Ghesquière et Taponier, journalistes debout

C’est l’heure des larmes, des mamans, des compagnes. C’est l’heure où les rédactions embuées s’entre-filment, où les stars interrogent les stars, où les journalistes parlent aux journalistes. C’est l’heure où un sourire, mécanique, inattendu, hésitant, se fraie son chemin entre les lèvres minces d’Alain Juppé. C’est l’heure où Elise Lucet tombe en larmes, où Pujadas oublie son conducteur, son chronomètre, fait durer l’instant, fait péter les grilles horaires comme bouchons de champagne, repose mille fois aux mamans, aux compagnes, des questions de journaliste stagiaire, pour un soir autorisées: alors, vous vous sentez comment ? Alors, ça fait quoi ? Baroin attendra, et Joly, et la Grèce, et même Tsonga.

C’est l’heure où la télé fait son coming out, assume enfin pleinement sa vraie nature, compassionnelle, larmoyante, machine à sidérer, à fédérer irrésisitiblement, à étirer le vide comme du chewing gum, à attendre ce qui ne vient jamais, pour retenir, par tous les moyens, ne quittez pas, restez avec nous, surtout restez. Au coeur de la demi-heure d’actualité heureuse, le petit caillou d’une question gênante, une seule, rituelle: « la France a-t-elle versé une rançon ? » Juppé dément, plus clairement que Longuet quelques heures plus tôt, s’en sortant par un surréaliste « je ne pense pas ». « Si c’était le cas, nous le diriez-vous ? » insiste Pujadas, trop mignon. Ah, cher David ! Cette question, toujours la même, ce n’est pas à Juppé qu’il faut la poser, mais aux représentants des ravisseurs, comme l’a fait le journaliste de Match Michel Peyrard, avec une réponse apparemment bien plus claire.

C’est l’heure où la guerre d’Afghanistan tout entière, cette guerre ingagnable, cette guerre obscure et sans débat, cette guerre que le pouvoir est condamné à mener dans l’ombre, cette guerre qu’ils avaient pourtant cherché à approcher au plus près, Ghesquière et Taponier, à la grande fureur du même pouvoir qui leur ouvre aujourd’hui les bras, cette guerre, donc, est noyée dans les larmes. Il faut croire qu’elle n’est consommable par le 20 Heures qu’ainsi incarnée, confite dans la communion générale. Ah, consacrer autant de temps d’antenne, autant d’énergie, non pas à les interroger sur leurs conditions de détention, Ghesquière et Taponier, non pas à leur « reconstruction psychologique » de convalescents, à leurs futurs « débriefings » avec la DGSE, mais à leur faire raconter ce qu’ils filmaient, en journalistes debout, ce qu’ils cherchaient, ce qu’ils ont trouvé, ce que nous n’avons pas le droit de savoir. Mais ce ne serait pas le 20 Heures.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Mais qui sont donc les « anti-mondialisation » ?

La critique de la mondialisation pourrait être l’un des thèmes du débat de la prochaine élection présidentielle. Anti-capitalistes, décroissants ou encore partisans de la « démondialisation » comme Arnaud Montebourg : la famille « anti-mondialisation » compte ses petits…

Le débat actuel sur la démondialisation a révélé au grand jour un éclatement de la critique progressiste de la mondialisation en France, des responsables d’Attac critiquant par exemple cette notion de façon ouverte.

L’altermondialisme, qui était le courant critique dominant il y a quelques années, constituait alors une vaste nébuleuse d’organisations de la société civile qui dénonçaient les effets de la « mondialisation libérale » et aspiraient à une « autre mondialisation » en considérant les forums sociaux comme des incubateurs de l’alternative. Des courants distincts y cohabitaient tant bien que mal sur la base d’un même rejet du néolibéralisme.

Or, en France, différents facteurs ont contribué à renforcer les contradictions qui pouvaient exister entre ces courants, le dernier en date étant le débat sur la démondialisation qui bat son plein depuis la parution en 2011 d’ouvrages consacrés à ce thème par l’économiste Jacques Sapir et le candidat à la primaire socialiste Arnaud Montebourg.

D’importants clivages existent donc désormais entre les divers courants critiques autour :

de la nature de la contestation, entre keynésiens et anticapitalistes ;
des enjeux du développement, entre « développementalistes » et décroissants ;
du cadre général de l’alternative, entre internationalistes et souverainistes
des acteurs de l’alternative, entre société civile (forums sociaux, mouvements citoyen) et partisans d’une approche politique et gouvernementale.

Cinq courants critiques de la mondialisation peuvent être ainsi identifiés :

le premier est celui des altermondialistes, notamment autour d’Attac. Ils défendent le principe d’un contre-pouvoir de la société civile et une approche internationaliste et de plus en plus écologique.
Un sous-courant est apparu en 2010 dans le sillage de la crise de l’euro et de la dette en Europe avec le Manifeste des « économistes atterrés », dont l’un des instigateurs, Thomas Coutrot, est l’actuel co-président d’Attac.

le deuxième courant est celui des anticapitalistes qui appartiennent à l’extrême gauche trotskiste ou anarchiste.
le troisième courant est celui des décroissants. Il est composé d’écologistes radicaux et de néoluddites radicalement opposés aux technologies qui prônent une rupture vis-à-vis de la notion de développement, une relocalisation de l’économie et une simplicité volontaire.
le quatrième courant, dont on entend beaucoup parler en 2011, est donc celui de la démondialisation. Il défend une approche plutôt politique, souverainiste et développementaliste. Il est notamment porté par des courants politiques, en particulier autour d’Arnaud Montebourg, mais aussi par la droite souverainiste et l’extrême droite.
Ses partisans se montrent favorables à un protectionnisme, à un contrôle des capitaux et à une mise en cause des contraintes européennes qui peut aller jusqu’à une sortie de l’euro.

le cinquième courant, dont les contours sont encore assez flous, pourrait être constitué par les « Indignés » à la française qui reprennent à leur compte les revendications des Indignados espagnols en faveur d’une « démocratie réelle » et d’une réappropriation citoyenne face aux marchés.

