Engagement

Ce mot aujourd’hui est en crise. D’abord dans son sens social et politique, sartrien si l’on veut. Suite au déclin des grandes idéologies fédératrices des groupes humains, les individus atomisés sont maintenant plus des surfeurs ou des consommateurs de biens matériels, que des militants. Mais je voudrais ici plutôt parler de l’engagement sentimental ou amoureux, qui lui aussi me semble faire défaut à nos contemporains.

Autrefois, quand existait majoritairement l’engagement du mariage, on y regardait à deux fois avant de tromper son compagnon ou sa compagne. Au-dessus de l’individu se dressait tout l’arsenal des lois contraignantes, et le Code civil en a retenu plus d’un sinon de tenter l’adultère, au moins d’engager une séparation. Mais maintenant les fameuses chaînes conjugales ayant à peu près disparu, chacun est libre de tenter ce qu’il veut. Aussi voit-on fleurir sur Internet ou ailleurs les fameux sites de rencontre s’avouant cyniquement éphémères, du type : « Pour passer une nuit torride » ! Mais même sans aller jusque là, les relations qui se nouent entre les êtres sont d’une extrême fragilité, et peuvent être rompues inopinément et unilatéralement par pur caprice. On s’éprend, on se méprend, on se reprend. On s’enlace, puis on s’en lasse. Comme dit certain proverbe, l’amour fait passer le temps, le temps fait passer l’amour…

Tout cela serait bel et bon, si certains êtres particulièrement sensibles n’en faisaient les frais. Que tel geste, telle parole ait pu à tel moment leur ouvrir le ciel, et que cela leur soit ensuite d’un seul coup enlevé sans rémission, comment y survivre ? Quoi de plus tragique qu’un téléphone qui ne sonne plus ? Et quelle irresponsabilité de celui qui s’en va ! Proust a bien raison, quand il dit que la pire forme de la cruauté est l’indifférence aux souffrances que l’on cause.

S’engager en amour me semble donc de plus en plus rare. Amours de vacances, amours d’été, est-ce que cela suffit aux épris d’absolu, ou au moins à ceux qui ne se contentent pas comme dit Chamfort de « l’échange de deux fantaisies et du contact de deux épidermes » ? Ici c’est à Rousseau que je donne raison : « Les sensations sont ce que le cœur les fait être. » Aujourd’hui les sensations se multiplient, mais le cœur, au grand dam de certains du moins, est souvent singulièrement absent.

Une semaine ordinaire en Palestine

Le Palestinian Center of Human Rights (PCHR), organisme indépendant, publie chaque semaine un Rapport sur les violations israéliennes des droits humains. Nous avons choisi une semaine « normale », bien avant les derniers affrontements sanglants d’août.

Violations israéliennes recensées durant la semaine du 28 juillet au 3 août 2011

1 – Incursions dans les zones palestiniennes et agressions contre les Palestiniens et leurs biens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza
Jeudi 28 juillet

