Dans Golias Hebdo n°217
avec l’ACAT. Agir pour un monde digne

Depuis près de quarante ans, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture contribue à animer une dynamique de prévention et de mobilisation partout dans le monde. Avec le soutien et le témoignage des Eglises, congrégations et communautés religieuses qui ont accompagné sa création, le travail de l’Acat est une lutte constante pour le respect des droits de l’homme. « Golias Hebdo » tient à rendre un hommage particulier à Florence Boreil, pour son enquête sur la torture en Guinée, symbole d’une vigilance qui place les droits humains au cœur du travail à chacun d’entre nous, pour construire un monde autre, sans frontières, plus juste et plus fraternel. Et à travers elle, à une organisation pour sa lutte constante contre la torture et la peine de mort, pour la protection des victimes et le droit d’asile.

L’enquête menée en Guinée a mis en évidence la persistance du phénomène tortionnaire, des traitements cruels et dégradants infligés à la population. Et si les membres de l’Acat partagent la conviction que l’interdiction absolue de la torture ne doit souffrir aucune exception, celle-ci est largement pratiquée sur le continent africain. Confortée, il convient de le rappeler, par le soutien de pays « démocratiques » dont la France à des régimes dictoriaux qui entravent une évolution de la société. L’Afrique, mais pas seulement, puisque la torture est pratiquée aujourd’hui dans plus d’un pays sur deux. Combattre la torture, c’est aussi comprendre les mécanismes qui permettent son apparition. Lorsque qu’un Français sur quatre juge la torture acceptable dans certains cas, lorsque la logique punitive dans le traitement de la délinquance est largement approuvée par l’opinion publique, lorsque sont niés les droits fondamentaux des personnes migrantes, il est temps de s’interroger sur notre humanité.

A chacun de nos lecteurs, la rédaction de « Golias Hebdo » souhaite une bonne et heureuse année de vigilance pour 2012.

Découvrez l’ensemble de cet entretien dans Golias Hebdo n°217

Les zindigné(e)s n°1

160 pages – 14 euros

Vers la révolte planétaire de la jeunesse abandonnée ?

Le mouvement des Indignés est le signe de la révolte de la jeunesse globalisée. Nous devons comprendre les nouvelles formes de luttes et les nouveaux enjeux qui touchent nos sociétés. D’autant que la crise écologique, sociale, politique, nous oblige à recentrer notre réflexion et à raffermir les liens de solidarité et de résistance autour de la notion du « vivre ensemble ».

C’est pourquoi nous vous invitons à nous rejoindre, en vous abonnant, pour démarrer cette aventure éditoriale trimestrielle inédite, lancée par les éditions Golias, sous la direction de Paul Ariès.

Image

Entendu à France Inter, le 27 octobre dernier, l’interview d’une conseillère en image, esthéticienne de formation, chargée par Pôle emploi, donc payée sur deniers publics, de « coacher » les demandeurs d’emploi en organisant à leur intention des stages obligatoires pour leur permettre d’améliorer leur apparence. Tout se joue, a-t-elle dit, dans les quarante premières secondes d’une rencontre : 90% de l’impression se fait sur l’image, et 10% seulement sur le langage. Si donc on soigne sa tenue, on se plaît à soi-même, et si on a une bonne image de soi, les autres nous la renvoient automatiquement, par une sorte de reflet positif. Dès lors on devient plus performant. L’image que nous donnons est, selon son expression, une « carte de visite ». Pour cela on doit choisir les couleurs du vêtement qui vont avec le teint de la peau, éviter tout faute de goût, etc. On ne va pas à un entretien d’embauche en jeans et baskets, surtout usés. La conseillère n’a pas été jusqu’à poser la question du prix de ces vêtements qu’elle prônait, et de savoir si les candidats pouvaient se les payer.

Les présupposés de cette position sont : 1/ Finalement, dans tout ce qu’on entreprend, on n’a que ce qu’on mérite, et si on échoue, on n’a qu’à s’en prendre à soi-même. Et 2/ Quand on veut, on peut : pour connaître le succès il suffit de le désirer. Ce sont là les nouveaux avatars de la méthode Coué, de fâcheuse mémoire, car elle culpabilise toujours de façon injustifiable ceux qui échouent. Tu es pauvre, sale, avachi, pourquoi donc alors ne redresses-tu pas la tête ? Version nouvelle du fameux : « Salauds de pauvres ! », lancé par Gabin dans La traversée de Paris, d’Autant-Lara.

