GOLIAS Hebdo n° 152

Mgr Dowling : Comment Jean Paul II et Benoît XVI ont étouffé Vatican II


Les secousses actuelles de l’église catholique pourraient contribuer à  une nouvelle réflexion, inventive et prospective, sur le fonctionnement de l’Eglise. Modestement mais authentiquement. L’occasion est douloureuse, mais le terme peut-être un renouveau pour que l’Eglise retrouve son
visage évangélique. Son vrai visage. Dans cette perspective, il semble opportun de donner la plus grande résonance possible à  l’excellente réflexion d’un évêque de Rustenburg, Afrique du Sud, Mgr Kevin Dowling.

états généraux : Rome, combien de divisions ?

Préparant ses Etats généraux du christianisme à  l’université catholique de Lille (23-25 septembre), L’hebdomadaire La Vie proposait dans son dernier numéro un fort intéressant dossier qui donne la parole à  neuf des intervenants aux Etats Généraux, philosophes, théologiens, écrivains¦ Sauf qu’une nouvelle fois, les ambiguïtés de l’éditorial gâchent la fête.

Retraite en bonne santé : un enjeu de société

« La pénibilité du travail n’est pas reconnue dans ses conséquences sur l’espérance de vie des salariés qui y ont été exposés », ont écrit les organisations syndicales dans une lettre ouverte adressée au président Sarkozy le lendemain de ses annonces et de la manifestation massive du 7 septembre 2010.

CAC 40 : dure, dure la vie dans une niche fiscale..


Nos amis les riches sont-ils à  plaindre ? La question mérite d’être posée. Ils ont bien des soucis, même si la conjoncture actuelle ne les renvoit pas les mains vides après avoir épuisé les fonds des entreprises. A la tête de fortunes péniblement gagnées sur le dos des salariés, ils sont en butte à  la jalousie, voire à  des campagnes de dénigrement, et leur calvaire ne s’arrête pas là . Ils doivent subir les affres infligées par ceux qui leur contestent quelques évasions fiscales et jusqu’à  la possession d’une île aux Seychelles.

La nouvelle justice selon Monsieur Hortefeux


Les récentes déclarations du ministre de l’intérieur en matière de justice sont affligeantes. On voit assez aisément qu’elles se résument à  deux thèmes : mettre en cause l’individualisation des jugements et favoriser l’automaticité des peines ; aller vers des peines de plus en plus durables.

L’implosion de Jean-Luc Delarue ou comment la télé rend fou !


C’est la question qu’on peut se poser après l’interpellation par la police, dès potron-minet, de ce célèbre animateur de télévision dans le cadre d’une enquête sur un trafic de stupéfiants (14 septembre). Les gazettes évoquent le soupçon des policiers de la sà»reté urbaine des Hauts-de-Seine, qui veulent savoir si J.-L. Delarue est seulement un acheteur (drogué, junkie) ou s’il est également un revendeur (dealer).

La communication de Benoît XVI sous contrôle de l’Opus Dei


Le nombre limité de manifestants à  Londres contre le pape traduit d’abord une relative indifférence. Qu’il serait déshonnête de présenter comme une adhésion, fà»t-elle tacite. Mais il faut également y voir le résultat d’un travail très persévérant de relais médiatiques savamment organisés qui ont su présenter les choses sous leur jour le meilleur. Préparant aussi Benoît XVI et son entourage à  éviter des gaffes, semblables à  celles du début de son
pontificat.

Un troglodyte ordonné (3/5)

Résumé
Yannick, qui n’a jamais connu son père, a toujours été entouré de femmes sauf à  l’occasion de sa communion solennelle o๠un prêtre enthousiaste a suscité chez lui le désir d’entrer au séminaire. Un de ses oncles lui demande d’initier au latin son jeune fils Jean-François. Un jour, il avait été troublé par le gamin resté en maillot de bain pour sa leçon. Pensant avoir des instincts de pédophile, il avait quitté les ordres et était devenu éboueur.

Quant à  Vladimir, l’équipier de Yannick, il vit depuis quelques mois avec Loana, une compagne d’origine espagnole, laborantine licenciée et contrainte elle aussi de se lever tôt pour faire le ménage dans les bureaux. La révélation de son existence donna une idée à  Yannick : à  eux trois, ils pourraient ouvrir une école destinée aux chômeurs qui ne trouvent pas de travail faute de ne pas maîtriser le français ou de ne pas être au moins bilingue. Il demanderait à  sa mère de lui donner une part de son héritage pour louer un local. Les cours seraient gratuits mais les bénéficiaires s’engageraient à  verser une contribution prise sur leur première paye. Un tel projet relevait-il de l’utopie ? Non, si dans un premier temps, le centre ne fonctionnait que le soir, de 19H à  21H par exemple, pour permettre aux trois partenaires de conserver leur emploi et à  Vladimir de trouver celui d’interprète.
Grâce à  la publicité gratuite que leur fit le journal local, une vingtaine de candidats se présentèrent dès la première séance. Parmi eux, Karine, une jeune femme bretonne, visiteuse déléguée médicale au chômage, hébergée provisoirement chez les Petites soeurs des pauvres.
Alors qu’elle avait fait des progrès significatifs dans le maniement de l’anglais, elle n’assista plus aux cours. Vladimir, qui l’avait personnellement prise en charge, se rendit chez les Petites soeurs pour s’enquérir des raisons de son absence. Selon la mère supérieure, elle était devenue taciturne, dépressive, mais se rendait toujours utile en secondant les soeurs chargées des tâches ménagères. Il réussit toutefois à  obtenir un entretien en tête-à -tête avec elle. Elle le remercia de sa sollicitude à  son endroit mais elle avait besoin de solitude, de silence, elle avait encore quelques économies qui le lui permettaient¦ Puis brusquement, elle fondit en larmes. Vladimir, désemparé, lui prit les mains dans les siennes sans prononcer le moindre mot. Après de longues minutes, elle lui confia qu’elle était amoureuse d’un homme à  qui elle s’interdisait de le déclarer depuis qu’à  la terrasse d’un café il lui avait révélé qu’il avait été ordonné prêtre ! Et oui, c’était Yannick qui, pas une seconde, n’avait soupçonné l’attirance de son interlocutrice envers lui.
« Vous a-t-il dit qu’il avait quitté les ordres ?
– Oui ¦
– Alors, o๠est le problème?
– Je lui ai demandé pourquoi il avait démissionné. Lorsqu’il m’a avoué qu’il avait eu
des pulsions de pédophile, j’ai cru avoir un malaise. Toutes mes espérances de fonder enfin un foyer s’étaient envolées ! Je dois vous préciser que j’ai un bambin de deux ans actuellement chez une nourrice depuis que son père biologique, qui ne l’a jamais reconnu, s’est volatilisé !
– Yannick connaît-il l’existence de cet enfant ?
– Bien sà»r que non ! Je ne voulais surtout pas qu’il le sache !
– Pourquoi ?
– Pour ne pas lui offrir l’occasion de s’en occuper, autrement dit de le violer ! D’autre part, à  défaut d’être pratiquante je suis croyante, et, mises à  part ses tendances perverses, je refuse de cautionner en quelque sorte la situation d’un défroqué. »
Etait-il opportun que Yannick soit mis au courant de cette démarche ? Etait-il vraiment pédophile ? Pourquoi ne se mariait-il pas ? Par honte ? Par peur d’avoir des enfants ? Avait-il consulté un psychologue ? Sinon, accepterait-il de suivre une thérapie ?
Vladimir avait pris la décision de poser directement ces questions à  l’intéressé lors d’un week-end au bord de la mer, mais, après mà»re réflexion, il entreprit de lui démontrer qu’il n’était peut-être pas foncièrement pédophile : il n’avait été entouré que de femmes, son désir de se faire prêtre venait essentiellement de son admiration envers celui qui l’avait catéchisé ; de ce fait, il s’était interdit tous les plaisirs sexuels jusqu’au jour oà¹, sans prévenir, leur attrait s’était manifesté brutalement et anormalement au contact d’un enfant séduisant. La suite plaidait toutefois en sa faveur. La meilleure thérapie ne serait-elle pas qu’il ait une compagne avec laquelle il partagerait ses joies, ses peines, ses projets, son lit et l’éducation de leurs enfants ? Cela ne valait-il pas la peine d’essayer?
Le week-end suivant ne se déroula pas du tout comme Vladimir l’avait imaginé. Ce fut Yannick qui l’invita à  s’asseoir sur le toit de leur gîte pour converser. Ce soir-là , de gros nuages noirs cachaient la lune ; le vent chargé d’embruns leur fouettait le visage et générait à  l’assaut des rochers une houle forte d’un coefficient de marée supérieur à  cent. Après quelques minutes consacrées à  jouir de la furie marine, Yannick se livra : il était tombé amoureux de Karine sans le lui dire ; il l’avait invitée à  prendre un café et au fur et à  mesure qu’il plongeait son regard dans le sien, il s’était senti assiégé par un trouble charnel significatif. Mais, par honnêteté envers elle, avant de lui manifester ses sentiments, il lui avait raconté son parcours et l’incident qui l’avait conduit à  quitter les ordres. Il avait alors vu son regard s’éteindre. Elle s’était levée en lui disant simplement adieu. C’était foutu !
« D’après toi, pourquoi t’a-t-elle quitté brutalement ?
– C’est limpide : elle ne veut pas avoir affaire à  un défroqué doublé d’un pédophile.
– Comprends-la : elle a un garçon de deux ans dont le père s’est évaporé dans la
nature sans le reconnaître ! Elle était amoureuse de toi, elle me l’a dit en sanglotant. Maintenant, elle déprime. Entre nous, penses-tu être vraiment pédophile ?
– Je n’en sais trop rien. Trois chosent me rassurent : l’attirance physique que j’ai eue
pour les filles dont je t’ai parlé et le coup de foudre pour Karine mais tout ça n’est pas une preuve, un pédophile peut aussi être amoureux d’une femme¦
– Et la troisième chose, c’est quoi ?
– L’absence de troubles particuliers devant des enfants, si mignons soient-ils. Aujourd’hui, je me demande si j’ai bien fait de reprendre la vie laïque.
– L’idéal serait que tu te maries tout en étant prêtre.
– Au point o๠j’en suis, pourquoi pas ! Mais imagines-tu l’ampleur du scandale ? Quel évêque oserait braver l’autorité pontificale ? Quelle paroisse voudrait de moi ?
– N’as-tu jamais envisagé de suivre une thérapie ou de consulter un psy quelconque pour t’aider à  y voir plus clair ?
– Si¦ Mais en fin de compte, je crois que la meilleure thérapie a été et est encore d’avoir des contacts quotidiens avec des gars comme toi. »