Minuit, les FOI entrent dans Silwan, au sud de la vieille ville de Jérusalem. Elles investissent le domicile de Ra’ed Siam et arrêtent son enfant de 14 ans, Hammouda.
1 h 15, incursion dans ‘Arraba, au sud-ouest de Jénine, où les FOI patrouillent dans les rues, et arrêtent Yousef Ghassan al-‘Aarda, 20 ans. Elles pénètrent aussi dans un certain nombre de maisons et arrêtent trois autres Palestiniens :
‘Abdul Malek Mahmoud Abu Salah, 21 ans ;
Jawad Bassam Abu ‘Obaid, 19 ans, qui fut libéré un peu plus tard, et
Jihad Taheseen ‘Aardad, 18 ans, également libéré par la suite.
Les FOI convoquent aussi 5 Palestiniens au poste militaire de Salem, au nord-ouest de Jénine, pour le 4 août, à fin d’interrogatoire.
3 h 10, les FOI entrent dans ‘Allar, au nord de Tulkarem. Elles fouillent la maison de As’ad Ziad Shadid, 22 ans, et l’arrêtent.
9 h, incursion dans ‘Ein Yabroud, au nord-est de Ramallah.
16 h, des soldats accompagnés de colons investissent Janba, un village très au sud d’Hébron. Ils arrêtent ‘Eissa et Wa’el ‘Omar Jabarin, respectivement 16 ans et 14 ans. Un colon prétendait que les deux jeunes avaient attaqué son troupeau de bovins.
20 h, les FOI mènent une opération aéroportée sur la zone entre Masliya et Al-Jarba, villages au sud de Jénine. Les soldats ratissent le secteur pendant quelques temps et se retirent.
21 h 50, incursion dans Bir Zeit, au nord de Ramallah.
23 h 50, dans al-Zbaidat, au nord de Jéricho.
Vendredi 29 juillet
Une heure du matin, les FOI entrent dans ‘Anabta, à l’est de Tulkarem.
2 h, incursion dans Tammoun, au sud-est de Tubas. L’armée opère sur la maison de Khaled Hamad Abu Tous, membre du Conseil législatif palestinien, du groupe Changement et Réforme, affilié au Hamas. Il est arrêté. L’armée s’empare aussi d’un ordinateur et de certains documents.
2 h, dans ‘Aqaba, au nord-ouest de Tubas. L’armée fouille la maison de Mustafa Sa’id Abu ‘Erra, 60 ans, un ancien maire du village, et l’arrête.
5 h 30, dans Jéricho.
Aussitôt, celles-ci lancent des lacrymogènes et des bombes sonores, et ramènent des renforts. Au moins une quarantaine de soldats cagoulés arrivent sur les lieux et rejoignent le premier détachement. Ils investissent la maison de Mohammed Sa’id Zayed. Vers 2 h 30, un véhicule avec 5 civils palestiniens à bord arrive. Ces civils sont surpris de voir les FOI dans le secteur, ils descendent de voiture et tentent de fuir. Aussitôt, les soldats tirent dessus.
‘Ali Hassan Khalifa, 27 ans, est gravement blessé d’une balle dans le ventre. Les efforts pour le sauver restent vains. En outre, M’amoun Hassan ‘Awad, 24 ans, est blessé d’une balle dans l’épaule droite. Mo’tassem ‘Eissa ‘Edwan, 22 ans, sort de chez lui pour voir ce qu’il se passe, mais il est aussitôt abattu d’une balle dans la tête. Avant de se retirer, les FOI arrêtent 3 Palestiniens, dont deux mineurs :
Ayman Wajeeh al-Khatib, 25 ans ;
Anas Manasra, 16 ans, et
Sa’id Mohammed Zayed, 15 ans.
Au même moment, les FOI entraient dans Houssan, à l’ouest de Bethléhem pour opérer sur la maison de Mohammed Saleh al-Za’oul, 19 ans.
8 h, incursion dans al-‘Eissawiya, au nord-est de Jérusalem. L’armée investit le domicile de Waleed ‘Olayan.
22 h, dans Nabi Elias, à l’est de Qalqilya.
22 h 15, dans Jainsafout, même secteur.
22 h 20, toujours dans le même secteur, dans le village de Hijja, où l’armée pénètre dans un certain nombre de maisons et convoque Mahmoud Mohammed Da’as, 18 ans, pour interrogatoire.
2 août Minuit cinquante-cinq, des avions militaires israéliens tirent un missile sur un tunnel à la frontière égyptienne, près du quartier d’al-Brazil, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Pas de victimes.
1 h 20, les FOI entrent dans Beit Ummar, au nord d’Hébron, opèrent sur 6 maisons de la ville, en utilisant des chiens, lançant des bombes sonores et des lacrymogènes. Elles agressent aussi de nombreux civils palestiniens. Durant l’opération, les FOI arrêtent 2 civils :
Mahmoud Haitham al-Slaibi, 21 ans, et Mohammed Hassan ‘Aadi, 19 ans.

