EN AVIGNON : la désinformation et les contre-vérités des thuriféraires de Mgr Cattenoz

Dans un article paru sur le site conservateur catholique «Liberté politique», sous une forme développée, on peut lire, une tentative de discréditer la grande révolte des catholiques du Vaucluse contre leur archevêque Mgr Jean-Pierre Cattenoz. Cet article ne tient pas compte des griefs profonds formulés contre cet évêque contestable, y compris par des personnes très éloignées du progressisme ! (cf. à  ce sujet dans le Trombinoscope des évêques 2011 le portrait de Mgr Cattenoz). Ce sont souvent des chrétiens classiques, qui n’en peuvent plus, qui élèvent la voix et veulent se faire entendre. Après s’être longtemps senti culpabilisé par une attitude de dissidence qu’ils n’ont fini par adopter qu’au prix de lourds débats de conscience. L’article de «Liberté politique» semble vouloir dire que les manifestants participent tous d’une idéologie progressiste, ce qui est faux. Et le serait-ce, qu’est que cela changerait au final sur l’autoritarisme scandaleux de l’évêque d’Avignon ? Un raccourci donc qui a l’avantage de faire l’impasse sur le fond de l’affaire.

A lui seul, le titre de l’article est déjà  fort déplaisant et inexact :« Les » auditeurs «autoproclamés du diocèse de Mgr Cattenoz». En aucune façon, les chrétiens qui protestent face à  l’autoritarisme d’un évêque réactionnaire et borné, ne prétendent faire un  » audit « . Le bilan et le point de l’activité de leur pasteur. Mais réagir comme la dignité de membres à  part entière du peuple de Dieu le leur permet.

Avant de parcourir plus en détail cet article émaillé de contre-vérités, il convient de préciser qu’il a été écrit par un couple de laïcs engagés très actifs, de tendance franchement conservatrice, et qui ont justement été choisi par l’archevêque Cattenoz dont il partage les choix de fond. Le témoignage est donc partisan. Ce qui en relativise considérablement la portée. Alex et Maud Lauriot-Prévost ne cherchent certainement pas à  tromper qui que ce soit. Il n’en demeure pas moins qu’ils font objectivement une oeuvre de désinformation en raison – entre autres – du point de vue qui est le leur : celui de délégués épiscopaux à  la pastorale conjugale et familiale.

Mais parcourons le crayon à  la main le texte du couple qui se fait avocat et même thuriféraire de l’archevêque d’Avignon. Il évoque une «incroyable opposition frontale» comme si elle relevait d’un complot et était d’emblée mijotée par certains. Rien de plus faux : c’est peu à  peu, et non sans mal, que des chrétiens loyaux et fidèles en sont venus à  exprimer leur exaspération. Cette «opposition» n’est en rien «incroyable» puisqu’elle est née au contraire d’une succession d’attitudes et de positions de Mgr Cattenoz, plus insupportables les unes que les autres.

Une grave faute d’analyse

Ce serait d’ailleurs très mal connaître le diocèse d’Avignon que d’y voir des rebelles affectés de ce que le théologien Hans Urs Von Balthasar dénonçait comme le « complexe anti-romain» (lui qui pourtant, plus jeune, se fixait pour programme de « raser les bastions»).

Archevêque d’Avignon pendant près d’un quart de siècle, Mgr Raymond Bouchex, un Savoyard aujourd’hui décédé incarnait une ligne d’extrême prudence. Il ne fut jamais contesté par les siens. On ne peut – d’un simple point de vue d’historien – comparer la situation d’aujourd’hui en Avignon à  celle de 1969 en Grenoble, en pleine fronde de l’après-Concile, lorsqu’un diocèse fit partir un évêque déphasé (Mgr André Fougerat).

On ne peut davantage comparer la colère actuelle en Avignon à  la situation du diocèse de Meaux en 1986, après le limogeage indigne par Rome de l’évêque d’alors, Mgr Louis Kuehn, jugé trop progressiste, et son remplacement par un carme gentil mais nullement taillé pour la fonction, Mgr Guy Gaucher.

Les révoltés d’Avignon sont des fidèles loyaux qui n’en peuvent plus. Il est donc absurde dans ce cas présent de parler d’une volonté de critiquer systématiquement l’institution. Comment peut-on évoquer comme le fait l’article en des termes déplaisants les «poncifs éculés des progressistes radicaux». A la limite on accepterait ce jugement dépréciatif s’il exprimait une opposition idéologique. Mais ce n’est précisément aucunement le cas. Les Avignonnais n’en peuvent tout simplement plus et ne s’inscrivent pas dans le courant dénoncé avec tant de mépris par les auteurs de l’article. Autrement dit il ne s’agit pas seulement d’un jugement offensant mais d’une grave faute d’analyse!

Au plan théologique, l’article déraille tout autant. Il évoque un groupe de laïcs «sans aucune légitimité ni ministère». Et le baptême ? Et le sacerdoce commun ? L’à‰glise serait-elle donc une caserne o๠il faut obéir le petit doigt sur la couture du pantalon ? Certains le pensent certainement à  l’instar par exemple des «Hérauts de l’à‰vangile» qui sévissent au Brésil et peut-être bientôt en France dans l’héritage des militants d’extrême droite de «Travail, Famille, Propriété» (cf. à  ce sujet le prochain Golias Hebdo, à  paraître jeudi 3 février).

Inutile de revenir sur l’expression «tribunal populaire définitif», absurde et fausse. La plainte blessée et révoltée de loyaux catholiques du Vaucluse n’a rien de commun avec le zèle d’un Fouquier-Tinville. Passons ! Il est également fort de café de prétendre que Mgr Cattenoz aurait laissé «sa place à  la diversité des expressions et des
sensibilités». Alors que c’est son autoritarisme qui est perçu comme insupportable, y compris “ répétons-le – par des chrétiens qui ne sont pas forcément d’une sensibilité éloignée de celle de Jean-Pierre Cattenoz.

Au plan théologique, un article qui déraille

Obligés tout de même de faire une concession aux détracteurs du prélat, les auteurs de l’article veulent nous faire croire que Mgr Cattenoz a changé – changeant tout à  coup leur fusil d’épaule pour sembler admettre que finalement il y a avait bien un problème au départ ! Mais les rares avancées du dialogue semblent relever surtout de l’obligation pour le prélat de ne pas aller jusqu’au bout d’un bras-de-fer insensé.

Après avoir fait preuve d’un peu de prudence et de diplomatie, les deux auteurs repartent ensuite à  la charge pour discréditer sans preuve mais par l’opprobre jetée les critiques pourtant nuancées et basées sur des faits de ceux qui contestent non l’autorité mais l’autoritarisme de Mgr Cattenoz. Il est facile de pratiquer l’invective, sinon l’injure évoquant : «Des arguments rongés jusqu’à  la corne, des procès d’intention, des fantasmagories qui montent en épingle et déforment des micro-évènements, une désinformation menée par des leaders qui affolent leur ouailles (sic l’accord manqué) avec des rumeurs». Et l’odieux est atteint lorsque l’article fustige de la part des catholiques d’ouverture inquiets de certains parachutages en effet irréfléchis – sur seul critère de rectitude idéologique – une «sorte de repli pavlovien et frileux sur l’entre-soi vauclusien». Ce n’est évidemment pas cela qui en question.

Si «manipulation» il y a, elle consiste bien dans cet article à  occulter les vrais problèmes et les vraies questions. A minimiser à  l’extrême les maladresses et les outrances de l’archevêque Cattenoz, à  l’origine de l’exaspération. Et ce sur fond de dénigrement caricatural d’une ligne pastorale de dialogue et d’ouverture avec laquelle Mgr d’Avignon semble effectivement avoir rompu. Quitte au passage à  tomber dans le contre-sens lorsqu’il écrit des «progressistes» (ouh les vilains!) : «Leur matrice de pensée semble se structurer sur l’opposition entre l’engagement dans le monde et la vie spirituelle». Contre-sens, car l’intuition de base du christianisme d’ouverture est précisément l’incarnation qui est l’inverse même de cette soi-disant opposition.

L’arrogance et le mépris comme argument

Avec arrogance et mépris, l’article parle d’«immaturité chrétienne» et, sans avoir peur des paradoxes, d’une «génération vieillissante»; ou même d’«un pathétique chant du cygne ». En somme des vieillards au bout du rouleau et des losers qui, toujours selon l’article, mèneraient un combat «féroce» contre l’archevêque.

Insulter un contradicteur est toujours un moyen, parfois efficace, mais déloyal, d’occulter ce qui est véritablement en question et l’enjeu d’une polémique. En l’occurrence, une mauvaise gouvernance épiscopale, en effet articulée à  une certaine théologie pastorale en recul. Mais irréductible à  l’aspect idéologique car beaucoup de fidèles sont davantage blessés par l’attitude de l’évêque qu’ils ne sont agacés par ses idées. Cette hargne qui traverse cet article «féroce» (?) dans « Liberté Politique » nous révèle au moins la tension qui existe, et qui est à  son comble. Au-delà  du fait incontestable que les chrétiens d’ouverture et de base de nos paroisses en général sont souvent – mais pas toujours – plus âgés que les quarterons d’intégristes et de fondamentalistes qui font illusion – car en proportion ils ne pèsent pas si lourd – , mesurées à  l’avancée de la société toute entière, la ligne et les postures de l’archevêque Cattenoz suscitent une vaste indignation et beaucoup de tristesse de croyants qui n’y reconnaissent plus l’à‰vangile du Christ.

En conclusion peut-être paradoxale il nous semble intéressant de noter que, malgré eux sans doute, les auteurs de ce texte montrent bien le lien qui existe entre une théologie réactionnaire et une pratique autoritariste. Dans certains cas ce n’est pas probant – en effet- mais précisément parce que les hommes sont souvent contradictoires. Pourtant, en soi, il y a un lien entre une théologie intransigeante et une pratique cassante de l’exercice du pouvoir. Ce qui justifie le combat que Golias continue à  mener non pour diaboliser un homme – qui participe aussi d’une mentalité – pour réels que puissent être les griefs visant son caractère, mais pour dénoncer une déformation de l’à‰vangile, qui à  la longue et poussée jusqu’au bout, ne peut devenir qu’insupportable.

Comme Insupportable Monsieur d’Avignon ! N’en déplaise à  ses thuriféraires !

Sous Moubarak, l’Egypte marche sur la tête

A l’occasion le 58ème anniversaire (juillet 2010) de la chute de la Monarchie égyptienne, le journaliste René Naba, spécialiste du monde arabe publiait sur son [blog (http://www.renenaba.com/?p=2705)->] un article aux accents prémonitoires sur la situation actuelle en Egypte.

Sous Moubarak, l’Egypte marche sur sa tête et réfléchit comme un pied, pyramide renversée de tant de reniements et de renoncements. Misr Oum ad Dounia, l’Egypte, Mère du Monde, l’Egypte, dont l’histoire s’est longtemps confondue avec l’épopée, n’est plus que l’ombre d’elle-même, un pays méconnaissable qui a intériorisé sa défaite, voué au rôle peu glorieux de sous traitant de la diplomatie américaine sur le plan régional, de factotum des impératifs de sécurité d’Israà«l, le ventre mou du Monde arabe, son grand corps malade.

Placée au centre géographique du Monde arabe, à  l’articulation de sa rive asiatique et de sa rive africaine, abritant la plus forte concentration industrielle dans une zone allant du sud de la Méditerranée aux confins de l’Inde, contrôlant de surcroît, de manière exclusive, les deux principaux axes de communication du Monde arabe, le Nil vers le continent africain, le Canal de Suez vers le Golfe pétrolier, l’Egypte a longtemps été le fer de lance du combat nationaliste arabe. Plaque tournante de la diplomatie arabe, elle a assumé sans relâche le rôle du grand frère protecteur, le régulateur de ses turbulences, le parrain de ses arrangements, comme ce fut le cas de l’accord libano palestinien du Caire, le 3 Novembre 1969, qui mit fin à  la première guerre civile libano palestinienne, ou de l’accord jordano-palestinien, le 27 septembre 1970, dans la foulée du Septembre Noir jordanien.

Mais le plus grand pays arabe, longtemps cauchemar de l’Occident, s’est révélé sous Moubarak, un nain diplomatique, le pantin disloqué de la stratégie israélo américaine, curieuse mutation de ce pays en un demi siècle, de Nasser à  Moubarak, illustration pathologique des dérives du Monde arabe, de la confusion mentale de ses dirigeants et de leur servilité à  l’ordre occidental.

Le fer de lance du mouvement national arabe est désormais le voltigeur de pointe de menées israélo américaines au Moyen Orient; l’artisan de la première nationalisation victorieuse du tiers monde, la nationalisation du Canal de Suez (1956), le principal fournisseur énergétique d’Israà«l; le destructeur de la ligne Bar Lev (1973), la ligne de fortification israélienne dans le Sinaï, l’édificateur du mur d’enfermement des Palestiniens de Gaza.

Nasser est passé à  la postérité pour avoir été l’homme du haut barrage d’Assouan, qu’il construira avec l’aide soviétique, bravant les foudres américaines pour nourrir son peuple. Moubarak sera l’homme du bas barrage, le vil barrage, qu’il édifiera par anticipation d’une requête israélo américaine visant à  rendre hermétique le blocus de Gaza, détruite et affamée par les Israéliens.