A suivre ¦

Pourquoi je vais quitter l’Eglise catholique romaine

« Dans son Motu Proprio (1) du 15/7/2010 Benoît XVI présente ce qui concerne l’ensemble des « délits les plus graves », qui relèvent donc de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Parmi ces délits, outre les actes de pédophilie, les nouvelles normes mentionnent aussi toute « tentative d’ordonner une femme», qui est qualifiée de «délit grave contre la foi».

Il s’agit, précise l’article 5 du document, d’une « atteinte à  l’ordre sacré », tant de la part de celui qui ordonne que de celle qui reçoit l’ordination. Ce type de délit sera donc désormais géré par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Les normes rappellent que tout prêtre qui accomplit une telle ordination, comme toute femme qui s’y prête encourt une excommunication automatique (latae sententiae), ce qui est le cas depuis le décret de 2007. Le prêtre coupable, ajoute le texte, pourra être puni du renvoi ou de la déposition

Ce texte va dans le sens de la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis , publiée en 1994 par Jean-Paul II, proclamant que le refus de l’à‰glise catholique d’ordonner des femmes prêtres appartenait au « dépôt de la foi », c’est-à -dire à  l’enseignement infaillible de cette à‰glise, et qu’il exigeait de la part des fidèles un «assentiment définitif ».
Il permet sans doute, en plaçant ces cas sous la responsabilité directe de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de donner une réponse plus rapide de l’à‰glise devant l’augmentation, dans les pays anglo-saxons notamment, de telles ordinations.

Mais il risque de créer une confusion avec les actes de pédophilie commis par les prêtres, qui sont l’objet principal des modifications réglementaires apportées jeudi. C’est pourquoi, en présentant ce texte, le porte-parole du Saint-Siège, le P. Federico Lombardi, a tenu à  faire la distinction entre l’ordination des femmes, qui est « un délit contre le sacrement », et les actes pédophiles.

à‰trange aveuglement que celui qui empêche nos hiérarques suprêmes de percevoir l’énormité qu’il y a à  juxtaposer dans le catalogue des « délits les plus graves contre la foi » les actes de pédophilie des clercs et la célébration d’une ordination de femme !
Le premier délit voit ses sanctions renforcées pouvant aller jusqu’au « retour à  l’état laïc » et la durée de prescription qui passe de 10 à  20 ans.
Les participants au deuxième délit ont droit à  une excommunication automatique, comme dans les cas d’interruption volontaire de grossesse. » »

Ces textes disent l’essentiel de ce qui vient de se passer, pour moi la goutte d’eau qui fait déborder le vase catholique romain dans lequel je baigne ¦ depuis plus de 70 ans !

Ma critique principale est celle de « l’atteinte à  l’ordre sacré ». Toute religion « païenne » a son sacré, sa caste d’hommes au pouvoir, ses rituels et ses sacrifices ¦ et une masse de « fidèles » qui ont l’obligation d’obéissance, de tremblement devant les châtiments annoncés de leurs fautes, corvéables à  merci¦

Or voici que le Fils d’un Dieu plein de tendresse ose proclamer « le sabbat est pour les humains, et non les humains pour le sabbat »¦ Toute sa vie publique Jésus a lutté contre l’absolutisme de lois prises « à  la lettre » et non dans le sens de vie ¦ l’emprise même de la famille, ou de rites, tels pourtant celui des funérailles (« laisser les morts enterrer les morts ») est recadrée. Jésus se fait même le premier laïc « laissez à  César ce qui est à  César et rendez à  Dieu ce qui est à  Dieu ». Je signale à  ce sujet, un très bon article de José maria Castillo (traducteurs Carmine Casarin et Jean van der Hoeden) de Golias n°142 -22-28 juillet 10 p. 12 (lire aussi les 2 précédents articles des numéros précédents) sur le Christ laïc et kénotique… bien loin d’un Dieu qui se ferait sacré !

Cet appel à  l’ordre sacré pour excommunier toute personne ayant idée d’une prêtrise féminine est pour moi sujet d’indignation profonde. C’est oublier que Jésus, ressuscité, est apparu tout spécialement, en qualité de la première personne, à  Marie Madeleine, lui conférant le rôle de témoin, d’apôtre « vas dire à  tous les frères », lui demandant d’annoncer que « son Père est notre Père, son Dieu est notre Dieu » (Pierre l’a aussi oublié, lui qui s’est précipité à  vouloir remplacer Judas, AVANT même de recevoir l’Esprit)¦ Or Luc dit bien en 8, 1-3 que la condition d’avoir suivi Jésus était rempli aussi bien par des femmes, « cheminant par villes et villages proclamant et annonçant la bonne nouvelle », que les douze : «beaucoup d’autres (que celles citées) qui les assistaient de leurs ressources à  elles »,.. ces femmes étant encore les plus présentes (par rapport aux hommes) à  la croix, à  l’ensevelissement, comme au petit matin du troisième jour¦ !

Autre sujet sur lequel rien n’évolue : le vocabulaire androcentrique de l’Eglise

Depuis de nombreuses années je demande aux prêtres que je côtoie d’avoir un langage moins « androcentrique »… A longueur de messes, textes (traduits du latin et non du grec…o๠le mot anthropos est infiniment plus courant que le mot andros, en français respecteux des textes : hommes et femmes ou humains plutôt que hommes ou pire Homme, un neutre singulier pour un concept étroit, car androcentrique : ce qui est bon pour l’homme est forcément bon pour tout le genre humain… comme s’il n’y avait pas deux genres, et une diversité des personnalités !), chants, homélies ne parlent que des hommes, de l’homme… pas une seule fois, souvent !, ne serait-ce que hommes et femmes, ou frères et soeurs, ou encore fils et filles… non l’andros couvre tout… Un petit garçon trouve à  s’identifier dans le fils, le frère ou même le père¦ jamais la petite fille ne rencontre de mot pour elle, dans son rapport au divin. Or Dieu n’est pas sexué¦ il serait temps même de ne pas faire un absolu du mot « Père »¦ car Dieu est « parent », lui prodigue de son amour, en posant sur cet enfant perdu qui revient “chacun et chacune d’entre nous à  l’un des nombreux moments de notre vie- une main d’homme¦et une main de femme “ merci Rembrandt !

Je signale que le nom que Jésus se donne est non « fils de l’homme » -toujours traduit ainsi- mais bien fils de l’humain ou « fils de l’humanité »…(dans l’interlinéaire grec-français : jamais le mot andros, toujours anthropos !) or Jésus nous sauve par son incarnation, c’est à  dire ayant pris nature humaine (et non parce qu’il fallait, à  l’époque, pour se déplacer et parler, être un homme, ce que je ne conteste pas du tout).

Quand donc la phrase de Paul retentira-t-elle dans toute son efficacité : « vous tous qui en effet en Christ avez été baptisés, Christ vous avez revêtu. Il n’y a pas juif ou grec, il n’y a pas esclave ni homme libre, il n’y a pas mâle et femelle ; tous en effet vous êtes au Christ Jésus (2) » ?

Jésus n’a jamais discriminé les femmes, louant même souvent leur foi. Elles sont aimées à  parité par un Jésus qui durant toute sa vie publique rencontra femmes comme hommes¦. appelant tous et toutes à  devenir chacune-chacun enfant du même « parent», Dieu.

En conclusion

Puisque des pasteurs quittent l’église anglicane parce que des femmes y sont ordonnées ¦eh bien je vais quitter l’église catholique romaine pour la raison inverse¦ allant vers l’Eglise réformée, protestante¦ une Eglise soeur, après tout car « un seul baptême » là  aussi. Ceci est très sérieux¦ il y a des limites à  ne pas franchir.

