Uniforme

Le parti de droite majoritaire chez nous préconise le port d’un uniforme en milieu scolaire. Il paraît que 50% des parents sont pour, mais que 60% des collégiens sont contre, ce qui d’ailleurs ne m’étonne pas du tout. Comme je ne juge toujours les idées qu’en elles-mêmes, et non d’après leur provenance, je dirai que je suis absolument d’accord avec ce projet. L’uniforme en effet, comme la blouse naguère, a l’énorme avantage de gommer les différences sociales. Ici, il éviterait la tyrannie exercée sur les jeunes esprits par les marques et logos commerciaux, ainsi que l’hostilité manifestée par ceux qui ont le privilège purement financier d’en arborer, vis-à-vis de ceux qui ne le peuvent pas : ils sont rejetés par leurs camarades, victimes d’un ostracisme propre d’une attitude fascisante, consistant à marginaliser ceux qui ne se conforment pas à la norme commune, ici la loi du marché, où l’individu est aliéné par les injonctions consuméristes de l’économie capitaliste.

On nous dit qu’en resteront tout de même des marques, une fois l’uniforme adopté : telles la montre, les chaussures, etc. Mais souvenons-nous de l’axiome juridique : abusus non tollit usum – l’abus ne supprime pas l’usage. Et si ces signes extérieurs de dépendance demeurent, au moins auront-ils été considérablement réduits en importance. Il est temps en effet de sanctuariser véritablement l’école : ce doit être, non un « lieu de vie » comme certains le disaient naguère de façon totalement démagogique, mais un lieu où l’on a le « loisir » (en grec skholè) d’étudier de façon non utilitaire ou finalisée, quelque chose peut-être comme ces anciens monastères, bien à l’abri de la société environnante. Si celle-ci fait fausse route dans la frénésie dépensière, la fièvre acheteuse, et l’agressivité corrélative basée sur la jalousie et la compétition dans le paraître, au moins restera-t-il un lieu calme et déconnecté de pareille folie. Le communautarisme des marques cèdera la place devant l’abstraction républicaine. Et peut-être cet uniforme qui l’assure, et dont ne veulent pas encore nos élèves, finira-t-il par constituer un jour leur fierté d’appartenir à un monde différent de celui qu’ils côtoient tous les jours, comme cela se produit dans les pays qui l’ont depuis longtemps adopté. Au moins l’idéaliste en moi veut-il encore y croire…

BÉATITUDES / PROCÈS DU FRÉRE PIERRE-ÉTIENNE

EXCLUSIF – DOCUMENT GOLIAS

Golias publie avant le procès pour pédophilie du frère Pierre-Etienne
qui aura lieu mercredi 30 décembre à Rodez, la lettre que celui-ci a envoyée , le 24 août 2007, au cardinal RYLKO, président à l’époque du Conseil Pontifical pour les Laïcs au Vatican;responsable dont le Frère Pierre-Etienne dépendait en tant que membre de la communauté charismatique des Béatitudes.

Ce document incroyable crédibilise, si besoin était, tout ce que Golias n’ a cessé d’écrire depuis plusieurs années sur les dérives des Béatitudes, à savoir, en l’espèce, le silence de l’appareil ecclésiastique dans son ensemble, du Vatican à l’épiscopat français
(Mgr Carré notamment , alors évêque d’Albi et référent de cette communauté)en passant par les responsables -fondateurs des Béatitudes.

Golias publie donc la lettre du frère Pierre-Etienne dans son intégralité et sous sa forme manuscrite qui reste parfaitement lisible.

Lire l’ensemble du document.

Les marchands d’âmes

L’objectif de l’ouvrage « Les marchands d’âmes » vise à  comprendre puis à  montrer les éléments qui ont fait basculer progressivement les responsables des communautés charismatiques – en particulier les Béatitudes – vers une manipulation mentale et spirituelle des personnes qu’elles accueillent pour un «discernement» dans le cadre notamment de «thérapies chrétiennes» très contestables. Le grand intérêt du livre de Pascal Michelena est de faire rentrer petit à  petit le lecteur dans un univers spirituel liberticide dont les schémas sont proches de certaines sectes. Et cela, sur fond de silence des institutions ecclésiales officielles.

