Inculture

Visitant une exposition de peinture, notre Président, devant un tableau de Fernand Léger, a dit : « Léger, c’est cher ? » Puis, devant un tableau de Klein : « Klein, plus que Léger ? » (source : Télérama n° 3235, 11 janvier 2012, p. 8, avec photo de la scène). On reste effaré devant tant d’inculture. Télérama parle, lui, de « sottise ». Les deux sont combinés, ici, je pense. Et on a honte d’être gouverné par ce nouveau Monsieur Jourdain, surtout venant après des Présidents cultivés, comme Georges Pompidou, François Mitterrand, tous deux amoureux des livres et pratiquant l’écriture, Jacques Chirac aussi, amoureux des arts extrême-orientaux et « premiers ». Sans parler du Général de Gaulle, véritable écrivain.

Ce qui est grave, au fond ce n’est pas tant de ne pas s’y connaître en matière artistique. À tout prendre, je préfère l’ignorant simplet, celui qui, tel Jean-Pierre Bacri dans Le goût des autres d’Agnès Jaoui, ne trouverait rien de mieux à écrire sur le livre d’or d’une exposition que la naïve formule : « C’est bien peint ! » Non, la faute ici est de juger les œuvres uniquement d’après leur cote sur le marché, leur valeur vénale, ce qui montre bien les seules valeurs à quoi l’on adhère, celles de l’argent. Le reste ne compte pas. C’est le même Président d’ailleurs qui ricanait devant La Princesse de Clèves mise au programme d’un concours administratif : il voulait mettre les rieurs de son côté en ridiculisant, de façon démagogique, les intellectuels (voir mon billet Mépris, dans le n° 95 de Golias Hebdo). Mais on se demande alors quelle politique culturelle peut faire celui qui ne croit qu’au pouvoir de l’argent. Et ce que doit penser le ministre actuel de la culture, qui figure à côté du Président dans la photo de Télérama

C’est Charles Péguy qui parlait autrefois du « règne inexpiable de l’argent », par quoi se caractérisait pour lui, pour la première fois dans l’histoire occidentale, la société qu’il voyait prospérer sous ses yeux. Traditionnellement les artistes, les hommes de culture, sont étrangers à ce monde. Au moins faut-il penser qu’ils le resteront encore. Car art et création se prostituent toujours, à ne croire en fait de valeur qu’à celle du prix ou du tarif. Espérons que notre Président ne se contente pas ici d’incarner l’air du temps…

ATHÈNES une tragédie grecque

Depuis 2008, les images d’Athènes en feu égrènent les actualités de nos pays d’Europe de l’Ouest comme une triste rengaine. L’opinion plaint les premières victimes de l’austérité tout en présumant qu’ils doivent bien y être pour quelque chose, ces matelots dont le bateau chavire…

Gavril et Lenita 3 / 7

Résumé des épisodes précédents
Gavril et sa sœur Lenita, deux jeunes roumains, ont dû fuir leur pays à la suite de l’arrestation incompréhensible de leurs parents. Claude-Yves les découvre par hasard, cachés dans le cimetière où est enterrée sa femme. Ils y sont venus sur les conseils du Père Banelle, un ami de Claude-Yves.
Les jeunes gens racontent à ce dernier comment Stéphane Descoins, un VRP doublé d’un diacre leur a d’abord indiqué l’adresse de Gabriel Dubois, un curé retraité près de Marseille, qui vient en aide aux sans-papiers.

«  Vous me raconterez tout ça en détail mais plus tard, interrompit Claude-Yves. Je n’ai qu’une chambre à vous proposer mais avec deux lits jumeaux qui devraient vous convenir. Vous pouvez vous y reposer dès maintenant. Ce soir, on dînera chez un copain qui tient un restaurant. En attendant, je vais aller voir le Père Banelle pour lui demander des éclaircissements. »
Depuis la mort de sa femme, Claude-Yves n’est plus tout à fait le même : fantasme-t-il en soliloquant sur sa tombe ? En son for intérieur, n’espère-t-il pas qu’elle l’entende ? Ou plutôt, n’en est-il pas intimement persuadé ? Il en a parlé avec le curé qui a eu l’intelligence de l’écouter sans l’interrompre :
«  A supposer qu’il y ait une vie dans l’au-delà, disait-il, pourquoi continuer à raconter cette histoire d’Adam puisqu’on sait qu’il a fallu des millions d’années pour qu’émergent des hommes conscients de l’être ? Et dans la foulée, pourquoi l’Eglise continue-t-elle d’affirmer la nécessité du baptême pour effacer un péché originel qui n’a jamais existé ? Et aujourd’hui, pourquoi les prêtres n’ont-ils pas le droit de se marier ? Figurez-vous que je ne suis jamais allé au catéchisme parce que ma mère avait surpris notre curé en galante compagnie…Moi, ça ne me choquait pas … Je trouvais cette liaison plutôt rassurante sur la virilité du curé en question.  Après la mort de ma mère, j’ai retrouvé le catéchisme de son enfance, je l’ai lu, j’ai même lu la Genèse. Franchement, si Dieu a créé l’homme à son image, cela implique qu’il est, comme sa créature, tenté de faire le mal. On n’est pas loin de la mythologie grecque dont les dieux sont victimes de leurs passions et de leurs rivalités. »
Au grand étonnement de son interlocuteur, concernant le péché original et le célibat des prêtres, le Père Banelle partageait son avis. Quant à la ressemblance entre Dieu et sa créature, pour lui, elle était de même nature que celle qui s’établit entre des parents et leurs
enfants dont le comportement n’est pas toujours à la hauteur de leurs espoirs.
Ce soir-là, le Père Banelle fut rassuré d’apprendre que Claude-Yves avait accepté d’héberger les jeunes Roumains bien qu’il n’ait pas eu le temps de le prévenir. En effet, la veille de leur arrivée, il avait reçu la visite de deux gendarmes lui demandant des renseignements sur la mère d’un bébé qu’il avait récemment baptisé ; cette femme était sans doute une clandestine venue du Liban, ce à quoi il leur avait répondu qu’elle parlait couramment le français et qu’il n’avait pas vu la nécessité de lui demander ses papiers.
«  Bref ! Quand les jeunes Roumains envoyés par une association qui réside à Lyon m’a demandé de les accueillir, j’étais dans mes petits souliers. J’ai aussitôt pensé à vous qui vous chargez d’apprendre le français à des étrangers.
Vous avez bien fait… mais moi aussi je suis dans le collimateur de la police qui me
soupçonne fortement d’aider des sans-papiers. De ce fait, j’ai l’intention d’émigrer en Normandie et j’y emmènerai ces deux jeunes qui m’ont l’air sympathiques et dégourdis. »
En son for intérieur, il était ravi de s’occuper d’eux parce que sa femme et lui avaient souffert de ne pas avoir eu d’enfants.