J’ai déjà  avalé de nombreuses couleuvres : attaque en règle contre la « théologie de la libération » et ceux qui donnent aux plus pauvres la compréhension des mécanismes conduisant à  l’écart sans cesse plus grand entre grande richesse et grande pauvreté¦ freinage au maximum de l’expérience des « prêtres ouvriers »¦ recul des avancées de Vatican II (2 exemples : sur le sacrement de pénitence, ou la dernière volonté manifestée, ci et là , d’exclure les filles « enfants de choeur »¦ )¦ taxation de « relativisme » pour toute recherche hors ce qui est admis par la Curie… déjà  la volonté de déclarer comme « infaillible » la position de l’Eglise romaine en matière de moeurs, la mise au banc de l’eucharistie des divorcés-remariés, l’ordination des femmes¦ et maintenant la « menace à  l’ordre sacré » d’une tentative d’ordination féminine ! C’est terminé, trop c’est trop…

J’ai appris, dans les expériences de ma vie, à  goà»ter à  « la liberté des enfants de Dieu »¦ je crois que Dieu, par le baptême, m’a rendue libre et je veux lui rendre hommage dans cette liberté-là . La dérision ne me suffit pas… dire que c’est seulement la position de ce pape, non plus… Je ne peux plus supporter de cautionner, par ma présence, les positions d’une Eglise qui semble essentiellement vouloir ¦étouffer les avancées de l’Esprit… loin de la bonne nouvelle portée par Jésus Christ.

Je pars, sans savoir o๠me poussera cet Esprit… après tout les « bons juifs », de l’époque de Jésus, ont dà» apprendre à  se faire « païens avec les non-circoncis ». Je laisse « le temple et la loi romaine » et pars sur un chemin … à  découvrir

Je le fais en le faisant savoir¦ si la remontée de démarches de ce genre pouvait obtenir mieux qu’un haussement d’épaule chez ceux qui ont des « certitudes inébranlables »,¦ ce serait déjà  un résultat.
Quant à  moi, je suis prête à  dialoguer avec qui voudra¦

Merci cependant de penser à  moi et pourquoi pas, dans vos prières mêmes¦

Solange Huon

Notes :
1) Je reprends des textes publiés sur un site de la Conférence Catholique des Baptisé-es de France “ voir aussi article de La Croix du 15/7 ou de Golias dans le n° de juillet suivant la publication et .. le texte du Vatican – Référence Ga, 3, 27.28 bien connue, dans la traduction mot à  mot de l’interlinéaire grec/français, mais texte difficilement appliqué : -un seul baptême, oui, pour filles comme pour garçons, sans aucun changement de rite, ce qui met la religion chrétienne, à  part de toutes les autres¦. -pour les esclaves, il a fallu attendre quasi le XX ème siècle (et encore les scandales de l’esclavage du travail moderne sont très peu dénoncés)¦ -mais -pour les femmes¦ jusque à  quand ? L’Esprit est décidément patient¦.
2) Accueillis plus que chaleureusement dans l’Eglise catholique, avec statut dérogatoire à  faire se demander s’il n’y aura pas bientôt plusieurs catégories de prêtres (de fait qui existent déjà  !)

Un tripot à  ciel ouvert sur le Pont d’Iéna à  Paris

Mardi 22 septembre, en fin d’après-midi, à  Paris, entre le Palais de Chaillot et la Tour Eiffel, le Pont d’Iéna tenait du tripot à  ciel ouvert, apparemment en toute quiétude. Aucune fébrilité des acteurs ! Pas la moindre crainte d’une patrouille de police à  l’horizon que l’on voit à  Venise ou à  Rome chez les vendeurs africains de sacs à  main contrefaits ! Le manège est invariable : à  la moindre silhouette lointaine d’un uniforme ou à  l’alerte d’un guetteur par portable, les vendeurs à  la sauvette ont tôt fait de saisir les quatre coins du drap o๠gisent les sacs pour en faire un simple baluchon, de se le jeter sur l’épaule et de se volatiliser ou de feindre de se promener nonchalamment. Quand les aimables policiers arrivent d’un pas tranquille, ils font ceux qui ne voient rien. Et dès qu’ils s’en sont allés, les vendeurs réapparaissent : le trottoir se couvre à  nouveau de draps hérissés de sacs.

Un jeu apparemment enfantin

Les croupiers du Pont d’Iéna, eux, ne paraissaient pas du tout sur le qui-vive. Ils avaient pris leurs aises. Six à  sept tables de jeu s’alignaient sur le trottoir et des passants curieux faisaient cercle. Deux caisses de cartons posées l’une sur l’autre suffisaient à  ces croupiers de fortune, pour manipuler à  toute vitesse de droite à  gauche et vice-versa trois disques noirs et retourner en un tournemain un journal plié en huit afin de mieux brouiller les pistes. Ils tenaient à  la main une liasse de billets de 50 euros. Le jeu consistait à  deviner o๠se trouvait le disque dont l’envers portait une gommette blanche. Il fallait tendre un billet de 50 euros pour le désigner. L’heureux gagnant qui avait vu juste, empochait le double de la mise.

Le jeu paraissait enfantin. On suivait sans peine les pérégrinations tourmentées du disque à  la gommette. Il avait beau virevolter, sauter d’une place à  l’autre, le journal pouvait bien à  la fin du manège tourner sur lui-même d’une chiquenaude, on ne pouvait rater le disque qu’on n’avait pas quitté des yeux. 50 euros à  gagner si facilement, c’était tentant. On voyait des personnes à  côté de soi donner leur billet et mettre la main sur le disque convoité qu’on avait soi-même aussi reconnu. Et la main du croupier glissait dans la leur le billet gagné avec celui qu’elles avaient hasardé. Après chaque tour, les badauds étaient sans cesse relancés par le croupier de sa main crispé sur les billets.

Un stratagème à  cinq leurres

Il faut évidemment ignorer tout du stratagème pour oser tenter l’aventure. Ces escrocs usent, en effet, de cinq leurres combinés pour plumer leurs pigeons.

1- Le premier vise à  stimuler le réflexe inné d’attirance par l’apparence d’un jeu simple et facile et par l’appât du gain certain qu’il promet. Il faut être aveugle pour ne pas suivre aisément le disque à  gommette dans les voltiges d’avant en arrière ou de droite à  gauche que la main agitée du croupier lui fait faire.

2- Le second leurre tient ensuite de la stimulation du réflexe d’identification : à  voir son voisin empocher 50 euros en désignant le bon disque qu’on a soi-même repéré à  chaque fois, il est tentant de vouloir l’imiter dans un jeu o๠l’on gagne quasiment à  tout coup.

3- Le troisième leurre relève de la pression que le groupe exerce sur l’individu. Le succès de tant de personnes devient contagieux : on se demande pourquoi se retenir et ne pas faire comme ses voisins, un billet à  la main pour gagner comme tout le monde. Le croupier qui a repéré son pigeon, l’y incite d’ailleurs en lui agitant sous le nez sa liasse de billets.

4- Le quatrième leurre est le leurre de la prise de décision précipitée si familière des agents immobiliers quand ils sentent un client bien ferré, qu’ils lui annoncent que d’autres personnes sont intéressées par l’appartement et que ce dernier sera évidemment au premier qui signe. Le temps nécessaire à  la réflexion qui pèse le pour et le contre, devient soudain un obstacle qu’il faut vite écarter si on ne veut pas rater l’affaire. Dans le cours du jeu, il faut aussi devancer ses voisins. C’est à  celui qui le premier placera son billet sur le bon disque si l’on veut gagner 50 euros. Le réflexe paralyse ici la réflexion.

5- Un cinquième leurre enfin est celui qui rend fiable ce bobard d’argent facile à  gagner : c’est le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée. L’information donnée, livrée volontairement par l’émetteur, n’est jamais fiable puisque soumise à  son autocensure. L’information extorquée l’est davantage parce qu’elle lui échappe et qu’elle est obtenue à  l’insu et/ou contre le gré de l’émetteur. Le leurre consiste donc à  déguiser l’information donnée en information extorquée :
– ici, l’information donnée, livrée par le croupier, et qui n’est qu’un bobard, est la suivante : le joueur peut gagner presque à  tous les coups, car le jeu est facile.
– Elle devient pour le pigeon une information extorquée, donc plus fiable, à  la suite d’un raisonnement personnel enclenché par ce qu’il observe lui-même : 1- Je sais repérer le disque à  gommette comme mes voisins ; 2- or, ils gagnent 50 euros à  chaque fois ; 3- donc je peux gagner moi aussi 50 euros comme eux.

Grossière erreur ! Car les prémisses du raisonnement sont erronées et invalident donc la conclusion. Le pigeon ignore qu’il ne jouit pas du même statut que ses voisins : les heureux gagnants sont des complices du croupier pour activer ces cinq leurres. Que le malheureux mette la main à  la poche, tende son billet de 50 euros et, cette fois, le disque qu’il pointe du doigt pourtant en toute certitude¦ n’est pas le bon ! Un tour de passe-passe qui lui a échappé, l’a subtilisé. Il vient de se faire dévaliser de 50 euros de son plein gré !

L’étonnant était que ces escrocs paraissaient mardi dernier chez eux sur le Pont d’Iéna. On ne voyait alentour ni guetteur ni portable à  l’oreille. Aurait-on manqué le vote d’une loi récente qui les autorise désormais à  exercer leur art sur la voie publique ? Car, on le suppose, ce n’est que dans des films comme « Les Ripoux » de Claude Zidi (1984) que l’on voit un policier en civil, joué par Philippe Noiret, fendre le cercle de badauds pour poser sa main sur un disque à  l’aveuglette, un gros billet entre les doigts, pour recevoir de l’escroc en retour le loyer de sa cécité complaisante.