Les FOI convoquent aussi 4 Palestiniens pour interrogatoire. A la suite de cette opération, 6 Palestiniens souffrent d’ecchymoses. Nombre de maisons ont également été endommagées.
3 h 20, un hélicoptère de combat tire deux missiles sur un site des Brigades ‘Izziddin al-Qassam (la branche armée du Hamas), à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza. Pas de victimes, mais des civils palestiniens sont terrifiés. 


2 – Usage d’une force démesurée contre les manifestations non violentes protestant contre la colonisation et la construction du mur d’annexion
Durant cette semaine, les FOI ont continué de se servir de la violence contre les manifestations pacifiques des Palestiniens, avec des militants internationaux et israéliens, en protestation de la construction du mur d’annexion et de la colonisation qui se poursuit en Cisjordanie.

Trois Palestiniens, dont 2 mineurs, ont été blessés, des dizaines de manifestants ont inhalé les lacrymogènes ou pris des coups par les soldats de l’occupation. Ceux-ci ont également arrêté 3 internationaux. 


Bil’in, à l’ouest de Ramallah : vendredi 29 juillet, après la prière, des dizaines de Palestiniens, de militants internationaux et israéliens organisent la manifestation non violente hebdomadaire contre la construction du mur sur la terre du village. Les soldats postés près du mur tirent sur les manifestants à balles caoutchouc, et lancent des grenades lacrymogènes et assourdissantes. Nombre de manifestants souffrent de l’inhalation des lacrymogènes, d’autres réussissent à s’échapper par les oliveraies.

Ni’lin, à l’ouest de Ramallah : vendredi 29 juillet, après la prière, la manifestation hebdomadaire organisée par les Palestiniens et les internationaux s’avance vers le mur construit sur les terres du village. L’affrontement a lieu quand les soldats de l’occupation postés près du mur tirent sur les manifestants. Nombre d’entre eux inhalent les lacrymogènes.

Nabi Saleh, au nord-ouest de Ramallah : vendredi 29 juillet, après la prière, Palestiniens, militants internationaux et israéliens se dirigent en manifestation non violente comme chaque semaine vers les terres que les Israéliens convoitent au profit des colons israéliens de la colonie Halmish. Lorsque la manifestation arrive sur ces terres, l’armée qui attend tire. De nombreux manifestants ne peuvent échapper aux lacrymogènes, et les FOI arrêtent 3 internationaux.
Kufor Qaddoum, au nord-est de Qalqilya : vendredi 29 juillet après la prière, les Palestiniens organisent une manifestation dans le village, pour protester contre la fermeture de l’entrée du village par l’occupant. Les soldats les empêchent d’arriver jusqu’à cette entrée en tirant sur eux. 3 manifestants, dont 2 mineurs, sont blessés :
Ibrahim As’ad ‘Ali, 45 ans, touché par une grenade lacrymogène au visage ;
Ja’far Bassam Abu Khaled, 16 ans, idem au pied gauche, et
Rani ‘Ali ‘Ali, 15 ans, au pied droit.
De plus, nombre de Palestiniens souffrent de l’inhalation des lacrymogènes.

3 – Maintien du bouclage des TPO
Israël maintient son bouclage des territoires palestiniens qu’il occupe. Les déplacements des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sont toujours limités au bon vouloir de l’occupant.

Chômage : troisième mois de hausse, un niveau sans précédent depuis plus de 11 ans

Le chômage en France a poursuivi en juillet la remontée amorcée en mai, pour retrouver un niveau sans précédent depuis plus de 11 ans, montrent les statistiques publiées jeudi par le ministère du Travail et Pôle Emploi.

Le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A (ceux n’ayant exercé aucune activité au cours du mois) en France métropolitaine a augmenté de 36.100 (+1,3%) le mois dernier pour s’établir à 2.756.500.