Les jours suivants, Claude-Yves demanda à Gavril de lui raconter leur odyssée avec un peu plus de détails :
Avant d’arriver à Marseille, ils avaient fait halte dans un motel, à Bussolengo en Vénétie. Après avoir appris qu’ils ne disposaient en tout et pour tout que l’équivalent d’une centaine d’euros, Stéphane, le VRP-diacre, leur paya le dîner et la nuitée. Au cours du repas, il leur recommanda de ne pas utiliser leur téléphone portable pour appeler leur copain de fac. Il leur promit en revanche de prendre contact avec lui et dès qu’il aura des infos intéressantes, il les leur communiquera.
Le lendemain, leur chauffeur les déposa au nord de Marseille en leur souhaitant bonne chance car il évitait de se montrer à Cabriès.
Après quatre heures d’un trajet risqué, pedibus cum jambis et la peur au ventre, ils parvinrent aux abords du village et, par chance, croisèrent un cycliste casqué d’une quarantaine d’années qui leur indiqua l’adresse du prêtre : un mas en pierres abrité sous une roche en surplomb au pied de la colline.
Sur le seuil, un homme âgé, le visage boucané, vêtu d’un polo et d’un blue-jean, fumait sa pipe. C’était le Père Gabriel Dubois qui, prévenu par Stéphane, guettait leur arrivée. A peine étaient-ils entrés dans le mas qu’ils eurent droit à un fromage de chèvre, une spécialité du pays et, dans la foulée, à l’étymologie de Cabriès, probablement créé à partir de ‘cabre’ chèvre en provençal. En échange, ils apprirent à leur hôte que Timisoara était située à l’ouest de la Roumanie, à environ 500 Km de Bucarest, qu’elle comptait plus de 300 000 habitants, que Gustave Eiffel y avait construit un pont sur la Bega et que c’était la ville natale de Johnny Weissmuller, le futur Tarzan.
Leur chambre comprenait deux lits séparés par un paravent et, pour la toilette, un lavabo rudimentaire. A la guerre comme à la guerre.
Le lendemain, le prêtre voulut en savoir un peu plus ou sur leur escapade forcée. Leur père était professeur de guitare classique et leur mère, professeur de piano. Compte tenu de leur mode de vie et de leurs principes moraux, il était impossible qu’ils aient été mêlés à un trafic de drogue. Gavril, lui, voulait devenir journaliste européen ; quant à Lenita, elle avait hérité de l’agilité digitale de sa virtuose de mère, non pour jouer du piano mais du fusain, du pinceau ou du burin. Sur ce, le prêtre extirpa de son secrétaire deux anciens cahiers d’écoliers qu’il offrit à l’un pour qu’il note des anecdotes ou ses impressions de fugitif, à l’autre, pour croquer les paysages et les gens qu’elle aura l’occasion de croiser.
En attendant que l’innocence de leurs parents soit reconnue, le prêtre les invita à passer quelques jours dans sa bergerie située sur les hauteurs de l’arrière-pays. Devant leur étonnement, il expliqua les raisons de cette retraite.

A suivre…

Un Français à la tête de l’ex saint-Office ?

Depuis qu’il est Pape, Benoît XVI nous donne le témoignage d’un certain scrupule dans les nominations les plus importantes. Quitte à envisager plusieurs noms avant de trancher par un dernier, parfois le premier au départ.

