L’OPUS DEI AU TRIBUNAL : Reportage et enquête sur l’enfer d’une « ex» – Dans Golias Hebdo de cette semaine

Les 22 et 23 septembre 2011 se sont tenues deux journées d’audiences au sein de la XVIIème chambre correctionnelle de Paris. Parmi les prévenus se trouvaient des membres de l’Opus Dei. Pour la première fois au monde depuis sa création en 1928, des membres de cette prélature personnelle du pape comparaissaient devant un tribunal suite à la plainte d’une ancienne membre courageuse, ex « numéraire auxiliaire » de l’Oeuvre. Reportage.

Peu après avoir passé le portique de sécurité, au détour d’une venelle, une quinquagénaire apparaît. S’apprêtant à gravir les marches du palais de Justice de Paris sur lesquelles s’attardent des fumeurs bavards, son regard croise soudain la Sainte Chapelle de l’Île de la Cité mitoyenne de l’institution judiciaire. Elle se signe, puis file en direction de la XVIIème chambre correctionnelle pour y pénétrer. À l’entrée de la salle d’audience, devant des garde-fous métalliques installés par les gendarmes, les pieds de caméras des télévisions espagnoles et françaises ont poussé comme du chiendent. Sur toutes les lèvres glisse le nom de la seule prélature personnelle de l’Église catholique, fondée en 1928 par le franquiste Josemaría Escrivá de Balaguer, avec laquelle les trois prévenus qui s’apprêtent à comparaître ont un lien étroit : l’Opus Dei. La frêle plaignante vêtue d’un long manteau gris, Catherine Tissier, en est une ancienne membre.

Dix années après le dépôt de sa plainte…

Plus de dix années après le dépôt de sa plainte, la sonnerie du tribunal retentit. Une porte de bois s’ouvre sous un immense buste de Marianne. Par terre se trouvent les 30 tomes de dossiers de l’instruction. Des silhouettes noires s’avancent, puis tout le monde se lève bruyamment pour le rituel juridique, peu avant de communier dans l’altérité. Entrée à l’âge de 14 ans, en 1985, dans l’école hôtelière Dosnon dépendante de l’Opus Dei, Catherine Tissier avait prononcé deux ans plus tard des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, enrôlée dans une organisation que ses membres nomment « l’œuvre », parce qu’ils la croient « inspirée de Dieu ». À l’époque mineure, l’engagement de Catherine a l’ordre se fait à l’insu de ses parents.

L’Opus Dei n’est pas frontalement poursuivie en tant que personne morale, mais au banc des prévenus se trouve Francis Baer, représentant de l’une des associations paravents de « l’oeuvre » : l’Association de culture universitaire et technique (Acut). Durant les deux jours d’audience, Baer reconnaîtra du bout des lèvres avoir habité au 5, rue Dufrenoy à Paris (16e) : le siège parisien de l’Opus Dei. Sont également poursuivies Claire Bardon de Segonzac, directrice de l’école d’hôtellerie de Dosnon (Aisne), et Agnès Duhail, secrétaire au Centre international de rencontres (CIR) du château de Couvrelles, deux établissements qui dépendent de l’Acut. Le château de Couvrelles est l’un des deux centres internationaux de formation de l’Opus Dei avec celui de Saint-Laurent-du-Pont, dans l’Isère. L’Opus Dei l’a ouvert en 1963 et, trois ans plus tard, feu Mgr Josemaria Escriva de Balaguer y Albas est même venu y passer deux journées. Officiellement, selon l’Acut, le château sert de « résidence d’application » à l’école hôtelière afin que les élèves puissent y mener des travaux pratiques. Le château opusien comptant 29 chambres, pour 45 lits. Selon ses détracteurs témoignant contre l’Opus Dei à la barre, l’Acut exploite en réalité les élèves comme une main d’œuvre gratuite. Concernant la partie civile, les prévenus sont accusés d’avoir exploité leur ancienne élève, embrigadée à l’âge de 16 ans dans l’Opus Dei.

À la barre, la plaignante Catherine Tissier sera rapidement rudoyée par des questions offensives de la juge, Marie-Christine Plantin. La magistrate faisant état des avis médicaux contradictoires sur son état de santé, réalisés par des médecins. Une assertion logique, puisque Catherine Tissier fut jadis contrainte de consulter des médecins… choisis par des cadres de l’Opus Dei. « Je suis simplement venue dire ce que j’ai vécu » réplique, stoïque, l’ancienne « numéraire auxiliaire ». Son avocat, Rodolphe Bosselut, en résumera le statut lors de sa plaidoirie : « C’est une femme laïque, qui réside dans des conditions austères et travaille toute sa vie, elle n’a pas de contrat de travail, elle ne peut pas sortir du centre sans être accompagnée. Sa raison de vivre : « Travailler tout le temps pour gagner rien ou pas grand-chose. » »

Découvrez l’intégralité de notre reportage dans le numéro de Golias Hebdo (n°204) de cette semaine :
http://golias-editions.fr/article5007.html

Autour de l’appel à l’aide de TC : l’avenir de la presse écrite (d’opinion) en question

Récemment, dans un remarquable article paru dans « Libération », Michel Serres relève avec l’étonnante jeunesse du sage combien nous nous trouvons actuellement à une période de grand tournant et de mutation accélérée. Un monde disparaît et un autre est en train de naître. Nos combats dans la presse écrite s’en ressentent forcément pour le pire comme pour le meilleur. Avec de nouveaux risques mais également de nouvelles opportunités. Les périodes de transition étant les plus délicates. La presse écrite, surtout engagée et d’opinion, se trouve elle aussi à la croisée des chemins. C’est pourquoi, à sa demande, nous avons publié ci-après le point de vue de notre confrère Luc Chatel, ex rédacteur en chef de « Témoignage Chrétien » qui a aussi valeur et portée de témoignage. Il va de soi qu’il ne s’agit pas pour nous d’adopter une position partisane et que nos colonnes sont ouvertes à des points de vue différents, d’où qu’ils viennent. C’est un débat qui doit s’ouvrir, au-delà des polémiques, mais sans éluder la confrontation.

Les difficultés d’un organe de presse et les déboires d’un périodique, comme « Témoignage Chrétien » ne peuvent que nous peiner, d’autant que nous avons toujours estimé son engagement souvent proche du nôtre. Mais il s’agit d’aller plus loin, de s’interroger sur des trajectoires passées et d’imaginer de nouvelles aurores. Sortant du factuel et de la situation de « TC », les considérations qui se dégagent du texte qui suit posent des questions décisives, à traiter dans un esprit de dialogue. Même si les logiques financières notamment sont bien entendu différentes selon la taille des journaux.

L’impasse dans laquelle se trouvent non seulement la presse écrite dans son ensemble et la presse d’opinion en particulier, tient sans doute à l’épuisement d’un modèle qui faisait jusque là référence. Une nouvelle page s’ouvre, non sans douleurs. C’est un combat qu’il faut aujourd’hui mener. Pour une autre façon de vivre, d’écrire et d’informer.

