L’illusion d’un avenir

Le suicide récent d’un prêtre encore jeune, à  Marseille, attire notre attention sur la souffrance qui peut être celle des serviteurs de Dieu. Certes en bonne part
liée à  la fois à  leur propre histoire personnelle – ce qui n’a rien de spécifique à  la condition spéciale qui est la leur – mais aussi au contexte plus difficile de l’exercice de leur mission et « vocation ».

Il ne faudrait cependant pas négliger, en particulier dans le cas de la vie religieuse, l’impact délétère et peut-être suicidaire de l’intériorisation du sacrifice de soi à  une institution idéalisée et à  un Dieu qui ne ressemble pas toujours à  celui de l’Evangile.
Il est certain également que la question du dialogue entre « foi » et « psychologie » (ou « psychanalyse ») est complexe et irréductible à  une sorte d’antagonisme définitif. A Freud qui écrivit L’avenir d’une illusion pour expliquer le succès de la religion, Névrose obsessionnelle de l’humanité, Oscar Pfister répliqua L’illusion d’un avenir. L’enjeu du sens ultime paraît en effet irréductible aux stratégies, bien entendu réelles et importantes, de l’inconscient face à  son désir.

Une enquête remarquable, qui a demandé plusieurs années, celle de Roselyne Roth-Haillotte La vie religieuse entre passion et désordres parue aux éditions Golias (2009) permet de mesurer, tout en nuances au demeurant, l’étendue d’un problème. « Dans ce parcours puissamment tracé, pernicieusement, un dérapage psychologique ou affectif peut néanmoins s’introduire et la personne consacrée atteindre les limites de la souffrance ».

On comprend aisément que de tels problèmes parasitent puissamment la vie communautaire. Une collectivité fait toujours caisse de résonance. De plus, cela crée une atmosphère d’ensemble. Qui ne joue pas, on peut aisément le deviner, en faveur de la crédibilité de l’Eglise.

Il serait trop simple, et lâche, de la part des responsables ecclésiaux de s’exonérer de toute responsabilité en pointant les déficiences propres aux sujets. Oubliant l’effet catalyseur d’un système en soi contestable. Une conversion à  la liberté de l’Evangile serait-elle superflue ?

Golias

PHILIPPINES : Attentat
à  la bombe dans une église catholique

Dimanche 29 aoà»t, vers 8 heures du matin, des jeunes, non identifiés, ont lancé deux grenades dans une église catholique de Kalilangan, dans la province de Bukidnon, à  Mindanao, avant de s’enfuir sur une motocyclette.

L’attaque a eu lieu pendant la messe, lors de la prière universelle, blessant au moins trois personnes et déclenchant une panique suivie d’une bousculade chez les fidèles, qui étaient quelque 200 à  assister à  cette première messe dominicale. Le P. Art Paraiso, curé de l’église San Vicente Ferrer, a achevé la célébration à  l’extérieur du bâtiment, après avoir rétabli le calme dans l’assemblée avec l’aide de policiers qui assistaient à  l’office au moment du drame.

« Heureusement, les explosifs n’ont fait que trois blessés. C’est l’affaire de la police, mais l’armée lui apportera tout le soutien nécessaire », a déclaré le 29 aoà»t le lieutenant-colonel Dominic Triumph Bagaipo, au nom de l’armée philippine stationnée dans la région en raison de la guérilla entre le gouvernement et les rebelles islamistes qui perdure sur l’île de Mindanao depuis des décennies. Selon les premières reconstitutions, « l’une des grenades a explosé prématurément près de la porte principale » et la seconde ne s’est pas déclenchée (elle sera ensuite désamorcée par les policiers présents à  l’office). Ce qui, pour la police, explique seulement l’impact limité de l’explosion, est considéré comme un véritable « miracle » aux yeux des paroissiens de San Vicente Ferrer. Pour le moment, on ne déplore que trois blessés légers, selon le diocèse de Malaybalay dont dépend la paroisse catholique.

« C’est la première attaque d’église dans l’histoire de notre ville et même de notre diocèse », a déploré Mgr Jose Araneta Cabantan, évêque de Malaybalay. La paroisse San Vicente Ferrer de Kalinangan, ville frontière des provinces de Lanao del Sur et de Bukidnon, compte plus de 20 000 fidèles, dans une région o๠les catholiques représentant environ 76 % de la population Le prélat, fervent partisan du dialogue interreligieux, a été directeur de l’action sociale de l’archidiocèse de Cagayan de Oro avant d’être élevé, en mai de cette année, à  l’épiscopat pour le diocèse de Malaybalay. Dans un communiqué de presse diffusé le 29 aoà»t, il a enjoint « les croyants de Bukidnon, spécialement ceux de Kalilangan, à  prier et à  garder leur calme, [afin de] ne pas laisser cet incident semer la discorde entre chrétiens et musulmans ». L’évêque a insisté également sur la nécessité de laisser les autorités faire leur travail et ne pas chercher à  se faire justice, recommandation adressée tout particulièrement « aux proches des victimes ».

Pour l’heure, l’attentat n’a pas été revendiqué, mais la police le soupçonne d’être en lien avec la mort récente d’un garçon musulman, écrasé accidentellement par un autocar du Réseau rural de Mindanao (RTMI) dont le conducteur était un chrétien. Selon elle, les proches du jeune garçon seraient derrière les attaques de deux bus du RTMI (à  Wao dans la province de Lanao del Sur, et à  Kapatagan dans la province de Lanao del Norte), attaques dans lesquelles quatre personnes ont été tuées. Les assaillants, déguisés en policiers, avaient exécutés les conducteurs ainsi que deux voyageurs qui s’étaient avérés être des policiers.

Mgr Cabantan souscrit également à  cette hypothèse et rapporte que, selon les témoins, les deux assaillants étaient des adolescents dont « l’un ne paraissait pas avoir plus de 12 ans (…) », un élément qui semble davantage privilégier la piste de la vendetta.

dépêche envoyée par la Rédaction d’Eglises d’Asie
agence d’information des Missions Etrangères de Paris
contact : Régis Anouil (réd chef)
e-mail : eglasie@mepasie.org
site : http://eglasie.mepasie.org

LES « NEOREACS » :
Les rebelles de pacotille…

A l’occasion d’un dossier sur la pensée unique, Les Inrocks se penchent sur ces «rebelles» que sont Finkielkraut, Zemmour ou Elisabeth Lévy. Des opposants à  la pensée unique ? Muselés, brimés ? C’est pourtant bien eux qu’on entend partout dans les médias¦ Et si ces «insoumis» n’incarnaient que le discours dominant ?

Comme l’enfer, la bêtise ou la boboïtude, la «pensée unique», c’est toujours les autres. Les déboires de l’équipe de France de football ont à  nouveau cristallisé un débat qui traverse la société française depuis quelques années et qui oppose, selon des lignes de clivage parfois asynchrones, la droite et la gauche, les libéraux et les républicains, les libertaires et les autoritaires, autant de frontières croisées qui suffisent à  désintégrer l’idée même d’une pensée unique.

Après la victoire footballistique de 1998, on avait entendu le couplet angéliste et majoritaire de la France black-blanc-beur. Aujourd’hui, après la piteuse campagne 2010, vient le refrain inverse, celui d’une France déchirée par ses fractures sociales, ethniques, communautaires sur fond de déliquescence de l’autorité et de pertes des valeurs.

Les footballeurs de l’équipe de France seraient des «racailles», des «petits merdeux» selon les députés UMP, des «caïds» ou des «gamins apeurés», selon la ministre des Sports Roselyne Bachelot, alors qu’Alain Finkielkraut estime que l’équipe de France incarne un pays o๠«l’esprit de la cité se laisse dévorer par l’esprit des cités».

Pour beaucoup, Finkielkraut incarne la résistance à  la pensée unique

On voit bien à  travers cet exemple qu’un Finkielkraut est assez raccord avec la ligne de pensée du parti politique majoritaire et au pouvoir dans le pays. Pourtant, aux yeux de beaucoup, l’auteur de La Défaite de la pensée, à  l’instar d’autres intervenants réguliers dans le débat médiatique, incarne la résistance à  la pensée unique, celui qui dit tout haut ce que l’on n’ose pas dire, voire ce que l’on n’aurait pas le droit de dire, devient le courageux héraut d’un courant de l’opinion que marginaliseraient des médias noyautés par la pensée soixante-huitarde et ses descendances.