Au fond, de tout cela je tire deux conclusions : si effectivement dans notre société l’image a une telle importance, et le discours si peu, c’est évidemment très grave, car de ce monde du look and feel sur lequel on se contente de surfer on ne peut tirer aucune substance. Mais plus profondément, on se donne ici bonne conscience à vil prix : suffit-il de « relooker » les chômeurs pour leur permettre de trouver un travail ? Il y a là une totale disproportion entre ces discours lénifiants et les réalités économiques. Que pèse un costume ou une posture face aux exigences réelles d’un employeur ? Ce coaching de la posture est un parfait modèle d’imposture.

La parabole de la feuille et de la fleur

« Hélas! Je dois mourir au matin de mes jours, quand brille le soleil, quand le printemps commence, sans en avoir joui, je sors de l’existence. Et je quitte l’objet de mes jeunes amours, le timide arbrisseau dont j’étais l’espérance! »

La blanche fleur, exhalant ainsi sa douleur, arrachée de l’amandier par l’orage, se lamentait ainsi emportée par le caprice des vents. Une feuille de chêne lui dit : « N’accuse pas l’orage qui t’épargne tant de maux, compagnons des vieux jours; mieux vaut mourir en ton jeune âge. Si le Ciel eût prolongé le cours de ta vie, dans sa course fatale, le vent eût détruit ta beauté virginale et quelque ver caché en ton cœur eût souillé la blancheur de ton calice. Tu n’as connu, mourant à peine éclose, ni l’outrage du temps, qui flétrit toute chose, ni les tourments du ver rongeur. Et tu t’éloignes de la terre sans avoir perdu de ta fraîche senteur, emportant avec toi ta beauté tout entière. » Et semblable à la jeune fleur, par sa rapide destinée, l’enfant à qui la mort est donnée à la naissance, conserve tous les biens qu’il reçut du Seigneur. Aux douleurs de la vie arraché dès l’aurore, il délaisse la terre et ses bruits importuns, et loin du monde qu’il ignore, il fuit et s’envole au ciel avec tous ses parfums. ( Une fable d’Anatole de Ségur)
Cette parabole de la fleur et de la feuille pose la question de la mort injuste, prématurée, révoltante. Que de fois au cours de l’Histoire, devant ce drame effarant, on a pu dire les choses les plus terribles comme celle-ci : « Dieu est bon mais il permet le mal! » Est-ce donc un Dieu qui aimerait faire sentir sa toute-puissance arbitraire, histoire de nous contrôler par la peur? Un tel discours appartient aux tenants des systèmes religieux de ce monde, il s’apparente au discours de l’Ancien Testament : Dieu mène tout car il gouverne ce monde avec une sagesse impénétrable, celle de sa divine providence. S’il permet des morts d’enfants, c’est dans le but de les faire échapper à certaines souffrances ou perversions. Voilà le langage de ces tenants. Le discours de la foi de l’Évangile est tout autre! Dieu mène tout en son Christ et par le Christ, il mène le monde à la vision de foi sur le monde! L’action de Dieu, sa gouvernance, c’est de faire exister et par la suite, de laisser exister dans la liberté. C’est en cela que consiste sa volonté : sa volonté c’est notre sanctification et le partage de sa plénitude. Dieu laisse faire et livre notre monde et son histoire à ses propres forces internes; dans ce cas, il devient impossible de