Le « vrai » travail ?

Le “vrai” travail ? Celui des 600 accidents mortels, des 4500 mutilés
du travail par an ? Celui des droits violés, des licenciements sans
motif et des heures supp’ impayées ?

Le “vrai” travail ? Celui des maladies professionnelles, amiante, TMS,
surdité, cancers, qui augmentent, sont sous-déclarées, sous réparées ?

Le “vrai” travail ? 150 000 accidents cardiaques et 100 000 accidents
vasculaires par an dont entre 1/3 et 50 % liés au travail…

Le “vrai” travail ? Ce jeune ascensoriste de 26 ans écrasé par l’engin
qu’il réparait, à cause de la compétition sauvage « libre et non faussée
» entre OTIS et KONE ?

Le “vrai” travail ?*Et les milliers d’ouvriers désamianteurs que
Sarkozy laisse en ce moment mourir sans protection par refus d’un
moratoire ?

Le “vrai” travail ? Celui de l’ouvrier de 55 ans devant son marteau
piqueur ? De l’instituteur de 62 ans pour sa 41e rentrée devant sa
classe d’enfants ? De l’infirmière qui soigne encore à 65 ans ? De ceux
pour lesquels le travail est devenu si pénible depuis le report de l’âge
de la retraite ?

Le “vrai” travail ? Celui des mini-jobs, des stages, des emplois
saisonniers atypiques, des 3 X 8, des 4 X 8, des intérims et CDD répétés ?

Le “vrai” travail ? Celui des millions de précaires ? « La vie, la
santé, l’amour sont précaires… pourquoi le travail ne le serait-il pas?
» (Parisot/Sarkozy)

Le “vrai” travail ? Celui des millions de travailleurs pauvres mal
logés qui n’arrivent pas à vivre avec leurs salaires ?

Le “vrai” travail ? Celui du milliard d’heures supplémentaires non
déclarées, non majorées, non payées attribuées à ceux qui ont un boulot au détriment de ceux qui n’en ont pas ?

Le “vrai” travail ? Celui des femmes qui gagnent 27 % de moins que les hommes ?

Le “vrai” travail ? Celui des jeunes à 25 % au chômage et à 80 % en CDD ?

Le “vrai” travail ? Celui des Travailleurs Handicapés exclus du
dispositif retraite anticipée et pour lesquels les patrons paient plutôt
que de les embaucher ?

Le « vrai » travail ? Celui des immigrés, forcés à bosser sans droits
et sans papiers par des esclavagistes et marchands de sommeil bien
franchouillards ?

Le “vrai” travail ? Celui des seniors licenciés, 2 sur 3 à partir de 55
ans et qui ne peuvent cotiser que 35 annuités alors que 42 sont exigés
dorénavant pour une retraite décente ?

Le “vrai” travail ? Celui du partage féroce et forcé du temps de
travail entre sur-travail sous-travail et sans-travail, avec des
milliards d’heures supplémentaires, trois millions de temps partiels à
60 % subi, trois millions de précaires, cinq millions de chômeurs ?

Le “vrai” travail ? Celui des restaurateurs dont 1 sur 4 utilisent des
clandestins, non déclarés dans le fond de leur cuisine ?

Le “vrai” travail ? Celui d’exploitants agricoles qui tuent des
inspecteurs du travail pour pouvoir abuser d’immigrés clandestins ?

Le “vrai” travail ? Celui des beaufs, des cadres casques oranges de
chez Bouygues, des contremaitres qui appellent leurs manœuvres de la « viande » ?

Le “vrai” travail ?*Celui qui ne fait jamais grève, qu’on ne voit
jamais manifester, qui n’est pas syndiqué, qui piétine son collègue ?

Le “vrai” travail contre le droit du travail ? Le pauvre exploité
apeuré qui sue, souffre et se tait, la dinde qui vote pour Noël !

Le “vrai” travail.. « sans statut » ? « La liberté de penser s’arrête
là où commence le Code du travail » selon Mme Parisot et… M. Sarkozy

Le “vrai” travail… sans loi ? Celui sans état de droit dans les
entreprises, sans protection des contrats, sans promotion dans les
carrières, sans garantie de l’emploi ?

Le “vrai” travail ? Celui des conventions collectives, vieillies,
foulées aux pieds par un patronat qui ne les négocient plus ?