Pascal Michelena, accompagné de son épouse Myriam et de leur premier enfant, sont entrés à  la communauté des Béatitudes en 1999 à  la maison de Château Saint Luc dans le Tarn. Particulièrement interpellés par le psycho-spirituel enseigné, poussé par un idéalisme largement inspiré par le Renouveau charismatique catholique, ils laissèrent famille, amis, travail, maison pour se lancer dans l’expérience communautaire. Ils en sortirent trois années plus tard…

Béatitudes : lettre du CCMM à l’épiscopat français

PARIS, le 22 novembre 2011

Monseigneur,

Monsieur le Cardinal André VINGT TROIS, Archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France vous a demandé de répondre à mon courrier concernant les inquiétudes du CCMM à l’égard des dérives du psycho spirituel et des pratiques sectaires de la Communauté des Béatitudes en particulier.
Votre réponse n’apaise en aucune manière l’ampleur de nos préoccupations.

Lettre ouverte à Monseigneur Antoine HEROUARD
Secrétaire général de la Conférence
des évêques de France

PARIS, le 22 novembre 2011

Monseigneur,

Monsieur le Cardinal André VINGT TROIS, Archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France vous a demandé de répondre à mon courrier concernant les inquiétudes du CCMM à l’égard des dérives du psycho spirituel et des pratiques sectaires de la Communauté des Béatitudes en particulier.
Votre réponse n’apaise en aucune manière l’ampleur de nos préoccupations.

Je rappelle que je lui demandais dans ma lettre un rendez – vous. Je maintiens cette sollicitation. Je souhaite lui exposer l’ampleur des problèmes suscités par les dérives de la Communauté des Béatitudes, l’entretenir des modalités et moyens qu’il envisage de mettre en œuvre pour la reconstruction des victimes. La plupart d’entre elles éprouvent des sentiments de honte, de culpabilité, de souffrance enfouie ( c’est le sentiment ressenti par toutes les victimes de dérive sectaire). Après leur retour dans la vie réelle elles doivent se refaire une vie. La demande récente, de pardon, n’exclue pas le besoin de justice et de réparation nécessaire à la reconstruction et à la réinsertion sociale de tant d’individus blessés voire détruits. Rien n’a été fait à ce jour de la part des autorités ecclésiales.

Car, il ne suffit pas d’exclure, les anciens dirigeants de la Communauté qui se trouvent impliqués dans tous les dossiers que le CCMM a en charge. L’Eglise doit aujourd’hui admettre publiquement le déni dont elle a fait preuve depuis de nombreuses années.

Je tiens à souligner que contrairement aux autorités ecclésiales, l’avenir des Béatitudes ne nous concerne pas. Ce qui nous importe ce sont les victimes, toutes les victimes ! Les prises de position publiques de certains responsables ecclésiastiques depuis quelques semaines attachent beaucoup plus d’importance au renouveau de l’image de marque d’une communauté fortement décriée, qu’au sort des victimes. Il appartient à l’Eglise d’ouvrir une procédure d’enquête interne pour faire la clarté sur les agissements des membres de la Communauté qui continuent à se présenter comme exerçant un ministère d’Eglise.

Par ailleurs de nombreuses contre vérités ont été assénées depuis quelques jours. Il convient de rétablir la réalité des faits :
Il a été dit
…« les anciens communautaires qui résident toujours à l’abbaye de Bonnecombe ont quitté la Communauté, ce n’est aucunement en rétorsion, de la part de celle-ci, pour leur dénonciation du scandale de Pierre-Etienne Albert, mais en conséquence de leur refus persistant d’obtempérer à la décision prise par la Communauté, pour des raisons financières et pastorales, de fermer cette maison. Muriel Gauthier, quant à elle, n’a jamais appartenu canoniquement à la Communauté : sans dépasser le stade de postulante, elle n’y a prononcé aucun engagement, même temporaire ».

Or, Les courriers du Modérateur Général prouvent que le motif de la fermeture de BONNECOMBE est lié à la médiatisation des aveux de Pierre- Etienne Albert (Décisionnaire du Conseil général concernant la fraternité de BONECOMBE du 9 mai 2008) et que leur exclusion de la Communauté est liée au même motif (lettre du 9 avril 2009 du Modérateur général).
Alors, pourquoi affirme t-on le contraire dans une déclaration AFP en désavouant les intéressés ? Les membres de BONNECOMBE ont interpellé l’auteur de cette communication le jour même de sa publication à l’AFP. Pourquoi ne revient-il pas sur ses erreurs ? L’absence de démenti consiste désormais à maintenir des propos mensongers, calomnieux et diffamatoires. Faut-il en conclure que l’on cherche encore à les sanctionner pour leur mise en lumière de ces mêmes erreurs ?
Il a été fait état de l’arrêt du cursus communautaire de Murielle Gauthier, non sans jeter un certain discrédit sur sa personne. Pourquoi ne se demande-t-on pas plutôt pourquoi le Modérateur Général de l’époque lui demande de quitter la Communauté sur le champ deux mois après avoir eu connaissance du soupçon que cette dernière portait à l’égard de la pédophilie du frère Pierre- Etienne.

