Les étranges documents du questeur Pastor

Parlons d’autre chose: pendant les scandales sexuels, l’investigation ordinaire continue. Evadons-nous vers les hostelleries enchanteresses de la belle région du Tarn. Au tableau de chasse de Mediapart, cette semaine, un sénateur socialiste du Tarn, Jean-Marc Pastor, par ailleurs questeur du Sénat (c’est à dire, en charge de toutes les questions d’argent concernant cette assemblée). Au cours d’une enquête sur la questure, deux journalistes de Mediapart découvrent une étrangeté (lien payant): deux notes de restaurant se montant respectivement à 1428 et 1064 euros, pour 51 et 38 couverts, présentées par le questeur, et payées par le Sénat. Et l’étrangeté est là: ces repas ont été pris à l’Hostellerie Saint-Jacques de Monestiés, appartenant à la fille du questeur, et dont celui-ci possède des parts.

Commence alors une enquête de plusieurs semaines, Mediapart tentant en vain de retrouver les convives du questeur parmi tous les responsables politiques ou associatifs du département (l’enquête journalistique est un art tout d’exécution). Pastor lui-même, à propos des repas, change de version à plusieurs reprises, au gré des découvertes des journalistes. Un hebdomadaire local, Le Tarn Libre, appelle Pastor pour l’interroger. Embarras du sénateur: “Je vous en prie, ne mettez pas Le Tarn libre au même niveau que les journaux à scandales, qui, pour vendre, salissent les hommes politiques.” Embarras tout de même assorti, semble-t-il, de menaces voilées de représailles judiciaires contre l’hebdo. Et ici commence l’affaire dans l’affaire, dont tous les journalistes d’investigation savent bien qu’elle marque le vrai début du feuilleton: Pastor, dans la foulée, envoie au Tarn Libre un communiqué de soutien de Gérard Larcher, président du Sénat. Seul problème: ce communiqué est un faux, fabriqué par Pastor, comme ne manque pas de le découvrir Mediapart (lien payant), en interrogeant la chargée de communication de Larcher, laquelle précise, pour assurer qu’une réaction de Larcher ne tardera pas: « aujourd’hui, ce n’est pas sa préoccupation. Mais ça va le devenir« .

L’article de Mediapart, daté de dimanche, avait été quelque peu éclipsé, jusqu’à ce matin, par les suites du feuilleton DSK. Cela risque de ne pas durer: Patrick Cohen lui a assuré, ce matin, un large écho sur France Inter. Un sénateur socialiste fabriquant un faux communiqué du président du Sénat: on attend avec intérêt la réaction de Larcher, jamais en retard d’un petit tour devant les caméras, pour assurer qu’il a supprimé tous les privilèges de la Haute Assemblée (sortez vos mouchoirs, on vous le montrait ici). Accessoirement, si elle trouve deux minutes, on attend aussi la réaction de la direction du PS.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Mgr Jordy : une promotion ?

L’Osservatore Romano en date de demain 23 juillet annoncera la
nomination de Mgr Vincent Jordy comme nouvel évêque de Saint-Claude, dans le Jura.

Né en 1961, évêque auxiliaire de Strasbourg, réputé ambitieux, proche du courant néoconservateur mais sachant mettre son drapeau dans la poche, Mgr Jordy est dans la droite ligne de l’évêque précédent, Mgr Jean Legrez, dont il partage certains traits, y compris un certain autoritarisme. Mgr Legrez, promu archevêque d’Albi, est certainement favorable à cette nomination. Sinon celui qui l’a inspiré. Le plus soulagé dans cette affaire est certainement Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg, qui tout en sauvant la face entretenait des relations assez médiocres avec cet auxiliaire aux dents longues.

D’une certaine façon, on peut parler d’une demi-promotion. Le diocèse du Jura n’est pas très peuplé, rural, sans grande ville, et en voie de
déchristianisation. Les rumeurs voyaient Jordy à la tête d’un diocèse
plus important, jadis Bayeux-Lisieux (Caen, aujourd’hui Metz ou
Tarbes-Lourdes. Néanmoins il pourrait s’agir pour Vincent Jordy d’une
étape avant un nouveau changement. Né en 1941, Jean-Pierre Grallet
devrait quitter sa charge dans six ou sept ans. Le temps pour Jordy de
faire ses preuves à Saint-Claude…

L’Evangile selon les Hébreux (Codex de Béroia)

Béroia, la ville à laquelle aurait été destinée l’Epitre aux Hébreux, attribuée à St Paul par la tradition est si différente de style de ses
autres épitres qu’on en a beaucoup contesté l’auteur ?

L’historien chrétien Eusèbe, évêque de Césarée en 315, né vers 270, mort vers 338, confesseur de la Foi lors de la grande persécution de
l’empereur Dioclétien, ami de l’empereur Constantin et l’un des évêques siégeant au Concile de Nicée en 325, fut l’un des hommes les plus savants de l’antiquité.

Il a écrit en dix livres une « Histoire écclésiastique » couvrant le
temps depuis Jésus-Christ jusqu’à la défaite de Licinius en 323 par
Constantin. Grâce à ce gros ouvrage, nous sommes au courant d’une
multitude de personnages, de faits, de la situation et de la vie de
nombreuses communautés chrétiennes, des écrits des premier siècles, les uns reconnus par tous (ceux qui constituent l’ensemble du Nouveau
Testament) et d’autres dits « apocryphes » d’origines plus douteuses et même, plusieurs, certainement hérétiques.

Parmi ces écritures controversées, il y a un « Evangile selon les
Hébreux ». (Histoire ecclésiastique, livre 3,chapitre 25, paragraphe 4 à
7). Voici ce qu’Eusèbe écrit à son sujet:

Parmi ces mêmes livres, rejetés par les uns mais joints par d’autres
aux livres reçus, quelques uns ont encore placé l’Evangile selon les
Hébreux qui plait surtout à ceux des hébreux qui ont reçu le Christ…

Cet évangile des Hébreux a été connu sous le nom de Codex de Béroia, rédigé en araméen. Il se composait d’environ 2000 feuillets dont Saint Jérôme eut connaissance et qu’il consulta.

Il constituait une très ancienne version des textes de l’Evangile.

Ce Codex a disparu et il n’en reste que quelques citations de divers
auteurs.

Jérôme était né vers 331 et mourut en 420. Il traduisit en latin la
Bible à partir de l’hébreu et du grec et son travail a constitué la «
Vulgate » utilisée dans l’Eglise latine occidentale durant des siècles
et approuvée par le Concile de Trente. (1545-1563) Mais il écrivit
aussi, parmi un grand nombre d’autres ouvrages une traduction de
l’oeuvre en grec d’Eusèbe de Césarée dont il continua la Chronique.

Pourquoi « L’Evangile selon les Hébreux » est-il connu sous le titre de
« Codex de Béroia » ?

Ceci provient du lieu où il a été découvert. Mais que savons-nous de
Béroia ? Cette ville est connue aussi sous le nom de Bérée dans la Bible (Beroea ou Aleppum) et est devenue Alep, ville de Syrie, chef lieu du pachalik d’Alep sur le Koït à 200 kilomètres au nord-est de Damas.

Or Bérée est citée dans les Actes des Apôtres (chapitre 17,v.10/14, voir
ci-après).

Résumonsles faits rapportés par les Actes des Apôtres:Paul, relâché de
prison à Philippes, arrive avec son disciple Silas à Thessalonique et se
rend à la Synagogue selon sa coutume. Durant trois Sabbats il montre aux juifs que d’après les Ecritures, le Messie devait souffrir puis
ressusciter des morts et que ce Messie c’est Jésus qu’il vient annoncer.
Certains se laissent convaincre ainsi que des grecs et des femmes de la haute société. Mais les juifs de la ville, furieux, suscitent des
vauriens qui ameutent la foule et s’en prennent à Jason, celui qui
accueille chez lui Paul et Silas.

Moyennant caution, les autorités relâchent les deux disciples que les
frères font aussitôt partir pour Bérée.

A leur arrivée dans cette cité, ils se rendent à la synagogue. Plus
accueillants que ceux de Thessalonique, les habitants /accueillirent la
Parole avec une entière bonne volonté et chaque jour ils examinaient les Ecritures pour voir s’il en était bien ainsi.

Beaucoup d’entre eux devinrent croyants ainsi que des femmes grecques de haut rang et des hommes en nombre appréciable.

Mais dès que les juifs de Thessalonique eurent appris qu’à Bérée aussi
Paul annonçait la Parole de Dieu, ils arrivèrent pour agiter et troubler là encore les foules. Sans plus tarder, les frères firent partir Paul pour gagner la mer tandis que Silas et Timothée restaient là. Ceux qui escortaient Paul poussèrent avec lui jusqu’à Athènes puis s’en retournèrent porteurs de l’ordre pour Silas et Timothée de venir le rejoindre au plus tôt.

