« Pourquoi les pauvres votent-ils à  Droite ? » Mais parce qu’ils y trouvent un intérêt !

Lors d’une interview mouvementée par Nicolas Demorand sur Europe 1, le 5 janvier 2011, Jean-Luc Mélanchon a dà» répondre à  la question « Pourquoi les pauvres votent-ils à  Droite ? ». On ne peut reprocher au journaliste de lui l’avoir posée. N’est-ce pas la question essentielle après un siècle et demi de suffrage universel pour les hommes et un demi-siècle pour les femmes en France ?

Or, J.-L. Mélenchon n’a trouvé pour toute réponse que la ritournelle habituelle : « Il y a un appareil idéologique dominant, s’est-il écrié, vous, les radios, les télés, les journaux. Mais oui, c’est de votre faute ! ». N. Demorand a eu beau jeu de lui rétorquer : « C’est un peu court, jeune homme ! » (2)

Oui, expliquer le vote à  Droite des « pauvres » par l’emprise d’un appareil idéologique dominant, c’est un peu court ! Non que cet appareil idéologique – qui, outre les médias, comprend principalement l’à‰cole, la Justice et la Religion – ne joue pas un rôle. Mais pour avoir son importance, ce rôle demeure auxiliaire. Du moins est-ce l’hypothèse que l’on propose. On est au contraire tenté de répondre que les pauvres votent à  Droite parce qu’il y trouvent un intérêt !

1- La thèse obsolète de « l’aliénation »

Sans doute cela peut-il paraître odieux, voire insensé de soutenir pareille hypothèse. Mais un siècle et demi a ruiné l’explication classique marxisante de la théorie de « l’aliénation ». On sait que, selon cette analyse, il faudrait imputer le vote à  Droite des « pauvres » à  une conscience immature de leurs intérêts entretenue justement par cet appareil idéologique évoqué par lequel ils se laisseraient abuser. Il en était déduit que l’éducation des masses par des partis et des syndicats d’avant-garde leur dessillerait les yeux.

Avant de conduire cette expérience d’éducation, le diagnostic et la thérapie paraissaient raisonnables. Mais après un siècle et demi de mise à  l’épreuve, il n’est plus possible de se contenter de cette hypothèse de « l’aliénation ». Dans son sens politique, bien proche du sens psychiatrique, ce terme définit la condition d’une personne qui, sous la pression de divers facteurs, en particulier socio-économiques, devient étrangère à  elle-même au point de prendre ou de se laisser dicter des décisions nuisibles à  ses intérêts. Dans de tels cas individuels de déficience mentale diagnostiquée par le psychiatre, le Droit prévoit d’ailleurs des mesures de sauvegarde, la curatelle et la mise sous tutelle, qui confient à  des degrés divers l’administration des biens de la personne protégée à  des assistants.

Or, ce n’est pas la situation des « salariés modestes » “ de préférence au mot « pauvres » – quand il votent à  Droite. Ils le font en toute conscience. Et ce sont les tenants de « l’aliénation » qui souffrent peut-être eux-mêmes de ce qu’ils leur reprochent.

Droite et Gauche, les deux groupes rivaux pour l’exercice du pouvoir

Droite et Gauche sont des appellations sommaires en usage depuis 1789 pour désigner, depuis un vote fondateur o๠les députés se sont répartis de part et d’autre du président de l’Assemblée, les deux groupes rivaux qui dans la société française se disputent l’exercice du pouvoir :

– d’un côté, à  Droite, les détenteurs d’un patrimoine qui entendent le conserver voire l’accroître

– et, de l’autre, à  Gauche, ceux qui n’en ont pas et souhaitent en acquérir un.

1- Les conservateurs

Les conservateurs, en minorité, – la Droite – occupent une position dominante et favorable. Même si la nature des biens à  défendre, immobiliers, mobiliers et financiers les fait entrer en concurrence, ils bénéficient d’un grand avantage : un objectif certain, présent et tangible les mobilise et les unit, la protection de leurs biens et leur accroissement. On n’est conservateur que parce qu’on a des biens à  conserver par tous les moyens.

2- Les salariés modestes

En face d’eux, les salariés modestes qui ne détiennent pas de patrimoine et n’ont que leur travail comme moyen de subsistance, sont certes majoritaires mais cet avantage est aussi un inconvénient.

– L’avantage est de pouvoir, s’ils s’unissent dans une action collective, imposer leur point de vue par leur nombre.

– L’inconvénient est que leur nombre multiplie les points de vue et donc les risques de divisions qui provoquent leur faiblesse.

Sans doute leur est-il possible de s’accorder sur un objectif : mais il est incertain puisque futur. Et des divergences en plus surgissent dès qu’il s’agit de choisir les moyens de l’atteindre : les uns, cupides, peuvent ne vouloir que prendre la place des possédants, tandis que les autres, idéalistes, aspireraient plutôt à  une répartition des richesses équitable et à  une société fondée sur la réciprocité de la solidarité, refusée par les détenteurs de patrimoine. Entre ces deux lignes politiques, se partagent divers courants intermédiaires qui empruntent à  l’une et à  l’autre des idées à  des degrés variables.

La recherche d’une clientèle d’un côté et la recherche de la faveur de l’autre

Une fois ces deux groupes rivaux bien identifiés, tout se complique. Les stratégies de chacun d’eux interfèrent et brouillent les cartes. L’offre des conservateurs rencontre pour partie, en effet, la demande des salariés modestes.

