A NANCY, UNE PUB DE MAUVAIS GOÛT POUR LE DENIER DE L’EGLISE

L’homme, fut-il d’à‰glise, oscille bien souvent entre Charybde et Scylla. En l’occurrence, le Charybde de la ringardisation et de la crispation sur le passé, quelque prestigieux qu’il puisse être. Et le Scylla d’un faux moderne de mauvais goà»t.

Une tentation à  laquelle semble aujourd’hui succomber le diocèse de Nancy et Toul pour une nouvelle pub destinée à  attirer des fonds pour le denier du culte. Une pub de bien mauvais goà»t qui détourne une croix catholique pour en faire un revolver avec ce slogan « ne désarmez pas, donnez! ». Selon la porte-parole du diocèse, Françoise Pénigaud, il s’agit d’interpeller et donc d’utiliser les codes d’aujourd’hui. Certes. Même si, au passage, le graphisme rappelle davantage les années soixante-dix! Selon la même Françoise Pénigaud, l’intention explicite est de rajeunir la moyenne d’âge des donateurs, aujourd’hui de 73 ans (!) et d’augmenter ainsi le nombre de dons et leur importance.

En fait, le diocèse de Nancy-Toul n’en est pas à  son coup d’essai. L’année dernière déjà  il avait lancé une campagne sur le thème « Jésus crise ; donnez que diable ». Qui suscita déjà  un certain émoi et fut critiquée.

Nous ne voulons certes pas nous acharner contre le diocèse lorrain, et encore moins contre son évêque que nous apprécions pour son esprit ouvert et la vivacité de son intelligence. De plus, Mgr Jean-Louis Papin, 64 ans serait aux nouvelles en piste pour remplacer Albert Rouet comme archevêque de Poitiers. Après avoir loupé d’un cheveu Lille et Nantes il y a deux ans.

Néanmoins, sur le fond, cette initiative, d’un goà»t douteux, nous donne à  penser que la modernisation de l’à‰glise doit se situer à  un autre niveau et ne se limite évidemment pas à  des effets d’annonce de ce type.

Mais le diocèse de Nancy n’est pas tant en faute – au contraire – qu’un contexte d’ensemble, conservateur et marqué par l’inertie. Nous attendons que son excellent pasteur se montre aussi incisif et provocateur que cette pub ! ! !

Anticléricalisme

On peut être anticlérical, et aimer fréquenter les prêtres, rechercher sinon leur amitié, au moins leur conversation. C’est précisément mon cas, et en chaque ville que j’ai habitée j’ai toujours essayé de rencontrer le chargé de paroisse de mon quartier. Aussi me suis-je reconnu en lisant le récent article de Télérama consacré au trentième anniversaire de la mort de Georges Brassens. On y lit que ce « légendaire bouffeur de curés » en comptait plusieurs dans son entourage. Et cela ne m’a pas du tout étonné.

Comment expliquer ce paradoxe ? Cela est aisé. Qui pourrions-nous vouloir rencontrer, lorsque nous sommes jusqu’à  la nausée écoeurés par le matérialisme de notre société ? Face à  ce « règne inexpiable de l’argent » dont parlait Péguy, et dont il n’y a aucun précédent dans l’histoire de notre monde, qui voir, avec qui parler, qui n’en soit pas a priori prisonnier, et qui soit une occasion de nous ouvrir à  ce à  quoi notre âme altérée aspire : quelque chose d’autre au moins que tout cela, et qu’il faut bien appeler Transcendance ? Qui nous change des vedettes du show-biz, du foot, de la finance, de l’arrivisme de nos professionnels de la politique ? En principe, à  part peut-être certains penseurs ou artistes (dont le nombre n’est pas bien grand, car beaucoup sont pris par le culte de leur ego, quand ce n’est pas par le maelstrà¶m de l’argent), seuls les hommes de Dieu peuvent nous faire entrevoir d’autres horizons que ce royaume de la Mort.

Mais seulement quand nous les sentons habités par la même recherche que la nôtre : bref, nos frères en humanité. Mais viennent-ils à  nous débiter tel catéchisme ou tel credo, telle injonction institutionnelle, qu’aussitôt le rapprochement se rompt, et qu’apparaît inévitablement l’anticléricalisme. C’est que nous n’avons plus devant nous un homme, mais comme disait Drewermann un « fonctionnaire de Dieu ». C’est pourquoi, contre ce type de fossilisation, le « mécréant » Brassens a toujours défendu l’humain. Mais déjà  Hugo, ce grand croyant, disait que Dieu sortait de l’église dès lors qu’un prêtre y pénétrait.