Elisabeth Lévy a théorisé ce propos dans un essai, Les Maîtres censeurs (Livre de poche, 2002), dans lequel cette pasionaria de la «libre pensée» estime que depuis les années Mitterrand-Lang, la morale et la bienpensance ont tué le débat d’idées.

De nobles chevaliers de la dissidence veillent

Dans la France de Sarkozy régnerait donc encore cette supposée dictature des idées de gauche, avec son cortège de maladies graves et contagieuses : le laxisme, le multiculturalisme, l’islamophilie, le laisser-faire, le déni de réalité, l’antiracisme, la moraline¦ Contre cet «étau intolérable», ce «terrorisme intellectuel odieux», fort heureusement, de nobles et solitaires chevaliers de la dissidence veillent.

Valeurs actuelles a instruit le dossier dans un récent numéro. Sur la couverture, les portraits d’Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Eric Zemmour et un titre : «Les Insoumis». A lire l’article de Laurent Dandrieu, on se demande si celui-ci ne pourrait pas postuler pour devenir une plume de Jamel, du Groland ou des Guignols. L’hebdomadaire nous présente ces «francs-tireurs qui refusent avec obstination de se soumettre aux tabous de la pensée unique et continuent de braver les foudres du politiquement correct».

Zemmour, Finkielkraut, Lévy et consorts seraient donc des marginaux, des maquisards, des minoritaires relégués dans la presse clandestine, condamnés aux tracts et samizdats (en URSS, ouvrages interdits par la censure et diffusés clandestinement “ ndlr), ne s’exprimant que sur les ondes chevrotantes d’une nouvelle Radio Londres brouillée par le pouvoir dominateur des soixante-huitards.

Des marginaux à  l’audience immense

Or, Laurent Dandrieu ne craint jamais le ridicule de la contradiction ou le paradoxe de l’oxymore: il s’attache à  nous démontrer au contraire que ces insoumis ont pignon sur médias et que leur audience est immense. Et de fait, le ci-devant résistant Eric Zemmour dispose d’une chronique quotidienne dans la matinale de RTL, d’une tribune chaque semaine dans Le Figaro Magazine, d’un siège de chroniqueur hebdomadaire dans On n’est pas couché de Laurent Ruquier sur France 2, d’un fauteuil de débatteur hebdo dans à‡a se dispute de Laurent Bazin sur i-Télé, sans compter ses apparitions ponctuelles mais nombreuses sur toutes les ondes.

De son côté, ladite maquisarde Elisabeth Lévy peut échapper au bâillon de la «pensée unique» chaque semaine dans Le Point, dans On refait le monde de Christophe Hondelatte sur RTL, sur Direct 8 (la chaîne de télé du marginal bien connu Vincent Bolloré). Elle est par ailleurs rédactrice en chef de Causeur (mensuel et site internet) sans oublier ses tribunes dans Marianne et ses participations régulières à  des talk-shows divers et variés.

Quant au soi-disant franc-tireur partisan Alain Finkielkraut, on pourrait presque croire à  sa condition minoritaire puisqu’il n’anime qu’une seule émission radiophonique hebdomadaire, Répliques, sur France Culture. Mais au moindre débat qui agite la société française, télévisions et radios se précipitent sur notre rebelle, depuis les ondes matinales de France Inter jusqu’aux heures tardives de Ce soir (ou jamais !), pour disserter sur la crise de l’école, le foot ou le conflit israélo-palestinien.

O๠est vraiment la «pensée unique dominante» ?

Nos insoumis ont donc leur rond de serviette à  RTL, au Point, au Figaro, à  France 2, à  Direct 8. On peut ajouter que leur pensée «minoritaire» ne contredit guère celle de TF1, Europe 1, RMC, L’Express, médias peu repérés pour leur gauchisme¦ A contrario, o๠s’exprime la prétendue «pensée unique dominante», c’est-à -dire le discours progressiste ? Dans Libé, Politis, Mediapart, Charlie hebdo, Les Inrocks et, si on compte large, Le Nouvel Obs, Le Monde, France Inter, voire Canal+.

Il serait particulièrement intéressant de comparer l’audience potentielle cumulée des médias de cette supposée «pensée unique» (donc Libé, Mediapart, etc.) et celle des médias proches de la soi-disant insoumission (TF1, RTL, Le Figaro…) : l’immense différence sauterait aux yeux de toute personne objective et sensée. S’il existe une pensée dominante, c’est bien celle des Finkielkraut, Zemmour ou Lévy, et les insoumis, si tant est que ce mot ait un sens dans notre débat, seraient plutôt ceux qui persistent à  contrer, arguments à  l’appui, ce type de discours aux teintes conservatrices et réactionnaires.

Qu’on laisse un moment l’actu chaude et ponctuelle de l’équipe de France. La suspicion qui pèse sur les jeunes, les basanés, les populations des cités, les descendants d’immigrés, les musulmans est un processus qui remonte à  loin, mais qui s’est accentué depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à  l’Elysée. Depuis, cette tendance véhiculée avec plus ou moins de nuances par les «insoumis» s’est traduite par la rhétorique du Kà¤rcher, la suppression de la police de proximité, les descentes spectaculaires de la police ou du président dans les communes dites sensibles, les affrontements entre la BAC et les jeunes, avec ses morts et bavures récurrentes (Bouna et Zyed, Villiers-le-Bel¦). Dans la ligne de ce gouvernement, les «insoumis» dirigent l’essentiel de leurs critiques vers ces jeunes de banlieue, comme les principaux responsables de tous les maux de la société française.

Très diserts pour dénoncer la délinquance en capuche

En revanche, on n’entend pas beaucoup les «insoumis» critiquer la vulgarité bling-bling de notre président (pour être honnête, Finkielkraut avait dénoncé en son temps les vacances du président fraîchement élu sur le yacht de Bolloré), son langage parfois grossier, sa préférence affichée pour les prêtres face aux instituteurs, son mépris de la littérature, la façon absurde dont ce gouvernement traite la question des cités sensibles en choisissant l’affrontement policier et l’empilement de lois sécuritaires, la création d’un ministère qui lie immigration et identité nationale, les dérapages d’un Hortefeux («quand il y en a un, ça va¦») ou d’un Devedjian (un «salope» anelkien à  propos de la député Anne-Marie Comparini), sans parler des innombrables accrocs gouvernementaux qui déchirent la morale publique et l’éthique républicaine (affaires Estrosi, Amara, Boutin, Blanc, Woerth, sans oublier la pantalonnade de Jean Sarkozy à  la Défense¦).

Les «insoumis» sont très diserts quand il s’agit de dénoncer la délinquance en capuche et Adidas (que personne ne songe à  défendre), ils le sont beaucoup moins pour brocarder la délinquance en col blanc et berline de fonction. Pourtant, ce pouvoir corrompu et ses petits arrangements entre amis sapent les fondements de notre démocratie et de notre République beaucoup plus sà»rement, profondément, gravement que l’agitation des cailleras ou les errements de nos footballeurs.

Que les Finkielkraut, Lévy, Zemmour et autres éditorialistes ou intellectuels défendent leurs idées et participent au débat démocratique, c’est légitime. Il arrive que parfois leurs constats ou analyses rejoignent ceux de certains courants de gauche, que des parcelles de leur discours (la crise de la transmission, la question de l’autorité, la critique de l’angélisme et du manichéisme¦) puissent faire l’objet d’un débat. Mais qu’ils prétendent exprimer des idées minoritaires, transgressives, voire quasi interdites par une opinion de gauche dominatrice, c’est une escroquerie.

Les idées de gauche demeurent minoritaires alors que nos prétendus insoumis sont omniprésents dans les médias importants (la plupart contrôlés par le président ou par ses amis industriels) et y expriment des idées présentées comme iconoclastes alors qu’elles coïncident avec la pensée actuellement au pouvoir dans notre République monarchisante. Si tant est qu’un tel concept schématique et fourre-tout existe, la «pensée unique» n’est pas là  o๠on le croit.