1- Le clientélisme, politique de sauvegarde des conservateurs

Les conservateurs ont beau imposer un ordre social et juridique qui leur est favorable : ils savent que leur position dominante reste minoritaire et qu’elle n’est tenable que s’ils divisent leurs adversaires. Et la première méthode pour y parvenir est aussi celle qui leur assure train de vie et protection par la constitution et l’entretien d’une vaste clientèle dévouée en échange de faveurs. Aristocrates sur leurs propriétés et grands bourgeois dans leurs demeures ont besoin d’une abondante domesticité ; les grands entrepreneurs, eux, recherchent des gérants et des agents de maîtrise pour organiser travail et production. Les administrations en font autant. Des postes avantageux sont ainsi offerts en nombre à  ceux qui sont dépourvus de patrimoine.

2- La faveur préférée au Droit par les salariés modestes

On pourrait penser que pour les salariés modestes, la progression d’un à‰tat de Droit les conduirait à  y voir la promesse d’une promotion sociale puisque le Droit paraît avoir peu à  peu remplacé « le Bon Plaisir » de l’autorité et ouvert à  chacun selon ses compétences et ses droits un accès égal aux même fonctions. On aurait pu croire aussi que les violations répétées du Droit par les passe-droits privilégiant par exemple l’origine familiale « du fils ou de la fille de¦ » au détriment d’un(e) concurrent(e) de compétences égales ou supérieures, auraient galvanisé les énergies pour y mettre fin.

Le groupe majoritaire des salariés modestes se heurte, en fait, à  un mur ou une coupole qui lui bouche l’horizon d’une promotion, celui de la courbe de Gauss en cloche qui répartit statistiquement de façon invariable un grand nombre d’individus en trois groupes : entre deux minorités extrêmes, les très mauvais et les excellents, s’insère une masse de moyens, plus ou moins bons ou mauvais. La terrible conséquence est que l’obtention d’une promotion par le seul Droit et ses mérites devient illusoire. En revanche, par la faveur de l’autorité, elle est toujours possible indépendamment du Droit et des mérites. Ainsi, le grand nombre est-il tenté de rechercher par la faveur ce qui lui sera refusé par le Droit de la société rêvée. Qui dans son entreprise ou son administration n’a pas observé cet appétit général pour la faveur de l’autorité qui accorde, selon son bon vouloir plus ou moins travesti sous des procédures trompeuses, promotions, primes, postes réservés, augmentations de salaire ? Les syndicalistes permanents éloignés à  jamais de l’entreprise ne donnent-ils pas l’exemple eux-mêmes ? Les conservateurs qui détiennent les postes de décision, tiennent là  un levier de rêve pour étendre leur clientèle et défendre leur position dominante.

Le rôle purement auxiliaire de l’appareil idéologique

L’appareil idéologique dont parle M. Mélenchon, joue ici son rôle pour dévaloriser le Droit par exemple : il suffit de voir les atteintes constantes à  la présomption d’innocence par les médias, suivant l’exemple du président de la République quand il parle d’un suspect comme du « présumé coupable ». Le récent mouvement de révolte des magistrats, pourtant attachés au respect de la leur, ne s’en est pas davantage ému quand il s’agit de celle du simple citoyen (1).

Surtout, les médias usent et abusent de deux grands leurres étudiés en laboratoire par Solomon Asch et Stanley Milgram pour paralyser la raison de la majorité des gens :

1- l’un est le leurre d’appel conformiste qui stimule la soumission de l’individu à  la pression du groupe : le rôle des sondages est par exemple de placer l’individu devant le point de vue d’une majorité. Or, Asch a montré que plus d’un tiers des personnes l’adopte, fà»t-il absurde !

2- L’autre est le leurre d’appel autoritarien qui stimule la soumission aveugle à  l’autorité chez tous ceux qui ne trouvent leur équilibre psychologique que dans une adhésion totale à  l’autorité : or, Milgram a observé que près des deux tiers des personnes se conduisent ainsi !

On est loin de la théorie obsolète de « l’aliénation » et du rôle exclusif attribué à  « un appareil idéologique dominant » pour expliquer pourquoi les salariés modestes votent à  Droite. La promotion par le Droit que les salariés sans patrimoine pourraient dans une société nouvelle vouloir opposer à  la promotion par la faveur dans la société que défendent les conservateurs, s’avère illusoire pour le grand nombre. Autrement plus tentante apparaît la recherche de la faveur, même si, comme au Loto, il y a peu d’élus. Mais, à  l’instar d’une publicité de La Française des Jeux : « tous les gagnants ont tenté leur chance ». Nombre de salariés modestes tentent donc la leur dans une chasse à  la faveur auprès de l’autorité en votant à  Droite, pensant pouvoir « travailler plus pour gagner plus ». C’est ainsi que la société régie par le Droit peut apparaître moins souhaitable que celle qui l’est par la faveur. Les salariés modestes le vivent tous les jours : une « promotion canapé » n’est-elle pas plus sà»re que celle attendue d’un travail irréprochable guidé par la seule conscience professionnelle donnant droit à  une addition de points aléatoire dont l’autorité peut toujours ne tenir aucun compte ? Dans ce contexte, le rôle de l’à‰cole, des médias et de la Justice n’est qu’auxiliaire. Leur fonction est de discréditer à  l’occasion le Droit pour que les salariés modestes continuent à  lui préférer toujours la faveur. En somme, si « les pauvres votent à  Droite », c’est qu’ils y trouvent malheureusement intérêt : la quête de la faveur leur paraît plus efficace que le respect du Droit pour obtenir ce à  quoi par leurs seuls mérites ils n’auraient pas droit ! Paul Villach

(1) Paul Villach, « L’indignation sélective des magistrats : quel crédit leur accorder ? », AgoraVox, 11 février 2011.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-indignation-selective-des-88686

(2) Extraits de l’interview de M. Jean-Luc Mélenchon sur Europe 1, le 5 janvier 2011