C’est alors que Paul enseigne les Athéniens qui l’écoutent avec
curiosité mais refusent son annonce de la Résurrection du Christ. Paul
se rend ensuite à Ephèse où il découvre d’anciens disciples de
Jean-Baptiste ayant reçu le baptême de celui-ci mais ignorant tout de
l’Esprit Saint. Il les instruit et leur impose les mains, et eux se
mettent alors à prophétiser.

Il demeure trois mois à Ephèse puis part séjourner en Macédoine.

Paul a alors pour compagnons cinq disciples dont le premier cité par
l’auteur des Actes se nomme Sopatros fils de Pyrrhus, habitant de Bérée. Avec eux il gagne le port de Troas d’où il s’embarque pour un dernier périple avant de se rendre à Jérusalem. Là il est accueilli parJacques, dit « frère du Seigneur, disciple et cousin de Jésus ».

(Actes, ch 21, v.17/18. Peu après il est arrêté dans le Temple et
commence pour lui une période de plusieurs années d’emprisonnements qui le conduiront à être jugé à Rome par le tribunal de l’empereur.

Paul apparaît donc bien avoir été le créateur de la communauté
chrétienne de Bérée, et là il semble avoir été accueilli par ce Sopatros
qui était peut-être déjà son disciple ou le devient et va ensuite
l’accompagner à Jérusalem.

Eusèbe de Césarée (Livre 3,chapitre 27,v.1/3) signale l’existence de
cette nouvelle communauté dont on désignera très vite les fidèles sous le nom « d’Ebionites »: Pour d’autres que le méchant démon ne pouvait pas détacher de l’amour du Christ de Dieu, il les captiva en les trouvant accessibles d’un autre côté. Dès le début, on appela à juste titre ces hommes « Ebionites » parce qu’ils avaient sur le Christ des pensées pauvres et humbles. (Le nom d’Ebionites vient de l’hébreu et signifie « Les pauvres »)

Ils regardaient (le Christ)comme simple et commun, comme un pur
homme justifié par le progrès de sa vertu, né du rapprochement d’un
homme et de Marie. Il leur fallait absolument observer la Loi (de
Moïse) parce que ,disaient-ils, ils ne seraient pas sauvés par la seule
Foi dans le Christ et par une vie conforme à cette Foi.

Mais à côté de ces derniers, il y en avait d’autres qui portaient le
même nom et qui échappaient à leur sottise étrange.

Ils ne niaient pas que le Seigneur fût né d’une vierge et du Saint
Esprit; pourtant semblables à eux, ils ne confessaient pas qu’il fût
préexistant, tout en étant Dieu, Verbe et Sagesse. Ainsi ils revenaient
à l’impiété des premiers d’autant plus que pareillement à eux, ils
mettaient tout leur zèle à accomplir soigneusement les prescriptions
charnelles de la Loi.

Ils pensaient _qu’il fallait complètement rejeter les Epitres de
l’Apôtre qu’ils appelaient un apostat de la Loi. Ils se servaient
uniquement de l’Evangile appelé « selon les hébreux » et tenaient peu
compte des autres. Ils gardaient le sabbat et le reste de la coutume
juive, semblablement à eux, mais ils célébraient les dimanches à peu
près comme nous en souvenir de la Résurrection du Sauveur. Par suite d’une telle attitude, ils ont reçu le nom d’Ebionites qui met en relief la pauvreté de leur intelligence, car tel est le mot par lequel les pauvres sont appelés chez les hébreux…

Eusèbe de Césarée ne précise pas ici en quel lieu vivaient les Ebionites
mais il indique que cette communauté se servait uniquement d’un
Evangile selon les hébreux.* Le fait que le Codex de Béroia ait été
retrouvé à Bérée laisse entendre qu’il s’agit bien de la communauté de
Bérée qui avait accueilli l’Apôtre Paul et dont l’un des membres devint
compagnon de route de Paul lorsqu’il dût quitter cette ville..

L’appellation « Evangile selon les hébreux « laisse entendre que cette
communauté se montrait prioritairement fidèle à la stricte tradition de
Moïse:

Qui, de chez eux avait pu être le rédacteur de cet Evangile ? Rien ne
permet de nos joursde pouvoir le dire.

Ils gardaient le sabbat et observaient le reste de la tradition juive
se comportant en groupe de fidèle observance juive.

Mais en même temps ils avaient été instruits de Jésus-Christ sans doute par Paul et ses compagnons (Sopatros, Aristarque, Secundus, Gaïus, et Timothée) à l’occasion de leur séjour chez eux à Bérée.

Eusèbe de Césarée précise que « Ceux de Bérée accueillirent la Parole
avec une entière bonne foi et chaque jour scrutaient les Ecritures pour
voir si ce qu’on leur enseignait de Jésus correspondait bien aux
prophéties; mais juifs de stricte observance ils vérifiaient attentivement et sans doute pas sans discussions (selon les coutumes juives)que le Messie Jésus était bien celui qu’annonçaient les prophètes.

Si l’enseignement de Paul les convainquit d’une part à reconnaître en
Jésus le Messie annoncé, d’autre part son accueil des non juifs venus du paganisme et dispensés de la plupart des pratiques juives et de la
circoncision décidée lors de l’assemblée de Jérusalem /(Actes ch
15)/créait chez eux un malaise profond et les conduisit à un
comportement de méfiance à l’égard de l’Apôtre au point de former plus tard une communauté reconnue comme hérétique par la Grande Eglise.

Dans son livre « Contre les hérésies » Saint Irénée (né vers 140 à
Smyrne, devenu Evêque de Lyon en 177 et mort martyr vers 202) parle
aussi des Ebionites à plusieurs reprises:

Ceux qu’on appelle Ebionites admettent que le monde a été fait par le
vrai Dieu, mais, pour ce qui concerne le Seigneur, ils professent les
mêmes opinions que Cérinthe et Carpocrate (deux hérétiques contemporains).

Ils n’utilisent que l’Evangile selon Matthieu, rejettent l’apôtre Paul
qu’ils accusent d’apostasie à l’égard de la Loi.

Ils s’appliquent à commenter les prophéties avec une minutie excessive. Ils pratiquent la circoncision et persévèrent dans leurs coutumes légales et dans les pratiques juives au point d’aller adorer à Jérusalem comme dans la Maison de Dieu. (Livre 1,ch.26,v.2)

Ainsi les Ebionites se servent du seul évangile de Matthieu mais sont
convaincus par cet Evangile même ne pas penser correctement au sujet du Seigneur. (Contre les hérésies,ch.11,v.7)

Eusèbe de Césarée (Livre 3,ch.25) parlant des livres apocryphes ne les
place pas au même niveau qu’ eux et parmi ceux qui ont encore une
certaine place dans les livres sacrés, il cite l’Evangile selon les
Hébreux qui plait surtout à ceux des Hébreux qui ont reçu le Christ.

Plusieurs questions se posent donc maintenant:

L’Evangile selon les Hébreux est-il le même que l’Evangile selon Saint
Matthieu ?

Serait -ce alors une confirmation de l’hypothèse d’une première
rédaction de Matthieu en araméen antérieure au texte grec comme l’ont envisagé certains exégètes sans pouvoir prouver quoi que ce soit ?

Eusèbe cite Papias (Livre 3,ch.39,v.16/17)qui dit ce qui suitau sujet de
Matthieu:

« Matthieu réunit en langue hébraïque les logias de Jésus et chacun les interpréta comme il en était capable. »

Mais il expose aussi qu’il y a dans l’Evangile selon les Hébreux
l’histoire d’une femme accusée de nombreux péchés devant le Seigneur et que l’on ne trouve pas dans le texte actuel de l’Evangile de Saint Matthieu. Serait-ce le récit de la femme adultère de l’Evangile de Jean qui ne se trouve pas dans certains manuscrits johanniques anciens ?

Il cite encore Hégésippe (Livre 4,ch.22,v.8)dont il dit : Il rapporte
certaines choses de l’Evangile selon les Hébreux, de l’Evangile syriaque
et particulièrement en langue hébraïque, montrant ainsi qu’il est venu à la Foi en sortant du Judaïsme. (mais cette phrase demeure peu
compréhensible.).

Saurons-nous donc un jour quel était cet Evangile selon les Hébreux ? Il semble bien qu’il n’ait pas grand chose à voir avec l’Evangile selon
Saint Matthieu que nous connaissons.