Christian Terras


Le point de vue de Luc Chatel (ex rédacteur en chef de TC)

Médias : les petits comptables de la presse

Une analyse critique de certaines pratiques très contestables de la presse française, à partir de la disparition annoncée de l’hebdomadaire Témoignage chrétien.

par Luc Chatel[[journaliste de 1997 à 2011 à Témoignage chrétien (rédacteur en chef de mars 2008 à mars 2011), co-auteur avec Philippe Merlant de « Médias, la faillite d’un contre-pouvoir » (Fayard – 2009), chroniqueur aux Lettres Françaises.]]

En préambule à ce texte, je tiens à remercier Christian Terras de bien avoir accepté sa publication, qui est à ma seule et entière initiative. Nous sommes tous deux convaincus que Golias et Témoignage chrétien ne sont pas des journaux concurrents, mais complémentaires. Nous avions pour ami commun Jean Cardonnel, qui écrivait dans les deux titres, et qui a été, pour tous ceux qui l’ont connu, un incessant apôtre du débat, du parler clair, de « l’insurrection par le verbe ». C’est aussi en sa mémoire que j’ai voulu écrire ce texte.

Le 22 septembre 2011, les lecteurs de Témoignage chrétien (TC) ont découvert en « une » du journal cette sommation à vider leur tirelire : « Sans vous, Témoignage chrétien va disparaître ». Pour connaître beaucoup d’entre eux, et pour bien connaître la situation de TC, je voudrais ici leur adresser un message, et, à travers eux, aux lecteurs attachés à une presse écrite de qualité : « non, vous n’êtes pas responsables de la faillite de votre journal ». Quand un journal perd des lecteurs, qu’il s’effondre, l’histoire récente démontre que c’est dans 80% des cas le résultat d’une mauvaise stratégie. Et dans 80% des cas, les principaux responsables (directeur, actionnaires, administrateurs), plutôt que de se remettre en cause, trouvent une explication qui leur est totalement extérieure : le marché publicitaire, le coût du papier, internet, la crise… Dans les médias comme dans d’autres domaines, l’impunité des élites est la règle. L’actualité nous en donne des exemples tous les jours.

Mais il est tout de même assez rare de voir un journal culpabiliser ses lecteurs. Exotisme catholique, sans doute. Les lecteurs de TC ont toujours été là pour apporter leur soutien, moral et financier. Les principaux responsables de la disparition du journal sont ailleurs : au sein du conseil d’administration [[ce sont plus précisément trois administrateurs, que je ne citerai pas ici, qui enchaînent les erreurs et les échecs depuis une dizaine d’années.]]. S’il faut mettre la main à la poche, qu’ils le fassent eux-mêmes, surtout dans le contexte de crise actuelle (certains en ont les moyens, plus sûrement que de nombreux lecteurs qui vivent avec quelques centaines d’euros à peine) ou qu’ils mobilisent leurs réseaux [[parmi les trois administrateurs évoqués plus haut, l’un, célèbre avocat parisien, est très bien introduit au Parti socialiste, et un autre siège dans les conseils d’administration de grandes entreprises.]].

Depuis une dizaine d’années, les principaux administrateurs de TC font payer leurs échecs et leur passivité aux lecteurs d’une part, en leur faisant régulièrement l’aumône, aux salariés d’autre part, en enchaînant les plans sociaux et les réductions drastiques de coûts. Cela, sans jamais avoir avancé une seule idée originale, une seule initiative, ni su écouter celles qui étaient proposées par la rédaction [[il y a tout juste un an, alors rédacteur en chef, j’ai proposé aux administrateurs une série de pistes de réflexions pour engager une nouvelle stratégie de développement. Ce document très détaillé commençait par une alerte sur la disparition annoncée du journal fin 2011 si aucune initiative rapide n’était prise. J’ai dû attendre plusieurs semaines pour voir ces propositions rejetées en bloc, sans même avoir pris la peine d’en débattre avec moi. Je décidai alors de quitter le journal, après quatorze années d’implication totale et passionnée.]]. Le PDG précédent, Hubert Debbasch, qui a essayé pendant trois ans d’impulser de nouveaux projets, et qui appliqua pour la première fois dans l’histoire récente du journal une véritable politique de respect et de valorisation du travail des salariés (faire en sorte, par exemple, que les stagiaires soient enfin rémunérés), n’a pas été soutenu par son conseil d’administration dans ses efforts. Il a démissionné de ses fonctions en mai dernier…

Etrange et très française conception de l’entreprise où l’on ne sait pas encourager l’initiative, l’imagination, la prise de risque. Une conception qui se double d’une tendance plus générale du néomanagement à placer aux postes de décision, dans des entreprises et des institutions, des personnes qui se révèlent très peu compétentes dans leur domaine d’activité [[lire l’article du sociologue américain Richard Sennett, « Mensonge méritocratique », dans Le Monde du 11 avril 2011.]]. On trouve cela de plus en plus fréquemment dans la façon dont sont dirigés les médias français (nous nous en tiendrons ici à la presse écrite).
L’incompétence passe d’autant mieux qu’elle se double d’une culture très enracinée de l’opacité des chiffres et des pratiques : combien de lecteurs connaissent la réalité économique exacte de leur journal ? et celle de sa politique salariale ? (on pense notamment aux journaux progressistes). S’ils étaient vraiment au courant, ils seraient mieux armés pour demander des comptes, par exemple sur le coût de l’abonnement ou du numéro (qui, dans les classes moyennes et populaires, peut acheter régulièrement Le Monde à 1,50 euro ?).

Le contexte et l’imagination

De plus en plus fréquemment, on trouve à la tête de certains journaux deux types de personnages incompétents qui font leur malheur : le petit journaliste devenu mégalo et le petit comptable de supérette. Le premier, qui surgit de temps à autre dans le paysage, s’est gavé de récits mythiques des grands patrons de presse qui auraient fait entrer leur journal dans le panthéon médiatique à la seule force de leur génie et de leur volonté de fer. Il cite à tout bout de champs Hubert Beuve-Méry ou Pierre Lazareff. Que remarque-t-on en prenant un peu de distance avec le mythe pour s’approcher au plus près des faits ? D’une part, s’il y a bien eu quelques patrons de presse géniaux, ils se comptent sur les doigts d’une main, d’autre part, ces « grands hommes » ont toujours eu un sens aigu du contexte économique et professionnel, qu’ils ont mis au service de leur imagination fertile. Et très peu d’entre eux ont su allier à la fois rigueur journalistique, économique et morale [[on peut lire à profit sur ce sujet la très documentée biographie d’Hubert Beuve-Méry par Laurent Greilsamer (« L’homme du Monde », Perrin-Tempus). Et frémir au passage en rappelant que l’actuel actionnaire principal du Monde, Xavier Niel, a été gérant de sex shops et poursuivi pour proxénétisme. Complétons le tableau : patron du Figaro ? Serge Dassault, marchand d’armes. Patronne (annoncée) de Libération ? Anne Lauvergeon, ex PDG d’Areva, marchand de centrales nucléaires…]].

Que se passe-t-il alors quand on se prend pour Citizen Kane sans en avoir les moyens ? On coule son journal. C’est ce qui s’est passé dans les années 1990 avec les directeurs du Monde et de Libération. A leur passif, il suffit de citer la façon dont ils ont totalement sous-estimé l’impact des journaux gratuits et de la percée d’Internet, avant de réaliser leurs erreurs quelques années plus tard, laissant le soin à leurs successeurs de réparer les dégâts et de combler des déficits abyssaux.