Pierre-Yves Chereul

RWANDA : Les défis du dernier septennat de Paul Kagame

Le 09 Aoà»t 2010, le Rwanda a tenu des élections présidentielles pluralistes, à  l’issu desquelles le président Paul Kagame a été réélu pour un second mandat de sept ans. D’après la constitution rwandaise, ce sera son dernier mandat à  la présidence de son pays. Pour tous ceux qui avaient suivi le déroulement de la campagne électorale, la victoire du candidat du Front Patriotique Rwandais (F.P.R) n’a pas été une surprise. Ses trois concurrents n’avaient pas la stature susceptible de créer la surprise. C’était un match disproportionné o๠le F.P.R et son candidat bénéficiaient largement de l’avantage de l’occupation du terrain. Par ailleurs, les candidats malheureux de cette course devaient eux-mêmes s’y attendre, tellement leur défaite était prévisible. En effet, ce ne sont pas les costumes de l’opposition, revêtus pour la circonstance la veille de la campagne électorale, qui auraient convaincu les électeurs rwandais de choisir un changement de leadership à  la tête du pays.

Du point de vue démocratique, il n’y avait pas d’opposition active au Rwanda au cours du septennat précédent mené par le F.P.R. En effet, après la victoire de Paul Kagame en 2003, les perdants ont troqué le statut d’opposants contre leur participation à  un gouvernement de coalition. En conséquence, leurs formations politiques n’étaient plus dans l’opposition, puisqu’elles étaient parties prenantes au pouvoir sous la bannière d’un gouvernement coalisé. En tant que parti vainqueur, naturellement le F.P.R contrôlait l’agenda gouvernemental. A moins d’une surprise inattendue, il devrait en être de même au cours de l’actuel mandat. C’est une forme de «démocratie consensuelle» (à  la rwandaise), o๠les discussions politiques se font au sein d’un forum de partis politiques reconnus. Cette forme de démocratie semble convenir aux actuels tenants du pouvoir rwandais. Soyons honnête et sans détours. Il s’agit d’un processus vers une véritable démocratie oà¹, tôt ou tard, il y aura une confrontation d’idées et une remise en question des décisions politiques prises dans l’exercice du pouvoir. La discussion des enjeux vitaux à  travers un cadre légal et respecté est la seule voie appropriée, qui caractérise une société démocratique.

L’édification d’une démocratie s’accompagne d’une évolution des mentalités. Le Rwanda est un pays o๠une simple légende urbaine peut encore déclencher une psychose généralisée et paralyser les activités ! Une bonne partie de la population attribue encore aveuglément au chef d’à‰tat un pouvoir quasi divin. Il lui colle allègrement le mérite de tout ce qui va bien, et le blâme de tout ce qui va mal ! Ce genre de raisonnement relève d’une longue histoire, liée à  une tradition millénaire sous le règne monarchique. Force est de reconnaître qu’en général, la population rwandaise n’a pas encore la maturité politique, lui permettant de se comparer à  celle du monde occidental. Celui-ci n’a-t-il pas été construit au cours de nombreux siècles ?

Néanmoins, le Rwanda est sur la bonne voie, comparativement aux autres pays de la même sous région africaine. Le respect du principe d’une consultation électorale pluraliste pour l’obtention d’un mandat présidentiel et législatif limité dans le temps est en soi une avancée remarquable.

C’est toute une évolution des mentalités qui doit s’opérer, mais bien entendu, le chemin à  faire reste long. Par ailleurs, il n’existe pas de baguette magique qui fait qu’un pays se réveille du jour au lendemain, transformée mystérieusement en une véritable démocratie. C’est un processus qui s’étend sur plusieurs années. Cette marche vers la démocratie reste chaque fois imprégnée des réalités spécifiques à  chaque peuple, ce dernier traînant toujours avec lui, le poids de son histoire et de son expérience.

En Afrique des grands lacs, le Rwanda se distingue

De l’avis des observateurs internationaux qui étaient sur place, les élections rwandaises ont été tenues de façon convenable. Compte tenu des critères d’évaluation d’une élection, le Rwanda a obtenu la note de passage requise. Après plusieurs siècles sous le règne monarchique et trois décennies de régimes à  parti unique dont les politiques ont entraîné le pays dans un génocide, on ne pouvait pas s’attendre à  des merveilles. Pour le régime de Paul Kagame, c’est un exploit concrétisé par deux consultations électorales pluralistes (2003 et 2010), et ce en dépit du fait qu’il a hérité d’un pays en ruine.

Comparativement aux autres pays de la région des grands lacs africains, le Rwanda s’en tire plutôt bien. Au Burundi voisin, les candidats de l’opposition se sont retirés en bloc et les électeurs se sont retrouvés devant le choix ou le rejet d’un candidat unique, ce qui a permis à  Pierre Nkurunziza de remporter aisément les élections présidentielles. En République Démocratique du Congo (RDC), les élections sont prévues en 2011, mais un report n’est pas écarté, au point que les partenaires occidentaux ont commencé à  faire pression sur le Président Joseph Kabila, pour qu’il respecte l’échéance électorale prévue par la constitution.

Au Rwanda, tout n’a pas été parfait, loin de là .

Pays modèle de la région sur le plan économique, le Rwanda a réalisé des percées dans plusieurs domaines : lutte avec succès contre la corruption; influence sur plusieurs tribunes continentales; succès enregistrés dans le domaine écologique, participation des femmes à  tous les échelons politiques, système d’accès aux soins de santé qui s’étend sur l’immense majorité de sa population, implication au maintien de la paix sur le continent africain ¦ la liste des mérites dont le Rwanda est auréolé est longue.

Mais tout n’a pas été rose. La situation interne s’est détériorée au cours de ces derniers mois. Au chapitre des droits de l’homme et de la liberté d’expression, les reproches à  l’endroit du Rwanda se basent sur des incidents tragiques survenus durant la période préélectorale. Cette situation a été dénoncée, essentiellement par la presse internationale.

Certains redoutaient une explosion de la violence à  l’échelle du pays. Les scénarios pessimistes envisageaient des événements sanglants à  l’instar de ceux du Kenya ou du Zimbabwe. Le début d’une guerre civile comme celle qui déchire la Côte d’Ivoire était même prédit par les plus alarmistes. Si tout cela n’a pas eu lieu, c’est suite aux mesures de sécurité mises en place par les autorités rwandaises. Sans ne nullement minimiser la gravité des incidents survenus au cours de cette période, la tension électorale a été maîtrisée, mais aussi la situation était moins dramatique qu’elle était présentée par certains médias. Pour une certaine opinion alimentée par une presse foncièrement hostile à  Paul Kagame et son régime, les incidents survenus au Rwanda ont été jugés comme une volonté de museler les voix discordantes, représentant une «véritable» opposition démocratique.

De toute évidence, Kigali a dà» opérer un choix qu’il jugeait capital. En interdisant certains journaux au contenu incendiaire, il a préféré le blâme de ses partenaires occidentaux, plutôt que de donner le champ libre aux discours électoraliste dangereusement explosif aux conséquences incontrôlables. L’intervention musclée des autorités rwandaises visait cet aspect incendiaire du discours de certains opposants dont le souvenir renvoyait à  la campagne haineuse qui a précédé le génocide des Tutsi de 1994. Le juste milieu n’était pas facile à  délimiter. Entre un discours potentiellement incendiaire et une liberté d’expression totale, les autorités de Kigali ont préféré éviter tout risque. C’est dans cet état d’esprit que la candidate à  la présidence Ingabire Victoire a été disqualifiée, suite aux propos qu’elle a tenus, faisant allusion au «double génocide». Au Rwanda, son message a été perçu comme un appel direct au soulèvement des «Hutus». Sa formation politique non reconnue officiellement, ainsi que quelques autres partis qualifiées de «véritable opposition» par des médias occidentaux ont aussi subi le même sort.

Sur le plan diplomatique, les cas de violence et les arrestations survenus ont suscité de vives préoccupations à  Londres, à  Washington tout comme à  Ottawa. Cela se remarque à  travers les communiqués officiels émis avant et après ces élections. Il est permis d’envisager, que les élections de 2010 marquent la fin de la période de grâce jusqu’alors concédée au Rwanda, en raison de son passé tragique. Sur la scène internationale, ce pays sera de plus en plus talonné, en fonction de la gestion de ses problèmes internes. En revanche, il sera de moins en moins toléré en raison du génocide des Tutsi de 1994, qui poussait jusqu’alors ses principaux partenaires à  adoucir leur ton. A l’heure du progrès des moyens de communication, le Rwanda reste plus que jamais sous surveillance.

Dans cette optique, la position de l’administration Obama est suffisamment évocatrice. A l’issu des élections rwandaises, le communiqué de la Maison Blanche a rappelé que « la démocratie est plus que la tenue des élections ¦ qu’elle reflète la volonté du peuple, o๠les voix minoritaires sont écoutées et respectées, o๠les candidats de l’opposition participent à  la course électorale, sans menace ou intimidation, o๠la liberté d’expression et de la presse est protégée».