Cela est semble-t-il le cas du prochain Patriarche de Venise, comme ce fut celui de l’archevêque de Turin, avec presque une dizaine de candidats, dont certains il est vrai étaient surtout poussés en avant par le cardinal Bertone, plus que par le Pape lui-même. Désormais c’est la désignation du nouveau préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi qui fait couler beaucoup d’encre. Il y a encore un mois, c’était Mgr Gerhard Müller, évêque de Ratisbonne, un ami personnel du Pape qui tenait la corde. Mais le vent tourna et il fut alors question d’une transition qu’assurerait pour peu de temps un cardinal déjà expérimenté. Certains parlèrent d’un Polonais, le cardinal Zenon Grocholewski, le préfet de la congrégation pour l’éducation catholique mais le vrai candidat était le cardinal Angelo Amato, un temps secrétaire du dicastère. Et voici que cette piste serait également abandonnée aujourd’hui. Trois nationalités auraient le vent en poupe! D’une part, le Canada avec l’archevêque de Toronto, le nouveau cardinal Thomas Collins, 65 ans. Il est doté d’une réelle dimension intellectuelle. D’autre part la France et l’Espagne. Pour le dernier pays, l’un des scénarios est celui de la promotion en ligne directe du Secrétaire du dicastère, un Jésuite, Mgr Luis Ladaria, 68 ans, dont le nom est aussi cité pour la succession du cardinal Sistach à Barcelone, mais seulement en 2013. En ce qui concerne la France, deux noms sont évoqués. Celui de l’archevêque de Dijon, Mgr Roland Minnerath, 66 ans, qui fit ses premières armes dans la diplomatie vaticane mais qui ne compterait pas que des amis, y compris à Rome même. Enfin celui en nette ascension ces derniers jours du cardinal Jean-Pierre Ricard, 68 ans, archevêque de Bordeaux et ancien président de la conférence des évêques de France. Un modéré, intégrable dans le monde romain. Qui a en outre l’avantage d’être membre de ce dicastère. Et d’avoir à tort ou à raison la réputation de se montrer si nécessaire conciliant avec les traditionalistes. Un aspect du rôle du préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi qui supervise aussi la Commission « Ecclesia Dei ».

Corse : Rome donne raison
à l’abbé Polge contre
Mgr Brunin (ex-Ajaccio/
Le Havre)

Le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique, que préside le cardinal Raymond Leo Burke, vient de donner raison à un prêtre du diocèse d’Ajaccio, le Père Roger Polge, limogé de son poste par un oukase épiscopal de son évêque d’alors, Mgr Jean-Luc Brunin, transféré depuis (et ce n’est pas une promotion) au Havre.

Mgr Brunin est certainement, par ses choix pastoraux et par ses analyses intellectuelles beaucoup plus proche de nous que le prêtre en question. Mais la question n’est pas celle de l’éventuelle idéologie de l’un ou l’autre des protagonistes. Plutôt celle d’un conduite concrète, d’une gouvernance et d’un mode de fonctionnement peu dialogal.

La conséquence de ce jugement romain est que l’acte par lequel Mgr Brunin avait révoqué le curé de Corte est…cassé et que l’abbé Polge aurait théoriquement le droit de reprendre tout simplement ses fonctions.

Mgr Brunin est désormais loin de l’Ile de Beauté et ce désaveu romain n’aura pas grand impact en Normandie. En revanche, le prochain évêque d’Ajaccio, qui devrait être nommé dans quelques semaines et peut-être quelques mois, aura fort à faire pour rétablir une communion souriante et confiante.

En attendant, c’est Mgr Jean Bonfils, l’ancien évêque de Nice, actuellement administrateur de la Corse par intérim, qui se trouve dans une situation bien épineuse. S’il se montre trop négatif à l’endroit du prêtre fort de son bon droit, il se place d’emblée en opposition au clergé actif. En revanche, s’il se montre trop favorable à ce même prêtre, c’est un camouflet pour Mgr Brunin, qui brise une solidarité épiscopale, déjà fragile.

Fondation Raoul Follereau :
la face cachée d’une oeuvre…

Dans l’opinion publique, la Fondation Raoul Follereau est encore souvent auréolée de considération et même de prestige. Or, le livre de Romain Gallaud, Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, sur la base d’une enquête très fouillée et de données circonstanciées, lance un message de prudence et de vigilance. C’est dans ce contexte qu’un
auteur qui désire pour l’instant garder l’anonymat, écrivant sous le pseudo de Romain Gallaud, multiplie les initiatives afin de dénoncer ce qu’il estime être une supercherie à la fois historique, politique et spirituelle. Le 5 septembre 2011, il écrivait une lettre ouverte aux évêques de France et publia – sur internet (http://follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com/pagesLettre_ouverte_a_lEglise_de_France-5702211.html).- une enquête intitulée « Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête », qui vient de sortir aux éditions Golias . Entretien exclusif avec Romain Gallaud qui se revendique ouvertement catholique et fidèle à l’Eglise de Rome.
(pour commander le livre : http://golias-editions.fr/article5034.html)

Golias Hebdo : Par votre lettre ouverte aux évêques de France, et par votre livre Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, quel message avez-vous voulu transmettre au grand public ?

Romain Gallaud : Un message de prudence et de vigilance. Un certain nombre de catholiques sont attirés, de toute bonne foi, par les beaux discours dès lors qu’ils comportent les notions de générosité, de solidarité ou de partage. Soyons des catholiques attentifs aux choses telles qu’elles sont réellement et ne nous contentons pas de ce que certains essayent de nous faire croire ! Le monde des organismes caritatifs est devenu, parfois pour le meilleur, mais souvent pour le pire, un monde de charity business dans lequel la générosité publique est sollicitée selon des règles de marketing proches de celles usitées pour vendre des lessives ou des parfums.