soutenir qu’il permet certains drames! Sur notre monde, sa « providence » en est une d’inspiration. Il fait exister pour laisser exister. Il ne s’agit donc pas d’une providence d’organisation où Dieu serait le seul acteur réel de l’Histoire. Le drame de la fleur arrachée par le vent de l’orage est fréquent et douloureux mais il appartient à la précarité des mécanismes qui organisent ce monde affranchi de toute tutelle. Assumer ce monde tel quel c’est faire preuve de sagesse et de réalisme. Dans la foi, Dieu est le tout autrement puissant, celui qui peut libérer la liberté de l’homme. On ne parle plus de gouvernement contrôlant mais d’attirance d’un Royaume de liberté, de confiance, de collaboration, de reconnaissance et d’amour. Avec les risques inhérents à la liberté humaine : violence des dominants et écrasement des fragiles et mépris de la liberté. Tout ce qui s’appelle péché ou égarements vers des fausses gloires!
Un jour un éteignoir parlait ainsi à la bougie : « Certes, ce monde est heureux de m’avoir pour vous et pour les chandelles, car sans moi, on en verrait des belles! » La bougie, sans daigner s’émouvoir d’un semblable discours, lui répondit : « Je suis, de ma nature, fort blanche, et je produis une clarté bien pure. C’est en nous éteignant que vous nous noircissez : nous éteindre, pour vous, n’est-ce pas donc assez? J’en veux bien convenir, en des mains imprudentes, nous avons pu, parfois, causer quelques malheurs. Mais nous en sommes innocentes, quoi qu’en disent des imposteurs. Et se passer de nous, serait, je vous l’atteste, un mal cent fois encore plus grand et plus funeste. Même devrions-nous, brillant sous d’autres lieux, y causer de nouveau quelque mésaventure; comment croire que Dieu ait fait les yeux de l’homme pour qu’il passe ses jours dans une chambre obscure? » ( Une fable d’Adèle Caldelar )
Cette parabole de la bougie et de l’éteignoir nous trace rapidement les traits du visage de ce monde en évolution, de ce monde livré à l’événement, à la précarité, aux forces de croissance et de diminution. Ce n’est donc qu’indirectement que Dieu a à répondre du mal physique. Dieu livre l’homme à ce monde organique et précaire, pas pour le faire expier ou payer pour ses péchés car le mal physique est naturel mais il permet à l’homme d’accéder à son devenir de fils de Dieu en devenant occasion de croissance et de liberté, de choix. C’est la pédagogie que Dieu a voulue pour que l’homme laissé à lui-même choisisse Dieu et son Règne de plénitude. On pourrait parler ici d’une pédagogie de devenir infini. Quelle joie pour l’homme et pour Dieu quand les risques de la liberté permettent la rencontre dans la plénitude de la Résurrection! La souffrance existe non pas pour punir le péché, mais tout en étant naturellement normale, elle devient le lieu où l’œuvre de Dieu se manifeste en faveur le l’homme. L’Homme est un être de précarité non parce qu’il est la ruine d’un chef d’œuvre déchu et puni mais pour être le chantier d’un être en devenir et d’un être appelé à partager une plénitude. La bougie craint l’éteignoir, la fleur craint le vent violent mais l’homme espère traverser les vents contraires dans son désir de se laisser engendrer par Dieu à sa pleine stature de fils de Dieu. –