Un septennat aux multiples défis

Dans l’histoire récente de l’Afrique, le plus grand mérite des leaders cités en modèle a été d’être des architectes d’une alternance politique pacifique. C’est le cas de Nelson Mandela, Julius Nyerere, Léopold S. Senghor pour ne citer que ceux-là . Si le retrait et la succession du président Paul Kagame à  l’issu du présent mandat se déroulent sans bain de sang, ce sera un exploit incontestable. Somme toute il aura réussi là  o๠ont échoué : Yoweri Museveni, Hosni Mubarak, Blaise Compaoré, Mohamar Khadafi pour ne mentionner que ceux-là .

Il a tout un septennat pour manoeuvrer politiquement tant à  l’intérieur qu’à  l’extérieur du Rwanda. L’appui populaire dont il bénéficie lui permet de faire des compromis sans se compromettre. Quant aux dissidences internes et des conflits qui en découlent, ils sont monnaie courante en politique, surtout en Afrique. La démocratie n’est-elle pas définie par Ralf Gustav Dahrendorf comme «une façon d’organiser les conflits et vivre avec eux» ? L’erreur fatale en politique africaine est de tenter de résoudre les problèmes en recourant à  la violence à  l’endroit de ceux qui ne partagent pas la même vision politique. En 1994, le régime génocidaire rwandais déchu qui s’est tristement illustré dans ce sens, l’a appris à  ses dépens. En planifiant l’extermination systématique des Tutsi et des Hutus opposés à  son projet génocidaire, cet ancien régime rwandais inspiré de l’idéologie du Parmehutu (1) a signé sa mort politique, à  l’instar du parti NAZI en Allemagne. Par la même occasion, il a mis dans l’embarras ses alliés traditionnels, qui traînent aussi l’héritage de la complicité dans le dernier génocide du XXe siècle. C’est ce qui explique leur acharnement continuel à  travers les médias, en vue de créer un pseudo «deuxième génocide», imaginé comme le seul antidote susceptible de les soulager du poids d’un crime ignoble, qui pèse lourdement sur leur conscience.

Interrogé au sujet de son plan à  l’issu du présent mandat, le président Paul Kagame a demandé d’être jugé à  ce sujet en temps et lieux. Comme il l’a réitéré sans détour dans une interview accordée à  CNN le 16 septembre 2010, il n’a nullement l’intention de violer ou amender l’actuelle constitution pour se maintenir au pouvoir à  l’issu de ce mandat. Pour la petite parenthèse, son slogan électoral était : «la parole équivaut à  l’acte» ! (Imvugo ni yo ngiro). Sa qualité de fin stratège n’étant pas à  démontrer, on ne peut qu’attendre et voir comment il compte négocier le prochain tournant. Fort de l’appui incontestable de la majorité des Rwandais, son ultime défi sera de réussir là  o๠tous les régimes qui ont précédé le sien ont échoué. On peut rappeler à  ce sujet qu’en 1960, l’U.N.A.R (2) n’a pas survécu à  l’abolition de la monarchie ; En 1973 le PARMEHUTU a subi le sort de son chef, Grégoire Kayibanda; et en 1994, le M.R.N.D (3) est parti avec Juvénal Habyarimana. Compte tenu de ce passé, il est permis de se demander si le F.P.R (4) survivra à  la présidence Paul Kagame. «Si Sparte et Rome ont péri, quel à‰tat peut espérer de durer toujours ?» s’interrogea Rousseau. Depuis lors, la démocratie s’est avérée être un mode gouvernance capable d’éviter l’écroulement des à‰tats, et les occidentaux l’ont compris.

Le pari de l’actuel président de propulser le Rwanda à  un niveau de développement jamais égalé est fort louable. S’il il réussit, son succès économique s’ajoutera à  sa victoire historique contre les forces génocidaires en 1994, après l’abandon du Rwanda par les casques bleus onusiens. Mais pour le Rwanda, il est vital de poser solidement les jalons d’une véritable démocratie, en tenant compte des réalités spécifiques du pays. C’est une voie incontournable pour bâtir une coexistence pacifique des prochaines générations rwandaises. Eu égard aux obstacles surmontés et aux défis relevés sous le leadership de Paul Kagame, l’avenir du Rwanda est plutôt prometteur.

Par Jean-Claude Ngabonziza

Notes :
1 – PARMEHUTU : Ancien parti politique unique rwandais sous la première république du Rwanda. Sa vocation initiale était l’émancipation et la promotion des Hutus. Créé la veille de l’indépendance du Rwanda avec l’appui des colonisateurs belges et les missionnaires catholiques, il s’est vite engagé dans une confrontation sanglante contre les membres du Parti indépendantiste, l’UNAR. Le PARMEHUTU est resté dans l’histoire africaine comme un parti qui a obtenu l’indépendance pour laquelle il n’avait pas lutté. Sa politique ethnique discriminatoire et son idéologie de la haine léguées au régime qui lui a succédé sont à  la base de la détérioration du climat politique qui a entraîne le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
2 – UNAR : L’Union Nationale Rwandaise est un ancien parti monarchiste et indépendantiste. Battu aux élections législatives de 1960, ses quelques députés élus furent assassinés par les dirigeants de la première république du Rwanda. Plusieurs de ses membres ont pris le chemin de l’exil dès 1959, fuyant des massacres à  grande échelle dirigés contre les Tutsi.
3 -MRND: Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement. Parti unique au pouvoir sous la présidence de Juvénal Habyarimana. Sa politique a conduit le pays au génocide des Tutsi de 1994.
4 – F.P.R : Front Patriotique Rwandais. Actuel parti au pouvoir au Rwanda. Sa branche armée (A.P.R) a mis fin au génocide des Tutsi en 1994, suite à  sa victoire contre les anciennes Forces Armées Rwandaises (FAR) et la milice INTERAHAMWE.

APPEL AUX DONS POUR L’EGLISE : Quand la société de télémarketing, « Exode 3 », démarche et tombe
sur un os…

Jusqu’au mois dernier, Exode 3 n’était pour moi qu’un passage bien connu de l’ancien Testament, j’étais bien loin de penser que c’était aussi le nom d’une « agence de stratégie » « spécialisée dans les domaines religieux et caritatifs » 1. Il aura fallu que ce centre de télémarketing, un matin de septembre, en appelle à  mon bon coeur et surtout à  mon porte monnaie pour que je le découvre. Sauf que, tant pis pour les soeurs de l’Abbaye de la Coudre (abbaye cistercienne pour laquelle Exode 3 démarchait ce jour-là ), d’instinct et je dois l’avouer assez abruptement je réponds non à  la demande de don. Mais mon téléopérateur d’une amabilité parfaite me demande fort civilement pourquoi. Ma réponse alors est la suivante: « il y a tant d’autres associations, pourquoi donner à  l’Eglise avec toutes les affaires de pédophilie¦ » Ma phrase, à  dessin, reste en suspens, car dès ce moment là  je ne doute pas que l’homme au bout du fil est formé à  ce genre de remarques, sur le champ, par curiosité, je tente une expérience et décide de lui poser quelques questions.

Voici sa première réponse: « L’à‰glise a une politique, elle règle les problèmes en interne, elle préfère ne pas ennuyer les familles car c’est douloureux. Les prêtres sont jugés au sein de l’église, c’est un système de jugement en interne, ils peuvent être expulsés, ils ne sont plus prêtres, ils n’exercent plus leur métier. L’à‰glise n’expose pas le malheur des familles devant tout le monde. La position de Benoît XVI, qui s’est excusé, est qu’il veut une vrai politique de dénonciation de ces pratiques. Dans le passé c’est vrai des choses se sont passés. »

Question suivante: « Les prêtes sont jugés en interne et après ? » Sa réponse: « Après ils sont jugés par l’état français. » Mais, j’insiste car je veux savoir qui, d’après Exode 3, dénonce à  la justice française les prêtres pédophiles après leur, soi disant, jugement en interne. Je n’obtiens pas de réponse ou plutôt je n’obtiens qu’une non-réponse:  » La première démarche c’est de régler avec la famille. On les accompagne, on leur apporte des soutiens de différentes façons. Il ne faut pas ébruiter pour épargner les familles, protéger les familles. »

Autre question: « combien sont-ils ? » « De plus en plus rares, des gens se cachent peut être encore. Il y en a partout vous savez l’enseignementt… » à  nouveau j’insiste: « combien? 2 ou 3 par diocèse? » la réponse fuse certainement très sincère: « Oh non, vous n’y pensez pas ce serait énorme !  » Moi toujours aussi insistante : combien ? 2 ou 3 en France ou comme en Belgique? Sa réponse est très prudente « je ne sais pas de chiffres« .

Une nouvelle question :  » après le jugement en interne, sont-ils encore prêtres ? » Le téléopérateur : « dans certains cas ils n’ont plus le droit d’exercer  » Moi: «  j’ai entendu dire qu’il y en avait en paroisse » (je pense en lui disant cela au cas d’un prêtre à  qui a été confié une paroisse à  sa sortie de prison 2). Cette fois ci la réponse est celle de quelqu’un vraiment indigné, à  n’en pas douter il croit ce qu’il dit: « Non ! Dès fois, ils peuvent encore exercer mais uniquement avec des adultes » du tact au tact je lui oppose : « comment pouvez-vous être surs qu’ils n’officient qu’auprès d’adultes, les adultes ont des enfants…  » A cette remarque, il ne réagit pas. Mais je n’en ai pas fini: « Ce que vous dites c’est le discours officiel? » lui: « c’est le discours officiel et c’est la réalité » Il est à  noter qu’il a fortement appuyé sur le « et ».