Le “vrai” travail sans syndicat ? Sans syndicat il n’y aurait rien,
pas de Smic, pas de durée légale, pas de congés payés, pas de sécurité sociale, pas de code du travail

Le “vrai” travail ? Sans CHSCT, sans hygiène sécurité, sans médecine du travail renforcée et indépendante ?

Le “vrai” travail ? Celui sans délégué du personnel, sans comité
d’entreprise, sans CHSCT, sans institution représentative du personnel ?

Le “vrai” travail ? à France Télécoms, des dizaines de suicides, faute
inexcusable du patron de combat qui licencie, stresse, harcèle, casse.

Le “vrai” travail ? Parlons en ! Stress, risques psychosociaux,
harcèlement, souffrances, suicides, chantage à l’emploi, management de combat ?

Le “vrai” travail ? Celui sans justice qui remet en cause les élections
prud’hommes et taxe de 35 euros ceux qui sont obligés de les saisir pourfaire valoir leurs droits

Le “vrai” travail ? Les travaux les plus durs sont les plus mal payés,
bâtiment, restauration, nettoyage, transports, entretien, industries

Le “vrai” travail ? Qu’est ce qu’il y connaît ? Dans le bâtiment, 1,1
million bossent surexploités, maltraités, mal payés, accidentés, et
meurent sans retraite.

Le “vrai” travail ? Celui des 900 000 foutus dehors par « rupture
conventionnelle » de gré à gré sans motif et sans mesure sociale ?

Le “vrai” travail ? Celui soumis au chantage à l’emploi, aux
licenciements sans cause réelle et sérieuse, abusif, boursiers et
incontrôlés ?

Le “vrai” travail ? Celui soumis à la spéculation de la finance, des
fonds de pension cyniques et rapaces, celui des Molex, de Sea France, de Gandrange et Florange, de Continental, Freescale, de Lejaby, de
Pétroplus, ou des Fonderies du Poitou, de toutes celles et ceux qui ont
du se battre pour le garder ?

Le “vrai” travail ? Celui des auto-entrepreneurs, un million en
théorie, la moitié en réalité, qui se font exploiter comme faux
salariés, à bas prix et sans protection sociale ?

Le “vrai” travail ? Celui des fausses externalisations, de la fausse
sous-traitance, du marchandage, du prêt illicite de main d’œuvre, des
marchés truqués ?

Le “vrai” travail ? Celui qui bosse dur pour survivre misérablement ou
celui qui exploite dur les autres pour vivre dans des palais dorés, avec
des millions aux Îles Caïman ?

Le “vrai” travail ? Celui des actionnaires, des rentiers, des riches,
des banksters du Fouquet’s qui gagnent 600 SMIC par an en dormant ?

Gérard Filoche

Croissance Draghi : bombe de droite, bombe de gauche ?

Tiens, une bombe ! Mario Draghi, gouverneur de la BCE, réclamant, devant le Parlement européen, un « pacte de croissance » après le pacte budgétaire, c’est comme si Marine Le Pen faisait soudain l’éloge de Mohamed Merah. Ainsi, au coeur de la grande machine européenne de l’austérité, le patron de la BCE reconnait que cette austérité ne suffira pas à sortir de la crise de la dette, et qu’il va bien falloir relancer l’économie.

Il ne fait certes qu’admettre publiquement ce que soutient la quasi-totalité des économistes européens, et un nombre grandissant de responsables politiques, mais le virage est assez impressionnant pour chasser de la Une de la presse française les importantes questions du partage des couloirs de piscine, des consignes de vote données dans les mosquées, ou du menu des enfants dans les cantines scolaires. Pensez donc: France 2 en faisait même, hier soir, son ouverture.