« – Nicolas Demorand .- (¦) « Pourquoi les pauvres votent à  Droite ? » est le titre d’un livre publié aux éditions Agone d’un américain Thomas Frank qui essaie de comprendre aux Etats-Unis
– Jean-Luc Mélenchon .- Il n’ y a pas de parti de Gauche là -bas !
– ND .- Pourquoi un parti comme le vôtre n’est pas au pinacle ?
JLM .- C’est la longue histoire du mouvement ouvrier. Comment se fait-il que la classe ouvrière, les salariés, les ouvriers , les employés, étant ultra majoritaires dans la société. Le salariat, c’est 90 %. Je ne parle que des salariés ouvriers et employés, ils représentent 53 % de la population. Il n’y a pas de classe sociale plus nombreuse. Comment se fait-il que le pouvoir ne soit pas à  Gauche depuis le début de la société industrielle ? Je vais vous expliquer ce mystère.
Il y a un appareil idéologique dominant, vous, les radios, les télés, les journaux. Mais oui, c’est de votre faute
ND .- C’est un peu court, jeune homme !
JLM .- D’abord, ne m’appelez pas jeune homme ! Je suis plus âgé que vous ! Non, non, ce n’est pas un peu court. S’il n’y avait pas eu un appareil idéologique pour contrôler et organiser, mais depuis toujours, les travailleurs auraient emporté leur cause ! C’est depuis toujours que c’est comme ça !
ND .- Vous prenez les électeurs pour des idiots, s’il sont si facilement influençable que ça
JLM .- Vous avez vu les moyens qui sont en mouvement ? C’est considérable ! Et puis les gens se disent : est-ce que peut-être que c’est vrai qu’on ne peut rien faire d’autre, d’autant qu’ils l’ont dit à  la télé, ils l’ont dit à  la radio, c’est écrit dans le journal. Et chaque fois qu’on entend quelqu’un parler, on entend : on ne peut rien faire ! La mondialisation ! Tout ce qu’on fait ne sert à  rien.
Moi je passe mon temps à  expliquer : non la France est puissante, nous pouvons faire autre chose. Il n’y a pas de raison que ça aille de mal en pis ! (¦) »

Pierre-Yves Chereul

JUPPà‰, ENFIN !

Enfin ! De Tunis à  Benghazi, de la place Tahrir à  Manama, en passant par Alger, Amman et Casablanca, ce ne fut qu’un cri: Juppé, enfin ! Enfin le retour du gaulliste historique, de l’homme qui avait été aux côtés des démocrates arabes aux heures les plus sombres, de celui qui, dans son pays même, en France, incarne la lutte sans concession contre le népotisme immobilier, le reniement de la parole politique, les emplois fictifs et le cumul des mandats.

Un instant, sitôt que les médias français annoncèrent la nouvelle de la promotion du « nouvel homme fort » du gouvernement, et tressèrent les louanges du « poids lourd », de « l’homme d’expérience », les assaillants des ministères interrompirent les assauts, les tankistes improvisés tirèrent des salves d’honneur, partout l’insurrection arabe, comme un seul homme, marqua spontanément une minute de silence. Dans leurs palais assiégés, les derniers tyrans subsistants, eux aussi, accusaient le coup. Juppé ! Malédiction ! De l’homme qui, le premier, à  peine Ben Ali, envolé, avait osé dire que la France avait « sous-estimé l’exaspération » du peuple tunisien, montrant par là  même comme une forte parole peut abattre les murailles de la tyrannie, ils savaient qu’ils n’avaient rien de bon à  attendre.

C’était un raz de marée. On mesura à  cet instant combien le visage d’Alain Juppé, dans tout le monde arabe, était devenu l’icône de la liberté, l’image même de la France telle qu’on avait appris à  l’aimer (lire son portrait ici). Faisait-on remarquer aux exaltés arabes que le nouveau Che Guevara français ne pousserait pas la ferveur révolutionnaire jusqu’à  être ministre à  plein temps; qu’il inaugurait ses fonctions, dès ce lundi, en…présidant le conseil municipal de Bordeaux, remettant ainsi au lendemain l’entrée solennelle de la révolution au Quai d’Orsay; qu’il ne comptait nullement, d’ailleurs, démissionner de son mandat bordelais ?

Nos révolutionnaires repoussaient l’argument du revers de la main: « nous sommes trop heur eux qu’Alain Juppé soit désormais notre ministre, et que la France, sous son autorité, nous aide et nous accompagne dans la transition difficile vers la démocratie. Dà»t-il nous consacrer trois jours, deux jours, quelques heures par semaine, nous sommes reconnaissants aux citoyens de la belle ville de Bordeaux de nous prêter, ne serait-ce qu’un bras, un doigt d’Alain Juppé. Nous avons entendu les belles paroles enthousiastes de votre président, et nous savons qu’il les incarnera mieux que quiconque. Du reste, ne nous croyez pas insensibles non plus au geste fort que représente la nomination de Claude Guéant au ministère de l’Intérieur. Si hélas nos révolutions devaient se traduire pour vous par des flux migratoires incontrôlables, et une recrudescence du terrorisme, nous savons qu’ils seraient gérés d’une main ferme, mais humaine, par ce grand commis de l’Etat« . Intarissables. Il n’y a rien à  répondre à  l’Histoire en marche.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

KADHAFI : état des lieux d’une révolution populaire

L’observateur étranger a sans doute quelque mal à  s’y retrouver dans une vsituation libyenne, dont il n’est tenté de retenir que la figure du colonel Kadhafi. Véritable épouvantail médiatique autant que tyran singulier. Mais ce pouvoir d’un seul homme – qui ne disait même pas chef de l’Etat! – tenait en fait beaucoup à  une sorte d’équilibre des forces dont il tirait les ficelles. La dictature libyenne doit en effet sa relative durée à  un subtil dosage de socialisme et de stalinisme, sur fond de faveurs et de menaces à  l’endroit des uns et des autres.