La nature humaine aime le scandale

Cependant, je ne le lâche toujours pas et me fais passer pour naïve sur l’air de faut-il croire les journaux ou l’à‰glise. J’ai alors droit à  un lieu commun: « vous savez la nature humaine aime le scandale¦ » Cette réponse étant loin de me suffire, je persiste: « des amis nous ont passé un article de la revue GOLIAS, cela m’a choquée, vous les croyez vous ces gens là  ? » Remarquons que pour moi, fidèle lectrice de GOLIAS, ce coup de fil finit par ne pas manquer de sel. Sa réponse est prudente : « C’est un point de vue… pour se faire une idée il faut avoir plusieurs point de vue, regardez sur internet. » Je continue ma série de questions: »Avez-vous lu l’article du Monde hier ? » Je faisais référence à  un article paru dans le monde du 2 septembre 2010 et intitulé: « des enregistrements révèlent que le chef de l’à‰glise catholique belge a voulu étouffer des affaires de pédophilie« . Le téléopérateur d’Exode 3 n’étant manifestement pas au courant, sa réponse est évasive: « Il ne faut pas généraliser. L’église s’est justifiée, s’est excusée pour la première fois. L’à‰glise ne cautionne pas, elle a même honte, l’à‰glise comme toutes les institutions est en crise. » Je reviens à  la charge avec une question que je sais naïve: « pourquoi des gens ne témoignent pas que l’à‰glise les a aidés ?  » Mon très patient téléopérateur me répond:  » Nous souhaitons que les choses ne se disent pas pour les familles, les gens souffrent. L’à‰glise fait beaucoup pour essayer de régler ça, on s’en occupe beaucoup. On juge en interne d’après les règles du Vatican« .

Suite à  cela, je reviens sur le fait que certains évêques osent confier des paroisses à  des prêtres reconnus coupables et condamnés par la justice française, pour essayer de voir ce qu’il en pense et ce qu’à  travers lui en pense Exode 3. Sa réponse est celle d’une personne sincèrement indignée et, c’est d’ailleurs une des rares fois o๠il a commencé en disant je: « Je ne suis pas pour ! L’à‰glise n’est pas pour confier une paroisse. Vous savez les gens mélangent tout… L’évêque est super en Mayenne… il a un petit souci avec 2 prêtres. On ne laisse pas les choses en l’état, les familles ont juste envi d’avoir la paix. » Encore une fois j’insiste: « Cela, c’est la position officielle ! » Lui me répond très fermement: « ce n’est pas la position officielle, c’est la réalité ! Au niveau canonique ils sont punis, ça a toujours été le cas. » Là , je réagis un peu ironiquement: « avant aussi ? » Prudent, il bat en retraite: » dans le passé des choses ont été étouffées, cette maladie a toujours existé, partout. Je reconnais qu’on en a déplacé dans le passé. » Mais, j’ose insister: « c’est quoi pour vous le passé 3, 5, 10, 20 ans ?  » Lui pour la première fois légèrement agacé: « je ne sais, peut être plus de 20… Ces personnes sont des malades, ils ne représentent pas l’à‰glise, ils la renient, ils prétendent être catholiques, ils ne le sont pas vraiment. L’à‰glise ne cautionne pas ça« . Alors et toujours du tact au tact je réponds qu’ils sont catholiques puisqu’il y en a qui sont toujours prêtres et qui célèbrent…
Notre échange s’est terminé ainsi, le très aimable téléopérateur d’Exode 3 m’ayant très professionnellement rappelé qu’il me téléphonait pour une campagne de don en faveur d’une abbaye cistercienne.

Voici maintenant quelques pistes pour décrypter cette conversation téléphonique. J’ai à  dessein laissé penser à  l’employé d’Exode 3 que je n’avais que des idées vagues sur la crise qui secoue l’à‰glise à  propos des cas de prêtres pédophiles. Il ne pouvait pas savoir que, par le hasard des fichiers informatisés, il venait d’appeler quelqu’un qui, depuis, quelques années, essaye de comprendre, de démonter la manière dont l’à‰glise traite les affaires de pédophilie qu’elles soient le fait de prêtres ou de laïcs engagés. Par ailleurs, « les 30 ans d’expérience dans les métiers de la communication » affichés par le directeur et fondateur de cette agence, Monsieur Thuillier, permettent de penser que ce problème a été évoqué lors de la formation du téléopérateur que j’ai eu ce jour là  en ligne. C’est d’ailleurs ce que confirme la visite de leur site1 « nos télé-actrices sont formées pour écouter, expliquer et convaincre dans le strict respect des valeurs du donneur d’ordres« . D’autre part, un de leurs arguments auprès des associations ou des diocèses auxquels ils proposent leurs services est le suivant : « le téléphone touche les gens chez eux et permet de formuler clairement une demande, de donner des explications« . J’ai donc eu droit à  « des explications » par un téléopérateur qui, à  aucun moment, n’a paru déstabilisé par mes remarques. Il a essayé de me convaincre que l’à‰glise prend au sérieux ce problème et le gère très bien. Il était d’ailleurs très naïvement sincère et m’a, à  moment donné, dit: « Je suis un laïc, on travaille pour des associations catholiques. On ne travaille qu’avec l’à‰glise, on l’aide dans ses démarches. Ce travail, on le fait par conviction, on le vit vraiment. »

« l’à‰glise règle en interne »¦

Nous avons donc là  un laïc et une société qui n’hésitent pas à  dire que « l’à‰glise règle en interne » sans un instant réaliser l’illégalité de cette démarche. Mon trop naïf téléopérateur a certainement oublié que les évêques vivaient en France et non au Vatican, et qu’en tant que citoyens français, ils devaient obéir aux lois françaises et non au droit canon. C’est donc à  la justice française de s’occuper « des petits soucis de l’évêque » et de les résoudre. Force est de constater que si nos évêques « règlent en interne », ils sont hors-la-loi! Et cela, même, si par la suite, ils transmettent le dossier à  la justice française, ils n’ont pas à  décider si un prêtre ou un laïc engagé en à‰glise est coupable ou ne l’est pas. Je reconnais qu’il reste bien sà»r les cas problématiques concernant les faits prescrits, mais Exode 3 à  travers son téléopérateur n’a jamais fait la nuance.

L’actualité récente nous a donné un triste exemple d’une tentative de règlement interne, révélé par la victime qui en enregistrant sa conversation avec Mgr Danneels a pu obtenir la démission de l’évêque abuseur Roger Vangheluwe3. Cet enregistrement met en lumière la manière dont l’institution ecclésiale essaye de se protéger du scandale, ici la démission spectaculaire d’un évêque. Il est donc illusoire de penser, comme aimerait nous le faire croire Exode 3, que l’à‰glise veut avant tout protéger les victimes 4. Seule la Justice apaise les victimes. Certes, cet exemple se passe en Belgique, mais pourquoi les prêtres et évêques belges seraient-ils plus pervers que les Français ? On pourrait donc envisager qu’un cas similaire à  celui de l’évêque de Bruges ou des cas ressemblants à  ceux dénoncés dans le rapport du professeur Adriaenssens5 existent aussi en France.

Quant au nombre total de cas de pédophiles anciens et actuels dans l’à‰glise de France, le téléopérateur a bien raison de ne pas avoir répondu, seuls les coffres forts existants dans chaque évêché connaissent la vérité sur ce nombre tenu jalousement secret. Notre téléopérateur laisse entendre que la majorité des cas de pédophilie en à‰glise sont forts anciens. Oui, il en existe et ils sont prescrits, mais, il semble ne pas savoir que des cas beaucoup plus récents sont en cours d’instruction aujourd’hui en France, mais aussi ailleurs en Italie par exemple6. Chez nous, Mgr Lalanne7 (évêque Coutances dans la Manche), tout en reconnaissant « qu’il n’y a pas de chiffres précis », estime à  « une trentaine le nombre de prêtres concernés par une procédure en cours ou qui sont en prison » et ceci au mois d’avril 2010. Sauf qu’en disant ce chiffre il ne nous renseigne pas sur le nombre de prêtres ayant déjà  effectué leur temps de prison, sur ceux n’étant condamnés qu’à  de la prison avec sursis ou sur ceux pour lesquels les faits sont prescrits. Nous avons donc un ecclésiastique qui, à  l’aide d’un chiffre, tente de faire croire qu’en se préoccupant de la pédophilie dans l’à‰glise, les journaux exagèrent. Le subterfuge est habile et permet, par exemple, de ne pas décompter ceux de mon diocèse.

Comme la plupart des catholiques, pratiquants ou non, l’employé d’Exode 3 se montre scandalisé à  l’idée que des prêtres puissent retourner en paroisse après leur condamnation, c’est pourtant bien la réalité (cf 2), et les catholiques, lorsqu’ils en prennent conscience, en sont profondément choqués. Leur confiance dans l’institution est alors durablement remise en cause.