Donc une bombe, d’accord. Mais laquelle ? Bombe de gauche, bombe de droite ? Parce qu’il y a deux recettes de croissance possibles. Recette de gauche (investissements publics, relance, ou même, soyons fous, création monétaire) et recette de droite (flexibilité, assouplissement, exercices de yoga, ou Dieu sait comment on l’appelle, du marché du travail). Qu’a voulu dire Draghi ? Personne ne sait. Dans la presse européenne, dans la petite troupe des éditorialistes économiques français, ou des correspondants à Bruxelles, personne ne sait rien. Ni ce qu’il a voulu dire, ni pourquoi il l’a dit maintenant (coup de pouce anticipé de bienvenue à Hollande ? Situation de l’Espagne ? Crise gouvernementale aux Pays Bas ?) En France, la bombe étant tombée au beau milieu de cette cour de récré hystérique qu’on appelle « l’entre deux tours », chacun tente de la récupérer pour la balancer sur l’ennemi. Hier, Hollande se félicitait, dans sa conférence de presse, de la déclaration de Draghi; ce matin, sur France Inter, Sarkozy rappelait que la croissance, bien entendu, n’a pas de meilleur ami que lui.

A l’heure où s’ébroue le matinaute, le seul enseignement de l’événement semble celui-ci: l’incertitude sur la nature et la portée profondes d’un événement n’empêchent donc nullement, ni sa récupération politique, ni sa tonitruante médiatisation. Si l’épisode donne la mesure de quelque chose, c’est aussi de la sous-couverture, par le quadrillage médiatique français, de ces lieux après tout sans grande importance, que sont la BCE, ou le Parlement européen.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images

Hunan : un évêque illégitime a pris part à la cérémonie d’ordination de l’évêque « officiel » de Changsha

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Asie du Nord-Est – Chine
Hunan : un évêque illégitime a pris part à la cérémonie d’ordination de l’évêque « officiel » de Changsha
Hunan : un évêque illégitime a pris part à la cérémonie d’ordination de l’évêque « officiel » de Changsha

26/04/2012

Le 25 avril, le P. Methodius Qu Ailin est devenu évêque de Changsha, capitale de la province du Hunan. Comme on pouvait le craindre, la cérémonie d’ordination de ce nouvel évêque « officiel », nommé par le pape Benoît XVI et accepté comme tel par les autorités chinoises, a été marquée par la présence active d’évêques qui ne sont pas en communion avec Rome.

Ainsi qu’Eglises d’Asie l’annonçait récemment, c’est bien l’évêque « officiel » de Pékin qui a présidé la messe d’ordination. Mgr Joseph Li Shan, qui est en communion avec Rome, a récemment participé à deux ordinations épiscopales illicites – menées sans mandat pontifical –, et se trouve de ce fait sous le coup d’une sanction canonique dont on ne sait si elle a été levée ou non par le Saint-Siège. Sa présence en la cathédrale de l’Immaculée Conception ce mercredi 25 avril soulève donc des questions. De plus, Mgr Li Shan était assisté de Mgr Joseph Liu Xinhong, évêque « officiel » de Wuhu, dans l’Anhui, qui, lui, a été ordonné à l’épiscopat sans mandat pontifical et ne se trouve donc pas en position d’ordonner à son tour des évêques de l’Eglise catholique (1). Quatre autres évêques se trouvaient autour de l’autel pour conférer les ordres sacrés au P. Qu ; il s’agissait de Mgr John Lu Peisen, évêque de Yanzhou (province du Shandong), de Mgr John Baptist Li Suguang, évêque coadjuteur de Nanchang (Jiangxi), de Mgr Paul Liang Jiansen, évêque de Jiangmen (Guangdong), et de Mgr John Baptist Tan Yanquan, évêque de Nanning (Guangxi) – tous quatre sont des évêques « officiels » en communion avec Rome.

Selon les observateurs, le fait de mêler ainsi des évêques en communion avec Rome et des évêques qui ont accepté l’ordination épiscopale sans mandat pontifical relève d’une tactique voulue et pensée par les autorités chinoises. Celles-ci ont conscience que les fidèles n’acceptent plus de se voir imposer des évêques illégitimes mais, pour continuer à semer le trouble et la division au sein de l’Eglise de Chine, elles s’arrangent pour compromettre les nouveaux évêques qui sont ordonnés avec l’accord de Rome en faisant en sorte que les évêques qui leur confèrent l’ordination épiscopale soient pour une part en communion avec Rome et pour une part frappés d’illégitimité ou en attente d’une communion retrouvée avec le Saint-Père.