Les Inrockuptibles
Article republié sur le blog de Manuel Abramowicz
dans le cadre du dossier sur les «néoréacs»

Lien url : http://canempechepasnicolas.over-blog.com/ext/http://abramowicz.blogspot.com/

MGR FELLAY critiqué sur son ultra-droite…

Une polémique secoue actuellement la Fraternité Saint Pie X. L’abbé Cériani, connu pour ses positions extrêmes, accuse le Supérieur Général de la Fraternité, Mgr Fellay de « tentative de suicide de la Tradition » pour ses propos au Brésil.

L’abbé Cériani reproche à  l’évêque lefebvriste de cultiver l’esprit de compromis :  » Ce n’est pas ainsi que l’on défend la Vérité. Au service de qui vous livrez-vous à  ces tromperies ?¦ » .Le même ecclésiastique a qualifié l’évêque Fellay de « truqueur mitré« . Pour cet ecclésiastique très radical, le rapprochement entre Fellay et Rome relève d’une « tentative de suicide de la Tradition ».

C’est cet esprit d’équivoque qui, selon l’abbé, ruine la cause traditionaliste. Mgr Fellay enseigne à  ses auditeurs en Amérique du Sud au sujet du Pape actuel : « Benoît XVI est un mélange de bien et de mal. Sa tête est moderne, son coeur est conservateur. »

La grande crainte de Rome est précisément, aujourd’hui, que les pressions psychologiques exercées par les plus extrémistes dissuadent Fellay d’accepter la réconciliation. Et en effet celle-ci pour avoir pour conséquence directe la cassure en deux du mouvement intégriste.

EXPULSIONS DES ROMS : En voulant faire bien, Mgr Le Gall, l’archevêque
de Toulouse, se prend les pieds dans
sa mitre…

A l’origine de la polémique qui agite ces jours-ci notre hexagone se trouve une intervention de Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, en date du 26 aoà»t dernier.

Mgr Le Gall avait évoqué la lettre datée d’aoà»t 1942, dans laquelle Mgr Jules-Géraud Saliège, en ce temps là  archevêque de Toulouse, s’opposait au traitement inhumain subi par les juifs. Robert Le Gall exprimait dans ce texte un souhait : « Inviter les chrétiens et les hommes de bonne volonté, à  avoir la même attitude d’accueil, de respect et de fraternité envers les Roms, que celle que son prédécesseur demandait aux catholiques du diocèse de Toulouse en aoà»t 1942« .

Le rapprochement opéré était non seulement insoutenable du point de la rigueur historique mais très hasardeux quant au respect dà» aux juifs victimes de la shoah. En fait une parole maladroite. Et très choquante.

Beaucoup y virent une façon peut-être inconsciente pour le prélat de camper le rôle héroïque d’un nouveau Salièges. Ce prélat courageux reste un modèle et un exemple dans le diocèse de Toulouse. Quant à  Le Gall il semble désireux de redorer son blason épiscopal pour le moins terni. En raison, entre autres, de son autoritarisme. Pour le coup, c’est raté.

Aujourd’hui le prélat tente de rectifier le tir : « Contrairement aux propos véhiculés par certains médias et largement commentés par certains hommes politiques, je n’ai pas fait de parallèle entre le sort des Juifs durant la guerre et celui des Roms aujourd’hui, sort qui bien évidemment n’est pas comparable. Nos frères Juifs savent combien je tiens aux relations de qualité que nous développons ».

Aujourd’hui Mgr Le Gall est surtout d’éviter d’éteindre l’incendie. Il regarde à  ses ouailles d’éviter tout excès verbal sur ce sujet très délicat. Bref de ne pas l’imiter!

Les propos de l’archevêque toulousain continuent de susciter des réactions. Plusieurs élus de droite ont protesté. Hier, le Premier ministre François Fillon a qualifié de « faute grave » la comparaison démentie depuis par Mgr Le Gall entre les Juifs et les Roms. Un Fillon par ailleurs notoirement « réservé » quant à  la rhétorique sécuritaire de Brice Hortefeux.

Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix et survivant de l’Holocauste, avait également jugé le parallèle « inacceptable », tout en se disant solidaire des Roms : « Il faut être prudent avec le langage. Ces Roms, on les envoie en Roumanie, en Hongrie, pas à  Auschwitz. »

Et de fait, l’amalgame au moins entretenu de façon implicite par l’archevêque de Toulouse – qui n’est pas Mgr Saliège – reste scandaleux. Jacques Attali note sur son blog (hébergé par l’express) justement :  » Quoi qu’on pense du fond de ces décisions, rien n’est plus déplacé que d’oser cette comparaison avec ce qui s’est passé dans les années 40« . D’abord parce qu’à  l’évidence, les dangers encourus par ceux des roms qu’on renvoie ainsi brutalement, dans leur pays d’origine, membre de l’Union Européenne, n’ont rien à  voir avec le destin de ceux qui, raflés de 1940 à  1945, partaient en voyage vers la mort. Et ceux qui seraient menacés de perdre la nationalité ne courent en fait aucun risque de ce genre, en raison de la jurisprudence du conseil constitutionnel.

Ensuite parce que se servir de ce genre de comparaison révèle une volonté malsaine de revivre, mieux qu’on ne l’avait fait à  l’époque, les événements de l’époque : l’Eglise ne fut pas aussi courageuse, dans son ensemble, face à  Vichy, que ne voudrait le faire croire l’actuel évêque de Toulouse, et elle n’expiera pas ses péchés d’alors en se trompant de combat aujourd’hui. Plus généralement, ceux qui emploient ce vocabulaire tentent de se glisser, sans risques, dans les habits des trop rares résistants de l’époque.

Enfin parce qu’ils révèlent une incapacité à  penser la nature nouvelle et condamnable de ces événements : « Ces gens ne sont pas expulsés ou menacés de perdre leur nationalité au nom d’une volonté exterminatrice, mais d’une manoeuvre de diversion d’un pouvoir cherchant à  faire parler d’autre chose que de la crise économique et sociale, et à  montrer que, sur ce sujet au moins, il contrôle encore les événements (…) Notre monde est si difficile à  comprendre que beaucoup se contentent de se rattacher à  des métaphores anachroniques. Faute de mieux. Faute de pire. Faute de comprendre le monde. Qu’on y prenne garde : à  force de refuser le réel, il finira par ressembler à  sa caricature« .

Mgr Schockert (Pastorale des Migrants) : « L’Eglise va s’opposer
à  la loi Besson sur l’immigration. »

Toujours sur la politique d’expulsion des Roms, l’évêque de Belfort-Montbéliard, Mgr Claude Schockert, monte lui aussi au créneau. Il vient d’annoncer que l’Eglise allait « s’opposer au cours des prochaines semaines aux décrets de la loi Besson » sur la déchéance de nationalité, jugés « trop durs », dans un entretien au Parisien/Aujourd’hui en France.

« Nous allons faire entendre notre voix pour défendre nos valeurs« . Et le prélat d’ajouter : « Les catholiques ont changé, ils ne veulent pas rester silencieux quand une décision publique heurte leur conscience chrétienne » et « le temps o๠l’on restait dans nos églises uniquement pour parler du cultuel est révolu« .

Cette dernière remarque de Mgr Schockert est très significative du souci des évêques – au moins les plus ouverts – de donner une image positive et engagée du catholicisme en France. Et d’encourager les trop rares forces vives sur lesquelles ils peuvent encore compter. Mais elle témoigne aussi de la récurrence d’une tradition catholique de combat pour l’homme pas entièrement recouverte par la grande tentation restaurationniste et les « nouveaux prêtres ». C’est un point à  noter qui relativise la droitisation du catholicisme français.

Le parc d’attractions du Hezbollah…

‘ »Le parc d’attractions du Hezbollah avec beaucoup de guillemets »
C’est ainsi que la présentatrice annonçait un reportage dans le journal de France culture le 24 aoà»t au matin.