C’est pourquoi, il y a selon certains observateurs, une différence de fond entre les révolte tunisienne et égyptienne, et celle qui déferle en Lybie. Les deux premières sont le fait d’une jeunesse affamée et exaspérée, mobilisée par les nouveaux moyens de communication. La révolte libyenne, au contraire, exprime d’abord l’effondrement d’un château de cartes, celui d’une coexistence – sur fonde d’équivoque au demeurant – entre des tribus. Et en effet, l’ébranlement n’est pas venu des intellectuels, ni d’ailleurs des masses laborieuses. Ces dernières, on le sait, sont surtout composés de travailleurs non libyens. Enfin, en Libye, les contacts par internet ont sans doute joué un rôle moindre.

Pour comprendre ce qui s’est passé, un détour par l’histoire s’impose. La Libye n’existe que comme conglomérat d’une bonne centaines de tribus. La tribu de Kadhafi parvenait à  fédérer, mais de façon artificielle et au prix d’une tension constante, l’ensemble de ces autres tribus, moins puissantes, et surtout trop dispersées et antagoniste pour former un front afin de renverser le colonel. Par la carotte et le bâton, la menace et la caresse, Kadhafi sut maintenir en place un semblant de cohérence et de stabilité. Or, c’est cette unité que les secousses venues d’ailleurs ont fini par renverser.

Toutefois, et il y a là  une différence considérable entre la situation de la Libye et celle des autres pays, l’effondrement du dictateur risque de ne pas faire l’unanimité. Certaines nombreuses souhaitent la chute de Kadhafi et d’autres au contraire continueront à  le soutenir s’il devait se maintenir. D’o๠le risque très réel d’une véritable coupure en deux du pays. D’un éclatement bien peu pacifique. Coupure au fond déjà  là  puisque la région de Tripoli reste – semble-t-il, et pour le moment – sous le contrôle de Kadhafi mais non pas l’Est du pays, livré aux comités populaires et aux bandes armées. A terme, si les choses n’évoluent pas radicalement, autrement dit si Kadhafi n’est pas radicalement balayé, on pourrait aboutir à  une situation dangereuse, inconfortable et économiquement redoutable : la balkanisation de l’actuelle Libye et la création de zones territoriales tribales comme aujourd’hui en Afghanistan ou en Somalie. Le Prince Idris lui-même, héritier de son grand-père du même nom, premier et seul roi de Libye jusqu’à  aujourd’hui exprime son inquiétude en ce sens. Et même si, d’aventure, Tripoli devait échapper à  Kadhafi et aux siens, il est fort possible que le quarteron des fidèles s’empare alors d’une zone du pays dominée par des tribus amies. En attendant la reconquête de l’actuelle capitale?

Toujours est-il que Kadhafi a perdu bien des batailles mais pas forcément la guerre. Au mieux pour lui, il ne perdra qu’une moitié de son pays. Au mieux, du point de vue de la communauté internationale, il quittera la scène le plus vite possible pour faire place à  un gouvernement démocratique maintenant l’unité. Au pire, c’est l’ensemble du pays qui sera submergé par une guerre entre tribus et factions. Dans un bain de sang o๠la Libye sera la grande perdante, autant que Kadhafi, ainsi que tous ses actuels citoyens. Il n’est pas certain que le terrible colonel ne soit pas enclin – hélas – à  penser que si la partie devait être perdue pour lui, il préfererait qu’elle le soit en définitive aussi pour tous les autres..

LES COULISSES D’UNE DEMISSION : L’ARCHEVàŠQUE DE POITIERS, MGR ALBERT ROUET, A BIEN ETE « REMERCIE »!

L’équivoque subtile et volontaire de la langue française, avec un zest de perversité, nous permet de dire « merci » au cher Albert Rouet, qui vient de fêter ses 75 ans et dont la démission du poste d’archevêque métropolite de Poitiers a été acceptée séance tenante – comme par hasard – par le Saint-Siège. D’après nos informations, Albert Rouet a bien été « remercié » de son ministère. Il est de coutume en effet qu’un évêque démissionnaire en raison d’âge (retraite) reste en place six mois voire davantage en attendant la nomination officielle de son successeur.

C’est Mgr Pascal Wintzer, 52 ans, auxiliaire de Rouen, qui assurera la transition en attendant l’arrivée d’un successeur non encore désigné. Originaire de Rouen, « créature » de Mgr Joseph Duval qui y fut un archevêque influent, Pascal Wintzer est un modéré, très recentré en tout cas en comparaison avec les positions courageuses et novatrices de celui dont il fut le collaborateur immédiat depuis quelques années. A
vrai dire, Mgr Wintzer avait été imposé à  Mgr Rouet par le Vatican qui craignait des échappées trop hasardeuses de cet archevêque hors du commun. Notamment sur les ministères et les fonctionnements de l’à‰glise. Pour tempérer les choses. Ce qu’il fit avec courtoisie.

Il est peu probable que Pascal Wintzer soit le prochain archevêque de Poitiers. On le dit en vue pour remplacer Albert de Monléon à  Meaux l’année prochaine mais d’autres point d’atterrissage sont possibles. En tout cas, il devrait prendre la direction d’un diocèse. Pour remplacer Mgr Rouet, diverses hypothèses circulent, à  prendre avec des pincettes. On parle d’un auxiliaire de Paris (Nahmias), de celui de Strasbourg (Jordy) ou d’un évêque en place (Turini de Cahors, Ginoux de Montauban, Lagleize de Valence, Brunin d’Ajaccio, Marceau de Perpignan, Grua de Saint-Flour ou Papin de Nancy, les deux derniers étant réputés conciliables avec la ligne Rouet). Selon certains, le Pape pourrait cependant nommer un prélat déjà  âgé pour ménager une transition car le formatage du diocèse semble convenir difficilement à  un parachutage néo-conservateur. Des hommes comme Mgr Loizeau de Digne ou Mgr Maupu de Verdun feraient ainsi l’affaire.