Il a été dit : « dans le journal La Croix (paru le 17 novembre dernier) qu’« il n’y a pas de dysfonctionnements complices et voulus de la part des évêques accompagnateurs et, s’ils ont failli, c’est par manque d’information » La plupart des courriers adressés aux autorités ecclésiales depuis plus de dix ans sont restés sans réponse : lettres de familles de victimes, témoignages de victimes, correspondances des exclus de BONNECOMBE, demandes d’attestation de travail pour obtention des droits à la retraite… sollicitations de rendez – vous de la secrétaire générale du Collectif des victimes du psycho spirituel, courriers du CCMM …

Comment pouvez – vous vous étonner que nous appréciions tous aujourd’hui, le relais des médias pour faire éclater la vérité.

Je vous prie de croire, Monseigneur, en l’assurance de mes sentiments les plus respectueux.

Annie Guibert

Présidente du CCMM

Commémoration

Notre Président a annoncé le 11 novembre dernier que cette date deviendrait à l’avenir une journée de commémoration de l’ensemble des militaires français tombés dans des opérations extérieures, en plus du souvenir de la Première guerre mondiale. L’argument avancé est que les témoins en ont désormais disparu.

Je trouve que cette initiative manque d’opportunité. D’abord, par une fâcheuse dilution, elle oublie que les morts de la Grande Guerre étaient des conscrits, des appelés, c’est-à-dire pas forcément des volontaires pour la faire, tandis que les soldats français morts récemment dans certains conflits internationaux avaient fait de leur état leur métier. La différence est grande, entre celui qui est appelé à servir sous les armes, et celui qui ne l’est pas. Le premier peut être poussé à son « sacrifice » par peur du châtiment auquel il s’exposerait s’il ne s’y soumettait pas. Je pense aux déserteurs, aux mutins, de 1917 par exemple, qui furent fusillés « pour l’exemple ». Voyez là-dessus le film longtemps interdit chez nous de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire, au titre antiphrastique. Aussi on enivrait souvent les soldats pour les faire sortir des tranchées : où était leur libre arbitre ? – Dans le cas du soldat de métier, au contraire, la mort est pour ainsi dire envisagée dès la signature du contrat. C’est pourquoi Vigny a mis en épigraphe à son livre Servitude et grandeur militaires la phrase des gladiateurs romains : Ave Caesar, morituri te salutant – Salut, César, ceux qui vont mourir te saluent.

Ensuite, s’agissant des guerres, on peut distinguer, selon la phrase de Péguy dans Ève, les guerres « justes » de celles qui ne le sont pas, les défensives des offensives par exemple. Bien sûr, certains disent qu’aucune guerre n’est juste, et qu’au lieu de mourir pour la patrie, on meurt, comme disait Anatole France, « pour les industriels ». C’est en tout cas évident de certaines guerres récentes, où l’impérialisme, le colonialisme, les intérêts économiques, ont manifestement prévalu, et la défense de la « patrie », au sens noble du terme, a été singulièrement absente. Aussi, même si évidemment on doit honorer tous les morts sans exception, cela ne doit pas dispenser de savoir exactement dans quel contexte ils sont tombés, et quelle politique est responsable de leur sacrifice.

Des navires de guerre russes en direction de la Syrie ?

Des navires de guerre russes s’apprêtent à entrer dans les eaux territoriales syriennes, rapporte vendredi le Haaretz citant une agence de presse syrienne. Selon cette dernière, cette action représente un « message clair à l’Occident : Moscou s’opposera à toute intervention étrangère en Syrie », théâtre, depuis mars, d’un soulèvement populaire contre le régime de Bachar el-Assad.

La Russie, alliée de longue date de Damas, refuse que le régime de Assad soit condamné par l’ONU pour la répression sanglante de la contestation populaire, qui a fait quelque 3.500 morts selon les Nations unies.

Depuis le début de la crise, la position de Moscou, soutenant le régime syrien, n’a pas changé d’un iota.