Et pourtant c’est bien d’un musée dont il s’agit, le musée de la résistance, celui du peuple du sud Liban à  une occupation de trente ans de toute la zone frontalière, puis à  l’invasion brutale des chars israéliens en aoà»t 2006. On ne s’y trompait pas d’ailleurs à  entendre les commentaires impressionnés des visiteurs, en totale opposition avec l’ironie méprisante et les insinuations du commentaire.

Mais à  l’heure du petit dej et des tartines , le  » parc d’attractions » et ses nombreux « guillemets « , annoncé en titre du reportage et répété par la suite à  trois reprises, faisaient surgir par antithèse un lieu livré au déchaînement de la barbarie o๠le mot « butin » ajoutait le lucre et la rapacité inhérents aux sauvages . Quant à  la touche finale sur le lieu » financé par des donateurs du monde entier, nous dit-on sans plus de précision », elle faisait se se profiler l’ombre d’el Qaida, manipulant dans l’ombre tout ce monde de bandits sanguinaires.

On imagine facilement le ton à  France-Culture si le parc avait été situé de l’autre côté de la frontière…!

A. B.

QUEBEC : Comment le cardinal Ouellet prépare sa candidature à  la papauté

Voilà  ce que monsieur le Cardinal Marc Ouellet a compris depuis longtemps. Il ne suffit plus d’attendre que le Père, sous la forme d’une colombe, déclare du haut du ciel « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le » ou encore que l’Esprit Saint, sous la forme d’une flamme, semblable à  celle de la Pentecôte, identifie ses principaux responsables dans l’à‰glise et dans le monde. Il faut plutôt déployer tous les moyens humains possibles, comme le font tous les candidats et toutes les candidates à  une promotion ou à  un poste d’autorité. à‰videmment, tout cela, particulièrement dans le cas de l’à‰glise, dans le but d’aider l’Esprit Saint à  faire les bons choix.

C’est exactement dans ce sens qu’il faut comprendre le déploiement de cette célébration grandiose à  la Basilique de Ste-Anne de Beaupré à  l’occasion de son départ pour Rome à  titre de Préfet pour la Congrégation des à‰vêques et de représentant pontifical à  la Conférence des évêques de l’Amérique latine. Déjà , nous savons, et il sait, que cette célébration sera diffusée à  travers le monde. Une occasion unique pour laisser aux futurs électeurs, présents lors du prochain conclave visant à  remplacer un jour Benoît XVI, d’abord l’image d’un grand rassembleur et par la même occasion un document, « TOUS ENSEMBLE », ne laissant aucun doute sur son orthodoxie religieuse. Dans ce document il y reprend les thèmes qui ont fait l’objet de ses grands combats : le mariage des personnes du même sexe, l’avortement, la famille, l’euthanasie, la vie religieuse et sans doute quelques autres thèmes. Il ne sera toutefois pas question des guerres qui tuent par milliers des personnes humaines, ni des milliards de dollars qui y sont investis au détriment des mesures sociales comme celles de la santé et de l’éducation. La désinformation avec laquelle les puissants s’emparent du cerveau des citoyens et citoyennes pour mieux les manipuler, ne retiendra pas son attention. La vie des foetus et celle des personnes âgées, est une chose mais celle des victimes des guerres et des systèmes d’exploitation et de domination en est une autre.

En un mot, s’il faut avoir la foi, il ne faut surtout pas cesser de croire en soi. à€ ce niveau, il n’y a aucun reproche à  lui faire. Il sait utiliser sa tribune pour affirmer ses convictions et ses croyances, laissant entendre, de par sa fonction, que Dieu pense exactement comme lui. C’est, évidemment, le grand avantage d’un poste d’autorité dans l’institution ecclésiale. Il le sait très bien.

Cette grande célébration est le premier acte de sa campagne pour le poste de « PAPE ». Monsieur le Cardinal sait que ça ne tombera pas du ciel comme ce fut le cas pour Jésus le jour de son baptême ou pour les apôtres le jour de la Pentecôte. Il n’y aura pas toujours une colombe dans le ciel ou une flamme dans la chapelle Sixtine pour identifier l’heureux élu.

Il faut donc se mettre à  la tâche et bien cibler les principaux acteurs. Le temps venu, ce seront les votes des collègues cardinaux qui décideront de son sort. Il faut donc avoir des propos qui rassurent et qui permettent de dormir tranquille dans la barque de Pierre. Tous les moyens sont donc bons pour que le candidat à  élire soit le plus fiable pour mener à  terme la lutte contre l’avortement, le mariage des personnes de même sexe, l’euthanasie. Il est tout aussi important que ce candidat sache soutenir discrètement les guerres, menées par les puissances de l’Occident, de toute évidence, contre le « terrorisme », tout en appuyant, par des interventions ponctuelles le renversement de régimes mettant en péril leurs intérêts. Monsieur le Cardinal est bien au fait de ces attentes des futurs électeurs et de ceux qui les appuient.

Le prochain conclave n’aura pas à  choisir entre une gauche ou une droite, entre un parti et un autre. Les cardinaux qui y seront auront été choisis sur la base d’un même ADN. Ils sont tous pareils ou presque. Les candidats devront faire preuve d’originalité. Monsieur le Cardinal pourra compter sur son charme et sa capacité de se montrer comme un véritable leader sur les sujets qui répondent aux tendances conservatrices et intégristes de l’à‰glise. Tous savent que l’Esprit Saint ne peut tout faire par lui-même. Il faut donc lui donner un coup de main. De toute manière, l’élu sera toujours l’élu de l’Esprit Saint, même si ce dernier n’aura pas eu souvent l’opportunité de se faire entendre.

Cette mise en scène, à  première vue caricaturale, ne l’est pourtant pas. Les tensions que traverse l’à‰glise d’aujourd’hui inquiètent ceux qui, pour le moment, contrôlent l’Institution et les situations qui se présentent. C’est le cas pour l’Opus Dei, pour les traditionnalistes, les intégristes, mais aussi pour les gouvernements qui imposent actuellement leur pouvoir sur l’ensemble du monde en comptant sur le soutien du Vatican et des élites qui le soutiennent.

Dans cette optique, la candidature de monsieur le cardinal saura trouver des appuis dans ces milieux. Toutefois, il ne faudrait surtout pas qu’un original fasse son apparition. Il n’y a pas à  s’inquiéter, sa position comme Préfet à  la Congrégation des évêques lui donnera toute la latitude pour que ça ne se produise pas. Que l’Esprit Saint en prenne bonne note.

Mais, dans tout ça oà¹, donc, est Jésus de Nazareth? O๠est cette Bonne nouvelle de délivrance et de libération, confiée à  ses apôtres pour qu’ils aillent l’annoncer jusqu’aux confins de la terre? Cette Bonne nouvelle serait-elle devenue ce petit catéchisme mis entre les mains des enfants ou encore cette doctrine dogmatique et moralisante qui dit ce qu’il faut faire ou ne pas faire, ce qu’il faut penser ou ne pas penser? O๠est-il donc passé ce bon pasteur à  qui Jésus a donné des consignes de conduites et de comportements, pourtant suffisamment claires?

Il n’est pas surprenant que pareille situation, devenue si étrangère à  Jésus de Nazareth, au témoignage que nous en donnent les à‰vangiles et les apôtres, fasse de l’à‰glise une Institution sans âme et un contre témoignage de la mission qui lui a été confiée par ce Jésus de Nazareth.

Comment ne pas penser à  ces propos qu’a eus Jésus à  l’endroit des pharisiens et des docteurs de la loi, propos que nous rapporte l’évangéliste Mathieu au chapitre 23 de son à‰vangile? Comme on le dirait dans certains milieux, il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère.

« En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C’est ainsi qu’ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges. Ils aiment à  occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à  recevoir les salutations sur les places publiques et à  s’entendre appeler « Rabbi » par les gens (¦) Malheur à  vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des Cieux ! Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient ! Malheur à  vous [qui avez] négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi»

Le monde a besoin de redécouvrir le Père comme les enfants de l’Arche redécouvrent ce père en Jean Vanier, comme les chiffonniers du Caire l’ont découvert dans soeur Emmanuelle et les Salvadoriens en Mgr Romero. Ici, à  Québec il suffit de penser à  notre infirmier des pauvres ou encore à  ces femmes qui s’occupent avec amour des handicapés qu’elles ont pris à  leur charge. Les exemples sont pourtant multiples à  travers le monde d’un Père, moins préoccupé des plateaux de télévision, des courses à  des postes d’autorité, mais plus soucieux de ceux et celles qui attendent, la main tendue, la présence amoureuse, inconditionnelle et sans jugement d’un Père qui les aime tout simplement.