Le don serait devenu un acte de consommation courante ?

Il suffit de voir la composition du conseil de surveillance de la Fondation Raoul Follereau pour s’apercevoir qu’il ressemble à s’y méprendre à un conseil d’administration d’une société à but lucratif : sur les neuf membres qui ne sont pas nommés par l’État, au moins
quatre sont banquiers, gestionnaires de fortune ou directeur d’entreprise. Ni l’Église, ni les lépreux, ni les salariés ne sont représentés. Les bénévoles, quant à eux, sont représentés via une association sous contrôle dont nous parlerons plus tard. Plus significatif encore, le conseil de surveillance compte deux membres dits qualifiés dont les compétences personnelles sont censées être en rapport, en principe, avec l’activité poursuivie par la Fondation. À la Fondation Raoul Follereau, l’un des deux fut pendant longtemps un dirigeant d’une agence de communication et de publicité qui réside dans l’immeuble qui jouxte le siège de la Fondation, l’autre est dans la finance. Tout un symbole.

Dans votre lettre ouverte, vous parlez d’un risque l’instrumentalisation de l’Église…

Exactement. En 2009, la Fondation Raoul Follereau a créé une association intitulée Mouvement pour la glorification de Raoul et Madeleine Follereau dont le but est de promouvoir « la vie, la pensée et l’oeuvre » de Raoul Follereau, y compris en entreprenant les démarches en vue de leur béatification et, le cas échéant, de leur canonisation. En tant que catholique romain, fidèle au pape et à ses évêques, c’est la crédibilité de l’Église que j’estime être en danger.

Quels sont les reproches que vous faites à Raoul Follereau ?

Ma lettre ouverte est adressée aux princes de l’Église, donc elle n’aborde que l’aspect canonique du dossier Follereau. Mais, en réalité, ma contre-enquête dénonce trois séries d’impostures : une imposture historique, une imposture juridique et une imposture comptable. Dans ces trois catégories, je démontre que la direction de la Fondation
Raoul Follereau se moque de la loi française, de ses donateurs et de ses bénévoles, et même, d’une certaine façon, de ceux de ses salariés qui sont de bonne foi.

Concernant la partie historique de votre démonstration…

L’imposture historique est le péché originel de la Fondation Raoul Follereau, puisque c’est Raoul Follereau lui-même qui l’a orchestrée.

Je démontre dans mon livre que Raoul Follereau (1903-1977) fut, de son vivant, le faussaire de sa propre Histoire.

Concrètement, que lui reprochez-vous ?

À partir du milieu des années cinquante, devant la notoriété mondiale dont il va soudainement bénéficier grâce à ses initiatives en faveur des lépreux, Raoul Follereau va raconter des centaines de fois, par oral, par écrit, à la télévision ou la radio, qu’il a embrassé la cause des lépreux dès 1925 et qu’il n’a jamais fait autre chose que de leur
consacrer sa vie. Il va ainsi bénéficier de surnoms tels l’Apôtre des Lépreux ou le Vagabond de la Charité. Depuis, de multiples relais d’opinion ont diffusé plus ou moins explicitement cette supercherie soit par complaisance, soit par ignorance, soit par crainte de provoquer un scandale dont les lépreux auraient été, in fine, les victimes.

Personne n’a contredit cette version des faits ?

Deux organisations ont démenti ce mythe. Tout d’abord l’Ordre de Malte publie chaque année dans son dossier de presse consacré à la Journée Mondiale des lépreux un petit entrefilet, rédigé en termes fort diplomatiques, qui rappelle que la première rencontre
de Raoul Follereau avec les lépreux s’est passée en 1938, sous l’égide de la branche française de l’Ordre.

Et la deuxième organisation ?

C’est là que cela devient cocasse, car c’est la Fondation Raoul Follereau elle-même qui se vit contrainte de contredire son fondateur et de reconnaître que cette date de 1925 est fantaisiste. Dorénavant, elle s’est repliée sur 1936 sur la base d’une vague convergence
d’indices, tout en admettant implicitement que Raoul Follereau n’a strictement rien fait pour les lépreux avant 1943, ce qui ne l’empêche aucunement d’asséner autant qu’elle peut, surtout à destination des enfants, la légende dorée de l’homme qui consacra sa vie aux lépreux.

Savons-nous ce qu’a fait Raoul Follereau entre 1925 et 1943 ?

Bien sûr que oui. Étienne Thévenin fut le premier historien à tirer une première photographie légèrement moins allégorique de l’histoire de Raoul Follereau. Mais il ne tira pas les conséquences de ses propres constatations et resta dans une démarche particulièrement hagiographique, voire courtisane. Ainsi, entre 1925 et 1937, Raoul
Follereau fut le dirigeant d’une ligue d’extrême droite qui, sous l’objectif officiel de lutter contre tous les paganismes et toutes les barbaries, visait à promouvoir des conceptions politiques directement inspirées par le nationalisme intégral, la doctrine contre-révolutionnaire, antisémite et xénophobe enseignée par Charles Maurras et par son école, l’Action française. Dans cette lutte contre les « loges, le ghetto et le bolchevisme », Raoul Follereau côtoie et fréquente la fine fleur de l’extrême droite française et européenne : Xavier Vallat, Henry Coston, Philippe Henriot, Louis Darquier de Pellepoix, l’Internationale fasciste, etc. Sans compter ses harrangues teintées d’antisémitisme. À partir de 1937, il fonde les Fondations Charles de Foucauld et exploite abondamment l’image et la notoriété naissante du Petit Frère universel pour promouvoir une France nationale, colonialiste et conquérante. Louis Massignon, dira de Raoul Follereau en 1945 qu’il est un « marchand du temple » de la mémoire de Charles de Foucauld, tandis que le Père Voillaume,
confirmera en 1988, la réputation fascisante de l’organisation de Raoul Follereau.