Quant à  moi, j’en pourrais certes dire autant à  l’occasion. Mais tout de même, je me contenterai d’espérer rencontrer un homme partageant la même soif que moi, même si c’est pour un Dieu auquel personnellement je ne crois pas.

Dans Golias Hebdo de cette semaine :
OFFENSIVE EN LIBYE : JUSQU’OU ?

Fallait-il intervenir en Libye, si vite et si brutalement ? Pouvait-on en revanche laisser un dictateur sanguinaire et manifestement déséquilibré épuiser et massacrer son peuple ? Ce sont les deux questions qui se posent et auxquelles il est bien difficile de répondre de façon satisfaisante. Comme si nous étions condamnés à  l’incertitude, à  une incontournable perplexité, celle du choix entre Charybde et Scylla, ces deux monstres marins de l’Antiquité, également redoutables.

Au-delà  des polémiques d’une importance relative sur les calculs politiques du président Sarkozy ou sur les postures de Bernard-Henri Lévy, il faut d’emblée situer le problème à  sa vraie place : on ne pouvait, consciemment et froidement, purement et simplement, laisser un tyran sanguinaire anéantir son peuple. L’extrême urgence semble même de mise en pareille circonstance. Tout retard implique mort d’hommes.

Aujourd’hui, l’inquiétude nous gagne tous. Cette opération risque de ne pas suffire à  renverser Kadhafi, et un enchaînement de violences pourrait suivre. Avec le risque de tomber dans une guerre civile totale, à  moins que l’on ne se résigne à  la partition du pays en deux, voire à  sa balkanisation et à  une sorte de chaos engendré par les rivalités entre tribus qui ne seront plus freinées par personne. Cela est possible.

Nous nous contenterons de tirer trois conclusions, plus modestes, mais importantes.

– La première est que nous récoltons les fruits d’une mauvaise politique en amont, depuis des décennies, et que c’est à  ce niveau aussi et d’abord qu’il faudrait remonter.

– La seconde, c’est que nous ne pouvons nous réfugier dans l’indifférence : ne pas intervenir d’aucune manière c’est faire toujours un mauvais choix, celui de la dérobade, sinon de la lâcheté.

– La troisième est que toute décision à  ce niveau et avec de tels enjeux est toujours affectée d’un coefficient d’indécidabilité morale. D’importance diverse il vrai.

En tout cas, il est insupportable de se présenter comme les chevaliers du ciel. Pour horribles que soient les dictateurs fous, il n’y a pas en face de camp du bien. L’Amérique de Barack Obama semble en voie de le comprendre. Et nous ?

Découvrez l’ensemble de notre dossier en téléchargeant notre dossier sur http://www.golias.fr/article4855.html

GOLIAS Hebdo n° 178

Lybie : une intervention militaire et des questions


Après avoir longtemps tergiversé, voici que l’Occident s’est résolu à  passer à  la vitesse supérieure face au colonel Kadhafi. Il ne fait non plus aucun doute que la France entend d’une certaine façon faire ainsi oublier son manque de lucidité et son inertie face aux situations tunisienne et égyptienne. Décryptage.

Comment l’Europe s’enfonce dans la rigueur


Nouvelles ondes de choc en Europe. La France et l’Allemagne ont imposé un nouveau pacte de rigueur à  leurs partenaires européens alors que ceux-ci sombrent les uns après les autres. Décodage.

Islande : face à  la crise, une voie à  suivre


L’onde de choc qui a traversé l’Atlantique après la crise des subprimes pourrait ouvrir une voie inattendue. Banques nationalisées, arrestations de leurs anciens dirigeants, gouvernement démissionnaire sous la pression populaire, refus par référendum de payer les erreurs d’entreprises privées… Ce petit pays insulaire de l’Atlantique Nord serait-il en train de réinventer la démocratie ?

Les « Hérauts de l’Evangile » désavoués par Rome


Une bien triste histoire de reconquista conservatrice en Amérique du Sud, plus
précisément en Equateur, serait en passe de connaître un tournant inattendu
et très heureux. Enquête.