Un employé modèle, aimable et agréable

A juste tire, Exode 3 par la voix d’un de ses employés m’a incitée à  me documenter. Mais cet employé avait-il lui-même cherché à  savoir ? J’en doute. Actuellement, être chrétien et ne pas être au courant de ce qu’il se passe dans l’à‰glise qui est en Belgique en est la preuve. Il s’est uniquement fié à  ce que lui ont dit ses formateurs sans essayer de rechercher des informations. Mais ne lui en voulons pas, beaucoup de catholiques sont comme lui. J’ai d’ailleurs souvent rencontré des prêtres ou des laïcs me disant, à  propos de la pédophilie dans l’à‰glise, « je ne peux pas, je ne veux pas le croire« . Ces personnes confondent leur foi en Jésus-Christ avec leur foi en l’à‰glise. Elles ne savent pas, ne peuvent plus faire la part des choses entre ce qui relève de l’institution et ce qui relève de l’à‰vangile. Elles préfèrent s’auto-protéger, se voiler la face et ainsi éviter de connaitre les dérives d’un système, par peur sans doute que cette lucidité ne fasse vaciller leur foi. Cette peur de la vérité à  long terme ne fera pas avancer l’à‰glise. Le discours, tenu par l’agence Exode 3, permet à  court terme aux diocèses, en édulcorant la réalité pour rassurer les fidèles, de renflouer leurs caisses mais, lorsque ces mêmes fidèles s’apercevront que l’on essaie d’endormir leurs consciences, le fossé entre le sommet et la base de la pyramide ecclésiale augmentera encore et les caisses se videront.

J’ai donc eu à  faire à  un employé modèle, aimable, agréable qui a parfaitement assimilé le discours de son entreprise, il fait très, voire trop, bien son travail et essaie de convaincre « dans le strict respect » « du donneur d’ordres » à  savoir l’institution ecclésiale. Il est sous la responsabilité de la société Exode 3 à  qui, dans l’immédiat, l’église-institution peut faire confiance pour redorer son blason. Que cet employé, s’il vient à  me lire, me pardonne, je n’ai pas voulu lui tendre un piège mais simplement démonter un discours typique de l’institution ; et en le démontant aider ainsi ceux qui souffrent car les victimes étouffent sous les non-dits. Avec le discours de cette société de télémarketing nous sommes bien loin de la phrase de Saint Jean: « la Vérité vous rendra libres » (Jean8:32). On peut donc penser qu’avec de tel moyens les fissures existantes dans l’à‰glise, artificiellement masquées par ce genre de société, réapparaitront toujours plus profondes. Les non-dits dans les affaires de pédophilie font, à  n’en pas douter, parti de ces fissures.

Je me permets de faire remarquer aux lecteurs de GOLIAS qu’à  aucun moment, la véracité des articles de leur journal n’a été mise en cause par la société Exode 3 !

Véronique Pradel

1: http://exode3.jimdo.com/

2: Golias magazine n°132-133, juillet 2010, p 101-102.

3: Voir l’article de Golias hebdo : « Belgique : le document qui accable le cardinal Danneels ou comment il a tenté d’éviter la démission de l’évêque pédophile de Bruges » http://www.golias.fr/spip.php?article4435

4: A ce propos vous trouverez dans le Golias magazine n°132-133, p 103-104, un autre exemple de la manière dont l’institution « règle en interne » dans l’article intitulé: « L’histoire du Père Gérard ».

5: http://www.kerknet.be/admin/files/assets/subsites/2343/persmapfr_9sep2010.pdf

6: http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/04/06/97001-20100406FILWWW00468-italiepedophilie-130-pretres-impliques.php

7: KTO, le 22 avril 2010, émission: « la pédophilie en France »:
http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/parlons-en-la-pedophilie-en-france/00050041

ELKABBACH, Rà‰-INVITEZ CAHUZAC !

A l’heure o๠vous lirez cette chronique, si vous ne savez pas encore que Rachida Dati a lapsucé (pardon) en prononçant « fellation » au lieu « d’inflation », dans une émission du dimanche, faisant se gondoler Touittère et Fessebouque, compère et commère en gondoleries, c’est que vous vivez sur la planète Mars. Si vous êtes encore dans l’ignorance des dernières nouvelles de la tectonique Fillon-Sarkozy (Fillon s’est détaché d’un bon centimètre, aux dires des fillonomes unanimes, assurant sur France 2, dans une émission rigoureusement calibrée pour ce bouleversant aveu, que Sarkozy n’était pas son « mentor »), c’est vraiment que vous le faîtes exprès.

En revanche, il y a beaucoup moins de chances que vous suiviez le feuilleton Lagarde-Cahuzac. Cet affrontement-là  ne fait pas les gros titres. Mais c’est bien dommage, c’est pourtant l’affaire la plus intéressante du moment. Combien Bernard Tapie empochera-t-il, à  l’issue de « l’arbitrage » dans l’affaire Tapie-Crédit lyonnais ? Une trentaine de millions, comme l’assurent Christine Lagarde, et Tapie lui-même ? Ou plus de deux cents millions, selon l’estimation de la commission des finances de l’Assemblée ? On a bien lu : la différence d’estimation ne porte pas sur des clopinettes. Elle porte sur plus de cent cinquante millions d’euros. Le président (PS) de cette commission, Jérôme Cahuzac, aimerait entendre Lagarde. Laquelle s e barricade dans son bureau, pour éviter de déférer à  la convocation. A laquelle elle sera, finalement, obligée de se rendre.

Derrière cette épreuve de force, le sarkozysme évidemment. L’ « arbitrage » si généreux pour Tapie a été décidé à  l’Elysée, en échange d’opaques promesses dont nul ne connaît la nature exacte (notre dossier complet sur l’affaireest ici), et Lagarde a été forcée d’en endosser la responsabilité. Rendons grâce, pour une fois, à  Sarkozy : c’est lui qui a souhaité, à  l’époque de « l’ouverture », que la présidence de la commission des finances de l’Assemblée revienne à  un socialiste. Et rendons grâce, tant qu’on y est, à  Elkabbach : il avait invité Cahuzac, lequel s’est fait un plaisir de régler son compte à  Lagarde, et de lui confirmer la ferme invitation du Parlement (même si le fond de la controverse, ces quelque cent cinquante millions d’argent public, a été quelque peu noyé dans une étrange euphorie générale, dans un studio tout épaté de sa propre audace). Hors micro, dimanche, à  la fin de son autre émission d’Europe 1, Elkabbach a estimé que son émission de la semaine prochaine, avec Arnaud Montebourg, serait « moins intéressante » que celle qu’il venait de terminer avec Lagarde. S’il veut faire des émissions intéressantes, je me permets de lui suggérer une recette très simple : qu’il invite plus souvent Jérôme Cahuzac.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

LA TROISIEME CIBLE DES INTEGRISTES

Après Mgr Christian Nourrichard, évêque d’Evreux, accusé d’avoir participé dans tous ses atours épiscopaux à  une ordination anglicane et féminine, après Mgr Maurice Gardès, archevêque d’Auch, pointé pour connivence avec la franc-maçonnerie autour de l’essentiel que serait l’honneur, c’est au tour de Mgr Bernard Podvin porte-parole de la conférence des évêques d’être pris pour cible.

Certes, il n’est pas évêque. Ce lillois de cinquante ans se contente du titre aussi ronflant qu’obsolète de Prélat d’Honneur de Sa Sainteté. Mais par sa charge il parle d’une certaine façon au nom des évêques. Suite à  la communication d’un de ses lecteurs, le site Perepiscopus se réfère à  un entretien donné par Bernard Podvin, à  Europe 1, le 12 septembre, avant la visite de Benoît XVI en Grande-Bretagne.

Mgr Podvin se réjouit de la vitalité du dialogue interreligieux en France. Ce qui bien entendu ne réjouit pas beaucoup les intégristes. Qui lui reprochent de ne pas avoir abordé le cas douloureux des chrétiens vivant dans des pays musulmans. Mgr Podvin a par contre évoqué, devoir médiatique incontournable, le problème de la pédophilie, et enfin la visite du Pape en Grande-Bretagne.

Selon Perepiscopus, « vers la fin de l’émission (vers 32mn30), alors que l’animateur évoque, à  propos d’un film, l’échangisme, Mgr Podvin se montre très timoré¦ Il tente de botter en touche en rappelant qu’il est venu pour parler d’autre chose. Puis, dans la plus pure tradition de la langue de buis, il se dérobe« . Bernard Podvin dit en effet « je n’ai pas temps d’expliquer pourquoi« . Ajoutant : « les positions de l’Eglise sont très différentes« . Et d’expliciter : « Nous avons au nom des valeurs qui nous animent des positions éthiques qui sont tout de même représentatives d’un certain nombre de personnes […] Nous avons des positions éthiques qui sont réfléchies que je ne vais pas résumer ici en 30 s […] Par exemple, les évêques de France sont en ce moment dans un dialogue très profond sur la bioéthique […] ce n’est pas quelque chose qui se résoud comme cela en 30 secondes d’antenne« .