Golias rendra hommage d’ici peu de façon plus développée au cher Albert Rouet, homme lucide et pionnier de l’à‰glise de demain, même si ce fut parfois trop timidement pour notre goà»t (qu’avait-il à  perdre ou à  craindre?). Citons simplement le titre de son livre qui paraît en ce mois de février aux éditions de l’Atelier : « Vous avez fait de moi un
évêque heureux » . Nombreux sont les diocésains de Poitiers heureux d’avoir eu tel évêque!

Merci Père Rouet !

Pour aller plus loin : http://www.golias-editions.fr/Trombinoscope-2011-Electronique,4683

MONACO : L’ARCHEVEQUE CONTRE LES FRANCS-MACONS

Le rocher monégasque des Grimaldi, terre sismique au demeurant, en est secoué. Mgr Bernard Barsi, archevêque de ce tout petit diocèse, vient de déclarer que l’adhésion à  la franc-maçonnerie, quelle que soit l’obédience choisie, était incompatible avec l’appartenance à  l’à‰glise catholique.

Le prélat, critiqué parfois pour sa maladresse, entend répondre ainsi à ,l’installation le 19 février, de la Grande Loge nationale régulière de la principauté de Monaco (GLNRPM), une grande première à  Monaco o๠le catholicisme est religion d’à‰tat. Et o๠l’héritier du trône des Grimaldi doit être issu des « liens sacrés du mariage ». L’archevêque de la Principauté étant donc un homme important et influent. Dont l’avis a beaucoup de poids.

Mgr Barsi, ancien vicaire général à  Nice de Mgr Jean Bonfils (conservateur intransigeant) rappelle avec fermeté : «  L’enseignement constant de l’à‰glise catholique est clair à  ce sujet et a été confirmé par une déclaration de la Congrégation de la doctrine de la foi, en date du 26 novembre 1983 « . Ce qui veut dire que «  Le jugement négatif de l’à‰glise sur la franc-maçonnerie demeure inchangé, parce que ses principes ont toujours été incompatibles avec la doctrine de l’à‰glise : c’est pourquoi il reste interdit par l’à‰glise de s’y inscrire.  » Et l’archevêque, dans la foulée, va plus loin encore :  » Les catholiques qui font partie de la franc-maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la sainte communion « .

Pour justifier un tel sévérité, Barsi prétend que les principes de l’à‰glise et de la maçonnerie ne sont pas conciliables. Ainsi, pour les frères trois points,  » Dieu n’est pas présenté comme un dieu personnel susceptible d’entretenir des relations et une alliance avec les hommes, mais comme le Grand Architecte de l’univers. Considéré comme une référence plus ou moins lointaine, il ne saurait être Père, et l’homme ne pourrait être pour lui un partenaire. Affirmer l’existence de ce personnage n’équivaut pas à  professer la foi catholique en un seul Dieu, révélé dans le mystère trinitaire du Père, du Fils et de l’Esprit saint. »

Enfin, il conclut par un contre-sens sur l’initiation maçonnique : «  La franc-maçonnerie entretient et cultive la notion de secret, réservant son accès à  quelques initiés en désignant tous les autres comme des profanes. Dans la foi catholique, l’à‰vangile du Salut, proclamé et vécu par le Christ, est offert et accessible à  tous. En toute personne humaine, quelle qu’elle soit, est reconnue l’image, et la ressemblance de Dieu « .

Réputé volontiers gaffeur – les plus critiques parlent d’une  » totale incompétence  » – Mgr Barsi, dont on annonce depuis des années la mutation dans quelque petit diocèse o๠personne ne voudrait aller, semble également se faire le relai zélé de courants intransigeants puissants en PACA et dont l’évêque de Toulon, Mgr Dominique Rey, est un porte-flambeau bien connu. à‰vêque du Var, ce dernier a d’ailleurs écrit des pages hallucinantes – sorties d’un autre siècle – sur la franc-maçonnerie, ignorant les vraies raisons – de pure circonstance – de sa condamnation initiale au XVIIIe siècle. L’évêque du Puy-en-Velay, Mgr Henri Brincard, s’était également illustré par des propos d’un autre âge sur la maçonnerie! Digne du temps du Syllabus de Pie XI.

La réaction scandaleuse de Mgr Barsi pourrait aussi relancer le débat sur ce que peut avoir d’anachronique et de choquant le statut religieux de la Principauté. Une réflexion à  ne pas négliger en ces temps d’oecuménisme et de tolérance, o๠l’application rigide du modèle français de laïcité est sans doute contesté, mais à  condition que les institutions religieuses renoncent enfin à  vouloir dominer l’à‰tat et la société. Et oublient les anathèmes d’un autre âge !

La diplomatie française à  l’épreuve
des révoltes des peuples arabes

Henri Guaino, le conseiller spécial du président de la République, a eu beau jeu, mercredi matin 23 février 2011 sur France Info . Le collectif « Marly » qui a signé anonymement, mardi 22 février, dans Le Monde, un réquisitoire contre la politique étrangère française lui avait ouvert un boulevard : il ne s’est pas privé de s’y engouffrer et de dénoncer d’entrée l’anonymat de ses signataires :« Je suis toujours gêné, s’est-il écrié, d’avoir à  répondre, non pas à  une tribune, mais à  un tract politique anonyme. Je ne sais pas à  qui je parle, je ne sais pas qui parle, avouez que c’est très gênant, si tant est que ces gens-là  soient des diplomates. Alors qui sont-ils ? De jeunes ambitieux qui cherchent des places, des diplomates retraités aigris ? » (1)

Les deux raisons du choix de l’anonymat en pseudonyme collectif

Le choix de la tribune anonyme signée d’un pseudonyme collectif n’affaiblit-il pas, en effet, la portée d’une dénonciation jugée assez capitale et urgente pour être publiée dans un journal ? L’usage certes n’est pas nouveau : des militaires se sont récemment abrités sous le pseudonyme tutélaire de « Surcouf » pour exprimer aussi leurs désaccords en matière de Défense. Deux raisons expliquent, cependant, le recours à  cette stratégie de l’anonymat en pseudonyme collectif.