Quoi qu’il en soit, la mondialisation devrait être certainement l’un des thèmes au cœur de la campagne présidentielle de 2012.

Par Eddy Fougier, chercheur associé à l’IRIS (Atlantico, 20 juin 2011)
source et lien url : http://www.iris-france.org/informez-vous/tribune.php?numero=185

Le pape passe en force et nomme Scola à Milan

C’est fait. Malgré une opposition non négligeable, à la fois au sein de l’épiscopat italien et à la Curie, le Pape vient d’imposer sa volonté en nommant le cardinal Angelo Scola, archevêque de Milan. Cet homme de caractère, d’une intelligence brillante, prend donc les rênes de cet immense diocèse à l’âge plus que canonique de 70 ans.

Solidement conservateur, mais à sa façon, non sans des ouvertures sur certaines questions, comme le dialogue avec l’islam, Mgr Scola se profile d’ores et déjà comme le champion des conservateurs lors d’un prochain Conclave. Comme un conservateur éclairé mais jugé plus fiable et physiquement plus robuste que le cardinal de Vienne, le dominicain Christoph Schönborn. D’où l’importance, bien entendu, de cette nomination.

On sait que jusqu’au bout Tarcisio Bertone, le cardinal-secrétaire d’État, a tenté de s’y opposer. Multipliant les contre-propositions. On sait qu’il y a quelques années, le même Tarcisio Bertone s’était opposé déjà, becs et ongles, à la désignation de Scola comme Président de la conférence des évêques italiens. En effet, le souhait le plus cher du Secrétaire d’État était de contrôler lui-même la politique italienne de la diplomatie vaticane et non de laisser ce rôle au Président de la conférence. Or, le Président de la conférence épiscopale d’alors, le cardinal Camillo Ruini, était bien connu pour son ingérence constante dans la vie politique de la Péninsule. Une ingérence dont la Secrétairerie d’État ne voulait plus. Tarcisio Bertone proposa donc, pour conduire la conférence épiscopale italienne, un évêque qui n’était même pas cardinal, Mgr Benigno Papa, un capucin déjà septuagénaire, archevêque de Tarente. Modéré, sincèrement humble, Papa n’avait cependant pas le relief voulu pour un tel leadership. Finalement, Benoît XVI choisit le cardinal Angelo Bagnasco de Gênes : d’une autre dimension intellectuelle que Papa, mais assez réservé, et surtout très conservateur. Quant à Scola sa forte personnalité et son tempérament léonin indisposaient trop Bertone.

Sans conteste, le nouvel archevêque de la cité ambrosienne s’inscrira en relative rupture par rapport à ses deux prédécesseurs, de tendance globalement « libérale », les cardinaux Carlo Maria Martini et Dionigi Tettamanzi. Ironie de la Providence, Angelo Scola fut refusé naguère aux ordres par l’archevêque du temps, le cardinal Giovanni Colombo, qui voyait d’un assez mauvais œil le mouvement « Communione e Liberazione » auquel se rattachait au contraire le jeune Angelo Scola. Lequel prend ainsi une belle revanche posthume sur son troisième prédécesseur.

Cette nomination met également un terme à un insoutenable suspens qui dure depuis des mois. Parmi les très nombreux noms invoqués citons : les cardinaux Angelo Bagnasco (Gênes) et Gianfranco Ravasi (Curie), NN SS Giuseppe Betori (Florence), Gianni Ambrosio (Plaisance), Rino Fisichella (Curie), Carlo Maria Vigano (Curie), Francesco Lambiasi (Rimini), Luciano Monari (Brescia), Francesco Beschi (Bergame), Vincenzo di Mauro (Vigevano) pour ne citer que quelques uns, mais non des moindres. Enfin le Nonce Apostolique au Venezuela, Pietro Parolin et le Représentant du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe, Mgr Aldo Giordano, qui pourtant n’a pas encore été ordonné évêque. Il semble que dès le départ le Pape avait en tête la nomination de Scola mais qu’il a toujours reporté le choix ultime. En tout cas, il a voulu passer – quitte à perdre du temps – par les procédures habituelles de désignation des évêques, auxquelles échappent souvent les sièges très importants.

Les spéculations commencent déjà à aller bon train sur le successeur de Scola à Venise. Siège prestigieux, évidemment cardinalice, qui a donné trois Papes le siècle dernier (St Pie X, Jean XXIII et Jean-Paul Ier) même s’il n’est pas très peuplé. Parmi les noms qui circulent on entend aujourd’hui en tête celui de Mgr Giuseppe Bertello, 69 ans, Nonce Apostolique en Italie, mais également ceux de Parolin et de Giordano, déjà cité, de Mgr Giuseppe Zenti, 64 ans, l’évêque de Vérone, de NN SS Ambrosio, Fisichella, Lambiasi et Monari (voir plus haut) et d’un nouveau venu dans la rose des spéculations en la personne de l’évêque de Livourne, Mgr Simone Giusti, 56 ans, jugé prometteur, et dans la ligne de Ratzinger.