Nasser, l’homme de la fermeture du Canal de Suez, en 1956, défiera le droit maritime international pour couper le ravitaillement énergétique de l’Occident coupable d’alignement pro israélien, Moubarak sera le ravitailleur énergétique d’Israà«l à  des prix avantageux, dans une transaction apparue par sa coïncidence comme une prime à  la destruction de l’enclave palestinienne de Gaza.

Nasser, le partenaire de la guerre d’indépendance de l’Algérie, assumera sans broncher les conséquences de son soutien à  la révolution algérienne, une agression tripartite des puissances coloniales de l’époque (France, Grande Bretagne) et de leur poulain Israà«l, l’expédition punitive de Suez en novembre 1956. Moubarak revendiquera comme unique titre de gloire de son long règne, une piètre performance chauvine, le caillassage de footballeurs de l’équipe nationale d’Algérie (décembre 2009 “ janvier 2010), son ancien partenaire du combat de libération national arabe.

Nasser a scandé le redressement arabe avec son légendaire cri de ralliement « ارفع رأسك يا أخي» Irfah Ra’sak Ya Akhi- Relève ta tête mon frère», Moubarak, lugubre, sera l’homme de la reptilité face aux oukases israéliens et américains. Quand le charisme de Nasser enflammait les foules de la planète bariolée au point de faire peser une menace d’implosion du Commonwealth britannique, dans la foulée de l’expédition de Suez, Moubarak détourne les foules par son défaitisme et sa vassalité revendiquée, telle «la vache qui rit», le sobriquet emprunté à  une marque de fromage pour le désigner, qui lui colle à  la peau depuis le début de son règne pour souligner son cynisme faussement niais.

Nasser, enfin, avait pour interlocuteur des figures de légende: Chou en lai (Chine), Ho chi Minh (Vietnam), Nehru (Inde), Tito (Yougoslavie), Soekarno (Indonésie), De Gaulle, avec lequel il a procédé à  la réconciliation franco-arabe à  la suite de la rupture de Suez. Moubarak a eu pour partenaire Nicolas Sarkozy avec lequel il a lancé le projet mort né de l’Union Pour la Méditerranée.

2 “ Le syndrome de l’éléphantiasis diplomatique

Même dans le domaine privilégié de sa suprématie qui capta l’imaginaire et l’adhésion des foules pendant un demi siècle, le domaine culturel, sa supériorité parait battue en brèche. L’échec de l’Egypte à  briguer le poste de Directeur général de l’Unesco, en Mai 2009, avec la candidature de son ministre de la culture Fouad Hosni, malgré le soutien de son partenaire français et celui plus inattendu d’Israà«l, porte témoignage de ce désaveu.

Premier exportateur de vidéocassettes, de films et de téléfilms dans le Monde arabe, l’Egypte disposait d’un magistère culturel sans égal, s’articulant sur trois piliers: Le charisme de son chef, Nasser, sa brochette prestigieuse de vedettes de grand talent, Oum Kalsoum et Abdel Wahab, ses grands écrivains Taha Hussein, Naguib Mahfouz et le poète contestataire Cheikh Imam, Tahia Karioka et Nadia Gamal, sur le plan de l’industrie du divertissement et du spectacle, le tandem formé, enfin, sur le plan de la communication, par le journal Al-Ahram, le plus important quotidien arabe, et Radio le Caire, la doyenne des stations arabes.

Septième diffuseur international par l’importance de sa programmation radiophonique hebdomadaire, Radio le Caire émet en 32 langues couvrant un large spectre linguistique (Afar, Bambara, pachtoune, albanais). Il constituait un puissant vecteur de promotion des vues égyptiennes aux confins du quart monde. Mais son primat culturel pâtit désormais de la renaissance de Beyrouth, le point de fixation traumatique d’Israà«l, capitale culturelle frondeuse du Monde arabe, et de la fulgurante percée des chaînes transfrontières arabes, en particulier Al-Jazira, désormais indétrônable par son professionnalisme.

L’activisme diplomatique tardif déployé par le Caire ne modifiera en rien la cruauté du constat: la base arrière des principaux mouvements de Libération du Monde arabe et africain, de l’Algérie au Sud Yémen au Congo de Patrice Lumumba, le pays qui exorcisa le complexe d’infériorité militaire arabe vis à  vis d’Israà«l, parait comme atteint d’éléphantiasis diplomatique, à  en juger par son comportement honteusement frileux durant les deux dernières confrontations israélo-arabes, la guerre de destruction israélienne du Liban, en juillet 2006, et la guerre de destruction israélienne de Gaza, deux ans plus tard, en décembre 2008.

Son primat diplomatique est remis en question par l’émergence des deux puissances musulmanes régionales non arabes, l’Iran et la Turquie, dans la suppléance de la défaillance diplomatique arabe, principalement de l’Egypte et surtout de l’Arabie saoudite, mutique pendant les trois semaines de la destruction israélienne de Gaza (Décembre 2008-Janvier 2009). Il en est de même son primat militaire, relégué aux oubliettes par la relève rebelle des artisans victorieux de la nouvelle guerre asymétrique contre Israà«l, le chiite Hezbollah libanais et le sunnite Hamas palestinien, rendant obsolète la fausse querelle que tentent d’impulser l’Arabie Saoudite et l’Egypte entre les deux branches de l’Islam dans l’espace arabe.

L’entrée en jeu de la Turquie et du Brésil dans la mise en oeuvre du transfert du combustible nucléaire iranien vers son enrichissement dans les pays occidentaux, le 18 mai 2010, a accentué la déconfiture égyptienne en tant qu’acteur diplomatique de dimension régionale. Le tribut de sang payé deux semaines plus tard par la Turquie pour briser le blocus de Gaza par l’envoi d’une flottille humanitaire, en contraignant l’Egypte à  ordonner sous la pression populaire la réouverture de terminal de Rafah et permis à  la Turquie du fait de sa diplomatie néo-ottomane à  ravir à  l’Egypte et à  l’Arabie saoudite, le leadership du monde sunnite traditionnellement dévolu à  ces deux pays arabes.

Suprême infamie pour la diplomatie égyptienne, son échec dans un domaine qui constitue un de ses champs d’action privilégié: l’Afrique. La conférence des pays riverains du Nil, le 14 avril 2010, consacrée à  la répartition des eaux de ce grand cours d˜eau africain entre sept riverains s’est soldée par un échec du fait de l’opposition de trois pays africains pro israéliens (Ethiopie, Kenya, Ouganda), hostiles au plan de partage des eaux du Nil, conçu en 1929 et reconduit en 1959. Plus grave et menaçant pour l’Egypte pour sa survie économique au point que plane le risque que l’Egypte perd de «la bataille du Nil», l’accord conclu à  ce sujet un mois plus tard, le 18 mai à  Entebbe, prévoyant la répartition des eaux du Nil entre les pays africains, excluant l’Egypte et le Soudan, avec la participation de la Tanzanie et l’Ethiopie, fer de lance des Etats Unis dans la corne de l’Afrique, alimenté par 58 pour cent des eaux du Nil bleu.

Le plus grand et le plus peuplé pays du monde arabe avec 80 millions d’habitants, est au bord de l’implosion sociale avec 34 % d’Egyptiens vivant en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de deux dollars par jour. Depuis le revirement proaméricain du président Anouar el Sadate, en 1978, et son traité de paix avec Israà«l, il y a trente ans, l’Egypte fonctionnait sur un mode binôme, par une répartition des tâches entre le pouvoir politique géré par la bureaucratie militaire, alors que la gestion culturelle de la sphère civile était confiée au zèle de l’organisation des Frères Musulmans, dont le prosélytisme s’est matérialisé par le rétablissement du crime d’apostasie. Sous la menace islamiste, l’Egypte navigue ainsi entre corruption, régression économique et répression, avec 1,3 million de flics employés par le ministère de l’Intérieur et plusieurs milliers de prisonniers politiques, sous la férule d’une oligarchie dont sept membres, tous des milliardaires, occupent des postes clés au sein du gouvernement égyptien ou du parti au pouvoir le Parti National Démocratique, et cinquante pour cent du hit parade des cent premières fortunes égyptiennes appartiennent aux instances dirigeantes du pays, du jamais vu depuis l’époque monarchique (1)

La passivité égyptienne devant le bain de sang israélien à  Gaza, sa léthargie diplomatique face à  l’activisme des pays latino-américains (Venezuela, Bolivie, Nicaragua) et de l’Afrique du sud avec la rupture de leurs relations diplomatiques avec Israà«l a suscité une levée de boucliers des Frères Musulmans conduisant la confrérie à  cesser toute opposition à  la Syrie, rendant caduque sa collaboration avec l’ancien vice-président syrien Abdel Halim Khaddam, le transfuge baasiste réfugié à  Paris. Par un invraisemblable renversement d’alliance qui témoigne du strabisme stratégique de l’Egypte, c’est la Syrie, son ancien partenaire arabe dans la guerre d’indépendance, et non Israà«l, qui constitue désormais sa bête noire. C’est Gaza, à  bord de l’apoplexie, qui est maintenu sous blocus et non Israà«l, ravitaillé en énergie à  des prix avantageux, défiants toute concurrence, sans doute pour galvaniser la machine de guerre israélienne contre un pays sous occupation et sous perfusion, la Palestine.

Indice de sa servitude à  l’égard des Etats-Unis, la moindre initiative de l’Egypte est tributaire du contreseing américain, que cela soit dans le domaine de la technologie nucléaire obtenu, en 2005, après que l’Iran se soit engagé dans la course atomique et afin d’y faire contrepoint, ou que cela soit dans le domaine diplomatique. L’Egypte bénéficie, il est vrai, d’une rente stratégique matérialisée par une aide américaine de trois milliards de dollars par an. Mais cette obole apparaît à  bon nombre d’observateurs comme une sorte de denier de Judas, ne pouvant compenser aux yeux de l’opinion publique du tiers monde, le socle de la puissance diplomatique égyptienne, les effets dévastateurs de ce lymphatisme tant sur le plan du prestige international de l’Egypte qu’au plan de la sécurisation de l’espace national arabe.

Anouar el Sadate a récupéré le Sinaï mais marginalisé son pays par sa signature d’un traité de paix solitaire avec Israà«l (1979). Moubarak, lui, passera dans l’histoire pour avoir été le dirigeant égyptien sans la moindre action d’exploit à  son actif, sinon de réintégrer son pays au sein Ligue arabe pour en faire une rente de situation à  l’effet de cautionner toutes les interventions militaires américaines contre les pays arabes que cela soit lors de la première guerre du Golfe contre l’Irak, en 1990, ou encore treize ans plus tard, lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003 ou enfin en contre pied du Hezbollah libanais (2006) ou du Hamas palestinien(2008-2009).

Pis, la grande oeuvre diplomatique du tandem franco-égyptien -l’Union Pour la Méditerranée- a tourné à  la bérézina diplomatique absolue (2). Sa principale réalisation, la destruction d’un état membre (Gaza Palestine) par un autre état membre (Israà«l), sous le regard complice des deux pays fondateurs de l’organisation, a accentué le mur de méfiance entre arabes et européens, un résultat aux antipodes des objectifs de ses promoteurs.

Le cessez le feu unilatéral israélien dans la bande de Gaza conclu à  la suite d’un arrangement entre deux gouvernements moribonds, le revanchard israélien Ehud Olmert mal remis de défaite face au Hezbollah libanais, en 2006, et le pantin américain George Bush, a retenti comme un cinglant camouflet tant pour le nouveau président américain Barack Obama que pour le médiateur égyptien que pour son alter ego français, le vibrionnant et inopérant co-président de l’Union pour la Méditerranée.

Le contournement de l’Egypte par ses deux partenaires du Traité de Paix de Camp David dans des arrangements de sécurité concernant l’enclave palestinienne qui lui est frontalière a cruellement mis à  jour le rôle de servant -et non de partenaire- des états arabes au sein de la diplomatie occidentale.

Le ballet diplomatique orchestré dimanche 18 juillet au Caire par Hosni Moubarak par ses concertations avec les principaux protagonistes du conflit, -l˜émissaire américain George Mitchell, le président palestinien Mahmoud Abbas et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu- relevait d’un exercice de gesticulation destiné en premier lieu à  décourager les spéculations sur son état de santé apères son ablation d’une tumeur maligne en Allemagne en mars 2010 et à  démontrer sa viabilité après des mois de convalescence et donner l’illusion d’un activisme diplomatique au moment o๠des attributs de la puissance l’Egypte ne dispose plus désormais que du pouvoir de nuisance.

Dans une quête désespérée d’une nouvelle respectabilité à  l’intention de son bailleur de fonds américain, elle a participé à  la construction d’un barrage contre Gaza, accueillant, en juin 2010, en grande pompe, le chef des milices chrétiennes libanaises, Samir Geagea, au bilan sanguinaire, infligeant dans le même temps une lourde peine de prison à  trois combattants du Hezbollah libanais pour leur soutien à  la lutte du peuple de Gaza. Une telle disparité de traitement pénal entre Israéliens et arabes, qui tranche avec le laxisme observé à  l’égard d’un espion israélien, le druze Azzam Azzam, libéré après sept ans de détention en 2004, a achevé de ternir l’image de l’Egypte dans le quart monde.