1- Les obligations de discrétion et de réserve du fonctionnaire

L’une est que les fonctionnaires, militaires, diplomates ou professeurs, sont tenus à  une obligation de réserve. Leur mission est d’appliquer les directives que le pouvoir politique adresse aux diverses administrations. Ils ne peuvent donc exprimer leurs désaccords sur les mesures qu’ils sont chargés d’appliquer. Cette obligation de réserve est le corollaire du devoir d’obéissance du fonctionnaire.

« On distingue en général, écrit un avocat, l’obligation de réserve et l’obligation de discrétion, en retenant que le manquement à  la réserve consiste dans la manifestation d’une opinion, alors que le manquement à  la discrétion se produit lors de la révélation d’un fait » (2). Cette obligation de réserve n’exclut pas pour autant l’exercice d’un droit à  la liberté d’expression. Il le cantonne seulement dans les limites qu’exige la loyauté attendue des fonctionnaires dans l’accomplissement des missions confiées.

2- Une appréciation élastique du manquement au devoir de réserve

Tout le problème est là . Et c’est sans doute la deuxième raison qui peut expliquer ce choix du pseudonyme collectif. La jurisprudence en matière de devoir de réserve est élastique. Autant le manquement à  l’obligation de discrétion est aisé à  identifier, car « la discrétion est l’impossibilité pour un fonctionnaire de donner des documents, des informations, des opinions sur l’action administrative » (2). Autant le manquement à  l’obligation de réserve est difficile à  évaluer : imprécise, elle impose « une certaine mesure » dans l’expression de l’opinion ou de la critique.

Une grande liberté est donc donnée à  l’administration ou éventuellement au juge pour apprécier son respect ou non, et ouvre la porte à  l’arbitraire. « Un amiral qui viole le principe de neutralité et l’obligation de réserve en polémiquant violemment avec les évêques opposés à  l’arme nucléaire » n’est pas sanctionné, mais « un général qui prend position contre les essais nucléaires est mis à  la retraite anticipée » (2). On comprend dès lors que les signataires regroupés sous le pseudonyme « Marly » n’aient pas voulu prendre de risques selon le principe qui régit la relation d’information : nul être sain ne livre volontairement à  visage découvert une information susceptible de lui nuire. Des carrières sont en jeu ! Dans la République de Venise écumée par les délateurs du Conseil des Dix, on aimait prolonger le Carnaval pour porter plus longtemps le masque.

Un réquisitoire implacable sur la faillite de la diplomatie française

Mais en prenant le risque de l’anonymat le groupe des signataires a permis de jeter le discrédit sur leur critique de la diplomatie française. M. Guaino ne s’est pas privé de le faire : il a fustigé « un tract politique anonyme » et, par une attaque personnelle, soupçonné ses signataires d’être « de jeunes ambitieux qui cherchent des places, des diplomates retraités aigris », au détriment des accusations présentées.

Car peut-on trouver réquisitoire plus implacable de la politique étrangère française ? « à€ l’encontre des annonces claironnées depuis trois ans, lit-on dans cette tribune, l’Europe est impuissante, l’Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ! (¦) La politique suivie à  l’égard de la Tunisie ou de l’à‰gypte a été définie à  la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C’est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme « piliers sud » de la Méditerranée. Un WikiLeaks à  la française permettrait de vérifier que les diplomates français ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussi critiques que sans concessions. Or, à  l’écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à  l’amateurisme, à  l’impulsivité et aux préoccupations médiatiques à  court terme (¦)

L’impossible désobéissance autorisée par l’article 28 de la loi du 13 juillet 1983

à€ ce degré d’opposition radicale et vu l’enjeu national, la voie d’une tribune anonyme était-elle la plus appropriée ? L’article 28 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, ne s’applique-t-il pas ? : « Tout fonctionnaire, stipule-t-il, quel que soit son rang dans la hiérarchie est responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas o๠l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à  compromettre gravement un intérêt public. » Le constat de faillite de la diplomatie française qu’établissent les signataires anonymes, ne les autorise-t-il pas à  se réclamer de cet article 28 pour se délier de l’obligation de réserve ?

Il semble que non ! Des experts en démocratie savent rédiger de belles lois protectrices des libertés en apparence, mais inapplicables en réalité. Comme dans « Le mariage de Figaro » de Beaumarchais, o๠une promesse de mariage du héros est suspendue au remboursement d’une dette , « la conjonction copulative » ET n’est pas « la conjonction alternative » OU : la désobéissance autorisée par l’article 28 implique deux conditions cumulatives : il faut que l’ordre soit illégal ET qu’il soit de nature à  compromettre gravement un intérêt public. Or, si l’atteinte grave à  un intérêt public peut être démontrée par nombres d’exemples signant la faillite de la diplomatie française, sur quoi fonder l’illégalité d’un ordre quelconque ? L’article 28 est inapplicable !

Vu la gravité de la situation aux yeux des signataires, la seule voie n’était-elle donc pas la dénonciation collective à  visage découvert, à  leurs risques et périls ? Leur nombre ne les mettait-il pas à  l’abri des sanctions ? Et quand bien même, celles-ci tomberaient, ne prendraient-ils pas date pour l’avenir face au champ de ruines de la diplomatie française qu’ils décrivent ? La démarche anonyme tend, en effet, à  nuire à  la dénonciation : garder l’anonymat ne revient-il pas à  jeter le soupçon d’une possible exagération dans la description de l’état des lieux dont on ne veut pas assumer la responsabilité ? On le voit tous les jours dans les commentaires sur AgoraVox : l’anonymat donne du courage aux matamores qui s’autorisent toutes les outrances puisqu’ils n’ont pas à  en répondre.