Qui vivra verra !

L’emploi des femmes et la crise : les syndicats ont rendu leur rapport

Cinzia Sechi, conseillère de la Confédération européenne des syndicats (CES) nous explique l’importance de cette démarche : « La parité est un thème à la mode lorsque l’économie est prospère, mais en temps de crise, il y a de moins en moins d’investissements pour l’égalité et les femmes sont, elles aussi, durement touchées. La crise a des répercussions sur l’emploi des femmes, mais moins en termes de quantité que de qualité. »

Le rapport montre que si les bassins d’emplois à dominante masculine ont été très rapidement touchés par des licenciements massifs, les emplois féminins se sont précarisés. Temps de travail, salaires, contrats, les répondants aux questionnaires de la CES dressent un constat alarmant des conditions de travail des femmes en Europe.

Précarité, augmentation de la charge de travail et du stress

Plus de la moitié des confédérations syndicales qui ont répondu au questionnaire ont constaté des réductions des salaires des femmes. En cause : les mesures d’austérité qui frappent la fonction publique, secteur occupé majoritairement par des femmes. Réduction du salaire, du 13e mois, la plupart des pays européens ont opéré des coupes budgétaires qui ont une répercussion directe sur les employé-e-s au service de l’Etat et des collectivités territoriales.

En parallèle, le rapport pointe une multiplication alarmante des contrats de travail précaires. Deux tiers des organisations syndicales interrogées imputent le phénomène à la crise. En Slovénie, par exemple, la proportion de travail temporaire des femmes est passé de 15% en 2009 à 19% en 2010 contre 12 à 16% pour les hommes. En Pologne, deux fois plus de femmes que d’hommes travaillent à temps partiel. A noter également que sur 27 pays européens, 20 constatent que les contrats à durée déterminée sont plus fréquents parmi les travailleuses que parmi les travailleurs.

Les syndicats font part d’une autre inquiétude : le développement du travail au noir. Selon les chiffres de l’organisation turque Hak-is, 58% des femmes et 38% des hommes exercent une profession sans être déclaré-e-s et ne bénéficient donc d’aucune couverture maladie ni d’assurance en cas d’accident. Face à la difficulté de trouver un emploi, les femmes turques sont prêtes à accepter de travailler sans contrat.

Enfin, 59% des organisations syndicales interrogées estiment que les conditions de travail des femmes se sont détériorées : augmentation de la charge de travail, de la pression et du stress, du harcèlement moral et psychologique sont cités. Les syndicats interrogés ne peuvent pas fournir de chiffres précis et attendent que des études évaluent ces faits numériquement.

Les pays nordiques : des modèles ?

Certains syndicats répondent qu’ils n’ont pas constaté de précarisation du travail des femmes : les confédérations suédoises, norvégiennes et finlandaises, soit les pays dits « nordiques » souvent cités comme modèles paritaires en Europe.

Cinzia Sechi, conseillère de la CES confirme leurs résultats, mais souligne que « ça ne veut pas dire qu’ils sont des modèles d’égalité. Tous les secteurs d’activité ne sont pas représentés dans ces pays. Nous n’avons les données que pour certains secteurs comme la fonction publique. Mais dans ces pays, les femmes sont représentées dans tous les corps de métier. » Méfiance donc concernant cet « eldorado » paritaire : « Il faut toujours bien mettre en rapport la structure des syndicats avec le taux d’emploi des femmes dans le secteur », précise-t-elle.

Les syndicats donnent l’exemple

Comme le dit l’adage populaire : « il faut balayer devant sa porte ». C’est ce qu’a fait la CES, comme tous les ans depuis 2007, en recensant les adhérentes et responsables de sexe féminin dans les structures syndicales interrogées.

Résultat : sur 37 millions de travailleurs syndiqués, 45% sont des femmes. Une presque parité qui se poursuit avec des adhésions de plus en plus nombreuses dans la plupart des pays européens. Et lorsque les femmes sont minoritaires, une forte augmentation du taux des femmes syndiquées est remarquée, comme en Turquie qui observe un taux de plus de 2%. Cinzia Sechi commente : « Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans le monde du travail, il est normal qu’elles soient de plus en plus syndiquées. »

Malgré une forte présence, les femmes syndiquées ont toujours du mal à s’imposer aux postes à responsabilités dans leurs organismes. Si elles sont souvent nommées vice-présidentes, elles ont du mal à briguer le poste le plus haut : président-e (ou secrétaire général-e, en fonction de la structure). A titre d’exemple, la CES a élu pour la première fois une fois à sa tête, Bernadette Ségol, lors du congrès qui s’est tenu en mai dernier à Athènes. La CSI (Confédération syndicale internationale) est elle-même dirigée par une femme, Sharan Burrow depuis juin 2010.