L’Egypte est frappée du symptôme d’éléphantiasis, à  l’image de son vieux Président (82 ans), un personnage au teint cireux, un personnage de cire, en voie de momification par près de trente ans d’un pouvoir autocratique schizophrénique, ultra répressif sur le plan interne, léthargique sur le plan international, cramponné à  son siège dans l’attente d’une succession filiale, davantage préoccupé par sa succession biologique que de la pérennité de l’Egypte, un des plus anciens foyers de civilisation dans le Monde.

Au regard de l’histoire, le seul exploit de Mohamad Hosni Moubarak aura été sa longévité politique. Nasser a gouverné 18 ans décédant le 28 septembre 1970 d’une crise cardiaque au lendemain d’un sommet arabe consacré au Caire à  la réconciliation jordano palestinienne, dans la foulée du septembre noir jordanien. Sadate a régné 11 ans, assassiné pour collusion avec Israà«l, l’ennemi officiel du Monde arabe, le 6 octobre 1981, lors du défilé célébrant la destruction de la ligne Bar Lev, premier exploit militaire égyptien de l’histoire contemporaine. Moubarak trône, lui, depuis trente ans, échappant à  une vingtaine d’attentats, record mondial absolu de tous les temps.

Son exubérance matérielle, fruit de son alliance matrimoniale et financière avec les plus fortunés des plus grosses fortunes d’Egypte, tranchant avec la sobriété ascétique de Nasser, a catapulté la candidature de Mohamad al Baradéi au rang de nouveau sauveur du pays, secouant la léthargie ambiante d’une fin de règne crépusculaire.

Le rapprochement syro saoudien pour cause de guerre inter yéménite, matérialisée par la visite à  Damas du nouveau chef du gouvernement libanais Saad Hariri, fils du premier ministre libanais assassiné Rafic Hariri, a marginalisé l’Egypte, son échec à  la conférence des riverains du Nil a accentué sa solitude, révélatrice de la nécrose diplomatique égyptienne.

Le surgissement de l’ancien Monsieur atome de l’ONU sur la scène politique égyptienne dans la foulée de ces deux événements fait désormais planer sur Moubarak le «syndrome du chah d’Iran», par référence à  l’expérience de l’ancien souverain iranien, (1979), féal par excellence des Américains, décrété «obsolète» du jour au lendemain pour cause de réajustements stratégiques de son protecteur.

Le Pharaon d’Egypte est nu, dénudé par ses nouveaux alliés: le Primus inter pares (3) des Arabes est désormais «le passeur des plats» officiel de la diplomatie israélo américaine. Triste destin pour Le Caire, Al-Kahira, la victorieuse dans sa signification arabe, ravalée désormais au rang de chef de file de «l’axe de la modération arabe». L’ancien chef de file du combat indépendantiste arabe, amorphe et atone, assume désormais sans vergogne le rôle de chef de file de l’axe de la soumission et de la corruption¦.l’axe de la résignation et de la capitulation¦l’axe de la trahison des idéaux du sursaut nassérien.

Sous Moubarak, l’Egypte a marché sur sa tête et pensé avec ses pieds, pyramide renversée de tous ses reniements.


Notes :

1-Sept milliardaires égyptiens occupent des postes de responsabilité soit au sein du gouvernement soit au sein du parti dominant Le Parti National Démocratique (PND) du président Hosni Moubarak. Cf. Al Qods Al-Arabi 22 Mai 2010.

-Ahmad Ezz, ingénieur et homme fort du parti au pouvoir, président du comité de planification au parlement égyptien. 3me fortune d’Egypte, 46 me fortune arabe, avec un patrimoine estimé à  1,5 milliards de dollars. Dénommé l’empereur du fer, il contrôle 60 pour cent du marché égyptien et 40 pour cent des exportations des produits ferrugineux d’Egypte.

-Mohamad Abou Al Aynayne, chef du groupe parlementaire du PND. 6eme fortune d’Egypte et président du Holding «Ceramica Cléopâtre».

-Ahmad Maghrebi, 7 me fortune d’Egypte. Président du groupe hôtelier franco égyptien Accor, il a été assumé les fonctions de ministre du tourisme dans un domaine o๠planait un risque de confusion des genres. Il a, depuis, troqué son portefeuille du tourisme pour celui de l’habitat.

-Mohamad Farid Khamis 10me fortune d’Egypte, membre du sénat, président des «Tisserands orientaux», holding groupant des entreprises de tissage et de la pétrochimie.

-Mohamad Loutfi Mansour, ancien ministre des transports, patron d˜un holding complexe groupant des firmes automobile américaines et européennes (Chevrolet, Oldsmobile et Opel), la firme de matériel agricole Caterpillar, la chaîne de restauration rapide Mac Donald’s ainsi que les Cigarettes Marlboro.

-Mohamad Rachid, 12 m fortune d’Egypte, ministre du commerce et de l’industrie, président du Holding Fine Foods Unilever, chargé précisément de la commercialisation des produits qui relèvent du commerce et de l’industrie, la marque de thé Lipton, ainsi que les produits cosmétiques Rexona, Sunsilk, Dove et OMO ;

-Enfin Hicham Taal’at Moustapha, 4me fortune d’Egypte et 48 me fortune arabe, le milliardaire entrepreneur membre influent du PND, qui a défrayé la chronique juridico mondaine en 2009 du fait de son implication dans l’assassinat à  Doubaï d’une artiste libanaise Suzanne Yammime.

2-Le projet de l’Union pour la Méditerranée a servi de paravent au président français pour éradiquer toute sensibilité pro arabe au sein de l’administration préfectorale et du dispositif audiovisuel français et la promotion concomitante de personnalités notoirement pro israéliennes. La liste est longue qui va de Bernard Kouchner (Quai d’Orsay), flamboyant ministre des Affaires étrangères à  ses débuts contraint à  une honteuse normalisation avec le génocidaire du Rwanda, Paul Kagamé, dans la foulée des révélations sur ses connections affairistes avec les dictateurs africains, à  Dominique Strauss Khan (FMI), qui se demande à  chacun de ses réveils ce qu’il peut bien faire pour Israà«l et non à  la France dont il porte la nationalité, à  Arno Klarsfeld (Matignon), réserviste de l’armée israélienne, à  Pierre Lellouche (Affaires européennes), à  François Zimmeray, ancien vice-président de la commission d’études politiques du CRIF, Ambassadeur pour les Droits de l’homme, en passant par Christine Ockrent (pôle audiovisuel extérieur), Philippe Val (France inter), Valérie Hoffenberg, directrice pour la France de l’American Jewish Committee, représentante spéciale de la France au processus de paix au Proche-Orient, à  la toute dernière recrue, Dov Zerah, président du consistoire israélite de Paris et secrétaire général adjoint de la Fondation France Israà«l, promu à  la tête de l’Agence pour le développement chargée de l’aide à  l’Afrique. Une promotion accompagnée parallèlement de la mise à  l’écart de Bruno Guigue (administration préfectorale), de la mise à  l’index de l’universitaire Vincent Geisser et de l’éviction de Richard Labévière (Média) ainsi que de Waheeb Abou Wassil, seul palestinien du dispositif médiatique extérieur.

Réné Naba
source et url : http://www.renenaba.com/?p=2705

Ce papier est dédié à  la mémoire du Général Abdel Moneim Riyad, commandant en chef des forces armées égyptiennes, maître d’oeuvre du plan de bataille de la reconquête du Sinaï, tué par un missile israélien alors qu’il survolait les lignes égyptiennes sur le front de Suez lors de la guerre d’usure (1968-1970), et, à  son fidèle lieutenant, le Général Saad Eddine Chazli, chef d’état major égyptien durant la guerre d’octobre 1973, artisan de la percée du Canal de Suez et de la destruction de la Ligne Bar Lev, le 6 octobre 1973, lors de la «Bataille Al Badr», nom de code de l’offensive, par référence à  la conquête arabe.

3- Primus inter pares : le premier parmi ses pairs.
Pour aller plus loin :

1 “ Cf.: L’Egypte dans la tourmente islamiste

L’Egypte dans la tourmente islamiste


2- Requiem pour une pensée critique: Décès de l’intellectuel critique Hamed Nasr Abou Zeid
http://www.renenaba.com/?p=268
3 “ Le syndrome égyptien: le rétablissement du crime d’apostasie

PEDOPHILIE ET EGLISE DE FRANCE :
Le dossier des « Inrockuptibles »
fait le point

Certains lecteurs ont donné un surnom à  Golias : le journal qu’aucun prêtre ne lit mais que tous connaissent par coeur, gageons que pour cette semaine, nous allons devoir le partager avec les inrockuptibles!

En effet s’il y a, et nous en sommes heureux à  Golias, beaucoup de belles et bonnes choses dans l’Eglise de France, il y a aussi malheureusement des zones d’ombre. La pédophilie, qu’elle soit le fait de prêtres ou de laïcs engagés, demeure l’une d’entre elles. Certes nos évêques tentent bien de donner le change, mais, lorsqu’en tant que journaliste on a la volonté et l’envie de comprendre, la curiosité de sortir des sentiers imposés par nos épiscopes, on arrive vite en eau trouble. C’est ces eaux troubles que la journaliste Sophie Bonnet a exploré pour «  Les Inrockuptibles « . D’un bout à  l’autre de la France, elle nous livre huit pages de témoignages et de faits qui tous parlent d’eux-mêmes.

Avec justesse, elle a su laisser la parole aussi bien aux victimes de pédophiles, à  leurs familles qu’aux pédophiles prêtres ou laïcs engagés. Elle a aussi interrogé des évêques ou des prêtres au courant de certains faits. Sans surprise, et une fois de plus, nous constatons l’absence totale de remise en question de ceux-ci. Un prêtre qui « respecte le for interne » et permet ainsi au pédophile de faire une victime de plus, un évêque Mgr Le Gall (Toulouse) qui n’hésite pas à  confier deux paroisses à  un prêtre violeur, un frère déplacé de communauté en communauté aux Béatitudes ¦ Voici, entre autres, ce que nous donne à  découvrir Sophie Bonnet dans la première partie de son enquête.

La deuxième partie s’intitule « l’évêque accusé « . C’est, bien sà»r, de Mgr di Falco qu‘il s’agit, de cet évêque trouble et pourtant bien en cour que ce soit à  Rome, chez ses confrères, ou dans les milieux mondains. Le témoignage de « Marc » est éloquent. Il est à  lire absolument.

Pour ceux de nos lecteurs qui auraient encore des doutes quant à  l’intérêt de se pencher à  nouveau sur cette affaire, en voici le résumé en quatre points :

1- La plainte de « Marc » contre Mgr di Falco a été traitée et classée pour prescription. La prescription est un argument de droit et non de fond qui laisse entière la véracité des faits rapportés dans la plainte.

2- Mgr di Falco a porté plainte pour dénonciation calomnieuse et sa plainte a été classée par le parquet. Donc la plainte de « Marc » n’a pas été considérée comme infondée ou calomnieuse.

3- Comme nous le voyons dans l’article, il existe d’autres victimes identifiées qui n’ont pas souhaité porter plainte compte tenu du classement, après plusieurs longues années, de la plainte de « Marc ».

4- Le père Henri Madelin, jésuite bien connu, actuellement représentant du Saint Siège au conseil de l’Europe, mandaté en 2001, par Mgr Lustiger pour recevoir « Marc » n’a pas mis en cause ses accusations. C’est lui qui a annoncé à  « Marc » que « Mgr Lustiger arrêtait la carrière de di Falco et le déplaçait ».

L’à‰glise est donc tout à  fait persuadée de la culpabilité de Mgr di Falco et à  cause de cela l’a envoyé à  Gap en 2003. C’est une bien curieuse et insignifiante punition pour quelqu’un qui, à  travers un enfant, a bafoué, crucifié le Christ lui-même. Rappelons-nous la phrase de l’à‰vangile (Mat 25:40) « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à  moi que vous l’avez fait ».

Cela ne gêne-t-il pas nos évêques que l’un d’entre eux soit soupçonné de pédophilie, de viols ? Réalisent-ils que depuis des années « Marc » est broyé par la souffrance ? Sauront-ils être autre chose que des apparatchiks ? Henri Madelin signait avec d’autres, le 10 avril 2010, dans « Le Monde », une tribune intitulée  » face aux abus sexuels, la désolation et le pardon du Pape ne suffisent pas « . Alors, qu’attend ce jésuite pour de la théorie passer à  l’action? Il a été un des premiers à  qui « Marc » a révélé sa souffrance, qu’attend-il pour enfin le soutenir ? Les hautes responsabilités que l’institution ecclésiale lui a confiées,
lui auraient-elles fait perdre de vue le simple et modeste chemin de l’à‰vangile ? Prêtre, lévite ou Samaritain, à  moment donné, il faut choisir¦

Remarquons aussi que Mgr di Falco exposant régulièrement son excellente et insolente santé sur les plateaux de télévision, la Conférence des à‰vêques de France, ne pourra accepter sa démission pour raison de santé. Alors qu’attend Rome pour diligenter une enquête ?

