Benoît V (22 mai – 23 juin 964)

Il était une fois un diacre grammairien.

Bien qu’il ne fût ni évêque ni même prêtre
Il fut désigné pape par les patriciens
Et par la plèbe. Mais l’empereur germanique,
Othon Premier, le considérant comme un traître
En vertu de son pouvoir arbitraire inique,
Mit rapidement fin à ce pontificat
Qui ne dura qu’un mois.

Benoît était irréprochable, cultivé,
Mais c’était insuffisant pour être approuvé
Par le puissant maître des lieux qui l’éconduit
Pour lui préférer Léon VIII, son favori
Qui aurait infligé à son prédécesseur,
Traité d’usurpateur,
Un violent coup porté à l’os occipital
En se servant de sa crosse pontificale !

Comme quoi l’élection d’un pape
S’apparente parfois à une chausse-trappe.

Qui fut le vrai pape ? Benoît cinq ? Léon huit ?
La défiance envers l’Eglise n’est pas fortuite.

Brève histoire de la tradition d’interprétation du « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise »

Nous nous inspirons en partie dans ce qui suit des travaux de Gérard Bessière et de son livre: « Pierre, pape malgré lui » (Flammarion 1989)

Les évolutions sont complexes et le risque est grand de vouloir retrouver 2000 ans après à travers les institutions qui sont présentement les nôtres, les institutions et les modes de fonctionnement du passé et d’un passé lointain vécu dans des civilisations dont nous n’avons plus, malgré les recherches historiques, qu’un souvenir diffus.
Encore faut-il rappeler que les recherches historiques n’ont adapté que récemment les méthodes scientifiques de travail qui ont permis de remettre en cause beaucoup d’affirmations fondées plus sur des traditions supposées et en fait relativement récentes que sur d’authentiques traditions anciennes.
Ainsi en ce qui concerne la succession de Pierre à Rome. Le Père Congar (article « Papauté » dans Encyclopedia universalis) constate:
On ne peut guère,d’un point de vue historique et critique, parler d’un épiscopat de Pierre à Rome, ni de la consécration par lui d’un successeur car l’épiscopat monarchique n’existait pas encore. On ne sait même pas s’il y eut un évêque à Rome avant le deuxième siècle.
La Communauté chrétienne de Rome possède un rôle unique attesté par St Ignace d’Antioche (vers 110) , Tertullien (vers 200) parce que Pierre et Paul y ont souffert le martyre. Mais il semble bien que jusque vers 160 la direction est collégiale, comme dans beaucoup d’autres Eglises. La lettre de la Communauté de Rome à la Communauté de Corinthe (peut-être composée vers 96) est habituellement attribuée à Clément mais elle exprime les convictions de la Communauté de Rome forte de la Foi reçue des deux apôtres Pierre et Paul tous deux martyrs sur son sol, ce qui lui donne un droit à soutenir d’autres communautés en difficultés.
L’auteur ne s’exprime pas en tant qu’évêque de la Ville.
Les listes de successions les plus anciennes ne comptent pas Pierre comme premier évêque (Congar). Le Père Martelet au sujet de St Irénée écrit qu’il ne met jamais les évêques qui ont succédé à Pierre et à Paul en série avec eux.
Pierre et Paul, ainsi que les autres apôtres sont les témoins directs du Christ, ils ne sont pas à mettre sur le même plan que les évêques qui seront peu à peu établis comme chefs des Communautés chrétiennes:
L’Evêque de Rome est-il le successeur de l’Apôtre Pierre ?
Les recherches des historiens aboutissent à des découvertes surprenantes. Jusqu’au début du troisième siècle, on ne trouve que Tertullien (vers 155/220) qui cite le: Tu es Pierre ! à l’appui de la primauté de Rome. (Gérard Bessière « Pape malgré lui» page 196)
C’est au fait de la présence et du martyre de Pierre et Paul à Rome que l’on se réfère pour mettre à la première place dans la Communion des Eglises l’Eglise de Rome et non pas d’abord à la personne de son évêque mais à la signification de l’Eglise locale de Rome parmi l’ensemble des Eglises locales. Il en est de même de l’honneur traditionnel rendu à d’autres Eglises de la première heure qui ont joué un rôle éminent parce que fondées par les apôtres comme Antioche, Alexandrie, Jérusalem.
L’Eglise de Rome possède un rôle de phare. Elle est celle qui préside à la Charité, telle est l’expression qu’emploient Ignace d’Antioche (vers 110) et St Irénée (en 180): L’Eglise et non l’Evêque.
D’où l’anagramme: Roma = Amor: Rome égale Amour.
C’est plus le fait de la présence ultérieure devenue permanente d’empereurs romains à Constantinople que la tradition de la fondation de cette Eglise par l’apôtre André qui a provoqué l’élévation au Patriarcat de l’Eglise de Byzance, celle-ci ayant été plutôt une légitimation « a posteriori »
Plus tard le fait que Rome ait été ville impériale favorisera l’accroissement de l’autorité temporelle des papes.

L’inclusion mutuelle de l’Eglise et de son évêque désigné par le peuple et les évêques voisins fait place lorsque le Christianisme est promu religion d’empire à une situation nouvelle au IV° siècle quand les évêques deviennent les représentants de l ‘Eglise universelle, préfets religieux sous l’autorité temporelle de l’empereur qui peut les déposer ou les imposer.
Première et grave confusion entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.
Les évêques de Rome ne prennent que peu à peu conscience du caractère universel de l’autorité papale.
Ce n’est qu’en 337 et pour la première fois que l’évêque reçoit des évêques d’orient le nom de Pape (papa) nom familier donné justement pour contester la tendance à la suprématie de Rome.
L’appellation de Pape devient un titre strictement réservé à l’Evêque de Rome sous le pontificat de Grégoire VII (1073/1085).
Mais l’autorité universelle se manifeste pour la première fois avec le Pape Victor (188/198) qui exclut de la communauté chrétienne les Eglises d’Asie qui ne suivent pas la coutume romaine pour la célébration de la fête de Pâques.
Ensuite, et surtout avec Damase (366/384), puis Innocent 1° (401/417) puis St Léon (440/461) s’affirme l’autorité romaine. Mais on est encore loin des prérogatives universelles que les papes revendiqueront par la suite.
C’est ainsi que Grégoire le Grand (590/604) écrit au Patriarche d’Alexandrie:

Voici que je découvre dans l’en-tête de votre lettre ce titre superbe de pape universel que j’ai toujours refusé. Je prie votre très aimable sainteté de ne plus désormais faire cela car alors on vous ôterait à vous ce qu’on attribuerait exagérément à un autre…
Je ne considère pas comme un honneur ce qui, je le sais, porterait atteinte à l’honneur de mes frères.
Mon honneur à moi est l’honneur de l’Eglise universelle. Mon honneur à moi est la solide vigueur de mes frères. Ce qui m’honore en vérité c’est lorsqu’à chacun on ne refuse pas l’honneur qui lui revient. Mais votre Sainteté me traite de Pape universel, elle se refuse à elle-même ce en quoi elle m’attribue d’universel. Que cela ne soit pas. Que disparaissent les paroles qui enflent la vanité et blessent la Charité.

La Foi exemplaire et fondatrice de Pierre se perpétue dans l’Eglise de Rome; phare de communion de la vraie Foi.
L’Evêque de Rome peut être considéré comme « successeur de Pierre » dans ce contexte complexe qui ne relève pas à l’origine du droit mais de la communion.
A travers les siècles, la lourde roue de l’histoire a continué de tourner vers la centralisation romaine et la concentration de l’autorité sur la personne du pape, dans une lourde confusion du spirituel et du temporel. Par cette brève étude, on voit qu’il n’en a pas toujours été ainsi et, comme a dit le Père Congar: Ce qui a changé peut encore changer.
La mission que Pierre a reçu du Christ est celle de fondateur et de rassembleur de la Communauté des disciples. Dans cette tâche, il est l’un des douze symbolisant le rassemblement du monde autour de la pierre angulaire qui est le Christ.

Dans l’Epître aux Galates (ch.2,v.9), Paul rendant compte de l’accord réalisé à Jérusalem au sujet de l’Evangélisation des incirconcis écrit: « Les chefs de la communauté de Jérusalem) virent que l’évangélisation des incirconcis m’avait été confiée, comme à Pierre celle des circoncis. Car celui qui avait agi en Pierre pour l’apostolat des circoncis avait aussi agi en moi en faveur des païens; et reconnaissant la grâce qui m’a été donnée, Jacques, Céphas et Jean, considérés comme des colonnes, nous donnèrent la main…
Ce texte prouve l’autorité collégiale des premiers apôtres puisque même Pierre n’est mentionné qu’en second, après Jacques, cousin de Jésus et non l’un des douze apôtres, auteur d’une Epître. .

Pour lui, comme pour les Douze, c’est une mission unique, liée aux disciples choisis par Jésus et seul, Mathias, qui sera appelé à remplacer Judas, est l’un des tout premiers disciples témoin des faits et paroles du Christ dès l’origine.
Il n’y aura plus d’autre cooptation ensuite. C’est dire que le rôle des apôtres, et donc de Pierre, est une mission unique liée au temps de la Révélation du Christ.

Les Apôtres et les Disciples de la première heure créeront ensuite des Presbytres ou Anciens dans chaque Eglise nouvelle. Les Evêques (Episcopes ou Surveillants) naîtront de l’institution des Presbytres pour être les garants de l’unité et présider localement à la communion au sein de chaque Communauté. Ils seront avec leurs frères, les Evêques du voisinage, la communauté consacrée chargée d’assurer la Communion entre les Eglises.
D’où le choix des évêques s’est fait d’abord par élection au cours d’une assemblée de la Communauté locale, élection approuvée par les chefs des Eglises voisines qui consacrent le nouvel évêque qui est à la fois l’un des leurs pour exprimer ensemble la Communion de toutes les Eglises et le premier des membres de la Communauté locale dont il est généralement issu.
Les modes de nomination évolueront beaucoup plus tard et bien souvent pour des questions de contrôle politique et de centralisation discutables.

Mais ceci dit; si, comme on l’a vu ci dessus et d’après les Ecritures, la Pierre angulaire n’est pas Simon-Pierre mais le Christ, comment interpréter le « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » de l’Evangile de Matthieu, puisque jusqu’au III° siècle on n’a pas donné à ce verset l’interprétation qui sera plus tard l’appui majeur de la primauté du Pape ?
Néanmoins chez quelques pères de l’Eglise, diverses interprétations se sont faits jour.
Dans la Ste Ecriture, la Pierre c’est le Christ et c’est ce qu’affirment aussi Origène (185/254) et St Augustin (354/430).
Pour quelques pères de l’Eglise (Hilaire de Poitiers (+367), St Jérôme (+419), Léon le Grand (+461) c’est la personne de Pierre, choisi par le Christ.
Pour d’autres, enfin: St Jean Chrysostome (+397), Théodore (393/466), St Jean Damascène (+ vers 750), St Ambroise (337/397) c’est par sa Foi que l’Apôtre est la Pierre de l’Eglise. Jésus n’a-t-il pas déclaré à Pierre en même temps qu’il lui prophétisait ses reniements ( Luc ch. 22,v.32) :
. J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas et toi quand tu seras affermi, affermis tes frères.
Ne serait-ce pas parce que Pierre a connu la défaillance qu’il a été choisi pour affermir les autres ?
Parce que l’homme est pécheur, il fallait que ce fût un homme faible qui soit choisi pour être le soutien des autres et parce que, sauvé par sa Foi, pour fortifier les autres ?..
….. Plus tard, lorsque les empereurs se seront établis à Byzance et que les invasions viendront disloquer l’Empire d’Occident, les Evêques se trouveront souvent être les derniers recours de défense de leurs diocésains en proie aux barbares envahisseurs.
Plus particulièrement l’Evêque de Rome se présentera pour l’Occident comme la seule autorité capable de pallier à la perte de puissance des derniers empereurs. De là il résultera très vite qu’il en paraîtra le successeur désigné puisque l’Eglise de Rome était à l’origine la référence de toutes les Eglises locales dans l’exercice de la présidence de la Charité .
C’est de cette époque que les mosaïques représentent le Christ comme le « Pantocrator » (le Tout puissant) dont l’évêque est le bras droit, s’affirmant vicaire du Christ et de Dieu ainsi que le revendiqueront Grégoire VII, Innocent III, Boniface VIII qui ira jusqu’à déclarer péremptoirement:
Nous disons, déclarons, définissons et proclamons qu’il est absolument nécessaire à toute créature humaine, pour sauver son âme, de se soumettre au Pontife romain.
Grégoire VII ((1073/1085) affirme: que le pape vicaire universel a le droit d’intervenir dans toutes les affaires de la chrétienté , est autorisé à juger tout le monde et ne peut l’être par personne. Il lui revient non seulement de nommer, de déplacer, de déposer les évêques, mais aussi de déposer les empereurs et de délier leurs sujets de tout serment de fidélité. Il
est le chef suprême d’une Eglise qui ne s’est jamais trompée et ne se trompera jamais.

Innocent III (1198/1216) : va plus loin : Lorsque Jésus dit à Pierre; « Pais mes brebis, il ne lui demandait pas seulement de guider l’Eglise mais bien de gouverner l’univers…….
La tendance à la centralisation reste une tentation permanente manifestée au Concile de Vatican 1, On la retrouve dans l’encyclique de Pie XII Mystici Corporis Christi (1943) , et dans :’encyclique Humani generis de 1950…
Au point que vingt ans plus tard, le Cardinal Ratzinger, futur Benoit XVI, déplorera les dommages que pareilles mises en demeure sont susceptibles de causer à la réputation de l’Eglise et de sa théologie (Rosay)

Un livre paru en 2001,(Le Cerf) du Théologien J. Pottmeyer, intitulé « Le rôle de la Papauté au troisième millénaire » est une relecture de Vatican I et de Vatican II . Ce livre expose l’évolution de la Papauté au travers des siècles et les causes et raisons de cette évolution liées aux circonstances historiques, juridiques et humaines … qui l’ont provoquée.
C’est un livre à lire et à relire et qui est très éclairant.
Un ouvrage tout à la fois critique et prospectif pour une vision renouvelée et oecuménique de la primauté .

François Le Quéré

PS: Tout ce qui précède est extrait d’un manuscrit que j’ai rédigé autour de 1995 intitulé:Puissance et faiblesse de Dieu en Jésus-Christ.

« Indignad@s » : la répression s’abat à Barcelone

L’évacuation extrêmement musclée des manifestants de la place de Catalogne, hier vendredi, par les Mossos d’Esquadra (police de la Communauté de Catalogne – on peut en voir la présentation ici, en français), provoque un effet rebond dans les protestations qui agitent l’Espagne.

La brutalité policière mettra-t-elle le feu à Barcelone ?

Au lieu de les calmer, elles redoublent de force, alors qu’au bout de deux semaines, le mouvement commençait à faire long feu… C’est exactement le contraire de l’objectif que s’était fixé Felip Puig, le Conseiller de l’Intérieur (ministre de l’Intérieur pour la Communauté autonome catalane, membre du Parti nationaliste centriste catalan).
Suite à cette évacuation musclée, plus de 10 000 personnes se sont retrouvés Place de Catalogne la nuit dernière, et c’est la plus forte affluence depuis 15 jours… En outre, le mouvement s’est étendu à des banlieues de Barcelone : Sant Marti, Sant Antoni, los Encants et Les Corts.

En début de l’après midi, des centaines de personnes sont venues reconstruire le campement. Au fil du temps, la mobilisation s’est fortement accentuée, surtout à partir de 7 heures du soir. Et le mouvement est fort loin, répétons-le, de ne toucher que des jeunes, comme le montre cette photo emblématique d’une dame d’âge certain face à un camion, dans une posture qui évoque la célèbre photo de Tien an Men.

En effet, les manifestants ont demandé la démission du Conseiller de l’Intérieur, et la fin de l’utilisation des balles en caoutchouc. Et en outre, après un vote massif, ils ont décidé de continuer la mobilisation, et ce, en dépit de la finale de la Ligue des Champions (Barça vs Manchester United).

La brutalité de la répression policière a provoqué de nombreuses réactions de soutiens : d’abord 300 universitaires ont organisé une marche de trois heures, puis des étudiants ont entamé un sitting vers une heure, dans le secteur des Université, empêchant le passage des voitures, avant de marcher pacifiquement vers la Place de catalogne, provoquant de gigantesques embouteillages.

El Pais cite les paroles de Mercè y María Sala, 77 ans : « ça n’est pas seulement la place, mais tout Barcelone qui devrait se remplir de manifestants« .

A Madrid, malgré des pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville en fin de journées, les manifestants ne désarment pas et ont montré tout leur soutien aux manifestants évacués à Barcelone, en chantant, et aux cris de « no esta sola Barcelona ».

source et lien url : http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-contre-les-indignad-s-75050204.html

« La contrainte morale n’est pas assez reconnue dans les affaires de viols »

Brigitte (*) avait porté plainte contre son employeur, M. X (*), pour viols. Après une première ordonnance de non-lieu, elle saisit l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) qui se porte partie civile. Après un appel, la chambre de l’instruction ordonne une mise en accusation devant la cour d’assises. Le procès a lieu début 2011 et M. X est acquitté.

Après l’ordonnance de non-lieu, Brigitte avait alerté quelques personnes sur la dangerosité de M.X, qui la poursuit en diffamation. Brigitte a été condamnée en mai.

L’AVFT a été créée en 1985, elle accompagne les victimes de violences au travail. L’association compte une centaine de dossiers ouverts par an et environ 300 dossiers suivis par an.
Gwendoline Fizaine, chargée de mission à l’AVFT, revient sur deux procès décevants.

Pourquoi Brigitte a-t-elle été attaquée en diffamation ?

Brigitte a porté plainte pour viols contre M. X, directeur d’une maison de quartier où elle était animatrice. Le juge d’instruction prononce alors un non-lieu.

Dans la synthèse de cette ordonnance on trouve des témoignages de jeunes filles de 12/13/14 ans, allant de comportements vaguement malsains à des attouchements sexuels, et d’animatrices en stage Bafa, comme Brigitte, qui parlent de harcèlements sexuels allant jusqu’à des viols.

Ce qui était difficile pour Brigitte c’est qu’il n’ait pas été interdit à cet homme d’encadrer des enfants.
A l’occasion d’un loto organisé par la maison de quartier, elle s’est adressée à quelques participants en leur disant que cet homme était dangereux.

Pourquoi a-t-elle perdu ce procès ?

Contrairement à la dénonciation calomnieuse, un délit de diffamation peut être constitué même si ce qui est jugé diffamant est vrai. Brigitte pouvait être condamnée même si elle disait la vérité.

Elle a été condamnée à une peine symbolique de 300 € avec sursis et 100 € de dommages et intérêts pour le plaignant. C’est une peine relativement clémente mais le verdict est décevant. Après l’acquittement de M. X en cour d’assises, c’est un coup dur pour elle.

Revenons sur le procès en cour d’assises…

Le dossier de Brigitte est très emblématique de beaucoup de dossiers que l’on suit à l’AVFT : des cas de viols par contrainte morale.

Lorsqu’un contrat de travail ou une promesse de contrat de travail lie l’agresseur à la victime, on peut éliminer d’office, parmi les modes opératoires de viols : la violence, la surprise, et dans une certaine mesure les menaces. Ne reste que la contrainte morale, qui fait l’objet d’un no man’s land juridique total. La contrainte physique est beaucoup mieux reconnue.

Que la chambre de l’instruction estime qu’il y ait assez de charges pour que l’affaire soit envoyée devant la cour d’assises était une promesse d’évolution des mentalités et du droit vers la reconnaissance que des actes sexuels dans ces circonstances-là pouvaient être qualifiés de viols. Mais cette décision n’a pas de valeur jurisprudentielle, ce n’est que la phase de l’instruction.

C’était une très bonne décision de la chambre de l’instruction de reprendre certains argumentaires, notamment ceux de l’AVFT, concernant la contrainte morale.
Les viols subis passaient en cour d’assises, alors qu’ils sont souvent jugés en correctionnelle, donc déqualifiés en agressions sexuelles.
Pour une fois la chambre de l’instruction avait renvoyé l’affaire devant la bonne juridiction.
Hélas, seule la reconnaissance des viols par les assises aurait pu faire jurisprudence.

Pourquoi M. X a-t-il été acquitté ?

On ne peut pas le savoir. En droit, il n’y a pas de motivation des arrêts de cour d’assises. On ne peut pas savoir combien de personnes du jury ont acquitté ou condamné M. X.

Une de nos hypothèses est que les viols sous contrainte morale ne rentrent pas dans les schémas habituels.
Pour un jury populaire, il est difficile de concevoir des viols répétés sur plusieurs mois par une personne connue de la victime. De nombreuses personnes ont témoigné que Brigitte et M. X travaillaient en bonne intelligence. Que pendant les activités organisées par l’association, Brigitte et M. X étaient assis l’un à côté de l’autre…

Beaucoup de personnes se font une idée de ce à quoi ressemble une victime de viols. Et Brigitte ne correspondait pas à ce portrait. Elle aurait dû être effondrée, anorexique ou obèse, démissionner, pleurer devant tout le monde, faire plusieurs tentatives de suicides…
Or, elle faisait tout pour que cela ne se voit pas. Beaucoup de victimes abimées par un, deux, trois, quinze viols, ne sont plus en possession de leur volonté, de leur propre corps. Elles sont tellement dégradées à leurs propres yeux que ça ne vaut plus la peine de résister. Le processus d’emprise et de manipulation est tel qu’elles pensent que c’est de leur faute, que si elles en parlent tout retombera sur elles.

Propos recueillis par Catherine Capdeville – EGALITE

(*) Les noms ont été changés.

Source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2011/05/27/%C2%AB-la-contrainte-morale-nest-pas-suffisamment-reconnue-dans-les-affaires-de-viols-%C2%BB/

Pas très heureux, le slogan de François Hollande, « La France en avant » !

Quel est donc ce Séguéla ou ce gars-là qui a soufflé à François Hollande son slogan « La France en avant », affiché au pupitre de son meeting à Clichy-la-Garenne, le 27 avril 2011 ? Destiné à distiller l’essence d’un produit ou d’un projet pour être mémorisé, un slogan doit à lui seul les évoquer et non les défigurer. Or, peut-on trouver idée plus stéréotypée, vague, voire malheureuse que celui brandi par François Hollande ? Le candidat ne vaut-il pas mieux que ça ?

Une mise hors-contexte idéologique

À l’évidence, il s’est agi d’écarter tout indice idéologique immédiatement reconnaissable. Le but vers lequel tendre « en avant » n’est surtout pas indiqué. Passe encore qu’un club de football s’appelle « En avant Guingamp » ! L’ellipse de la formule n’est pas une mise hors-contexte : elle n’interdit pas de comprendre qu’il s’agit pour l’équipe encouragée de marquer des buts. Quel autre but peut bien avoir une équipe de football ?

Mais quand il s’agit d’un pays auquel il est lancé, ce cri d’entraînement mis hors-contexte suffit-il à lui seul à identifier la direction qu’entend prendre le candidat qui le pousse ? Il s’apparente d’ailleurs à une tautologie : est-il concevable d’appeler un pays à aller ailleurs qu’ « en avant » ? Imagine-t-on de lui crier : « Arrière toute ! » ? Même les réactionnaires qui, au sens propre du terme, rêvent de revenir en arrière aux joies d’un ancien régime renversé, peuvent très bien inciter leurs troupes à aller « en avant » pour vaincre l’ennemi et restaurer l’ordre disparu.

L’impossible esquive de l’idéologie

Mais on a beau tenter d’effacer tout indice d’identification idéologique, cet effort lui-même est idéologique. La volonté d’ainsi échapper à une idéologie est encore une idéologie qui s’inspire de l’image négative attachée à la représentation trop structurée et rigide du monde qu’elle implique : avec ses œillères qui canalisent la vision et ses principes qui corsètent l’action, elle est considérée comme un double obstacle :

– elle divise au lieu de réunir

– et elle nuit à l’efficacité de la politique à conduire qui exige une adaptation constante aux circonstances, quitte à transgresser justement les règles doctrinales qu’on s’est fixées.

On se souvient de la formule du leader communiste chinois Deng Xiaoping, soucieux dans les années 60 de mettre un terme au cours calamiteux de la politique économique de l’époque appelé justement « Le Grand bond en avant » : « Peu importe que le chat soit gris ou noir pourvu qu’il attrape les souris. » Il ne pouvait trouver meilleure image pour illustrer l’introduction du capitalisme étatique prédateur dans la citadelle communiste de la République populaire de Chine.

Une ambiguïté volontaire ou non ?

Le slogan « La France en avant » est donc idéologique malgré lui : l’idéologie qu’il contient est d’abord de n’en pas avoir et d’être celle du pragmatisme qui peut – hélas ! – prendre toutes les directions selon les vents dominants comme une girouette.

Il présente, cependant, un autre indice idéologique reconnaissable à l’ambiguïté volontaire ou non qu’il contient.

1- Un indice de patriotisme ou de nationalisme

Mettre « la France en avant », signifie faire du pays et de son peuple une priorité, voire une vitrine. Par contraste avec la ploutocratie aujourd’hui au pouvoir, il s’agirait de ne plus servir seulement les plus riches mais l’ensemble des citoyens du pays. Cet objectif paraît aussi inspiré soit par le patriotisme, soit par le nationalisme : on sait que le premier n’est qu’un réflexe de défense légitime de son territoire et de sa culture qu’on sent menacés, et que le second est au contraire un réflexe de vanité dominatrice à prétention hégémonique sur les autres peuples avec les dérives impérialistes et xénophobes qui en sont l’aboutissement.

2- Deux intericonicités fâcheuses

Une seconde signification de ce slogan est, en outre, de magnifier le mouvement pour lui-même, puisque, faute d’être indiquée, la direction ne saurait le justifier. Un premier inconvénient est d’attirer l’attention sur le doigt sans qu’on sache ce qu’il montre, comme le dénonce le proverbe bien connu. Le second inconvénient est, par intericonicité, de rappeler deux fâcheux exemples historiques.

– L’un est seulement bouffon, il vient – hélas ! – d’Italie, pourtant berceau de la culture européenne, mais non de la démocratie. En 1994, Silvio Berlusconi appelle le parti de Droite qu’il vient de créer, « Forza italia » – Allez l’Italie. C’est tout bonnement le cri de guerre des supporters de la « Squadra azzura », l’équipe nationale de football. Prendre des citoyens pour des supporters revient à leur assigner un rôle de spectateurs qu’on mène à sa guise dans les tribunes par les réflexes du chauvinisme et du nationalisme.

– Le second exemple est, au contraire, tragique : c’est le slogan de la Phalange pendant la guerre civile espagnole, devenu le cri de ralliement du dictateur Franco : « Arriba Espana ! » – Debout l’Espagne ! On connaît référence plus digne.

Dans l’un et l’autre cas, le mouvement était célébré pour lui-même afin d’en laisser la direction à l’arbitraire du seul leader, Caudillo ou Cavaliere.

On ne va pas bien sûr soupçonner François Hollande de nourrir d’aussi noirs desseins. La politique qu’il propose comme candidat à la présidence de la République ne se limite heureusement pas à un slogan. Il n’en demeure pas moins qu’un slogan est l’élément minimal d’un produit ou d’un projet que doivent mémoriser les esprits. Encore faut-il qu’il n’en donne pas une image ambiguë ni négative. « La France en avant », il faut l’avouer, n’est pas un slogan très heureux : il peut convenir à une girouette qui prend la direction du vent et surtout il s’apparente trop à certains autres qu’on a entendu crier dans le passé par des partis nationalistes bien peu recommandables en démocratie.

Pierre-Yves Chereul

Kahn (Jean-François) au bout des mots

D’une explosion l’autre: à l’heure matinale où j’écris ces lignes, Jean-François Kahn, fondateur de Marianne, est sur le point d’annoncer, parait-il, qu’il « arrête le journalisme ». Connaissant l’oiseau, il n’est pas impossible qu’il rentre par la fenêtre demain ou la semaine prochaine (sa chronique du quotidien belge Le Soir continuera, me signale Gilles Klein). Mais supposons que cette sortie soit définitive. Que penser de ce geste inhabituel ?

Disons-le d’emblée, la question est d’autant plus compliquée pour moi, que j’ai toujours nourri, à l’égard de JFK, une grande admiration professionnelle. JFK, chien fou du journalisme du dernier demi-siècle, vaut mieux que cette piteuse sortie. C’est l’imaginatif créateur de presse, et le journaliste d’une exceptionnelle liberté de pensée, jubilatoire et communicative, que je garderai en mémoire.

Alors, ce départ ? Que Kahn se proclame victime de lynchage médiatique, qu’il incrimine le « système des petites phrases », ne trompe personne. Si ce lynchage était injuste, il se serait battu avec la combativité qu’on lui connait. Si ce verbomoteur choisit le silence, c’est parce qu’il est arrivé au bout des mots, au seuil de la chambre noire.

Toutes proportions gardées, le hara-kiri de JFK est aussi mystérieux que l’explosion de DSK, dont il est la réplique. Si tous les journalistes à qui échappe une bêtise s’auto-bâillonnaient en représailles, la scène médiatique compterait beaucoup de disparus, et le signataire de ces lignes, sans doute, le premier.

Mais parler de « troussage de domestique », pour désigner le viol d’une femme de chambre immigrée par un maître du monde, n’est pas la première bêtise venue. Si ces mots ont fait mouche, c’est parce qu’ils révèlent un double archaïsme insupportable, sexiste et de classe.

Kahn ne l’assume pas. Il l’a dit. Depuis que les mots malheureux ont buzzé, il ne cesse de s’en excuser, et de tenter de les expliquer par sa longue amitié avec Anne Sinclair. Ami de Sinclair, il ne peut croire que DSK puisse avoir commis l’acte violent qui lui est imputé par Nafissatou Diallo. Et si cet acte a existé, il faut aller lui chercher des circonstances atténuantes au coeur de la tradition aristocratique et bourgeoise française.

Mais où l’explication pêche, c’est que Kahn n’est pas seulement un ami. Il est aussi journaliste. Si Sinclair était la femme d’un obsédé sexuel, qu’elle poussait avec acharnement vers la plus haute marche, comment lui, le journaliste Kahn, pouvait-il être l’ami de cette femme ? S’il ignorait que l’obsession sexuelle de DSK le disqualifiait pour le poste, il est coupable d’aveuglement. S’il le savait, le pensait, et ne l’a jamais écrit, il est coupable de dissimulation. S’il estimait que cette obsession sexuelle, en France, ne constituait pas un obstacle à faire président, il est coupable, pour le moins, d’une certaine erreur d’appréciation.

Dans les trois cas, pour le journaliste, une impasse. Incapable de résoudre cette contradiction (moi qui suis chargé d’éclairer le public, comment ai-je pu être aussi aveugle ?), et peut-être même incapable de la formuler, il choisit de se taire.

Un mot encore sur ces mots qui lui échappent, « troussage de domestique ».

On a le droit d’être macho. On a le droit d’être bourgeois, empli de préjugés bourgeois tout droit issus des deux derniers siècles.

Mais quiconque écrit, parle en public, dispose de tribunes, porte la lourde responsabilité de ne jamais oublier d’où il parle. De quel agglomérat de biais et de préjugés, de quelles conditions matérielles de vie quotidienne, son discours est la résultante. Au premier rang des obligations du journaliste, il y a celle de se connaître. Pour les dominer, ces foutus préjugés, il faut faire l’effort considérable de les avoir identifiés et nommés.

A 73 ans, JFK se découvre-t-il bourgeois et phallocrate ? C’est possible. Les journalistes, même les meilleurs, ne sont pas des as de l’introspection.

Maintenant, l’histoire continue. Le journalisme français ne se débarrassera pas du problème en bazardant l’un des meilleurs des siens. La même question est à présent posée à ceux qui restent. De la même manière qu’un essayiste américain a écrit que le suicide politique de DSK symbolisait l’explosion en vol de la social-démocratie européenne, le jet d’éponge de JFK révèle-t-il l’impasse d’un certain journalisme français de Cour, directement hérité de Saint-Simon, à l’époque où l’on troussait impunément les domestiques ? Réponse dans les prochaines semaines.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

L’affaire  » Développement et Paix » au Canada :
les responsables jésuites défendent leur confrère interdit de conférence

Golias publie l’intégralité du communiqué de la province des jésuites du Canada suite à l’interdiction faite à un de leur confrère de tenir une conférence dans le cadre de l’organisme de solidarité internationale « Développement et Paix » (cf. nos informations à ce sujet sur golias.fr en date du…). Une interdiction qui faisait suite à des pressions scandaleuses exercées sur la hiérarchie ecclésiastique (conférence épiscopale canadienne) par des groupes catholiques conservateurs pro-vie. Golias salue le courage de la prise de position de la province jésuite du Canada. Dans le contexte actuel de la remise au pas par Rome des ONG catholiques dejustice sociale (le réseau Caritas Internationalis est aussi dans le collimateur du Vatican), une telle initiative de résistance éthique et spirituelle tombe à point nommé.

Puisse -t-elle faire des émules chaque fois et partout où la stratégie de Contre – Réforme catholique est mise en oeuvre, appuyée qu’elle est en coulisses par l’activisme forcené des lobbies conservateurs et intégristes .

Résistons et agissons!

Sensibles aux requêtes qui leur ont été faites par nombre de personnes et de groupes, les supérieurs provinciaux des jésuites du Canada français, du Canada anglais et du Mexique émettent ce communiqué pour appuyer l’intégrité du travail du Centre Miguel Pro pour les droits humains de Mexico et de son directeur, le P. Luis Arriaga, un engagement porteur de l’enseignement social de l’Église catholique.

Le P. Luis Arriaga, directeur du Centre Miguel Pro pour les droits humains (PRODH), de Mexico, avait été invité par les responsables de Développement et Paix, pour témoigner en avril dernier de l’engagement du centre qu’il dirige. Un ensemble de circonstances a rendu impossible sa contribution. Plus spécifiquement, des groupes de pression ont accusé le Centre PRODH d’avoir contribué à promouvoir l’avortement au Mexique.

Il y a deux ans pourtant, une commission spéciale de la CECC s’était rendue sur place au Mexique et avait conclu que, si la prudence dans la participation à des coalitions liées à la promotion des droits de la personne était de mise, d’aucune façon le Centre PRODH n’avait participé à la promotion de l’avortement; et aucune faute ne pouvait être attribuée à l’organisme de développement international
Développement et Paix qui avait soutenu le centre Dans l’esprit de l’enseignement social de l’Église, et en appui au Centre PRODH et à son directeur, le P. Luis Arriaga, pour soutenir aussi les chrétiens et chrétiennes engagés dans la promotion de la justice sociale et des droits de la personne, les supérieurs provinciaux du Mexique et du Canada tiennent à exprimer publiquement ce qui suit :
· Comme l’avait affirmé le rapport de la commission spéciale de la CECC en 2009, le Centre PRODH de Mexico n’a pas participé à la promotion de l’avortement.

· Le P. Luis Arriaga, directeur du Centre PRODH , est un religieux d’excellente réputation en règle avec l’Église et agissant en conformité avec les missions qui lui sont confiées par ses supérieurs jésuites. On note que son expertise est reconnue dans l’Église du Mexique puisqu’il agit comme conseiller d’une commission épiscopale sur les questions sociales.

· Dans le contexte de violence généralisée de la société mexicaine, le travail du père Luis Arriaga, ainsi que de l’ensemble des membres du Centre PRODH , est un engagement constant pour le droit à la vie de tous et de toutes. La vie de ces défenseurs des droits humains est elle-même souvent menacée et c’est la solidarité internationale que nous leur témoignons qui leur permet de poursuivre leur engagement indispensable.

· Plus largement, le témoignage chrétien pour la promotion de la justice et la promotion des droits de la personne qui lui est lié s’exercent aux frontières, dans des contextes difficiles où les partisans du statu quo mettent tout en œuvre pour bloquer l’avancement des valeurs évangéliques fondamentales.

Dans ces circonstances, les personnes qui s’engagent sur ce terrain, comme le font le P. Luis Arriaga et son équipe, méritent notre appui.
Montréal, Toronto et Mexico, le 25 mai 2011.

Jean-Marc Biron, S.J. Jim Webb, S.J. Carlos Morfín Otero, S.J.
Supérieur provincial Supérieur provincial Supérieur provincial
Province du Canada français Province du Canada anglais Province du Mexique.

Pour information :
Pierre Bélanger, S.J.
Service des communications
pierre.belanger@jesuites.org
Tél. : 514-387-2541


SIGNONS LA PÉTITION ET FAISONS LA CONNAÎTRE

La crise actuelle de DÉVELOPPEMENT ET PAIX risque de se terminer avec le démantèlement d’une organisation si déterminante pour bien des groupes du Sud qui luttent pour leur survie et leur dignité.

« Dans ce contexte, vouloir gagner du temps en jouant à la diplomatie
avec des évêques qui ont juré la mort de DÉVELOPPEMENT ET PAIX ne mène nulle part. Nous ne doutons pas des efforts louables que vous réalisez pour tenir à flot notre navire, mais vous avez besoin de l’appui
déterminant de ces 68 000 donateurs et donatrices, de ces 13 000 membres qui forment l’ORGANISATION et lui permettent d’agir. Les évêques récalcitrants de Toronto, Ottawa, Pembrooke et autres peuvent bien vouloir dévier les dons des membres pour leurs projets, rien ne nous empêche de recevoir ces dons par les moyens électroniques que vous avez mis en place avec intelligence. La position de ces évêques ne représente qu’une infime partie des croyantes et des croyants et vous n’êtes pas sans savoir que les gens sont loin d’être d’accord avec certains pasteurs sur des points aussi importants que la promotion des droits humains, en particulier des femmes et sur les questions de militarisation et de justice sociale. Les diocèses ne sont pas de grandes propriétés terriennes dirigées par des monarques autoritaires; ils sont constitués de personnes libres qui adhèrent à l’évangile et il faut compter sur ces gens et les informer sur la crise qui nous frappe. »

http://www.petitions24.net/soutenons_developpement_et_paix__support_development_and_peace

Claude Lacaille, p.m.é.

Lobotomie

Ce n’est pas qu’une opération chirurgicale physiquement faite sur le cerveau. Elle peut être symbolique, et c’est ce qu’illustre le livre récent du chercheur en neurosciences Michel Desmurget, TV Lobotomie, paru aux éditions Max Milo.
La télévision est absolument néfaste au corps et à l’esprit de ceux qui la regardent (chez nous, plus de 5H par jour !). On connaissait déjà la « machine à décerveler » de Jarry, dans Ubu roi, et la parole cynique d’un ancien directeur d’une grande chaîne privée : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

En vérité, la TV pose un problème majeur de santé publique. Physiquement, elle crée la sédentarité, donc l’obésité. Psychologiquement, elle diminue la socialisation, et appauvrit le langage, qui ne s’enrichit que par un vrai échange entre êtres humains. Or la TV n’est pas interactive. Et comme l’apprentissage du langage est le fondement de la pensée, le déficit du premier obère évidemment la seconde.

La TV détruit le silence, et donc la capacité d’attention elle-même. Son seul bruit empêche même le tout petit enfant de s’adonner à un jeu quelconque et de se concentrer sur lui. On comprend pourquoi les résultats scolaires, qui sont fonction du niveau d’attention accordé, en sont directement affectés.

Elle développe l’agressivité, en banalisant la violence qu’elle montre. L’argument de la catharsis parfois évoqué ne vaut que pour des adultes mûris. Pour les jeunes c’est un pur mythe. Il y a une fréquence plus grande du passage à l’acte, dans le domaine sexuel par exemple, pour les « accros » à telle ou telle série.
Le sommeil aussi, si nécessaire, pâtit de la TV. En pâtit aussi l’ennui, qui à l’inverse de ce que croient les gens est quelque chose de très positif : c’est stimulé par l’ennui que le cerveau travaille vraiment, et devient créatif. Il faudrait en faire l’éloge, au lieu de chercher à le fuir.

La sidération par l’image crée un effet hypnotique : beaucoup de parents mettent leurs enfants devant la TV pour avoir la paix. Mais ensuite elle va générer chez eux des « diktats consuméristes », auxquels on ne pourra résister.

En somme, il y a là, celle-là bien à notre portée, une révolution à faire : retrouver une vraie vie, et pour cela nous débarrasser de tous ces écrans qui entre elle et nous font écran.

Réflexions personnelles à partir du Livre Chalom,Jesus* !

J’avais déjà lu cet ouvrage ainsi que plusieurs autres écrits par des auteurs juifs sur Jésus, lors de sa parution en 2000, dans mon désir d’étudier les divergences et les rapprochements possibles ou déjà réalisés entre les Juifs et les Chrétiens, au sujet de la personne du Christ.

Dans mon désir aussi de comprendre l’évolution d’un certain nombre de juifs, nos contemporains, à l’égard du Christ les conduisant en nombre assez important à la reconnaissance de sa divinité: Ceux que l’on nomme à présent : Les juifs messianiques.
Mais comment ces juifs qui participent à part entière à la Foi chrétienne peuvent-ils être reconnus et se trouver reconnus par l’Eglise Catholique ? Il y a beaucoup de demeures dans la Maison de mon Père, affirmait Jésus Christ, mais qui pense à ce problème en s’apercevant que c’est auprès des Eglises Protestantes Evangéliques qu’ils peuvent actuellement et, semble-t-il seulement, trouver leur place dans la Foi commune et avec leurs richesses propres de fils d’Israël ?
J’ai rouvert ce livre presque par hasard ces jours derniers . Il m’a fortement impressionné et je crois avoir un peu mieux saisi les incompréhensions qui ont tellement séparés le peuple élu de la Bible, resté fidèle aux pures traditions de la Torah, et le monde chrétien puisant ses sources dans la même Bible: Ancien Testament seul d’une part et Nouveau Testament d’autre part vécu très vite par des populations d’origine païenne n’ayant pu s’imprégner d’une mentalité qui leur était étrangère.
La séparation s’est vite faite entre eux restés fidèles au passé, et les chrétiens de plus en plus issus de la gentilité et demeurant ignorants
des traditions qui pourtant avaient permis l’identification du Christ avec le Messie annoncé par Moïse et les Prophètes.
Ce sont mes notes et mes réflexions que je veux consigner ici à partir de ce jour du 8 juillet 2008.

Mais avant de commencer ce travail, je voudrais mentionner un texte de Luc (ch.24,v.13/35) racontant la rencontre du Christ qui vient de ressusciter le matin même et s’approche dans l’anonymat d’un voyageur quelconque pour cheminer avec deux disciples, selon toute vraisemblance un couple, rentrant chez eux à Emmaüs au soir de la Résurrection qu’ils n’ont encore pu constater et qui, les fêtes de la Pâque étant achevées, démoralisés, quittent Jérusalem où ils étaient venus pour la fête de la Pâque.
L’un d’eux est cité comme se nommant Cléophas; Selon la tradition, il était frère de Joseph et sa femme Marie, qualifiée dans les Evangiles de soeur de Marie et épouse de Cléophas, était donc la belle soeur de Marie, mère de Jésus. Leur quatre garçons cousins de Jésus, sont nommés Jacques, José, Jude et Simon (Marc ch.6, v.3 et Marc ch.15,v.40, Luc ch.24,v.10).. Jacques, auteur d’une très belle épître, et Jude seront plus tard chefs de l’Eglise de Jérusalem..

Le voyageur,voulant prendre part à leur conversation et les voyant tout tristes, les interroge: Quels sont donc ces propos que vous échangiez entre vous en marchant ?
L’un des disciples, Cléophas, lui répond en s’étonnant de l’ignorance de ce voyageur au sujet des événements ayant conduit à la crucifixion de celui en qui ils espéraient avoir découvert le Messie promis:
Et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël !.
C’est vrai que des femmes leur ont appris qu’il serait ressuscité, mais si quelques uns des disciples sont allés à leur tour au tombeau, ils ont bien constaté que le tombeau était vide mais ils ne l’ont pas vu …et ils restent sur leur incertitude et sur leur déception.
Alors ce voyageur qu’ils ne reconnaissent toujours pas leur parle:
Ne fallait-il pas que le Christ souffrit cela et entrât dans sa gloire ?
Et en commençant par Moïse et les prophètes, il leur interpréta ce qui le concernait dans toutes les Ecritures.
Ils ne le reconnaîtront que bien plus tard , à table chez eux, à la fraction du pain, (Luc,ch.24 v.10).
Ainsi donc, Ce sont les Ecritures qui, pour les juifs, portent témoignage de la Vérité du Messie.
En commençant par Moïse ? ? Mais quand donc Moïse a-t-il une parole qui puisse justifier et annoncer ce qui arrive maintenant ?
Cette parole se trouve dans le Deutéronome et la voici: (Deut.ch.18,v.15) Moïse prédit à son peuple:
C’est un prophète comme moi que le Seigneur ton Dieu te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères ; c’est lui que vous écouterez… Je (Dieu) mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai… mais s’il parle au nom d’autres dieux, alors c’est le prophète qui mourra…
Mais peut-être te demanderas-tu: Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? Si ce que dit le prophète au nom du Seigneur ne se produit pas, alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur, c’est par présomption que le prophète l’a dite. Tu ne dois pas en avoir peur.
Ainsi Dieu lui-même donnera les signes de la venue de ce Prophète, nouveau Moïse de l’avenir, quand il apparaîtra.

Mais comment alors découvrir ces signes et en eux découvrir que le temps est arrivé de la venue de ce nouveau Moïse, législateur promis si longtemps à l’avance et dont la venue annoncera les temps nouveaux du salut du peuple de Dieu et du monde ?
Les prophètes postérieurs à Moïse, apporteront diverses et nombreuses précisions qui permettront de reconnaître le Messie lorsqu’il viendra. Ont-ils pu donner d’autres précisions sur le temps de sa venue ?
Divers documents et traditions permettent de se rendre compte que beaucoup de juifs attendaient la venue prochaine du Messie vers l’époque où Jean-Baptiste, le précurseur, se faisait connaître en Israël et annonçait que le temps était arrivé:
Le Messie qu’ils ne connaissent pas encore est déjà parmi eux.

Les évangiles de Luc et de Matthieu nous rappellent les circonstances de la naissance miraculeuse du futur prophéte qui sera le dernier , et les quatre évangiles nous le montrent ensuite comme celui qui prépare la venue très prochaine de l’être exceptionnel qu’annonçait déjà Moïse, et appelle à la conversion des coeurs afin que le peuple soit prêt à l’accueillir quand il va se révéler..

L’évangile de Jean nous rapporte une enquête des prêtres et des lévites auprès du Baptiste (Jean,ch.1,v.19/28).Cette enquête est un témoignage de l’attente de ce temps où les juifs sont persuadés que l’heure est proche de l’arrivée du Messie:
C’est un véritable interrogatoire : Qui es-tu ?. . Es-tu le Prophète ? …Alors qui es-tu ?

Et Jean leur répond: Je suis la voix de celui qui crie dans le désert aplanissez le chemin du Seigneur ? (Isaïe,ch.40,v.1/11)…
Et si nous citons in extenso le texte d’Isaïe auquel il fait allusion à ce moment et qu’il a dû développer, le voici:
Alors la gloire du Seigneur apparaîtra et tous les êtres de chair ensemble verront que la bouche du Seigneur a parlé. ?

Une autre prophétie très étudiée apportait des précisions sur le temps de la venue, et ce temps semblait arrivé.
C’est une prophétie du Prophète Daniel:
Je regardais dans les visions de la nuit et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’homme. Il arriva jusqu’au vieillard et on le fit approcher en sa présence . Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté; les gens de tous les peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. (Daniel,ch.7,v.13/14)
Cette vision est complétée par une autre (Daniel,ch.9,v. 20/27): Annonçant par la bouche de l’ange Gabriel:
Daniel, maintenant je suis sorti pour te conférer l’intelligence…car tu es l’homme des prédilections… Il a été fixé soixante-dix septénaires sur ton peuple et sur ta ville sainte pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, pour absoudre la faute et amener la justice éternelle, pour sceller vision et prophétie et pour oindre un Saint des Saints. Sache donc et comprends: Depuis le surgissement d’une parole en vue de la reconstruction de Jérusalem (après sa destruction par Nabuchodonosor) jusqu’à un messie -chef, il y aura sept septénaires. Pendant soixante-deux septénaires, places et fossés seront rebâtis mais dans la détresse des temps. Et après soixante-deux septénaires, un oint sera retranché mais non pas pour lui-même. Quant à la ville et au sanctuaire, le peuple d’un chef à venir les détruira, mais sa fin viendra dans un déferlement et jusqu’à la fin de la guerre seront décrétées des dévastations. Il imposera une alliance à une multitude pendant un septénaire, il fera cesser sacrifice et oblation; sur l’aile des abominations, il y a aura un dévastateur et cela jusqu’à ce que l’anéantissement décrété fonde sur le dévastateur… . 62 plus 7 font 69 semaines d’années.
La dernière semaine est précisée au chapitre 12 (Daniel ch.12,v.7/12):
Quand viendra la fin de ces choses ?…L’homme vêtu de lin …leva la main et fit ce serment par Celui qui vit à jamais: Ce sera pour une période, deux périodes et une demie période; lorsque la force du peuple saint sera entièrement brisée, toutes ces choses s’achèveront… Une multitude sera purifiée, blanchie et affinée. Les impies agiront avec impiété. Aucun impie ne comprendra mais les gens réfléchis comprendront. A partir du temps où cessera le sacrifice perpétuel et où sera placée l’abomination dévastatrice il y a aura 290 jours…

L’étude de cette prophétie sur laquelle se sont penchés pendant des siècles les scribes et les rabbins a été l’objet d’une très longue et très sérieuse étude d’un chartiste contemporain du siècle dernier, Arthur Loth, publiée dans son livre posthume: (Jésus-Christ dans l’Histoire (chez F.X. De Guibert,2003) . Il nous est impossible de reprendre ici tout le chapitre 6 de ce gros livre qui aboutit à une confirmation de l’exactitude des dates de la réalisation de cette prophétie.(voir pages 590 à 610 de ce livre)
Cet auteur a en effet passé sa vie à rechercher les confirmations d’exactitude de tout ce que les évangélistes nous disent au sujet des lieux, des dates, de la véracité des évènements touchant les civilisations, les temps, l’histoire, la géographie du siècle de Jésus-Christ
et faisant tomber de nombreuses approximations et contre vérités à son sujet.
Ce livre peut fortement nous aider à approfondir dans leur vérité les faits et témoignages des Saintes Ecritures sur le Messie Jésus.

De son côté, le livre de Jacquot Grunewald Chalom Jésus ? nous provoque à la relecture de la conformité entre le Tradition Biblique et les témoignages de Vérité que Jésus n’a pas dû manquer de donner pour se faire connaître . Les évangiles sont la source qui doit nous permettre d’approfondir notre Foi en Lui en référence avec l’enseignement des Prophètes dans une authentique tradition juive .
Surtout si l’on souscrit aux nombreuses études récentes montrant que les évangiles datent tous des années qui suivent de près la mort et la résurrection de Jésus. (Voir à ce sujet les recherches de ces dernières années que je résume dans un document joint en annexe.
(Datation des évangiles Rappel historique des circonstances dans lesquelles j’ai été amené à écrire mon livre: Recherches sur St Jean).

Chalom Jésus ? apporte aussi des données intéressantes sur plusieurs évènements touchant l’enseignement de Jésus et les oeuvres qu’il a accomplies, en nous apportant une compréhension nouvelle pour beaucoup de chrétiens dans le cadre de la mentalité juive traditionnelle de certains autres évènements rapportés par les Evangiles.:
C’est ainsi qu’il consacre divers chapitres sur Pessah (la Pâque) à Jérusalem, – L’agneau et la ligature – le seder du lac – Pain du Ciel, pain de la terre – Le miracle interdit – Ni accomplir, ni abolir – …Règle d’or et loi du talion – Haro sur Judas – Le pain c’est moi -…et plusieurs autres qui tous nécessiteraient une réflexion identique extrêmement enrichissante complétant celle que je vous propose aujourd’hui.

Un autre écrivain juif, Ben Chorin ,auteur de Mon frère Jésus ? (Seuil 1983) écrit de son côté:
La thèse principale est que l’on peut découvrir, sous un voile grec qui recouvre pour ainsi dire les évangiles, une tradition hébraïque originelle car Jésus et ses disciples n’étaient rien moins que des juifs et des juifs de pure souche. Ce n’est qu’avec Paul que le judaïsme hellénistique de la diaspora contribua de manière décisive à la formation du kérygme et de la tradition chrétienne.
Jésus est pour moi le frère éternel…Il est aussi mon frère juif… C’est la main d’un grand témoin de la Foi d’Israël:
La foi inconditionnelle, la confiance absolue en Dieu Père, l’empressement à se soumettre totalement à la volonté de Dieu: Voilà l’attitude que Jésus nous propose et qui peut tous nous réunir, juifs et chrétiens… La foi de Jésus nous unit; c’est la foi en Jésus qui nous sépare.

L’ étude présente à laquelle nous convie la lecture de Chalom Jésus ? va nous faire réfléchir sur une compréhension nouvelle pour beaucoup d’entre nous sur le sens de la multiplication des pains, le cadre de ce prodige, puis sur le discours sur le pain de vie à Capharnaüm le lendemain .
Le fil conducteur sera surtout l’évangile de Jean le plus proche certainement de la suite historique des évènements.
Le Baptême de Jésus dans le Jourdain est pour Jean-Baptiste le lieu où il fait découvrir à ses disciples présents un jour à ses côtés celui que les prophètes avaient annoncé et que l’Esprit Saint lui a révélé.(Jean,ch.1,v.19/42) Ce même soir, Jésus voit venir à lui plusieurs des disciples de Jean qui ont entendu et qui deviendront plusieurs de ses futurs apôtres. Ils vont aussi devenir les témoins de son
premier signe, celui des noces de Cana (Jean ch.2 v.2/12).

Retenons l’importance de ce premier miracle de l’eau changée en vin, un vin nouveau, inattendu et reconnu par le maître du festin de noces pour sa valeur exceptionnelle. C’est le vin du monde nouveau qui commence. Les disciples qui accompagnent Jésus ce jour là,
à cette vue vont croire en lui et lui seront définitivement fidèles.
Ils vont désormais l’accompagner dans ses premières missions, C’est ainsi qu’ils l’accompagnent à Jérusalem pour cette première des quatre fêtes de la Pâque (Pessah) qui seront célébrées durant la courte vie publique de Jésus et dont la quatrième sera celle de sa condamnation, de sa mort et de sa résurrection.
C’est durant cette première Pâque qu’il va chasser les marchands du Temple:(Jean,ch.2v.13/22)
Otez tout cela d’ici et ne faites pas de la Maison de mon Père une maison de trafic. ?
Lorsque la garde du Temple vient l’interpeller: Quel signe nous montre tu pour agir de la sorte ?
Jésus s’affirme : Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai.
Les gardes lui répondent: Il a fallu quarante six ans pour construire ce Temple, et toi tu le relèverais en trois jours ?
Jésus sera plus tard accusé d’avoir voulu détruire le Temple et ce sera une des accusations pour le faire condamner.
L’évangéliste Jean affirme:
Mais lui parlait du Temple de son corps. Aussi lorsque Jésus se releva d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait parlé ainsi et ils crurent à l’Ecriture ainsi qu’à la parole qu’il avait dite.

Jésus prolonge ce séjour au sujet duquel l’évangéliste Jean déclare: Beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu’il opérait. Mais Jésus,lui, ne croyait pas en eux car il les connaissait tous et il n’avait nul besoin qu’on lui rendit témoignage au sujet de l’homme; il savait quant à lui ce qu’il y a dans l’homme.
C’est aussi durant ce séjour que se déroule un long entretien de Jésus avec Nicodème ,(Naqdimon,un notable juif bien connu que l’on retrouve comme un défenseur de Jésus devant le Sanhédrin et à son ensevelissement). Jésus répond à ses interrogations.et Nicodème deviendra un disciple discret mais fidèle; Jésus lui parle:

Si vous ne croyez pas lorsque je vous dis les choses de la terre, comment croiriez vous si je vous disais les choses du ciel. Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’Homme. Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’Homme soit élevé afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle ..(Jean,ch.3,v.1/21)

Jésus séjourne ensuite quelque temps avec ses disciples à proximité de Jean-Baptiste et là intervient une dispute entre disciples de Jean et ceux de Jésus. Et Jean affirme à nouveau à ses disciples son témoignage dans la messianité du Christ, sa mission s’achève désormais: Il faut qu’il croisse et que je diminue.
Et ces paroles sont prophétiques de sa prochaine arrestation par Hérode Antipas ..
A la suite des ces disputes qui font du bruit parmi les pharisiens, et sans doute aussi de l’arrestation du Baptiste, Jésus quitte la Judée et regagne la Galilée. Il semble qu’il veuille se mettre à l’abri d’une action d’Hérode Antipas contre lui. Chalom Jésus y fera allusion.
C’est au cours de ce voyage que se déroule l’entretien de Jésus avec la Samaritaine. Et les samaritains du village de Sychar sont nombreux à adhérer à la Foi à la suite du témoignage de cette femme, la première à qui il déclare ouvertement être le Messie.
Je le suis, moi qui te parle. ?
L’année suivante, alors que le temps de la Pâque est proche, Jésus ne monte pas à Jérusalem. Jean Baptise a été emprisonné à Machéronte et ne va pas tarder à être exécuté sur ordre d’Hérode Antipas.
Est-ce là la raison de l’absence de Jésus à Jérusalem pour la Pâque ?
Tu risquais de connaître le même sort, d’autant que l’année précédente tu t’étais fait remarquer en renversant les tables des changeurs et autres marchands du Temple. Tu es donc resté en Galilée. Tu aurais voulu éviter Tibériade mais des gens de cette ville et des autres localités suivaient tes traces… (Chalom Jésus, pages 36/37).
Précédemment, Jésus, mal accueilli dans la synagogue de Nazareth , pourtant la ville de son enfance et sur le point d’être lapidé,
avait parcouru les villes et les bourgs de Galilée, enseignant dans les synagogues et guérissant les malades. Il se faisait accompagner de ses premiers disciples.
Il les avait ensuite rassemblés pour les préparer à se rendre deux par deux dans les villages où lui-même devait passer, leur conférant ainsi une autorité nouvelle, puisqu’ils participeraient plus activement à sa mission messianique.
Mais pour cette première mission importante, il leur avait édicté des ordres précis:
Ils ne devaient pas se rendre chez les Gentils (population d’origine païenne, nombreuse en Galilée), ni chez les Samaritains souvent païens et d’origine étrangère. Leur mission s’adressait seulement aux juifs, au petit peuple de Galilée et ce ne devait pas être sans raison.
Il leur enjoint de s’adresser (d’abord) aux brebis perdues de la Maison d’Israël.

Ici, c’est l’évangile de Luc qui va nous aider à comprendre (Luc,ch.9,v.1/6) .
N’était-ce pas pour les inviter à se regrouper autour de lui en un lieu symbolique de rassemblement ?
Alors que la Pâque était proche et que, en grand nombre, les juifs de Galilée organisaient leur marche pour faire route vers Jérusalem où ils célébreraient la Pâque en mangeant l’agneau pascal commémorant leur départ d’Egypte, c’est un véritable peuple que nous voyons se regrouper autour de Jésus dans une zone désertique, image du désert dans lequel le peuple hébreux a cheminé durant quarante ans et où il a connu la faim.

Au retour de cette mission, les disciples rejoignent Jésus près de Bethsaïde (la ville du disciple Philippe) dans cette zone désertique qu’ils gagnent en barque.
Et c’est dans cette région de caractère désertique mais autour de laquelle il y a de nombreux villages où les auditeurs du Christ pourraient aller se ravitailler comme vont y faire allusion les disciples, que la foule se précipite à leur suite et même les y devancent comme s’il s’agissait d’un lieu de rendez-vous fixé. Luc évalue cette foule à cinq mille hommes sans compter les femmes et les enfants.
Ce lieu de rassemblement ne serait-il pas celui des Béatitudes ? Matthieu (ch 12,v.15/21) rappelle une prophétie d’Isaïe :
Voici mon serviteur que j’ai élu,mon bien-aimé qu’il m’a plu de choisir, je mettrai mon Esprit sur lui et il annoncera le droit aux nations. Il ne cherchera pas de querelles, il ne poussera pas de cris, on n’entendra pas sa voix sur les places, il ne brisera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui fume encore jusqu’à ce qu’il ait conduit le droit à la victoire. En son nom, les nations mettront leur espérance.

Jean est le seul des Evangélistes à dater cette rencontre sur le bord du lac dont les autres évangélistes ne précisent pas le moment.
Pessah, la fête des Judéens était proche, écrit-il.
Que le Christ y ait voulu longuement enseigner la foule ? Certainement:
Mais pourquoi fallait-il multiplier les pains ? Parce qu’il y avait famine? Parce que les cinq mille hommes, ?sans compter les femmes et les enfants ? qui t’avaient rejoint n’avait rien à se mettre sous la dent ? Cet élément ne ressort pas des écrits de référence et n’apparaîtra que dans les doublets (autres textes des évangélistes faisant allusion à une autre multiplication des pains plus tardive.dans Matthieu et Marc) Les textes notent au contraire que la foule s’apprêtait à aller acheter de la nourriture.

Alors pourquoi le miracle …?
Pour Jean, il y a plus, beaucoup plus:
C’est parce que le Pessah des Judéens est proche que tu vas retenir ceux de Galilée et partager avec eux le pain du miracle.
Dès que tu t’es aperçu de la présence de la foule, tu as demandé à Philippe de te procurer les éléments rituels nécessaires à la réunion, en l’occurence du pain qui puisse suffire aux quelques milliers de personnes rassemblées…demande purement formelle puisque tu savais ce que tu allais faire: Multiplier pour que la nourriture suffise à tous les cinq pains d’orge et deux poissons, qu’un jeune garçon avait apporté.)

La pâque juive est la plus solennelle des fêtes juives parce qu’elle rappelle la sortie d’Egypte d’un peuple pauvre sortant enfin de l’esclavage sous la conduite de Moïse. Ce peuple a connu de douloureuses pérégrinations durant quarante ans dans le désert. Là il a connu la faim jusqu’au jour où le Pain du Ciel, dénomination qui qualifie la Manne cette nourriture venue du ciel renouvelée chaque jour, nourrira le peuple tout le temps qu’il demeurera encore dans le désert.)

Mais dès lors que cette foule n’ira pas fêté Pessah à Jérusalem, elle n’accomplira pas le sacrifice de l’agneau:
Le sacrifice de l’agneau pascal ne pouvait être effectué que dans le seul lieu où séjournait l’arche d’alliance , la tente où le Seigneur faisait reposer son Nom.
Plus tard la tente du Seigneur sera installée à Silo, détruit au cours d’une guerre) puis à Jérusalem sous une tente jusqu’au jour où sera édifié le Temple. Celui-ci détruit par Nabuchodonosor , les sacrifices seront interrompus jusqu’à la consécration du Temple reconstruit sous Néhémie, environ 75 ans plus tard, et agrandi par Hérode le Grand dans les temps de la naissance de Jésus. Il ne durera que quelques années. Détruit par Titus en 70, il n’a jamais été reconstruit et les sacrifices d’animaux ainsi que celui de l’agneau pascal seront définitivement interrompus, puisqu’il n’y aura plus de lieu d’offrande et il n’y aura plus à renouveler le sacrifice offert définitivement par le Christ. Avec le sacrifice du Christ sur la Croix, il n’y aura désormais plus besoin d’autres sacrifices puisque le véritable Agneau aura donné sa vie pour le salut de tous.
Mais le mémorial de la Pâque subsiste toujours au cours d’un repas religieux, le Seder, pour passer ensemble la nuit de la protection
qui rappelle les bontés de Dieu délivrant son peuple. Au cours de ce repas on célèbre par quatre calices les quatre aspects de la délivrance par Dieu (voir ?Mon frère Jésus ? de Chalom Ben Chorin pages I71/173)
La pâque souvenir de la sortie d’Egypte continuera à être marquée par la consommation des pains azymes , pains sans levain, les Matsot
rappelant le souvenir de la Manne, le pain venu du ciel .

Les juifs venaient de partout à Jérusalem pour trois grandes fêtes : La Pâque commémorant la libération de l’esclavage en Egypte du petit peuple élu, conduit par Moïse et le passage de la Mer Rouge.
Chavouot (sept semaines après la Pâque) commémorant la scène du Sinaï où, selon la tradition rabbinique, la Torah fut promulguée,
Soucot (cabanes) où les juifs habitent des demeures fragiles en souvenir de la protection divine accordée par Dieu dans le désert (Lévitique ch. 23, v.42/43)
Seuls donc ceux qui viennent à la fête peuvent participer au sacrifice et à la manducation de l’agneau. Les autres, demeurés chez eux, la célébreront en partageant au repas les pains azymes, symboles de la pauvreté mais aussi de l’assistance de Dieu envers son peuple..

Matthieu nous dit qu’au moment de la mort du Christ le voile du Temple se déchira en deux du haut en bas, la terre trembla, des rochers se fendirent… (Matthieu ch.27, v.51/54). Dès cet instant le Temple n’est plus la demeure privilégiée où était vénéré le Nom divin même s’il subsiste encore quelques années.Le sacrifice du Christ sur l’autel de la Croix n’a plus à être renouvelé par d’autres sacrifices sanglants, et le Temple n’a plus de raison d’être désormais puisque le véritable agneau pascal a été immolé sur la Croix.

Note:
Disons en passant que les Musulmans ne reconnaissent pas la divinité du Christ. Ils n’ont pas de sacrifices animaux tels que les Juifs autrefois. La fête de l’Aït el Kébir des Musulmans comporte le sacrifice d’un mouton, mais rappelle seulement la substitution d’Isaac (pour eux Ismaël) déjà lié sur l’autel par son père Abraham pour être offert en sacrifice, remplacé par un bélier et n’a donc rien de commun avec l’antique fête de la Pâque.
Pour les chrétiens, il n’y aura jamais de substitution à l’unique sacrifice de la Croix.
Le Saint Sacrifice de la Messe n’est pas chaque fois un nouveau sacrifice mais le mémorial de l’unique sacrifice accompli par le Christ
une fois pour toutes et dont nous faisons mémoire à chaque Eucharistie, c’est-à-dire en actions de grâces. (voir l’Epître aux Hébreux).
Offrande sacrificielle du pain et du vin, le pain étant du pain azyme c’est à dire non fermenté par du levain : C’est le pain nouveau signe de la vie nouvelle sur lequel descend à la consécration l’Esprit Saint promis par Jésus: Il vous est bon que je m’en aille, si je pars,le vous enverrai mon Esprit.. .

Mais revenons maintenant aux évènements qui concernent la multiplication des pains dans le désert près de Bethsaïde:
Cette année là, deuxième fête de Pessah de la vie publique de Jésus, le Christ ne se rend pas à Jérusalem.
Nous sommes peu après l’exécution de Jean-Baptiste par Hérode Antipas dans la forteresse de Machéronte. Jésus sent peser sur lui la menace de cet Hérode qui sera sûrement dans son palais de Jérusalem pour les fêtes et pour qui Jésus ne doit plus être un inconnu après l’esclandre de la première fête de Pessah l’année précédente au cour de laquelle il a expulsé les marchands du Temple et qui se demande si ce Jésus n’est pas Jean qu’il a fait décapiter et qui serait ressuscité…

Restant en Galilée, celui que Jean annonçait comme celui qui doit venir , retournait au désert comme un nouveau Moïse pour donner la nouvelle Manne, celle qui ne se contenterait pas de donner à chacun sa part journalière (celle que nous demandons dans le Notre
Père mais qui doit nous combler : Non seulement pain matériel, pur de tout levain, mais Pain de la Parole qui fait vivre pour le présent et pour l’avenir et que symbolisent les douze paniers qui resteront après que tous auront été rassasiés.
Déjà dans le premier Temple avait été conservé un peu de la Manne, ce pain du ciel , qui avait nourri les Hébreux dans le désert, marquant ainsi leur confiance que Dieu ne les abandonnera pas . Et Jésus annonce ici le Pain Nouveau qui donne la Vie.
Avec l’Eucharistie, Jésus est réellement présent sans cesse parmi nous.

Deux faits importants se déroulent sur deux jours:
Le premier, c’est la multiplication des pains pour nourrir toute la foule que Jésus a rassemblée et qu’il a nourri de sa parole avant de célébrer avec tous le Seder pascal , repas accompagné des matsot, les pains azymes, tel qu’il est toujours célébré partout dans le monde, chez les juifs pieux. .
La multiplication des 5 pains et des 2 poissons rassasient la foule.
Ces pains, en effet, ne sont pas des pains ordinaires mais en ce temps proche de la Pâque, ce sont les matsot, ces pains azymes qui commémorent la Manne ce pain venu du ciel. Et à nouveau ici, par la multiplication des matsot, par le Christ Messie, et accompagnant les paroles de son enseignement à la foule, c’est vraiment le pain divin qui rassasie les corps et les âmes.(Chalom Jésus, pages 40/44)

Dans la Bible on trouve un certain nombre de textes qui expriment que l’on se nourrit de pain, que l’on se nourrit de la Torah, que l’on se nourrit de la parole de Dieu et que l’on est vraiment rassasié lorsque ces deux nourritures viennent combler le rabbin ou le fidèle qui cherche la Vérité : Les rabbins ne disaient-ils pas que seul l’enseignement des mangeurs de manne était pareille à la Voix de Dieu qui parvenait à chacun selon ses capacités intellectuelles. Et voudrait-on imaginer que, dans la Torah dictée par Dieu à Moïse, ce fut le hasard qui de toutes les lettres de l’alphabet, il n’en manque pas une seule, a sorti le verset accordant sa mesure de manne à chacun en Israël ?
Manger la manne, c’est manger le Livre: Voilà pourquoi elle rassasiait ?.

La journée du lendemain se déroule à Capharnaüm. Très vite, elle va devenir une discussion entre Jésus et les chefs de la Synagogue.
Elle sera une très lourde journée qui marque un tournant dans la vie du Messie. Il va se trouver abandonné par un groupe important de ceux qui, attendant un Messie restaurateur politico-religieux d’Israël , ne comprendront plus ses paroles et s’en affecteront définitivement.
Tard dans la soirée, Jésus a renvoyé la foule, puis il lui a échappé pour partir seul longuement prier dans la montagne.
Ses disciples l’ont précédé dans la barque très vite battue par des flots déchaînés .
Les disciples sont saisis de peur et leur peur redouble lorsqu’ils croient voir surgir un fantôme; c’est Jésus qu’ils prennent pour tel et qui les rejoint en marchant sur les flots. Les profondeurs des mers et les tempêtes sont pour eux les lieux et les manifestations des puissances diaboliques.
La tempête se calme lorsque Jésus monte à bord et ils constatent qu’ils sont déjà arrivés à bon port.
Commence alors de bonne heure la deuxième journée:
La foule qui a cherché Jésus très tard le retrouve au matin et s’étonne qu’il soit déjà là: Maître, comment es-tu arrivé ici ?
Jésus ne se fait pas d’illusions: En vérité, ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez mais parce que vous avez mangé des pains à satiété. Il faut vous mettre à l’oeuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure pour la vie éternelle, celle que le Fils de l’homme vous donnera car c’est lui que le Père qui est Dieu a marqué de son sceau.

Mais laissons à nouveau la parole à l’auteur de Chalom Jésus ?.
L’an passé,( à Jérusalem) les Judéens ne t’avaient pas écouté , alors tu es retourné en Galilée et Pessah étant proche, tu as résolu de prouver à la foule réunie sur les bords du lac ce que les gens de Jérusalem, eux, n’ont pas accepté, que tu es l’envoyé de Dieu, celui que Moïse a prédit, que nous lisons dans le Deutéronome où il annonce que Dieu suscitera pour vous un prophète comme lui.
Ce verset, tes disciples Pierre et Etienne vont en user pour te désigner comme le continuateur de Moïse.
Ton identification avec lui est du reste un thème constant dans les récits de tes apôtres.
Pour Jean, le miracle que tu as accompli en marchant sur le lac évoque à la fois le souvenir de Moïse (la traversée de la mer Rouge avec les Hébreux) et celui de Josué, (passage du Jourdain à pied sec pour entrer en terre promise) premier successeur de Moïse chargé par Dieu de faire entrer les tribus d’Israël en Terre promise.

Tu le sais,rabbi, les miracles lacustres ou fluviaux sont étroitement liés à la Pâque.
Il y a eu l’enfant Moïse sauvé des eaux, le passage de la mer Rouge qui paracheva la libération des Hébreux.
Quant à la traversée du Jourdain non moins miraculeuse sous Josué, elle s’est produite le 9 ou le 10 Nisân,
à l’approche immédiate du premier Pessah en Canaan.
Le Baptême de Jean préparait à l’accueil du Messie et notre baptême fait de nous les fils adoptés du Père.

A ton tour, rabbi, tu as agi comme envoyé de Dieu, investi de fonctions prophétiques et messianiques.
la multiplication miraculeuse des matsot que tu as distribuées à chacun correspond à la répartition non moins miraculeuse de la Manne, (cette nourriture qui cessa le jour même du passage du Jourdain).
La réplique que tu adressas aux Judéens. Ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du Ciel…mais c’est mon Père ? devait être connue à ton époque.
Pour la foule qui avait été bénéficiaire la veille de la multiplication des pains (Matsot), Jésus avait accompli un prodige qui faisait de lui un homme d’exception , un nouveau Moïse, mais pouvait-il se qualifier comme le véritable envoyé de Dieu ?

La longue dispute qui suit rassemble dans la synagogue de Capharnaüm ou alentour, non plus la foule qui hier soir s’apprêtait à le proclamer roi dans un mouvement populaire auquel il s’est dérobé , mais les chefs religieux auxquels se sont joints de nombreux auditeurs aux côtés des disciples de Jésus.
Comme autrefois les princes des prêtres étaient venus interroger le Baptiste, ici, il s’agit pour eux de déterminer si Jésus est le Messie promis ou s’il est le faux prophète dont Moïse disait qu’il ne faudrait pas l’écouter.
Pour beaucoup, dans ce petit pays tombé sous la coupe de l’Empire romain , le Messie est espéré comme un chef charismatique qui restaurera la liberté et l’indépendance du peuple de Moïse, sous la conduite d’un descendant de David.
Or, Jésus est un descendant de David.
Jésus avait disparu dans la nuit précédente alors qu’on était sur le point de l’enlever pour le faire roi.
Il doit donc être investi par Dieu lui-même par un signe extraordinaire montrant qu’il est bien le Messie attendu.
Souvent encore par la suite on lui demandera un signe exceptionnel un prodige servant de preuve qu’il refusera toujours de faire.

Le seul signe auquel il invitera ses interlocuteurs à se référer, ce sera le signe de Jonas sous ses deux aspects qu’il laisse sous-entendre: D’une part la conversion des habitants de Ninive à la seule parole de Jonas et d’autre part le séjour de Jonas dans le ventre d’un monstre marin durant trois jours et dont il n’est rejeté que pour accomplir sa mission auprès des Ninivites (sortie de l’abîme de la mort au bout de trois jours annonçant le signe de sa résurrection.)
Ses pouvoirs miraculeux montrent qu’il est bien un homme de Dieu, un thaumaturge, mais par quel signe irréfutable peut-il se révéler être le Prophète , le nouveau Moïse ?
Quand il accomplit le miracle de la multiplication des pains, est-ce un signe suffisant ? Quand on est prêt le proclamer roi, c’est lui qui s’enfuit . Déception.
Quand il déclare: Je suis le pain qui descend du ciel ? les juifs qui murmurent à son sujet, ajoutent:
N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère ? Comment peut-il déclarer
maintenant: :Je suis descendu du ciel ? ?
Et voici que Jésus proclame Dieu son Père. Comment un homme même prophète peut-il se proclamer fils de Dieu.
C’est un blasphème qui le condamnera lors de son procès.
Le dialogue est mal engagé .
Jésus se situe en comparaison avec la nourriture de la manne:
Le pain donné par Dieu, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel, car le pain de Dieu c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde….
Alors Jésus cherche mais en vain à leur expliquer:
Cessez de murmurer entre vous. Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’ a envoyé ne l’attire, et moi je le ressusciterai au dernier jour.
L’annonce de la résurrection est une pierre de plus qui divisera les Pharisiens et les Saducéens à son sujet, mais pour l’instant Jésus leur parle un langage qu’ils ne pourraient entendre que si déjà ils étaient dans l’esprit de chercher à comprendre ce que Jésus veut leur expliquer à partir de la multiplication des matsot de la veille au soir.

Jésus poursuit: Dans les prophètes, il est écrit: Tous seront instruits par Dieu. Quiconque a entendu ce qui vient du Père et reçoit son enseignement vient à moi. C’est que nul n’a vu le Père si ce n’est celui qui vient de Dieu. Lui, il a vu le Père…
Je suis le pain de vie.
Et Jésus revient sur la comparaison entre la manne et ce nouveau pain qu’il apporte au monde, le pain vivant de sa personne.
Au désert vos pères ont mangé la manne et ils sont morts. Tel est le pain du ciel que celui qui en mangera ne mourra pas.
Je suis le pain vivant qui descend du ciel (c’est-à-dire envoyé par le Père, ce Nom nouveau que Jésus donne à Dieu qui se fait tout proche de l’homme en sa personne. Dieu incarné pour parler un langage humain .
Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mange de ce pain vivra pour l’éternité.

A plusieurs reprises, les Pharisiens et les Saducéens continueront pour lui tendre un piège, lui demander
un signe qui vienne du ciel. (Mc ch.8,v.11/13 – Matthieu ch.12 v.38/39 – Luc . ch.11 v.16,29 et ch.12 v. 54/56)

La réponse de Jésus s’exprime ainsi: Le soir venu,vous dites: Il va faire beau car le ciel est rouge feu. Et le matin, aujourd’hui mauvais temps car le ciel est rouge sombre. Ainsi vous savez interpréter l’aspect du ciel; et les signes des temps, vous n’en êtes pas capables ? Génération mauvaise et adultère qui réclame un signe, il ne lui en sera pas donné d’autre que le signe de Jonas.

Le signe de Jonas est double: D’une part Jonas, envoyé par Dieu pour annoncer la prochaine destruction de Ninive, coupable de trop de crimes refuse cette mission et s’enfuit sur les océans. Rattrapé par la tempête, l’équipage le jette à la mer où un monstre marin l’avale. Il reste ainsi trois jours dans le ventre du monstre avant d’être rejeté sur une plage. Dès lors il accomplit sa mission à Ninive et cette ville toute entière fait pénitence. Dieu renonce au châtiment. Jonas signe du pardon de Dieu pour le péché des hommes est aussi signe annonçant la mort et la résurrection du Messie.

Jésus poursuit.
Le pain de Dieu c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.
Et le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie.
C’est moi qui suis le pain de vie, celui qui croit en moi n’aura pas faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif…

L’expression « corps et âme » correspond à l’expression juive Chair et Sang ?. Le sang exprime la vie . Qu’il soit répandu et c’est la mort de l’être de chair.
La chair c’est la personne toute entière, c’est l’humanité totale de cet être à la fois fils de l’homme et fils de Dieu, son vrai Père qui devient le nôtre par adoption et qui se donnera jusqu’à la mort physique. La résurrection devient ainsi le signe visible demandé par lequel le Fils de l’Homme devient le signe suprême de la Vérité.
Mais ce signe viendra à son heure et pour l’instant le vrai disciple, c’est celui qui adhère à la Parole de celui qui par le miracle des Matsot se proclame l’envoyé du Père, le nouveau législateur annoncé par Moïse.
Au désert, vos pères ont mangé la Manne et ils sont morts. Tel est le pain qui descend du ciel que celui qui en mangera ne mourra pas.. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie..

Pour les interlocuteurs de Jésus, par ce discours il en rajoute encore dans l’incompréhensible pour eux:
Les juifs se mirent à discuter entre eux: Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?
Et Jésus semble les pousser dans leur refus de l’entendre.
Jésus confirme encore ses paroles:.Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous… Et moi je le ressusciterai au dernier jour.

Rappelons ici le sens de la manducation chez les juifs: nourriture spirituelle et nourriture matérielle ne faisant plus qu’un pour rassasier entièrement.

L’expression « la chair et le sang » est une expression familière dans le langage biblique. Elle signifie l’être humain en tant qu’il est vivant. La chair c’est l’humanité et le sang c’est la vie de cet être humain . Etre privé de son sang, c’est la mort, et
la décomposition de l’être. Sur la croix, le Christ perd tout son sang, il se donne tout entier mais c’est dans ce don total que
la Vie devient Eternité; Et sa mort est pour nous promesse divine d’éternité.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour.
Se nourrir de la chair du Christ, c’est se nourrir de toute la richesse de sa personne qui nous transforme peu à peu en Christ.
En entendant ces paroles beaucoup de juifs et beaucoup de disciples commencent à dire:
Cette parole est dure, qui peut l’écouter ?

Jésus leur dit: C’est donc pour vous une cause de scandale ? Et si vous voyiez le Fils de l’Homme monter là où il était auparavant. C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et Vie.
Et cet acte sera réalisé au matin de l’Ascension oû Jésus disparaît dans la nuée de lumière..
Dès lors beaucoup de disciples l’abandonnent et cessent de faire route avec lui.
Jésus ne les retient pas Il ne s’impose jamais et s’adresse à ceux qui restent: Et vous,ne voulez-vous pas partir ?
Pierre répond au nom des autres:
Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

Jésus continue à parcourir la Galilée mais évite désormais la Judée où ses ennemis sont nombreux et ne se cachent pas de vouloir le faire périr. Mais son heure n’était pas encore venue…
Et Jésus pourra dire à un homme qui se proposait à venir à sa suite:
Le Fils de l’Homme n’a pas une pierre où reposer sa tête.

Le chapitre 7 de St Jean exprime toutes les contradictions dont Jésus est devenu la victime, d’une partie de sa famille, de la foule qui le traite de possédé du démon, de tentatives d’arrestations, de pièges tendus…

Est-ce à partir de ces événements que le Christ s’entretien avec les foules en employant le langage de la parabole ?
(Matthieu ch.13,v.10/17 et v.31/35). Relisons l’évangile de Matthieu:
:..Les disciples s’approchèrent et lui dirent: Pourquoi leur parles-tu en paraboles?
Il répondit: ?Parce qu’à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux tandis qu’à ceux-ci cela n’est pas donné…Voici pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre et pour eux s’accomplit la prophétie d’Isaïe..:
Le coeur de ce peuple s’est épaissi, ils se sont bouchés les yeux pour ne pas voir de leurs yeux,ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur coeur et pour ne pas se convertir. Et je les aurai guéris.
Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient et vos oreilles parce qu’elles entendent: En vérité beaucoup de prophètes, beaucoup de justes ont désiré voir ce que vous voyez, que vous entendez et ne l’ont pas entendu. Et plus loin Matthieu revient sur ces paroles:
Tout cela Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète: C’est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.

Et Chalom Jésus ! a bien saisi le tragique d’un Messie attendu souvent dans l’anxiété et que la plupart récuseront car il n’est pas tel qu’on l’attendait.
Rabbi, tu fus un provocateur .Reste que dans le camp des rabbins qui fut le tien, tu es resté minoritaire à une époque où toute décision rituelle ou législative était prise à la majorité.
Si tu n’avais cherché qu’à guérir, qu’à consoler, peut-être t’auraient-ils accordé le libre exercice de tes activités…
Mais tu as exploité tes dons particuliers et merveilleux pour faire la preuve de ta mission divine. Tu allais guérir un paralytique pour que vous sachiez, disais-tu à l’assistance, que le Fils de l’Homme a le pouvoir sur la terre.. ?
Et quel pouvoir ? Celui même de Dieu de pardonner les péchés du monde.
Il fallait que le Christ fût à la perfection l’Innocent qui dérange .
Et çà, les gardiens de Jérusalem ne pouvaient l’admettre. ( Chalom Jésus ! pages 63/64…)

Le refus du Messie ne pouvait connaître qu’une seule fin : Le supplice et la mort:
Le premier qui dit la Vérité, il faut qu’il soit exécuté.

La victoire du Messie sur le mal, sur la haine, sur le mépris c’est sa victoire par sa mort et sur la mort, celle que proclame le centurion païen au pied de la Croix: Et ce chef de bourreaux devient un Juste par ce témoignage.
Vraiment cet homme était Fils de Dieu !

Et à ce titre il était vraiment celui qui pouvait affirmer : Je suis la Voie, la Vérité, la Vie
Celui qui se nourrit de ma chair et de mon sang, celui-là possède la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.
La Résurrection est le signe de la Vérité du Christ.
Et si le Christ n’est pas ressuscité , notre Foi est vaine , affirme Saint Paul . Dès lors notre Espérance s’effondre et nous sommes les plus malheureux des hommes (I Corinthiens ch.15)

Pierre, le renégat de la nuit de l’arrestation de Jésus, est le même qui proclame au jour de la Pentecôte
(Actes, ch.2, v.14/36) la première catéchèse à la foule émue:
…… Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes tous témoins… Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude: Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié.

François Le Quéré