Face à cette politique des autorités chinoises, des voix extérieures à la Chine continentale en appellent aux évêques chinois. L’agence Ucanews cite ainsi « une source proche du Vatican » affirmant que « les évêques (chinois) ne devraient pas laisser le gouvernement s’ingérer dans les affaires intérieures de l’Eglise ». Le clergé chinois devrait se montrer plus attentif aux principes dictés par la doctrine de l’Eglise et « ne pas chercher des excuses qui aboutissent à une doctrine ecclésiale conforme aux desiderata du Parti communiste chinois », précise encore cette source, qui ajoute que les « provocations » auxquelles donnent lieu les messes d’ordination épiscopale ne contribuent pas à l’avancement du dialogue entre le Saint-Siège et Pékin.

Quant au nouvel évêque de Changsha, ses déclarations laissent supposer qu’il n’est sans doute pas libre de sa parole. Interrogé sur la présence autour de l’autel de Mgr Liu Xinhong, Mgr Qu a répondu qu’il ne connaissant pas Mgr Liu et ne savait pas non plus quel était son statut vis-à-vis de Rome. A propos de Mgr Li Shan, il a déclaré : « Je sais que c’est un évêque légitime, mais je ne suis pas certain des ordinations épiscopales auxquelles il a pris part récemment. »

Agé de 51 ans, Mgr Qu Ailin présente la particularité d’être une vocation tardive. Architecte ou dessinateur industriel de profession (les informations à ce sujet sont imprécises), il a été baptisé à l’âge de 30 ans et est entré au grand séminaire national de Pékin trois ans plus tard. Il n’y a toutefois étudié qu’une seule année, son évêque, feu Mgr Qu Tianxi, l’ayant rappelé dès 1995 pour aussitôt l’ordonner prêtre. En 1999, il était nommé vicaire général du Hunan. En décembre dernier, lorsqu’il s’est agi de choisir le futur évêque du Hunan, le P. Qu a recueilli 54 des 55 suffrages du presbyterium élargi mis en place à cette fin par les autorités.

A l’issue de son ordination épiscopale, Mgr Qu a exprimé le souhait de rendre visite à tous ses prêtres « afin de comprendre leur situation et d’écouter ce qu’ils ont à dire » avant de se mettre lui-même au travail. Il a ajouté qu’étant donné que le siège de Changsha avait été vacant durant douze ans et que son territoire s’étendait sur toute la superficie de la province du Hunan (2), le nombre des prêtres, qui est de 25, était trop faible et que les prêtres manquaient de contact entre eux.
Notes

(1) Agé de 47 ans, Mgr Liu Xinhong a été ordonné sans mandat pontifical évêque de la province de l’Anhui le 3 mai 2006.

(2) Pour le Saint-Siège, le P. Qu Ailin est devenu évêque du diocèse de Changsha et administrateur apostolique des autres circonscriptions ecclésiastiques du Hunan (diocèses de Changde, Lizhou et Yuanling, préfectures apostoliques de Baojing, Lingling, Lixian, Xiangtan et Yueyang). Pour les autorités chinoises, il est évêque du Hunan. Selon l’annuaire pontifical, la province du Hunan compte quatre diocèses et cinq préfectures apostoliques. En 1991, la partie « officielle » de l’Eglise en Chine a restructuré ces neuf territoires ecclésiastiques en six nouveaux diocèses, qui, eux-mêmes, en 1999, ont fait l’objet d’une nouvelle restructuration, pour donner naissance à un unique diocèse, le diocèse du Hunan.

dépêche envoyée par la Rédaction d’Eglises d’Asie

agence d’information des Missions Etrangères de Paris
contact : Régis Anouil (réd chef)*
128, rue du Bac
F – 75007 Paris

Rome-Ecône : retour au bercail

Au commencent était la peur. Elle pousse l’homme à
imaginer des dieux protecteurs et rassurants. Mais aussi à se construire des prisons intérieures, hérissées de piquants, celles de dogmatismes clos et réducteurs, mais bien entendu rassurants face aux menaces extérieures et aux tentations intérieures.