Louise Gamichon – EGALITE

La calamiteuse déclaration de candidature de Mme Aubry

Une déclaration de candidature à la présidence de la République est, on le suppose, mûrement réfléchie. Tous les mots sont pesés. À quel trébuchet Mme Aubry, Première Secrétaire du Parti Socialiste a-t-elle soupesé les siens ? La déclaration qu’elle vient de faire le 28 juin, est calamiteuse.

Des stéréotypes baignant dans une flatterie chauvine

Une suite de stéréotypes en constitue la trame. En gros, les Français sont malheureux, Mme Aubry a les recettes de leur bonheur « (Elle veut) redonner à chacun le goût de l’avenir et l’envie d’un destin commun ». Elle leur trouvera du travail, un logement, les moyens de s’éduquer comme de se soigner, et leur assurera la sécurité, une fiscalité juste et « des services publics rénovés attentifs à chacun ». Qui ne souscrirait pas à ces promesses qui font croire que demain on rasera gratis ?

Et pour faire bonne mesure, la candidate n’a pas lésiné dans la stimulation de la flatterie chauvine la plus éculée : « On ne préside pas la France, s’est-elle écriée, j’en suis convaincue, sans porter haut ses valeurs et son identité, qui ont fait, il faut le dire, l’admiration du monde entier. » Elle ne s’est pas montrée moins prodigue envers « sa ville de Lille », comme si les fiefs médiévaux avaient encore cours et autorisaient toujours une appropriation des territoires par les seigneurs : « Je le dis dans ma ville de Lille, a-t-elle chanté, capitale d’une région industrielle où rien n’a jamais été donné, où tout a toujours été conquis par le courage et le travail des femmes et des hommes. Lille, cette terre d’hospitalité pour ceux venus d’ailleurs, qui contribuent aujourd’hui à notre prospérité. Lille, que j’aime tant, qui m’a tant donné et qui m’a tant appris. »

Trois professions de foi peu crédibles

Dans cette logorrhée stéréotypée, surnage, d’autre part, comme des yeux de graisse sur un brouet, trois professions de foi difficiles à prendre au sérieux.

1- La Laïcité

L’une célèbre la Laïcité : « Pour moi, a-t-elle proclamé, la laïcité est une valeur inestimable que nous devons protéger précieusement. » Comment expliquer alors la violation de la Laïcité qui a conduit la municipalité lilloise à accepter des plages horaires de piscine réservées au femmes ? Il a fallu la pression de l’opinion publique pour qu’elle y renonce. Drôle d’attachement à la la Laïcité que celui qui compose avec ses ennemis islamistes et ne cesse de le faire que contraint et forcé ! (1)

2- L’Europe

L’autre profession de foi est en faveur de l’Europe. Mme Aubry promet de se battre « aussi pour l’Europe ! Vous le savez bien, a-t-elle expliqué, c’est presque dans mes gênes, l’Europe est pour moi un combat de toujours ». L’allusion est transpartente : la fille de Jacques Delors revendique l’héritage de son père, ancien président de la Commission européenne de 1985 à 1994. Mais n’est-ce pas sous sa présidence que la déréglementation néo-libéraliste a été mise en œuvre pour livrer les États européens à la curée des marchés financiers dont la Grèce offre le spectacle tragique aujourd’hui ? Que dirait aujourd’hui Victor Hugo, l’auteur de « L’enfant grec, l’ enfant aux yeux bleus » humilié qui à sa proposition d’assistance lui avait répondu : « Ami (…), je veux de la poudre et des balles » ? (3)

3- La Morale

La troisième profession de foi est celle de la morale. Mme Aubry a vanté « les valeurs transmises par (sa) famille : la morale, le sens de la justice, le goût des autres et le courage. » On n’en doute pas. Mais où est passée cette morale quand elle a été élue en novembre 2008 Première Secrétaire du Parti Socialiste au terme d’une élection notoirement entachée de fraudes, avec 102 voix de plus que Mme Royal ? Ne se devait-elle pas, au nom de la Morale dont elle se réclame aujourd’hui, de renoncer à une telle parodie d’élection ? Le crime contre la démocratie est imprescriptible.

Deux formules inquiétantes

Quel crédit accorder à quelqu’un qui par ses actes passés a démenti ses paroles présentes ? Deux formules relevées dans cette déclaration tendent même à confirmer la défiance qu’inspire son auteur.

1- Une tautologie révélatrice comme toujours

L’une est une sorte de tautologie dont la fonction est de soulever un problème sous couvert d’énoncer une évidence : « Je le dis comme je le pense », assure Mme Aubry pour convaincre son auditoire de sa conviction selon laquelle « on ne peut pas innover, créer, soigner, éduquer, et soumettre ces nécessités vitales aux seules lois du marché. » Qu’a-t-elle besoin de souligner l’adéquation entre sa pensée et sa parole ? Est-ce que cela ne va pas de soi ? Une discordance serait-elle concevable ? Oui, si on en croit Talleyrand, un expert en leurres, qui prétendait que « la parole a été donné à l’homme pour qu’il déguisât sa pensée ».

2- Un engagement absurde

L’autre formule malheureuse clôt la déclaration de candidature calamiteuse : « Avec votre soutien, avec votre confiance, a conclu Mme Aubry, je prends aujourd’hui devant vous l’engagement de la victoire en 2012. » Or, peut-on s’engager à remporter une victoire ? C’est absurde ! À l’impossible nul n’est tenu ! On peut tout au plus s’engager à tout faire pour gagner, mais non à gagner, sauf à jouer les prophètes charlatans qui prétendent connaître l’avenir. De cet emploi à contre-sens, le mot « engagement » ressort galvaudé et jette le discrédit sur les autres promesses de la candidate.