En attendant que l’à‰glise ouvre enfin les yeux, que certains catholiques cessent d’appeler erreur des abus sexuels ou des viols, que d’autres arrêtent de se croire victime de christianophobie, ne manquez donc pas de lire l’enquête de Sophie Bonnet dans le n° 791 des  » Inrockuptibles  » (parution du 26 janvier au 1e février). Elle est fort instructive et nous nous réjouissons qu’une journaliste ait osé sortir du politiquement correct.

GOLIAS Hebdo n° 169

Marine Le Pen, la fille de… ou l’extrême droite relookée

Le vieux leader du Front National ne peut aujourd’hui que se réjouir. Selon ses propres mots, sa fille est bien de lui ! Tel père, telle fille. Ceux qui espéraient un successeur plus light en seront donc pour leurs frais. La verve est la même et la rhétorique démagogique aussi efficace et peut-être plus encore.

Tunisie, Côte d’Ivoire : la France contre la démocratie ?

La révolution tunisienne montre à  quel point la France se soucie peu de la démocratie au sein de son ancien empire colonial. Analyse.

L’inoxydable PPDA est-il un plagiaire ?

Le dénommé Patrick Poivre d’Arvor est actuellement au coeur d’une controverse sur une biographie du grand écrivain Ernest Hemingway qui devait sortir en janvier aux éditions Arthaud, filiale de Gallimard. Un journaliste de L’Express, Jérôme Dupuis, a fait sensation en révélant, le 4 janvier, qu’un quart de ce livre était un plagiat maladroitement maquillé d’une biographie antérieure, publiée en 1985 par un universitaire décédé, Peter Griffin, et traduite en 1989 (par Gallimard !).

Inde : coup d’arrêt à  la vendetta des mines Vedanta Resources

Le groupe minier britannique Vedanta Resources voulait exploiter une région de l’Inde au mépris des populations locales.

Toulon : prof «pro-vie» suspendu sous haute protection de l’évêque et de… l’extrême-droite

Le diocèse de Fréjus-Toulon soutient le professeur pro-vie Philippe Isnard, récemment suspendu par l’éducation nationale. Il a organisé pour lui, le 13 janvier dernier, une conférence à  huis-clos. Le reporter de Golias Hebdo s’y est rendu…

M.Gauchet : mutation sociétale et nouvelle famille

La semaine dernière, le théologien Joseph Moingt nous aidait à  réfléchir sur la corrélation entre l’émancipation féminine et le déclin de notre Eglise. Nous avons suggéré qu’il fallait aller plus loin dans certaines revendications qu’aucune argumentation sérieuse ne vient délégitimer. Mais il faut aussi prendre la mesure de ce que nous demandons et de ce que nous vivons. C’est le philosophe Marcel Gauchet qui nous guidera cette semaine. Dans Le désenchantement du monde (1985), il définissait le christianisme comme la « religion de la sortie de la religion ». Son érudition éclectique lui donne une vision d’ensemble et il nous aide aujourd’hui à  comprendre dans un article suggestif1 la « mutation anthropologique » dont la situation nouvelle de la famille est le témoin.

Miracle

Il paraît que le pape actuel aurait accepté la béatification de Jean-Paul II, pour avoir provoqué la guérison d’une religieuse de sa maladie de Parkinson. On irait vers la canonisation du défunt pape, si d’autres miracles étaient avérés.

Réfléchissons donc à  la notion de miracle, et à  la façon de l’envisager.

Le Nouveau Testament a trois mots pour désigner les miracles : dunameis (puissances), terata (prodiges) et sèmeia (signes). Les deux premiers peuvent effectivement donner d’eux une vision littérale, celle d’une transgression des lois naturelles.

Seul le troisième, le plus intéressant à  mes yeux, peut en donner une vision symbolique. Un signe désigne autre chose que lui-même, ce dont précisément il est signe, ce qu’il signifie : il invite donc à  la prise de conscience, à  la réflexion.
Jésus a refusé les miracles au sens des deux premiers mots, dans l’épisode de la Tentation au désert, relaté en détail en Matthieu et en Luc.

Ce refus de la thaumaturgie (transformer les pierres en pains, obtenir le pouvoir sur les corps par la contrainte physique, et sur les âmes par la magie du vol), laisse aux hommes la liberté. Malheureusement les hommes peuvent lui préférer l’assujettissement, comme il se voit dans la Légende du Grand Inquisiteur, dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski.

Le vrai miracle, à  hauteur d’homme, est le signe. Ainsi en est-il de la guérison de l’aveugle de Bethsaïda en Marc 8/23-25. Jésus s’y prend à  deux fois pour opérer la guérison. Absurde de penser qu’il n’ait pas eu pour ce faire assez de force la première fois. L’épisode veut signifier que l’abandon de la cécité aux autres, fruit d’un repliement sur soi, doit se faire progressivement. D’abord on les voit flous, puis distinctement : enfin on s’ouvre à  eux. “ Un miracle à  rebours pour ainsi dire est l’épisode du figuier maudit pour ne pas porter de figues, alors que ce n’en était pas la saison (Marc 11/13-14). Littéralement, cela est absurde. Mais cela signifie qu’il ne faut pas s’abriter derrière des règlements, administratifs ou autres, pour s’éviter de venir en aide aux autres : ce n’est pas le moment (la « saison »), revenez plus tard, etc.

Tout cela est passionnant, si on accepte de réfléchir. Mais il est plus facile de s’en dispenser, et souvent l’esprit préfère être ébloui qu’éclairé.

On peut aussi sur ce sujet écouter mon émission de radio Miracle – Signe :

DOM SAMUEL RUIZ « EL TATIC »
(San Cristobal de las Casas) :
Hommage à  un pasteur extraordinaire !

C’est avec une très grande tristesse que tous nos amis apprendront le décès tout récent de Mgr Samuel Ruiz, ancien évêque de San Cristobal de las Casas au Chiapas de 1959 à  1999. L’une des plus extraordinaires figures épiscopales de l’après-Concile en Amérique latine aux côtés des Helder Camara, Paulo Evariste Arns, Leonardo Proano pour n’en citer que trois. Grand défenseur de son peuple, conscient de l’importance d’un instruction théorique de lutte comme celui de la théologie de la libération, ce témoin inlassable de l’Evangile s’en est allé. Sa foi en la vie éternelle ne l’avait jamais détourné de la nécessité de construire ici et maintenant ce royaume voulu par Dieu et confié aux hommes.

A rebours de tous les spiritualismes fallacieux et d’une morale infecte de la résignation.

A cause de Jésus, pour l’Evangile, Dom Samuel Ruiz a défendu les droits des peuples indigènes du Mexique ou d’Amérique latine. Formaté au départ pour une carrière ecclésiastique brillante et conformiste, entré au séminaire à  treize ans, envoyé à  Rome pour y étudier à  la prestigieuse université grégorienne, il est devenu très tôt dans son pays, à  Léon, recteur du séminaire.

Jean XXIII le nomme en 1959 évêque de San Cristobal de las Casas, état du Chiapas, Mexique. Son évêché se caractérise par sa grande pauvreté et par sa population majoritairement indigène.

Dom Samuel vivait actuellement à  Santiago de Querétaro o๠il continuait une activité pastorale de simple prêtre.

La croix ne lui fut pas épargnée tout au long de sa vie : officie en tant que prêtre. Ainsi, en 1998, il est méchamment accusé par le président Ernesto Zedillo Ponce de Leon pendant sa tournée présidentielle au Chiapas d’être le pasteur de la division et de travailler pour une théologie de la violence. Plusieurs attentats furent perpétrés contre sa personne par des groupes paramilitaires, sans parvenir à  l’atteindre, ni à  l’intimider.

Les coups les plus redoutables et les plus douloureux furent cependant portés de l’intérieur de l’Eglise. Le Nonce Apostolique à  Mexico, Mgr Girolamo Prigione, chercha à  plusieurs reprises à  le faire partir et à  la discrétion. Selon certaines accusations, en lien étroit avec certaines sphères du pouvoir. Soutenu par Mgr Luigi Raimondi, Nonce Apostolique sous Jean XXIII, un homme d’audace, Samuel Ruiz devint par la suite la véritable bête noire des milieux conservateurs. Et fut trahi par certains de ses anciens amis, comme le cardinal Suarez Rivera, pourtant son fils spirituel du Chiapas, qui fit carrière comme archevêque de Monterrey ou même le cardinal de Mexico City, Ernesto Corripio, aujourd’hui tous les deux décédés.

Il reçut cependant beaucoup de reconnaissance comme le prix Simon Bolivar de l’UNESCO pour son investissement personnel et son rôle en tant que médiateur, contribuant ainsi à  la paix et au respect de la dignité des minorités. En outre, en 2001 il reçut le prix international des droits humains de Nuremberg pour son infatigable défense des droits humains des peuples indigènes du Chiapas, et ce pendant plusieurs décennies. Par la suite il est également nommé docteur Honoris Causa de l’université Iberoamericana. A deux reprises son nom fut cité pour un doctorat honoris causa qu’il ne reçut jamais. Mais la vraie et seule fierté de ce pasteur fut toujours l’amour et l’estime qu’il servait de tout son coeur.

Théologien solide, il se fit le promoteur ardent et éclairé d’une inculturation de la foi chrétienne dans la culture indigène. Ainsi que le réformateur audacieux mettant en place un réseau dense et cohérent de responsables ecclésiaux laïcs se prenant en charge de manière autonome. Tout au long de ces années, il se montra le défenseur infatigable et même héroïque des populations pauvres et méprisées du Chiapas, accablées par de graves injustices. Anticipant Vatican II, Dom Samuel forma de nombreux catéchistes. Pour des communautés vivantes, libres, créatrices, et non plus centrées uniquement sur le prêtre.

D’une extrême bonté, reconnu même par ses adversaires, fin et psychologue il était surnommé « Tatic », qui veut dire « papa ». De son propre aveu ce sont les indigènes qui lui ont appris l’Evangile.

Ceci étant, lors du soulèvement de ces derniers en 1994, Samuel Ruiz s’est interposé entre les rebelles et le gouvernement, offrant ses services de médiateur. En homme de paix mais sans renier le soutien profond apporté aux principales revendications des indiens.

Lors de son départ en retraite, à  75 ans, le Vatican, contrairement à  la procédure habituelle, n’a pas investi à  sa place l’évêque coadjuteur qui le secondait, Raul Vera. Celui-ci, d’abord choisi par Rome pour infléchir la ligne de Dom Samuel, fut alors jugé trop proche des idées de « Tatic », et envoyé à  Saltillo, dans le nord du pays. Aujourd’hui le Vatican cherche à  diviser le diocèse de San Cristobal, probablement pour imposer à  la moitié de ce même diocèse un évêque réactionnaire. Pour enterrer le plus vite possible l’oeuvre de ce prélat trop libre. Comme Rome le fit déjà  de celle de Dom Helder à  Recife au Brésil.

Mais Dom Samuel est toujours vivant, en Dieu et dans le coeur de son peuple. L’avenir est donc en marche…

L’AFFAIRE DU PRETRE CYBER PEDOPHILE : De la responsabilité épiscopale en question
ou le communiqué incomplet
de Mgr Bagnard (Belley-Ars)…

Un prêtre toujours incardiné dans le diocèse de l’Ain (voir l’Ordo 2011), le Père Laurent-Marie Brillaud, 48 ans, a été incarcéré à  Lyon pour consultation de sites pédophiles dans un cyber café du quartier d’affaires de La Part-Dieu.

Dans un communiqué du 24 janvier, l’évêque de Belley-Ars(01), Mgr Bagnard, retrace le parcours du prêtre en question et évoque notamment sa condamnation par le Tribunal de Belley en juillet 2006. Condamnation à  la suite de laquelle le prêtre demandera un traitement de castration chimique. Mgr Bagnard précise aussi que tout ministère lui avait été retiré depuis cette date et explique que l’ecclésiastique en question est « suspens a divinis », c’est à  dire qu’il ne peut pas célébrer la Messe ni les sacrements. Et de conclure son communiqué en demandant aux chrétiens du diocèse de penser aux victimes sans oublier les bourreaux. Chacun appréciera ! Excepté le fait que Mgr Bagnard a oublié dans son communiqué de parler de sa propre responsabilité dans cette triste affaire.

A savoir qu’il avait décidé d’ordonner ce prêtre alors que tous les paramètres en sa possession plaidaient pour le contraire.

Aucun conseil, à  l’époque, ne put lui faire entendre raison. Nous insistons bien: aucun ! Recrutement des vocations oblige ! Il fallait montrer à  l’Eglise de France le rayonnement et la toute puissance catholique du Séminaire de Belley-Ars qui, lui, recrutait au prix souvent de recycler les futurs candidats à  la prêtrise retoqués dans leur diocèse d’origine.

C’était le cas du Père Laurent- Marie Brillaud. Golias en informait d’ailleurs ses lecteurs dans Golias Magazine numéro 109 (juillet 2006) à  l’occasion justement du procès du Pére Laurent-Marie Brillaud devant le Tribunal de Grande instance de Belley. Au delà  de l’affaire en justice et de la personnalité de son prévenu, nous analysions à  cette occasion la lourde responsabilité qui était celle de Mgr Bagnard dans cette histoire.