Son Premier ministre, Vladimir Poutine, a appelé vendredi à faire preuve « de retenue et de précaution ». « C’est notre position » sur la Syrie, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Moscou avec son homologue français François Fillon.

Le différend entre la Russie et l’Europe sur le dossier syrien s’était encore creusé, jeudi, Moscou accusant l’opposition syrienne de conduire le pays vers « la guerre civile », au moment où l’Union européenne réclamait une fois de plus le départ de Bachar el-Assad. « Bien sûr que si l’opposition a recours à de telles méthodes, cela mènera (…) à une véritable guerre civile », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l’issue de sa rencontre à Moscou avec le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton.

M. Lavrov répondait à une question d’un journaliste sur l’attaque, mercredi, d’un centre des services secrets syriens à l’entrée de Damas par « l’Armée syrienne libre », une première depuis le début du soulèvement.

Plus tôt dans la journée, lors d’une autre rencontre devant la presse, le ministre russe avait déjà estimé que cette offensive témoignait de l’aggravation de la situation en Syrie.

Sergueï Lavrov a en outre dénoncé le rôle dévastateur de pays étrangers en Syrie, sans les nommer, estimant qu’ils cherchaient à aggraver les violences dans le but de s’ingérer dans les affaires intérieures. « Nous voyons avec quel empressement des acteurs étrangers essayent d’attiser la confrontation en Syrie, sans doute pour dramatiser la situation dans l’espace médiatique et ainsi obtenir des arguments pour s’ingérer dans les affaires syriennes », a-t-il affirmé dans une référence à peine voilée aux pays occidentaux.

Jeudi dans la matinée, le ministre russe avait par ailleurs réclamé que la communauté internationale appelle enfin aussi l’opposition à déposer les armes. « Nous proposons que tous les Etats qui souhaitent une issue pacifique aux événements en Syrie appellent non seulement les autorités syriennes à cesser la violence mais aussi tous les groupes d’opposition », avait souligné M. Lavrov.

Il avait aussi critiqué, mardi dernier, le plan de sortie de crise adopté lors de la réunion ministérielle de la Ligue arabe le 2 novembre au Caire, ne le jugeant pas assez précis dans son appel à cesser les violences. « La violence en Syrie ne vient pas seulement des structures gouvernementales », avait-t-il déclaré, « la position de la Ligue arabe exige d’être détaillée et concrétisée » sur ce point.

source et lien url : http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-des-navires-de-guerre-russes-s-appreteraient-a-entrer-dans-les-eaux-territoriales-syriennes-89215271.htmlhttp://www.lorientlejour.com/

A Proglio, l’information reconnaissante

A Henri Proglio, l’information indépendante reconnaissante. On ne remerciera jamais assez le président d’EDF qui, en retirant ses budgets publicitaires jusqu’en fin d’année à La Tribune après un article lui ayant fortement déplu, a attiré l’attention générale sur cet article, qui aurait pu échapper à quelques lecteurs distraits.

Partant du principe, cher à nos grand-mères, que seule la vérité blesse, nous sommes donc amenés à considérer pour vraie, l’idée que EDF se prépare, en effet, à abandonner la technologie EPR (même si, lecture faite, le titre semble légèrement survendeur par rapport au contenu de l’article, en tout cas pour le non-spécialiste que je suis). Le manque à gagner serait, pour La Tribune, d’environ 90 000 euros. Pour une belle campagne de notoriété, le tarif reste modique.

Le second effet positif du coup de sang du patron d’EDF, est de nous rappeler l’état habituel de sujétion dans lequel se trouve la presse, économiste et généraliste, financée par la publicité, à l’égard de ses grands annonceurs. La pub n’est pas seulement rusée, elle est brutale. Si Proglio a réservé sa colère à La Tribune, c’est donc parce que rien d’autre, dans ce qui se dit et se publie sur EDF, dans les médias sous perfusion publicitaire, ne lui déplait particulièrement. Pour un Jacques Rosselin, directeur de La Tribune et vieux bourlingueur de presse (on peut l’écouter ici évoquer les rapports entre hommes d’affaires et médias), qui a eu le courage de twitter la décision d’EDF à peine cette décision connue, combien de silences complices, et d’autocensures efficaces ? Même si on peut le constater chaque jour (à cet égard, je vous recommande l’interview matinale du patron de PSA par Aphatie, un modèle de suavité à étudier dans les écoles), de tels rappels sont salutaires.