Déjà un premier phénomène d’instrumentalisation d’une figure de l’Église ?

Tout à fait. Chez Raoul Follereau, les vertus chrétiennes sont encensées mais elles sont, en réalité, pour qui s’y penche plus finement, dévoyées au service d’un projet politique.

Et quel fut le comportement de Raoul Follereau pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Dans la continuité de ses idéaux nationaux, Raoul Follereau campa sur une ligne toute maurassienne : la haine de l’étranger anglosaxon et du bolchevisme russe amène Raoul Follereau à considérer que le salut de la France ne peut se trouver que dans une France
nouvelle, débarrassée de ses éléments qui la dénaturent de l’intérieur : il appelle donc à l’unité des catholiques autour du Maréchal Pétain. Étienne Thévenin écrit pudiquement que Raoul Follereau se fit le promoteur des « principes moraux de la Révolution Nationale
» (sic).

Quel regard Raoul Follereau porta-t-il, après 1945, sur ses activités entre 1925 et 1945 ?

Étienne Thévenin nous indique que Raoul Follereau garda intactes, toute sa vie, ses convictions politiques mais qu’il prit soin de ne plus en faire état publiquement. D’ailleurs, il continue à fréquenter les milieux pétainistes tel le Général Weygand ou l’Association Universelle des Amis de Jeanne d’Arc en 1956. Mais c’est sur la tombe de Raoul Follereau que nous trouvons la meilleure preuve de sa fidélité persistante à ses idéaux fascisants. Que croyez-vous qu’il y fit graver ? Un extrait d’un évangile ? Une citation d’un docteur de l’Église voire même de Charles de Foucauld ? Non. C’est une citation de Charles Maurras, le père excommunié par Rome du nationalisme intégral que Raoul Follereau fit graver sur sa tombe.

Un clin d’oeil politique ?

Bien sûr. Une façon de dire « je n’ai plus rien dit, mais je n’en pensais pas moins ». Il suffit de lire dans son intégralité le poème dont les vers sont extraits, pour se convaincre que Raoul Follereau délivre ici son testament politique, ce qui n’est pas d’ailleurs, sans poser problème pour son éventuelle canonisation. Le Vatican avait pourtant condamné, en 1926, la doctrine professée par l’Action française de Charles Maurras ?

Certes, mais Raoul Follereau fit partie des insoumis et refusa d’obéir au pape Pie XI. Si l’Église veut effectivement béatifier Raoul Follereau, il faudra qu’elle se prête à un sacré numéro d’équilibriste pour ne pas piétiner Pie XI. C’est aussi cela, le piège qui est aujourd’hui tendu à l’Église de France. De façon indirecte, le Mouvement pour la glorification
de Raoul et Madeleine Follereau réveille les fantômes de Charles Maurras et de sa condamnation de 1926. D’ailleurs, André Récipon ne fait pas mystère de ses convictions catholiques réactionnaires : « Affirmer notre foi, c’est faire à l’envers le demi-tour que nous a contraint d’accomplir la révolution de 1789. »

Dans votre livre, vous exposez les convictions politiques et religieuses d’André Récipon ?

Oui et il faut bien reconnaître que les points de convergence avec Raoul Follereau sont flagrants. Nous déplorons qu’André Récipon, actuel président d’honneur de la Fondation Raoul Follereau, puisse tenir des propos antisémites, xénophobes, pétainistes et même lavalistes sans être inquiété par quiconque. Son fils, Michel Récipon, actuel président du Directoire de la Fondation Raoul Follereau, a toujours refusé de condamner les propos extrémistes de son père. Ce n’est pas pour rien que la plupart des autres associations Raoul-Follereau ont rompu, dès le début des années 1990, tout contact avec la Fondation Raoul Follereau : « Une famille présidant à l’association française Raoul-Follereau [la famille Récipon], accaparant un pouvoir absolu, a détourné l’esprit de la pensée du fondateur pour se tourner vers des idéologies de la droite ultra et vers une branche intégriste et fondamentaliste de l’Église. »

Qui est André Récipon ?

Votre question me permet de passer à la deuxième imposture : l’imposture juridique organisée par André Récipon, l’héritier choisi par Raoul Follereau pour poursuivre son oeuvre. Je démontre, dans mon livre comment André Récipon a organisé la Fondation Raoul Follereau comme un fief familial, propriété exclusive et héréditaire de la famille Récipon. D’ailleurs, je peux rappeler ici ses convictions monarchistes : pour lui, « la primauté de la majorité sur la minorité (…) est une forme de dictature ». Ce qui augure bien du respect qu’André Récipon accorde au principe de l’expression démocratique.

En quoi cela constitue-t-il une imposture juridique ?