PIERRE-GERVAIS MAJEAU PTRE-CURÉ, JOLIETTE,QC.

Suisse : nomination de Charles Morerod à la tête du diocèse de Fribourg Lausanne

Après des mois d’attente inquiète, les catholiques suisses vont
apprendre – enfin ! – dans quelques jours la nomination du nouvel évêque de Fribourg et Lausanne. C’est un coup de théâtre, car l’heureux élu (enfin, heureux…) avait pourtant refusé, il y a trois mois, cette charge aussi exigeante que délicate.

Il s’agit d’un religieux dominicain de 50 ans, Charles Morerod, théologien de l’école thomiste, la plus stricte, Ratzingérien pur sucre sur les questions ecclésiales, mais également spécialiste du cardinal Cajetan (1469-1534), commentateur de Thomas d’Aquin qui fut aussi partenaire de Luther dans un dialogue certes improbable. Morerod s’est toujours inspiré de cette grande référence intellectuelle. Alliant un sens robuste de la tradition à une volonté de dialogue et de compréhension de l’autre. Morerod cite volontiers ce mot de Lacordaire selon lequel il s’agit de s’unir à son adversaire dans une vérité plus haute ». Un ultra-conservateur intelligent et cordial dans l’échange.

C’est l’ensemble de ses qualités, reconnues à divers niveaux, qui valent sans doute aujourd’hui à ce religieux un peu timide de coiffer la mitre et de devenir évêque d’un diocèse où se posent de très nombreux problèmes de tous ordres. Mgr Morerod y cultivera la vertu thomiste de « prudence » : l’art d’ajuster les moyens aux fins (buts). Intelligent et affable, Morerod composera avec des tendances ecclésiales éloignées des siennes. Il favorisera cependant ce qui va dans le sens « traditionnel » mais se gardera des courants charismatiques trop exaltés. En ce sens, son orientation est très différente de celle de Nicolas Buttet, berger d’une communauté souvent présentée comme sectaire, ordonné par l’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey, dont il est proche. Or Buttet faisait partie des candidats à la succession de Mgr Bernard Genoud à Fribourg. D’une certaine façon, le choix d’un intellectuel comme Morerod rassure certains diocésains de Fribourg. Même si l’on peut se demander si le ministère de pasteur de diocèse correspond bien à sa vocation propre!

Il est certain aussi par ailleurs que l’orientation théologique
conservatrice de Morerod ne contribuera pas à faire évoluer les choses.
On se souvient que c’est à lui que fut confié il y a un an le rôle de
conduire les discussions doctrinales avec la Fraternité Saint Pie X. Le
moins que l’on puisse dire est que le futur évêque de Fribourg n’est pas en phase avec certains courants plus progressistes. Et beaucoup de catholiques suisses, soucieux d’une Eglise qui avance, resteront sur
leur faim.

Charles Morerod avait refusé l’épiscopat il y a trois mois, ne se
sentant pas fait pour cette mission. Le nouveau Nonce en Suisse, Mgr
Diego Causero, un homme rigide, proche de l’Opus Dei, avait alors
concocté une liste de trois noms, qui n’aurait pas passé la rampe à la
congrégation des évêques, et en particulier aux yeux du cardinal Marc
Ouellet, son préfet. Sur ces trois noms, deux auraient certainement fait
la quasi unanimité des diocésains de Fribourg contre eux : Nicolas
Buttet (déjà cité) mais aussi Pierre Bürcher, qui fut jadis auxiliaire
de Fribourg, où il se mit tout le monde à dos pour ses positions
conservatrices et pour son caractère très cassant. Le troisième (premier sur la liste), Mgr Alain de Raemy est aumônier de la Garde Suisse. Agé de 52 ans, c’est un classique, mais en version light. Beaucoup cependant ne lui accordent pas l’envergure requise, surtout dans le contexte difficile du diocèse de Fribourg en Suisse. A la dernière minute, sur le conseil de Ouellet, et à cause de la difficulté de trouver trois nouveaux noms pour une nouvelle liste,le Pape lui-même aurait choisi de nommer Morerod, lui imposant la crosse au nom de la sainte obéissance.

Charles Morerod est actuellement Secrétaire Général de la Commission
théologique internationale et Recteur de la prestigieuse université des
dominicains à Rome, l’Angelicum. Sa nomination comme évêque prélude
certainement une très belle carrière. Un jour,le cardinalat et sans
doute un important dicastère de Curie. Plus que jamais, Charles Morerod est un homme à suivre.

Hommage épiscopal à Vaclav Havel

Libre-penseur et libertaire, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un très
vif sens d’une juste éthique des valeurs, le « grand » Vaclav Havel, homme
timide, doté d’un réel talent de dramaturge, mais aussi d’une dimension
d’homme politique, fait aujourd »hui l’objet d’un hommage vraiment
unanime.

En particulier d’un de ses amis de toujours, qui fut,son… compagnon de clandestinité et même de cellule, le cardinal Mireoslav Vlk, 79 ans, ancien archevêque de Prague et qui travaillait comme laveur de carreaux pendant les années de plomb. La conférence des évêque salue cet homme extraordinaire qui contribua à la chute du régime communiste et au surgissement d’une nouvelle nation.

Viol d’une prostituée :  » Le défaut de consentement doit exister pour toutes « 

Quatre policiers impliqués dans une affaire de viol aggravé pendant leur service sur la personne d’une prostituée ont été acquittés par la cour d’assises des Alpes-Maritimes à Nice ce jeudi 15 décembre. Hier, le parquet général a fait appel de la décision. Me Ariane Fatovich, avocate de la plaignante, revient sur ce procès.