Il faut croire qu’un réveil du Peuple de Dieu se prépare et qu’il mettra bientôt en pleine lumière la grande tricherie de ces personnages, plus préoccupés de leur image et des ambitions qui les font vivre que de ce service humble et intense auprès des plus défavorisés de nos sociétés.

« Que le plus grand se fasse le plus petit, que le maître se fasse l’esclave, que les plus vieux cèdent la place aux plus jeunes. »

Je ne sais pas si le Jésus de Nazareth que je connais se ballade souvent dans les couloirs et les antichambres du Vatican. J’en douterais. Pourtant, à  les écouter, ils ont tous la prétention de parler en son nom.

C’est tout de même curieux, n’est-ce pas?

Oscar Fortin
Québec, le 15 aoà»t 2010
http://humanisme.blogspot.com/

Est-il si anodin d’injurier le président de la République ?

Un hebdomadaire, la semaine dernière, a choisi de faire sa couverture avec ce titre tonitruant puisqu’il était incrusté sur une photo en gros plan du président de la République au regard menaçant : « Le voyou de la République ». Et pour le justifier, ces sous-titres l’encadraient : « Nationalité, immigration, délinquance “ Xénophobe et pétainiste ? Certes pas. Mais aucun intérêt moral ne l’arrête. Et pour garder le pouvoir, il est prêt à  tout ». Le but, on s’en doute, était à  la fois de capter l’attention par une transgression délibérée et de stimuler un réflexe de répulsion envers l’intéressé.

Peu importe le nom de cet hebdomadaire qui n’a pas songé à  une possible rétroaction ! La question posée par ce titre est, en effet, la suivante : est-il si anodin en démocratie d’injurier ainsi publiquement un président de la République ?

Deux raisons pour condamner l’injure

1- Une fonction présidentielle identifiée au peuple

Il semble que non pour deux raisons. La première est que, pendant le mandat pour lequel il a été régulièrement élu, il est le président de la République et sa fonction dépasse sa personne : qu’on le veuille ou non parce qu’on a voté pour lui ou non, il représente le peuple français. Le contrat démocratique qui réunit les citoyens d’un pays, régit ainsi leur communauté. Le président élu est investi par la constitution de pouvoirs pour agir au nom de tous. L’injurier comme le fait cet hebdomadaire, c’est injurier la fonction présidentielle qui est identifiée au peuple français. L’injure s’adresse donc en même temps au peuple français dont la majorité aurait élu non un président mais « un voyou ».

Que des factions extrémistes s’y adonnent, n’est pas surprenant puisqu’elles ne souscrivent pas à  l’ordre républicain et s’inscrivent dans une logique de guerre civile visant à  renverser l’ordre républicain et lui substituer un autre régime. Mais qu’un hebdomadaire qu’on ne peut soupçonner de ces menées subversives, use de l’injure envers le président, est le signal qu’il est devenu réceptif à  un mode de combat qui n’est plus républicain.

2- Un profil caractériel visé et non des actes

La seconde raison est que l’injure proférée envers le président, « Le voyou de la République », ne vise pas des actes mais un profil caractériel permanent. L’intéressé n’est pas accusé d’user à  l’occasion de méthodes de voyou, mais d’être psychologiquement et moralement acquis à  un mode d’être qui viole systématiquement les lois républicaines.

Nombre de groupes existent, en effet, qui asseoient sur le délit et le crime organisés leur mode d’existence : et on peut dire de leurs membres que ce sont des voyous. Il faut une persistance dans la pratique délictueuse ou criminelle pour mériter cette injure. Une administration qui jouit de la stabilité dans la durée et qui montre une inclination régulière à  violer la loi depuis de nombreuses années chaque fois qu’elle y a intérêt, peut mériter l’appellation d’administration-voyou, comme il existe des patrons-voyous ou des à‰tats-voyous. On ne peut en dire autant, sauf exception, d’un président élu démocratiquement pour un mandat de cinq ans, fà»t-il renouvelable.

Les effets pervers d’une immunité excessive ?

Le président Sarkozy ne peut donc être confondu avec un groupe quelconque de crime organisé ni avec une administration familière du délit. De toute façon, on n’injurie pas un président qu’on juge indigne de sa fonction, on le destitue ou on ne le réélit pas. Il est vrai, cependant, que le mode de destitution prévue par la constitution française et l’immunité pénale accordée en cours de mandat au président, depuis en particulier la présidence Chirac, a un effet pervers : quoiqu’ il fasse ou peu s’en faut, un président de la République française en exercice est intouchable. Et c’est sans doute ce privilège excessif au regard des autres démocraties occidentales, qui, en retour, peut conduire à  ces dérapages comme une campagne injurieuse envers sa personne.

En revanche, des actes politiques qu’on est en droit de réprouver

Il reste que, quels que soient les griefs qu’on puisse nourrir envers le Président Sarkozy, ils ne justifient pas l’injure de l’hebdomadaire. Le rôle normal de l’opposition en démocratie est seulement de les argumenter et de proposer des solutions alternatives.

* Ainsi l’élection du président Sarkozy grâce aux voix de l’extrême droite qu’il a flattées pendant sa campagne, n’est pas une découverte. Qu’il se soit exposé à  en rester prisonnier, n’en est pas une non plus. Il a suffi d’un peu plus de 3 % des votants pour faire la différence entre les deux candidats en 2007. Et Dieu sait si le Parti Socialiste a fait tout ce qu’il pouvait pour les faire perdre à  sa candidate, Mme Royal. On s’étonne d’ailleurs de l’anathème que vient de jeter sur le Président Sarkozy M. Michel Rocard, après avoir consenti si complaisamment à  lui apporter « son opposition constructive » dans les diverses missions qui lui ont été proposées et qu’il a acceptées. La part prise par l’électorat d’extrême droite à  l’élection du président Sarkozy impliquait en retour qu’il fà»t satisfait tôt ou tard après avoir eu l’impression d’avoir été roulé. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison de la mise en scène de mesures sécuritaires à  deux ans des prochaines élections présidentielles, sans compter qu’elles jouent un leurre de diversion qui masque l’embarrassante affaire Woerth-Bettencourt.

* Il n’est pas moins évident que le président n’a pas tenu sa promesse électorale emblématique. L’augmentation du pouvoir d’achat selon le slogan démagogique « Travailler plus pour gagner plus » est toujours attendue. Il faut dire qu’une crise d’une rare violence à  soumis l’ économie ultra-libéraliste déréglementée aux caprices du casino de la finance triomphante. Les banques sauvées de la faillite par les à‰tats ont eu la délicatesse de se retourner et de spéculer contre eux sous prétexte qu’ils ont accru leur endettement¦ pour les sauver. L’issue choisie est un budget d’austérité qui frappe prioritairement la politique sociale. Seuls les milliardaires, symbolisés par « le dîner du Fouquet’s » au soir de son élection en mai 2007, ont des raisons de se réjouir de la politique du président qu’ils ont soutenu : ils paient moins d’impôts, pratiquent l’évasion fiscale si on en croit les enregistrement clandestins de l’affaire Woerth-Bettencourt, ou vivent dans des paradis fiscaux.

* Quant à  son autre promesse emblématique sur la paix civile et à  la sécurité, l’échec y est aussi patent. Comme ministre de l’Intérieur et président de la République, M. Sarkozy en a pourtant la charge depuis plusieurs années. Certaines formes de criminalité visant les personnes et les biens ont augmenté. L’économie souterraine et les délits et crimes qu’elle implique, reste apparemment florissante. On peut se demander si ce chaos n’est pas sciemment entretenu, faute de pouvoir être éradiqué : la permanence du crime permet utilement d’entretenir à  volonté la stimulation des réflexes de peur et de demande de protection accrue : « La peur, disait Clémenceau, est le grand moteur des actions humaines ». De même, dans l’à‰cole n’utilise-t-on pas les petites frappes, en les protégeant sous couvert d’humanitarisme, pour pourrir la vie les établissements publics et encourager la fuite des élèves vers le Privé ?