A la même époque, on a pu assister au parfait contre-exemple, avec deux quotidiens aux lignes éditoriales très éloignées, dirigés par deux journalistes qui ne passaient pas leur temps à parader dans les médias en se prenant pour les rois du monde, et qui ont su développer une identité et une stratégie précises et efficaces : Bruno Frappat à La Croix et Noël Couëdel au Parisien. Ils ont su tous deux, avec rigueur et imagination – et avec le soutien de leurs actionnaires – redresser leur journal alors en perte de vitesse. Aujourd’hui, La Croix se maintient honorablement à l’équilibre. Le Parisien, lui, après une valse de directeurs de la rédaction, connaît des temps très troublés sous l’emprise de personnages qui appartiennent au deuxième type de patrons de presse nuisibles, les petits comptables de supérette [[quand ses actionnaires ont décidé de faire des réductions drastiques de coûts, Noël Couëdel a préféré partir. Il a publié un communiqué à l’attention des journalistes, dont voici un extrait : « Je mets fin aujourd’hui à l’ensemble de mes fonctions au sein du Groupe Amaury. Je ne peux pas en effet cautionner l’actuel retournement de ses valeurs qui fait du cynisme, de la brutalité et de l’incompétence les nouveaux repères des actuels propriétaires de nos titres. (…) Les seules forces de l’entreprise, aujourd’hui, sont la qualité et l’implication de ses équipes. Ne l’oubliez pas ; n’abandonnez pas notre métier aux imposteurs. »]]. La catégorie la plus répandue et la moins visible.

Le mantra du cost-killer

Le comptable de supérette, que l’on trouve désormais dans quasiment tous les secteurs d’activité, des échelons intermédiaires (le « petit chef ») aux plus élevés (l’actionnaire), n’est que le symptôme triste et gris d’une époque gangrenée par les dérives du néolibéralisme et du néomanagement. Une époque où les stratégies d’entreprise, jusque dans les services publics, reposent de plus en plus sur la défiance envers les salariés et la rationalisation des coûts appliquée comme un mantra guérisseur, avec son lot de plans sociaux. Or ce qui fait encore la force et la singularité de la presse écrite (ou de ce qu’il en reste) c’est qu’elle repose à 80% sur la qualité des articles et que ces derniers, jusqu’à preuve du contraire, sont écrits par des journalistes…

Il s’est passé à TC ce qui se passe dans de nombreux journaux : face à la baisse des ventes, donc des recettes, on applique de façon aveugle une solution unique, fataliste, la baisse des coûts. Elle se passe souvent en deux temps. D’abord, on conditionne les salariés, en rognant sur toute une série de budgets secondaires : au Monde, un cost-killer a été recruté par les nouveaux propriétaires, dont l’une des premières initiatives a été de mettre carnets et stylos dans un placard fermé à clé et d’exiger que chacun fasse une demande écrite pour obtenir un bic neuf ou quelques feuilles de papier… ; à TC, une note interne circule pour demander aux salariés de réduire le nombre de photocopies car cela contribuerait à plomber les comptes du journal (l’économie estimée par cette note est de l’ordre de 1000 euros par an ; le journal, pour tenir une seule année de plus, a besoin d’au moins… 150 000 euros).

Ces mesures, qui n’ont aucune pertinence comptable, ont pour objectif non avoué de placer les salariés sous pression et de tester leur capacité de réaction. Ce qui permet, après avoir repéré et écarté les récalcitrants, de faire passer une autre série de mesures de bien plus grande ampleur : suppressions de postes et plans sociaux. Ces dernières années, les quotidiens ont supprimé de nombreux postes de correspondants à l’étranger, et les grands reportages et les enquêtes au long cours, qui demandent du temps et des frais importants, ont quasiment disparu de la presse écrite française. D’où le succès, par contre-coup, des médias qui les réhabilitent, comme la revue XXI ou le site Mediapart.

Il y a une donnée que les petits comptables de la presse ont tendance à oublier, c’est le lecteur. Face à une baisse des ventes, au lieu d’être fataliste et d’activer automatiquement des réductions de coûts, il faut plutôt s’interroger sur les raisons pour lesquelles les lecteurs n’achètent pas le journal. Et se donner les moyens d’aller les chercher, au lieu de les implorer en tendant la main. Une chose est certaine : on n’attire pas de nouveaux lecteurs en supprimant des postes de journalistes. Cela entraîne automatiquement une baisse de la qualité et de la valeur ajoutée. La logique en cours est la suivante : plus le journal perd de lecteurs, plus on réduit les coûts ; et plus on réduit les coûts, plus le journal perd de lecteurs. C’est bête, c’est vicieux, mais apparemment certains aiment ça.

Un esclave moderne : le pigiste

Une autre trouvaille du petit comptable consiste à entretenir dans la précarité une catégorie bien précise de journalistes, assez peu connue du grand public : les pigistes. Ces journalistes indépendants, qui représentent environ 40% de la profession, proposent leurs articles aux rédactions et sont de plus en plus dépendants du bon vouloir de ces dernières. Leur rémunération varie d’un journal à l’autre. L’écart peut aller de 1 à 10 [[la rémunération se base sur la valeur d’un feuillet, soit 1500 signes (environ une page d’un livre de poche). A titre d’exemple, elle est de 40 euros (brut) à TC (soit environ 80 euros net pour un article d’une page, qui peut demander plusieurs jours de travail) et de 150 euros à la revue XXI.]]. La majorité d’entre eux gagnent très mal leur vie, avec quelques centaines d’euros par mois. Comme le marché de l’emploi est particulièrement saturé (4000 journalistes sont inscrits à Pôle-Emploi en Ile de France, soit plus de 10% de la profession pour cette seule région), si un pigiste vient à se plaindre des montants ou des délais de paiement (parfois un an, parfois jamais si on ne relance pas quinze fois la comptabilité…), on lui fait comprendre qu’il y en a dix qui attendent de prendre sa place.

Dans certains journaux, les pigistes apportent une véritable valeur ajoutée : maîtres de leur temps, ils peuvent fournir des enquêtes ou réaliser des grands reportages que des journalistes permanents n’ont pas le temps de faire. C’était encore le cas à Témoignage chrétien, jusqu’à une décision très récente visant à réduire de façon massive et brutale la collaboration des pigistes. Pour continuer à remplir les pages, les administrateurs ont trouvé une solution radicale, avec l’accord de la rédaction en chef : demander aux pigistes d’écrire… sans être payés. S’ils refusent, ils n’écrivent pas. Difficile de trouver une mise en concurrence plus sauvage : plus fort que le plombier polonais, le pigiste de TC.

Ces méthodes, qui ont lieu dans la presse « de droite » comme « de gauche », les lecteurs les ignorent totalement. La règle d’or, dans ce milieu, c’est l’opacité des pratiques et des comptes. Alors que les médias sont les premiers à se faire les apôtres de la vérité et de la transparence, et à dénoncer la précarité de l’emploi, leurs dirigeants s’emploient à dissimuler au public leur politique salariale et leurs vrais bilans comptables. Il est par exemple un chiffre que les journaux ne dévoilent jamais, c’est celui de leurs lecteurs. Leurs vrais lecteurs, ou plutôt leurs vrais acheteurs.