En quoi ce procès pour viol peut-il être perçu comme particulièrement sensible ?

Quatre policiers et une prostituée étaient mis en cause, et évidemment la question soulevée dans ce procès était celle de la valeur de la parole d’une prostituée, ainsi que la question de savoir si une prostituée a les mêmes droits que toute autre citoyenne. La décision rendue répond à ces deux questions de manière aberrante.

Pourtant, beaucoup d’éléments jouaient contre les quatre inculpés…

Ces policiers ont avoué facilement des faits de corruption passive : ils reconnaissaient par exemple ne pas payer dans certains restaurants de la ville, dans certains bars… Clairement, ils abusaient depuis longtemps de leur position au quotidien, mais se sont défendus en disant « on ne peut pas forcer les gens à accepter notre argent ».

Dans cette affaire, là encore, ils se sont servis. Sauf que cette fois, au-delà du service gratuit qu’ils ont obtenu, ils ont démoli une jeune femme. Car ils ont reconnu les relations sexuelles tout en prétendant que la jeune femme était à l’initiative des ébats. On a beaucoup entendu dire par la défense que c’est elle qui l’avait voulu.

Une fois le processus de plainte amorcé, ces quatre policiers ont-ils selon vous tiré des avantages de leur position ?

Grâce à la radio de la police, ils ont su dès 2h45 du matin, soit quelques heures après les faits, que la jeune femme portait plainte. Or, ils n’ont pas été séparés les uns des autres avant qu’ils ne fassent leurs premiers aveux, soit deux jours et demi après. Leur version était donc concertée : au procès ils ont presque évoqué un scénario de porno : elle les aurait « chauffés », ne leur aurait « pas donné le choix », leur aurait proposé de faire ça « tous ensemble… ».

Ce que ma cliente a vécu est une histoire très différente : elle a dit avoir été interpellée et embarquée par ces policiers, qui lui ont imposé de faire ce qu’ils lui demandaient sous contrainte claire.

Par ailleurs, n’oublions pas que lorsque l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a initialement interrogé ces policiers juste après les faits, ils ont tous commencé par nier qu’il se soit passé quoi que ce soit dans leur fourgon ce soir-là. Ensuite, lorsque les preuves ont commencé à s’accumuler – la saisie des vêtements, entre autres –, ils ont tous les quatre décidé de parler de relations consenties. Donc, lors du procès, lorsque la défense avançait qu’ils n’avaient jamais menti, c’était totalement faux. Pourtant leur parole a été entendue, et celle de ma cliente, cohérente depuis le début et qui n’avait rien à sauver dans cette affaire à part sa dignité, a été discréditée par le jugement rendu.

Le profil atypique de la victime a-t-il joué en sa défaveur ?

On peut dire que c’est une victime de viol qui ne ressemble pas à une autre victime de viol, tout simplement parce qu’elle tente désespérément de prendre de la distance par rapport aux faits. Dès la première audition, elle a essayé de minimiser son traumatisme. En réalité, les actes sont peut-être moins choquants pour elle que pour d’autres, mais le défaut de consentement reste le même et c’est le défaut de consentement qui fait le viol. Le défaut de consentement existe de la même façon quelque soit la personne. Ce qui est répréhensible ce n’est pas l’acte sexuel, c’est le fait que la personne n’y ait pas consenti : elle l’a subi, elle a été soumise et avilie.

Ceci dit, le fait qu’elle n’ait mis aucun pathos dans son discours devant la cour n’aurait pas dû légitimement jouer en sa défaveur, ni remettre en cause son statut de victime. Elle parlait des faits de manière contrôlée, mais elle reste une jeune femme fragile, pour qui la prostitution était très occasionnelle et dont la famille et les amis ignoraient complètement la situation.

Nous avons longtemps discuté d’une possibilité de procès à huis clos, mais finalement nous avons opté pour une audience publique dans l’optique d’exposer au regard tous ces policiers. Il était important qu’ils ressentent de la honte.

