures perdues par François et close par un haut mur dont les pierres ressemblaient à de gros galets. L’entrée de la propriété était un porche fermé surmonté d’une mansarde éclairée par une étroite fenêtre donnant sur le presbytère. C’est là que dormait notre bedeau qui y grelottait en hiver, y étouffait en été et qui, pour ses ablutions, ne disposait que d’une cuvette et d’un gros pot en faïence.
En semaine, dès 7 heures du matin, il s’affairait dans la sacristie avant la célébration de la messe basse à laquelle n’assistaient qu’une dizaine de paroissiens d’un certain âge et quelques commerçants. Ensuite, il veillait à la propreté de l’église, et périodiquement, il s’armait d’une longue tête-de-loup pour débarrasser les piliers, les ogives et les lustres des toiles d’araignée souvent hors d’atteinte, époussetait l’harmonium et, chaque samedi, grimpait la quarantaine de marches en pierre de l’escalier en colimaçon menant à la tribune pour la balayer et donner un coup de chiffon sur les claviers de l’orgue, sur les pédales et sur les tuyaux. Dans ce temps-là, le repos du week-end n’était pas à la mode.
Toutefois, libre le jeudi après-midi, il faisait du vélo dans les environs pour rencontrer des parents et des amis.
Ce traintrain hebdomadaire était perturbé par les baptêmes et les mariages avant lesquels il vérifiait la propreté des lieux mais il le faisait volontiers dans la mesure où les marraines lui offraient un cornet de dragées et les jeunes mariés un billet discrètement glissé dans la main ; quant aux inhumations, c’était une autre paire de manches ! Elles comportaient alors trois classes mais c’est la première qui lui occasionnait le plus de travail : grimpé sur une échelle, il devait accrocher aux piliers, plantés de part et d’autre de la nef, de larges tentures noires semées de larmes argentées, symboles présumés du chagrin des parents et surtout marques de leur moyens financiers dont, hélas, il ne voyait jamais la couleur !
Pour son travail routinier, on suppose qu’il était rémunéré mais par qui ? Par le curé ? Par le diocèse ? On ne posait pas la question. Où prenait-il ses repas ? Au presbytère ? Oui, seul dans la cuisine comme le faisaient alors tous les domestiques qui assuraient le service
entre la cuisine et la salle-à-manger avant de faire la vaisselle.
Cependant, François prenait progressivement conscience du peu de considération de son curé à son égard : c’était l’époque du Front populaire et le monde ouvrier donnait de la voix. A l’occasion d’une kermesse paroissiale, il retrouva d’anciens camarades d’école auxquels il se joignit pour déguster une bolée de cidre. Au cours de leur conversation, il apprit que le sacristain de la cathédrale s’était pendu …

A suivre …

Safia Mussad, une Soudanaise contre toutes les discriminations faites aux femmes

« Les Soudanaises ont vraiment la vie difficile. 85 % d’entre elles sont responsables des revenus de leur foyer et sont donc prêtes à accepter n’importe quel travail », affirme d’entrée de jeu Safia Mussad, qui mesure bien sa chance d’être éduquée, de faire un travail utile, et de pouvoir voyager partout dans le monde.

Elle est venue assister au forum « Marche des femmes Maghreb/Machrek vers la démocratie et la parité » les 27 et 28 avril derniers, à Marrakech au Maroc pour échanger avec d’autres femmes activistes de la région. « Au Soudan aussi, nous avons expérimenté plusieurs « révolutions » et les femmes ont toujours participé aux mouvements sociaux. Ce qui m’intéresse aussi, c’est d’avoir des clés d’analyse pour comprendre et agir sur les points de blocage », explique-t-elle.

Cette femme débordante d’énergie, mère de quatre enfants, n’est pas tombée dans la marmite du militantisme étant petite. Elle est passée par une multitude de métiers, du secrétariat administratif pour une compagnie pétrolière à vétérinaire, un poste qu’elle a exercé de nombreuses années, en passant par l’enseignement… Comme elle le rappelle, les Soudanaises acceptent tout type de travail, notamment dans le secteur informel, car la migration et l’exil politique de beaucoup de maris les ont placées en position de cheffes de famille.

Un engagement qui commence au Yémen

Les positions politiques de son mari, comptable, l’amènent d’ailleurs à quitter à plusieurs reprises le Soudan pour trouver refuge au Yémen. C’est d’ailleurs là-bas, alors qu’elle occupe un poste de professeur d’anglais, qu’elle se lie avec une collègue qui souhaite lancer une association de défense des droits des femmes. Safia Mussad lui prête main forte, grâce à ses aptitudes en anglais et très vite, elle se passionne pour le sujet et reprend des études. Elle commence alors un master « genre et développement » au Yémen, qu’elle terminera au Soudan.

La problématique du harcèlement, présent sous toutes ses formes au Soudan, n’est peut-être pas étrangère à son engagement. « J’ai beaucoup souffert du harcèlement dans ma vie : le harcèlement verbal, physique, institutionnel, que je ne pouvais plus subir sans rien faire », avoue-t-elle.