Si, en revanche, la diplomatie française est à  ce point sinistrée, le dénoncer à  visage découvert à  ses risques et périls n’est-ce pas donner plus de crédit à  sa critique ?

Est-ce trop de le demander à  des diplomates ?

Pierre-Yves Chereul

(1) Marly, La voix de la France a disparu dans le monde » Le Monde.fr, 22.02.2011
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/22/on-ne-s-improvise-pas-diplomate_1483517_3232.html

(2) Me Denis Gentilin, « L’obligation de réserve du fonctionnaire », Le Regard, n° 2, octobre 1991.

Libye: stoppez la répression

En Libye, les forces armées du Colonel Kadhafi font usage de mitrailleuses et d’avions de combat contre les manifestants pro-démocratie et des centaines de civils ont été tués. Faute de réaction internationale immédiate, la situation pourrait dégénérer en bain de sang national.

L’Union Européenne et le Conseil de Sécurité de l’ONU tiennent cette semaine des réunions d’urgence sur la Libye. Si nous parvenons à  faire pression pour qu’ils passent de la parole aux actes, nous pourrons obtenir un accord sur une zone d’exclusion aérienne en Libye, le gel des avoirs de Kadhafi et de ses généraux, des sanctions ciblées contre le régime, et des poursuites internationales à  l’encontre des responsables militaires impliqués dans la répression. De telles mesures pourraient stopper les bombardements aériens et diviser la structure de commandement autour de Kadhafi.

Nous n’avons pas une minute à  perdre — le peuple libyen est en train d’être massacré par son propre gouvernement. Cliquez pour envoyer directement un message à  toutes les délégations au Conseil de Sécurité de l’ONU, aux ministres européens des Affaires Etrangères et à  la Haute Représentante de l’UE, les appelant à  mettre un terme à  la violence, et faites passer le message à  tous. Envoyons-leur un déluge de messages pour obtenir des actes de leur part!

Source et lien AVAAZ

Envoyer votre message sur : http://www.avaaz.org/fr/libya_stop_the_crackdown_fr?fp

GOLIAS Hebdo n° 173

Les liaisons secrètes entre la classe politique et les grandes fortunes
Sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS, Michel Pinçon et Monique
Pinçon-Charlot travaillent depuis une vingtaine d’années sur la grande bourgeoisie et les élites sociales. Véritable tir de rafale, leur dernier ouvrage, Le Président des riches, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, décrit le fonctionnement d’une politique cohérente en faveur des nantis. Décryptage.

Accor : remue-ménage dans la sous-traitance
« Dans les hôtels Accor, nettoyage rime encore avec esclavage ! » La première banderole et les premiers slogans que l’on voit apparaître dans le film donnent le ton. « Remue-ménage dans la sous-traitance », documentaire d’Ivora Cusack, retrace l’histoire de la lutte de 35 femmes de chambre d’Arcade, sous-traitant des hôtels Accor. Pour la plupart, mères de famille d’origine africaine, elles luttent pour la première fois pour leurs droits.

Afrique subsaharienne : ces dictatures qui perdurent avec le soutien de la France
Le vent de liberté qui souffle sur les pays d’Afrique du Nord est source d’espoir pour des populations qui entendent se débarrasser de leurs régimes autoritaires. En Afrique subsaharienne, ces aspirations sont d’autant plus fortes que de nombreuses dictatures y perdurent avec le soutien de la France.

à€ Toulon, on se prépare déjà  aux croisades…
Il y a quelques jours, une curieuse manifestation se tenait sur la place Louis Blanc à  Toulon. Sur le parvis de l’église Saint-Vincent-de-Paule, l’abbé Fabrice Loiseau avait décidé d’organiser un rassemblement dédié aux « chrétiens d’Orient persécutés », en présence d’ecclésiastiques orthodoxes et protestants, d’une membre de la communauté arménienne, de coptes, mais surtout de prêtres catholiques – dont beaucoup en soutanes-, et de l’évêque du diocèse, Dominique Rey.

L’AFPA se rebelle contre son démantèlement
L’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), qui remplit une mission de service public, est victime de l’acharnement de l’Etat. Sa survie est en jeu. Enquête.

Le « Monsieur sondages » de l’Elysée débouté
Dans l’affaire de diffamation publique qui opposait Patrick Buisson, le « M. sondages » de Nicolas Sarkozy, au quotidien Libération et au politiste Alain Garrigou1, le plaignant a été débouté et condamné à  rembourser les frais de justice d’Alain Garrigou. Pour le moment, cette nouvelle n’a guère été relayée par les médias en ligne.

Les défis actuels du pluralisme pour les religions
Le Forum social mondial s’est déroulé du 6 au 11 février 2011 à  Dakar, la capitale du Sénégal. Un groupe d’environ quatre-vingts théologiens de traditions et régions différentes a participé à  ce forum, avec le but d’offrir une contribution à  la discussion en termes de « relation entre spiritualité et éthique à  partir du dialogue entre traditions religieuses et pratiques sociales ». Golias Hebdo a pu se procurer le document élaboré par la Commission théologique de l’Eatwot (association de théologiens du tiers-monde) sur le thème « Religions, Pluralisme et Paix ». Un document important dont nous publionsle dernier volet cette semaine. (voir Golias Hebdo n°171 et 172 pour les deux volets précédents)

BELGIQUE : Trois auxiliaires
pour Mgr Léonard

Le Pape Benoît XVI vient de nommer trois évêques auxiliaires de l’archevêché de Malines-Bruxelles qui assisteront donc Mgr André-Joseph Léonard dans l’exercice de son ministère épiscopal. Cette nomination était attendue depuis des mois. Aucun des trois prélats finalement nommés n’était pressenti.