Mais c’était un choix difficile : cela signifiait également mettre à nu ma cliente pour qu’elle se fasse entendre, ce qu’elle a fait avec beaucoup de courage. La décision rendue sous-entend qu’une prostituée qui a le courage de porter plainte pour viol, en l’occurrence contre des agents de la sécurité publique, fait une démarche irrecevable.

Pour ma cliente, l’acquittement de ces quatre personnes a été terrible psychologiquement.

Qu’elle était la ligne de défense des quatre policiers ?

Leur ligne de défense était incroyable et particulièrement choquante : ils soutenaient que la victime n’en était pas une parce que, selon eux, elle était « active ». Le fait que ce soit elle qui ait posé les préservatifs, ou encore qu’elle ait pratiqué une fellation, seraient des preuves qu’elle était consentante.

Rappelons tout de même que le préservatif est un moyen de contraception et de protection contre des maladies mortelles, ma cliente en tous cas en était bien consciente. Et le juge a rappelé à la cour, fort heureusement, que toute forme de pénétration, buccale comprise, pouvait potentiellement être regardée comme un viol.

C’est malheureux, mais on en revient aux vieux débats : il y a soixante-dix ans, une femme qui ne portait pas de culotte avait, aux yeux de l’opinion publique, rétroactivement justifié son viol ; il y a vingt ans, le consentement d’une victime de viol était déduit du fait que, pour sauver sa vie, elle avait réussi à persuader son agresseur de mettre un préservatif…

Aujourd’hui avec cette affaire, on constate que le consentement d’une prostituée se déduit en quelque sorte de son attitude expéditive : elle a essayé d’affronter les événements, de faire le plus vite possible, de sortir de la situation sans dommages graves.

A la fin, elle a tenté de réclamer aux policiers la somme de 20 euros. C’était une tentative maladroite de se replacer dans le conteste d’un contrat. En effet, malgré son agression violente, elle souhaitait essayer de gérer psychologiquement les faits en les reportant sur la base d’un service, même s’il n’y eut aucun accord à aucun moment.

Bien entendu, les policiers ont refusé en riant. Ils l’ont encore davantage humiliée au procès en avançant qu’il s’agissait bien d’une relation consentie, car autrement, s’il s’était agi d’une relation tarifée à 20 euros, ils avaient largement les moyens de payer.

Quel est la situation de ces policiers aujourd’hui ?

Le chef de patrouille a été révoqué, uniquement parce que son dossier était déjà très lourd et qu’il comportait déjà une sanction pour une autre affaire. En effet, il s’est amusé à accumuler les mensonges pour justifier les mauvaises notes obtenues lors de son stage de gardien de la paix, en 2005. Au menu de ses allégations : mère et père décédés, frère atteint d’une maladie incurable…

Deux autres ont été suspendu 24 mois pour les faits reconnus – relations sexuelles pendant le service. Le dernier a eu six mois de suspension, dont trois ferme, car il a été témoin des faits sans y participer, mais sans non plus les dénoncer ou tenter de les empêcher.

Qu’attendez-vous aujourd’hui de la justice ?

Aujourd’hui nous attendons le procès en appel. Le parquet général a effectivement fait appel de la décision, hier. Ma cliente veut que justice soit faite et que la prochaine cour d’assises ne pense pas : « Elle a l’habitude, elle s’en remettra ».

Propos recueillis par Terry Dupont – EGALITE Paca
Source et lien : http://www.egalite-infos.fr/2011/12/20/%C2%AB%C2%A0le-verdict-du-proces-signifie-cest-une-prostituee-elle-sen-remettra%C2%A0%C2%BB/

L’affliction des Nord-Coréens : simulée ou non ?

Une vidéo publiée par Marianne intitulée « North Koreans weeping hysterically over the death of Kim Jong-il » peut apparaître hallucinante [[http://www.marianne2.fr/Kim-Jong-Il-mort-d-un-triste-clown_a213784.html]] . On y voit des Coréens assemblés en divers endroits pleurer en chœur la mort de leur cher guide Kim Jong-Il.

A-t-on jamais assisté à pareilles scènes collectives d’affliction ?