Mais ce que nous parvenons à découvrir de la Communauté qui l’utilisait suggère une question:

Nous possédons parmi les Epitres attribuées à Paul une Epitre qui lui a
été attribuée mais qui n’a surement pas été écrite par lui. Ce n’est pas
son style ni son mode de pensée et beaucoup suggèrent qu’elle aurait été plutôt rédigée par l’un de ses disciples pour convaincre la communauté de Bérée. Mai quel disciple ? Et destinée à quelle Communauté ?

Ce que nous parvenons à savoir de la Communauté de Bérée pourrait bien conduire à envisager qu’elle ait été écrite pour elle afin de l’aider à comprendre le lien réel entre les prophéties anciennes et leur
réalisation par le Messie Jésus dans l’Alliance Nouvelle née de son Sang et de sa Résurrection, montrant qu’Il est désormais le véritable et seul Grand Prêtre capable d’avoir célébré par sa mort et sa Résurrection le véritable et unique Sacrifice propre à accorder le Pardon de tous les péchés du monde.

Il s’agit de l’Epitre aux Hébreux, qui, certainement était destinée à
répondre à une communauté judaïsante.

Elle est toute entière destinée à convaincre que Jésus est le Véritable
et complet réalisateur de toutes les Prophéties.

Il m’a semblé au travers de la présente étude, qu’elle apportait la
réponse destinée à convaincre une communauté inquiète de savoir si Jésus était bien le Messie annoncé par les prophètes juifs :

En effet, en relisant l’Epitre aux Hébreux je suis frappé de constater
qu’un nombre important de ses affirmations sont en fait destinées à
redresser les erreurs de ceux que l’on nommera un peu plus tard
les Ebionites.

Reprenons par certains des textes que nous y retrouvons ce qui justifie l’attribution de cette Epitre « aux Hébreux « à un auteur qui aurait voulu rectifier les erreurs d’une partie au moins des membres de cette Communauté.

Le chapitre premier qui constitue le prologue de cette lettre certifie
clairement que Dieu a parlé désormais par son Fils après avoir parlé
autrefois par les Prophètes. Ce Fils, héritier de tout porte l’Univers
par la puissance de sa parole qui est celle de Dieu. Il s’est assis à
la droite de la Majesté,et supérieur aux anges.

Cela signifie(chapitre 2 et 3):nous devons prendre plus au sérieux le
message entendu si nous ne voulons pas aller à la dérive…Comment
nous-mêmes échapperons-nous si nous négligeons un pareil salut qui
commença à être annoncé par le Seigneur lui-même et confirmé par ceux qui l’avaient entendu ; et appuyé par des signes et des prodiges, des miracles de toutes sortes et par les dons de l’Esprit Saint répartis
selon sa volonté.

Il est donc accrédité auprès de celui qui l’a constitué , comme Moïse le
fut… Mais c’est une gloire supérieure à celle de Moïse qui lui
revient… Moïse fut accrédité comme serviteur en vue de garantir ce qui
allait être dit, mais le Christ l’est comme Fils et sur sur sa Maison,
et sa Maison c’est nous si nous conservons la pleine assurance et la
fierté de l’Espérance.

N’endurcissez pas vos coeurs…Prenez garde frères qu’aucun de vous
n’ait un coeur mauvais que l’incrédulité détache du Dieu vivant, mais
encouragez-vous les uns les autres, …Afin qu’aucun d’entre vous ne
s’endurcisse, trompé par le péché.

Craignons que quelqu’un d’entre vous ne soit convaincu d’être resté en retrait (chapitre 4) …

Ayant donc un Grand Prêtre éminent qui a traversé les cieux, Jésus le
Fils de Dieu, tenons ferme la confession de Foi.

Le chapitre 5 nous montre en Jésus ce Grand Prêtre compatissant.

Le Christ ne s’est pas attribué à lui-même la gloire de devenir grand
prêtre,..Tout Fils qu’il était, il apprit par ses souffrances
l’obéissance…Et il devint pour tous ceux qui lui obéïssent cause de
salut éternel ayant été proclamé par Dieu grand prêtre à la manière de
Melchisedech.

Arrivé à cet déclaration, l’auteur interpelle vigoureusement ses lecteurs:

Sur ce sujet, nous avons bien des choses à vous dire et leur
explication s’avère difficile car vous êtes devenus lents à comprendre.
Vous devriez être, depuis longtemps des maîtres et vous avez besoin
qu’on vous enseigne les tout premiers éléments des Paroles de Dieu. Vous avez besoin de lait, non de nourriture solide, quiconque en est encore au lait ne peut suivre un raisonnement sur ce qui est juste, c’est un bébé. Les adultes, eux, prennent de la nourriture solide, eux qui par la pratique ont les sens exercés à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Il poursuit (chapitre 6): Laissons l’enseignement élémentaire sur le
Christ pour nous élever à une perfection d’adulte sans revenir sur les
données fondamentales …Il est impossible, en effet, que des hommes qui ont un jour reçu la lumière, ont goûté au don céleste,ont eu part à
l’Esprit Saint…et qui pourtant sont retombés, il est impossible qu’ils
retrouvent une seconde fois le renouveau en remettant en croix le Fils
de Dieu pour leur conversion et en l’exposant aux injures.

Lorsqu’une terre boit les fréquentes ondées qui tombent sur elle… Elle
reçoit de Dieu sa part de bénédiction; mais produit elle épines et
chardons, elle est jugée sans valeur, bien près d’être maudite et finira
par être brulée.

La condamnation est sévère pour ceux qui retombent sous le joug de la Loi. L’auteur de l’Epitre les distingue de ceux qu’au contraire il
considère:Quant à vous, bien aimés, vous êtes du bon côté, celui du
salut, Dieu n’est pas injuste, il ne peut oublier votre activité et
l’amour que vous avez montré à l’égard de son nom en vous mettant au service des saints…

Au sein d’une longue explication du sens du Sacerdoce du Grand prêtre à la manière de Melchisedech, il insiste:

Si on était parvenu à un parfait accomplissement par le sacerdoce
lévitique, quel besoin y aurait-il encore de susciter un autre Prêtre
dans la ligne de Melchisedech au lieu de le désigner dans la ligne
d’Aaron ? (Chapitre 7 , 8 , 9 et 10) , il fait appel à une vie chrétienne généreuse : /Souvenez-vous de vos débuts; à peine
aviez-vous reçu la lumière que vous avez enduré un lourd et douloureux combat : …Vous avez pris part à la souffrance des prisonniers et accepté la spoliation de vos biens. C’est d’endurance que vous avez besoin pour …pouvoir obtenir la réalisation de la promesse… Nous ne sommes pas hommes à faire déception pour notre perte mais hommes de foi pour le salut de nos âmes.

Le chapitre 11 s’étend dans un grand enseignement fondé sur l’histoire d’Israël sur l’importance de la Foi :

Nous avons eu nos pères terrestres pour éducateurs et nous nous en
sommes bien trouvés, n’allons-nous pas à plus forte raison nous
soumettre au Père des esprits et recevoir de lui la Vie ?…

Veillez à ne pas refuser d’entendre celui qui vous parle.

Ne vous laissez pas égarer par toutes sortes de doctrines.
étrangères…Obéîssez à vos dirigeants et soyez leur dociles.

Ainsi pourront-ils faire taire avec joie ce qui ne tournerait pas à
votre avantage… Faites-le, je vous le demande instamment afin que je
vous sois plus vite rendu.

Un envoi termine la lettre ; Apprenez que notre frère Timothée a été
libéré. S’il vient assez vite, j’irai vous voir avec lui.

Saluez tous vos dirigeants et tous les saints, Ceux d’Italie vous saluent.

La fin de cette Epitre pourrait convenir à ce disciple discrêt, originaire de Beroia, que les Actes des Apôtres nomment Sopatros,
disciple de Paul, et accompagnant celui-ci à Jérusalem et peut-être
ensuite à Romesi l’on en croit la salutation adressée à ceux d’Italie ?

Habitant de Béroia, Il était bien au courant des difficultés vécues par
la Communauté de Beroia et dut faire beaucoup d’efforts pour s’efforcer de convaincre ceux qui maintenaient un amalgame entre les lois mosaïques et la Foi en Jésus, messie.

Il aurait donc pu se trouver, peut-être lui-même co-fondateur de la
Communauté de Beroiadans une situation semblable à celle d’Epaphras fondateur de la Communauté de Colosse et ayant connu, lui aussi, des difficultés identiques devant les doctrines et observances préconisées par « les docteurs hérétiques » de cette autre cité.