Rome fustige le cardinal André Vingt-Trois…


Selon nos sources, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat, ne décolèrerait pas de l’inertie du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, dans l’organisation de la rencontre du Parvis des Gentils.

« Parvis des Gentils » à  Paris : le dialogue avec les intellectuels non-croyants jusqu’o๠?


Mgr Gianfranco Ravasi, président du conseil pontifical de la culture, a organisé le 24 et 25 mars dernier à  paris le Parvis des gentils pour renouer le dialogue avec les non-croyants. Mais dans un entretien avec La Vie, il déclare d’emblée ne pas vouloir discuter avec des philosophes tels qu’Onfray, en employant des termes peu amènes. Thierry Jaillet, auteur d’un livre à  paraître prochainement aux éditions Golias, L’Evangile de Michel Onfray, a réagi par la lettre ouverte suivante.

Marie Madeleine ou les deux onctions


Il est des ouvrages qu’il faut découvrir parce qu’ils témoignent d’une longue quête, conduite avec persévérance, loin des préjugés, à  la recherche de la vérité d’une figure symbolique trop souvent calomniée.

LA LAàCITE CONTRE LA PEUR!

Les responsables des principales religions en France viennent-enfin ! il était temps – de prendre position contre la nocivité du débat organisé sur la laïcité par le président Sarkozy et le responsable de l’UMP, cheville ouvrière de la mise en oeuvre de ce projet, Jean-François Copé. A nouveau aujourd’hui nous publions notre position ci-après, que nous exprimions depuis le fameux discours du Latran… (cf. notre livre La république, les religions et… sarkozy, éd. Golias).

« De toutes les passions, la plus redoutable est la peur« . Cet avertissement du cardinal de Retz (XVIIe siècle) résonne aujourd’hui avec une étonnante actualité. Une logique sécuritaire qui échappe désormais à  tout contrôle s’empare de nombre de compatriotes et alimente des stratégies politiques dangereuses, et parfois indignes.

A l’évidence, la France déprimée a peur, même si Roger Gicquel n’est plus là  pour commencer ainsi son journal télévisé. Elle a peur de la précarité, du chômage, de la paupérisation des classes moyennes, de l’islam, des immigrés. Et elle a peur aussi sans doute de ce que cette peur même engendre, l’aberrant recours à  l’extrémisme de droite, qui se vérifie par la montée spectaculaire de Marine Le Pen.

C’est de la peur dont il faut en réalité avoir peur. Ou plutôt se garder avec la tête-froide. Et l’un des flambeaux d’un juste discernement demeure le principe de laïcité ainsi expliquée par la philosophe Catherine Kintzler : « On se constitue comme citoyen indépendamment de ce qu’on est préalablement, aux plans religieux ou culturel. La société politique ne peut garantir la liberté d’expression que si elle est aveugle sur les croyances des citoyens et si elle s’abstient de se prononcer sur ce sujet. C’est ce que garantit d’ailleurs la loi de 1905. » Bien entendu, la laïcité ne résout en soi aucun problème et ne relève peut-être pas certains défis récents et nouveaux. Mais en amont elle empêche toute mauvaise réponse aux conséquences peut-être tragiques. Et c’est énorme.

Confronté à  une vertigineuse perte de crédit sans doute difficilement réversible, Nicolas Sarkozy semble aujourd’hui tenté de renouer avec une stratégie de séduction du côté des religieux et religions. Par calcul, mais sans doute aussi par conviction car le modèle français d’un à‰tat sécularisé ne lui semble plus actuel. C’est du moins ainsi que nous le comprenons. Avec à  la clé le risque d’ouvrir une boîte de Pandore : celle du communautarisme et des revendications identitaires qui risquent de faire se déliter le consensus démocratiques. Tout le monde pourrait s’y trouver perdant.

Au final, les chrétiens ont sans doute une pierre à  apporter à  cet édifice vivant d’une société pluraliste, fraternelle et citoyenne. Ils n’ont pas à  se renier – ce serait absurde – mais au nom même de la singularité de leur foi en un Dieu qui s’incarne au milieu des hommes ils peuvent refuser la surenchère identitaire et dans le cadre d’un équilibre d’apaisement, celui de 1905, témoigner d’un engagement pour l’homme sans frontière.