Stéréotypes, flatteries chauvines et paroles démenties par les actes passés forment la trame de la déclaration de Mme Aubry. Quand en plus le doute est jeté sur la conformité entre sa pensée et ses paroles et que la candidate s’engage de façon absurde à remporter la victoire, inutile d’en jeter davantage ! La cour est pleine ! Mme Aubry ne pouvait prononcer déclaration de candidature à la présidence de la République plus calamiteuse.

Pierre-Yves Chereul

Notes :
(1) Libération, « Le discours de la déclaration de candidature de Martine Aubry », 28 juin 2011
http://www.liberation.fr/politiques/01012345946-le-texte-de-la-declaration-de-candidature-de-martine-aubry

(2) La Voix du Nord, « Lille : la mairie tourne la page des horaires de piscine réservés aux femmes à Lille-Sud » 22.01.2009.
http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Lille/actualite/Secteur_Lille/2009/01/22/article_la-mairie-tourne-la-page-des-horaires-de.shtml

(3) Victor Hugo, « L’enfant grec », Les Orientales, 1829.

Les enjeux de la Nouvelle évangélisation

Prochainement se tiendra à Rome un synode sur la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. On parle encore de TRANSMISSSION de la foi en termes de contenu et de savoir au lieu d’en parler en termes de pratique de vie, de spiritualité et d’expérience mystique. Cela pose question! Depuis la révolution culturelle et technologique et l’avènement de la globalisation des marchés et des cultures, nous avons vécu en Église un grand éclatement des pratiques et des engagements. Comment s’expliquer ce phénomène?

Je pense que toute notre pratique pastorale consistait alors à transmettre des données dogmatiques et des comportements moraux sans trop se soucier de faire vivre une spiritualité et une pratique de vie évangélique. On transmettait tout ce qu’il fallait SAVOIR pour aller au ciel sans trop faire l’apprentissage de la mystique et de la spiritualité chrétienne. Quand on privilégie la valeur de la transmission de la foi et des valeurs inhérentes on développe alors des stratégies d’encadrement et de contrôle pour s’assurer de cette entreprise. Le défi actuel consiste donc non pas reconquérir le membership dilué mais à actualiser la tradition chrétienne, la pratique de vie évangélique qu’elle soutient et la vie spirituelle qui l’anime. Ce défi consiste donc à faire en sorte que cet héritage devienne un projet. Ce projet se réalisera désormais hors des contraintes et des encadrements, au rythme des expériences intermittentes de la foi.
Rappelons-nous qu’il en a été souvent ainsi dans l’histoire du christianisme. Les traditions chrétiennes se sont développées aux risques des inculturations géopolitiques ou autres. Les quatre évangélistes témoignent déjà au 1er siècle de quatre pratiques de vie évangélique et ecclésiale. Il est illusoire de penser que la vie de l’Église, au cours des siècles, a toujours présenté un visage d’uniformité cultuelle et culturelle ou encore théologique. On doit donc accepter qu’il en soit encore ainsi aujourd’hui! C’est avec beaucoup de patience qu’on verra apparaitre les jalons d’une nouvelle ecclésiologie propre à la situation inédite que nous vivons en ce 21e siècle. Si on veut tout contrôler il y a alors un grand risque de découragement et d’étouffement. Je remarque maintenant qu’aux Journées Mondiales de la Jeunesse qui se tiendront à Madrid, on pense devoir encadrer la foi par une publication d’un catéchisme adapté aux jeunes et en encadrant la tenue vestimentaire de certains participants. Il y a matière à questionnement ici! Quel est l’objectif visé et clairement avoué? Le dilemme demeure : catéchisme ou évangélisation? Transmission de données de la foi ou engendrement dans la pratique de la vie chrétienne? On parle de transmission de la foi dans une pédagogie de conformité ou si on privilégie aussi le sens inversé de l’évangélisation : évangéliser c’est aussi se laisser interpeller par les pratiques spirituelles de l’autre! Présentement nous accueillons des pasteurs venus des Églises d’autres cultures. Laissons-nous ces pasteurs nous révéler les richesses de leur propre spiritualité ou les obligeons-nous à se calquer sur nos propres valeurs spirituelles et chrétiennes. Même s’il est souhaitable que notre propre Église se prenne en mains et en charge d’elle-même, il est heureux que notre Église se laisse évangéliser par des pratiques alternatives. Que notre Église naisse autrement dans cette confrontation culturelle.

Si nous analysons ces engouements que vivent les personnes qui tentent des expériences dans les mouvements spirituels alternatifs, nous remarquons que ces personnes vont ailleurs parce qu’elles trouvent dans les autres groupements religieux une spiritualité qu’elles ne retrouvent par dans notre Église. Nous offrons des savoirs et des contrôles mais peu d’expérimentations mystiques au sein de notre Église. Pour Karl Rahner l’avenir du christianisme est une question mystique. Pour lui un mystique c’est quelqu’un qui fait une expérience de la présence de Dieu dans sa vie. Jésus lui-même fait la critique des pratiques religieuses de son temps, des tentatives rigides de la religion institutionalisée préférant faire découvrir un Dieu tout Autre, un Dieu d’amour, de miséricorde et de bienveillance. Pour évangéliser notre monde à l’ère de la globalisation des marchés, il serait bon de découvrir les nouvelles pierres d’assise repérées au contact des cultures différentes afin que donner à notre Église une dynamique pour la nouvelle évangélisation de l’humanité de ce 21e siècle.