Un hebdomadaire a l’embarras du choix pour recenser les échecs de la présidence actuelle. Il n’est nul besoin d’user d’injure envers le président pour critiquer sa politique. Y recourir, au contraire, tend à  discréditer l’ordre républicain qu’on prétend défendre. Comment l’hebdomadaire Marianne a-t-il pu l’ignorer ?

Pierre-Yves Chereul

BELGIQUE : Le document qui accable le cardinal Danneels ou comment il a tenté d’éviter la démission de l’évêque pédophile de Bruges

L’échange est accablant. Face-à -face : le cardinal Godfried Danneels, l’évêque de Bruges, Roger Vangheluwe, et son neveu, dont il a abusé sexuellement pendant 13 ans. La scène se passe dans le cadre familial, le jeudi 8 avril. Une tentative de médiation, assure M. Danneels.

Mis sous pression par les proches de la victime, l’évêque abuseur finira par démissionner, 15 jours plus tard, le 23 avril. On avait déjà  reproché au cardinal de s’être tu, pendant deux semaines, alors même que l’Eglise affirmait avoir mis un terme à  la loi du silence sur les abus sexuels commis par les prêtres.

Les conversations du 8 avril, enregistrées par la victime à  l’insu de ses interlocuteurs et révélées samedi par De Standaard et Het Nieuwsblad, montrent un cardinal plus prompt à  soutenir l’abuseur que l’abusé.

Le prélat tente clairement de convaincre son interlocuteur de reporter la divulgation des faits, après la mise à  la retraite de l’évêque. Le cardinal veut éviter à  Vangheluwe l’humiliation d’une démission. Quitte à  culpabiliser la victime : « Vous pourriez aussi vous repentir. » Quitte à  l’intimider : « Votre nom sera divulgué. On vous traînera dans la boue. »

L’archevêque Léonard n’a pas personnellement commenté ces révélations. Pas plus que le cardinal. Selon son porte-parole, « il se rend compte aujourd’hui qu’il a mal évalué la situation et qu’il aurait mieux fait de ne pas répondre à  la demande » d’assister à  la réunion.

La scène se passe le 8 avril 2010, dans le cadre familial. Quatre jours plus tôt, dans son homélie de Pâques, l’archevêque Léonard prononce ces mots: « /Par un silence coupable, on a souvent préféré la réputation de certains hommes d’Eglise à  l’honneur de ces enfants abusés »./

Danneels à  la victime : «Vous pourriez aussi demander pardon, et vous repentir »

Premier entretien

Participants :
Godfried Danneels (GD)
La victime (V)
Roger Vangheluwe (RV)

La victime entre dans la pièce. Quelques clameurs se font entendre de part et d’autre. (¦)

*RV :* La proposition est que V commence par s’entretenir un instant avec le cardinal.

*V :* Je pensais que ce serait l’autre cardinal ?

*RV :* Nous n’avons qu’un seul cardinal, n’est-ce pas ?

*V :* Oui, mais c’est l’archevêque que nous avions en tête.

*RV :* Mais tu avais pourtant demandé le cardinal (¦)

Roger Vangheluwe prend congé.

*GD :* Asseyez-vous, V. Je vous écoute.

*V :* Eh bien, j’ai été abusé pendant toute mon enfance par mon oncle Roger. Sexuellement et, encore à  présent, spirituellement ; et j’ai le sentiment qu’il faut que je réagisse, qu’il est de mon devoir d’en témoigner auprès d’une instance plus élevée.

*GD :* Et qu’espérez-vous exactement ? Je connais déjà  l’histoire, il m’a tout raconté. Ce n’est pas la peine de tout reprendre depuis le début, mais que voulez-vous que je fasse, moi ?

*V :* Je vous en laisse l’entière responsabilité, ce n’est pas à  moi de décider quoi que ce soit. J’ai ce poids sur mes épaules et je veux seulement m’en débarrasser et c’est pourquoi je me livre à  vous. Voilà  le sens de ma démarche.

*GD :* Oui¦

*V :* Et c’est à  vous autres de décider ce qu’il y a lieu de faire, selon vous. Parce que moi, je n’ai aucune idée comment tout ça fonctionne, alors¦

*GD :* Et vous voudriez vraiment que tout ça soit divulgué publiquement ?

*V :* Euh¦ Je vous laisse juges.

*GD : En réalité, monseigneur va présenter sa démission dès l’an prochain ; il serait certes préférable de patienter encore un peu.*

* V :* Non, non, non.

*GD :* Si vous le faites maintenant, cela va engendrer beaucoup de spéculations.

*V :* C’est bien possible, mais le cas échéant ce sera à  vous d’y répondre¦

*GD : *Mais ça ne nous est pas possible¦

*V :* à€ moi non plus, et je préfère donc m’en remettre à  vous.

*GD : Eh bien, je suppose qu’il vaudrait sans doute mieux attendre jusqu’à  l’année prochaine, quand il sera naturellement amené à  se retirer.*

* V :* Non, je ne suis pas d’accord avec vous, et une fin aussi glorieuse, non, je ne peux pas m’y résoudre. Si vous étiez d’avis qu’il faut encore une fois étouffer l’affaire, comme ça a déjà  été le cas depuis tellement longtemps, il faudra bien que je m’y fasse, mais euh¦

*GD :* Mais je n’ai aucune autorité sur monseigneur Vangheluwe, à  cet égard.

*V :* Qui d’autre, alors ?

*GD :* Absolument personne, hormis le pape.

*V :* Bon, j’avais demandé à  parler à  son employeur, mais je n’ai pas précisé de qui il s’agissait. J’ai également nommé le pape.

*GD :* Je n’ai plus rien à  dire maintenant, j’ai pris ma retraite.

*V :* Ah oui, et qu’est-ce que je fais ici alors ? Il vaudrait mieux organiser un rendez-vous avec le pape, non ?

*GD :* Ou avec le nouvel archevêque.

*V :* Je ne sais pas, si vous dites que son patron c’est le pape, alors c’est à  lui qu’il faut nous adresser, et pas à  l’archevêque.

*GD :* Nous n’avons pas d’autorité sur les autres évêques, nous sommes seulement¦ nos propres maîtres.

*V :* Alors peut-être qu’en passant par vous, et si vous pouvez arranger une entrevue avec le pape, alors on pourra en finir. à‡a fait déjà  42 ans que je dois endurer ça et j’en ai assez, je ne peux plus me taire, c’est au-dessus de mes forces, et je ne refuse de tout laisser tomber.

à‡a a beaucoup trop d’impact sur ma vie familiale, sur les relations avec ma femme, sur tout. Je n’en peux plus de cette vie et ça continue à  avoir tellement d’influence, et je veux en finir. Je suis parvenu à  un âge o๠je veux être libre de vivre ma vie.

*GD : *En fait, c’est lui (NDLR : Roger Vangheluwe) le seul responsable, et pas ses supérieurs.

*V :* Mais oui, et s’il ne veut rien faire, que se passera-t-il alors ?

*GD :* Que veux-tu qu’il fasse, démissionner ?

*V :* Mais c’est à  lui d’en décider, moi je veux juste le signaler, c’est tout. Vous voudriez m’entendre dire ce que je suis moi-même incapable de dire, je ne le peux pas, je ne sais pas ce qu’il faut faire ensuite, ou alors il faut que je cherche une autre façon de retrouver une certaine plénitude.

Et aujourd’hui, j’espérais qu’il se confesserait ouvertement devant la famille, qu’il dise ce qu’il a fait. En présence de tout le monde.

*GD :* Il va le faire.

*V :* C’est tout ce que j’attendais pour l’instant. On ferait mieux d’y aller tout de suite et après on verra, si rien ne se passe alors, je m’adresserai au pape.