Celui qu’avancent la plupart des journaux, c’est en général le chiffre de diffusion. Normal, c’est le plus gros ! Il correspond aux exemplaires du journal mis en vente, mais pas exactement à ceux qui sont désirés et achetés, en kiosque ou par abonnement, par les lecteurs. Il englobe par exemple tous les journaux achetés en masse (par milliers voire dizaines de milliers) par des grandes entreprises comme les compagnies aériennes, la SNCF, les chaînes hôtelières. Dans le jargon technique, on appelle cela les abonnements et ventes au numéro « payés par tiers en nombre ». Ces ventes faussent le résultat global puisqu’elles résultent d’accords commerciaux entre le journal et ces grandes entreprises. Accords dans lesquels le lecteur n’intervient pas.

Rituels d’auto-satisfaction

Un organisme spécialisé, l’OJD (Office de justification de la diffusion), sert de référence pour mesurer le nombre d’exemplaires vendus par chaque journal et donne tous les chiffres dans les moindres détails, chaque année, sur son site (www.ojd.com). Evidemment, les journalistes chargés des rubriques « médias » ont rarement l’idée d’aller les consulter, et surtout, s’il leur prenait l’idée d’apprendre aux lecteurs de leur quotidien ou de leur hebdomadaire que les chiffres avancés par leur directeur dans un bel éditorial de fin d’année sont faux, on imagine ce qu’il adviendrait d’eux. Car l’exercice d’auto-satisfaction du directeur de journal est devenu un rituel annuel, et se partage en général en deux catégories. D’un côté, il y a celui qui pioche un chiffre de façon arbitraire dans son bilan comptable, parce qu’il est supérieur à celui de son concurrent principal. Le spécialiste du genre, c’est le directeur de L’Express, qui, sous son éditorial, explique régulièrement à ses lecteurs que L’Express est devant Le Point : une fois en prenant la catégorie de lecteurs cadres supérieurs, une autre fois celle des femmes actives, etc.

D’un autre côté, il y a celui qui explique sur une pleine page, dans un verbiage sentimentalo-philosophico-journalistique, que les lecteurs sont formidables, que la ligne éditoriale a du succès et que les chiffres sont bons… sans en donner aucun. Ou alors un ou deux, mais tellement vagues qu’ils ne veulent rien dire. Le champion, à cet exercice, depuis quelques années, c’est Libération. L’actuel directeur a superbement repris le flambeau de son prédécesseur en annonçant en « une » du numéro du 13 septembre 2011, quelques mois après sa nomination, « Riche rentrée à Libération » et en utilisant une pleine page pour nous expliquer que « Libération est en forme ». Page dans laquelle il ne donne qu’un seul chiffre ! Un chiffre positif, bien sûr (ventes en hausse de 5,2%), mais qui n’a aucun sens : non seulement on ne sait pas sur quelle période il porte (un mois ? un an ?) mais on ignore s’il concerne uniquement les ventes en kiosque, quand M. et Mme Martin achètent leur journal par choix personnel, ou s’il comprend les ventes faites à Air France en masse, quand on prend Libé sur le présentoir de l’aéroport comme on prendrait Les Echos ou Voici. S’ils connaissaient la réalité des ventes de Libération, ses lecteurs seraient surpris. En se fiant aux chiffres de l’achat en kiosque et de l’abonnement personnel (dans le jargon, la « diffusion payée individuelle »), on découvre en effet que Libération est moins lu que… La Croix [[selon l’OJD, pour l’année 2010, la diffusion payée individuelle est de 77 091 exemplaires pour Libération et de 88 096 pour La Croix. Ce qui fait près de 15% d’acheteurs de plus pour le quotidien catholique…]].

Avec TC, la question est vite réglée, il n’est pas inscrit à l’OJD. Pour le lecteur, c’est donc le mystère total. Et je peux faire ici mon mea culpa, puisque j’ai participé, comme tout le monde, à la diffusion de chiffres de lecteurs surestimés : 12 000 par ci, 15 000 par là… l’important étant de ne pas donner l’image d’un journal en perte de vitesse. Alors même qu’il est en train de mourir. C’est d’ailleurs le cas, à une vitesse moindre, pour beaucoup d’autres journaux : il n’est pas irréaliste de penser que d’ici une dizaine ou une vingtaine d’années Le Monde, Libération et/ou L’Humanité auront disparu du paysage.

Jongler avec les chiffres

Cette façon très fantaisiste de jongler avec les chiffres, on la retrouve dans les textes qui accompagnent l’appel de TC du 22 septembre (disponibles sur le site www.temoignagechretien.fr). Dans son éditorial, le PDG fait un très beau sermon pour inciter les lecteurs à donner de l’argent, sans avancer aucun chiffre ni donner aucune projection comptable pour les deux à trois années qui viennent. Dans un autre texte, signé par tous les administrateurs, le seul chiffre avancé est celui du nombre de nouveaux abonnés nécessaire à l’équilibre du journal : 3000. Mais si l’on ne donne ni le nombre actuel d’abonnés, ni le nombre d’abonnements perdus chaque année, cela n’a aucun sens. Or le nombre actuel d’abonnés doit être légèrement inférieur à celui donné dans l’article de La Croix du 21 septembre 2011 (les lecteurs de ce quotidien en savent plus que ceux de TC) : environ 6500. Et chaque année, le journal en perd 800. Pour arriver à l’équilibre, comme cela est dit dans cet article, il faudrait atteindre et conserver le seuil des 10 000 abonnés. Autant dire que l’on nage en plein rêve, et cela pour deux raisons.

D’une part, le PDG demande aux lecteurs de TC de souscrire un deuxième abonnement (de parrainage). En fixant l’objectif de 3000, il demande donc cet effort financier à près de la moitié des abonnés. Le précédent appel, lancé début 2009 (« Témoignage Chrétien va-t-il mourir ?»), qui avait été bien plus médiatisé et bien mieux argumenté que l’actuel (et qui, surtout, devait être le dernier de ce genre…) a généré des dons d’environ 25% des lecteurs, pour une somme totale (comprenant l’entrée de nouveaux actionnaires) de plus de 600 000 euros (et non 270 000 euros comme c’est écrit dans l’article de La Croix). Si ce pourcentage de 25% était à nouveau atteint, ce serait un exploit. Or cela représenterait environ 1600 abonnés. L’objectif des 3000 est donc parfaitement irréaliste. D’autre part, dans l’hypothèse purement théorique où il serait atteint, sachant que le journal perd 800 abonnés par an, il serait à nouveau en déficit dès l’exercice suivant. Faudra-t-il alors que les lecteurs mettent encore la main à la poche ?