La nouvelle évangélisation s’accomplira seulement dans la sollicitude pastorale, en proposant de nouvelles façons de faire Église, en partageant avec les autres une véritable vie de foi joyeuse, en actualisant une ÉCOLOGIE de la personne. Si notre foi promeut une vision de la personne qui soit libre, ouverte et tolérante devant les différences rencontrées, admirative devant ce monde objet de la bienveillance divine, alors il a des chances que cette nouvelle ou récente évangélisation soit porteuse de fruits pour le monde surtout mais pas nécessairement pour l’institution ecclésiale.

Les récentes crises qu’ont traversées certains partis politiques et certains regroupements ecclésiaux nous apprennent que désormais les gens ne sont plus fidèles PAR DEVOIR aux institutions politiques ou religieuses mais qu’elles s’autorisent à marchander leur allégeance en fonction des bénéfices qu’elles en retirent. Leur fidélité se fait maintenant circonstanciée et monnayée en regard des attentes exprimées. Il en est ainsi dans l’Église forcément parce que ces personnes n’arrivent pas à la communauté ecclésiale expurgées de toutes valeurs ambiantes. Leur participation se fera intermittente, conditionnelle et critique. Devant ce fait, malheureux serait celui qui ferait fi de ces données pour se lancer dans une nouvelle approche spirituelle ou politique ou autre! L’Église doit donc tenir compte de cette nouvelle réalité et proposer avec beaucoup de patience et de sollicitude cette nouvelle tentative de l’annonce de la foi.

Sur ce chemin périlleux de la nouvelle évangélisation, l’Église devra découvrir que L’Esprit-Saint qui INFORMAIT ce monde en planant sur ces eaux, c’est-à-dire sur ces forces vives, qui présidait au relèvement pascal du Christ, qui se répandait sur les premières communautés chrétiennes est aussi ce même Esprit qui la devance sur les routes de cette nouvelle humanité tissée dans les entrefilets des cultures et des pratiques diverses. L’action de ce même Esprit ne saurait être encadrée par les tentatives de contrôle de l’institution ecclésiale. On parle aujourd’hui de la nouvelle évangélisation comme d’une réalité inédite. Elle le sera inédite si cette nouvelle évangélisation se fait en respectant ces enjeux à peine esquissés.

-Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette,QC.

Des tradis homophobes

Comme chaque année, le samedi après-midi du dernier week end de juin se tient l’habituelle Gay Pride. Cette année elle a été particulièrement colorée et vivante. Beaucoup de jeunes gays en particulier ont été singulièrement indisposés par l’opposition déterminée du gouvernement et d’une très grande majorité de parlementaires de droite d’avaliser enfin le mariage gay.

Contrairement à ce qui a été fait dans des pays de tradition catholique et conservatrice sur les moeurs comme l’Argentine, le Portugal et bien entendu l’Espagne. Le blocage français est d’autant plus criant que l’Etat de New York – dénoncé pourtant un peu rapidement
comme puritain dans l’affaire DSK – vient de légaliser ce même mariage.
Au demeurant, l’importante com­mu­nauté gay de New York célèbre en ces jours-ci sa « vic­toire », après l’approbation par les séna­teurs de
l’Etat d’un texte his­to­rique après des années d’échec devant cette
chambre haute. La loi a ensuite été pro­mul­guée dans la fou­lée par le
gou­ver­neur Andrew Cuomo, à l’origine du projet. L’Etat de New York est le sixième à reconnaître le mariage entre personnes du même sexe, après l’Iowa, le New Hampshire, le Massachusetts, le Connecticut et le Vermont.Il est intéressant de noter que cette loi est passée grâce aux soutiens d’au moins un sénateur catholique. Une bonne nouvelle! D’ailleurs, *Andrew Cuomo*, est lui aussi “catholique”.

A Paris, le mot d’ordre d’égalité des droits invi­tant les can­di­dats à
la pré­si­den­tielle de 2012 de s’inspirer du Sénat de New York a été
scandé par les dizaines de mil­liers de per­sonnes qui ont pris part à
un défilé particulièrement fes­tif cette année:  »

L’Inter-LGBT, à l’origine de cette « marche des fiertés » demande la
recon­nais­sance des familles homo­sexuelles, l’ouverture du mariage et
de l’adoption aux per­sonnes de même sexe, ou encore une loi sur
l’identité de genre faci­li­tant le chan­ge­ment d’état civil pour les
per­sonnes transsexuelles.

La société française a beaucoup évolué ces dix ou quinze dernières
années. De sorte que nos hommes politiques de droite semblent décalés. Le mariage homosexuel recueille désormais l’assentiment d’une large majorité de Français (63%), tout comme, fait nouveau et moins attendu, l’adoption par les couples homosexuels (58%).