Ce qui du coup aiderait les uns et les autres à  juger autrement certaines options que la fragilité d’exister peut rendre séduisantes.

La moitié des frappes sur la Libye, made in USA

(BRUXELLES2) Même si leur désir est d’assurer un rôle plus discret de soutien, ravitaillement, renseignement, guerre électronique¦, les Américains sont encore très engagés dans l’action militaire en Libye. Ils ont effectué la moitié des frappes (« strike ») depuis le début de l’opération. En témoigne le compte-rendu fait par le vice-amiral Gortney, le 28 mars.

Sur un total de 735 sorties pour frappes, 370 sorties de frappes ont été assurées par les Américains et 365 par les partenaires de la coalition. Et l’opération monte plutôt en puissance qu’elle ne diminue: 91 sorties (41 Us / 50 alliés) vendredi (25 mars), 88 sorties (40 Us / 48 alliés), samedi (26 mars) et 107 sorties (52 Us / 55 alliés) dimanche (27 mars).

NB : quand on parle de sorties, il s’agit d’un avion qui sort. En général, les avions sortent par paire. Il faut donc diviser ce chiffre au moins par deux, sans compter les missions qui n’ont pas abouti à  un tir au final.

Parmi les cibles atteintes, carte à  l’appui, on apprend ainsi que les Belges ont frappé à  Mesdah/Mizdah sur un dépôt d’armements (frappes US, danoises, canadiennes, belges). D’autres frappes ont eu lieu à  Misrata, Syrte/Surt, et Ras Lanuf (Us et Uk sur des forces en manoeuvre), Sabha (US sur des bunkers d’armements) et Tripoli (Us sur des forces en manoeuvre et batteries anti-aériennes mobiles de missiles sol-air SAM 6). Les Américains ont notamment visé, dans la nuit de samedi à  dimanche, le quartier-général de l’unité d’élite de Kadhafi, la 32e Brigade. Six missiles Tomahawk (TLAM) ont été tiré sur des installations sur cette unité d’élite du régime, dirigée par Khamis, un des fils Kadhafi.

Si on prend le total des sorties (chasse, surveillance, ravitaillement, commandement et frappes), on arrive à  un total de 1602 sorties, dont 983 assurées par les Américains et 619 par la coalition. Le Qatar ayant rejoint la coalition le 25 mars et la Belgique le 27 mars. NB : De leur coté, les Français ont effectué 200 sorties au total, affirme l’Etat-Major des armées.

Les Etats-Unis assurent une partie majeure du soutien : 80% des ravitaillements en l’air, presque 75% des heures de surveillance et 100% des missions de guerre électronique, affirme le vice-amiral Gortney.

Publié le 29 mars 2011 www.bruxelles2 par Nicolas Gros-Verheyde

Source et lien url :[

http://www.bruxelles2.eu/afrique/maghreb/les-americains-realisent-la-moitie-des-frappes.html->http://www.bruxelles2.eu/afrique/maghreb/les-americains-realisent-la-moitie-des-frappes.html]

Sur la baisse du Front National

Et ils récidivent ! A peine les résultats du second tour étaient-ils connus, que France 2 dégainait dimanche soir un nouveau sondage d’intentions de vote à  la présidentielle, gonflant DSK à  l’helium. Effrontément, obstinément, ils continuent de prendre les gens pour des imbéciles.

Ils pourront en publier cent, en publier mille, de ces sondages « testant » un homme politique qui n’est pas encore candidat, et n’a pas avancé l’ombre d’une proposition présidentielle, les croira-t-on davantage ? « Les gens », Dieu soit loué, les regardent de plus en plus sans les voir, ces sondages opaques tombés du ciel, dont les sondeurs et les clients continuent de cacher soigneusement les données brutes, et de s’abstenir de rappeler les marges d’erreurs.

Intoxicateurs publics, ceux qui commandent et diffusent ces sondages ! Intoxicateurs publics, ceux qui les reprennent.