Il s’agit du chiffre le plus élevé enregistré pour cette catégorie depuis février 2000, selon les statistiques du ministère.

Sur un an, le nombre de chômeurs en catégorie A progresse de 2,8%.

En ajoutant les personnes exerçant une activité réduite (catégories B et C), la hausse du nombre de demandeurs d’emploi est ramenée à 0,6%, soit 24.300 personnes de plus en un mois, pour atteindre 4.128.000.

En rythme annuel, la progression pour ces trois catégories confondues est de 4,3%.

source : http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-chomage-troisieme-mois-de-hausse-un-niveau-sans-precedent-depuis-plus-de-11-ans-82463116.html

Scandale sexuel à la RATP : un système bien rodé qui durerait depuis des années

Une lettre anonyme a été envoyée le 22 juin dernier à la direction de la RATP et à l’ensemble des organisations syndicales de la Régie. Ce courrier dénonçait les agissements de cadres syndicaux de l’Unsa-Commercial de la RATP, notamment ceux d’un ex-dirigeant échangeant son soutien aux carrières des agents contre des faveurs sexuelles.

Nous avons consulté ce document et rencontré Olivier Cots, secrétaire du syndicat Sud-RATP, à l’origine de la saisine du tribunal de grande instance de Paris et qui a eu un premier contact étonnant avec certains membres de l’Unsa-Commercial début 2011.

L’union syndicale Unsa-RATP a vécu une crise interne, plus précisément au sein d’un de ses syndicats, l’Unsa-Commercial, qui a abouti à la désaffiliation de l’Unsa-Commercial, actée le 4 janvier 2011 (1).

Les membres exclus de l’Unsa-Commercial, contactent alors le secrétaire du syndicat Sud-RATP, Olivier Cots, connu pour son expérience concernant le règlement de conflits internes au sein de son propre syndicat. La rencontre se déroule le 5 janvier dans les locaux de l’Unsa-Commercial. A sa grande stupéfaction, Olivier Cots se voit proposer les services sexuels d’une jeune femme.

Trois ou quatre semaines après cette réunion, des agents de la RATP viennent lui parler de pratiques de harcèlements sexuels. Il rencontre également une femme élevant seule ses trois enfants, qui souhaite témoigner mais a peur de porter plainte.

Puis le 22 juin, une lettre ouverte, anonyme, est envoyée à Pierre Mongin, président directeur général de la RATP. Toutes les organisations syndicales de la RATP en reçoivent une copie.

La lettre anonyme émane en particulier d’agents du département SEM (Service espace maîtrise) RATP et met en cause nommément un ancien responsable de l’Unsa exclu le 4 janvier 2011, dit le Roi « à qui tout le monde doit obéir, les salariés comme les dirigeants ».
La lettre dénonce : « les agents subissent […] des violences physiques et morales, des agressions physiques et verbales, du harcèlement moral et sexuel. Les bureaux du syndicat au 19 boulevard de Sébastopol, dans le 1er arrondissement de Paris, étaient utilisés comme un hôtel de passe, sans compter des passages dans de vrais hôtels parisiens. Plusieurs femmes ont vendu leurs corps de manière contrainte pour obtenir un déroulement de carrière ou un service du syndicat. Les femmes qui ont refusé de coucher vivent une vie dure dans le département SEM […] Quant aux hommes, ils ont aussi une vie professionnelle très difficile dans ce département et dans notre entreprise […] Faut-il parler des soirées (de partouze ?) organisées de nuit dans les locaux du CSA (2) de certaines lignes […] ». S’ensuit la liste de noms de complices, témoins et victimes, dont certain-e-s ont quitté la RATP.

Ce même mois de juin, le Roi est promu, il est nommé agent de maitrise.