François Le Quéré

L’Afrique est riche : pourtant elle a faim

Ce réquisitoire sans appel à l’endroit de l’Afrique a le mérite de la clarté. Le président Sarkozy tout en reconnaissant du bout des lèvres, «la grande faute», a toutefois refusé de formuler des excuses. Il a par ailleurs insisté sur le fait que la colonisation n’était «pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs, du fanatisme, de la corruption…» Exonérant, au passage, les complicités inavouables entre Paris et les potentats locaux de la Franceafrique toujours d’actualité en 2011.

Est-ce à dire que c’est de la faute de l’Afrique d’être sous-développée? Oui, sans doute, mais la responsabilité du pouvoir colonial est aussi, pleine et entière. La colonisation devant durer mille ans, il n’était pas nécessaire pour le pouvoir colonial de former une élite endogène. Les rares Africains étaient tellement bien «formatés» dirions-nous aujourd’hui qu’ils furent des pâles clones des maîtres qui les ont intronisés pour perpétuer une nouvelle forme de colonisation à distance. Le colon n’a plus de visage, mais, mondialisation aidant, il garde la mainmise sur les ressources des colonies, soit d’une façon soft soit par des interventions brutales. Résultat des courses, l’Afrique, un demi-siècle après les indépendances, est toujours en panne, donnant crédit à Hegel et à Victor Hugo pour qui c’est le continent de la nuit.

Il ne faut pas s’étonner que Henri Guaino, le sherpa du président Sarkozy, s’en donne à coeur joie et fait dire au président ses pensées qui sont loin de la générosité et qui traduisent à leur façon le mythe des races supérieures cher à Renan Gobineau et Jules Ferry….Rien n’a changé…

Notre propos sera d’essayer de décrypter les causes du début de famine actuelle qui a lieu dans la Corne de l’Afrique Cette récurrence de la famine a un goût de déjà-vu Lisons ce que disait Kofy Annan il y a quelques années: «L’aide d’urgence est essentielle, mais acheminer simplement des vivres ne suffit pas», a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan: il faut également s’attaquer à la pauvreté et aux autres causes de la famine.» «C’est une crise sans précédent, qui exige une réponse sans précédent», a affirmé le directeur exécutif du PAM, James Morris, à l’occasion de la séance du Conseil de sécurité du 3 décembre, consacrée à la menace que constitue pour la paix et la sécurité internationales la crise alimentaire en Afrique.

Au cours du débat, M. Morris et d’autres orateurs ont souligné divers facteurs qui contribuent à la crise actuelle: la sécheresse et autres conditions climatiques défavorables dans de nombreux pays concernés, qui ont engendré de faibles récoltes et la hausse du prix des denrées alimentaires; l’effet incapacitant du VIH/sida, qui réduit la faculté des personnes infectées à surmonter les ravages de la faim et déstabilise les systèmes agricoles, en décimant par millions les rangs des agriculteurs les plus productifs d’Afrique; les conflits armés et l’agitation politique, comme en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, au Soudan et au Zimbabwe, et les difficultés rencontrées par des pays qui sortent d’un conflit récent, comme l’Angola, l’Ethiopie, l’Erythrée et la Sierra Leone; des politiques économiques inadaptées, notamment dans le secteur agricole, qui ont abouti, dans de nombreux pays concernés, à des investissements insuffisants dans la production agricole, dans l’infrastructure rurale ou dans les services sociaux de base. Cette situation est aggravée par le faible cours des exportations agricoles africaines sur les marchés mondiaux.(1)

Le son de cloche est le même en 2011, les mêmes causes, les mêmes effets et le même appel au secours. Selon les Nations unies, la Corne de l’Afrique est frappée par la pire sécheresse que la région ait jamais connu depuis 60 ans. Jens Oppermann, chef de mission d’Action contre la faim (ACF) pour la Somalie, décrit, depuis le Kenya où il est basé, une situation sans précédent et appelle aux dons. Les Nations unies disent que la région connaît la pire sécheresse depuis 60 ans. Le confirmez-vous? Absolument, ce que nous voyons ici est sans précédent, et nous n’avons pas vu une situation comme celle-là depuis des dizaines d’années. Il y a 10 millions de personnes à travers la Corne de l’Afrique qui ont besoin d’une aide humanitaire. Ils sont à deux doigts de la famine. Ils n’ont accès ni à l’eau, ni à un logement, ni à des installations sanitaires. Ces gens ont marché pendant des jours et des semaines en Somalie, dans l’environnement le plus hostile que vous pouvez imaginer. Ils sont pauvres au point de ne pas pouvoir s’acheter à manger et ils atteignent nos centres, épuisés.(2)

Le continent de la vie

Le facteur principal est la sécheresse: le manque d’eau provoque une inflation des prix de la nourriture. Par conséquent, pour résoudre le problème de la Corne de l’Afrique, il faut commencer par la Somalie. Cela permettrait d’apporter l’aide humanitaire directement en Somalie et cela aurait un impact positif sur l’activité humanitaire au Kenya, en Ethiopie et à Djibouti. (…) Tout va dépendre de l’aide humanitaire que nous pourrons apporter. Nous avons commencé à lancer des appels d’urgence et nous avons intensifié nos activités. Nous espérons que nous recevrons des moyens supplémentaires de la part des donateurs (les pays et les donateurs individuels) pour accroître notre aide d’urgence aux populations. Dans le cas contraire, nous ne serons pas capables de répondre à cette crise.(2)

Pour Alexia Eychenne, face à une sécheresse exceptionnelle et la flambée des prix des matières premières, la Corne de l’Afrique est menacée d’une catastrophe humanitaire. Entre 10 et 12 millions de personnes manqueraient déjà de nourriture dans la Corne de l’Afrique, dont 2,6 millions en Somalie et autour de 3,2 millions en Ethiopie et au Kenya. Djibouti et l’Ouganda sont aussi touchés. (…) Le système d’alerte précoce des famines (USAid/Fews Net) qui scrute le risque des pays en fonction des précipitations, de la production agricole, des prix sur les marchés et de la nutrition, a déjà classé plusieurs régions au niveau 4: celui de l’urgence alimentaire, dernière étape avant la famine. Plus radicales, les ONG dont Action contre la faim parlent déjà d’une «catastrophe humanitaire» en Somalie, où 250.000 enfants souffrent de malnutrition sévère.(3)

«A l’origine, poursuit Alexia Eychenne, c’est une sécheresse pérenne la plus sévère depuis soixante ans selon l’ONU qui a plongé dans la détresse des milliers de ménages déjà fragiles. Les saisons des pluies qui arrivent normalement à la fin de l’année, puis au printemps, sont passées quasiment inaperçues. Les récoltes agricoles ont fondu, privant les producteurs de ressources, et les éleveurs ont vendu leur bétail menacé de mort. L’envol des prix des aliments de base a fini de mettre à terre le pouvoir d’achat des paysans. Selon l’ONU, les prix des céréales dans les zones touchées par la sécheresse au Kenya sont de 30 à 80% supérieurs à la moyenne de ces cinq dernières années. En Ethiopie, l’indice des prix à la consommation pour l’alimentation a flambé de près de 41% en mai sur un an, mais la hausse la plus dramatique frappe la Somalie: 270% d’augmentation des prix sur la même période. S’y ajoutent des conflits régionaux qui empêchent la circulation des produits, gênent l’action des ONG et les politiques de soutien.(3)

La responsabilité diabolique et l’impunité des spéculateurs

Alexia Eychenne n’oublie pas de citer la spéculation Le rôle de la spéculation fait débat. Les spéculateurs avaient été pointés du doigt lors des dernières grandes tensions sur les prix alimentaires, en Afrique du Nord notamment. Jean Ziegler repart à l’attaque. «Il y a aussi les hedge funds qui, ayant perdu des sommes astronomiques au moment de la crise de 2007, se sont littéralement jetés sur la spéculation des matières premières agricoles. Avec à la clé des hausses de cours tellement importantes qu’elles empêchent les Etats les plus faibles d’importer ces matières premières», accuse le vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. «Reste à savoir si les promesses internationales seront tenues. Le Royaume-Uni a déjà annoncé qu’il verserait 52,5 millions de livres. Mais l’ONU a régulièrement du mal à financer ses programmes. L’appel de fonds 2011 pour Djibouti n’est d’ailleurs actuellement financé qu’à 30%. Celui pour la Somalie ne l’est qu’à 50% tandis que celui pour le Kenya est rempli à 54%. L’ONG ONE a rappelé la semaine dernière que, deux ans après le G8 de l’Aquila consacré à la lutte contre la faim, les donateurs n’ont déboursé que 22% des fonds promis pour l’agriculture d’ici à 2012».(3)

Comme nous l’écrivions dans une contribution précédente, et au risque de nous répéter, les pays du Sud dépendent pour leur survie d’un Nord opulent qui, à bien des égards, est responsable de ces malheurs. Certes, le Nord jette des miettes sous forme d’APD qui, malheureusement demeure sans lendemain,.. Pour éradiquer ce fléau, il suffirait de seulement 30 milliards de dollars par an. En comparaison, le budget militaire de base du Pentagone est de 533,7 milliards de dollars pour l’exercice 2010. Par ailleurs, les institutions financières américaines vont distribuer pour cette année 2010 le chiffre record de 144 milliards de dollars en seul bonus, primes et stock-options à leurs dirigeants, c’est-à-dire aux responsables de la crise économique mondiale. Dans le même temps, le marché de la publicité avoisine les 500 milliards de dollars et celui des armes les 1200 milliards de dollars. Jean Ziegler a raison de dire que ceux qui laissent mourir les enfants – en effet, un enfant meurt de faim toutes les six secondes sont des criminels.»