Le plus compliqué, dans ces intoxications, c’est de démêler celles qui sont volontaires, et les intox dans lesquelles les intoxicateurs s’intoxiquent eux-même. Sur France Inter, lundi matin, Martine Aubry rappelait une simple réalité: en nombre de suffrages, le Front National a baissé entre le premier tour de 2004, et le premier tour de 2011. Oui, vous avez bien lu, baissé (d’o๠le titre, aguicheur mais exact, de ce billet). Il y a eu moins de bulletins FN glissés dans l’urne en 2011, qu’en 2004 (1 490 315 contre 1 379 902, plus de 100 000 voix perdues). Soyez honnêtes: combien d’entre vous le savaient ? En tout cas pas moi. Je ne l’ai réalisé qu’en fin de semaine, à  la lecture…de nos forums. Vous me direz: j’aurais pu simplement regarder le site du ministère de l’Intérieur. C’est vrai. Mea culpa. En ne rappelant pas cette donnée élémentaire, préalable de toute analyse sérieuse, nous nous sommes fait, à  notre toute petite place, complices passifs de l’intoxication. Mais si vicieux est l’emballement, qu’il peut court-circuiter les réflexes les plus élémentaires.

Qui a intérêt à  l’emballement Le Pen ? On pourrait épiloguer à  l’infini, imaginer de savantes stratégies. Je crois plus simplement que le FN, comme le disait il y a quelques semaines un sondeur sur notre plateau, est « la zone érogène de la politique française », comme l’était Sarkozy aux alentours de 2007. Une zone d’irrésistible excitation et de perte des facultés de raisonnement, à  laquelle bien peu résistent. Parmi ceux qui résistent, d’ailleurs, et parviennent à  conserver un discours articulé face au phénomène, un certain Emmanuel Todd, bien connu dans ces contrées. Je vous conseille d’aller lire ce qu’il en dit à  Marianne2 (en substance, que le vote Le Pen s’explique désormais au moins autant par des motifs économiques, que de racisme ou de xénophobie). Même si la thèse souffre, à  mon sens, de raisonner exclusivement sur les pourcentages, et pas sur le nombre de bulletins en valeur absolue, quelque chose me dit qu’on n’a pas fini d’en débattre.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

La Laïcité menacée : Aubry, Fabius et Ramadan, même combat ?

La pétition « Non au débat-procès de l’Islam », signée de dix personnalités musulmanes et diffusée par Le Nouvel Observateur, Respect Mag et Oumma.com, présente un intéressant cas de relation d’information : on y voit des signataires, persistants ou repentis, livrer d’eux-mêmes, à  leur insu et contre leur gré, une information susceptible de leur nuire (1).

Une pétition démentant les principes républicains et laïques qui l’inspirent

Les signataires persistants, insensibles à  la contradiction sous l’empire de leur foi, démentent par leur exigence ce qu’ils prétendent défendre. Guidés, disent-ils, par « (leurs) convictions républicaines et laïques », ils « (appellent) le président de la République et le gouvernement à  renoncer au débat sur la laïcité et la place de l’Islam en France, que l’UMP veut lancer à  partir du 5 avril. » Ils jugent ce « débat biaisé, stigmatisant et susceptible de mettre en péril (la) cohésion sociale ». « (Ils dénoncent) ces procès récurrents de l’Islam et de tous ses représentants ». Ils y voient une « instrumentalisation grossière du principe de laïcité ». Ils sont aveugles, en revanche, à  la contradiction qui consiste à  prétendre défendre la Laïcité en interdisant un débat sur l’Islam.

1- Cette pétition apparaît, en effet, comme une tentative d’atteinte à  la liberté d’expression : elle prétend opérer une discrimination entre les sujets susceptibles d’être débattus et ceux qui ne doivent pas l’être et dont fait partie l’Islam à  leurs yeux. On revient 3 siècles en arrière quand Figaro de Beaumarchais raillait au 18ème siècle une liberté d’expression garantie à  condition de ne parler d’aucun sujet qui fâche !

2- Ensuite, cette pétition préjuge de l’issue du débat pour le rejeter : elle le qualifie d’avance de « stigmatisant ». N’est-il pas dans la nature de tout débat de faire s’affronter des arguments contraires, favorables ou défavorables à  une thèse ? C’est le rôle même de l’exercice appelé « critique » de faire le tri entre ce qui mérite d’être retenu et ce qui doit être rejeté. Les signataires de cette pétition ne tolèrent donc pas que leur Islam soit passé au crible de la critique.