Il y a imposture juridique dans le sens où la reconnaissance d’utilité publique est, en droit français, conditionnée à l’indépendance de la Fondation par rapport à ses fondateurs. Concernant la Fondation Raoul Follereau, cette indépendance est artificielle. Dans notre livre nous expliquons comment l’Association des Amis de la Fondation Raoul Follereau et la Fondation Raoul Follereau sont toutes deux verrouillées par un petit nombre de membres fondateurs qui se cooptent les uns les autres. C’est donc la reconnaissance d’utilité publique, et donc tous les avantages fiscaux qui en découlent, qui est en cause.

Que fait l’État face à cette situation ?

Lors d’un scandale précédent, en 2002, l’Inspection générale des affaires sociales avait révélé l’extrême concentration des pouvoirs autour d’André et de Michel Récipon, son fils, actuel président du Directoire de la Fondation Raoul Follereau. Et je ne parle pas de l’étrange récurrence de noms constatée dans le groupe Follereau où des entités non lucratives partagent leurs frais généraux avec des entités lucratives, les dirigeants des premières se trouvant être actionnaires des secondes… Tout cela est éminemment suspect.
Disons sobrement que si les Récipon avaient voulu jouer la carte de l’irréprochabilité et de la totale transparence financière, ils auraient organisé leur montage juridique différemment. Nous retrouvons d’ailleurs cette même opacité dans la présentation des comptes annuels de la Fondation Raoul Follereau.

Après l’imposture historique puis juridique, c’est l’imposture comptable ?

Exactement. Tout cela se tient. Ce ne sont que des déclinaisons différentes d’une même et unique mentalité. La Fondation Raoul Follereau prétend, chaque année, consacrer aux alentours de 70 % des dons qu’elle a reçus à ce que l’on appelle les missions sociales, c’est-à-dire, à la finalité caritative, nette de frais parasites et de charges diverses, poursuivie par l’organisme.

Ce n’est pas le cas ?

La Fondation Raoul Follereau prétendra que si et avancera le fait que ce chiffre a été validé par ses commissaires aux comptes et par le bureau Véritas. En ce qui me concerne, je ne partage pas ce point de vue. Lorsqu’on examine attentivement les rapports annuels des exercices 2005 à 2008, il est possible de s’apercevoir que la Fondation Raoul Follereau qualifie de missions sociales toute une série de dépenses qui, de notre point de vue, n’en sont pas. Par exemple, le financement du Congrès annuel de la Fondation Raoul Follereau est considéré comme une dépense de mission sociale et non comme une dépense de fonctionnement. De même, les dépenses inhérentes à la revue Lèpres sont qualifiées de missions sociales alors que Michel Récipon, en personne, explique que le journal Lèpres sert à collecter des fonds.

Vous parlez des exercies 2005 à 2008. Et après ?

Concernant les exercices 2009 et 2010, c’est pire : alors que, jusqu’alors, la Fondation Raoul Follereau poursuivait quatre missions sociales (aide aux lépreux et programmes de santé, aide au développement, aide aux enfants en détresse, aide à la réinsertion par l’emploi en milieu rural en France), le Fondation en a rajouté une cinquième intitulée Diffusion du message de Raoul Follereau.

Où est le problème ?

Le problème est double. Tout d’abord, il existe l’épaisseur d’une feuille de papier bible entre le fait de diffuser le message de Raoul Follereau et le fait de promouvoir les actions de la Fondation et donc, de collecter des fonds pour les financer. Or, cela fait partie des obligations comptables de la Fondation Raoul Follereau de distinguer les frais de collecte de fonds des frais employés pour les missions sociales. Grâce à cette argutie syntaxique, la Fondation Raoul Follereau a érigé l’autopromotion au rang de mission sociale.

Vous disiez que le problème était double…

Oui, le deuxième aspect de cette mission sociale intitulée « Diffusion du message de Raoul Follereau », c’est son caractère occulte. Sur les supports de la Fondation Raoul Follereau, vous trouverez de façon circonstanciée la présentation des quatre missions sociales historiques que la Fondation Raoul Follereau se propose d’assurer. En revanche, comme par hasard, la cinquième mission sociale intitulée « Diffusion du message de Raoul Follereau » ne figure sur aucun support communiqué au grand public ; il faut lire les petites lignes du rapport annuel pour la découvrir. Et elle n’est pas anodine : pour 2009, elle pèse 1,7 million d’euros, soit 17 % du total du poste des missions sociales. Le donateur potentiel qui s’en tient à la documentation de base de la Fondation Raoul Follereau (qui osera affirmer que les donateurs lisent les rapports annuels avant de donner ?) est donc
volontairement maintenu dans l’ignorance de l’utilisation réelle et effective de son argent.

Maintenant que votre message est passé, quelle est la finalité de votre action ?

Golias se veut être l’empêcheur de croire en rond. Je ne partage pas vos prises de position, loin de là, mais j’apprécie la formule. Je crois intimement à la nécessité de contre-pouvoirs sans quoi l’exercice du pouvoir tourne rapidement à l’oppression. Face à la famille Récipon, il n’existe pas de contre-pouvoirs. Par crainte des mesures de rétorsion, de représailles ou du scandale, nombreux sont ceux qui savent, mais qui se taisent. Face à la Fondation Raoul Follereau et à ses 20 millions d’euros de réserve, outre les plus-values latentes sur son patrimoine immobilier, je ne peux pas grand-chose sinon jouer le rôle du poil à gratter. En espérant que l’Église et l’État finiront par m’entendre et intervenir.