On le voit, les peuples du Sud sont soumis à une double peine; ils n’arrivent pas à se protéger contre les changements climatiques, dont ils ne sont pas responsables, ils meurent par milliers, Ils n’arrivent pas à acheter de la nourriture celle- ci étant trop chère, ils meurent de faim ou ils protestent et nous avons le scénario des émeutes qui gangrènent les pays du Sud. Par ailleurs, la flambée des prix des matières premières en général et des produits alimentaires a connu une accélération ces dernières années. 2010 aura été l’année de toutes les hausses. Faiblesse du dollar, croissance chinoise, spéculation, raréfaction de l’offre sont autant de facteurs qui tirent vers le haut le prix des matières premières. Tour d’horizon des plus fortes augmentations et prévisions pour 2011. Le prix du colza a crû de 75%. Le prix du blé a augmenté de 47,25% en un an. Pour le café +69,24% en un an, +80% ces 6 derniers mois. Pour le sucre depuis juin 2010: 140%.(4)

La part des spéculateurs, justement, sur les marchés alimentaires explique en partie la hausse continue des prix depuis l’été 2010. Les produits alimentaires sont devenus des actifs financiers comme les autres. Comme vient de l’exprimer le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, nous vivons le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008. Pour Jean Ziegler, l’alimentation devient un droit de l’homme.

La famine « organisée » méthodiquement

Bruno Parmentier parlant de Jean Ziegler , encore lui, écrit: «Le premier rapporteur, le Suisse Jean Ziegler, avait la fougue du passionné; c’était un prophète qui dénonçait avec éloquence, poigne et humour nos faiblesses, nos indifférences, et les nombreux scandales de tous ceux, nombreux de par le monde, qui se nourrissaient fort bien de cette faim. Il était étonnant d’entendre, au milieu du langage habituellement feutré des Nations unies, des propos aussi carrés, aussi peu diplomatiques, dans la foulée de ceux par exemple qui avaient été écrits par Robert Linhardt à la fin des années 1970: «A mesure que je recueillais témoignages et données, la faim m’apparaissait avec une terrible netteté comme le produit d’un dispositif compliqué jusqu’au raffinement…Ce n’était pas une faim simple, une faim primitive. C’était une faim élaborée, une faim perfectionnée, une faim en plein essor, en un mot, une faim moderne. Je la voyais progresser par vagues, appelées plans économiques, projets de développement, pôles industriels, mesures d’incitation à l’investissement, mécanisation et modernisation de l’agriculture. Il fallait beaucoup de travail. Cette faim bourdonnait d’ordres d’achats, de lignes de crédit en dollars, francs, marks, yens, d’opérations fièvreuses sur les commodities markets, de transactions foncières, d’anticipations, d’astuces et de bons coups. Des commerçants, des banquiers, des armateurs, des chefs d’entreprise, des experts, des hommes d’affaires y avaient leur part, ainsi qu’une armée d’intermédiaires, de courtiers et de négociants. Et tous ces gens parvenaient à faire jaillir de cette faim, commissions, bénéfices, profits, rentes, loyers, dividendes…Oui, vraiment l’organisation minutieuse de cette faim m’apparaissait comme une chose prodigieuse.»(5)

Voilà qui est clair, la famine est d’une certaine façon «organisée». On peut le comprendre si le but recherché par le néolibéralisme est de précariser les pays, les plus vulnérables les amener à vendre leurs terres à des groupes internationaux pour une bouchée de pain (Groupes occidentaux, Chine mais aussi pays du Golfe). Pour Thierry Brun, la responsabilité des pays du Nord est totale. La crise agricole et alimentaire a disparu des écrans et des priorités des grands de ce monde. (…) Face à cette situation d’urgence, les gouvernements du G20 préfèrent favoriser les intérêts des entreprises agro-industrielles et des acteurs financiers plutôt que d’encourager et de soutenir les politiques agricoles des pays en développement. Les mêmes pays riches réclament cependant de nouvelles libéralisations au sein de l’OMC. Le cynisme était de mise lors du récent G20 agricole, car la question de constituer des réserves alimentaires d’urgence a été écartée. Au nom de quoi? Le stockage d’une centaine de millions de tonnes supplémentaires de céréales pour aider les pays pauvres pouvait nuire aux marchés… Il est urgent de changer de cap: c’est tout l’enjeu du prochain sommet du G20 à Cannes et des mobilisations citoyennes prévues en novembre».(6)

L’Afrique ne manque pas de ressources, elle demande à l’Occident de la laisser en paix en ne s’ingérant pas et en n’intronisant pas des potentats aux ordres, de ne pas lui voler ses matières premières. Elle attend qu’on lui restitue sa dignité en lui permettant de former ses élites. Pour nous, le discours de Dakar, qui s’inscrit dans la plus pure tradition coloniale, devrait être pour nous un électrochoc. Basta à la Franceafrique au Commonwealth et à tous les subterfuges des anciennes puissances coloniales pour leur garder leurs privilèges! S’agissant de cette famine imminente, il est nécessaire de mobiliser 120 millions de dollars pour sauver des millions de vie humaine. Où est la générosité des télethons occidentaux à géométrie variable. L’Europe àtitre d’exemple ui s’apprête à injecter cent milliards de dollars pour sauver la Grèce en vain, ne peut pas distraire , moins de 0,1% pour sauver des vies humaines ! . Ceci dit, nous remarquons le silence assourdissant des Arabes et des potentats musulmans qui achètent pour des centaines de milliards d’armement mais qui sont incapables d’organiser une aide rapide pour donner une perspective à des enfants qui ne sont pas nés pour souffrir.

Professeur Chems Edddine Chitour
source url : http://www.mleray.info/article-l-afrique-est-riche-pourtant-elle-a-faim-80272748.html

Notes :
1.http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/vol16no4/164foodf.htm

2.Jens Oppermann. «Ce que nous voyons dans la Corne de l’Afrique est sans précédent» Propos recueillis par Thomas Baïetto Le monde.fr 12.07.11

3.Alexia Eychenne – Pourquoi le spectre de la famine ressurgit en Afrique 19/07/2011

4.Elie Patrigeon. Ces matières premières qui flambent 05/01/2011

5.Bruno Parmentier. Préface Conférence de Olivier de Schutter – L’économie politique de la faim.
Garantir le droit à l’alimentation dans un monde de ressources rares – Leçon ESA 2010

6.Thierry Brun! http://moissacaucoeur.elunet.fr/index.php/post/16/07/2011/Le-monde-a-de-plus-en-plus-faim-par-Thierry-Brun

L’Iran et les droits des femmes, une « modernité mutilée »

L’ouvrage de Chahla Chafiq a pour ambition d’« interroger l’islamisme sous l’angle du rapport entre le religieux, le politique, le sexe et le genre » et d’éclairer « la place centrale du genre dans le projet anti-démocratique de l’islamisme ». Pour ce faire, l’ouvrage est divisé en quatre parties.

La première partie voit l’auteure présenter les différentes controverses qui traversent la définition même de l’islamisme sans vraiment trancher entre elles mais en en présentant une intéressante synthèse. Elle évoque longuement les travaux de Fatima Mernissi qui pense possible de trouver dans l’islam la source de l’élaboration de la démocratie malgré cette « modernité amputée » (de la démocratie) qui caractérise selon elle les sociétés musulmanes contemporaines. Ce thème de la « modernité amputée » ou de la « modernité mutilée » pour définir la société iranienne reviendra régulièrement dans cet ouvrage. En effet, dans la controverse scientifique qui oppose ceux qui analysent l’islamisme comme un vecteur de modernisation et ceux pour qui cette idéologie est au contraire profondément anti-moderne, l’auteure défend une troisième position nourrie de son analyse de la situation iranienne selon laquelle l’islamisme relèverait d’une « modernité mutilée » qui puise ses racines dans le contexte pré-révolutionnaire iranien. Cette modernité mutilée reposerait sur trois principes : le contrôle de l’Etat sur l’institution religieuse, le rejet de la modernité politique à laquelle est substitué l’islam comme « projet politique alternatif », « la dévalorisation de la démocratie » qui ont un impact considérable sur la place que les femmes peuvent occuper dans cette société.