« Je suis affolé du nombre potentiel de personnes concernées »

Le secrétaire de Sud-RATP se rend chez l’avocat de Sud, qui dépose, le 13 juillet dernier, une plainte contre X avec constitution de partie civile aux motifs de proxénétisme, trafic d’influence, harcèlement moral et sexuel auprès du tribunal de grande instance de Paris. Olivier Cots affirme que le doyen des juges d’instruction Roger Le Loire est saisi par le parquet et que la plainte est recevable.

Dans la semaine qui suit le dépôt de plainte par le syndicat, la direction de la RATP mène une enquête interne. Mais pour Olivier Cots, « interroger les femmes concernées en dehors de tout accompagnement est contraire au droit du travail. Tout-e salarié-e a le droit d’être assisté-e par le salarié de son choix ». Il ajoute : « A ma grande surprise, la RATP envoie la lettre anonyme au procureur de la République et communique des éléments partiels de son enquête. »

« Le système était bien organisé. Je suis affolé du nombre potentiel de personnes concernées. Tout le monde était au courant de ces pratiques, nous explique le syndicaliste. Elles perduraient depuis au moins une quinzaine d’années, mais il n’y avait pas de preuves matérielles. Cependant, il y avait déjà eu une condamnation pour harcèlement sexuel au sein de l’Unsa et un licenciement dont j’avais eu connaissance. »

D’après Olivier Cots, au sein du SEM, tout était prétexte au chantage. Tout était prétexte à obtenir une gratification sexuelle : une embauche pour des stagiaires ou des femmes en contrat de qualification, une levée d’avertissement ou de sanction pour une femme qui avait une erreur de caisse ou qui était arrivée en retard plusieurs fois de suite, etc.

« On fera tout pour que l’affaire aboutisse à des condamnations et ne finisse pas en non-lieu », conclut Olivier Cots.

Hier matin, Sud-RATP a reçu l’appel d’une syndicaliste de Sud qui souhaite monter un collectif de femmes victimes de violences au sein de l’entreprise.

Caroline Flepp – EGALITE
source : http://www.egalite-infos.fr/2011/08/26/scandale-sexuel-a-la-ratp-%C2%ABje-suis-affole-du-nombre-potentiel-de-personnes-concernees%C2%BB/

(1) La désaffiliation sera entérinée par une ordonnance de référé du président du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, datée du 10 févier 2011.

(2) Contrôle sécurité assistance.

Ouragan François Martine : La Rochelle évite le pire

Gonflés à bloc par l’énergie de la rentrée, posons les questions essentielles, et tant pis si elles fâchent.

La fiscalité française n’est-elle pas trop favorable aux riches ? interroge Patrick Cohen. « Peut-être, j’en sais rien », répond hardiment Maurice Lévy, vedette de la fin de l’été, l’homme qui veut faire payer (un peu) les riches, et (beaucoup) les pauvres. C’est vrai. Il n’a pas eu le temps d’y réfléchir. Laissez-lui le temps: il découvre le sujet. C’est si compliqué, tous ces chiffres ! D’ailleurs, personnellement, il « n’a pas le temps » non plus de faire de l’optimisation fiscale. Sa lourde charge ne lui en laisse pas le loisir. Quant à s’offrir les services de conseillers qui le feraient à sa place, la question ne lui a pas été posée. Dommage: ça lui aurait donné l’idée.

Après un été de silence bienheureux, il est dur de replonger dans le chaudron sonore des matinales radio. Et puis, est-ce vraiment nécessaire ? Aphatie-Royal, Clark-Bianco, Elkabbach-Hortefeux, Cohen-Lévy: la consommation matinale de ces sprints effrénés est-elle vraiment indispensable ? Tiens, j’ai encore en tête les questions des @sinautes, venus dimanche participer à notre pique-nique de rentrée. Pas une seule question sur le match Hollande-Aubry. En revanche, des questions sur…le Glass-Steagell Act. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Ca ne m’étonne pas. Mais quelque chose me dit que c’est pour bientôt. En tout cas, pour votre rattrapage de rentrée sur l’opération super-riches, c’est ici, et sur la hausse clandestine de la CSG, c’est ici.