On connaissait le rituel des chœurs de pleureuses professionnelles appelées en Grèce ancienne à mimer le désordre de la douleur lors d’un décès. Mais on ne croit pas avoir jamais assisté à ces assemblées officielles où la foule hurle sa détresse, se jette à terre et frappe le sol en libérant des râles et sanglots par chapelets.

La question qui se pose, bien entendu, est de savoir si ces manifestations ostentatoires d’affliction ne sont que simulées. Il semble bien que non. Et c’est ce qui les rend tragiques. Les larmes ne se commandent pas en principe : elles résultent d’un réflexe psycho-physiologique, par nature non maîtrisable. Quel stimuli ont donc pu les déclencher chez ces Nord-Coréens ? On propose deux hypothèses intimement liées.

1- Un peuple dressé dans la soumission aveugle à l’autorité

— Un peuple d’autoritariens

L’une serait qu’on observe un phénomène devenu rare de soumission aveugle collective à l’autorité, tel que des régimes du 20ème siècle, fascistes, nazis et communistes, en ont connu. Dressés depuis l’enfance dans la vénération du guide suprême, les Coréens seraient devenus un peuple d’autoritariens, c’est-à-dire selon la définition de Milgram, trouvant leur équilibre psychologique dans une soumission aveugle à son autorité [[ Pierre-Yves Chereul, « Les médias la manipulation des esprits, leurres et illusions », Éditions Lacour, 2006]].

— La perversion du paternalisme

Une relation paternaliste se serait instituée entre le peuple et son chef, qui nourrit en retour une relation « filialiste » : si le paternalisme vise à infantiliser les subordonnés d’un pouvoir en leur imposant un mode de relation calquée abusivement sur celle qu’entretient un père avec ses enfants, « le filialisme » est la réponse des subordonnés qui en viennent à nourrir des sentiments filiaux envers le patron, pris à tort pour leur père.

Quand le guide vient à mourir, un violent sentiment de déréliction peut envahir ses sujets alors submergés par un chagrin que rien ne peut endiguer dans ses manifestations, pas même la présence d’autrui, qui, au contraire, devient témoin de la profondeur de l’affliction ressentie.

2- Un peuple dressé dans la soumission aveugle à la pression du groupe

L’autre hypothèse qui est liée à la première, serait un phénomène – tout aussi rare par l’ampleur de son exhibitionnisme – de soumission aveugle de l’individu à la pression du groupe. Parallèlement à la soumission à l’autorité, le régime dictatorial a développé une soumission à la pression du groupe dans lequel l’individu est sommé de se fondre : le groupe est le parti et le parti, la famille, hors de laquelle il n’y a pas de salut.

— Un peuple de conformistes

Les manifestations d’affliction auxquelles on assiste, seraient une démonstration de l’accord profond de chaque individu avec le groupe : les sanglots, les cris, les mouvements désordonnés de corps en souffrance sont autant d’imitations de ceux des voisins qui entourent l’individu. C’est même à qui se montrera le plus affligé conformément à la pression exercée par le groupe, appelé par l’autorité à prouver son chagrin de façon ostentatoire. Chacun se doit d’être la copie conforme du groupe

— Le réflexe de la peur sous le regard des autres

À ce jeu d’adhésion au jugement du groupe, auquel, selon les travaux de Solomon Asch réalisés entre 1953 et 1955 [[Solomon Asch, pp. 330 et sq]], ne se plie qu’un peu plus d’un tiers des sujets étudiés, les récalcitrants ne peuvent rester ici à l’écart.

— On sait déjà que les deux tiers restants sont profondément perturbés : s’ils refusent de renoncer au témoignage de leurs sens pour adopter le point de vue du groupe, qui soutient de façon insensée qu’un segment de 10 cm est égal à un autre de 20, ils ne peuvent penser avoir raison tout seuls quand tant de gens autour d’eux se tromperaient.

— S’exerce en plus ici sur eux une surveillance de l’autorité qui instille la peur. Dans « L’archipel du Goulag », Soljenitsyne raconte ainsi cette scène bouffonne où, après un discours de Staline, les auditeurs étaient sommés non seulement d’applaudir à tout rompre, mais ne pouvaient prendre le risque d’interrompre leurs applaudissements sans livrer aux indics à l’affût la preuve d’un attachement trop tiède au Petit Père des peuples. Les ovations pouvaient ainsi durer de longues minutes, les mains claquant jusqu’à en devenir douloureuses.