Les femmes, les traditions et le refus des valeurs démocratiques

Dans la deuxième partie, Chahla Chafiq analyse la société iranienne et s’interroge sur les causes de cette « modernité amputée », de la « modernisation sans modernité » impulsée par le chah dont la dictature « prive le projet modernisateur de la synergie nécessaire à l’approfondissement des réformes engagées » aux conceptions très hétérogènes des opposants qui semblent se rejoindre pourtant sur un point : le rejet de la modernité politique associée à un occident détesté. Que ce soit par attachement aux traditions de l’islam, par rejet du progrès technique et scientifique ou par hostilité au capitalisme tous convergent vers un refus des valeurs démocratiques. Cela expliquerait les relatives rapidité et facilité avec lesquelles Khomeini a pu installer un système totalitaire islamique qui est aussi dans son genre, l’auteure le rappelle, une sorte de pouvoir moderne.

La partie suivante se penche sur les conséquences de cette « modernité mutilée » sur la place du genre dans la société iranienne. La division sexuée des rôles lui semble à la base de l’unité de l’oumma (1), elle-même au fondement de la société iranienne. Pour l’auteure, « la question du genre se trouve ainsi au centre des conflits sociopolitiques qui traversent la société ». Cette partie se déploie de manière très largement diachronique et présente l’évolution de la signification du port du voile signe de privation de liberté pour les femmes et d’arriération jusque dans les années 1960 puis drapeau de la révolution à partir des années 1970 jusqu’à l’obligation, à partir des années1980, du port du voile qui devient alors « symbole d’un ordre auquel les femmes doivent se soumettre ». Encore celui-ci ne signifie-t-il pas le retour des femmes dans la sphère privée. Comme le précise l’auteure « Loin de vouloir un retour des femmes au foyer, cet appel au voile révèle la nouvelle stratégie islamiste dans une société modernisée : diriger les femmes musulmanes vers des zones contrôlées par l’islam et canaliser leurs énergies créatrices, à côté des hommes, pour construire une société islamique saine ».

Féminisme et islamisme

Intitulée « l’islamisme à l’épreuve du genre », la dernière partie passe d’abord en revue les difficultés rencontrées par les femmes pour trouver leur place dans la société et analyse les contradictions assumées du pouvoir iranien vis-à-vis des femmes qui « mobilise les femmes dans la construction d’une société islamique, tout en organisant et orientant cette participation selon des normes qui définissent la marge d’action des femmes ». Ces contradictions nourrissent des analyses divergentes sur la nature de la société iranienne, en voie de démocratisation pour les uns, moderne et apolitique pour d’autres. L’auteure y voit surtout l’impasse dans laquelle se trouvent aujourd’hui les Iraniennes, et que démontre selon elle, le développement d’un féminisme réformiste et islamique dans lequel s’inscrivent également certaines femmes laïques qui pensent que « des réformes en faveur des femmes au sein du régime islamiste sont possibles ». Opposée à cette approche, l’auteure nuance d’abord fortement le tableau officiel d’une amélioration globale de la condition des femmes, rappelle leur statut de dominée dans la vie professionnelle, à l’école, le développement de la prostitution, de la toxicomanie et du suicide des femmes. Elle analyse ensuite le développement de mouvements féministes en rupture avec le précédent, centrés sur la revendication d’égalité, la référence aux droits humains et le rejet de toute dimension religieuse, marquant l’« épanouissement d’un élan féministe […] qui rime avec des revendications démocratiques séculières face à l’Etat islamiste ». La place importante que tiennent les femmes dans la contestation populaire en 2009 lui paraît témoigner de la force de ce renouveau féministe laïc.

A l’exception de la première partie qui constitue davantage une bonne synthèse des courants théoriques divergents sur la nature de l’islamisme, l’ouvrage apporte un éclairage original sur la société iranienne.

Il constitue une excellente introduction aux complexités de cette société qui interdisent tout jugement tranché et expliquent les divergences d’interprétation sur l’Iran d’aujourd’hui. On aurait parfois apprécié qu’une plus grande place soit faite aux analyses personnelles mais on se retrouve là en présence d’un ouvrage sérieux sur un sujet difficile que l’auteure traite de manière distanciée.

Yves PALAU – Collaborateur EGALITE
Université Paris-Est – LARGOTEC
source url : http://www.egalite-infos.fr/2011/07/25/liran-et-les-droits-des-femmes-une-%C2%AB%C2%A0modernite-mutilee%C2%A0%C2%BB/

Notes :
(1)l’oumma : ce mot désigne la communauté des musulmans en général, au-delà de leur nationalité.

Chahla Chafiq, Islam politique, sexe et genre. A la lumière de l’expérience iranienne, préface de Jacqueline Costa-Lascoux, Paris, Presses universitaires de France, 2011, 228 pages, 24€.

La thèse de Chahla Chafiq, Islam politique, sexe et genre. A la lumière de l’expérience iranienne a reçu en novembre 2010 le prix Le Monde de la recherche universitaire.

Malgré le malaise grandissant, l’ONF va supprimer 700 emplois à partir de 2012

Bruno LE MAIRE, Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire, a reçu hier Pascal VINÉ, Directeur général de l’Office national des forêts (ONF) pour évoquer avec lui la situation sociale au sein de l’administration. Le ministre a demandé une évaluation de la situation sociale au sein de l’ONF.

Bruno LE MAIRE souhaite que l’accompagnement personnel des agents soit renforcé, afin de mieux prendre en compte les difficultés de chacun, éviter les situations d’isolement et soutenir les agents les plus fragiles.

« L’Office national des forêts (ONF) va mettre en place un « numéro vert d’écoute pour tous les agents de l’office », selon le directeur général de l’organisme, Pascal Viné, vendredi 22 juillet sur Europe 1.

Cela suffira-t-il ?

N’est ce pas « Mettre un cautère sur une jambe de bois » ?

Il n’en reste pas moins que l’ONF est touchée par la Réfonte Générale de Fonctions Publiques (RGPP) comme l’ensemble de la Fonction Publique.

Le malaise est présent, la CGT forêt indique que deux agents patrimoniaux de l’Office national des forêts (ONF) se sont suicidés dans les maisons forestières où ils étaient affectés, le 20 juin et le 6 juillet 2011.

Un autre agent de l’Office national des forêts (ONF) a mis fin à ses jours lundi 11 juillet en Franche-Comté, le dernier en date est survenu mardi dernier dans l’Allier où un agent de 59 ans a mis fin à ses jours, ce qui porte à 24 le nombre de suicides enregistrés dans cette administration depuis 2005.

Hier, le conseil d’administration de l’Office national des forêts établissement public, a adopté la suppression de 700 emplois sur la période 2012-2016.

L’office a perdu plus du tiers de ses effectifs en 25 ans, le désarroi grandit chez les 9.500 agents alors que pendant ce temps le surface des forêts a augmenté en France. Cherchez l’erreur ?

source url : http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-malgre-le-malaise-grandissant-quatre-suicides-en-un-mois-l-onf-va-supprimer-700-emplois-a-partir-80044703.html

Divertissement

On ne s’ennuie pas à lire la presse. Samedi dernier, lors de la Feria de Pampelune, quelque 150 personnes ont participé au grand concours du plus long lancer de noyaux d’olives. Organisé depuis 2006, il a été remporté pour la première fois par un étranger, l’Australien Matt Davis, qui a propulsé son noyau à 16,36 mètres, soit l’équivalent de la longueur de quatre voitures. Il est recommandé aux personnes portant des dentiers de bien les fixer avant de lancer. Un conseil qui n’est pas anodin : par le passé, deux personnes âgées avaient lancé leur dentier en même temps que les noyaux, selon les organisateurs (Source : Le Progrès.fr – 13/07/2011).

Il semble que les hommes ne mettent aucune borne à leur imagination pour se divertir, c’est-à-dire littéralement se détourner (latin divertere) d’eux-mêmes. « L’homme est si vain, disait Pascal, qu’étant plein de mille causes essentielles d’ennui, la moindre chose, comme un billard ou une balle qu’il pousse, suffit pour le divertir. » Et on connaît la réflexion du même moraliste : « Tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait pas demeurer en repos dans une chambre. » Seul face à lui-même, l’homme peut se mesurer, jauger et juger. Peut-être alors s’ouvrira-t-il à une autre dimension, qu’on appelle la Transcendance ? L’homme passe infiniment l’homme, et qui ne meurt de n’être qu’un homme ne sera jamais qu’un homme. Mais non : le voilà qu’il court au devant de l’oubli, et qu’il joint avec constance le futile à l’agréable.