Non pas sur les chaînes françaises d’info continue, notez bien. Avant comme après les vacances, elles restent concentrées sur les supenses essentiels. De flash info en flash info, la moitié de l’effectif des chaînes d’info françaises attendait de pied ferme, ce week-end, que les socialistes se déchirent à La Rochelle, tandis que l’autre moitié guettait les ravages de l’ouragan Irene sur New York. Petites phrases, évacuations, confidences de lieutenants, alertes, provocations: on était prêts pour le Big One. Désolante synthèse: après le passage de l’ouragan François Martine, La Rochelle a évité le pire. Fin du week-end. Ne nous désolons pas, ils auront bien d’autres occasions de se consoler.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Le cardinal Burke à Rocamadour

Ce cardinal américain de 63 ans fait désormais de plus en plus figure de protecteur de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre de Gricigliano,
de tendance traditionaliste et de style baroque dont le responsable est Mgr Gilles Wach.

Le cardinal Raymond Leo Burke omniprésent sur le net en cappa magna, ancien archevêque de Saint Louis et Préfet de tribunal suprême de la signature apostolique, également connu aux USA pour son refus de donner la communion eucharistique aux politiciens adoptant des positions trop libérales par rapport à la doctrine sociale de l’Eglise, multiplie les célébrations en grande pompe selon l’ancienne liturgie. C’est engagement très unilatéral et fort intempérant d’un chef de dicastère commencerait à irriter jusqu’à Rome même.

Ce samedi 20 octobre, le cardinal Burke présidera donc un pèlerinage
très old style dans le Lot à Rocamadour. Qu’en dit l’évêque du lieu
(Cahors), Mgr Norbert Turini, que l’on dit bien vu à Rome et en passe
d’être promu archevêque de Poitiers, ou ailleurs? Nous attendons sa
réponse…

Fellay bientôt chez le pape

La canicule suprenante autant qu’accablante de cette d’été pourrait nous faire oublier ce qui se prépare derrière les épais murs des sacrés
palais. En effet, depuis plusieurs semaines l’hypothèse d’une
réconciliation avec les anciens lefebvristes, regroupés autour de la
fraternité sacerdotale Saint Pie X, que conduit l’évêque Bernard Fellay,
son supérieur, semble, malgré le point très délicat et hautement
explosif de la rencontre d’Assise voulue cet automne par Benoît XVI,
être à nouveau évoquée.

Nous venons d’apprendre une nouvelle très importante. Le 14 septembre prochain, Mgr Bernard Fellay se rendra en effet à Rome. Devrait être en particulier tiré le bilan des négociations doctrinales paritaires de l’année passée dont la conclusion serait en faveur d’une réconciliation, sur fond d’une lecture minimaliste de Vatican II. Au fil des échanges, les deux côtés (Rome et les intégristes) seraient d’accord sur une volonté de consensus substantiel sur les critères d’orthodoxie doctrinale, tout en mettant en quelque sorte entre parenthèses les éléments délictueux de Vatican, qui relèvent d’une juste interprétation, et ne constitueraient pas de toute manière des objets obligatoires d’une adhésion. En contre-partie de cette relativisation par le Vatican de l’importance du dernier Concile, la partie intégriste adopterait une attitude plus positive à l’endroit de ce dernier. La Commission « Ecclesia Dei » présidée officiellement par le cardinal américain William Levada mais en fait conduite par le Secrétaire, Mgr Guido Pozzo, un Ratzingérien convaincu, travaille depuis des années au nivellement de la route de la réconciliation.