3- Il en découle que cette pétition est une demande de censure pour éviter que l’Islam soit ouvertement confronté à  un type de relations sociales, nommé Laïcité, que sa représentation du monde récuse tant en théorie dans sa doctrine qu’en pratique dans son histoire.

4- Cette pétition entre donc en contradiction avec les « convictions républicaines et laïques » dont se réclament les signataires. Elle laisse entrevoir ce qu’il adviendrait de la Laïcité et de la liberté d’expression si l’Islam, par malheur, devenait majoritaire en France, comme en rêvent tout haut certains groupes islamistes.

Les palinodies révélatrices de Mme Aubry et de M. Fabius

Dans ce contexte, les palinodies de Mme Aubry, Première secrétaire du Parti Socialiste et de M. Fabius ne sont pas moins éclairantes : en apposant d’abord leur signature au bas de cette pétition puis à  la retirant, l’un et l’autre livrent d’eux-mêmes à  leur insu et contre leur gré une information susceptible de leur nuire.

1- Si ces deux dirigeants socialistes l’ont signée, c’était qu’ils en approuvaient le contenu : nul ne les y a contraints ! On croyait le PS héritier du combat des Lumières qui a conduit à  la loi de séparation de l’à‰glise et de l’à‰tat en 1905. On découvre qu’il n’en est rien, du moins chez deux de ses représentants les plus éminents. Sa Première secrétaire et un ancien Premier ministre souscrivent à  une demande explicite de censure pour exclure du champ de la liberté d’expression une religion particulière qui ne tolère pas la critique. Ils apparaissent donc clairement comme les alliés de l’Islamisme, les « idiots utiles » comme on disait au temps du stalinisme.

2- Le retrait de leur signature modifie-t-il la donne ? Il est vrai que se tromper est humain “ « Errare humanum est » – Et on leur accorde volontiers le droit à  l’erreur. Mais cette rétractation est-elle la reconnaissance d’une erreur ? Pas du tout ! Ce n’est pas la pétition liberticide qui est rejetée mais le voisinage d’un des signataires.

– Ils n’ont retiré leur signature qu’après avoir découvert qu’un islamiste réputé, M. Ramadan, avait lui aussi signé cette pétition. Les deux socialistes signifient seulement par leur rétractation qu’ils ne veulent pas être vus aux côtés de cet islamiste militant. « J’ai signé un texte, écrit Mme Aubry dans un communiqué à  l’AFP, qui remet la laïcité au coeur de la République. C’est un bon texte et on en a bien besoin aujourd’hui. Je regrette que ma signature figure au côté de celle de Tariq Ramadan auprès de personnalités respectables ». « Je suis étonnée, ajoute-t-elle, d’être signataire des soutiens à  l’appel auprès de Tariq Ramadan, avec lequel je n’ai rien à  partager » (2). Or, qu’y a-t-il d’étonnant à  ce que cet universitaire proche des « Frères musulmans » égyptiens appelle à  la censure et à  exclure l’Islam de toute critique d’un débat ? C’est un expert en islamologie ! Il sait de quoi il parle.

– Des deux informations contradictoires livrées et par la signature et par la rétractation, quelle est la plus fiable ? à€ défaut d’ironie, le sort a fait preuve ici de ruse. Aucune mise en scène n’a été nécessaire pour neutraliser l’autocensure de Mme Aubry, comme dans les expériences de Milgram et d’Asch. La situation a suffi pour offrir une expérience de laboratoire sur le vif : 1- seule, hors de toute influence, Mme Aubry a signé ; 2- en présence de M. Ramadan, sous son influence, elle s’est rétractée. Dans le premier cas, son autocensure étant inactivée, on obtient donc une information extorquée ; dans le second, son autocensure étant activée, on obtient une information donnée. Or, pour échapper à  l’autocensure de l’émetteur, l’information extorquée est plus fiable que l’information donnée.

L’allégation de Mme Aubry qui prétend n’avoir rien à  partager avec M. Ramadan n’est qu’une information donnée : leur signature commune fortuite au bas de la même pétition liberticide est au contraire une information extorquée prouvant qu’ils partagent tous deux au moins la même analyse développée par cette pétition. La rétractation des deux socialistes n’est donc au mieux qu’une dissimulation : oui à  la thèse liberticide formulée par la pétition, mais pas aux côtés d’un islamiste trop voyant dont les deux socialistes ignoraient la présence !