La liste de ces manifestations cocasses est sans fin. À Vals, en Ardèche, a eu lieu le 10 juillet dernier un championnat de lancer de pantoufles et de lancer de bérets, patronné par le Lion’s Club. À Trie-sur-Baïse, dans les Hautes-Pyrénées, le dimanche 14 août prochain, aura lieu le championnat de France d’imitation du cri du cochon. Ce village est célèbre aussi par son championnat de France du plus gros mangeur de boudin, où une dame en vacances a déclaré : « Je fais ça parce que je ne suis pas connue. Je ne sais pas si j’aime le boudin, enfin je vais voir. » (Source : La Dépêche, 07/08/1999) Pour sa seule notoriété, l’homme veut-il maintenant régresser au cochon ? Eh bien, qu’il le fasse ! – Au fond, le sage avait bien raison : « Vanité des vanités, tout n’est que vanité. » (Ecclésiaste, 1/2).

Attentats d’Oslo : quand la peur des musulmans nourrit la violence

Lorsqu’on a appris la terrible nouvelle du carnage perpétré en Norvège, sans savoir encore qui en était le – ou les – auteur(s), la première réaction – en tout cas, j’avoue que ce fut la mienne – a été d’en attribuer la responsabilité au terrorisme islamiste. Réaction logique : les djihadistes nous ont malheureusement habitués à ces attentats aussi spectaculaires que meurtriers qu’ils opèrent en Occident et, plus encore, dans les pays musulmans. Ils reprochent en outre à la Norvège d’avoir envoyé des soldats en Afghanistan. Mais il a vite fallu se rendre à l’évidence : celui qui a reconnu être l’auteur des deux attaques sanglantes, Behring Breivik, est bel et bien un Norvégien blond de type parfaitement scandinave, un pur Viking, âgé de 32 ans, qui a opéré froidement et calmement. En outre, cet homme, dont on ne sait pas encore, à l’heure où j’écris, s’il a des complices, se décrit sur son profil Facebook comme « conservateur » et « chrétien », amateur de chasse et de jeux vidéo.

Dans un mémoire de 1500 pages publié sur Internet, le futur meurtrier avait détaillé ses préparatifs auxquels il travaillait depuis des années, et affirmé que le terrorisme était « un moyen d’éveiller les masses ». Pour quoi faire ? D’abord pour combattre l’islam, mais aussi le « marxisme culturel » et le multiculturalisme, objets de violentes diatribes dans ce texte mais surtout dans une vidéo mise en ligne sur YouTube le jour même des attaques. Contre l’islam qu’il considère comme « la principale idéologie génocidaire », le terroriste entendait engager « une croisade », mais il voulait aussi déclencher «une guerre préventive contre les régimes culturellement marxistes/multiculturalistes d’Europe» afin «de repousser, battre ou affaiblir l’invasion/colonisation islamique en cours, pour avoir un avantage stratégique dans une guerre inévitable avant que la menace ne se matérialise».

On dira que ce Behring Breivik est un fou. Il faut être fou en effet pour concevoir un tel projet. Mais ce fou a été capable de passer à l’acte avec une froide détermination. Et, trop souvent, ce genre de fou inspire d’autres fous et fait des émules. En outre, ce fou se proclame « chrétien ». Et cela ne peut nous laisser indifférent. Déjà, sur Internet, trop souvent pourvoyeur de haine, les commentaires fleurissent qui accusent les religions en général, mais l’islam et le christianisme en particulier, d’être par essence, des facteurs de violence. On y reparle des guerres de religion, des croisades, et même de l’Inquisition. Face à ces simplismes mensongers et ravageurs, il est urgent et impératif pour tous de réagir. Y compris pour les plus hauts responsables du christianisme, ceux du judaïsme et ceux de l’islam. Réagir, c’est-à-dire dénoncer à temps et à contretemps l’utilisation sacrilège du nom de Dieu par tous les fondamentalistes religieux quels qu’ils soient. La paix est le vrai nom de Dieu. « Heureux ceux qui œuvrent pour la paix, ils seront appelés fils de Dieu » proclame Jésus lui-même sur le Mont des Béatitudes.

Poursuivons plus avant encore notre analyse. Même si Behring Breivik a opéré seul et de manière isolée – ce qui reste à prouver – à la fois pour déclencher l’explosion de l’immeuble du Premier ministre à Oslo et pour conduire, presqu’au même moment, la fusillade contre les jeunes travaillistes dans l’île où ils étaient réunis, ce tueur baigne depuis longtemps dans une mouvance d’extrême-droite xénophobe et particulièrement hostile aux musulmans. Il a d’ailleurs appartenu pendant sept ans au Parti du Progrès (PrP) formation populiste de droite surfant sur la vague de l’islamophobie, une formation qui a fait une percée électorale spectaculaire, ces dernières années, dans ce pays paisible où la majorité se situe traditionnellement au centre-gauche. Mais Breivik a quitté ce parti en 2006 parce qu’il le jugeait, écrit-il, trop ouvert aux «attentes multiculturelles» et aux «idéaux suicidaires de l’humanisme».
Aujourd’hui des partis semblables, plus ou moins virulents, se développent partout en Europe, de Scandinavie en Italie, de Grande-Bretagne en Hongrie, des Pays-Bas en Suisse et, bien sûr, en France avec le Front national. Alors que dans tout le Vieux Continent, la crise accroît les inégalités et fait les ravages que l’on sait, les populations prennent peur et se réfugient dans cette mouvance populiste, xénophobe et hostile à l’Union européenne, en espérant qu’elle les protégera. Toutes choses égales par ailleurs, cela commence à évoquer le climat des années 30 avec cette différence : le diable qui investit notre civilisation pour la détruire, n’est plus le juif mais le musulman. Notre propre pays, hélas, n’échappe pas aujourd’hui à cette utilisation, ô combien dangereuse, de la peur de l’autre.

Malheureusement, et pire encore, au sein de cette nébuleuse xénophobe et islamophobe, certains, comme le tueur norvégien, se disent chrétiens. Ils rêvent du « choc des civilisations ». Ils voudraient, comme naguère George Bush, défendre « l’Occident chrétien » en menant une «croisade contre l’islam ». Certains affirment même que « les musulmans mènent une guerre contre l’Occident » et que celui-ci doit y répondre par une guerre contre l’islam. Inlassablement, il nous faut, je le répète, dénoncer cette imposture. Certes, nous ne pouvons pas sous-estimer les dégâts que peut faire le terrorisme islamiste. Les djihadistes se servent de Dieu ou de l’idée qu’ils se font de Dieu pour mener leur combat contre les « infidèles » c’est-à-dire les non musulmans, mais plus encore contre la grande majorité des musulmans qui ne pensent pas comme eux. Ils instrumentalisent Dieu pour mener une lutte qui est en réalité politique.

Il est légitime et nécessaire que les Etats menacés combattent le terrorisme islamiste ce qui relève d’ailleurs plus d’une vaste action de police à l’échelle internationale que d’une guerre. C’est au terme d’une opération policière de grande envergure menée par des militaires spécialisés que Ben Laden a été neutralisé et non pas par dix ans de guerre en Afghanistan.

Mais les djihadistes, les terroristes islamistes ne sont qu’une toute petite minorité au sein de la grande masse des musulmans du globe. Certes, nombre de ces derniers ne portent pas l’Occident dans leur cœur. Ils ne lui pardonnent ni la colonisation, ni les guerres du Golfe, ni le soutien inconditionnel à Israël au mépris des droits des Palestiniens. Mais beaucoup aussi, surtout parmi les jeunes, rêvent de vivre en Occident, adoptent les mœurs occidentales et souhaitent voir leurs pays devenir des démocraties ainsi que l’a montré le printemps arabe.

S’ils veulent être fidèles à l’Evangile et, en particulier, à la béatitude de la paix, les chrétiens ne peuvent donc que développer le dialogue avec l’immense majorité des musulmans. Ce dialogue doit être vrai et donc sans complaisance. Il est légitime, par exemple, de réclamer des musulmans le respect de la liberté religieuse dans les pays islamiques, c’est-à-dire le droit pour chacun de choisir et de pratiquer librement sa religion – ou de ne pas avoir de religion. Et dans un pays comme la France, il est normal de demander aux musulmans de respecter les lois de la République, en particulier une vraie laïcité qui ne doit pas être antireligieuse. Un tel dialogue permet de se mieux connaître mutuellement et d’avancer sur la voie d’une société pacifiée et harmonieuse.