*GD :* Le pape n’est pas si accessible, tu sais¦

*V :* Mais vous pourriez arranger ça, les faits me paraissent assez graves pour être signalés en aussi haut lieu, à  moins que vous ne vouliez rester en dehors de tout ça. C’est bien le cas, manifestement.

*GD :* Je n’ai rien à  voir avec tout ça.

*V :* Je me demande bien ce qu’on fait là  alors. J’avais demandé à  rencontrer son supérieur et ce n’est vraisemblablement pas le cas.

*GD :* Je peux aussi prodiguer des conseils.

*V :* Si je commets une faute à  mon travail, mon patron devra aussi être mis au courant. J’ai pensé qu’il y avait lieu de faire la même chose.

*GD :* C’est lui qui porte l’entière responsabilité de s’être très mal comporté.

*V :* Qu’en pensez-vous de ce qu’il a fait ?

*GD :* Qu’on ne peut pas agir de la sorte¦

*V :* Qu’on ne peut pas faire ça et que c’est inexcusable, et qu’il ne peut pas continuer à  exercer ses fonctions, c’est bien ce que je pense et c’est bel et bien la plus normale des réactions. Comment peut-on encore vivre en supportant une telle hypocrisie ?

*GD :* C’est à  lui qu’il faut le demander.

*V :* Mais c’est à  vous que je demande conseil.

*GD : Ah oui¦ Vous pourriez aussi demander pardon, et vous repentir.*

* V :* à€ qui dois-je demander pardon ? Ai-je quelque chose à  me faire pardonner ?

*GD :* C’est à  lui de le faire, c’est vrai.

*V :* Et l’affaire serait close.

*GD : Je ne vois pas quel bien vous tireriez en exposant tout au grand jour, ni pour vous ni pour lui.*

* V :* Je continue à  croire que la vie privée des victimes doit être préservée. Aucun nom ne doit être prononcé.

*GD : Oui, mais le voilà  quand même dans de sales draps.*

* V :* Moi aussi j’ai été dans de sales draps pendant toute ma vie et je ne veux plus céder à  la pitié. Je veux me battre, il le faut pour moi, pour être enfin au clair avec moi-même en ayant fait ce que j’ai à  faire.

J’ai été dans une école catholique et élevé dans la foi. Je vois chanceler cette grande institution, je lis aussi le journal, et c’est pourquoi je considère le fait d’agir comme un devoir.

Quelle foi puis-je transmettre à  mes enfants, sur de telles bases ? à‡a ne va pas du tout, on ne fait que repasser le témoin à  la prochaine génération. Et tout restera toujours comme cela a toujours été. Ce n’est pas ça que veut l’Eglise.

*GD :* Non, pas plus que de jeter l’opprobre sur qui que ce soit.

*V :* Proposez-moi autre chose alors. à€ moi de pardonner et tout est résolu.

*GD :* Non, non, non.

*V :* Et il pourra continuer sa vie comme si de rien n’était.

*GD :* On peut aussi le voir autrement, de toute façon il part à  la retraite dans moins d’un an, et il peut dire, par exemple : /« Je n’interviendrai plus à  la télévision »/, quelque chose comme ça, jusqu’à  ce que l’année soit écoulée.

*V :* Non, je veux remettre l’affaire dans vos mains, et que vous preniez une décision.

*GD :* C’est comme une forme de chantage, hein, de dire : /« Voilà , faites quelque chose. »/

*V :* Pardon ?

*GD :* Vous pouvez nous menacer en disant : /« Si vous ne faites rien, alors¦ »/

*V :* Pourquoi voudrais-je vous faire chanter ? Je ne ferai chanter personne.

*GD :* Bon, en disant par exemple : /« Ils ne font rien. »/ Et tout révéler publiquement¦

*V :* Laissez-moi alors une toute dernière chance [de l’éviter, NDLR], je vous offre encore une fois la possibilité d’intervenir au sein de l’Eglise, parce que je ne suis pas moi-même en état de décider ce qu’il faut faire et d’y voir assez clair pour répondre clairement à  la question.

C’est pourquoi j’ai préféré me tourner vers votre institution, qui doit bien disposer de quelqu’un pour faire face à  ce genre de problème particulier. Ce n’est pas la première fois que de tels faits se produisent. Je pense qu’il doit bien y avoir quelque chose, un dispositif, chargé de recueillir les témoignages et de statuer sur ce qu’il faut en faire.

Nous sommes contraints de nous marier devant lui, devant tout le monde, c’est lui qui baptise nos enfants. Qu’est-ce que je peux leur dire ? Je viens de dire à  mon fils aîné : /« Ecoute, ça m’est arrivé, à  moi aussi. »/ Il faut tout de même qu’ils sachent ce qui est arrivé. Il faut tout de même bien l’admettre, et que ça n’aille pas plus loin. On ne peut pas rester là  à  attendre que tout se résolve de soi-même, ce n’est tout de même pas la bonne solution, hein ?

*GD : Ah ! Nous pouvons aussi, comme je l’ai déjà  dit, demander pardon et pardonner en retour, c’est aussi une autre possibilité.*

* V :* Cela m’est impossible, je n’y crois plus. En revoyant tout ce qui s’est produit¦ Non, c’est hors de question.

*GD :* De tels agissements ont toujours existé et existeront toujours, et pas seulement dans l’Eglise, vous savez. C’est très grave et ce sera toujours aussi grave, on n’y changera rien. Mais euh¦ Oui, voyez-vous, lorsqu’on se repent, on n’est plus seul à  supporter notre peine. C’est aussi une alternative.

*V :* Bien sà»r, comme ça, au moins, vous seriez tranquilles, hein ?

*GD :* Oh, je ne crois pas que ce soit aussi simple. Ce n’est pas si facile de se repentir comme ça, en public. Ce n’est vraiment pas si simple.

*V :* à‡a ne me paraît pourtant pas si difficile.

*GD :* C’est plus compliqué qu’il n’y paraît.

*V :* Je dois aussi penser à  la famille.

*GD :* Vous voudriez peut-être qu’il soit destitué, par exemple ?

*V :* Ah oui, bien sà»r !

*GD :* Eh bien, ce n’est pas si simple.

*V :* Je n’en sais rien, bien sà»r que ça me paraîtrait juste. C’est tout à  fait logique. Si je devais provoquer un accident en état d’ivresse, je trouverais normal qu’on me punisse.

*GD :* Justice doit être faite. *Mais certaines peines doivent être prononcées publiquement et d’autres à  huis clos ; il y a une grande différence.* Votre nom sera divulgué. On vous traînera dans la boue¦

*V :* Mon nom ?

*GD :* Son nom.

*V :* Lui aussi m’a traîné dans la boue pendant toute ma vie. Depuis que j’ai eu 5 ans jusqu’à  mes 18 ans. Vous vous rendez compte ?

*GD :* Oui, je conçois à  quel point ça a été terrible¦ à‰videmment.

*V :* Une chose est sà»re : vous ne concevez absolument rien !

*GD :* Alors, le repentir ne serait pas suffisant ? Si vous y consentez, ils pourront dire ce qu’ils veulent. Avec votre accord, je donnerai l’absolution¦

*V :* à‡a me paraît insuffisant.

*GD :* Mais, c’est tout de même assez humiliant [de se repentir, NDLR], non ?

*V :* Moi aussi j’ai été humilié.

*GD :* Je ne prétends pas le contraire.

*V :* J’ai aussi dà» endurer tout ce qu’il m’a fait subir. Pour lui aussi, c’est la seule façon, la plus sincère et la plus facile, de se préparer à  bien mourir, en assumant sa responsabilité. Il en sera aussi grandement soulagé. Et c’est pourquoi il est indispensable de se traîner dans la boue et de traverser toutes les épreuves, pour se réconcilier avec soi-même.

*GD : C’est bien sévère, comme exigence. C’est extrêmement sévère d’exposer qui que ce soit à  s’humilier publiquement.*

* V :* Ce n’est pas nécessaire. Il doit seulement arrêter.

*GD :* Ah oui, c’est bien ça qui est humiliant : devoir arrêter [sa carrière, NDLR].

*V :* Oui, oui.