Qu’ils aient maintenu leur signature ou qu’ils l’aient retirée, c’est manifestement à  leur insu et contre leur gré que les signataires ont ainsi livré d’eux-mêmes volontairement une information susceptible de leur nuire. Il est manifeste qu’Islam et liberté d’expression avec la critique qu’elle implique, sont à  leurs yeux incompatibles. Pouvaient-ils fournir à  leur adversaires, partisans de la Laïcité, meilleure justification du débat projeté ? Cette pétition fait surtout deux victimes : Mme Aubry, M. Fabius et M. Ramadan mèneraient un même combat ? Apprendra-t-on dans 20 ans qu’ils appartenaient à  un « think tank », un groupe de pression discret ? La question ne peut plus être éludée. Lors de l’élection de la Première secrétaire du Parti socialiste en novembre 2008, un soupçon de fraude a déjà  été jeté sur les résultats controversés : le moins qu’on puisse dire, c’est que chez ces socialistes-là  la liberté d’expression n’est pas la préoccupation première.

Pierre-Yves Chereul

(1) Le Nouvel Observateur, n°2420, 24/30 mars 2011, page 22.
(2) Nouvel Obs.com, 25.03.2011
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110325.OBS0228/laicite-ce-texte-nous-a-paru-legitime-explique-aubry.html

UN PRETRE CATALAN BIENTOT EXCOMMUNIE POUR AVOIR PAYE UNE IVG A UNE JEUNE FEMME
EN DETRESSE…

Il s’agit d’une mesure disciplinaire particulièrement rare en raison de sa sévérité. Il y a quelques années une vieux théologien srilankais, le Père Tissa Balasuriya fut excommunié pour avoir donné une interprétation spirituelle de la virginité de Marie. Aujourd’hui, l’archevêché de Barcelone vient d’engager une instruction pour vérifier si le Père Manel Pousa doit ou non encourir l’excommunication. Son crime : celui d’avoir payé pour une interruption de grossesse, par pure charité.

Mais, bien entendu, l’ecclésiastique était déjà  dans le collimateur de sa hiérarchie depuis quelques temps en raison de ses prises de position en faveur d’un célibat optionnel et pour l’ordination. Last but not the last, le prêtre a béni des unions homosexuelles entre prisonniers. Des prises de position qui lui valent la haine farouche des conservateurs mais son archevêque, le cardinal Lluis Martinez Sistach, un modéré n’est pas des plus intransigeants (contrairement à  son homologue le cardinal Antonio Maria Rouco Varela, archevêque de Madrid).

L’annonce publique faite sans exprimer aucun regret d’avoir financé une interruption de grossesse pourrait valoir des ennuis au prêtre. Le cardinal Martinez se refuse pour l’instant à  prononcer l’excommunication, contre l’avis des « faucons » de son diocèse (les plus durs). Le prêtre a seulement reçu un avertissement. En attendant. Mais l’avortement est une question particulièrement sensible au sein de la hiérarchie catholique, et tout particulièrement en Espagne. En théorie, celui qui a recours à  un avortement, ou prodigue une interruption de grossesse, ou seulement y contribue doit être frappé par une peine d’excommunication dite « latae sententiae » : autrement dit qui vaut en raison de l’acte même et sans forcément une décision explicite de la justice ecclésiastique. Quand l’acte est rendu public, les autorités doivent en principe rendre publique l’excommunication elle aussi. Et d’abord vérifie s’il y a lieu (si l’acte est avéré).

Né en 1945 à  Grenade, Manuel Pousa est un prêtre espagnol de la banlieue ouvrière de Barcelone, très aimé de ses ouailles et qui combat l’injustice à  leurs côtés. Tous l’appellent avec affection « Père Manel ». En soi, le prêtre est d’ailleurs opposé à  l’interruption de grossesse mais il a voulu secourir une malheureuse dans la détresse. Ce qui ne veut pas dire approuver son acte mais respecter sa conscience. Manel a payé l’interruption de grossesse de deux mineures incapables d’assurer leur maternité.