A travers cet appel, on demande en fait aux lecteurs de combler les déficits creusés par une passivité et une absence de stratégie des principaux administrateurs depuis une dizaine d’années. Les sommes récoltées permettront à peine de payer salaires et fournisseurs pour quelques mois. Concernant le « projet éditorial mis en œuvre depuis mars dernier » évoqué dans le journal, outre les approximations qu’il contient [[« l’équipe rajeunie » du nouveau rédacteur en chef est en fait la même depuis trois ans ; un seul poste a été créé depuis 10 ans, pour le site internet, grâce à l’action du PDG précédent. Par ailleurs on supprime des collaborations de pigistes. Comme politique de recrutement, on a vu mieux.]], on apprend dans La Croix (une fois encore ses lecteurs en savent plus que ceux de TC) que TC prépare en fait une nouvelle formule. Si elle va dans le sens de la tendance éditoriale actuelle, ses lecteurs devront s’attendre à trouver très peu de politique (il n’y a plus de journaliste politique à la rédaction) et de la religion à chaque page, dans un esprit pas vraiment frondeur. De toute façon, ils la découvriront après avoir fait leur chèque.
Dans la presse, on l’aura compris, c’est comme au poker, il faut payer pour voir. Et il arrive que les jeux soient truqués.

Endoctrinement

C’est le contraire absolu de l’éducation. Celle-ci cherche à faire réfléchir l’enfant, en cultivant son esprit critique, tandis que celui-là cherche à le mouler comme une pâte malléable. C’est à quoi j’ai pensé en visionnant l’émission Jesus camp, consacrée au modelage des enfants par une pasteure évangélique américaine, et diffusée en début de soirée sur Arte, le 20 septembre dernier. Cette émission m’a terrifié. Étant donné qu’un tiers de la population mondiale est fait d’enfants de moins de 15 ans, cette dame a déclaré qu’il fallait bien modeler selon les vertus du revivalisme évangélique les enfants dont elle avait la garde, ne serait-ce que parce qu’en d’autres endroits du monde d’autres religions en faisaient de même. Il s’agit donc de former une armée de soldats du Christ, pour contrer bien sûr celle des soldats de l’islam dans sa version extrémiste. Évidemment on la surprendrait bien, dans son ardeur belliqueuse, en citant les Béatitudes : « Heureux les pacifiques ! » (Matthieu 5/9)

Tout le film nous montre des psychodrames obscènes, avec convulsions et larmes, tout cela au nom de l’Esprit. Évidemment cette gestuelle de « dévisseurs d’ampoules » propre aux pentecôtistes a beaucoup de succès, puisqu’elle joue, à grand renfort de musiques et de chants, uniquement sur l’émotion et l’empathie, sans qu’il s’y mêle une once de raison. On voit même des confessions publiques dont on se dit qu’elles sont arrachées ou extorquées à la malheureuse victime, et qui m’ont fait penser aux procès staliniens, de fâcheuse mémoire.

Cet endoctrinement des enfants assumé comme tel est une manipulation pavlovienne des cerveaux, un viol psychologique et moral. Finalement, on ne sert ni l’Esprit ni l’Enfant. On les dévoie. Aussi renverrai-je cette pasteure à cet évangile dont elle se réclame pourtant, mais qui la condamne irrémissiblement parce qu’elle se situe exactement au rebours de ce qu’il affirme. Ainsi, pour l’Esprit dévoyé : « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. » (Matthieu 12/31) Et pour l’Enfant intellectuellement violé : « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » (Matthieu 18/6)

La mort de Cora Vaucaire et « trois petites notes de musique… qui n’veulent pas mourir »

La voix de Cora Vaucaire s’est éteinte à jamais. Cette grande interprète de la chanson française – ignorée aujourd’hui des radios et des télévisions aux mains des barbares pour la plupart – vient de mourir le 17 septembre 2011 à Paris. Cela fait tout drôle d’apprendre que cette jeune femme dont on a gardé en soi le timbre de voix juvénile depuis près de 50 ans, avait 93 ans.

On n’a pas cessé d’identifier Cora Vaucaire à la chanson de l’admirable film d’Henri Colpi, « Une aussi longue absence », sur un scénario de Gérard Jarlot et de Maguerite Duras. Il avait reçu la Palme d’Or du festival de Cannes qui, pour une fois, en 1961 ne s’était pas égaré. On se souvient encore de la première fois qu’on l’a vu. On était étudiant et Gérard Jarlot était venu le présenter à Angers au début des années soixante.

Un clochard devenu amnésique après la guerre

La chanson, « Trois petites notes de musique », s’élève à un moment angoissant de l’histoire. La mémoire va-t-elle revenir à ce clochard – incarné par Georges Wilson – qui passe régulièrement dans la journée devant le café de Thérèse Langlois – jouée par Alida Valli ? Cela fait plusieurs semaines que par divers stratagèmes cette femme essaie de raviver les souvenirs enfouis de cet homme en qui elle croit avoir reconnu son mari, disparu depuis la Seconde guerre mondiale. Mais lui ne se souvient plus de rien et ne la reconnaît donc pas.

Une tentative désespérée d’éveiller la mémoire affective

Au rythme de cette valse lente comme un slow, on la voit danser avec lui un soir dans son café désert, l’enserrant dans ses bras, lui prenant parfois la tête entre ses mains avec le fol et dernier espoir que la mémoire affective au moins lui reviendra à l’audition de cette musique sur laquelle ils aimaient tous deux tant danser autrefois. Comme cette femme, on guette sur le visage impassible de cet homme un tremblement fugitif, une contraction fugace, un battement de cils, un éclair dans les yeux qui aux modulations de cette valse annonceraient que point l’aurore du souvenir dans la nuit où son esprit a été enseveli.

On met comme elle tout entier son espoir dans la voix de Cora Vaucaire, au timbre de cuivre, dont les douces inflexions fouillent les regrets d’un homme de n’avoir pas répondu à l’invite d’une fille qui, autrefois, « dans les rues de l’été (…) pour son premier frisson (lui) offrait une chanson à r’prendre à l’unisson ». Ces « trois petites notes de musique » n’en finissent pas de ressusciter en lui le même souvenir, comme en Proust une simple madeleine trempée dans une tasse de thé : il revit chaque fois ce jour d’été où il les a entendues pour la première fois des lèvres de cette fille qu’il s’en veut toujours, bien des années après, de n’avoir pas su retenir.

Une interprétation de Cora Vaucaire inégalée

Si cette ravissante mélodie de Georges Delerue sur des paroles d’Henri Colpi lui-même est à ce point restée identifiée à Cora Vaucaire, c’est parce que nul après elle n’a su la chanter avec autant de profondeur et en même temps de grâce et de légèreté. Elle l’a revêtue du timbre métallique de sa voix si reconnaissable entre tous, sonore et douce à la fois. Rarement chanson, interprète et histoire d’un film se seront accordés à ce point.