Toutes proportions gardées, il en va des retraits de budgets publicitaires comme des procès en diffamation: leur principal effet est d’attirer l’attention sur l’article, ou l’émission, incriminés. Je me faisais la même réflexion hier matin, en entendant chez Pascale Clark Henri Leclerc, avocat du couple DSK-Sinclair, annoncer son intention de poursuivre Le Figaro qui, citant des confidences anonymes, assurait que DSK avait l’intention de se faire soigner. Si l’info du Figaro avait pu passer inaperçue, elle était ainsi validée. Proglio, DSK-Sinclair: si l’on crée en France un prix de la liberté de la presse, on a là des candidats sérieux.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Le naturel « bio » vanté… par des artifices !

L’agriculture « Bio » qui entend se distinguer de l’agriculture chimique, ne s’en différencie pas en tout cas par la publicité. Des affiches dans le métro parisien, en octobre dernier, ont montré qu’elle succombait elle aussi à la séduction du leurre d’appel sexuel pour capter à son tour l’attention des passants.

Intericonicité, humour, amalgame et métonymie

L’intericonicité permet depuis longtemps de reconnaître dans la forme des fruits et légumes des zones sexualisées du corps humain. Inutile d’insister sur celle de la banane ou du piment ! Mais prune, abricot ou pêche photographiés sous un certain angle présentent des sphères partagées en deux par un sillon à l’image de rotondités humaines (1). L’affiche de « Biocoop », un réseau de magasins « bio », présente ainsi une gousse d’ail qui ressemble comme deux gouttes d’eau à deux jolies fesses féminines assises vues de dos. Sous un autre angle, l’ail n’aurait pas attiré l’œil.

L’humour retient évidemment l’attention : car on sourit à cette façon de parler légèrement d’un sujet sérieux par cette assimilation inattendue et abusive, ou amalgame, entre deux objets aussi éloignés l’un de l’autre. Quoi de commun entre une gousse d’ail et une paire de fesses féminines, hormis cette parenté confondante de formes gracieuses ?

La métonymie choisie présente dans le même temps un effet pour la cause : les généreuses rotondités de la gousse d’ail prouveraient son excellence que seule l’agriculture « bio » prétend atteindre.

Un culte dangereux rendu à la nature

Seulement, la mise hors-contexte de ce légume sur fond blanc, qui concentre sur lui le regard , tend à paralyser toute réflexion. Le slogan, inscrit sous la photo, se présente comme une vérité d’évidence : « Notre bio n’a rien à cacher ». Par comparaison allusive, agriculture « bio » et nature sans vêtements ni fard sont ici assimilées, comme l’est à la vie naturelle la nudité par ceux qui pratiquent le naturisme

Or, cette adulation de la nature est-elle si justifiée ?

– Le naturisme est-il gage de sincérité dans les relations humaines et le port d’habits, soupçon d’hypocrisie ?

– En outre, la nature est-elle foncièrement bonne et l’industrie humaine mauvaise ? Ce culte aveugle rendu à la nature n’est-il pas dangereux ? N’est-ce pas au contraire en la combattant que les hommes ont réussi à survivre, qu’il s’agisse des cataclysmes incessants ou qu’il s’agisse d’épidémies récurrentes ?

Une publicité démentant son slogan

Prétendre, d’autre part, n’avoir rien à cacher contredit le principe fondamental régissant la relation d’information : nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire .

– Biocoop n’échappe pas à la règle et sa publicité dément elle-même son slogan. Toutes les gousses d’ail n’ont pas de formes aussi parfaites. Il a donc bien fallu à Biocoop faire un tri parmi nombre d’entre elles, choisir celle qui avait les rotondités féminines requises et donc écarter et cacher celles qui ne les avaient pas.

– L’exhibition de sa nudité en société, d’autre part, est-elle la preuve qu’on n’a rien à cacher : c’en est même tout le contraire puisque le propre du leurre d’appel sexuel est de capter l’attention et donc de la détourner de ce qu’on préfère cacher.

– Enfin, attend-on des légumes d’une agriculture « bio » des formes harmonieuses ou une saveur supérieure à celle des produits de l’agriculture chimique ? Est-ce donc la forme qui détermine le goût ?

Tout compte fait, en usant des mêmes leurres que sa rivale chimique, l’agriculture « bio » tend à démentir l’originalité dont elle se prévaut. Le leurre d’appel sexuel employé est des plus banals et, pas plus que quiconque, Biocoop ne peut prétendre se soustraire au principe fondamental de « la relation d’information ». Il est en outre singulier de voir des adeptes du « bio » recourir à des artifices pour vanter le naturel !