Les intégrismes naissent de la peur. Celle de l’avenir et de la diversité. Comme s’il fallait se cramponner à une bouée en train de se dégonfler, alors que le Christ nous appelle à marcher sur les eaux. C’est au fond ce qui semble rapprocher Benoît XVI des intégristes. Une peur qui se lit sur les visages et qui pousse à la surenchère de l’intransigeance, aux positions défensives, et qui excite vite le prurit de l’anathème. Dès lors il s’agit de se garder des ouvertures pourtant salutaires, de fermer ses fenêtres, alors que le bon pape Jean XXIII voulut les ouvrir : c’est cela l’esprit du Concile ! Ce qui est en train de se passer à Rome est profondément affligeant. Par peur, et pour faire front commun face à une modernité redoutée, le pape accueille avec complaisances une poignée d’intégristes têtus et arrogants, tournant ainsi le dos à nombre de ses fils. D’autant que Benoît XVi traite avec défiance, ceux qui tentent d’avancer en éclaireurs d’un christianisme hors des sentiers battus.

Bien entendu, cette peur n’est pas seulement une
donnée psychologique, mais relève ici d’une posture de fond,
finalement métaphysique. Mauvaise conseillère, elle explique en bonne part cet accord de dupes qui en train de se dessiner entre Rome et Ecône. A manger avec le diable, la fourchette n’est jamais trop longue… Inutile de dire qu’un tel accord n’augure rien de bon, et préfigure le retour en arrière d’un catholicisime en perte de vitesse dans nos sociétés occidentales.

Découvrez l’ensemble de notre dossier sur Golias Hebdo n°234

Harcèlement

Un ancien adjoint au maire de Villefranche-sur-Saône, qui a été également secrétaire d’État au Tourisme sous Valéry Giscard d’Estaing, vient de déposer devant le Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité concernant la loi punissant le harcèlement sexuel. Les Sages vont devoir se prononcer sur la conformité de cette loi avec la Constitution. Le motif invoqué par le requérant est que la notion de « harcèlement sexuel » est extrêmement floue.

J’ai toujours pensé de cette façon. Ce « harcèlement » est défini par le Code pénal, à l’article 222-333, dans une loi votée il y a vingt ans, de la façon suivante : « le fait de harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle ». À l’évidence, ce texte n’a aucune précision : à le lire simplement, le citoyen n’est pas en mesure de savoir ce qu’il peut ou ne peut pas faire pour ne pas tomber sous le coup de la loi. Or cette connaissance est pourtant un des fondements de la Constitution.

Deux dangers symétriques et inverses guettent un texte aussi flou. Celui de la minoration des fautes, et celui de leur majoration. En effet, la notion de harcèlement sexuel risque d’être choisie par les juges pour déqualifier des crimes en réalité bien plus graves, comme l’attouchement, l’agression et le viol. Les féministes d’ailleurs veulent elles aussi qu’on précise davantage ce qu’on entend par ce mot de « harcèlement ». Mais en a-t-on vraiment besoin, quand les crimes sexuels sont déjà punis ?

À l’inverse, on peut faire entrer dans la catégorie de harcèlement sexuel des comportements tout à fait anodins, comme le fait de regarder quelqu’un de façon un peu appuyée : dévisager n’est quand même pas tout le temps envisager ! Ce peut même être au contraire dans certains cas un hommage rendu à la beauté, et bien des femmes seraient heureuses, il me semble, d’être ainsi « harcelées ». Quel regret peuvent-elles éprouver quand elles ne le sont plus ! Ne succombons pas aux mœurs états-uniennes, où l’on est obligé de baisser les yeux et de raser les murs quand on croise une femme. Et où on ne peut caresser la tête d’un enfant dans un jardin public de peur de passer pour un pédophile. En vérité, on devrait y regarder à deux fois avant de multiplier les lois : c’est bien assez parfois d’appliquer celles qui existent déjà.

Alien au premier tour

Mais que veulent-ils ? Qui sont-ils ? Leur vote, pardon, leur message, leur cri de colère, de rage, de désespoir, que veut-il exprimer exactement ? Nos reporters sont partis en immersion dans ce village, où leur mouvement est arrivé en tête au premier tour, pulvérisant son score, à la surprise générale.

Antoine Dugland, vous êtes expert en sciences politiques, peut-on esquisser la sociologie de leur vote ? Des chiffres ! Des cartes ! Grandes villes, petites villes ? Des très jeunes dépolitisés ? Des vieux atteints d’Alzheimer ? Des agriculteurs ? Des déclassés ? Des retraités désespérés? Mais enfin, dites-nous, on n’en peut plus, on brûle de savoir, quelle est exactement la sociologie du vote socialiste, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle !

Je plaisante, bien sûr. Ce que vous venez de lire, vous ne l’entendrez jamais dans vos radiotélés préférées. L’enquête effarée, le « mais enfin qui sont-ils ? » aux yeux écarquillés d’angoisse, la découverte épouvantée de l’alien qui est parmi nous, sont réservés aux questions sur les électeurs du Front National. Depuis près de trente ans, à chaque lendemain de premier tour de scrutin, en général aux alentours du mardi, les appareils médiatiques redécouvrent ce monstre mystérieux et inquiétant, la France des invisibles. Et de se précipiter, comme Libé de ce matin, (excellente enquête au demeurant), dans une copropriété géante et sinistrée de la banlieue parisienne, dont les copropriétaires ne peuvent plus payer les charges; et de fondre, comme France Inter, dans le village sarthois sans délinquance ni immigrés, où Le Pen est néanmoins arrivée en tête au premier tour. Pas de panique, l’excursion dure en général quarante-huit heures, tout au plus, après quoi on revient aux choses sérieuses: mais qui Hollande va-t-il bien nommer à Matignon ?

Qui sont-ils ? Sont-ils mûs par la colère, ou par le fantasme ? Car l’électeur FN, c’est évident, ne saurait être mû que par l’une ou par l’autre, la réflexion pure, à l’aide d’un cerveau, étant ontologiquement réservée à tous les autres électeurs. Judith avouait hier ici, avec franchise, qu’elle ne connait pas, dans la vraie vie, un seul électeur du Front National. Franchise pour franchise, c’est aussi mon cas. Et c’est aussi, j’imagine, je suppute, le cas de l’immense majorité des reporters-sondeurs-éditocrates qui poussent en choeur le grand cri du « qui sont-ils ? » Et si la sincérité déchirée de cette curiosité cyclique était, en elle-même, une réponse à la question qu’elle pose ?

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images

Le Vatican rappelle à l’ordre les nonnes américaines

L’attitude du Vatican à l’endroit des dissidents dépend en grande partie du soutien ou non sur lequel il peut compter des évêques du lieu.

En Autriche, le cardinal de Vienne, Mgr Christoph Schönborn, est hostile à une reprise en main disciplinaire trop sévère. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Vatican renonce à infliger des sanctions aux prêtres dissidents. En Irlande, l’épiscopat est en bonne part discrédité par les affaires d’abus sexuels. Aux USA, en revanche, on assiste à un virage conservateur d’un épiscopat qui a rompu définitivement avec le libéralisme doctrinal et éthique qui fut jadis le sien. Saisissant l’occasion, Rome s’en prend avec virulence, dans un document de huit pages de la congrégation pour la doctrine de la foi, tout juste paru, à une organisation catholique à laquelle près de neuf dixièmes des religieuses adhèrent, la Leadership Conference of Women Religious (LCWR). Le cardinal Levada, préfet de ce puissant dicastère, émet un jugement sévère : « la situation doctrinale et pastorale actuelle de la LCWR est grave et matière à de sérieuses préoccupations ».
Un rapport a été rédigé au sujet de cette conférence par l’évêque de Toledo dans l’Ohio, Mgr Blair, connu pour ses idées conservatrices. A l’évidence c’est l’ouverture d’esprit des Nonnes sur des questions morales ou sociétales comme l’éducation à la sexualité qui entretient l’ire de Rome. Et c’est une chose très précise qui a été la goutte d’eau faisant déborder le vase, le soutien des religieuses à la réforme de la santé du président démocrate dont le volet de médecine reproductive et contraceptive est fustigé par le cardinal Dolan, l’archevêque de New York.

Coups de chien sur les dispositifs

Mais quelles substances consomment-ils, le matin ? C’est l’heure meurtrière où journalistes et candidats jettent leurs dernières forces dans la bataille. C’est l’heure épuisante où les matinautes se cacheraient presque sous le lavabo, de peur de se prendre une balle perdue. C’est le moment où tombent en grêle les coups bas, où on s’attaque aux lunettes et aux vêtements.