Les prodigieux médias d’aujourd’hui conservent – quelle chance ! – la voix de ceux et celles qui disparaissent pour toujours. On invite le lecteur à réécouter celle de Cora Vaucaire provisoirement ressuscitée dont on cherche vainement qui pourrait aujourd’hui l’égaler. « Ces trois petites notes de musique », ce sont les derniers mots de la chanson, « lèvent un cruel rideau d’scène / sur mille et une peines / qui n’ veulent pas mourir ».

http://www.ina.fr/art-et-culture/cinema/video/I04299093/cora-vaucaire-trois-petites-notes-de-musique.fr.html

http://www.ina.fr/art-et-culture/cinema/video/I04295816/extrait-de-une-aussi-longue-absence-de-henri-colpi.fr.html

Paul Villach

Moyen Orient : L’incendie est hors de contrôle

On avait pensé à Washington pouvoir dompter les flammes de la rébellion populaire qui s’était propagée dans les pays arabes qui leur sont alliés, et mettre le feu à d’autres qu’ils ne contrôlent pas (ils y sont arrivés en Libye), de façon à construire sur leurs cendres le « Grand Moyen-Orient » dont ils ont toujours rêvé, celui sous bannière étoilée, flanquée de la rose des vents de l’OTAN.

Mais, bien qu’ils y mettent le paquet, les choses ne vont pas comme ils voudraient. Surtout au Bahrein et au Yémen, supports importants de leur stratégie.

Au Bahrein les Etats-Unis ont le quartier général des forces navales de leur Commandement central. Situé à 200 Kms à peine de l’Iran, il dispose de dizaines de navires de guerre, porte-avions et unités d’assaut amphibie compris, avec 28 mille soldats et 3 mille à terre, qui opèrent en Mer Rouge, dans la Mer d’Arabie et dans d’autres parties de l’Océan Indien, pour « assurer la paix et la stabilité et protéger les intérêts vitaux de l’Amérique » (des Etats-Unis d’Amérique, NdT).

En d’autres termes, pour conduire les guerres en Irak et Afghanistan et en préparer d’autres (Iran et Syrie sont dans le collimateur).

D’où l’importance du Bahrein, que les Etats-Unis ont désigné comme le « plus grand allié non-OTAN ».

La monarchie héréditaire, garante de la solide alliance, continue cependant à être assiégée par la rébellion populaire, qu’elle n’est pas arrivée à étouffer même avec l’aide de l’Arabie Saoudite, des Emirats et du Qatar qui, en mars, avaient envoyé des troupes au Bahrein.

Cinq mois après la « féroce répression du soulèvement populaire », rapportée par le New York Times (15 septembre), il y a tous les soirs à Manama des jeunes qui descendent dans la rue, et affrontent la police. Les autorités ont conquis « une éphémère victoire grâce aux tortures, arrestations et licenciements », surtout contre la majorité chiite (70% de la population) discriminée par la monarchie sunnite.

Malgré cela, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton s’est déclarée « impressionnée par l’implication avec laquelle le gouvernement de Bahrein avance sur la voie de la démocratie » et en août, Washington a renouvelé son accord militaire avec Manama, signé en 1991.

Au Yémen aussi, il y a « d’encourageants signes d’une volonté rénovée du gouvernement de promouvoir la transition politique » : c’est ce qu’assure le Département d’Etat le 15 septembre, au lendemain du jour où les Nations Unies ont publié un rapport documenté sur la féroce répression.

Confirmée par le fait que, trois jours après à Sana, les militaires ont ouvert le feu avec des mitrailleuses lourdes sur une manifestation pacifique. Les Yéménites n’ont aucun souci à se faire : les Etats-Unis « continuent à appuyer la transition pacifique et ordonnée, répondant aux aspirations du peuple yéménite pour la paix et la sécurité ».

C’est le New York Times lui-même qui rapporte comment cela se fait : « L’administration Obama a intensifié la guerre secrète au Yémen, en frappant des militants suspectés, avec des drones armés et des chasseurs-bombardiers ».

La guerre est conduite par le Commandement conjoint du Pentagone pour les opérations spéciales qui, sous prétexte de faire la chasse à Al Qaeda, a installé à Sana sa propre position. L’opération est coordonnée par la Cia, qui a construit à cet effet au Moyen-Orient une base aérienne secrète. Mais les missiles Hellfire (Feu de l’enfer) des drones Usa ne font qu’alimenter les flammes de la rébellion populaire.

Edition de mardi 20 septembre 2011 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Sénat, les mystères du culbuto

La vraie surprise, c’est que le basculement « historique » du Sénat ait surpris tout de monde. Le suffrage universel, lui, peut légitimement surprendre. Le corps électoral, cette vaste terre inconnue où ne pénètrent guère les caméras, est régulièrement saisi de soubresauts que ni les sondages, ni les Renseignements Généraux, n’avaient anticipés. Mais les « granzélecteurs », ces notables placés en permanence sous les projecteurs de leur commune ou de leur canton, cet échantillon limité et forcément représentatif, ce panel grandeur nature, comment peuvent-ils, eux aussi, réserver ce genre de surprise ?

Les raisons profondes du basculement, il faudra donc attendre quelques jours pour les connaître. Il faudra attendre d’aller sonder, au coeur de son « territoire », le « grantelecteur » morbihannais ou lozérien, ce modéré allergique aux étiquettes, ce culbuto énigmatique qui, ce coup-ci, a basculé à gauche. Pourquoi ? La fermeture du tribunal, du service hospitalier qui oblige à se rendre à la préfecture pour se faire soigner, de la poste remplacée par une « agence postale » ? Les valises, les mallettes, les sacoches, les fadettes, les greffières, les princesses ? Tout cela mélangé ? Autre chose encore ?

La densité des éléments de langage matinaux, en tout cas, semble comme d’habitude directement proportionnelle à la surprise. « C’est une raclée pour Sarkozy  » triomphent les socialistes. « Pas du tout, on s’y attendait, c’était écrit, réplique la droite. C’est la conséquence naturelle des votes intervenus depuis 2004 ». Ah tiens ? Si tous s’y attendaient, ils l’ont bien caché jusqu’à dimanche soir, aux alentours de 19 heures. Il faut saluer leur capacité de dissimulation.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Une lettre ouverte des Matermittentes à Carla Bruni-Sarkozy

Madame Carla Bruni-Sarkozy,

Imaginez que vous ne soyez pas la première Dame de France.

Imaginez que votre métier de chanteuse vous permette tout juste de subvenir à vos besoins.

Imaginez que vous fassiez vos courses, que vous payiez un loyer, des factures de téléphone, d’eau, de gaz, d’électricité, des primes d’assurances.

Imaginez même, que vous et votre famille payiez pour vos loisirs, bref que vous meniez la même vie que mène la grande majorité des gens.

Imaginez qu’un jour vous tombiez enceinte, que vous continuiez à exercer votre métier le plus longtemps possible… et qu’un autre jour vous preniez un congé maternité indispensable et obligatoire (au minimum pendant 8 semaines conformément au code du travail).

Imaginez le jour où, sur le point d’accoucher, vous apprenez par courrier que la Sécurité sociale refuse d’indemniser votre congé maternité alors que vous avez déjà arrêté de travailler.

Imaginez votre réaction quand, du jour au lendemain, et simplement du fait de votre grossesse, vous n’avez plus aucun revenu : ni salaire, ni allocations chômage, ni indemnités journalières de la sécurité sociale, alors que vous exercez votre métier depuis de nombreuses années.

Alors ce n’est plus « l’heureux évènement » qui occupe votre esprit et votre temps, mais des courriers, des coups de téléphone, des recommandés, des files d’attentes, des boîtes vocales….