Paul Villach

(1) Pierre-Yves Chereul, « Les médias, la manipulation des esprits, leurres et illusions », Éditions Lacour, 2006, pp 236 et sq.

Précarité des femmes de chambre : encore Accor !

« C’est un cas d’esclavage moderne, les femmes de chambre du Novotel Paris-Les Halles travaillent pour à peine 3 euros la chambre », explique Hakim Khanchouche, représentant Sud des salariées en grève depuis le 6 octobre dernier.

Elles sont en majorité originaire d’Afrique noire ou du Maghreb et sont employées de la société de nettoyage SIN & STES, filiale d’Elior et sous-traitante pour le Novotel parisien.

Elles veulent de meilleures conditions de travail et des salaires décents. Sur une quinzaine de revendications, on retiendra la suppression de la clause de mobilité ; le paiement du travail de nuit, du dimanche et des jours fériés ; un treizième mois ; une prise en charge d’une mutuelle à 50% par l’employeur ; des tenues de travail en nombre suffisant et régulièrement lavées par l’employeur ; le rappel des heures supplémentaires sur les cinq dernières années ; et enfin, pas plus de 12 chambres à nettoyer pour 6 heures de travail.

Des méthodes connues dans la sous-traitance du nettoyage

Les méthodes de nombreuses sociétés de nettoyage sous-traitantes sont en effet connues. Elles embauchent des femmes immigrées, ne sachant souvent ni lire ni écrire et donc peu à même de défendre leurs droits.

Les femmes de chambres sont payées au nombre de chambres nettoyées et non pas au nombre d’heures réellement effectué. Des barèmes sont imposés par type d’hôtel et un certain nombre de chambres doit être effectué dans un temps donné (les syndicats citent 4 chambres à l’heure dans les hôtels Etap, 3,5 dans les Ibis et 3 dans les Sofitel). Les employées ne sont jamais payées plus si elles dépassent le temps prévu par les barèmes, toujours calculé au plus juste.

Pour les syndicats Sud et CGT, Novotel est coupable de délit de marchandage et complice de travail dissimulé de la société Sin & stes. Dans les tracts glanés pendant la manifestation du 5 novembre contre les violences faites aux femmes à laquelle participaient les grévistes, les deux syndicats dénoncent : « Novotel pratique le délit de marchandage avec la complicité d’Elior en ne permettant pas aux femmes de chambre de bénéficier du statut collectif des salariés de son entreprise. »

Et citent l’article L8221-5 du code du travail : « Est réputé travail dissimulé par dissimulation d’emploi salarié le fait pour tout employeur […] de mentionner [sur un bulletin de paye] un nombre d’heures de travail inférieur à celui réellement accompli. »

Un précédent qui n’a pas apporté d’avancées

La grève des femmes de chambre de Novotel rappelle la longue grève des femmes de chambre travaillant pour Arcade, sous-traitant du nettoyage pour différents hôtels du groupe Accor. Le même groupe qui détient également les hôtels Novotel. La grève a duré de 2002 à 2004 et les salariées licenciées ont fini par obtenir des indemnisations.

« Il n’y a eu aucune avancée depuis cette histoire. Ce type d’emploi crée toujours de la souffrance », constate Hakim Khanchouche.

Depuis le 6 octobre dernier, début de la grève, la direction de l’hôtel et celle de SIN & STES se renvoient la balle. La direction de l’hôtel répond à la demande de négociations par des mesures répressives avec envoi d’huissiers, des dépôts de plaintes envers les syndicalistes…

Les négociations avec la direction d’Elior, quant à elles, sont au point mort. « Ces patrons ne savent pas ce que sont des négociations. Récemment, la direction d’Elior a proposé aux salariées un torchon à signer tout de suite, mais ne veut pas leur donner de doubles de ce protocole, qui leur permettraient de demander conseil auprès de leurs représentants syndicaux. Alors que la plupart de ces femmes ne savent ni lire ni écrire », raconte le syndicaliste de Sud.

La direction d’Accor s’était résolue en 2003 à faire signer une charte à ses sous-traitants et Kathy Kopp, la directrice générale des ressources humaines d’Accor, déclarait en 2004 dans Libération vouloir internaliser le nettoyage des hôtels du groupe. Pourquoi en est-on encore là ?

Catherine Capdeville – EGALITE
source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2011/11/08/precarite-des-femmes-de-chambre-encore-accor/