Pour le socialiste Jack Lang, un habitué de la Gay Pride depuis sa
première édition en 1983, une loi reconnaissant le mariage homosexuel et l’homoparentalité est «inéluctable». Ce qui nous semble vrai. Et a priori, le Président Nicolas Sarkozy lui-même, heureusement influencé par son épouse n’y serait pas contre à titre personnel. Mais il doit tenir compte d’une aile droite et réactionnaire de son parti (Jacques Myard, Jean-Paul Garraud, Christian Vanneste…). Certes, l’Assemblée nationale a rejeté mi-juin une proposition de loi socialiste visant à
ouvrir le mariage aux couples homosexuels. Néanmoins les choses
pourraient bouger dans les années à venir, y compris à droite. L’UMP
vient, en effet, de constituer un «groupe de réflexion». «Pour faire
des propositions le moment venu», explique son patron, Jean-François
Copé. Ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot se dit « extrêmement
confiante » : «Un jour le mariage entre personnes du même sexe
existera dans notre pays. C’est une question de mois, d’années, mais ça se fera.
» Selon le député du Val-d’Oise, Axel Poniatowski, qui a lui
aussi voté le texte PS, «il y aura petit à petit une évolution des
mentalités. L’UMP n’est pas un parti uniforme. Au fond, je crois que ce
qui bloque mes collègues, ce n’est pas la question de l’homosexualité,
mais bien plus celle de l’adoption ou de l’homoparentalité».

Ceci n’a pas empêché, le jour de la Gay Pride des militants gays plus
radicaux de bloquer l’accès à la Bastille, terme de la marche, au char
de « Gaylib » regroupant des militants gays de droite. Et en effet, il ne
fait pas très bon pour un militant gay, suite au blocage actuel du
gouvernement, de défendre l’actuelle majorité.

La marche du samedi 25 juin a également rencontré l’indéniable hostilité de catholiques traditionalistes qui ont scandé des slogans homophobes au passage de la Gay Pride à proximité de l’église
Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Et non des moindres : « le Sida, pour les
pédés! », « Gay Pride, hors d’Europe! », « Première, deuxième, troisième
génération, nous sommes tous des enfants d’hétéros ». Au passage du
cortège, boulevard Saint-Germain, une quarantaine de catholiques
traditionalistes, réfugiés derrière les grilles de la paroisse, ont
invectivé les manifestants en brandissant des drapeaux tricolores. Un
cordon policier avait été mis en place samedi après-midi pour séparer
les deux groupes.

La question qui se pose est de savoir si, même sans le vouloir,
l’intransigeantisme catholique, encore de saison, et parfois très
violemment, de la part des néo-conservateurs, au-delà des dérisoires
groupuscules intégristes qui ne représentent qu’une poignée de
fanatiques, n’engendre pas la haine et la violence.

Mais soyons optimistes! Une bonne nouvelle nous parvient tout juste du Mexique. Mgr Raul Vera Lopez, 66 ans, évêque de l’important diocèse de Saltillo se déclare favorable au mariage gay, à la reconnaissance civile des unions entre personnes du même sexe. Souhaitant que les institutions révisent enfin leur jugement sur des conduites homosexuelles condamnées à tort.

GOLIAS Hebdo n° 191

Au sommaire de Golias Hebdo n°191 ( semaine du 30 juin au 6 juillet 2011)

Libye : entre « illusions dangereuses » et enlisement

Rendu public le 16 juin, un rapport d’experts français dénonce l’engagement irréfléchi de Paris et l’aventurisme des puissances occidentales dans un conflit à l’issue incertaine. A terme, selon les auteurs, le risque d’un régime tout aussi peu démocratique et d’une déstabilisation de la région.

La Grèce au JT : de la révolte invisible à la nécessaire austérité

Une mobilisation sociale de grande ampleur est actuellement en cours en Grèce. Les Grecs protestent contre l’imposition — par la troïka que composent le FMI, l’Union européenne et la Banque centrale européenne, avec la participation du gouvernement grec — d’un nouveau plan de rigueur, impliquant des coupes massives dans les dépenses publiques, une hausse de la TVA, et de nombreuses privatisations, contre l’octroi d’un prêt. Nous avons voulu rendre compte de la manière dont les journaux
télévisés de TF1 et de France 2 ont informé sur ce mouvement social.

Mgr Brunin, d’Ajaccio au Havre ou les clés d’un transfert

On le disait sur le départ de l’île de Beauté depuis des années. Son nom fut cité pour Créteil, Saint-Denis, Lille et très récemment Poitiers. En fait il deviendra dans quelques semaines le troisième évêque du Havre, diocèse créé en 1974 et dont le premier titulaire fut un Parisien, Mgr Michel Saudreau, pionnier de la nouvelle catéchèse mais mal vu de Rome et qui n’obtint jamais les promotions attendues.

Les bailleurs privés contre le logement social

Les lobbys se mettent en ordre de bataille pour les présidentielles. Celui des propriétaires privés espère convaincre les politiques de faire disparaître le logement public. Enquête.

JMJ Madrid : des religieuses contre l’habit religieux imposé

L’habit fait-il le moine ? Le Vatican semble le penser. Et l’on se souvient de l’alors cardinal Joseph Ratzinger félicitant le théologien franciscain Léonardo Boff de porter le « saio » (froc) franciscain. Depuis que la restauration semble avoir le vent en poupe, en particulier en France, mais aussi dans beaucoup de pays, on assiste à un retour de
l’habit religieux, du col romain et même parfois de la soutane.