Ce ne sont plus « les joies de la maternité » mais le début de la précarité. Sur quelles ressources allez-vous vivre pendant ces semaines d’arrêt ? A qui allez-vous emprunter ? Comment payer votre loyer ? La crèche ou la nounou à venir ?

Vous n’imaginez pas ? Cela ressemble à un mauvais cauchemar ?

Non, ce n’en est pas un, c’est ce que vivent de nombreuses femmes aujourd’hui dans notre pays. Elles sont pigistes, vacataires, intérimaires, artistes, intermittentes du spectacle et de l’audiovisuel… privées de couverture sociale au moment où elles mettent un enfant au monde.

Comme beaucoup de femmes aujourd’hui, nous exerçons notre métier de manière irrégulière, « discontinue ». Nous enchaînons des contrats à durée déterminée qui se succèdent sur des périodes plus ou moins espacées. Et nous découvrons à la naissance de nos enfants que le mode de calcul des droits aux indemnités journalières de la Sécurité Sociale repose sur l’idée (malheureusement éculée) d’une société de plein emploi dont la norme des pratiques salariales est le CDI à temps plein.

Cette situation peut devenir encore plus insoutenable pour les femmes qui doivent s’arrêter plus longtemps encore de travailler du fait qu’elles exercent des métiers incompatibles avec une grossesse, ou parce qu’elles sont soumises à des arrêts maladie dûs à des grossesses pathologiques. Et nous vous épargnons la description des conséquences à long terme de cette éjection du système de protection au moment où elles sont le plus fragilisées.

En nous regroupant au sein du collectif Les Matermittentes, nous avons découvert que la rupture de couverture sociale en cas de congé maternité concerne également les arrêts maladie et les congés paternité.

Depuis deux ans, nous travaillons à rendre publique notre lutte et à en comprendre les enjeux juridiques, économiques et sociaux.

Nous avons obtenu des soutiens : 3000 signataires défendent notre cause, dont de nombreuses personnalités. Nous avons déposé nombre de dossiers au Défenseur des droits (anciennement la HALDE) dont nous attendons les conclusions.

Nous avons rencontré députés et sénateurs dont les questions au gouvernement n’ont pas reçu de réponses satisfaisantes. Le Ministère du Travail de l’Emploi et de la Santé nous a reçues et propose d’étudier le problème. Dont acte.

Nous vous interpellons car votre grossesse nous semble propice à la mise à jour des difficultés rencontrées par les autres femmes et que nous espérons que vous serez d’accord avec nous : il est inadmissible qu’en France en 2011, des jeunes mères, mais aussi des hommes et des femmes malades ou victimes d’accident restent sans ressources pendant leur congé maternité ou leur arrêt maladie.

Le collectif Les Matermittentes
source : http://www.egalite-infos.fr/2011/09/26/une-lettre-ouverte-des-martermittentes-a-carla-bruni-sarkozy/

La parabole de l’Homme et de son idole

Un campagnard avait dans sa maison, au-dessus de la corniche du foyer, une idole à qui il rendait tous les jours toutes sortes d’hommages et de prières ferventes. Il faisait brûler tous les jours des encens en offrande à ce dieu domestique afin qu’il lui prodigue richesses, récoltes, avantages, moyens et surtout, toutes les commodités de la vie. Mais ce dieu figé dans sa statue demeurait bien sourd à toutes ses imprécations et ce paysan devenait chaque jour de plus en plus pauvre et désespéré.

Un jour, profondément irrité contre son idole, il la renversa par terre et avec le tisonnier accroché à la corniche de la cheminée, il broya la statue en une fine poudre. L’idole était creuse, comme toutes les idoles du monde, et elle contenait en son ventre creux une grande quantité de pièces d’or et d’argent. Le pauvre paysan n’en croyait pas ses yeux et en s’adressant à la statue pulvérisée, il lui dit : « En vérité, tu es un dieu mesquin et bien avare, tu n’as fait semblant de m’écouter, tu n’as rien fait de bien pour moi tandis que je crevais de faim et que désespéré, je te rendais tous les honneurs possibles. Et maintenant tu m’écoutes alors que je t’ai réduit en poudre, tu m’écoutes mais c’est par force et malgré toi! »( D’après une fable d’Ésope)

Il nous arrive souvent de concevoir notre alliance avec Dieu comme si c’était une relation d’affaires. Nous avons la tentation de monnayer nos prières afin d’en retirer des avantages, des ristournes. Quand nous agissons ainsi, nous laissons libre cours à nos vieux réflexes païens qui nous enjoignent de nous valoir devant Dieu pour qu’il nous soit favorable. La foi chrétienne n’a pas comme enjeu premier de faire valoir Dieu pour retirer de sa part des faveurs mais elle a comme enjeu premier de nous faire valoir! Dieu, n’étant pas jaloux de nous, ne cherche pas tant à se faire valoir par nous que de NOUS FAIRE VALOIR! La foi chrétienne vise en premier lieu à faire en sorte que nous soyons pleinement conscients de notre vocation humaine. Chaque personne a une vocation particulière et unique à accomplir et notre vocation chrétienne existe pour faire en sorte que notre vocation humaine soit la plus accomplie possible. Notre foi chrétienne nous invite à suivre le Christ, à l’imiter dans ses valeurs et ses engagements, pour faire en sorte que notre vocation humaine atteigne sa plénitude.

Le philosophe grec Socrate affirmait qu’en chaque personne, toutes les connaissances préexistaient. Il s’agissait donc par un procédé spécifique, la maïeutique, faire accéder la personne aux connaissances qui se trouvaient en elle. Il s’agissait d’accoucher la personne à ce niveau de connaissance. Selon ce principe, nous avons besoin de nous faire révéler par la foi que nous sommes déjà dans le Royaume, dans l’intimité de Dieu. Toute notre vie consistera à nous maintenir et à progresser dans ce Royaume.

Aujourd’hui, dans notre société québécoise, une distinction est apparue entre la culture catholique d’une part et la recherche d’autonomie de l’être humain. L’Église semblait porter un message contraignant et méfiant devant certaines réalités humaines : amour, sexualité, plaisir, autonomie… L’Église semblait opposer vocation chrétienne et vocation humaine. Et pourtant, c’est en étant pleinement humain que nous témoignerons davantage des valeurs de la foi chrétienne. L’Église doit annoncer que c’est en vivant pleinement notre vocation chrétienne que nous vivrons alors pleinement notre vocation humaine. La foi n’est pas une sortie de ce monde humain mais plutôt, une consécration au service de l’humain!

Le pauvre campagnard honorait son idole dans le but de lui soutirer des faveurs et des bénéfices. Il arrive aussi que des gens en autorité au sein de l’Église agissent ainsi au nom de Dieu pour se faire valoir et ainsi jouer une partie de pouvoir et de bénéfices. Jésus nous dit que celui qui veut se faire premier, doit se faire dernier et serviteur de tous. La foi n’est pas une manigance pour se faire valoir ou pour faire des affaires rentables à son propre profit, mais plutôt, un engagement à faire en sorte que nous soyons plus fidèles à notre vocation humaine et de ce fait, plus fidèles au rêve de Dieu qui consiste à nous partager son Royaume, sa plénitude. Loin d’être jaloux de l’homme, le Dieu de notre foi chrétienne rêve de nous voir atteindre notre pleine stature de l’Homme Parfait, de l’Homme Nouveau, en suivant le Christ et ses valeurs dans le but de partager la gloire de celui qui siège à la droite du Père, c’est-à-dire dans son intimité.