Les trois noms cités il y a encore quelques semaines, du jésuite Timothy Scholtès ou de Mgr Luc De Maere, prêtre en vue d’Anvers, ce dernier dans une ligne strictement ratzingérienne. Voici donc les trois nouveaux auxiliaires Il s’agit des Pères Jean-Luc
Hudsyn
, Jean Kockerols et Léon Lemmens.

Né en 1947, Jean-Luc Hudsyn est actuellement vicaire épiscopal pour le Brabant wallon, et notamment co-responsable de l’accompagnement des diacres au vicariat du Brabant wallon. Une charge qu’il conservera certainement.

Né en 1958, Jean Kockerols est actuellement doyen de Bruxelles-Sud, co-responsable de la pastorale francophone à  Uccle. Jean Kockerols devient évêque titulaire d’Ypres et évêque auxiliaire de l’archevêché de Malines-Bruxelles.

Né en 1954, Léon Lemmens est actuellement en charge à  Rome, puisqu’il est
minutante à  la Congrégation pour les églises orientales et responsable du secteur « Formation et Etudes », spécialisé dans la collaboration avec les églises orthodoxes orientales et membre de la communauté Sant’Egidio , qui se réjouit de cette nomination. Au-delà  de cette nomination, la personnalité de Lermmens, néérlandophone, originaire du diocèse de Hasselt, doit être suivie avec attention. En effet, Léonard fête cette année ses 71 ans. Dans cinq ou six ans au plus tard, il
quittera sa charge d’archevêque et de Primat de Belgique. Or, il est une tradition non-écrite en Belgique, celle de l’alternance entre un primat francophone et un primat néerlandophone! Mgr Johan Bonny, 56 ans, évêque d’Anvers est déjà  un candidat crédible. Mais Mgr Léon Lemmens, 57 ans, sera un rude concurrent. Avec sans doute le retour sur la scène de Mgr Luc De Maere, qui entre-temps pourrait recevoir une mitre et une charge à  la Curie romaine (peut-être la charge de Secrétaire du Conseil en charge des questions de santé).

Dans l’immédiat, il faut noter que les trois nouveaux évêques auxiliaires ne sont pas des conservateurs mais des hommes d’ouverture, avec des variantes de profil il est vrai. En poste à  Namur, Mgr Léonard avait comme auxiliaire Mgr Pierre Warin, lui aussi bien plus ouvert que lui. Ce fait est à  noter. Il est probable que Léonard continue à  jouer la provocation et la surenchère.

Mais ses auxiliaires ne camperont certainement pas sur la même ligne.

Censure

Nous venons d’en avoir un exemple, avec le refus de notre ministre de la Culture d’inscrire au tableau des Célébrations nationales de cette année le nom de Céline, dont c’est le cinquantenaire de la mort. La décision a été demandée et donc obtenue par le responsable de l’association des Fils et Filles des déportés juifs de France, au motif que l’écrivain a publié des ouvrages antisémites.

Ce dernier fait est patent, il ne servirait à  rien de le nier. Cependant la question est plus complexe qu’il n’y paraît. On pourrait d’abord rappeler le mot de Voltaire, qui disait à  un de ses interlocuteurs : « Je ne suis pas d’accord avec vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer. » On objectera que ces « idées » sont ici nauséabondes, et certes on aura raison. à€ cela on peut faire encore deux réponses, une superficielle et une plus profonde : d’abord Céline a écrit aussi des romans essentiels, et ses qualités d’écriture sont indéniables. Cependant cet argument n’est pas suffisant, et la qualité d’une partie seulement d’une oeuvre ne vaut pas absolution de son auteur.

Il est plus profond, et plus intelligent, de regarder en face la question : comment une vision du monde particulière peut-elle aboutir à  un tel naufrage de l’intelligence ? Le point de départ chez Céline est un nihilisme absolu : il voyait la vie comme un perpétuel « bousillage ». En quoi on peut tout à  fait être d’accord avec lui. Mais sans aboutir forcément à  ses dérapages finaux. Précisément là  est toute la question : nous avons en nous les pires tentations, la souffrance et le désespoir peuvent à  chaque instant se tourner en nous en folles imprécations et éructations. Certains y succombent, comme Céline ou encore le cinéaste Autant-Lara, d’autres non.

Camus l’a bien montré dans La Chute : chacun est un monstre en puissance. Il veut avoir mainmise, possibilité de dressage sur quelque être : son conjoint, ses enfants, ou à  défaut son chien. Ici Monsieur de la Palice aurait raison : la seule différence entre un assassin et un homme normal, c’est simplement que le premier a commis un crime.

Mais les bien-pensants voient les choses de façon manichéenne, et c’est plus confortable : plutôt que se scruter eux-mêmes, ils préfèrent défiler, pétitionner, diaboliser “ et avec bien souvent des indignations fort sélectives. Par exemple pensons au cas d’Annah Arendt, qui s’est mis à  dos la communauté juive pour avoir montré qu’Eichmann n’était qu’un petit fonctionnaire bien banal, donc que chacun de nous, pris dans le tourbillon de l’histoire, peut se comporter en bourreau. Cette analyse qui cherche à  rendre intelligible le mal est beaucoup plus intéressante que la diabolisation péremptoire d’un monstre.

J’ai montré dans mes textes : Genèse d’un fasciste, et Fascisme et désir de mort, à  propos du cas de Jonas dans la Bible, que les pulsions fascisantes, greffées sur la désespérance, sont en nous tous. Aussi au lieu de diaboliser l’inadmissible, il faut essayer de le comprendre “ je ne dis pas bien sà»r de l’excuser. Ce n’est pas en détournant les yeux, ou en censurant, que nous le pourrons.