Scandale ! Le patriarche de Lisbonne déclare sa flamme à des femmes
prêtres

Après la révocation de Mgr Morris (Australie) favorable aux femmes-prêtres, voici une déclaration qui va faire beaucoup de bruit, et fait déjà de son auteur prestigieux la cible des catholiques les plus conservateurs autant que l’objet de toutes les inquiétudes au Vatican.

Débat : la sortie de religion, est-ce une chance ?

La sortie de religion est-ce une chance ? C’est la question des prêtres-ouvriers de Caen dans le titre d’un livre qu’ils ont publié l’an dernier1. Un petit événement d’édition, au moins dans le microcosme catholique. Pour plusieurs raisons. Décryptage.

Narcissisme

Museum of me (ou « musée de moi-même ») : tel est le titre de la nouvelle application du fabricant de microprocesseurs Intel, disponible sur Facebook (source : Télérama, 15 juin 2011, p.8). Le dispositif, dit encore ce journal, permet à chacun d’afficher toutes les données de sa page personnelle (photos, centres d’intérêts, « amis » préférés, etc.), et de les mettre en scène dans un musée virtuel. Cette initiative a très vite connu un grand succès, et près d’un million d’internautes ont ainsi créé leur « ego-expo ». On peut également télécharger le catalogue de la visite.

Cette « muséification » de soi est un évident signe du narcissisme contemporain, où chacun s’auto-idolâtre et se met en scène, au point de considérer sa vie comme une œuvre d’art. Nul ne pense qu’elle puisse être au demeurant si terne et vide que rien ne saurait mériter d’en faire mention. Non, on se laisse prendre aux sirènes de la publicité, qui joue sur le même registre : « C’est bien parce que c’est vous », « Parce que je le vaux bien », « Ce corps dont vous rêvez, c’est le vôtre », « Touchez vos rêves »… – J’ai développé ce thème dans l’article Contentement, paru dans le n° 79 de Golias Hebdo, et repris dans mon ouvrage Des mots pour le dire – L’actualité au fil des jours, qui vient de paraître chez Golias.

Warhol disait qu’en ce monde moderne chacun pourrait avoir son quart d’heure de célébrité. Eh bien, il avait raison, et nous y voilà. Chacun même aujourd’hui peut avoir son propre musée ! Il s’y mire avec complaisance et bonheur, à la différence de tout homme ouvert à la Transcendance, qui ne supporte pas de voir sa vie avec satisfaction. Tel Apollinaire dans Zone : « Tu te moques de toi et comme le feu de l’Enfer ton rire pétille / Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie / C’est un tableau pendu dans un sombre musée / Et quelquefois tu vas le regarder de près. » Le rire du poète ici est un rire d’auto-ironie ou d’autodérision, qui succède à l’ancienne présence en nous de l’aspiration au sacré : ses étincelles remplacent le fond d’or des icônes. Mais le rire de l’homme moderne, qui ne sent plus l’absence d’idéal comme une absence, est un rire de satisfaction. Je laisserai donc le dernier mot à un autre poète, René Char : « Obéissez à vos porcs qui existent, je me soumets à mes dieux qui n’existent pas. »

42 intellectuels défendent D&P, les Faculté de théologie du Québec absentes

Pas moins de 42 intellectuels québécois ont apporté publiquement leur appui à l’organisme catholique Développement et Paix cette semaine. Dans une lettre ouverte, ils fustigent « la nouvelle mais très conservatrice politique de coopération avec le Sud qui prend forme » au sein de l’organisme et la qualifient d’ « inacceptable ».

Les noms de Gérald Larose et de Gregory Baum figurent parmi les 42 signataires. Bien que les signatures proviennent de plusieurs Facultés réparties dans diverses Universités, on n’y retrouve aucun nom de professeur actuellement en poste dans une Faculté de théologie. Seulement trois signataires sont théologiens : M. Baum,René Lachapelle et Florent Villeneuve.

Il n’y a donc aucun signataire qui provient des Facultés de théologie de l’Université de Montréal, de l’Université Laval, de l’Université de Sherbrooke ou de l’Université Saint-Paul. Idem pour l’Institut de pastorale des Dominicains, ou encore le Grand Séminaire de Montréal.

Montée du conservatisme
Les signataires s’inquiètent que le travail de D&P et d’autres organisations de coopération internationale (OCI) ne soit « gravement compromis par la montée au Canada d’un fort courant conservateur tant au plan politique que religieux ».

Dans leurs reproches, ces intellectuels dénoncent autant la Conférence des évêques catholiques du Canada que la direction de D&P. À la première, ils reprochent « la remise en question du caractère de mouvement démocratique de l’organisme au bénéfice d’une structure d’intervention et de contrôle direct de la CECC. À la seconde, ils déplorent « le choix de la haute direction de l’organisation de maintenir secret le débat en cours comme si Développement et Paix était un groupe privé et non une association présente dans l’espace public et bénéficiant de financements multiples provenant de la population québécoise et canadienne ».

Pour la première fois dans le débat, l’affaire D&P est directement rattachée aux luttes de pouvoir et aux coupures budgétaires qui ont caractérisées la vie d’autres organisations canadiennes depuis les trois dernières années, dont Droits et démocratie, Kairos et Alternatives.

Les 42 scientifiques annoncent à la fin de leur lettre qu’ils ont créé un collectif de recherche sur la coopération internationale en soutien à D&P et à d’autres OCI menacées.

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