Propos recueillis par Christian Terras

Raoul Follereau, la contre enquête

Éditions Golias 200 pages – 15 euros

Dans l’opinion publique, la Fondation Raoul Follereau est encore souvent auréolée de considération et même de prestige. Or, le livre de Romain Gallaud, Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, sur la base d’une enquête très fouillée et dedonnées circonstanciées, lance un message de prudence et de vigilance.

Éditions Golias 200 pages – 15 euros

Dans l’opinion publique, la Fondation Raoul Follereau est encore souvent auréolée de considération et même de prestige. Or, le livre de Romain Gallaud, Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, sur la base d’une enquête très fouillée et dedonnées circonstanciées, lance un message de prudence et de vigilance.

La Cour de Cassation rejette les thèses des diocèses
et congrégations

Le 19 octobre sur ce site nous évoquions le projet de loi permettant aux cultes d’être exonérés, de toutes réclamations venant des personnes en formation ou en stage d’apprentissage dans les collectivités religieuses : séminaire, noviciat… http://golias-news.fr/article5207.html. Cette loi a été votée contre l’avis du Sénat qui avait bien perçu le subterfuge : il s’agissait avant tout pour les cultes, de reporter sur tous les apprentis cultuels le paiement des arriérés de cotisations… Un peu comme si une Entreprise refusait d’inscrire à la Sécurité sociale, du personnel en période d’essai.

Mais voici que depuis cette date, deux décisions de grande importance mettent à mal ce stratagème. Pour les diocèses et congrégations depuis 1978, la question était évidente : ils étaient seuls habilités à dire en vertu de la loi de 1905 qui est « ministre du culte » et qui est « membre de collectivité religieuse »… La Caisse des cultes se contentait de suivre, sans vérification des faits, ce que les cultes lui déclaraient. Trois étapes vont être franchies par d’anciens religieux et d’anciens prêtres pour contester cette pratique confirmée en 1989, par un règlement intérieur de la CAVIMAC approuvé par arrêté ministériel.

2006-2008

La première débute en 2006 devant le Tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Vannes : stupeur à la CAVIAMC et dans les Conférences des évêques et des supérieurs religieux et religieuses, le tribunal donne raison à l’ancien religieux : toute personne nourrie et logée parce qu’elle consacre son activité et ses études à la religion, doit être inscrite à un régime de Sécurité sociale et, à défaut, à la Caisse des cultes en vertu de la loi du 2 janvier 1978… En outre et contrairement à la thèse des congrégations, on est « membre de congrégation », non pas à partir des vœux (que la République n’a pas à connaître) mais à partir du moment où on est soumis aux règles de la collectivité religieuse.

Cette première décision sera confirmée l’année suivante par le TASS de Rennes pour 4 anciennes religieuses. En 2008 la Cour d’Appel de Rennes donnera raison aux tribunaux de sa compétence territoriale. Le 22 octobre 2009, la Cour de Cassation confirmera toutes ces décisions judiciaires.

2009-2010

Problème cependant : ce qui est vrai pour les « novices » l’est-il aussi pour « les séminaristes » ? Le litige donnera lieu à des décisions diverses sur toute la France, mais fin 2009, le TASS de Macon donne raison à un ancien prêtre car, même si le séminariste ne peut être considéré « ministre du culte », le séminaire lui est manifestement une « collectivité religieuse ». Cette thèse sera reprise par la Cour d’appel de Dijon pour deux autres dossiers d’anciens prêtres qui eux, avaient été déboutés par le TASS de Dijon.

Comme pour les quelques 50 dossiers à travers la France, refusant toute négociation, les diocèses et congrégations vont mener une bataille sans merci, laissant leurs avocats donner libre cours aux propos les plus désobligeants à l’égard de ceux qui ont « quitté l’Eglise », adhérents d’une association malveillante etc. Des propos dont nous taisons la crudité, mais qui faisaient très mal… alors que ces adhérents sont à l’image du reste de la société française : tous étant insérés dans des vies sociales et familiales honorables, actifs dans la société et de nombreuses associations y compris d’ailleurs d’Eglise.

Des propos également profondément injustes puisque l’APRC réclamait constamment le dialogue et la négociation avec les représentants des évêques et des religieux… pour mettre fin à ces procès. Manifestement de ces contentieux, l’Eglise de France ne sort pas grandie… Les lecteurs de Golias peuvent en avoir une idée par les dossiers « communautés nouvelles »…

2011-2012

Mais revenons à nos étapes, la troisième relève d’un ancien prêtre non adhérent de l’APRC, il prend la question par un autre biais et va faire déclarer « illégal » par le Conseil d’Etat en date du 16 novembre 2011, le règlement intérieur de 1989 : « un règlement intérieur d’une caisse de sécurité sociale doit se limiter « aux formalités que doivent remplir les intéressés pour bénéficier des prestations de l’assurance » (Article L 217-1 du code de la sécurité sociale). »