Outre cet aspect proprement doctrinal, se pose bien entendu la question de savoir quelle forme concrète pourrait revêtir la reconnaissance des intégristes. On parle de plus en plus d’une Prélature personnelle, assez semblable au statut de l’Opus Dei, ou alors d’un Ordinariat semblable à celui concédé aux Anglicans réintégrés, ce qui donnerait une autonomie complète ou presque aux intégristes ralliés et surtout leur permettrait d’échapper aux évêques locaux. Une perspective qui n’enchante évidemment guère ces derniers. Ce que l’on peut aisément comprendre.

Dans l’avenir le plus proche, le Vatican devrait soumettre à Mgr Fellay
différents protocoles d’entente qui tracerait un horizon ouvert de
consensus sur le fond, en préconisant une sorte de relecture de Vatican II en conformité avec la tradition. Autrement dit, une sorte de révision de Vatican II qui en raboterait les aspérités les moins appréciées par les intégristes.

Toutefois, l’issue de cette rencontre au sommet entre Benoît XVI et Mgr
Bernard Fellay, qui sera très certainement marquée au sceau de la
courtoisie, pourrait aussi être une certaine impasse. En effet, l’effet
intégriste doit compter sur sa propre aile droite qui n’est guère
disposée quant à elle au moindre compromis,ni même à faire preuve d’une humilité qui s’imposerait. Au contraire, ces radicaux de l’intégrisme jouent la surenchère et n’ont pas digéré – c’est un euphémisme – la réunion d’Assise qui se tiendra en octobre prochain. Et Mgr Bernard Fellay craint le discrédit dans son propre camp, s’il donnait l’impression de s’être écrasé devant Rome, d’avoir bradé la défense de la foi et de la tradition. Et d’avoir en sus suscité une division au sein de son propre camp. Autrement dit, sa marge de manoeuvre sera étroite le 14 septembre.

Nevers : Barbarin place son pion

La nomination qui vient de tomber en cette fin du mois d’août du nouvel évêque de Nevers n’est, à vrai dire, pas véritablement une surprise. Mgr Thierry Brac de la Perrière, 52 ans, évêque auxiliaire et vicaire général de Philippe Barbarin à Lyon depuis huit ans déjà attendait un transfert à la tête d’un diocèse depuis deux ans environ.

On parlait récemment de Saint-Claude et de Langres. Finalement c’est Nevers. Réputé parfois un peu falot, mais dévoué, généreux et disponible, ce classique sans relief remplace un évêque d’inspiration conciliaire plus marquée, malgré des récurrences de cléricalisme, Mgr Francis Deniau, atteint par la limite d’âge de 75 ans.

Manifestement le cardinal Barbarin semble vouloir placer ses pions dans le Nord de la France. Il se souvient sans doute qu’il a été un évêque de Moulins assez éphémère mais dynamique, pour y faire ses classes épiscopales. Et il a d’ailleurs fait nommer en Allier l’un de ses
proches, Mgr Pascal Roland.

Même si Thierry Brac de la Perrière devient à présent capitaine d’un
vaisseau diocésain, ce n’est qu’une demi-promotion. En effet, la Nièvre
est un diocèse d’importance assez réduite, avec un clergé
particulièrement vieillissant. Mgr Brac aurait somme toute davantage de temps à lui qu’à Lyon. Où le cardinal le submergeait de missions.

On annonce pour l’automne un nouvel auxiliaire à Lyon, comme d’ailleurs à Strasbourg (après le départ de Mgr Vincent Jordy à Saint-Claude) et peut-être à Marseille, avec une possible élévation à l’épiscopat de Jean-Marc Aveline, vicaire général. A moins que ce dernier ne devienne évêque d’Ajaccio, auquel cas il pourrait laisser la tâcher d’auxiliaire à l’autre vicaire général, le Père Denis Honnorat. L’un et l’autre jouissent de la pleine confiance de l’archevêque, Mgr Georges Pontier. Pour Ajaccio, on parle encore du vicaire général de Nice, le Père Jean-Louis Balsa, 54 ans. A suivre.