Nous reproduisons l’intégralité de cet article ci- après. Comme on le lira, il reste, malheureusement, d’une tragique actualité. D’autant que dans son communiqué du 24 janvier, Mgr Bagnard persiste et signe en contournant une fois de plus les vraies questions. A la façon d’un Ponce Pilate, il se lave les mains de sa propre responsabilité en la matière. Un scandale de plus chez cet homme d’Eglise autocrate qui a détruit, 25 ans durant, un diocèse vivant.

L’affaire du Père Laurent-Marie n’est que l’écume d’une gouvernance dictatoriale et sans discernement. Au nom d’une illusion: un système de chrétienté à  reconstruire.

La triste histoire d’un prêtre pédophile

Il est là , le prêtre, entouré de trois gendarmes, ce 3 juillet 2006, dans la petite salle d’audience du tribunal de Belley, dans l’Ain. Il semble ailleurs, un peu indifférent lors de cette comparution immédiate (il a été arrêté quelques jours auparavant). Le tribunal, il connaît. Déjà  en 1997, à  35 ans, il a eu à  répondre de faits de pédophilie : devant le Tribunal de Bourg en Bresse, puis devant la Cour d’Appel de Lyon, pour tentative de corruption sur mineur¦ Il s’en était tiré avec dix-huit mois de prison avec sursis, un certain nombre d’interdictions et une obligation de soins¦

La Présidente l’interroge : Votre première condamnation ne vous a-t-elle pas aidé à  comprendre la gravité des faits de pédophilie ? Vous êtes prêtre, vous êtes bien capable de comprendre ces choses-là  ?

Alors, ce prêtre, aujourd’hui âgé de 43 ans, explique que depuis 1997, il a parfaitement respecté l’interdiction qui lui a été faite d’approcher des enfants. Et sur ce point, des témoignages écrits appuient ses dires. Après quelques années de pénitence en dehors du diocèse, il y est revenu et a été mis par l’autorité ecclésiastique, à  Saint Rambert en Bugey, dans un monastère qui ne compte plus que quatre religieuses âgées. Et là , pour s’occuper et parce qu’il a beaucoup de temps, il prépare un doctorat en histoire de l’à‰glise tout en aidant parfois ses confrères du secteur pour la célébration d’un office. L’ordinateur est devenu un précieux instrument de recherche. L’ordinateur et même deux ordinateurs, ce qui lui permet de mieux cacher ses navigations sur Internet¦ On imagine ses si longues soirées, seul dans sa chambre, sans personne à  qui parler et les fantasmes d’enfants qui reviennent¦ Alors, il s’embarque sur les sites défendus, mais qui lui apparaissent comme échappant à  toute surveillance. Tout seul, il se livre sans retenue à  sa passion ¦ 25 000 photos qu’il a enregistrées, aux dires des gendarmes, sans compter les vidéos, et puis sur le net, il rencontre d’autres voyeurs, il échange, il reçoit, mais aussi il retransmet, il se fait, à  son tour, le pourvoyeur de ses « collègues », participant à  la grande chaîne des amateurs de chair fraîche comme a dit le procureur¦ J’ai pensé, a dit ce prêtre, qu’avec internet je pouvais régler mes problèmes, trouver un débouché à  mes pulsions, sans faire de mal aux enfants¦ La Présidente lui fait remarquer que dans ces images il y a des enfants réels, inconnus certes, mais qui subissent toutes les salissures, les viols, les brutalités, les humiliations qui semblent faire son bonheur¦ On n’y pense pas, vous savez, Madame, quand ça vous prend, on ne voit plus que son propre plaisir¦

Et pourtant, en relisant l’annuaire du diocèse de Belley-Ars son adresse électronique officielle (pas celle utilisée dans ses réseaux) est : « sanctus. » (suivi de ces trois initiales personnelles). Comment autant de prétention mêlée à  tant de

Et alors, ce prêtre, devant le tribunal, raconte son enfance dans sa Vendée natale, dans une famille de notables locaux, o๠l’on ne sait pas se parler, o๠chacun est enfermé dans sa solitude, il dit sa découverte de la sexualité, alors qu’il a 12 ans, dans un camp de jeunes catholiques, o๠les plus grands initient les plus jeunes dont lui. Il raconte sa confession auprès d’un prêtre qui profite de la situation pour assouvir ses propres pulsions, ce qui entraîne chez lui un blocage total sur ses problèmes dont il ne pourra plus jamais parler¦ Ses paroles tombent dans un tribunal presque vide, mais ne perdent pas de poids : quelle image de l’à‰glise peut bien sortir de ces aveux o๠l’on voit les adultes, des prêtres, enfoncer encore davantage des enfants dans un mélange répugnant de culpabilité-plaisir. Un anticlérical écrirait ce qu’on a entendu au tribunal de Belley le lundi 3 juillet 2006, on crierait au scandale et à  l’insulte antireligieuse. Là  c’est un prêtre qui l’affirme dans son expérience personnelle. Un peu plus tard, le procureur dira : « La multiplication des problèmes va faire que demain l’expression « prêtre pédophile » va devenir bientôt un pléonasme¦« . Phrase terrible

Victime devenu à  son tour prédateur, pour retrouver, a-t-il expliqué ce mélange de peur et de plaisir qu’il avait éprouvé étant jeune¦ Mais se dégageait de lui une impossibilité à  vivre autrement, l’aveu d’une grande maladie.

Et les questions arrivent et ce sont les plus importantes : Comment ce garçon, élevé dans une famille et une région à  forte tradition chrétienne a-t-il pu avoir envie de devenir prêtre¦ Pour être au plus près des enfants ? Pour refaire le coup de la confession ? A 26 ans, il entre au séminaire à  Angers, qu’il quitte deux ans plus tard, ses responsables lui ayant demandé de faire un stage, sans doute pour qu’il quitte de lui-même une voie qu’ils estimaient n’être pas faite pour lui¦

Comment, prié ainsi de « réfléchir » avant de poursuivre, a-t-il pu être reçu dans le diocèse de Belley-Ars, dont l’évêque, Monseigneur Bagnard, l’envoie immédiatement au séminaire de Fribourg, puis à  celui d’Aix en Provence o๠se retrouvent les séminaristes du diocèse en attendant la construction du Séminaire d’Ars ? Et c’est Monseigneur Bagnard qui l’appelle au sacerdoce, qui lui confère le sacrement de l’ordre et qui le nomme dans la paroisse de Gex o๠deux ans plus tard il sera arrêté¦

A-t-on le droit de se cacher derrière « l’appel de Dieu » qu’un candidat au sacerdoce affirme avoir reçu pour oublier un minimum de discernement ? Le besoin de prêtres doit-il faire oublier un minimum de prudence ? Un évêque peut-il ignorer superbement tous les avertissements venus déjà  du diocèse d’origine du séminariste et des chrétiens et prêtres en contact avec lui pendant sa formation ? A l’occasion de l’assemblée des évêques à  Lourdes en 1996, le journal La Croix du 7 novembre 1996 rendait ainsi compte des travaux de l’Assemblée :

« L’essentiel de la journée fut consacré à  débattre de la Ratio institutionis des séminaires. Ce document, qui ne sera voté que l’année prochaine, présente l’ensemble des lignes directrices pour la formation des futurs prêtres diocésains. La situation, fort contrastée, mérite en effet un large débat. (¦). Outre les séminaires régionaux ou universitaires attractifs parce que bien outillés en formateurs, les séminaires proprement diocésains souffrent parfois autant du manque de formateurs que de jeunes à  former. Enfin, des initiatives comme ARS, attirent des dizaines de jeunes, mais selon un mode de formation et des critères de sélection qui ne font pas l’unanimité parmi les évêques« . C’est La Croix qui le disait et les précautions de style du journaliste ne cachent pas que la politique de recrutement de Mgr Bagnard a irrité et inquiété bien de ses confrères. Ils n’avaient pas tort¦ On sait qu’on objectera qu’avec l’humain il y a toujours un risque. Certes, mais chez Mgr Bagnard le désir d’avoir beaucoup de prêtres, lié à  son assurance d’être assez fort pour bien les avoir en main, l’a conduit à  recueillir un certain nombre de candidats en « délicatesse » avec leur propre diocèse. Et aujourd’hui, dans le diocèse, bien des chrétiens sont moins inquiets du manque de prêtres que de ce que peuvent devenir certains d’entre eux. On a pu constater que plusieurs déjà  ont disparu rapidement ¦ Pratique quand il n’y a pas d’attaches locales¦

Cette politique du prêtre à  n’importe quel prix se paie aujourd’hui fort cher. Mgr Bagnard , dès son arrivée dans le diocèse en 1987 (19 ans !), affirmait son mépris pour la pastorale

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Ce prêtre aura certainement une réduction de peine pour bonne conduite et il va sortir de prison dans un an. Une fois dehors, que va-t-il alors devenir ? Il aura, lui a annoncé la juge, son nom inscrit au fichier national des délinquants sexuels, avec obligation de se présenter à  la police ou à  la gendarmerie tous les ans et à  chaque déménagement, donc à  chaque affectation. La récidive, en montrant la profondeur du mal, limite les espoirs d’une guérison totale¦ Il faudra bien qu’il vive pourtant et ailleurs qu’enfermé dans la chambre d’un couvent. Est-il possible que dans le cadre d’une thérapie, la vie recommence le plus totalement possible, y compris en remettant en cause un sacerdoce dont on peut se demander ce qu’il peut bien être chez lui aujourd’hui. Ne serait-il pas possible d’envisager une reprise du problème affectif ? On a sacralisé le sacerdoce. Mais le sacré va mal avec de tels problèmes.

« Les hommes ont beaucoup à  gagner avec l’égalité »

Pierre-Yves Ginet est photojournaliste. Depuis vingt ans, il photographie les femmes et accompagne les expositions de ses photos pour faire comprendre leurs combats.

Parlez-nous de votre engagement aux côtés de femmes¦

Plus jeune, je n’étais pas militant de l’égalité entre les femmes et les hommes, je ne me sentais pas concerné. Je viens d’un milieu qui pensait que la solution aux problèmes du chômage était le retour des femmes au foyer. J’étais comme 90 % des mecs, je me disais que les femmes avaient déjà  obtenu beaucoup.

Au départ, j’étais analyste financier. Je me suis peu à  peu intéressé à  la photo et j’ai été le premier mec de Hewlet Packard France à  passer à  temps partiel annualisé car je voulais partir faire de la photo dans le monde entier.

Depuis quand photographiez-vous les femmes ?

Mon premier sujet sur les femmes traite du Tibet. Avant 1991, je faisais des photos en touriste. Mon regard a changé après ce reportage.

De 1991 à  2001, je me suis spécialisé sur le Tibet. Je travaillais notamment sur les prisonniers politiques et en analysant ce sujet, je me suis rendu compte que les femmes représentaient 30 % des prisonniers. Des nonnes, pour la plupart. Entre 1992 et 1997, elles ont organisé la moitié des manifestations alors qu’elles sont beaucoup moins nombreuses que les moines. Elles ne font pas partie de la hiérarchie, sont déconsidérées et pourtant elles prennent de nombreux risques. J’ai donc travaillé sur les nonnes pendant quatre ans.

Le début d’un engagement ?

Je me sentais bien dans ce travail avec les nonnes mais je pensais à  d’autres sujets, aux femmes en noir ou à  la Birmanie et à  Aung San Suu Ky. Et j’ai ouvert un peu plus les yeux.

A partir de 1998, j’ai travaillé sur les femmes en résistance et je n’ai plus jamais touché à  un autre sujet.

J’ai travaillé dans une vingtaine de pays. En Argentine avec les Mères de la place de mai, en Israà«l auprès des femmes qui vont sur les check points pour vérifier que l’on respecte les droits des Palestiniens¦

Je refuse de ne parler que des femmes victimes, je veux aussi parler des femmes qui se battent.

J’aborde des sujets dont on ne parle jamais, comme les 300 000 femmes stérilisées de force au Pérou entre 1995 et 2000. Ou des sujets que j’appréhende sous un angle différent de ce qui est décrit habituellement. Par exemple les femmes du Darfour, qui sont systématiquement dépeintes comme victimes alors qu’elles seules sortent des camps, elles seules gagnent de l’argent. Il n’y pas jamais un mot, jamais un article sur le courage de ces femmes.

Quel reportage vous a le plus marqué ?

C’est au Rwanda. C’est un pays magnifique, doux. Au lendemain du génocide, 70 % des adultes étaient des femmes.

La rencontre qui m’a le plus marqué c’est celle avec Dafrose, il ne lui reste qu’une fille, et c’est une enfant d’un viol. Elle est marquée physiquement mais elle sourit. On n’a pas assez dit que ce pays était reconstruit par des femmes.

Vous travaillez aussi à  l’égalité entre les femmes et les hommes ici, en France ?

Je vais dans les lycées et les collèges, je parle de mes rencontres. J’accompagne les jeunes dans les expositions que je fais, je raconte les histoires qui vont avec les photos.

Un jour un gamin de cinquième est venu me dire : « Monsieur, il faut être con pour battre sa femme. » Ce sont eux, les jeunes, qui arrivent aux questions d’égalité entre les femmes et les hommes, plus vite que les adultes.

Quel est le public de vos expositions ?

Au début d’une exposition, on a 80 % de femmes, pas toutes jeunes. Puis le public se rajeunit et se masculinise. Les mère amènent leur filles puis leur mari, puis leur fils et les fils, leurs copains.