On voit, en effet, sur la vidéo des gens en pleine exhibition d’affliction jeter de furtifs coups d’œil à leur voisins : sans doute est-ce à la fois pour vérifier s’ils se montrent aussi affligés qu’eux et guetter le signal de la fin des lamentations obligatoires qu’ils ne peuvent interrompre de leur propre chef sans prendre de grands risques sous l’oeil des indics.

Cette vidéo présente un cas d’espèce grandeur nature dont on n’aurait jamais cru pouvoir disposer. Les travaux de Stanley Milgram [[Stanley Milgram, pp 287 et sq]] sur la soumission à l’autorité et de Solomon Asch [[Solomon Asch, pp. 330 et sq]] sur la soumission à la pression du groupe trouvent ici une confirmation hors laboratoire de leurs découvertes faites en laboratoire. Ils permettent de comprendre comment des foules peuvent se livrer à ce qui paraît être à des yeux étrangers un carnaval d’affliction simulée.

Or, il n’en est probablement rien : quand elles sont ainsi conjuguées, la soumission aveugle à l’autorité et la soumission à la pression du groupe transforment tragiquement femmes et hommes en pantins entre les mains de leurs bourreaux.

Ça n’arrive pas qu’aux autres ! À bon entendeur salut ! Paul Villach

Prises d’otages et géométrie variable

Cette fois, ça suffit. On va sévir ! Pour mater la grève des employés de sécurité dans les aéroports, une réunion de crise s’est tenue lundi à l’Elysée, annonce France Inter. Avec le président, le Premier ministre, et les ministres concernés (à l’exception du ministre des Transports, rappelé en urgence de Londres, mais malencontreusement retenu par un retard de train).

Oui, une réunion de crise, comme pour la Libye (mais où est donc BHL ?) Pour suppléer les grévistes, 500 CRS et gendarmes seront mobilisés dès mercredi. « Ce sont des personnels de sécurité, ils seront donc parfaitement aptes à efffectuer des tâches de sécurité », explique l’ineffable Frédéric Lefebvre, sur France Inter. Nicolas Sarkozy veut qu’on arrête d’embêter les Français, relate avec conviction Jean-François Achilli, journaliste politique de France Inter. C’est vrai, enfin. « Les Français », qui ont trimé toute l’année dans des conditions difficiles, ont bien le droit de « souffler un peu » (Sarkozy encore, cité par Achilli).

Le journaliste de la radio publique ne fait là que relayer la parole présidentielle. Mais sans aucune distance, aucun recul. Il y adhère parfaitement. Sans par exemple jamais se demander si l’expression « les Français » est la mieux adaptée pour désigner les passagers des aéroports lors des départs de Noël. Sans jamais se poser cette question: quelle est la proportion exacte de Français qui prennent l’avion pour aller « souffler quelques jours » pour les congés de fin d’année ? En d’autres termes, quelle fraction de la population exactement est affectée par cette grève ?

Poser la question, c’est y répondre. A leur décharge, Sarkozy et Achilli sont victimes d’un effet d’évidence: les JT ouvrent sur les grèves des aéroports. Si l’impression de pagaille est si forte à chaque grève du transport aérien, c’est parce que ces grèves sont surmédiatisées par la télé. Ce qui déplace la question: pourquoi cette surmédiatisation ? Evidemment, parce que ce sujet est un marronnier. Mais aussi, disons-le, parce que les journalistes sont au coeur de cette fraction de la population, qui a les moyens de s’envoler pour les fêtes de fin d’année vers des cieux plus cléments. Imagine-t-on, par exemple, le même dispositif de crise quand une CAF ferme pendant deux semaines, pour résorber les retards de dossiers ? Imagine-t-on les envoyés spéciaux de Pujadas, en direct pendant quinze jours devant les grilles fermées ? Imagine-t-on des « rmistes pris en otage », pestant au micro contre la RGPP ? Jamais l’alliance, inconsciente mais objective, d’un système médiatique aux mains des dominants, et d’un pouvoir de droite, n’a été si évidente.

En direct de Roissy

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |