LA PETITION DE MGR CENTENE

C’est le nouveau registre des autorités catholiques, inquiètes d’être incomprises et persécutées. Sans doute imprégnées par une sensibilité compassionnelle volontiers sirupeuse, nos hommes d’Eglise se complaisent dans la déploration d’une sorte de persécution universelle. Y compris, selon Mgr Silvano Tomasi, l’observateur Permanent du Saint-Siège près des Bureaux de l’ONU à  Genève en raison de leur position sur l’homosexualité qui leur vaut d’être victime d’intolérance! Sans commentaire.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer la pétition lancée récemment par Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes, en solidarité avec les chrétiens persécutés dans le monde, et pour le respect de la liberté religieuse et de conscience. Personne sur le fond ne peut être en désaccord avec le texte même de cette pétition. Personne ne saurait nier la recrudescence de persécutions violentes et meurtrière contre les chrétiens.

Ainsi, récemment, en Inde centrale, un prêtre catholique de 45 ans a été agressé et gravement blessé dans la nuit du 29 au 30 mars; des groupes extrémistes hindous ont récemment bloqué un véhicule transportant des statues composant les stations d’un Chemin de Croix d’une paroisse catholique, pour ensuite les détruire. ce n’est qu’un exemple mentionné par le site VVVV, parmi d’autres.

Pourquoi alors nos réserves à  soutenir une cause qui semble pourtant aussi bien établie? Parce qu’elle se focalise uniquement sur le sort des chrétiens. Parce qu’elle semble insinuer – en réaction peut-être à  une attitude contraire qui peut il est vrai exister – que leur malheur mérite plus d’attention et de déploration que celui des autres. Parce que ce qu’on leur fait subir semble constituer un argument fort dans une nouvelle perspective apologétique. Comme si le fait d’être persécuté voulait dire qu’on a automatiquement raison dans ses positions. Comme si cet acharnement haineux contre les disciples du Christ, impossible à 
nier, justifiait par la bande l’intransigeantisme de certains d’entre eux, y compris parmi les hauts responsables de la hiérarchie. Suivez mon regard.

Il faut rappeler que Raymond Centène avait d’ores et déjà  placé sa traditionnelle cérémonie des voeux aux Morbihannais sous le signe de la
défense de la liberté religieuse dans le monde, samedi 15 janvier 2011.
N’hésitant pas à  parler de « christianophobie ». En faisant ainsi bloc, dans une perspective défensive et identitaire, il n’est pas certain que les chrétiens qui ont véritablement maille à  partir avec des intégrismes en soient bénéficiaires. L’intégralisme des uns excite l’intégrisme des autres.

Brésil : les cent jours de Dilma Rousseff

Les cent jours d’un nouveau gouvernement, c’est un moment plus symbolique, que significatif. Mais voilà , ce sont les cent jours de la première femme élue présidente du Brésil en 500 ans d’histoire.

Après avoir été éreintée par les média à  propos de son poids, sa façon de s’habiller, ses cheveux, son style personnel, Dilma Rousseff est enfin jugée sur ses propres actions.

D’après les enquêtes d’opinion, 73% des Brésiliens approuvent sa politique, 56% des personnes interrogées qualifient son gouvernement d’« excellent » ou de « bon ». Au début de son premier mandat, Lula, atteignait 51 % d’approbation, et Fernando Henrique Cardoso, pour la même période, seulement 41%.

C’est pour sa politique de lutte contre la faim que Dilma est le mieux évaluée et le moins bien pour sa politique de santé et sa réforme fiscale.

Le combat pour l’éradication de la misère, choisi comme objectif principal de ce gouvernement, est maintenant identifié “ la misère est principalement féminine et noire. Il y a plus de femmes et de noir-e-s parmi ceux qui ont les plus bas revenus “ et quand on parle de misère, on en parle au féminin. Dilma a intégré ce message dans son discours et ses actions et demandé à  ses ministres d’orienter leurs actions en ce sens dans leurs domaines de compétences.

Un fort lobby de l’Eglise

Promesse de campagne, le ministre de la Santé a récemment appelé les représentantes des associations féministes du Rede Feminista de Saàºde e Direitos Sexuais e Direitos Reprodutivos (Réseau féministe de santé, des droits sexuels et des droits reproductifs) pour les consulter sur un projet. A leur grand étonnement, elles se trouvèrent en présence d’une autre invitée à  la réunion, la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB).

Le projet en discussion ? Mère-cigogne, un plan de santé privilégiant les mères et leurs bébés, constitué d’un ensemble de mesures garantissant à  toutes les Brésiliennes, grâce au SUS (Système unique de santé publique), des soins appropriés, sà»rs et humanisés dès la confirmation de la grossesse et pendant les deux premières années de la vie du bébé.

Cependant, les féministes commencent à  s’inquiéter. Depuis 1988, elles ont formulé et fait inscrire dans la nouvelle constitution, le PAISM. Ce plan d’attention intégrale à  la santé des femmes inclut un suivi de toutes les phases de la vie, comprend les droits reproductifs “ le droit à  l’information et à  l’accès aux méthodes contraceptives (1), ainsi que les soins dans les cas d’avortement prévu par loi (2). Mais “ surprise ! “ le projet annoncé récemment ne parle que de la santé de la mère et de son nourrisson¦ Un gage de bonne foi envers l’Eglise qui avait déjà  obtenu la promesse de Dilma Rousseff, lors de la campagne présidentielle, de bloquer les avancées en matière d’avortement.

« Quand les femmes avancent, le Brésil avance ! »

Mais on sent une position ferme du gouvernement en faveur de la défense des droits humains avec la création d’une Commission de la vérité et de la justice, qui a pour objectif de rétablir la véritable histoire des années de lutte contre la dictature militaire au Brésil. Position affirmée également en matière de défense des droits humains au niveau international.

En ce moment, une réforme est en cours sur les questions du financement des partis (que les partis de gauche souhaitent exclusivement public), de la fidélité partidaire, qui empêcherait les candidat-e-s de changer de parti une fois élu-e-s, et de l’alternance sur les listes électorales de candidat-e-s hommes et femmes.

A la télévision, un spot de publicité gouvernementale montre une petite fille en train de jouer, avec en voix-off : « Elle ne le sait pas encore, mais elle peut devenir ingénieure, ouvrière, infirmière, docteresse, ou même présidente. Quand les femmes avancent, le Brésil avance ! » C’est ce que les Brésilien-ne-s espèrent, en organisant leurs demandes et en donnant un peu plus de temps à  leur nouvelle présidente.

Rachel Moreno “ Collaboratrice EGALITE Brésil
Lien et source url : http://www.egalite-infos.fr/2011/04/15/bresil-les-cent-jours-de-dilma-rousseff/

(1) Les contraceptifs sont en accès libre aux Unités basiques de santé.

(2) Au Brésil, l’avortement est légal uniquement en cas de viol ou de risque pour la vie de la mère.

BEATIFICATION DE JEAN PAUL II :
De la remise en cause de Vatican II
à  la répression de 1000 théologiens

Lorsqu’il est choisi en 1978 pour succéder à  l’éphémère Jean-Paul I, Jean-Paul Il est encore perçu par beaucoup comme un ardent promoteur des idées de Vatican II. Si ceux qui l’élisent avaient relu attentivement les documents de Vatican II et notamment la fameuse constitution dogmatique de l’Eglise, ils se seraient en vérité avisés de ce que, tout en acceptant certains changements superficiels de la liturgie, Wojtyla entendait avant tout préserver une Eglise hiérarchisée et que, sur les problèmes de fond, il était aussi réactionnaire que son compatriote le cardinal Stefan Wyszinski, le redoutable primat de Pologne…

De même beaucoup ignorent encore à  cette époque les rapports privilégiés qu’il entretient avec un groupement catholique de droite qui s’est développé à  l’ombre de l’Espagne franquiste, l’ Opus Dei. .. S’il fallait définir Jean-Paul II par une formule-choc on pourrait dire de lui qu’il est un « intégraliste populiste »…

En effet, sous un visage souriant, celui qui aime se pencher sur les boucles blondes des petits enfants, cache l’obsession d’une « société parfaite » au sein de laquelle, comme aux plus belles heures du Moyen Age, l’à‰glise, gardienne des institutions religieuses et civiles intimement mêlées, est la seule véritable force médiatrice et la seule source du salut spirituel. Profondément soupçonneux à  l’égard des sociétés pluralistes – et à  l’égard de tout pluralisme considéré par lui comme un cancer qui menace l’intégrité du modèle catholique – il n’est guère enthousiasmé par l’idée du  » peuple de Dieu  » – qu’il a d’ailleurs combattue au cours des travaux de Vatican II – à  laquelle il préfère un peuple au sein duquel, sur le modèle de sa chère Pologne, décidément référence incontournable, les troupes de laïcs oeuvrent à  exprimer leurs aspirations politiques, économiques et sociales dans des gestes et symboles religieux orchestrés par les  » voix  » des évêques et des prêtres qui ont le doigt pointé vers la  » vérité  » d’une foi qui ne souffre aucun doute, aucune déviation…

Un pape  » intégraliste populiste « 

Sous le masque bonhomme d’une personnalité au franc-parler positif se cachent en fait l’autoritarisme et l’ambiguïté d’un homme qui se veut le champion des droits de l’Homme mais en refuse l’exercice aux membres de son à‰glise. Oui au droit pour les pauvres à  un juste salaire et à  la possession de terres mais non – sauf en Pologne – à  l’action des prêtres et des religieuses qui veulent aider les pauvres à  s’assurer pareils droits sur les terrains politiques et sociaux… Au sein d’une vision incurablement eurocentriste, la Pologne – encore elle – brille comme le lieu de tous les possibles, un pont mythique entre l’Orient et l’Occident…

Le tiers-monde est réduit à  un rôle de figuration, celui d’un appendice honteux infesté par le communisme que le pape – effet du traumatisme polonais – détecte à  chaque coin de rue et dénonce inlassablement avec une virulence qui n’a d’égale que celle de son alter ego temporel, le président Reagan.

Un théologien italien ne dira-t-il pas que « Pour Jean-Paul Il, l’implication dans le politique n’est acceptable que si c’ est pour combattre le communisme » ? Ce à  quoi il s’est employé joyeusement sans se dire qu’appliquée sans discernement — une vertu pourtant bien nécessaire à  un pape – cette option aboutit habituellement dans le tiers-monde à  un cautionnement , comme aux Philippines, des régimes de droite, voire des dictatures les plus brutales…

« Christianiser » les confrontations pour retrouver l’âge d’or de la chrétienté

En vérité, ainsi que l’analyse finement un ambassadeur latino-américain auprès du Saint-Siège, l’insistance de Jean-Paul II à  faire adopter par l’à‰glise universelle sa propre perspective religieuse et culturelle a eu pour effet au fil des ans de détraquer l’évolution de nombreuses à‰glises locales. Ce que le Vatican – comme au Moyen Age – veut de toutes ses forces c’est gérer la politique étrangère de tous les pays o๠le catholicisme est implanté. Pour ce faire une seule méthode:  » christianiser  » les confrontations afin de faire surgir du tombeau le rêve d’un siècle oublié… « Un Dieu, une parole, un empereur, un empire. Pareille obsession va très vite conduire le Vatican et son timonier aux pires aberrations, aux pires injustices… En effet, alors que l’on sait par exemple quel rôle omniprésent l’à‰glise polonaise a joué de façon accrue ces dernières années, avec les encouragements incessants de Wojtyla, dans la vie politique et économique du pays, Jean-Paul II persiste à  se prononcer contre l’engagement des clercs dans la vie politique de leur à‰tat.

Ne disait-il pas en 1986 aux évêques brésiliens rassemblés pour être sermonnés : « Vous ne devez en aucun cas assumer le rôle de politiciens, d’économistes, de dirigeants ouvriers, voire tout simplement de guides intellectuels… »

On n’oubliera pas non plus la triste et édifiante histoire du cardinal philippin Jaime Sin qui perdit naguère la faveur de Sa Sainteté parce qu’il avait osé s’affirmer et s’engager sur le terrain politique en faveur de l’opposition demandant le départ du dictateur Ferdinand Marcos. Un comportement « insupportable » et durement sanctionné – Jean-Paul II omit de l’inviter au synode sur Vatican II en 1985 – alors que… à  la même époque le nonce apostolique, l’archevêque Bruno Torpigliani, s’affichait sans complexe et sans problème avec le dictateur et son épouse Imelda

La raison d’Eglise comme la raison d’Etat

Plus écoeurant encore… En 1987, alors que quelque 8 000 personnes – parmi lesquelles 2 000 enfants – sont détenues dans les geôles d’Afrique du Sud pour s’être opposées au régime que l’on sait, les évêques sud-africains manifestent publiquement leur désapprobation et leur inquiétude. Ils doivent alors subir deux sermons, l’un asséné par le président Pieter Botha, l’autre par le nonce apostolique, le Belge Jan Mees, qui leur rappelle que « L’à‰glise doit se tenir à  l’écart de la politique et cesser ses pratiques de dénonciation de l’apartheid ». Et de justifier son intervention par le fait que « le pape veut encourager le dialogue entre l’à‰glise et l’à‰tat en Afrique du Sud »…

On apprend alors que, de septembre 1982 à  juin 1985, la Banque du Vatican a été impliquée, via la Banco di Roma per la Svizzera, dans huit émissions de titres « irrévocablement et inconditionnellement garantis par la République d’Afrique du Sud » pour un montant global de… 252 mil-lions de dollars au bénéfice de… la ville de Johannesburg, du département des Postes et Télécommunications ainsi que des services de transport sud-africains…

Répondant à  une demande d’éclaircissements, le porte-parole de la Curie dira qu’il n’y a là  « rien d’immoral, les sommes concernées étant modestes… ».
Comme sa vision politique, les textes de Jean-Paul II sont imbibés d’une « sensibilité » toute polonaise et ne prennent leur véritable dimension que si on les lit en référence à  la réalité polonaise. Alors que Vatican II encourageait inlassablement les à‰glises locales à  développer des réponses originales aux réalités du siècle, Jean-Paul II veut homogénéiser l’enseignement de l’à‰glise sur les questions sociales pour aboutir à  une formule catholique romaine devant répondre à  tous les besoins comme le Vatican s’emploie à  définir un modèle de politique étrangère que devront relayer toutes les à‰glises locales. Il est par ailleurs éclairant de voir combien souvent, dans ses déclarations, Jean-Paul II se réclame de son prédécesseur Pie X alors qu’il ne cite jamais Jean XXIII… Un Pie X pourtant tristement célèbre pour qui le modernisme constituait la synthèse de toutes les hérésies. Un Pie X qui introduisit l’Index et excommunia bon nombre d’éditeurs et d’auteurs « non conformes » parce qu’ils refusaient son fameux « Serment sur le modernisme », aboli d’ailleurs par… Vatican II. Un Pie X qui fit fermer les séminaires « progressistes » et procéda à  un contrôle sévère des autres. Un Pie X qui fut à  l’origine de Sodalitium Pianium, un réseau d’espionnage ecclésiastique fonctionnant en Europe et aux Etats-Unis…

1000 théologiens à  l’index

Jean-Paul II a bien intégré l’héritage de Pie X et tout particulièrement l’idée que, si le Vatican veut garder la haute main sur le catholicisme mondial, il lui faut maîtriser ces pions essentiels que sont les théologies et leurs maîtres-d’oeuvre…

En Europe et aux à‰tats-Unis les théologies sont souvent perçues par le commun des croyants comme des objets quelque peu ésotériques destinés avant tout aux intellectuels.

Dans le tiers-monde en revanche, et particulièrement en Amérique latine, les théologies fonctionnent comme clefs de la foi et de leur implication au milieu de la pauvreté et de la répression. Elles prennent leur vraie dimension dans le creuset des communautés de base qui, en privilégiant les valeurs de sacrifice, de charité et de solidarité, n’hésitent pas à  défier ouvertement les autorités religieuses et civiles sur des questions brà»lantes comme la réforme agraire, le contrôle des naissances et le ministère des laïcs.

C’est donc particulièrement dans le tiers-monde que les théologiens, ces « gardiens de la foi », seront mis sous haute surveillance par le Vatican. Ainsi plus de mille théologiens ont été mise à  l’index sous le pontificat de Jean Paul II (cf. Golias Magazine n°35). Pour ce faire on réactive une machine de guerre quelque peu tombée en désuétude sous Jean XXIII et Paul VI. C’est la Congrégation pour la doctrine de la foi, un « oeil de Moscou » particulièrement craint au sein même du Vatican parce que ses décrets peuvent détruire des personnes, voire des à‰glises entières, ainsi qu’on le verra.

La Congrégation sera vraiment l’arme absolue du retour à  la loi et à  l’ordre romains. Elle permettra également de ramener sur le devant de la scène la Curie ou gouvernement central de l’à‰glise à  Rome dont le pouvoir a été quelque peu mis en veilleuse sous les deux papes précédents. Dans cette entreprise du « deuxième souffle » Jean-Paul II sait qu’il peut compter sur tous les vieux légionnaires de la Curie, sans compter le bataillon de choc des évêques allemands, un nid de mitrailleuses lourdes dans lequel il ira pêcher son Grand inquisiteur, le cardinal Joseph Ratzinger dont en 1981 il fait le préfet d’une Congrégation « reliftée ».

Joseph Ratzinger, l’homme clé de Karol Wojtyla

Ratzinger, c’est vraiment un vieux de la vieille qui, avant de devenir le gardien suprême de l’orthodoxie vaticane, a réglé la circulation dans les rues du catholicisme pendant d’interminables années, au fil d’un itinéraire quelque peu chaotique…

Fils d’un policier bavarois, enrôlé dans l’armée du troisième Reich, il entre au séminaire en 1946, convaincu que son pays est mà»r pour devenir le fer de lance de la renaissance du christianisme. De fil en aiguille il devient professeur de théologie. A 35 ans il est le conseiller théologique du cardinal Frings, le chef de file de l’aile conservatrice de l’à‰glise allemande.

C’est à  l’université de Tà¼bingen o๠il enseigne qu’il rencontre celui qui deviendra son ennemi mortel, le théologienHans Kà¼ng, un fervent partisan de Vatican Il qui, on le devine, n’est pas vraiment la tasse de thé de Ratzinger. Toujours plus sollicité par le pouvoir, il accède à  la cour des grands en devenant cardinal de Munich et rencontre un certain Wojtyla au synode des évêques en 1977. Tous deux .se découvrent une identique aversion pour le marxisme et caressent de conserve le rêve de restaurer l’à‰glise après les excès de Vatican II…

En 1979 la Congrégation pour la doctrine de la foi émerge de sa léthargie. L’un de ses premiers coups de balai sera pour Hans Kà¼ng à  qui les évêques allemands interdisent en 1980 de poursuivre son enseignement de la théologie.
Ce Suisse, conseiller des évêques allemands lors de Vatican II était entré en conflit ouvert et permanent avec la hiérarchie vaticane depuis la fin des années soixante. Il fallait bien qu’il finisse par payer le prix fort pour avoir trop souvent critiqué les structures de l’à‰glise et s’être interrogé un peu trop au goà»t de certains sur l’infaillibilité du pape…

Cet art officiel qui se pisse dessus, quel aveu !

L’affaire du crucifix sulpicien dans la pisse, vandalisé à  la Collection Lambert d’Avignon, dimanche 17 avril 2011, a fait pousser des cris d’orfraie aux fidèles de l’art contemporain officiel. Le délit attribué à  des intégristes catholiques ne signe-t-il pas un climat d’intolérance qui menace la liberté de création artistique ? C’est ainsi que, comme les trains, des intégristes peuvent en cacher bien d’autres.

La stimulation d’un réflexe de répulsion pour capter l’attention

Qu’on ne se méprenne pas, on condamne ce délit sans réserve comme toute violence contre les biens et les personnes. Celle-ci ne résout rien. On ne doit pas exprimer l’aversion que l’on ressent, comme l’ont fait les auteurs insensés de cet acte de vandalisme.

Mais le propriétaire du bien détruit et son exposant ne peuvent pour autant s’exonérer de leurs responsabilités : leur était-il si difficile d’anticiper les réflexes de répulsion, de condamnation voire de révolte que ne manquerait pas de provoquer chez des chrétiens ce traitement insolite, aussi gratuit que méprisant, réservé à  l’image symbolique du fondateur de leur religion et du supplice tragique auquel il est identifié, un crucifix baignant dans l’urine ? Et pourquoi pas en planter un, tant qu’on y est, dans un étron ? Quel musée ne serait pas preneur ?

Toutes les arguties incontinentes dont l’art contemporain officiel cherche à  masquer le plus souvent le vide de ses représentations indigentes, ne peuvent faire admettre ce montage que l’on juge détestable, même si on ne partage pas la foi chrétienne. On a ainsi entendu dire que l’urine et le sang avaient par temps d’épidémie de SIDA une signification particulière. à€ en en croire ses thuriféraires, ce crucifix dans le pipi serait un témoignage d’empathie envers les malades. Comment tomber dans le piège de ce leurre d’appel humanitaire pour justifier l’injustifiable ? On ne sache pas que ce genre de pitreries fasse des miracles, même si le thème de l’exposition d’Avignon était « Je crois aux miracles ».

De l’urinoir à  la pisse dans un musée

Car avant de scandaliser des croyants chrétiens, ce crucifix dans le pipi porte atteinte à  la noble idée que l’on se fait de l’art. La photo de l’immersion d’un crucifix sulpicien dans la pisse suffit-elle à  faire une oeuvre d’art ? Tout juste est-on en présence d’un mauvais gag de carabins éméchés pour faire scandale et parler de soi.

Il s’inscrit dans la tradition désastreuse d’un 20ème siècle qui s’est ingénié à  exhiber la « misère de l’art » dans tous ses états (1) : il s’agissait d’inventer n’importe quoi pour se présenter comme une avant-garde. Mais la logique de cette course sans fin est que l’avant-garde d’un jour se fait toujours dépasser par celle du lendemain et devient bientôt une arrière-garde qui ne mérite même pas qu’on s’en souvienne. Que peut bien signifier d’ailleurs dans l’aventure artistique ce lexique militaire sinon la mise au pas de l’art par le marché ?

C’est ainsi qu’un acte créateur avec tout le travail patient et difficile qu’il implique, n’a même plus été utile pour produire une oeuvre. L’idée la plus saugrenue, aussi vite réalisée que conçue, suffisait à  créer la surprise. Des musées ont accueilli sans honte des tableaux bleus, blancs, rouges ou noirs, accompagnés parfois d’ élucubrations sur l’épiphanie du « monochrome », comme « aboutissement d’un parcours ». Duchamp s’est permis, lui, d’exposer dans un musée un urinoir, baptisé « Fontaine ».

S’il a prétendu, cependant, faire oeuvre pédagogique en montrant, avant Mac Luhan, que « le médium est le message » et que, jouissant d’une autorité usurpée, le musée qui l’abrite, fait – hélas ! – l’oeuvre d’art par simple argument d’autorité implicite, nombre de ses imitateurs paresseux, eux, s’en sont donné à  coeur joie à  sa suite pour se faire passer pour des artistes. Est-il si étonnant qu’après le contenant, un musée en vienne à  exhiber le contenu, la photo d’un bac d’urine o๠trempe, pour choquer le chrétien, le symbole le plus sacré de sa religion ?

Il est en tout cas un sentiment qui ne trompe pas. On est heureux quand on ressort du Louvre ou du Musée d’Orsay à  Paris après s’être recueilli, par exemple, devant « Amour et Psyché » de Canova, « Une Mère et sa fille », un autoportrait de Mme Vigée-Le Brun, « le Tépidarium de Pompéi » de Chassériau ou encore « La Danse » de Carpeaux. à€ la vue de ce crucifix sulpicien dans la pisse, exposé avec les honneurs dus à  une oeuvre d’art, on éprouve, en revanche, un sentiment de honte. L’intégrisme de l’art contemporain officiel est aussi répugnant que les intégrismes religieux. Le seul plaisir toutefois qu’on en retire, c’est de le voir parfois, comme ici, se faire pipi dessus : quel aveu ! Il ne peut mieux exhiber son indigence.

Pierre-Yves Chereul

(1) Jean-Philippe Domecq, « Misère de l’art », à‰ditions Calmann-Lévy, 1999.

Encore une tranche de Ligonnès ?

« Si on pouvait tous mourir demain, quel pied ». C’est Xavier de Ligonnès qui avait dit ça à  sa femme Agnès. Selon Agnès. Plus précisément selon Agnès, se confiant sous pseudonyme à  un forum Internet, et citée par Le Parisien, qui rapporte la citation qu’elle rapporte de son mari, en rappelant qu’elle se connectait sous différents pseudos. Sur quel forum l’épouse assassinée avait-elle rapporté la citation prémonitoire ? Quelle garantie d’authenticité ? Le Parisien ne le dit pas. Peu importe. Surfons !

Car les Ligonnès, donc, pratiquaient apparemment la confidence virtuelle. Xavier se connectait sur cite-catholique.org, révèle Europe 1. Il y aurait laissé 800 messages. « Xavier Dupont de Ligonnès indiquait avoir perdu la foi ces dernières années et questionnait beaucoup les intervenants sur des thèmes liés aux anges ou à  l’éternité, indique l’administrateur du site ».

La chasse aux témoignages se pratique aussi sur le mode classique. Chacun le sien, chacun la sienne. Pour meubler la cavale de Xavier de Ligonnès, pour remplir des pages, on s’arrache classiquement les moniteurs du club de tir, les voisins, les anciennes maîtresses, les anciens associés, les anciennes confidentes, les amis d’enfance. Europe 1 a retrouvé « la confidente d’Agnès de Ligonnès ». Elle échangeait avec elle sur Facebook. Agnès lui répétait son obsession de « cette angoisse du fric, cette angoisse du fric ». Le Parisien a décroché le témoignage de l’imprimeur des formulaires qu’étaient censés remplir les hôtels souhaitant figurer dans le guide pour VRP projeté par Ligonnès. Libé a retrouvé un ami d’enfance versaillais de Xavier. « Par flashs, lui reviennent l’immense poster des rues de Paris qui cachait la tapisserie de la chambre de Xavier, ou cette phrase que répétait le proviseur, M. Rouart, à  propos du petit Ligonnès : «S’il attachait autant d’importance à  ses études qu’à  sa tenue, ce serait parfaitSociable, joyeux, sympa, Xavier a le profil du parfait camarade, toujours prêt pour une fête après les cours (…) Xavier peut se vanter de recueillir un certain succès. Séducteur bien dans ses baskets, il compte parmi les «populaires du lycée», ceux qui ont le bonheur de faire tomber les Versaillaises en fleur« .

Le plus fascinant, dans le débitage en tranches du fait-divers Ligonnès, c’est l’accord médiatique implicite pour décerner à  ce fait-divers, à  l’unanimité du jury, la médaille de « grand fait-divers », celui qui forcément, chacun le sait, donnera naissance à  au moins un romanquête, un film, et à  une émission « Faites entrer l’accusé ». Ce statut, soit dit en passant, justifie que soit déversée sur la nappe du vide-greniers, sans le moindre début de commencement de scrupule, l’intimité de cette famille assassinée. Le quintuple meurtre commence sous nos yeux une carrière dont nous connaissons à  l’avance, sans qu’il soit besoin de le préciser, chacune des étapes, jusqu’à  la montée des marches de Cannes (2012 ? 2013 ?), par l’équipe du film au complet. Montée triomphale, forcément triomphale.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

BEATIFICATION DE JEAN PAUL II : Comment ce pape a laissé tomber les évêques martyrs d’Amérique Latine

Au-delà  de la personnalité même du Bienheureux Jean-Paul II, c’est la question du sens même de la béatification et de la canonisation qui se pose. Qu’est-ce donc que la sainteté?

Un ensemble de vertus morales et spirituelles poussé jusqu’à  l’héroàcité nous enseigne-t-on ? Il y a dans une canonisation officielle l’idée d’une exemplarité. Le nouveau saint est donc présenté comme modèle à  suivre. Ce qui veut dire qu’au-delà  même de ses bonnes intentions, ce sont ses actions concrètes qu’il faut considérer. On voit donc qu’il est bien difficile de justifier la distinction tranchée faite récemment de façon très significative par le cardinal Angelo Amato, préfet de la congrégation de la cause des saints, un Ratzingérien notoirement peu « emballé » par la béatification de Wojtyla entre l’homme et son pontificat. En principe, donner une exemple d’exception suppose s’être bien conduit (et non pas seulement avoir voulu bien faire). En ce sens, la polémique ne cesse de rebondir quant à  l’opportunité de cette nouvelle béatification, pour spectaculaire qu’elle soit.

De toute manière, une béatification doit être significative, porteuse de sens. C’est Joseph Ratzinger, alors simple cardinal, qui reprochait à  son prédécesseur Jean-Paul II de faire des saints à  tire-larigot, et ainsi de dévaloriser la sainteté officiellement reconnue, qui risquait de devenir insignifiante. Trop de saints tuent la sainteté. C’est bel et bien la question du message d’une telle célébration qui se pose. Et les intégristes l’ont compris pour lesquels dimanche c’est un certain relativisme doctrinal et le dialogue entre les religions qui seront exaltés. Pour les catholiques ouverture, en revanche, c’est le néo-conservatisme du Pape défunt et son rigorisme en matière de morale privée qui seront portés aux nues.

SALVADOR : Le martyre de Mgr Romero¦

Nous prenons donc le risque de contester une béatification qui en regard de ce que fut le Pontificat, long, complexe et en demi-teinte, de l’intéressé, est, de notre point de vue, loin de présenter une signification positive, dans l’esprit d’un évangile de liberté et de justice.

Nous retiendrons d’autant moins nos propres critiques et nos vives réticences que des figures autrement plus évangéliques et prophétiques font aujourd’hui l’objet d’un certain ostracisme, voir sont carrément mises au rencart. C’est ainsi le cas de celle d’un authentique martyr en 1980, Oscar Romero, archevêque de San Salvador. Dans une interview à  l’AFP un théologien italien, Giovanni Franzoni, ancien Abbé de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, qui a d’ailleurs fait partie d’un groupe de théologiens entendus lors du procès en béatification de Jean Paul II, et s’est exprimé contre, nous rapporte ce qui suit : « Je vivais alors à  Managua au Nicaragua (…). Une religieuse me confia qu’elle avait rencontré à  Madrid Oscar Romero qui revenait en 1979 d’une visite au Vatican. Il semblait détruit, affligé après l’audience que lui avait accordé le pape (…)

L’archevêque de San Salvador avait confié qu’il ne s’était jamais senti aussi seul qu’après cette rencontre. Il avait toujours été un modéré, mais il était indigné par le fait que les paysans autorisés à  prendre possession de terres par la réforme agraire doivent affronter des gens en armes (…) Le pape se montra froid, il prit la documentation et la mit de côté  » Lui demandant de s’arranger avec le gouvernement. Comme le remarque Franzoni : « Cela le laissa consterné, il se sentit détruit « . Ajoutant cette remarque importante :  » Les escadrons de la mort ne pouvaient tuer un évêque qui avait l’affection du pape. Ils pouvaient par contre le tuer s’il était isolé, abandonné « .

ARGENTINE : Le martyre de Mgr Enrique Angelelli

Ainsi, non seulement ce rappel du cas Romero nous fait déplorer le caractère très sélectif des béatifications mais la façon dont cet authentique martyr de l’à‰vangile constitue une objection puissante contre la canonisation de Jean-Paul II. Bien entendu, d’autres noms pourraient être cités comme celui de Mgr Enrique Angelelli, assassiné en 1976 en Argentine. Cet évêque de La Rioja témoignait de l’à‰vangile auprès des plus pauvres. Sa mort arrangea plutôt le cardinal Aramburu de Buenos Aires, ainsi que le Nonce Apostolique, le futur cardinal Pio Laghi. Inutile de dire que sa béatification n’est pas pour demain!

Dans ce contexte, on rappellera que le pape jean Paul II censurera la prière du Magnificat pour ne pas indisposer la dictature ne Argentine lors de son voyage dans ce pays aux débuts des années 1980.

GUATEMALA : Le martyre de Mgr Juan Gerardi

Mais c’est un autre témoin de l’amour jusqu’au bout que nous avons envie de citer. En politique, on fait bien des cabinets fantômes par opposition au gouvernement en place. Pourquoi ne pas envisager des béatifications fantômes d’évêques qui ont servi le Peuple de Dieu de façon à  nos yeux plus convaincante que Karol Wojtyla. Avec Oscar Romero et Enrique Angelelli, Juan Gerardi.

Il y a désormais treize ans. L’évêque guatémaltèque Juan Gerardi tombait le 26 avril 1998 sous les coups d’un assassin. Né en 1922, originaire d’une famille d’origine italienne comme son patronyme l’indique, du Trentin (en Italie du Nord), Gérardi poursuivit des études de théologie à  la Nouvelle Orléans avant d’y être ordonné prêtre en 1946. Après avoir exercé un ministère paroissial, à  Guatemala mais aussi sur quelques îles de la côté du Pacifique, il est ordonné évêque avec la charge pastorale du diocèse de Verapaz. Dans ce diocèse il décide de se consacrer principalement aux Indios, dans la mesure o๠plutôt de la moitié de la population du diocèse est constitué des descendants des anciens Mayas. Une population dont il s’est toujours senti étroitement solidaire. Il a en effet beaucoup travaillé avec des Bénédictins dans le but d’instruire et de faire grandir spirituellement la population, fondant avec eux le Centre pour la promotion humaine Saint Benoît. Un Centre tout-à -fait remarquable déjà  par le refus de tout prosélytisme. Il s’agit bien de témoigner d’une foi mais sans embrigader quelconque, en servant l’homme, tout simplement. à‰vangélisateur infatigable, Don Gerardi mit également sur pieds des cours pour catéchistes, la naissance d’une radio catholique et la célébration régulière de la liturgie dans les langues Mayas. En 1974, il est transféré dans le diocèse de Quiché, dans un territoire encore plus pauvre. Déchiré et décimé par la guerre civile. En 1976, Mgr Gerardi se fait fortement remarqué par sa véhémente protestation auprès des autorités militaires suite à  la « disparition » d’une centaine et de catéchistes et d’agents pastoraux tués par les militaires pour des raisons politiques. Le 31 janvier 1981, 37 Indios furent tués par l’armée. Ils provenaient en très large majorité du diocèse de Quiché. Mgr Gerardi protesta avec courage de sorte qu’il faillit à  son tour être assassiné. Il se rendit ensuite au Vatican o๠il fut appuyé pour un temps par Jean-Paul II. Il est vrai qu’au Guatemala il était la bête de l’archevêque de la capitale, le cardinal Mario Casariego, proche du traditionalisme. En raison des menaces qui pesaient sur lui, Gerardi resta deux ans en exil et reçut seulement en 1984 l’autorisation de rentrer dans son pays. Mais il ne pouvait revenir à  la tête de son ancien diocèse et devint donc auxiliaire de Guatemala. Casariego était mort l’année d’avant. Le nouvel archevêque, Mgr Prospero Penados del Barrio, un modéré, accepta la collaboration de Gerardi. En 1988, ce dernier ouvrit d’ailleurs un bureau diocésain pour les droits de l’homme, et il commença à  travailler comme médiateur entre des parties en conflit. En même, cet homme tenace rassemblait une importante documentation pour rendre compte des horreurs passées de la guerre civile. Les noms de 50 000 victimes furent ainsi mis en relief et un volume intitulé « Nunca mas » (jamais plus) publié. Et présente le 25 avril 1998 dans la cathédrale de Guatemala.

Deux jours plus tard, on découvrit le corps de Mgr Gerardi mort, dans une marre de sang. Le visage est défiguré. Seul l’anneau épiscopal permit d’identifier ce serviteur de l’à‰vangile.

Le procès des meurtriers est en cours depuis une dizaine d’années. Si l’on ose dire car en fait plusieurs témoins et l’un des accusés (peut-être « maillon faible ») furent tués. Plusieurs juges, en danger, prirent la fuite. En 2008 vint l’heure du jugement. Le colonel commandant la base militaire du département de Quiché fut condamné à  20 ans de prison ainsi qu’un prêtre collaborateur de l’évêque qui organisa le meurtre. Mail il ne fait guère de doute que le colonel lui-même a reçu des ordres de plus haut. Même s’il est sans doute impossible à  la justifier d’y remonter. Pour beaucoup de chrétiens du Guatemala, en tout cas, Mgr Gerardi, est un saint et un martyr, mort à  cause de Jésus, pour l’à‰vangile. Là  aussi on pouvait parler de « réputation de sainteté ». Mais le Vatican semble s’en garder.

Pourtant, les vrais saints sont ceux que Dieu suscite et choisi. Et que le coeur des pauvres sait reconnaître .

Béatification de Jean Paul II :
Quels miracles ? Ou comment l’Eglise fabrique des saints

Finalement, et comme nous l’avions indiqué à  plusieurs reprises , ce ne fut pas « Subito ». Même si les procédures canoniques en la matière ont dépassé tout entendement. En effet, normalement, d’après la réforme opérée par le même pape Karol Wojtyla, une procédure en béatification ne peut intervenir que
cinq ans après la mort du défunt proposé à  l’élévation des autels… Force est
de constater qu’en l’espèce, l’Eglise catholique a dérogé aux règles de droit qu’elle avait pourtant fixées. Il est vrai que la séparation des pouvoirs n’existe pas dans le système de monarchie absolue incarnée par l’institution romaine.

Ceci explique donc cela avec la béatification de Jean Paul II annoncée par le Vatican le 14 janvier 2010 et qui sera célébrée le 1er mai prochain, soit six ans après la mort du pape polonais. Une béatification « express » donc et non « subito » !

Une manière pour Benoît XVI de figer dans le marbre de l’Histoire de l’à‰glise une figure emblématique de la catholicité de la fin du XXe siècle, mais figure quelque peu encombrante pour le pape régnant en raison notamment des sempiternelles comparaisons faites « entre lui et lui » comme nous le susurre malicieusement un diplomate romain.

Une béatification qui pose aussi un certain nombre de questions dont notamment celle qui a trait au miracle attribué à  Jean Paul II et qui concerne une religieuse française. Le miracle qui constitue un impératif obligatoire pour une procédure canonique en béatification a donc été validé. Et ce malgré les réticences de la Commission médicale compétente du Vatican qui s’est longtemps (!) montrée perplexe au sujet de ce premier miracle invoqué en faveur de la béatification de Karol Wojtyla. En l’occurrence, la guérison d’une religieuse française, soeur Marie-Pierre, atteinte de la maladie de Parkinson, la même maladie qui frappait alors le pape polonais.

Docteur Wojtyla ?

Les réserves de la Commission médicale, jusqu’à  encore récemment, tenaient à  l’incertitude sur le diagnostic établi avant la guérison d’une maladie de Parkinson. Des symptômes semblables peuvent exprimer des formes morbides différentes. Et de certaines d’entre elles il est possible de guérir ! Or pour qu’il y ait miracle au sens vrai et propre du terme, il faut un mal absolument incurable (au moins dans les limites actuelles de la science).

Et de fait, le « miracle » arrivé à  Soeur Marie-Pierre (née en 1961, religieuse de la « Congrégation des Petites soeurs des maternités catholiques ») en priant Jean Paul II relèverait des syndromes de Parkinson psycho-gènes dont la description ci-après éclaire la pathologie :« Les syndromes de Parkinson psycho-gènes ne sont pas de vraies maladies de Parkinson. lls se manifestent par des symptômes similaires (tremblements, lenteur des mouvements, douleurs musculaires, difficultés à  écrire et à  parler), mais le patient ne présente pas la dégénérescence neuronale typique des neurones de la substance noire. Dans ce cas, le symptôme n’est pas d’origine biologique, mais psychique. Souvent enraciné dans l’enfance, il ressurgit sous forme de symptômes physiques. Le psychologue Pierre Janet citait ainsi le cas d’une petite fille qui brava l’interdiction de sa mère d’aller jouer avec son amie dans les champs. Par malchance, elle salit sa robe et en conçut une culpabilité profonde. Le lendemain, elle développa une paralysie des deux jambes qui dura huit ans et disparut un beau jour comme par miracle : le symptôme (paralysie) matérialise ici le conflit entre le désir de la petite fille d’aller jouer, et l’interdiction de la mère. » [in Cerveau & Psycho, n°21, 2007)

Dans le même temps le Vatican refusait de s’exprimer officiellement sur la question. En effet, le père Ciro Benedettini, porte-parole officiel de la cause de Karol Wojtyla, s’est refusé à  donner d’autres précisions, soulignant que « l’ensemble du processus est secret ».

Un secret bien gardé effectivement. D’autant que, d’après nos informations, pour contourner le problème rencontré par la Commission médicale du Vatican dont plusieurs membres avaient repris l’argumentaire médical scientifique présenté ci-dessus, Mgr Slawonir Oder, un jeune prélat polonais en charge du dossier de béatification de Jean Paul II, a été invité à  présenter un autre miracle qui résisterait mieux aux critères normalement sévères de ladite Commission médicale.

Pour la bonne cause…

Le « Monsignore » polonais avait d’ailleurs l’embarras du choix, puisque son dossier « d’instruction» en recensait pas moins de 271 dont un grand nombre italiens. Toutefois, le nombre n’est pas toujours une garantie de crédibilité et d’autres déconvenues sont alors possibles. C’est ce qui semble s’être produit et qui explique que la Commission vaticane s’est « repliée » sur le premier miracle recueilli, à  savoir celui dont aurait bénéficié la religieuse française. Et ceci malgré le « côté très discutable » du miracle en question aux yeux mêmes de ses propres membres, relayés d’ailleurs dans ce sens par d’autres autorités médicales. Une décision qui confirme si besoin était les us et coutumes de l’à‰glise catholique pour « fabriquer des saints » ainsi que nous le démontrons dans notre ouvrage paru aux éditions Golias : Comment l’à‰glise fabrique des saints ? Tout un programme o๠politique, lobbying et argent règnent en maîtres ! Ou quand la raison d’à‰glise rejoint la raison d’à‰tat !

Par ailleurs, d’autres questions se posent au sujet de la béatification de Jean Paul II. Comment, par exemple, peut-on engager sur les chemins de la sainteté un pape qui a couvert sciemment et systématiquement durant toute la durée de son long pontificat (27 ans) le scandale des prêtes pédophiles ?

Sans oublier, autre exemple, les liens étroits qu’entretenait Karol Wojtyla avec les dictateurs latino-américains, au nom de la défense de la chrétienté. Au point d’avoir accepté de censurer le Magnificat lors d’une célébration en Argentine sous la dictature du général Videla.

GOLIAS Hebdo n°182

Béatification de Jean-Paul II : le pape aux deux visages


Les langues commencent enfin à  se délier. Trop timidement sans doute. Le vitrail de perfection de Jean-Paul II, alias Karol Wojtyla, se fissure davantage de jour en jour. De sorte que d’aucuns se demandent si l’élévation de ce pape à  l’honneur des autels n’a pas été trop hâtive. Six ans à  peine après son dies natalis, à  savoir sa mort et son entrée présumée au Paradis. Il est certain, comme nous l’avons relevé, à  maintes reprises, dans Golias, qu’en célébrant si rapidement la mémoire héroïque de son prédécesseur, Benoît XVI s’en débarrasse ainsi d’une certaine façon. L’actuel pontificat ne joue pas les prolongations du précédent. Qu’on se le dise ! De notre côté, nous n’oublions pas ce qui fut d’abord ce pontificat wojtylien dont certains voudraient nous faire croire qu’il fà»t moderne et propice à  l’Eglise. Rappel non exhaustif des faits….

Gaz et huiles de schiste : l’opposition ne faiblit pas !

Face au recul du gouvernement, la prudence reste de mise et la mobilisation citoyenne contre les gaz et huiles de schiste ne se relâche pas dans le sud de la France et en région parisienne. Le message était clair durant les journées de manifestation des 15, 16 et 17 avril : le mouvement se poursuivra jusqu’à  abrogation des permis de prospection et d’exploitation. Reportage.

Piss Christ : « Civitas », bras armé du Tradiland

De la manifestation en Avignon le 16 avril, à  la dégradation du cliché le lendemain, en passant par la condamnation de l’Agrif du 20 avril, l’épisode « Piss Christ » aura fait couler beaucoup d’encre. Mais qui se cache derrière « Civitas », l’association traditionaliste tête de proue de cette mobilisation.Enquête au coeur de la galaxie du Tradiland.

Côte d’Ivoire : les dessous d’une intervention

Proclamé champion de la démocratie, appuyé par les armées onusienne et française, Allasane Ouattara se hisse au pouvoir. La réalité oblige à  une analyse nettement plus nuancée, à  la fois sur le parcours du nouveau président et une realpolitik pas franchement concernée par la question des droits de l’homme. Enquête.

O๠est passé le président du pouvoir d’achat ?

Le coà»t de la vie est en train de braquer l’opinion publique. Des salariés se mobilisent pour des hausses de salaires. Le gouvernement, dont la politique a favorisé le développement des inégalités, tente de contrôler le profond mouvement de mécontentement. Décryptage.

Moi, Elizabeth Johnson, théologienne crossée

L’épiscopat des états-unis vient de censurer une théologienne de 69 ans, religieuse de Saint-Joseph, théoricienne reconnue et estimée. Féministe, professeure de théologie systématique, Elizabeth Johnson, enseigne à  la Fordham University de New York, institution de renom dont on sait qu’elle est sous l’autorité des jésuites. Cette théologienne a reçu un coup de crosse pour son livre récent The Quest for the Living God (La recherche du Dieu vivant, 2007), lequel ouvrage ne serait pas conforme à  la droite doctrine catholique. Analyse.

Pourquoi la béatification du pape Jean Paul II pose problème ?

Le 1er mai 2011, Jean-Paul II sera élevé à  l’honneur des autels par Benoît XVI. Lequel Benoît XVI a été son fidèle et dévoué serviteur pendant un quart de siècle, pour traquer « déviances et hérésies ». Ainsi, il enterre autant qu’il exalte son prédécesseur, dont il est au final bien différent. L’héritier est toujours un assassin. La page Wojtyla se ferme. Raison de plus d’oser un inventaire1 au sujet des complaisances de la Curie wojtylienne au sujet des abus sexuels, parfois criminels, et autres silences et aveuglements sans oublier la mise à  l’index de plus de mille théologiens et les connivences avec les milieux de l’extrême-droite catholique.

A ce sujet, trois groupes intransigeants et ultra-réactionnaires doivent attirer toute notre attention.

En premier lieu, les fameux « Légionnaires du Christ », ébranlés suite aux révélations sulfureuses et ténébreuses concernant leur fondateur, le Père Maciel.

En deuxième lieu, les « Hérauts de l’Evangile » dans la droite ligne du mouvement brésilien d’extrême-droite « Travail, Famille, Propriété ».

En troisième lieu enfin, le « Sodalitium », qui a le vent en poupe au Brésil avec l’appui du cardinal de Lima et d’une majorité d’évêques réactionnaires, dont le numéro un se montra fasciste et sympathisant du nazisme et dont le numéro deux avait des moeurs sexuelles peu conformes.

Le plus grave, et le plus significatif sans doute, est que le pape Jean-Paul II et les hommes de Curie de son bord (Sodano, Rodé, Martinez Somalo, Castrillon Hoyos, etc…) n’ont jamais cessé d’apporter leur soutien à  de semblables mouvements, ignorant superbement les indices pourtant nombreux qui auraient justifié – au minimum – beaucoup de vigilance. Et ce pour une raison surtout stratégique : éradiquer la théologie de la Libération et le christianisme d’ouverture et d’engagement qui fleurissaient notamment en Amérique. Pour cette méchante besogne, des alliés peu recommandables n’étaient cependant pas de trop. Alliés aussi d’un projet de restauration autour d’un modèle clérical de jadis. De quoi convaincre un Wojtyla, marqué par l’affrontement avec le communisme. Quitte à  ne « pas voir » les fautes de ceux qui combattent à  ses côtés.

La question qui se pose alors d’elle-même est bel et bien celle de savoir si le manque de lucidité, dans des proportions malgré tout sidérantes, est compatible avec l’exaltation exprimée par la béatification du premier mai. En soi, on peut être saint et naïf. Reste à  savoir dans quelle mesure Wojtyla ne voyait pas ou ne voulait pas voir ! Enfin, il y a dans une béatification une dimension d’exemplarité : présenter le bienheureux comme un modèle à  suivre, dont l’attitude est à  reproduire.

Le lecteur tirera la conclusion de son choix.

Christian Terras

1. Lire à  ce sujet Jean Paul Ii, le pape aux deux
visages, de Pedro Miguel Lamet (éd. Golias)

Transparence

Elle est maximalement défendue par le fondateur de Facebook, qui va jusqu’à  reléguer aux vieilles lunes la notion, pour chacun, de vie privée. Manifestement il est suivi par toute la communauté qu’il a initiée, qui grossit de jour en jour. Je vois là  un évident fait de civilisation, mais je m’étonne qu’à  côté de ce comportement moutonnier et aveuglé, on puisse encore manifester contre les fichiers de type de celui d’Edvige, qu’on mettait en cause encore il y a peu.

Comment peut-on à  la fois critiquer le « fichage » des citoyens, et se « ficher » soi-même volontairement en laissant tous les renseignements sur soi dans Facebook ? On s’y étale à  l’envi, on y révèle jusqu’aux plus petits détails de sa personnalité et de sa vie, sans précaution aucune apparemment, sans voir que tout ce qu’on dit est consultable par n’importe qui.

Je ne parle même pas de l’ineptie des renseignements parfois donnés, qui rend atterrant le contenu de Facebook, o๠règne en maître l’insignifiant, le n’importe quoi. Warhol disait qu’en notre monde moderne chacun aurait son quart d’heure de célébrité. Eh bien, elle est acquise à  bien bas prix ! Internet nous procure peut-être ce que nous n’aurions pas osé rêver, flatte notre narcissisme. Mais on oublie que quand tout peut se dire sans choix aucun, quand l’intimité n’est plus protégée, plus rien n’est intéressant.

Prenons garde aussi que toutes ces données sont indélébiles, les systèmes informatiques ayant une mémoire sans faille. Les « transparents » ainsi vont traîner des casseroles toute leur vie durant, et qui ne seront jamais effacées. Dans ce monde-là  il n’y a pas de droit à  l’oubli, au repentir, et à  la différence de toute notion juridique élémentaire, pas de prescription. Nous serons devant l’Ordinateur comme le Caïn de Victor Hugo devant la Conscience : l’oeil sera dans la tombe et nous regardera.
Orwell a dans un roman célèbre parlé d’un Grand Frère (Big Brother) qui a vue sur tout le monde.

Le voici donc qui prend visage. Comme dans le cas de la carte bancaire ou du téléphone portable, o๠chacun est suivi à  la trace par géo-localisation, la transparence de Facebook se nourrit de la complicité et de l’adhésion de ses victimes. Et en plus de leur incohérence et inconséquence : tenir à  la fois à  leur liberté individuelle, et adhérer à  ce qui la leur ôte.