Selon nos informations, le cardinal Martinez Sistach ne souhaite pas à  titre personnel prononcer cette excommunication. Mais il doit tenir de certains éléments fondamentalistes de son diocèse et de la…pression de Rome et de la conférence épiscopales. L’archevêque de Barcelone pourrait faire en sorte que le financement accordé par le prêtre pour les deux interruptions de grossesse ne soit pas considéré comme « coopération formelle » mais comme une aide ne provoquant pas de manière direct l’acte! On mesure l’hypocrisie des distinctions casuistiques et scolastiques que les juristes catalans vont devoir mettre en oeuvre. Et ainsi l’absurdité de normes et de sanctions relevant d’un autre âge.

La dernière excommunication d’un prêtre ibérique remonte à  …1988. Il s’agit Mgr Alfonso Maria de Galarreta, l’un des quatre évêques schismatiques ordonnés par Mgr Lefebvre.

FINALEMENT UN MOTU PROPRIO TRES TRADI

Contrairement à  ce que les rumeurs romaines laissaient entendre il y a encore quelques semaines, et qui faisaient état d’intrigues au Vatican pour limiter la bienveillance du motu proprio de 2007 envers les traditionalistes, la dernière mouture du décret d’application devrait en définitive abonder dans le sens voulu par les défenseurs de la messe « old style ».

Si certains cardinaux comme William Levada, le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi ou Antonio Maria Canizarès Llovera, préfet de la congrégation pour le culte divin, ont tenté de limiter la largesse de l’application du motu proprio, le point de vue ratzingérien d’une concession très large l’aurait emporté. Le Pape souhaite donc faciliter la célébration selon les anciens livres liturgiques et n’avalise donc pas le point de vue restrictif. Qui reste cependant celui d’une très large majorité d’évêques de par le monde.

Le Pape serait de plus en plus convaincu du franc succès de cette mesure « libérale ». Sans doute, ici ou là , quelques réserves demeureraient, par exemple sur la messe d’ordination de prêtres diocésains qui ne pourrait être célébrée selon l’ancien rite. Néanmoins, l’intention de cette mise au point romaine est plutôt de désavouer la lecture minimaliste du motu proprio, dans le sens o๠la décision de célébrer une messe publique selon l’ancien rite (ou « forme extraordinaire » comme il est dit aujourd’hui) supposerait l’accord de l’évêque du lieu, alors que chaque curé est libre d’organiser une telle célébration dans sa paroisse pourvu qu’il y ait une demande. A l’évidence, Benoît XVI n’ignore rien des réticences très vives des évêques qui parfois interdisent aux curés bien disposés d’accueillir des groupes attachés à  l’ancienne liturgie et de célébrer publiquement la messe pour eux. D’o๠ce nouveau rappel à  l’ordre adressé non aux traditionalistes mais aux évêques peu coopératifs. Et parmi eux, de très hauts prélats, par ailleurs guère suspects de progressisme comme les archevêques de Madrid (Rouco Varela) ou de Washington (Wuerl), deux cardinaux de prestige et de poids.

Nous savons, de source romaine directe, que ce décret d’application a en effet subi une double correction. A l’origine, il avait été préparé par Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Pontificale « Ecclesia Dei » en charge du dossier. Par la suite, le cardinal Levada, et son fidèle conseiller, Mgr Charles J. Scicluna, un maltais avaient fortement amendé le texte dans le sens restrictif. Avec l’accord du cardinal Canizarès Llovera, le préfet de la congrégation du culte divin! Nos informations récentes étaient donc exactes.

Une fois amendé par Levada, le document est arrivé sur le bureau du Pape. Et ce dernier n’aurait pas été satisfait du revirement opéré. Il serait donc revenu plus ou moins au document tel que Guido Pozzo l’avait initialement. Dans un sens plus favorable aux traditionalistes.

Malgré son rapprochement modérés à  certains égards, Benoit XVI est trop attaché à  la sacralité de la liturgie, sous une forme traditionnelle, pour se renier à  cet égard. Il accepte l’esprit d’Assise. Fait un pas en direction des juifs qu’il exonère de toute culpabilité dans la mort de jugement. Mais, sur la liturgie, il n’a pas varié.

NB : A nos lecteurs : par pure inadvertance, suite à  une erreur de mail, une copie d’un texte paru dans Summorum Pontificum Observatus a remplacé le texte véritable de notre collaborateur Romano Libero, que voici ci-joint. Avec toutes nos excuses