Il est certain que ni les évêques Gardès et Nourrichard, ni le prélat Podvin ne nous ont jamais emballés. Ils manient la langue de bois et de buis. Pourtant, à  l’évidence il a essayé assez benoîtement (sans jeu de mot!) et au final maladroitement de s’en sortir, de ne pas tomber dans un piège, de ne pas apparaître comme un empêcheur de jouir-en-rond, de ne sembler ni cassant ni complaisant. Un jeu de trapèze qui n’il n’est jamais facile d’improviser. Et Bernard Podvin n’est peut-être pas le plus doué. De là  à  l’accuser de ne pas condamner l’échangisme.

Les intégristes semblent vouloir la tête de nos évêques, comme Salomé jadis celle de Jean-Baptiste sur un plateau. On peut toujours s’interroger sur les intentions d’Hérodiade…

Karl Zéro au vatican

Pour sa rentrée, le 15 octobre sur 13° Rue, Karl Zéro a intitulé son émission œVatican: la conspiration du silence .

Depuis plusieurs années, les cas de prêtres impliqués dans des affaires de pédophilie se sont multipliés. Plutôt que de punir ces crimes et de tâcher de les prévenir, le Vatican s’est employé à  étouffer ces affaires. L’émission ira à  la rencontre de plusieurs des victimes qui raconteront leur calvaire.

Karl Zéro recevra Christian Terras, rédacteur en chef de la revue catholique œGolias afin d’approfondir le sujet.

Diffusion le vendredi 15 octobre à  22h15 sur 13ème rue.

LA MORT DE MGR GENOUD
(Fribourg, Lausanne, Genève) ATTISE LES CONVOITISES : Nicolas Betticher s’y voit déjà  !

Evêque de Fribourg, Lausanne et Fribourg, Mgr Bernard Genoud, évêque de Fribourg, Lausanne et Genève, 68 ans, grand fumeur devant l’éternel, vient de s’éteindre… suite à  un cancer des poumons qui le mine depuis des mois.

Né en 1942, l’évêque Genoud a été enseignant de philosophie au Collège du Sud à  Bulle (il s’est spécialisé dans la philosophie des valeurs), avant devenir recteur du séminaire diocésain, chargé de cours à  l’université de Fribourg (cours « situation de la foi »), puis de succéder à  Mgr Amédée Grab transféré à  Coire, en 1999. Meilleur pédagogue que théologien, ce bon vivant – mais secrètement anxieux – jouit alors plutôt d’une bonne réputation dans le diocèse, en particulier parmi les prêtres, ce qui ne durera pas. Les fonctions ne sont pas interchangeables et les hommes peuvent exceller dans tel rôle et être médiocres ou pires dans tel autre. Débordé par la situation, le bon Mgr Genoud grillait cigarette sur cigarette. Cela ne lui a hélas pas réussi.

Dans son diocèse qui s’étend sur les cantons suisses de Genève, Vaud, Fribourg et Neuchâtel, Mgr Genoud s’est distingué par des qualités de contact, qui se traduisent notamment par des initiatives inédites comme les «rencontres au bistrot» o๠il donnait rendez-vous dans une salle de restaurant aux fidèles et à  toutes les personnes intéressées.

Passionné par l’annonce de l’à‰vangile et l’explication de la foi chrétienne, il a aussi mis en place des «Ecoles cathédrales», rencontres o๠il approfondissait à  la cathédrale de Fribourg des notions de la foi sur la base. A titre personnel, c’était un homme bon et dévoué. Cordial et généreux. Mais probablement pas un pasteur taillé pour un diocèse comme Fribourg.

Aujourd’hui rumeurs et intriguent se succèdent autour de sa prochaine succession. avec un étrange meneur du jeu, Nicolas Betticher, longtemps « pieux laïc », surnommé par la presses suisse « le Mazarin de Fribourg . Il s’agit d’une ancienne personnalité politique faisant de certaines équivoques du milieu catholique son miel et ses tremplins. Il est prêtre depuis seulement quelques années mais attendrait la mitre. Depuis un an, il partage avec Mgr Rémy Berchier la charge décisive et « tremplin » de vicaire général. Mazette.

Son accession même au sacerdoce suscita des polémiques. Celui que l’on présente parfois comme un « Rastignac » de la cléricature viserait, disent les mauvaises langues, la calotte violette et le siège de Fribourg. Son plan de carrière est cohérent : après des débuts à  l’Officialité diocésaine, quelques années au Vicariat de Fribourg et encore au service de la Conférence des à‰vêques Suisses(CEF), il est devenu, très jeune encore, porte-parole du Département fédéral de Justice et de Police, dirigé par la jeune et dynamique conseillère fédérale, Mme Ruth Metzler. Or, à  l’époque déjà , sa nomination indisposait nombre de fonctionnaires et de ses collègues y compris parmi ceux qui partageaient certaines de ses idées. Alors, déjà , Nicolas Betticher – est-ce un signe prémonitoire? – faisait figurer l’adresse de l’évêché, ou il travaillait parallèlement , sur l’organigramme des « Partis politiques fribourgeois représentés au Grand Conseil ». Ce qui offense la laïcité même à  la Suisse.

Nicolas Betticher doit son ordination et sa carrière dans l’Eglise à  la protection sans faille de Mgr Genoud. Qui a fait très vite de notre Rastignac son chancelier épiscopal et son homme de confiance. En même temps que son attaché de presse et son responsable de communication. Il est vrai que depuis son accès à  l’épiscopat Bernard Genoud confesse volontiers qu’il est désemparé face à  une situation qui le dépasse. Et il est heureux de s’appuyer sur un homme jeune, hyper-actif et brillant.

Aligné officiellement sur les positions les plus intransigeantes de l’à‰glise, Nicolas Betticher a ,en particulier, toujours combattu l’avortement. Ce qui est une condition sine qua non aujourd’hui dans l’Eglise pour toute promotion! En 2000, il déclara dans la presse que «  l’homosexualité était et demeurait contre-nature « (dans le journal « SonntagsZeitung »)- et que les pilules contre la création (à  savoir contraceptives) ne devraient pas exister(dans le magazine « Facts »).Il faut caresser les puissances ecclésiastiques du temps dans le sens du poil.

Les tensions se sont multipliées au fil des années, en raison de la maladresse de l’évêque Genoud, de bonne volonté et voulant bien faire mais visiblement débordé, et des choix parfois peu compréhensibles qui sont les siens. L’ambiance semble tellement pesante et lourde que d’aucuns parlent à  Fribourg d’un « véritable pourrissement à  l’oeuvre au sein du diocèse ».

Les rumeurs, fondées ou non, se multiplient sur des sorties d’argent informelles destinées à  dédommager de « sales affaires » pour l’à‰glise. En résumé, le diocèse de Fribourg se trouve depuis des années en état de crise. Naufrage et tragédie. Et pour y remédier Mgr Genoud a nommé à  ses côtés comme deuxième vicaire général le fameux Nicolas Betticher! Le premier en titre, Mgr Rémy Berchier; a été éloigné en fait car renvoyé sur le terrain pour assurer le suivi de l’organisation des Unités pastorales “ entités qui ont succédé aux anciennes paroisses. C’est donc Nicolas Betticher qui est aux côtés de l’évêque prenait en fait «les premières décisions». Il sait tout et contrôle. Prépare déjà  son trône épiscopal.

Il y a fort à  parier cependant que l’affaire ne soit cependant pas dans le sac car l’individu compte beaucoup d’ennemis. Son ambition fait de lui une cible privilégiée. Estimé et aimé à  titre personnel, Mgr Genoud laisse cependant le souvenir d’un évêque qui ne tenait plus le gouvernail. Beaucoup de catholiques suisses espèrent que Rome mènera enfin une enquête sur ce dauphin impatient et controversé. Son ordination est tout de même récente (et lui aurait d’abord été refusé par l’évêque précédent, Mgr Grab) et certaines affaires pourraient être examinées à  la loupe. Il n’en demeure pas moins que Nicolas Betticher a des atouts dans son jeu. Il est réputé davantage aligné que son rival Berchier sur la ligne restauratrice de Benoît XVI. Comme l’écrivait Patrice Borcard sur le site « La Gruyère » du même Betticher  » Par sa formation et sa trajectoire, il s’est forgé une image de conservateur catholique servant indifféremment le sabre et le goupillon. Cette sainte alliance fut érigée en modèle dans le Fribourg de la République chrétienne, o๠une carrière dans les hautes sphères de l’Etat impliquait une bénédiction religieuse. Ce modèle s’est brisé avec l’irruption du pluralisme. C’est contre une certaine incarnation de cet «ancien régime» fribourgeois que les adversaires de Nicolas Betticher se sont mobilisés ». Et c’est justement sur cette image que Betticher compte remporter sa victoire!

Le Vatican est ennuyé par ce décès, pourtant attendu en raison de l’état de santé de Genoud. Il doit pourvoir en outre à  la succession de Mgr Kurt Koch à  Bâle qui s’annonce délicate. Enfin, le candidat choisi par l’évêque de Coire, Mgr Vitus Huonder, comme auxiliaire sinon coadjuteur et futur successeur, Mgr Martin Grichting, suscite une opposition pour ainsi dire unanime. De sorte que l’on parle déjà  d’une nouvelle affaire Haas. Du nom de cet évêque ultra-conservateur, incompétent et maladroit qui fut nommé en 1988. Vu de Rome, la patrie de Guillaume Tell n’est pas des plus faciles à  contrôler…