J’ai bien conscience que le fait que je sois un homme rajoute à  l’intérêt du public. La première question que l’on me pose est toujours : « Pourquoi avez-vous fait ce travail, vous, un homme ? »

A la fin de mon exposé tout le monde est d’accord pour dire qu’on serait tous gagnants avec l’égalité entre les femmes et les hommes. à‡a va nous demander des adaptations, des changements mais les hommes aussi ont beaucoup à  y gagner.

Propos recueillis par Caroline Flepp “ EGALITE
Source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2011/01/24/%C2%AB-les-hommes-ont-beaucoup-a-gagner-avec-legalite-%C2%BB/

L’écume des jours, version ecclésiastique

En novembre dernier, j’avais rédigé un premier billet. Puis, en prenant connaissance de quelques faits divers ecclésiastiques, l’idée d’un second billet me vint à  l’esprit, puis un troisième. Mais au fil des jours, ces péripéties ecclésiastiques ont été si nombreuses à  provoquer mes réactions critiques, que je me suis résolu, plutôt que de multiplier les billets, de tout regrouper en une chronique.

Début novembre 2010. Ce qui ne se produira plus à  partir de l’an 2565

Lu dans la presse du mardi 9 novembre 2010, sur une page dédiée aux faits divers les plus cocasses : « Pérou. Un curé a été surpris en plein acte sexuel avec la femme de ménage de sa paroisse dans le nord du Pérou. Le mari trompé a filmé la scène et transmis les images à  une chaîne de télévision. Enceinte de quatre mois du curé, la femme de ménage a été licenciée, mais pas le prêtre. »

Commentaire : il est prévisible que vers l’an 2465 (500 ans, soit un demi millénaire après la fin du concile Vatican II) l’à‰glise catholique romaine admettra finalement l’ordination d’hommes mariés, des viri probati. Cent ans plus tard, on peut supposer que cette mesure aura été reçue dans l’ensemble des paroisses catholiques, jusqu’au Pérou. Dans ce contexte, on mettra en pratique ce qu’un antique règlement ecclésiastique (vers 380) prescrivait pour l’admission à  l’épiscopat : « à€ propos des évêques voici ce que nous avons reçu de notre Seigneur : en tout district le pasteur qu’on institue évêque pour les à‰glises doit être irrépréhensible, irréprochable (Tt 1,6-7 ; 1 Tm 3,2), étranger à  toute injustice humaine, âgé d’au moins cinquante ans ; ainsi se trouve-t-il d’une certaine façon à  l’abri des dérèglements de la jeunesse¦ » (Constitutions apostoliques II, 1,1)

C’est la définition des viri probati. Avec l’évolution prévisible à  long terme, d’ici 500 ans, dans cette paroisse du Pérou, le curé n’aura plus besoin de recruter une femme de ménage. On peut toujours rêver. Mais pas trop, car les « dérèglements de la jeunesse » peuvent échapper aux meilleures prévisions.

Opinion émise en 1859 sur les vêtements liturgiques

En novembre 2010, la paroisse de Niederhaslach célébrait le 1200e anniversaire de la translation des reliques de St Florent et faisait connaître son église. Dans une brochure sur les vitraux, publiée en 1860, l’auteur décrit un panneau illustrant la célébration eucharistique (coté Nord, 2e fenêtre à  partir du fond). Cet auteur est ainsi présenté sur la page de titre : M. l’abbé Straub, professeur au Petit-Séminaire de Strasbourg, Inspecteur de la Société française d’archéologie. Il écrivait ceci, à  propos du vitrail en question, dont le personnage principal est un prêtre à  l’autel : « On remarque, dans les traits du prêtre qui célèbre la messe, une admirable expression de respect et de profonde vénération. La chasuble qu’il porte n’est pas « l’ornement » raide et écourté, aux larges échancrures, tel qu’il nous a été légué par les deux derniers siècles, et dont la forme disgracieuse a été si bien caractérisée dans le Mémoire de M. le baron de Schauenberg (sans autre précision, ndlr), mais le vêtement antique, au tissu souple et flexible, dont l’ampleur doit rappeler au prêtre la charité divine couvrant les péchés des hommes (allusion à  la vêture dans l’ancien rituel d’ordination, ndlr), et a déterminé quelques prescriptions liturgiques encore en usage. Il suffit de jeter un regard sur ce vitrail pour se convaincre que nos « ornements » étriqués et visant à  l’effet du carton sont bien inférieurs aux anciens vêtements sacrés, dont la coupe autant que la nature des étoffes occasionnaient un large et noble jeté de plis qui drapait parfaitement le corps. »

Références : Analyse des vitraux de l’ancienne collégiale de Haslach, Extrait du Compte-rendu des séances archéologiques tenues à  Strasbourg en 1859 par la Société française d’archéologie, imprimé chez Hardel, Caen 1860, p. 32-33.
M. l’abbé Straub a eu la grande chance de ne pas voir ce qui se porte actuellement au Vatican.

Toujours en novembre : le latex fait des bulles

Du livre d’entretiens avec le pape, publié par le journaliste Peter Seewald, la presse a surtout retenu le propos sur le préservatif. à‰moi immédiat dans les milieux catholiques, o๠l’on s’indignait en ces termes : « Mais le pape a abordé bien d’autres questions, pourquoi ne s’intéresse-t-on qu’à  celle-là  ? ». à€ la même période, le parti socialiste annonçait sa future campagne pour les présidentielles ; Ségolène Royal en profitait pour dévoiler son propre plan, au mépris de la solidarité avec l’équipe dirigeante du parti. C’était bien joué, car tous les médias s’intéressaient aussitôt à  elle, réceptifs à  tout ce qu’elle pouvait leur dire, tout comme ils s’intéressaient aux propos du pape sur le préservatif. Mais contrairement aux instances ecclésiastiques, Ségolène ne s’est pas plainte du traitement des journalistes !

La différence entre les deux situations : le personnel politique, et tant d’autres, savent user des médias et faire passer leurs messages. Mais les instances ecclésiastiques catholiques restent toujours aussi maladroites. D’ailleurs, pourquoi se plaindre de ce que la presse n’ait retenu que les propos pontificaux sur le préservatif ? Combien de prélats et de théologiens moralistes ont alors fait entendre leur voix sur le même sujet, manifestant le même intérêt et pratiquant la même sélection que les journalistes ? Or, toute l’affaire a été des plus instructives, car révélatrice de divers aspects négatifs du fonctionnement ecclésiastique catholique actuel. De plus, elle a fait des vagues.

22 novembre 2010 : la communication capote encore

Cette fois, ce n’est pas un Motu proprio, ni une encyclique, ni une réponse à  des journalistes, mais un livre qui fait des vagues. On ne lui en demandait pas tant, au pape, sa fonction pastorale ne l’oblige pas à  écrire des livres. Tant pis, c’est fait : il s’est à  nouveau intéressé au préservatif ! Cette fois, la presse unanime a compris qu’il s’était converti à  son usage, « dans certains cas » !

En 1870, la grande « vérité » dont on débattait à  propos de la papauté, c’était l’infaillibilité. En 2010, c’est le préservatif ! Et quelles contorsions dans les explications des vaticanistes, pour trouver une cohérence dans la suite des interventions de ce pape ! C’est d’un surréalisme ahurissant : « Benoît XVI parle de l’utilisation du préservatif non pas à  des fins de contraception, mais comme charité pour éviter la contagion ». Dommage pour l’Abbé Pierre, grand spécialiste de la charité, il n’a pas pu lire cette mise au point.

Sur un autre sujet abordé dans le même livre, pourquoi remuer encore et agiter les polémiques à  propos de l’attitude de Pie XII durant la dernière guerre ? Selon Benoît XVI, son prédécesseur aurait sauvé « des juifs plus que personne ». Une telle affirmation a fait réagir le Conseil représentatif des institutions juives de France. Mais pourra-t-on connaître un jour « la vérité » à  ce propos ? Qui parviendrait à  comptabiliser le nombre de ceux qui ont été sauvés par les uns et par les autres ? Le silence est d’or, la parole est d’argent.

3 décembre 2010 : le culte du secret

La presse catholique annonçait, début décembre : « L’Osservatore Romano publie des documents inédits mettant en évidence le rôle central joué par le cardinal Ratzinger, depuis 1988, pour rendre plus efficace la lutte contre les abus sexuels » (La Croix 3 décembre, p. 14). On apprend ainsi comment diverses officines de la Curie pontificale se partageaient les compétences et les interventions dans ces affaires, et comment la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont le cardinal Ratzinger était alors le préfet, a obtenu en ces domaines une juridiction pénale exclusive. Mais pourquoi tout à  coup ce déballage, après plus de vingt ans ? Est-ce lié à  la publication du livre Lumière du monde, comme un argument médiatique supplémentaire pour réhabiliter l’intéressé dans l’opinion publique ? Ce qu’on estime maintenant utile de dévoiler, n’était-il pas aussi utile de le faire savoir au moment des décisions ?

Le proverbe prétend qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. On voudrait bien le croire ! Mais, courage et patience, les critiques du fonctionnement de la Curie finissent quand même par ébranler le système et par provoquer quelques évolutions.

6 décembre 2010 : pourquoi il a argumenté à  propos d’un prostitué

La parution du récent livre du pape Benoît XVI a provoqué un énorme intérêt médiatique, avec une avalanche de titres sur « l’évolution » de la pensée pontificale concernant l’usage du préservatif. Oui, le pape a évolué. Et moi aussi, car dans un premier temps (billet du 22 novembre sur la communication, ci-dessus), j’avais traité l’affaire sur un ton ironique. Mais par la suite, en lisant quelques-uns des nombreux commentaires parus sur le sujet, je me suis rendu compte que les entretiens du pape avec son compatriote journaliste dévoilent bien des traits des fonctionnements vaticanesques et, à  l’inverse, autorisent quelques espoirs. Mais il faut déployer de grands efforts pour les percevoir. Je m’intéresserai à  trois aspects de l’affaire : la sauvegarde de la procréation, le Magistère et le culte du secret au Vatican.

La procréation est sauve

Dans sa réponse concernant l’usage du préservatif, pourquoi Benoît XVI a-t-il disserté sur le cas d’un prostitué, et non pas de façon plus générale sur la prostitution, féminine autant que masculine ? Le magazine Golias Hebdo n° 161 (2 décembre, p. 3) a publié une explication convaincante : « Dans un rapport homosexuel, par la force des choses, le préservatif n’est évidemment pas contraceptif ! » Qu’on ne prenne donc pas prétexte de ces propos sur le préservatif pour oser affirmer que le Magistère catholique romain aurait explicitement libéralisé la contraception ! Vraiment, la porte ouverte par Benoît XVI quant à  l’usage du préservatif n’est qu’étroitement entrebâillée.
O๠est le Magistère ?

Quoiqu’il en soit de son opinion sur la contraception, le pape a évolué, il a changé d’avis, même si ce n’est que légèrement. En mars 2009, dans l’avion qui le menait au Cameroun, il affirmait que la distribution de préservatifs aggravait l’épidémie du Sida, et un an plus tard il admet que « dans certains cas, quand l’intention est de réduire le risque de contamination, cela peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à  une sexualité plus humaine ». Comment est-il parvenu à  cette conclusion ? On peut lui poser la célèbre question : « Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit ? » (Jn 18,34). D’autres, assurément. Cela signifie que des tiers ont joué le rôle de magistère pour éclairer le Magistère officiel ! Le pape finit donc par affirmer publiquement ce que beaucoup d’autres ont dit avant lui. La conclusion est évidente : il est des domaines o๠le pape ne peut pas assurer par lui-même une fonction de Magistère. On le sait bien, l’histoire a enregistré diverses erreurs de l’autorité papale, qu’on se souvienne par exemple de l’affaire Galilée et des justifications de l’esclavage par des papes du XVe siècle.

Réjouissons-nous, cependant, car cette évolution de la pensée de Benoît XVI ouvre la porte à  quelques espoirs : si le pape a changé sur ce point, il pourrait aussi changer à  propos de tant d’autres interdits, en des domaines o๠le Magistère officiel est moins compétent que « l’à‰glise enseignée » ! Mais combien de temps faudra-t-il encore patienter ?

16 décembre 2010 : « Les propos du pape sur le préservatif créent des troubles au sein de l’à‰glise »

C’est le titre d’une information parue dans La Croix du 8 décembre. Le magazine Golias Hebdo n° 163 (16 décembre, p. 8) abordait le même sujet, sous un titre plus direct : « Préservatif : plus papiste que le pape, tu meurs ! », et un sous-titre qui en dit long : « Benoît XVI a déçu les siens ». De quoi s’agit-il ? Ces propos du pape salués par les médias comme un progrès sont considérés, au contraire, comme regrettables par les milieux catholiques intransigeants et par les bastions de la Curie romaine. Le prélat américain Raymond Burke, créé cardinal depuis peu et grand dignitaire du système, a déclaré dès le 23 novembre : « Certains commentateurs habituellement bien disposés envers le Saint-Siège pourraient mal interpréter les propos du pape et en déduire que le Saint-Père modifie la position de l’à‰glise sur le préservatif, ce qui serait très regrettable. »

Une telle déclaration révèle comment fonctionne l’à‰glise catholique romaine : les bastions de la Curie romaine estiment détenir la vérité ; ils considèrent que ce qu’ils définissent ainsi est immuable et que le pape doit s’y soumettre. On revient à  la question posée entre le 6 et le 16 décembre : o๠est le Magistère ? Qui croit détenir la vérité, dans ce fonctionnement ? Le pape, ou bien « sa » Curie ?