La définition des périodes telles qu’énoncées par ce règlement intérieur « ne peut être regardée comme se rattachant à la détermination des formalités que les assurés sociaux doivent remplir pour bénéficier des prestations de l’assurance vieillesse et que la caisse peut légalement fixer dans son règlement intérieur sur le fondement des dispositions de l’article L. 217-1 du code de la sécurité sociale ».
Les 6 arrêts rendus le 20 janvier 2012, viennent conforter par une démonstration éclatante une jurisprudence à présent bien établie mais désormais étendue aux « séminaristes » : « il relève de l’office du juge du contentieux général de la sécurité sociale de se prononcer sur l’assujettissement aux régimes d’assurance vieillesse des ministres du culte et des membres des congrégations et collectivités religieuses »… 
« Le règlement intérieur de la caisse, d’ailleurs déclaré illégal par la décision du 16 novembre 2011 du Conseil d’Etat statuant au contentieux, n’a été approuvé que le 24 juillet 1989, postérieurement à la date où l’intéressé avait quitté son ministère »
Cet assujettissement « découle exclusivement des dispositions de l’article L. 721-1 du code de la sécurité sociale ;
«  Il n’est pas contesté … qu’un grand séminaire, au regard du mode de vie communautaire imposé, dès leur entrée, à chacun de ses membres, réunis par une volonté commune d’approfondissement d’une croyance et d’une spiritualité partagées en vue d’exercer un ministère sacerdotal, constitue une communauté religieuse au sens de l’article L. 721-1 du code de la sécurité sociale »… 
« La cour d’appel, sans méconnaître les dispositions des articles 1er de la loi du 9 décembre 1905 ni les stipulations de l’article 9 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni le principe de la contradiction, et en appréciant souverainement la valeur et la portée des preuves qui caractérisent l’engagement religieux de l’intéressé manifesté, notamment, par un mode de vie en communauté et par une activité essentiellement exercée au service de sa religion, a pu déduire de ces constatations et énonciations que celui-ci devait être considéré, dès son entrée au grand séminaire, comme membre d’une congrégation ou collectivité religieuse au sens de l’article L. 721-1, devenu l’article L. 382-15 du code de la sécurité sociale, de sorte que la période litigieuse devait être prise en compte dans le calcul de ses droits à pension »
Ces considérants suivent la longue liste des arguments que les diocèses et congrégations s’efforçaient d’imposer… La Cour de Cassation répond fermement : les Cours d’Appel de Dijon, Chambéry, Rennes ont pris de bonnes décisions… http://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/deuxieme_chambre_civile_570/97_20_22058.html
A charge pour les Cours d’appel de Besançon, Douai, Grenoble, Toulouse, Paris, Poitiers, Lyon, Limoges, Angers de tenir compte de cette approbation, sans compter leurs Tribunaux de 1ère instance.… A moins que d’ici là, les diocèses et les congrégations en viennent enfin à tenir compte non pas de leurs seuls intérêts, mais de la bonne couverture vieillesse de toutes celles et de tous ceux qui avaient mis ou mettent en eux leur confiance et leur vie matérielle comme prêtres, religieux, religieuses, « partis » ou « restés » (ceux là au prorata de leur ministère presbytéral ou de leur vie religieuse).

Espérance

La crise que nous vivons pourrait pousser les gens qui la subissent au désespoir. Il semble que ce soit parfois le contraire. L’apocalypse peut être joyeuse, et on peut danser sur le pont du Titanic en plein naufrage. Ainsi la fréquentation des cinémas a battu des records dans l’année qui vient de s’écouler, les spectateurs y venant chercher l’oubli momentané de leurs soucis, comme Mia Farrow dans La Rose pourpre du Caire de Woody Allen. De même, La Française des jeux a vu ses gains augmentés de 8 % en 2011 : le Loto et Euro Million ont joué leur rôle compensateur et consolateur, analogue à cet « opium du peuple » dont Marx parlait pour qualifier la religion. Pareillement le chiffre d’affaires du PMU a été l’année passée supérieur à 10 milliards d’euros. En se rêvant gagnant, on oublie sa situation souvent misérable.

C’est au mépris de toute réflexion rationnelle. Soit par exemple un cageot d’oranges dont la première rangée est pourrie. Un esprit logique conclura naturellement que la rangée d’en-dessous le sera aussi. Certes, elle peut ne pas l’être. Mais il n’est pas rationnel de passer de la vue de la rangée pourrie à la postulation d’une rangée qui ne le soit pas. Ce qui est en question, ce n’est pas la possibilité de l’existence d’un monde meilleur, c’est celle de la conclusion ou de l’inférence de ce monde-ci à un autre tout différent. Par là on voit que l’espérance est un processus qui n’a rien de logique. On sait qu’elle constitue en christianisme, avec la Foi et la Charité, une des trois vertus théologales ou cardinales. Péguy, dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, va jusqu’à faire parler Dieu : si Foi et Charité, dit-il, ne l’étonnent pas, pour ce qui est de lEspérance, elle lui semble si étrange que lui-même « n’en revient pas » !

Seul bien réservé aux hommes une fois tous les autres enfuis, enfouie maintenant au fond de sa boîte de Pandore, elle palpite toujours dans le cœur des hommes. Ainsi allaient-ils naguère à l’église pour y prier. Et maintenant ils vont dans leur débit de tabac pour y rêver, en grattant leur ticket de jeu. Humain, trop humain… Qu’ils prennent garde cependant : si parfois l’espoir fait vivre, parfois aussi il empêche de vivre, je veux dire de réfléchir de façon adulte et mature aux conditions objectives de la vie que l’on a et aux moyens de les changer.