J’entends déjà s’élever les objections, les accusations de naïveté devant un islam qui voudrait détruire la civilisation chrétienne, les protestations contre un « irénisme » qui désarmerait l’Occident et qui se retournerait contre les chrétiens du Proche-Orient. Quand ils prônent le dialogue et la solidarité avec les musulmans, quand ils rappellent inlassablement que la justice est la condition de la paix, les journaux chrétiens, les militants du dialogue islamo-chrétien, les évêques eux-mêmes sont inondés de lettres et de courriels de protestation. Ils sont parfois même abreuvés d’injures. Qu’importe ! L’essentiel est de tenir le cap.

Jésus, nous le croyons, et nous le proclamons, n’est pas venu établir une civilisation fût-elle chrétienne, mais témoigner de l’amour de Dieu pour tous les hommes quels qu’ils soient. Il est mort et ressuscité pour tous et pour chacun. Il annonce un Royaume de paix et de justice auquel tous sont appelés. Et que nous sommes invités à construire avec Lui.

A ceux, de plus en plus nombreux aujourd’hui, qui se retrouvent de fait dans la vieille tradition de l’Action française et qui opposent la parole des papes à celle de Jésus, rappelons simplement que les derniers papes ont tous refusé l’instrumentalisation de la religion au service de combats politiques. Que Jean-Paul II s’est élevé contre les deux guerres du Golfe. Qu’il a maintes fois répété que la violence et la guerre ne sont jamais des solutions. Et enfin que Benoît XVI a lui-même engagé un dialogue personnel avec des intellectuels musulmans et qu’à l’approche de la prochaine rencontre d’Assise, il appelle les croyants de toutes les religions à s’unir pour défendre partout la paix et la liberté religieuse. Celle de croire ou de ne pas croire.

Par Aimé Savard (24 juillet 2011)

Disparition au grand séminaire 1 / 6

De la fenêtre de sa cuisine, la veuve Clotilde Lombard vient d’apercevoir la factrice reprendre sa bicyclette ; d’un pas toujours alerte, elle va jusqu’à la boîte à lettres fixée sur la clôture de son jardinet pour en extirper le bulletin diocésain auquel elle est abonnée et qu’elle reçoit le deuxième mardi de chaque mois. Elle regrette l’ancien facteur avec qui elle faisait un brin de causette ; elle ignorait encore que sa remplaçante était affiliée à un syndicat d’extrême gauche allergique à la religion…

Comme d’habitude, d’un signe de la main, elle invite sa voisine, Mademoiselle Elisabeth Jouhan, une vieille fille qui habite de l’autre côté de la rue, à prendre un café après le déjeuner pour commenter ensemble les nouvelles en provenance de l’évêché.
Elles se connaissent depuis leur entrée en 6ème au collège Sainte Marie où elles s’étaient fait remarquer par leur endurance à la course à pied. Soixante après, elles font encore des randonnées pédestres pour se maintenir en forme.
Toutes deux sont des catholiques pratiquantes qui assistent à la messe télévisée, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre, mais si la veuve Lombard, plusieurs fois grand’mère, se montre plutôt indulgente envers ceux qui prennent quelques libertés avec l’observance des pratiques, comme ses petits-enfants dont l’idée d’assister à la messe ne leur effleure
même pas le cerveau, sa voisine ne cesse de marmonner comme un leitmotiv :
« La religion fiche le camp ! »
En ce 15 juin, les deux femmes sont impatientes de voir les photos, annoncées le mois précédent, des cinq diacres qui vont être ordonnés à la fin du mois et de lire les informations les concernant. A la première page, elles découvrent celle d’Hubert, un noir issu du Burkina Faso où cependant les chrétiens ne représentent environ que 20% de la population, le reste se
répartissant entre animistes et islamistes.
« A choisir, si on avait la chance d’avoir un nouveau curé, je préférerais un blanc.
– Ce n’est pas très chrétien d’être raciste, Elisabeth.
– Je ne suis pas raciste mais, à choisir, je me confierais plus volontiers à un
métropolitain.
– Mais, Elisabeth, un métropolitain peut être noir !
– C’est vrai… alors à un métropolitain blanc ! »
D’un commun accord tacite, les deux femmes mirent un terme à cette discussion qui risquait d’être sans fin. Toutes deux étaient cependant d’accord de participer au nettoyage du presbytère et de l’église désertés depuis six ans et de fleurir l’autel comme au bon vieux temps si jamais un nouveau curé, quel qu’il soit, était nommé.

Mais, à la seconde page du bulletin, quelle n’est pas leur stupeur de constater que les diacres ne sont plus que quatre : Xavier a disparu de la liste ! La lecture de l’encadré laconique les laisse perplexes :

« Ils auraient pu au moins donner sa biographie comme ils le font pour les autres ! En voilà des cachotteries ! J’aimerais bien me transformer en petite souris pour en savoir un peu
plus sur ce qui se passe au séminaire. » S’exclame la veuve Lombard.
Si son souhait avait été exaucé, elle aurait été stupéfaite de constater que l’absence de cette photo était en réalité due à la disparition physique du diacre. Ni ses condisciples, ni ses professeurs, ni le supérieur du grand séminaire ne se l’expliquaient. Une seule hypothèse pouvait être retenue : celle d’un possible lien avec la mort de sa mère survenue un mois plus tôt dans une maison de retraite. En tout état de cause, le surlendemain de la disparition, le supérieur se vit contraint d’en avertir la police. Le commissaire ne savait pas trop comment s’adresser à un membre du clergé : devait-il l’appeler ‘mon père’, ‘monsieur l’abbé’ ou autrement ?
« Appelez-moi ‘monsieur’ ce sera plus simple. ».
Mis à l’aise, le commissaire lui posa la série habituelle de questions concernant un disparu :
– Sa tenue vestimentaire
– Son état de santé physique et moral, les médicaments éventuels qu’il prenait
– Ses habitudes, ses lectures, ses fréquentations, les différents lieux où il se rendait
– Ses parents, ses amis
– Son emploi du temps les jours précédant sa disparition.
Devant l’absence de réponses significatives, il demande qu’on lui confie une photo de Xavier. L’abbé chargé de la documentation doit se rendre à l’évidence : toutes celles qui le concernaient ont disparu des albums où elles étaient censées figurer, ce qui indiquait clairement que le fugitif avait préparé son départ, conclusion corroborée d’abord par l’absence totale d’empreintes dans sa chambre dont les placards et les tiroirs avaient été vidés et nettoyés, ensuite par la disparition de la fiche de renseignements qui le concernait. La seule information susceptible de faire progresser l’enquête révélait que Xavier s’était effectivement absenté une huitaine de jours pour assister aux derniers instants de sa mère. Mais à son retour, il avait repris normalement sa vie de séminariste en demandant toutefois à ses condisciples d’abréger leurs condoléances, sincères sans nul doute, mais qui en définitive, leur avait-il dit, entretenaient son cafard.
Après quarante-huit heures d’enquête, le voisin de chambre du disparu, ébranlé par les menaces de poursuite dont il serait l’objet s’il s’avérait qu’il faisait de la rétention d’informations, consentit enfin à révéler le nom et l’adresse de la maison de retraite où avait résidé la mère de Xavier.
Le lendemain, le commissaire s’y rendit et demanda à voir la chambre de la défunte.
– Ce n’était pas possible, elle était désormais occupée par un septuagénaire.
– Où étaient donc passées les affaires de la défunte ?
– Les compagnons d’Emmaüs les avaient emportées.
– Mais, de quel droit ?
– Le directeur les y avait autorisés au vu d’une lettre signée de son fils.
Pour faire progresser l’enquête, le commissaire interroge les différentes personnes qui, de près ou de loin, avaient approché la défunte. La chance lui sourit car, parmi elles, une
jeune infirmière avait gagné la confiance de la vieille femme qui lui avait raconté sa vie :
« A son adolescence, Florence Parenti a eu honte du métier de son père…
– Pardonnez-moi, mais de qui parlez-vous ?
– Et bien, de la mère de Xavier !
– Mais son fils s’appelle Gédois.
– Oui, c’est le nom de jeune fille de sa mère. Veuillez me pardonner, je me rends
compte que mon entrée en matière est quelque peu déroutante. »
Alors, pour rendre le récit plus compréhensible mais aussi sans doute par déformation professionnelle car elle était titulaire d’un diplôme de psychologie, l’infirmière jugea utile de
remonter plus loin en amont en commençant par des considérations générales qui ont eu pour premier effet d’agacer le commissaire :

A suivre…