Un tel fonctionnement est évidemment à  l’opposé de la collégialité mise en valeur par le concile Vatican II. En effet, ceux qui font la Loi, comme jadis les pharisiens et les docteurs de la Loi, sont des bureaucrates, abrités dans leurs forteresses, alors que le Peuple de Dieu devrait être conduit par des pasteurs, qui se concerteraient comme les apôtres (Actes 15), pour tracer la route, et non pas par des légistes qui formulent des principes.

L’absence totale de collégialité a encore été mise en évidence par une autre information. En effet, le 29 novembre l’épiscopat du Kenya s’est prononcé dans le même sens que le cardinal Burke : « Le point de vue de l’à‰glise catholique en matière d’utilisation du préservatif “ que ce soit comme moyen de contraception ou comme moyen d’affronter le grave problème du virus HIV et du sida “ n’a pas changé et cette utilisation reste comme toujours inacceptable. » Voilà  qui fait désordre ! Des chefs d’à‰glise, le pape d’une part, un épiscopat local d’autre part, se prononcent publiquement sur des questions graves sans se concerter.

Qu’un vulgaire bout de latex soit le déclencheur de toute cette ébullition, voilà  qui est risible. Et pourtant, force est de constater que, dans ce contexte trivial également, « rien n’est voilé qui ne sera dévoilé » (Matthieu 10,26).

23 décembre 2010 : parler pour ne rien dire

Information lue dans La Croix du 23 décembre : « Dans une note publiée le 21 décembre, la Congrégation pour la doctrine de la foi explicite les propos tenus par Benoît XVI sur le préservatif dans son livre Lumière du monde, dans l’objectif de mettre un terme à  un vif débat entre théologiens moralistes. » La suite de l’information explique que les paroles du pape ne modifient ni la doctrine morale, ni la pratique pastorale de l’à‰glise (il faut préciser : l’à‰glise catholique romaine).

Quel service le pape a-t-il bien pu rendre en exposant ses opinions dans un livre, si c’est pour provoquer une polémique telle que des officines du Vatican se sentent obligées d’expliquer et de préciser les propos de l’auteur ? Or, cette polémique n’a pas été provoquée seulement par les réactions des journalistes, mais aussi par celles des milieux ecclésiastiques, dont certains ont critiqué et contesté ouvertement les propos du pape (ci-dessus, note du 16 décembre). Au final, le pape aura parlé pour ne rien dire, puisque ses propos n’ont rien modifié. Une maladresse de plus !

En conclusion : il est urgent que l’ensemble des catholiques romains interdisent au pape de s’exprimer sur le préservatif, puisqu’il n’a rien d’autre à  dire que ce qu’il a déjà  dit. Espérons que les journalistes auront compris qu’il est inutile de lui demander son avis à  ce sujet ; le relancer à  ce propos ne relèverait que de l’ironie, ou serait à  considérer comme un piège.

Que le pape cependant ne se désole pas, il lui reste tant de messages à  transmettre, comme pasteur, au Peuple de Dieu et au monde, pour susciter la louange, la joie et l’espérance, pour annoncer la présence du Christ ressuscité et l’énergie de l’Esprit Saint, etc.

Après mà»re réflexion, je trouve avantage aux hypothétiques progrès du pape sur la question du préservatif, quelle que soit l’opinion des milieux vaticanesques. En effet, dans la communication, l’essentiel c’est la réception. Or, les premiers échos de son livre écrit avec le journaliste Seewald ont fait croire à  une petite évolution. Les médias s’en sont saisis et le propos a été largement répercuté. Le public est convaincu que la doctrine officielle catholique a favorablement évolué. Que le pape, sous la pression de son entourage, fasse ensuite marche arrière, cela n’a été diffusé que dans la presse catholique spécialisée. La réception de la mise au point a été très limitée et le public ne gardera souvenir que du premier message. Pour donner à  son revirement autant d’impact médiatique qu’à  son propos initial, il faudrait déjà  que le pape publie un nouveau livre. Mais surtout, qu’il ne le fasse pas, et s’il veut encore recourir aux médias, qu’il le fasse pour annoncer l’à‰vangile.

Encore en décembre : la nouvelle usine à  gaz du Vatican : le dicastère pour la « nouvelle évangélisation »

Pour savoir ce que signifie évangéliser et ce qu’est l’évangélisation, il suffit de parcourir le Nouveau Testament. Ses différents livres rapportent comment Jésus et, à  sa suite, les apôtres ont agi. Les concordances vous mettent immédiatement sous les yeux tous les passages concernés. Sous le thème « Annoncer “ Proclamer », celle de la Bible de Jérusalem (NT) réunit sur trois grandes pages plus de 200 extraits (p. 26-29). La Concordance thématique du Nouveau Testament (à‰d. du Cerf, 1989) réunit les mêmes extraits sous le thème « Parole, Jésus proclame la bonne Nouvelle, les apôtres et l’à‰glise proclament, enseignent » (p. 560 s.). Les évangiles rapportent concrètement comment Jésus parcourait le pays en annonçant la venue du Règne de Dieu et en appelant à  la conversion ; il en est de même dans les Actes et les épîtres, à  propos des apôtres et de leurs compagnons, qui proclamaient la résurrection et appelaient à  la conversion au Christ.

Quant aux dictionnaires, ils proposent cette définition, qui résume les récits du Nouveau Testament : « à‰vangélisation, action qui consiste à  apporter l’à‰vangile, la Bonne Nouvelle du salut, à  ceux qui ne l’ont pas encore reçu ; elle est donc en même temps appel à  la conversion et convocation dans l’à‰glise de Dieu » (Dictionnaire des mots de la foi chrétienne, à‰d. du Cerf, 1992, col. 282). On peut aussi consulter la présentation qu’en fait l’encyclopédie catholique Théo, à  la p. 573.

Or le pape actuel a récemment créé un Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, que son président, l’évêque Rino Fisichella, a eu l’occasion de présenter le 13 décembre dernier (La Croix 14 décembre 2010, p. 18). Vous pensez sans doute que ce Conseil pontifical a entrepris d’évangéliser à  la manière du Christ et des apôtres, en annonçant l’évangile à  des personnes qui l’ignorent ou le connaissent mal. Détrompez-vous ! D’abord, ce n’est pas l’à‰vangile que ce dicastère romain se soucie d’annoncer, mais le Catéchisme de l’à‰glise catholique. Ensuite, les destinataires de ses messages ne sont pas les incroyants ou les mal croyants, mais les conférences épiscopales.
Cet évêque (il est sans doute archevêque, sans diocèse, évidemment !) a l’air brave. Il doit être un vieux routier de la Curie. Cette nomination a dà» lui tomber dessus, à  l’improviste. Aussi, son premier souci est-il de « comprendre ce qui se fait depuis longtemps ». Son rôle, a-t-il expliqué, consistera à  soutenir les conférences épiscopales dans leur activité, en favorisant les échanges d’expériences. Dans la suite de l’entretien, il dénonce le sécularisme et le relativisme, qui conduisent à  « l’éclipse de Dieu » (serait-il la « voix de son maître » ?), et débat avec son interlocuteur de la « révolution anthropologique ».
On l’aura compris, les fonctionnaires de ce nouveau dicastère ne pratiqueront pas l’évangélisation, mais superviseront les engagements des acteurs du terrain. Ils ne s’intéressent pas aux personnes, mais aux idées, aux concepts et aux idéologies, soucieux de pourchasser les erreurs. D’ailleurs, la Curie n’a pas attendu l’an 2010 pour superviser l’évangélisation, puisque l’un de ses dicastères les plus puissants et les plus riches (voir Golias Hebdo 166, 6 janvier 2011, p. 8-9) s’appelle précisément Congrégation pour l’évangélisation des peuples (intitulé précédent : Congrégation pour la propagation de la foi, en latin : de propaganda fide, abrégé en Congrégation de la Propagande, voir Théo, p. 1031 A).

Dorénavant, la Curie comptera donc deux dicastères chargés de l’évangélisation. Décidément, la bureaucratie pontificale est incorrigible. On accumule, on entasse, on empile, on juxtapose les officines, toujours à  partir du sommet, sans s’inquiéter des fonctionnements sur le terrain, et surtout sans se demander quelles instances sont utiles ou nécessaires au vu des évolutions du monde actuel.

Tout au long du XXe siècle, prenant conscience de « l’éloignement » des masses, les à‰glises locales ont multiplié les initiatives pour annoncer l’à‰vangile d’une façon renouvelée. On parlait alors de mission et d’apostolat. Ce fut l’origine de l’Action catholique. En 1940 paraissait le livre France pays de Mission ? Le Prado, la Mission de France, les Missionnaires des campagnes, et tant d’autres mouvements étaient lancés. Puis, vers la fin du XXe siècle, sans trop tenir compte de ce qui existait déjà  et sous l’influence des courants évangéliques, d’autres fondateurs lançaient la « nouvelle évangélisation ». Toutes ces initiatives voyaient le jour « à  la base », « sur le terrain », lancées par des croyants convaincus, témoins directs de situations humaines, qui suscitaient chez eux l’urgence missionnaire. Ils n’avaient nul besoin d’une superstructure vaticanesque pour agir et inventer. Ces mouvements se sont développés et ont évolué. On y a reconnu l’Esprit Saint à  l’oeuvre. à€ présent, la Curie devrait s’en occuper. Pour quel résultat ?

Le poids de la routine, dans les pratiques de la Curie, me conforte dans cette appréciation malicieuse dont j’avais déjà  agrémenté mon chapitre sur le cléricalisme, dans le livre Du neuf chez les cathos. En effet, en son temps, à  la question qu’on lui posait : « Combien de personnes travaillent à  la Curie ? », Jean XXIII répondait avec humour : « à€ peine la moitié ! ». Mais il faut poser la question d’une autre façon : « Combien y travaillent pour la progression du Règne de Dieu ? » Et combien ne s’occupent que de faire tourner une bureaucratie protégée derrière ses murailles ? Combien travaillent effectivement à  l’évangélisation, ancienne ou nouvelle ?

24 décembre 2010. Les Légionnaires du Christ en charge de la nouvelle évangélisation

à€ l’occasion d’ordinations presbytérales célébrées la veille de Noà«l, la presse s’est à  nouveau intéressée aux Légionnaires du Christ. Dans un dossier sur leur « remise au pas », La Croix (4 janvier 2011) publiait quelques extraits d’une lettre que leur avait adressée le cardinal Velasio De Paolis, le « délégué pontifical » chargé de redresser cette congrégation nouvelle et d’épurer la mémoire de son fondateur. Dans cette lettre (19 octobre 2010), le prélat écrivait ceci : « La culture actuelle est sécularisée, infectée d’immanentisme et de relativisme. [¦] La société d’aujourd’hui, pour être christianisée, a besoin d’apôtres de la nouvelle évangélisation. [¦] La congrégation trouve précisément dans ce domaine sa place de service envers l’à‰glise. »

Ce langage est totalement déconnecté des réalités humaines et chrétiennes. Il est contestable en tout point. Commençons : est-ce envers l’à‰glise, ou dans l’à‰glise qu’une congrégation religieuse peut être appelée à  assurer des services ? Est-ce la société qu’il s’agit de christianiser ? Peut-on réduire l’humanité à  une seule société et à  une seule culture ? Est-ce cela, la nouvelle évangélisation ? Si telle est sa tâche, que fait-elle de neuf ? Car voilà  des siècles que l’Inquisition et ses dérivés, actuellement la Congrégation pour la doctrine de la foi, traquent tout ce qui est considéré comme des hérésies, des déviations ou des erreurs, s’écartant des définitions du catéchisme romain. Est-ce cela, évangéliser, que de prétendre combattre de prétendues infections des mentalités, plutôt que d’annoncer une espérance à  des êtres humains, à  des personnes ? L’évangélisation peut-elle se réduire à  une nouvelle croisade, au risque d’envoyer les légionnaires se battre contre des moulins à  vent ? On aimerait bien savoir comment sera organisé ce combat.

Ce discours illustre de façon flagrante à  quel point la gérontocratie vaticane ignore les situations pastorales actuelles. Il est une démonstration supplémentaire des illusions du pouvoir central de l’à‰glise catholique romaine, qui se comporte comme une superstructure administrative, gérant des entités abstraites, alors que la pastorale s’adresse à  des personnes, à  rencontrer directement, comme le faisait l’apôtre Paul.