La condition des femmes est aussi très vulnérable au Soudan, ravagé par vingt ans de guerre civile, où les conditions d’accès à l’éducation et à la santé sont mauvaises. Particulièrement au Sud-Soudan, où une femme sur sept décède pendant sa grossesse ou son accouchement, où 5% des femmes sont atteintes du VIH (*), et où leur taux d’analphabétisme atteint 88 %.

En 1997, elle intègre le tout récent Gender Center for Research and Training (GCRT). Ce centre, qui travaille sur la question de l’égalité de genre, s’est donné trois missions principales : l’amélioration de la représentation des femmes en politique ; la sensibilisation sur la question du VIH sida, et une mission de recherche et de renforcement des capacités des femmes. Bien plus qu’un simple travail, « éliminer toutes les discriminations dont sont victimes les femmes est la mission de ma vie », lâche-t-elle, comme une évidence.

Le volet politique porte rapidement ses fruits puisqu’en avril 2010, les femmes remportent 25% des sièges au Parlement, répondant ainsi aux préconisations du GCRT en matière de quotas. Même chose pour les élections municipales, où les femmes représentent également le quart des élus.

Un plaidoyer au Parlement en faveur des droits des femmes

Ces dernières années, Safia Mussad a beaucoup travaillé sur le programme santé. « Nous ciblons les responsables religieux pour les informer sur le virus du sida et pour qu’ils nous aident à rompre l’isolement des personnes qui vivent avec cette maladie », raconte-t-elle. Tous les vendredis, des responsables religieux font des discours, dans plusieurs endroits du pays, sur les droits des personnes atteintes du VIH sida et sur la prévention, en incitant notamment les gens à aller faire les tests de dépistage.

Pour diffuser le travail de son organisation, Safia Mussad participe régulièrement à des émissions de radios et n’est jamais à court de nouveaux projets, comme le rapprochement qu’elle esquisse actuellement avec le Parlement de Khartoum, pour concevoir un plaidoyer en faveur des droits des femmes.

Son adjuvant au quotidien : un mari compréhensif, qui la soutient dans son activisme, et des personnes à domicile, qui peuvent s’occuper de « faire tourner la maison ». C’est d’ailleurs l’une des difficultés qu’elle pointe : « Les femmes ont trop d’engagements à honorer. Entre leur rôle de mère et celui d’épouse, les convenances sociales à respecter, les engagements professionnels, c’est autant de temps qui leur manque pour construire une vraie pensée stratégique », analyse-t-elle.

Safia Mussad songe à trois leviers principaux qui permettraient de changer la donne pour les femmes africaines : un meilleur accès à éducation des femmes, une hausse de leur participation dans les mouvements sociaux et les ONG, et que les traités et conventions internationales prennent mieux en compte l’égalité femmes/hommes et mieux appliquées.

Pour elle, tout le travail mis en œuvre par les mouvements de femmes dans la région est déjà remarquable et représente « une multitude de petits faisceaux brillants dans la nuit noire ».

Myriam Merlant – EGALITE
source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2012/05/16/safia-mussad-une-soudanaise-contre-toutes-les-discriminations-faites-aux-femmes/

(*) Selon les chiffres officiels du gouvernement. D’autres chiffres plus officieux parlent d’un taux aux alentours de 17 %.

Les intégristes et les juifs : inquiétudes en coulisses

Il est un aspect de la réconciliation avec les intégristes qui commence à susciter des inquiétudes derrières les épais murs des sacrés palais apostoliques. Beaucoup de milieux intégristes et certains de leurs représentants ne semblent guère enthousiastes à l’idée du dialogue avec le judaïsme. C’est vraiment le moins que l’on puisse et doive dire.

En effet, à supposer que le Vatican et la Fraternité Saint Pie X aillent l’un et l’autre jusqu’au bout de leur processus de rapprochement actuellement en cours, cela redonnerait au moins droit de cité aux anciennes opinions catholiques sur les juifs et le judaïsme, pourtant balayées depuis par le Concile Vatican II. On peut déjà imaginer les dommages collatéraux et les polémiques suscitées.  Toujours selon Giulio Meotti, on peut trouver au sein de la Fraternité des personnages en vue qui n’hésitent pas à défendre des positions franchement révisionnistes à l’instar de Mgr Williamson, cet évêque anglais sacré en 1988 par Mgr Lefebvre et dont la levée de l’excommunication par Benoît XVI provoqua de très vifs remous. Meotti rappelle que les propos les plus odieux émaillent ainsi des sites internets intégristes.

Il semble que le Vatican prenne ces jours-ci davantage conscience des risques et des inconvénients d’un rabibochage de complaisance avec l’extrême droite du Christ, au-delà même de la question de principe. Certains commencent à regretter les voix de la prudence qui se manifestaient ces dernières années pour mettre en garde contre des rapprochements dangereux, inopportuns et très négatifs pour l’image de l’Eglise , y compris à Rome même par la bouche de cardinaux respectés comme Giovanni Battista Re ou Walter Kasper.
Parmi les questions épineuses qui ne vont pas manquer de resurgir ces prochains temps il y a bien entendu celle de l’ancienne prière du vendredi où l’on évoque les « perfides juifs » !
Benoît XVI et le Vatican ne sont pas au bout de leur peine. Ils l’ont un peu cherché.