Quant à Mgr Pascal Wintzer, 52 ans, qui administre l’archidiocèse de
Poitiers pendant la vacance, et en attendant la désignation qui se fait
attendre du successeur de Mgr Albert Rouet, il n’a finalement pas été
désigné à Nevers – ni il y a quelques semaines au Havre comme cela était murmuré. En fait, il resterait encore quelques temps dans le Poitou, pour assurer la transition. Mais d’ores et déjà on parle de lui pour Belley-Ars, sinon Tarbes-Lourdes. Aujourd’hui mis en difficulté par
l’implantation discutée de l’abbé Laguérie et de l’Institut du Bon
Pasteur dans le diocèse (Golias va y revenir), mis devant le fait
accompli, toutefois réputé sachant ménager la chèvre et le chou tout en étant foncièrement classique, Pascal Wintzer fait figure de bonne pioche épiscopale aux yeux de Rome. Sa carrière pourrait en découler.

Un anniversaire à ne pas oublier : 23 août 1996, les sans-papiers expulsés de Saint-Bernard

Voilà tout juste quinze ans, le 23 août 1996, plus de deux cents sans-papiers sont expulsés de l’église Saint-Bernard, dans le 18e arrondissement de Paris, par les forces de l’ordre. Retour sur un événement qui a marqué la mémoire des riverains et témoignage du père Henri Coindé, alors curé de la paroisse.

Des coup de haches. Des coups de merlin plus précisément. Des portes fracassées et des vitraux qui volent en éclat. L’image des 1500 CRS donnant l’assaut à l’église Saint-Bernard, occupée par des sans-papiers, est restée gravée dans les mémoires des habitants du 18e arrondissement. Reprises par les JT du 20h, elle s’est inscrite dans la rétine de millions de spectateurs de la France entière.

C’était il y a tout juste quinze ans, le 23 août 1996. À 7h50, les portes de l’église Saint-Bernard sont défoncées par les CRS. L’ordre a été donné, par le ministre de l’intérieur de l’époque, Jean-Louis Debré, d’évacuer les 210 sans-papiers, dont 68 mineurs, qui ont investi les lieux le 28 juin précédent pour obtenir la régularisation de leur situation. Parmi eux, dix grévistes de la faim qui entament leur 50e jour de grève.

A l’intérieur de l’édifice religieux, le curé Henri Coindé, donne une lecture peu assurée du discours de Martin Luther King, “J’ai fait un rêve”. Il a apporté son soutien aux grévistes et occupants. Et ne peut retenir ses larmes en voyant sa paroisse emplie de gaz lacrymogène et de représentants de force de l’ordre empoignant les sans-papiers qui refusent de sortir de leur plein gré, alors que plus loin des enfants pleurent, à la recherche de leurs parents.

Pendant près de deux mois, des hommes, célibataires ou non, des familles, des enfants, originaires du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie, ont vécu dans le lieu saint, redonnant une nouvelle force au terme d’asile. Chaque matin, les matelas sont repliés et rangés par les hommes. Les femmes nettoient. Tout est fait pour que rien ne perturbe les offices religieux.

Tous travaillent en France. Outre les paroissiens, ils comptent bon nombre de soutiens. Médecin du monde, le DAL, Ariane Mnouchkine, Léon Schwartzenberg ou encore Emmanuelle Béart, une des figures emblématique et médiatique du mouvement. Ce vendredi d’août, ils sont tous présents, aux côtés d’habitants du quartier qui tentent vainement d’empêcher l’assaut.

Des cars de CRS emmènent les sans-papiers au centre de rétention de Vincennes, qui a brûlé depuis. Le gouvernement promet des régularisations au cas par cas. Les jours suivants, les premières expulsions ont lieu. L’événement, unanimement condamné par les partis de gauche et par de nombreux citoyens s’opposant aux « lois Pasqua » sur l’immigration, a fait date dans l’histoire de la lutte des sans-papiers.

par Adèle Ponticelli, Simon Gouin Goutte d’Or – Sans-papiers