Une paroisse rurale fait concurrence à  Paray-le-Monial

Depuis novembre 2010, le recteur des sanctuaires de Paray-le-Monial exploite les adresses catholiques pour diffuser un courrier appelant à  donner pour l’agrandissement des installations du site. Voici des extraits de son argumentation : « Il y a 350 ans à  Paray-le-Monial, le Christ est venu visiter à  plusieurs reprises une jeune femme (qui deviendra sainte Marguerite-Marie) pour lui présenter son Coeur, symbole de l’infini de son Amour. Chaque année, plus de 170 000 pèlerins viennent à  leur tour faire cette formidable expérience de l’Amour auprès de Celui qui est l’Amour. Comme sainte Marguerite-Marie, ils découvrent combien il les aime personnellement ! ¦ Ensemble, nous pouvons offrir aux pèlerins de toutes les nations, la possibilité de s’abreuver à  la source de l’Amour miséricordieux et infini du Coeur de Jésus. »

Je connais une paroisse rurale (la mienne !) visitée par le Christ depuis bien plus longtemps. La preuve la plus évidente : elle dispose dans ses archives d’une lettre envoyée par l’entourage des papes d’Avignon en 1330 ! Depuis bien plus de quatre siècles, par les célébrations régulières, cette paroisse (comme toutes les autres) célèbre chaque dimanche la rencontre du Christ ressuscité, qui comble les paroissiens de son Esprit Saint, comme d’une source d’eau vive. Par l’écoute de la Parole de Dieu, autour de la table du Christ, les paroissiens découvrent combien Dieu les aime personnellement, ainsi que tous les leurs. Les effectifs de cette paroisse restent modestes, car elle ne cherche pas à  attirer des pèlerins. Cependant, elle accueille les amis du village, en particulier grâce aux jumelages, ainsi que les voisins et les touristes.

Cette paroisse a aussi des frais et sollicite le partage auprès des paroissiens et des amis, pour l’entretien du sanctuaire, et pour contribuer le mieux possible à  toutes les grandes causes missionnaires et humanitaires. Cependant, elle n’estime pas nécessaire de dire aux paroissiens que par le moyen de prélèvements automatiques ils contribuent à  faire connaître l’Amour de Jésus, ni ne délivre, comme avantage pour ces prélèvements, le titre de Bienfaiteur d’honneur.

Fin décembre : le Vatican a perdu le sens de la Tradition

Le quotidien italien Il Giornale a donné quelques nouvelles du cardinal Antonio Canizares, depuis peu préfet de la Congrégation pour le culte divin. Il s’agit de ce prélat espagnol, apparu dans la presse, il y a quelques mois, enveloppé dans cette longue jupe rouge qu’on appelle « queue », « traîne », ou « cappa magna ». On apprenait donc que ce cardinal, dans ses nouvelles attributions, était soucieux de donner une impulsion à  l’adoration eucharistique, de renouveler et améliorer le chant liturgique, de cultiver le silence et de donner plus d’espace à  la méditation (diffusé dans La Croix du 28 décembre 2010, p. 13).

Depuis une trentaine d’années, dans l’à‰glise catholique, on a fini par s’habituer à  des déclarations de programme de ce genre, de la part de dignitaires du Vatican. Avant eux, le pape Paul VI s’était montré soucieux d’appliquer les décisions du concile Vatican II. Mais après lui, ses successeurs et leurs « ministres » de la Curie y sont allés chacun de sa décision personnelle, sans aucune concertation avec le collège des évêques. C’est surtout sur le terrain de la liturgie qu’ils tentent d’imposer leurs manies. Il serait trop long de les énumérer, on se contentera d’en rappeler les plus étonnantes : Jean-Paul II avait institué le Dimanche de la Miséricorde (2e dimanche de Pâques), alors que la réforme liturgique du concile Vatican II venait, quelques décennies plus tôt, de restituer toute sa valeur au temps pascal. Benoît XVI a réintroduit l’ancien missel. La Congrégation pour le culte divin a révisé tantôt les livres liturgiques produits par la réforme conciliaire, tantôt leurs traductions. Etc. à€ présent, si le cardinal Canizares se fixe comme programme de donner une impulsion à  l’adoration eucharistique, c’est bien dans l’air du temps au Vatican, avec le retour des dévotions médiévales, étrangères à  l’authentique Tradition, alors que le concile avait rendu à  la liturgie toute sa place, comme « vraie prière de l’à‰glise » (Dom Lambert Beauduin).

La Tradition, c’est ce que l’à‰glise a reçu du Christ et des Apôtres, pour le développer et l’adapter au fil du temps, dans la cohérence et la fidélité à  l’à‰vangile. Par à‰glise, il faut entendre tout le Peuple de Dieu, et non pas une oligarchie de clercs. Dès les premiers siècles, les délégués des à‰glises locales se sont réunis, à  la manière des apôtres (Actes 15), pour rechercher comment vivre la Tradition dans les nouveautés qui survenaient. Mais la tradition des conciles et des synodes s’est atrophiée dans l’à‰glise romaine. Certes, le concile Vatican II l’a rétablie, mais ce ne fut que pour quelque temps, car depuis peu, tout est retombé !

Fixer des programmes pastoraux n’est pas de la compétence des fonctionnaires de la Curie. La mise en application des décisions du concile Vatican II est loin d’être achevée. C’est cela qu’il faut poursuivre, et non pas l’interrompre à  chaque parachutage d’un nouveau préfet de dicastère, lui-même empressé d’imposer à  toute l’à‰glise latine ses manies et ses dévotions. La tradition du gouvernement de l’à‰glise romaine ne leur attribue pas ce rôle. Il ne leur appartient pas de revaloriser l’adoration eucharistique. En tant que « ministres », ils sont les exécutants des programmes conciliaires, et non leurs réviseurs. C’est aux conférences épiscopales d’établir des programmes pastoraux, ou mieux encore, selon l’importance des actions à  mener, cela revient à  un concile, et si le concile des clercs ne se réunit pas, au Peuple de Dieu d’y suppléer.
11 janvier 2011 : le pape et les cours d’éducation sexuelle ou civique
En informant sur la réception du corps diplomatique par le pape, pour l’échange des voeux, la presse a retenu ces propos du pape : « Je ne puis passer sous silence une autre atteinte à  la liberté religieuse des familles dans certains pays européens, là  o๠est imposée la participation à  des cours d’éducation sexuelle ou civique véhiculant des conceptions de la personne et de la vie prétendument neutres, mais qui en réalité reflètent une anthropologie contraire à  la foi et à  la juste raison ». Selon le commentaire de la presse, le propos viserait de récentes réformes scolaires en Espagne.

L’information ajoute cet autre extrait du discours du pape : « On ne peut que se réjouir de l’adoption par le Conseil de l’Europe, au mois d’octobre dernier, d’une résolution qui protège le droit du personnel médical à  l’objection de conscience face à  certains actes qui lèsent gravement le droit à  la vie, comme l’avortement ».

Le discours, du moins ce qu’en ont retenu les agences de presse, contient surtout des mises en garde, des rappels à  l’ordre et des déplorations. Est-ce cela la Bonne Nouvelle ? Serait-ce cela, la nouvelle évangélisation : des discours devant des instances politiques ? Quelle efficacité pastorale ?
Dans son discours, le pape a abordé de nombreux autres sujets, comme le signale La Croix (même date), qui annonçait dans son titre : « La défense de la liberté religieuse, leitmotiv de Benoît XVI ». Il est symptomatique que les journaux « grand public » aient retenu les propos sur l’éducation sexuelle, et la presse catholique, le message de politique religieuse. S’ils abordent trop de sujets, les discours pontificaux finissent par ressembler aux rayons d’un supermarché, chaque journaliste remplit son panier avec ce qu’il estime intéressant pour son public.

20 janvier 2011 : les frasques de Berlusconi. Conversion des personnes, ou démarche politique ?

Après la chute de l’Empire romain d’Occident (476), dans une Italie dévastée, les institutions ecclésiastiques romaines ont pallié l’effondrement des structures civiles. La papauté a assuré la survie des populations. Trois siècles plus tard, les princes francs ont restauré les institutions civiles, jusqu’à  prétendre reconstituer l’empire d’Occident. Ils associaient les à‰glises locales à  leur entreprise, si bien qu’en 794 Charlemagne pouvait écrire au pape : « à€ moi, il appartient avec l’aide de la divine piété de défendre la sainte à‰glise. à€ vous, très saint Père, il appartient, élevant les mains vers Dieu avec Moïse, d’aider par vos prières au succès de nos armes. » Depuis lors, les à‰glises d’Occident ont pris l’habitude de traiter avec les souverains, gouvernant ensemble les peuples. Dans cette ligne, la Compagnie de Jésus avait ouvert des collèges pour former les élites, tandis que les missions outre-mer s’adressaient aux familles princières pour convertir les peuples indigènes.

La Révolution française a fait évoluer les mentalités en ces domaines, mais bien des pratiques subsistent. En effet, un certain catholicisme parisien, imité ailleurs, continue à  entretenir des liens privilégiés avec les institutions publiques, politiques et culturelles. La nouvelle évangélisation, selon la version du Vatican (voir plus haut, décembre 2010), semble bien suivre cette orientation, en adoptant une ligne politique : influencer les décideurs, nationaux, européens, et au-delà . Est-ce la meilleure option ? En tout cas, après les dernières révélations sur les frasques de Berlusconi, le Vatican semble bien ne plus faire confiance à  ce personnage pour une nouvelle évangélisation dans le domaine éthique. De fait, Sarkozy et Berlusconi paraissent quand même moins fiables que Charlemagne.

Mais dans une culture devenue individualiste, pour la nouvelle évangélisation, il faudrait choisir : conversion des personnes, ou démarche politique ? Jésus et les apôtres s’adressaient à  des personnes.

24 janvier 2011 : le bas clergé, le peuple catholique et Berlusconi
Dans un village des Abruzzes (Nord-Est de Rome), un curé a placardé cet avis mortuaire sur la porte de l’église : « Deuil pour le pays humilié par un premier ministre immonde. Deuil pour une à‰glise complice » (La Croix, 24 janvier). La colère de ce prêtre a trouvé un large écho dans le peuple catholique, qui réclame un positionnement sans ambiguïté de la Conférence des évêques italiens : « Ce que nous en attendons, c’est un message de condamnation très dur, qui donne le nom et le prénom du responsable N° 1 de la chute de valeurs non négociables ». Et encore : « Il ne faut plus que l’à‰glise (ndlr : la hiérarchie) ferme un oeil, parce qu’avec ce gouvernement elle a obtenu des garanties, par exemple pour bloquer le pacs à  l’italienne, financer les écoles catholiques ou encore introduire une loi sévère sur la bioéthique ».

Le bas clergé et le peuple précèdent à  nouveau le Magistère

Courant janvier 2011 : une confidence de l’archevêque Albert Rouet, Potiers
Dans Panorama de janvier, le P. Rouet se livre à  quelques confidences bénéfiques (p. 18). à€ la question « quelle urgence pour l’à‰glise en France ? », il répond d’abord : « Si j’osais ! » Le journaliste le presse : « Allez-y¦ » La réponse : « à‰coute, à‰glise, arrête de t’occuper de toi-même [¦] Oublie-toi un peu et va donc t’occuper des autres ! »

Marcel Metzger

A quelle catégorie de « croyants » appartenons-nous ?

Sophonie est peu connu des chrétiens. A la fin du 7ème siècle avant Jésus Christ, le Royaume de Juda est occupé, gagné par la corruption et les compromissions. Le prophète annonce le « jour du Seigneur », jour de colère, de détresse, de destruction. Il s’en prend aux dignitaires violents et frauduleux, aux prophètes vantards, aux prêtres profanateurs, aux incrédules qui disent « Le Seigneur ne peut faire ni bien ni mal », aux nations idolâtres¦

De ces oracles guerriers et menaçants, la première lecture ne nous donne qu’un extrait « soft »¦ A la corruption des hommes de pouvoir et de richesse, Sophonie oppose les humbles et les pauvres qui n’ont pas d’autre refuge que le nom du Seigneur. Seul ce reste d’Israà«l échappera à  son « ardente colère ». Le Royaume des Cieux appartient « aux pauvres en esprit », à  celles et ceux qui ont le mensonge en horreur, parce qu’avant tout ils entendent suivre simplement et humblement les ordonnances du Dieu Unique.

Les « béatitudes » lues ce dimanche coïncideraient avec l’ extrait de ce dimanche¦mais un peu moins avec les oracles lus dans leur entier ? S’opposer à  la société de son temps, prêter à  Dieu des intentions destructrices, rejeter toute compromission et refermer ses relations sur un petit reste de fidèles, se proclamer du côté des humbles et des exclus, toutes ces attitudes semblent cautionnées par les oracles du prophète : fuite du monde et repli identitaire des croyants, tels seraient les messages de l’ensemble de son livre.

Cette approche est démentie par plusieurs indices : Sophonie affirme les droits de Dieu dans la société de son temps : son identité et sa lignée sont déclinées et connues de tous, en tête de ses oracles ravageurs. L’accès au trône du nouveau roi à  l’âge de huit ans, favorise une régence de profiteurs, mais une nouvelle génération s’épanouit dès la majorité du Roi Josias. La réforme religieuse qui en découlera fut forcément préparée par la génération dont Sophonie est l’un des représentants. Grâce à  cette militance, devenu adulte, le Roi met en oeuvre un programme de renouveau religieux attendu des forces vives. Oser Dieu quand on est jeune, assumer Sa présence au temps et à  l’espace tout au long de notre vie concrète, faire partie des « humbles de la terre », les béatitudes ne se sont pas béates !¦

Jean DOUSSAL