Pierre Gervais

La balle est dans le camp des Lefebvristes

La venue à Rome de Mgr Bernard Fellay, évêque intégriste, sacré en 1988 par le schismatique Marcel Lefebvre, et surtout Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X a été l’occasion d’un nouveau développement dans les relations entre les intégristes et Rome. De sorte que la balle est bel et bien à présent dans le camp des Lefebvristes auxquels le Vatican a fait des propositions scandaleusement bienveillantes comme celle d’ériger une Prélature personnelle traditionaliste à l’instar de l’Opus Dei.

Le cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine
de la foi, a remis un texte de deux pages à l’épiscope Fellay. Contenant
la proposition concrète d’ériger la Fraternité et prélature personnelle,
ce qui aurait pour effet de lui donner une autonomie totale par rapport
aux évêques. De fait, une immense majorité au sein du collège épiscopal ne voit pas d’un très bon oeil – c’est le moins que l’on puisse – la réintégration des intégristes. Selon nos sources, le cardinal Levada, dont les jours sont comptés au Vatican, n’était pas d’accord avec cet excès de complaisance. Le projet serait l’oeuvre de Mgr Guido Pozzo, 59 ans, un « monsignore » italien, Secrétaire de la Commission « Ecclesia Dei » et ultra-ratzingérien.

Levada et Pozzo – mais pas le Pape – ont rencontré Mgr Fellay lors d’une entrevue brève, courtoise mais malgré tout froide. Levada et Pozzo ont insisté sur les deux concessions importantes faites déjà de par le passé par Rome : une libéralisation assez large de la messe tridentine et la levée de l’excommunication des quatre évêques sacrés par le vieux Lefebvre en 1988. Quant à lui, Mgr Fellay aurait insisté sur la crise qui secoue encore l’Eglise. Disciplinaire et surtout doctrinale.

Néanmoins, le texte remis à Mgr Fellay n’évoque pas seulement l’aspect pratique mais trace un horizon doctrinal. Et, à cet égard, il fera
certainement vivement débat au sein de la Fraternité. En effet, Rome n’a pas renoncé à exiger une adhésion respectueuse non seulement aux enseignements du Pape mais également du Collège des évêques. Certes à lire à la lumière de l’ensemble de la Tradition, mais dans un esprit d’obéissance, de docilité et de soumission. Le texte dit clairement que la pluralité des interprétations ne justifient pas de refuser l’enseignement du Magistère. En clair, si, selon Rome, Vatican II a pu être mal interprété et l’est toujours quelquefois, cela ne justifie
aucunement la défiance à l’endroit des textes eux-mêles et encore moins leur refus. Nous touchons là un point grave de divergence entre Rome et Ecône. Car pour les intégristes, à supposer que Vatican II ne soit pas un mauvais, il demeure tout-de-même l’occasion de mauvaises
interprétations. Donc, il les permet, et ce manque de clarté, déjà,
justifie au moins sa critique. Un théologien romain de lavieille école,
aujourd’hui octogénaire, Mgr Brunero Gherardini, argumentait d’ailleurs
en ce sens. Or, à l’évidence, la congrégation pour la doctrine de la foi
n’accepte pas ce type d’approche. Certes, le Concile Vatican II n’est ni
infaillible, ni parfait. Ce nonobstant, il faut que tout catholique y
adhère loyalement (dans la mesure d’une bonne compréhension et d’une interprétation juste) car il s’agit d’un acte pleinement autorisé d’un Magistère dit souvent « assisté » : on ne peut en conscience le refuser comme nocif. L’adhésion respectueuse à ce qu’il dit – sans écarter une certaine critique théologique – n’est donc pas facultative.

Rome ne soumet pas les intégristes à un ultimatum. Mgr Fellay se réserve le temps nécessaire pour consulter les principaux responsables de la Fraternité. Le Père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, insiste sur la prudence de Rome qui ne veut mettre le couteau sous la gorge des intégristes. Une volonté expresse de Benoît XVI.

En soi, cet accord, s’il se réalisait effectivement, serait purement et
proprement scandaleux. En effet, il accorderait un privilège canonique
rare à des dissidents insolents, qui loin de se repentir et d’aller à
Canossa, entendent en réalité tirer profit d’un possible avantage
stratégique pour Benoît XVI d’un nouveau renfort du camp réactionnaire contre l’aile d’ouverture (par exemple les prêtres autrichiens en révolte) afin de se voir concéder une reconnaissance de complaisance. C’est tout simplement indigne.

Mais l’affaire n’est pas encore dans le sac. Ce vilain marchandage
pourrait déjà échouer en amont. Car parmi les trois évêques intégristes, Mgr Fellay est le seul qui le désire vraiment. Lamenace d’un schisme dans le schisme demeure. Et le jeune dominicain Charles Morerod, que l’on dit sur le point d’évêque nommé évêque de Lausanne et de Fribourg en Suisse, n’aurait pas non plus caché sa déception quant aux résultats de colloques doctrinaux qui, sans conduire à un clash (à cause de la courtoisie et de la patience des théologiens romains) n’ont même accouché de la moindre petite souris! Les lefebvristes ne mettront pas d’eau dans leur vin. Enfin, la tenue cet automne d’une nouvelle rencontre des religions à Assise tombe singulièrement mal. Et pourrait susciter une nouvelle vague anti-Benoît XVI chez les intégristes.

Soyons francs : un tel accord qui équivaut au reniement total de la
dynamique de Vatican II serait un malheur pour l’Eglise. Au ralliement
des fanatiques de droite (mais pas de tous car des ultras feraient
blocage) correspondrait bien entendu une hémorragie bien plus
conséquente à gauche. Hémorragie difficile à évaluer quantitativement
car tous ceux qui s’en vont ne constitueront pas un registre.

A long terme, de toute manière, l’hystérie intégriste, même ralliée,
finirait par poser de tels problèmes, de telles tensions, qu’il y a fort
à parier qu’un nouveau schisme éclaterait et que les ralliés d’un temps
redeviendraient les intégristes d’un autre. Avec un éclatement encore
plus fort de ce qui resterait encore de la communion catholique.

Mais d’un mal peut aussi sortir un bien. Le retour des intégristes dans
le giron pourrait avoir l’effet d’un électrochoc. Et d’un réveil de très
nombreux catholiques, peut-être majoritaires, y compris modérés ou même conservateurs, mais qui ne sauraient accepter que le Pape bénisse l' »infâme ». Et la réforme entravée d’une Eglise sclérosée pourrait alors devenir révolution. Un Pape qui trahirait ainsi la communion de l’Eglise réelle (peuple de Dieu, assemblée christique)perdrait ainsi sa légitimité. On pourrait exiger la tenue d’un grand Concile pour le destituer. EDt s’il s’y oppose, c’est Benoît XVI lui-même qui deviendrait schismatique.