*GD :* Les gens diront alors : pourquoi arrête-t-il ? Et ils le sauront vite, pourquoi il a dà» arrêter. Ils trouveront bien, croyez-moi. C’est plutôt rude, vraiment¦

*V :* Mais pourquoi avez-vous tant de compassion à  son égard et si peu vis-à -vis de moi ?

*GD :* Je n’ai rien dit de tel.

*V :* Vous passez votre temps à  prendre sa défense, j’espérais trouver un minimum de soutien et je suis là  à  essayer de me défendre alors que je n’y suis pour rien.

*GD :* Non, je ne dis pas que vous y êtes pour quoi que ce soit, mais il faut chercher une autre voie.

*V :* Mais quelle autre voie ?

*GD :* Celle du repentir, pour commencer.

*V :* Et ça vous paraît suffisant ?

*GD :* Comme vous dites¦

*V :* Mais dans ce cas, qu’est-ce que je viens faire ici ? à‡a fait déjà  longtemps qu’il aurait pu le faire, et tout ceci serait inutile. Mon père lui en avait déjà  parlé quand j’ai eu 18 ans. Un quart de siècle plus tard, il n’a toujours pas demandé le moindre pardon. S’il l’avait fait avant, on n’en serait peut-être jamais arrivé à  de telles extrémités.

Non, je n’accepterai pas qu’il tire tout simplement sa révérence en toute innocence et avec les honneurs, et qu’on n’en parle plus. Pendant toutes ces années il n’a jamais assumé sa propre responsabilité et je souhaite que vous-mêmes, en tant que supérieurs, preniez désormais les vôtres. C’est tout le sens de ma démarche.

*GD :* Oui, et je n’y peux rien car je n’y suis pour rien.

*V :* Eh bien, puisque c’est comme ça, nous n’avons plus rien à  nous dire. Mieux vaut en rester là . Ce n’est pas à  vous que je devrais parler si vous n’êtes pas prêt à  intervenir.

*GD : *Non, pas de manière directe, en tout cas. Non, non, vous m’en demandez beaucoup trop¦

second entretien

Participants :

Roger Vangheluwe (RV)

Godfried Danneels (GD)

La victime (V)

Famille de la victime (F)

*RV :* Vous m’avez donc demandé d’admettre ici tout à  fait clairement de quelle façon inexcusable j’ai sexuellement abusé de V depuis ses 5 ou 6 ans, je crois, jusqu’à  ce qu’il soit parvenu à  l’âge de 18 ans¦ Lors de chacune de nos rencontres, soit chez vous, soit chez nous, que j’ai donc chaque fois, euh¦ traité V d’une façon répréhensible.

Et que ce que j’ai¦ oui, euh, fait là  pendant toutes ces années, qu’aujourd’hui plus qu’alors “ je ne m’en rendais pas compte alors, avant de le réaliser pleinement “ je reconnaisse dans toute son ampleur le mal que j’ai pu faire et à  quel point les conséquences de ce qui s’est produit à  cette époque ont été désastreuses pour V, ainsi que pour chacun d’entre vous, et que je suis soucieux de faire tout ce que je peux pour tenter d’y remédier mais¦ Euh, je suis disposé à  faire tout ce que tu demandes, et naturellement je ne demande pas mieux que tu, malgré mes fautes et tout ce qui a eu lieu, que tu veuilles un peu¦ que je puisse encore y faire quelque chose.

*GD :* Bien, euh¦ Regrettes-tu tes actes et implores-tu pardon ? Ou, euh¦

*RV :* Je le regrette amèrement et j’ai prié V de me pardonner, si tant est que je puisse l’être. Je sais que ce que je demande là  est extrêmement difficile. Mais je le demande en toute sincérité, si néanmoins cela t’était possible¦

Car je ne me le pardonne pas moi-même. Oui, je suis sincèrement désolé d’avoir détruit tellement de vies.

*GD :* Oui, c’est euh¦ Rien, rien, ce sont des faits très graves, hein Roger ? C’est extrêmement grave, n’est-ce pas. Allez, vous devez en tout état de cause reconnaître que ça n’a rien de banal.

Je trouve qu’on doit clairement insister là -dessus, ce n’est pas juste comme un écart de conduite, mais ça a été une faute excessivement dramatique, et je le pense moi-même personnellement qu’il s’agit là  d’une faute vraiment très sérieuse.

Ah oui, que peut-on faire d’autre que de dire : /« à‰coute, je suis vraiment navré. »/ Il faut tâcher autant que possible de réparer et rien n’est jamais complètement réparable. Il faut en tenir compte¦ Il ne suffit pas de mettre les choses à  plat. *Oui, comme je te vois, tu es aussi dans cette souffrance, pas seulement V, mais lui aussi.*

* RV :* Je suis soulagé de pouvoir en parler. Moi aussi, ça me libère un peu¦ Je ne peux évoquer cela devant personne, tandis que vous pouvez encore au moins un peu en parler entre vous, mais cela fait plus de 20 ans que j’ai ça sur la conscience, encore et toujours, et des années que je recherche des solutions, bonnes et moins bonnes, dans la mesure du possible, et je serais curieux de savoir comment y parvenir et ce que je pourrais encore faire sans vous causer encore plus de dommages.

*GD :* Oui¦ Ce n’est pas simple, hein.

*F :* C’est irréparable.

*GD :* Il nous faut considérer ce qui pourrait éventuellement encore être fait, *mais je trouve vraiment déjà  ça très important qu’il dise clairement : « Ce que j’ai fait est extrêmement grave et je vous prie instamment de m’accorder votre pardon. »* C’est un grand pas. Il serait peut-être bon que de le refaire en présence de toute la famille, afin que tout le monde puisse l’entendre.

*F :* Tu as amené toute notre famille à  se déchirer.

*RV :* Oui, j’ai détruit notre famille, c’est un désastre.

*GD :* Oui, c’est très pénible. Qu’en pensez-vous, V ?¦

(¦)

La discussion se poursuit, sans toutefois aboutir à  aucune issue. Roger Vangheluwe refuse d’être contraint à  démissionner.

analyse

Obstruction

Formellement, le cardinal n’interdit pas à  la victime de divulguer les faits. Mais il s’emploie à  l’en dissuader. Il suggère d’attendre que l’évêque pédophile accède à  la retraite (en novembre 2011, au plus tôt), espérant lui épargner l’humiliation d’une démission. Le cardinal protège un ami, un prélat qui a partagé sa gestion de l’Eglise catholique belge, pendant 25 ans (de 1985 à  2010).

Parjure

Le cardinal entend aussi préserver la réputation de l’Eglise. Quitte à  démentir le serment de transparence prononcé par l’archevêque Léonard, dans son homélie de Pâques (quatre jours avant les conversations du 8 avril) : « Pendant des décennies, admet André Léonard, l’Eglise a mal géré le problème de la pédophilie en son sein alors qu’elle avait toutes les raisons évangéliques de veiller au respect de la dignité de ces enfants. Par un silence coupable, on a souvent préféré la réputation de certains hommes d’Eglise à  l’honneur de ces enfants abusés. » Edifiant.

Intimidation

« Je reconnais là  le discours habituel, réagit le prêtre à  la retraite Rik Devillé, animateur du groupe Droits de l’homme dans l’Eglise : culpabilisation des victimes et déresponsabilisation de la hiérarchie¦ En 18 ans d’activité, jamais les évêques n’ont eu d’écoute pour les abus que nous leur soumettions. On parle de 5.000 victimes en Belgique. Qu’attend-on pour lancer une commission parlementaire d’enquête ? »

Mutisme

L’archevêque Léonard, qui a su se montrer intraitable avec M. Vangheluwe, n’a pas réagi au verbatim des conversations du 8 avril¦ « Il réfléchit, depuis la démission de la commission chargée de traiter les cas d’abus sexuels commis par des prêtres, à  une nouvelle manière d’assurer l’écoute des victimes », commente le jésuite Tommy Scholtes. Mais pas question, pour l’heure, d’établir, comme en Irlande, une commission d’enquête gouvernementale. Il est vrai que le rapport Murphy, qui concluait à  la protection des abuseurs par l’Eglise et la police, a entraîné la démission de quatre évêques.

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