Sur Inter, Pascale Clark essaie de faire à Marine Le Pen le coup de la dernière vacherie avant de rendre l’antenne, le petit coup de pied auquel normalement l’invité ne peut pas répliquer, son micro étant coupé. Le Pen ayant choisi d’apporter une chanson de Laurent Voulzy, Clark lui balance, juste avant de rendre l’antenne, trois vers de Belle île en mer, « en France violence, manque d’indulgence par les différences que j’ai ». Et prends-toi Voulzy le métis dans les dents, Marine ! Manque de chance, la régie n’a pas coupé le micro de Le Pen: « que voulez-vous dire ? » Clark, prise à contrepied: « mais rien. Arrêtez cette parano ». « Dites ce que vous avez à dire » « Rien ». Quatre tops. Clark: « c’est terminé ». Cohen: « je ne pensais que vous puissiez vous sentir agressée par les citations d’une parole de chanson ».

Le Pen se bat encore. Mais on dirait que Sarkozy a déjà capitulé. Il fallait le voir, la veille, déjà vaincu face à Bourdin, pris en défaut parce qu’il ne connait pas, à trois morts près, le nombre des soldats français tués en Afghanistan. Il fallait entendre Bourdin lui souffler dans les bronches, comme aucun autre présentateur français. Prends-toi les morts français dans les dents, Sarkozy. C’était trop ? Peut-être. Mais ça vengeait des heures de soumission, sur les autres antennes.

Quoiqu’il arrive, la campagne aura fait tanguer les dispositifs médiatiques. Ils se seront accrochés au bastingage, les Cohen (d’où viennent vos chiffres ?), les Aphatie (donnez votre salaire), les Chazal (je vais vous parler de la fortune de Martin Bouygues), sous les coups de chien des intrus, les Mélenchon, Le Pen, Poutou, Dupont-Aignan. Ils n’auront jamais été aussi nombreux, les candidats, à chahuter les dispositifs, aidés de l’extérieur, sur le ring secondaire de la campagne off, par la puissance imparable des réseaux sociaux (voir comment l’équipe de Mélenchon a mis les rieurs de son côté, en réaction à la campagne de « révélations » sur ses rencontres, ses déjeuners, ses goûters, avec les seconds couteaux de la Sarkozie). On peut faire confiance à la plasticité du système pour se survivre. Mais la campagne aura au moins permis de mettre les ficelles à nu, comme un orage lave le ciel. C’est déjà ça.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images

Bertone regagne du terrain

Selon nos informations, le cardinal Tarcisio Bertone serait sorti grand vainqueur du voyage récent du Pape au Mexique et à Cuba plaçant enfin au second plan les affaires internes de la Curie.

Même si le Pape continue à envisager pour un avenir pas trop éloigné la nomination d’un Secrétaire d’Etat sud-américain, par exemple le cardinal argentin Leonardo Sandri, il préfère pour le moment ne pas tout changer. L’actuel Substitut de la Secrétairerie d’Etat, Mgr Giovanni Maria Becciu, un Sarde bourru mais au fond débonnaire, a su tisser des liens solides avec Fidel Castro alors qu’il était encore Nonce à la Havane. Et si Mgr Dominique Mamberti, actuel secrétaire pour les relations avec les Etats paraît manquer d’épaisseur, il présente le mérite d’une loyauté sans la moindre réserve. Benoît XVI a beaucoup de mal à se décider sur le choix des hommes, ce qui le rapproche de Pie XII jadis. Il ne parvient toujours pas à se décider de façon nette sur le choix du nouveau Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Après avoir abandonné l’idée d’y nommer en Allemand qu’il apprécie, l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gerhard Müller, il semble y être revenu. En attendant…Enfin, il y a sans doute une double raison pour laquelle Benoît XVI préfère finalement maintenir en poste le très contesté Bertone. D’une part, il s’agit d’une question de caractère. Bertone est un hyper-actif, prompt à se précipiter sur tous les fronts. Cérébral, liturge de cœur, musicien, esthète, Ratzinger doit se faire violence pour agir car cela n’est pas dans son tempérament. A cet égard il y a une réelle complémentarité entre les deux hommes. D’autre part, et cet aspect n’est pas non plus négligeable, Ratzinger connaît Bertone et même s’il est plus agacé désormais par les défauts évidents de ce dernier il en sait la nature et les limites. En nommant un diplomate de formation, peut-être plus adroit, et plus fiable, Ratzinger se trouverait d’une certaine façon désarçonné par un type de gouvernance qu’il n’a jamais apprécié et maîtrisé. Ce qui à son âge peut le dissuader de changer de casting !