Jean Couty, Un pinceau, un coeur

Jean Couty (1907-1991), exprime sa sensibilité par une très abondante production. Il a aimé peindre sa ville, Lyon, surtout Fourvière et la cathédrale
Saint-Jean, mais aussi les grandes églises romanes de France et tout naturellement les hommes et les femmes (anonymes ou figures célèbres) qu’il a côtoyés. De son vivant et après sa mort, de nombreuses expositions, en France et à  l’étranger, ont rendu hommage au talent de Jean Couty.

En mars 2010, le Musée d’art religieux de Fourvière accueillera une soixantaine
de ses oeuvres majeures et inédites. Pourquoi une nouvelle exposition à 
Lyon, après celle du Musée Paul Dini (2002), après celle de Vogà¼é (Ardèche, 2006), celle du centenaire de sa naissance (Hôtel-Dieu) et celle du Musée des
Beaux-Arts de Lyon ?

Le projet du Musée de Fourvière tend à  montrer « l’âme de l’artiste », sa culture chrétienne, sa sensibilité humaniste qui lui ont permis de reconnaître en chaque homme, un frère. Modestes églises de villages, édifices lyonnais, scènes de la vie quotidienne, souvenirs de voyages, tout dans l’oeuvre est prétexte à  la œlumière.

Grâce à  des oeuvres connues, mais très peu montrées comme le Benedicite (collection Musée des Hospices Civils de Lyon) ou d’autres totalement inédites, le visiteur approchera cette humanité qui rend l’artiste si attachant bien au delà  du confluent du Rhône et de la Saône.

L’exposition s’articule en quatre parties distinctes :
Couty, peintre des églises romanes, peintre de Lyon,
Couty et la prière des hommes,
Coutyet la souffrance des hommes,
Couty et le travail des hommes.

Parce qu’il sait recueillir l’âme d’un lieu, qu’il sait être perméable à  sa beauté et à  sa majesté, Jean Couty est capable de rendre à  la toile blanche un supplément d’âme. Vues de Lyon, églises romanes sont, sans-doute, la partie de l’oeuvre du peintre, la plus connue.

La prière des hommes
parce qu’il sait qu’il est membre de l’Eglise universelle, il perçoit que chacun peut y trouver sa place à  part entière, du simple sacristain d’une église
de campagne, jusqu’au Vatican.

La souffrance des hommes
parce qu’il est sensible aux détresses – énormes (tremblement de terre au Liban) ou personnelles (parabole des fous) des hommes, Couty y puise l’occasion de rendre hommage au courage humain.

Le travail des hommes
parce qu’il sait reconnaître en chaque homme, l’étincelle de lumière, il s’adresse à  tous : ouvriers des chantiers, paysans moissonnant, mères allaitant, filles de joie… Couty est un homme attentif à  tous ceux qui vivent
autour de lui, et veut leur rendre hommage dans leur quotidien.

Contact :
Musée d’art religieux de Fourvière
8, place de Fourvière – 69005 Lyon.
Ouvert tous les jours sauf dimanche de Pâques
de 10 h à  12 h 30 et de 14 h à  17h30.
04 78 25 13 01 – www.lyon-fourviere.com

LES CONFERENCES DE CAREME DE GOLIAS : les tentations de Jésus au désert (3/3)

Les deux autres tentations du séjour au désert peuvent donner lieu à  des commentaires innombrables. Quelques remarques sur l’ordre choisi par chacun des deux évangélistes qui les rapportent, Matthieu et Luc sont déjà  bien éclairantes. Comme Matthieu garde le même ordre pour les tentations que le Deutéronome, on sait que c’est Luc qui modifie délibérément la tradition qu’il a reçue.

Matthieu s’adresse à  des judéo-chrétiens

Les lecteurs de Matthieu sont des chrétiens d’origine juive. Après le miracle de la manne, qui nourrit dans le désert, c’est le Temple qui symbolise le rapport d’Israà«l à  son Dieu. L’intronisation d’un messie, élu de Dieu, Fils Bien aimé, pourrait être une descente en gloire depuis le faîte du temple ; alors, il n’y aurait nul doute sur son identité et sa mission. « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » : les anges te protègeront et surtout ce miracle attestera de manière indubitable ton identité et ta mission.

Dans l’évangile de Matthieu, la vision tentatrice de la manifestation publique à  partir du sommet du temple (le terme de toit affaiblirait la force symbolique de l’idée de venir du haut du Temple, c’est-à -dire depuis le ciel¦) a un répondant : c’est l’entrée messianique à  Jérusalem (Mt 21, 1-11), attestée par les quatre évangélistes. En Matthieu, elle est centrée sur l’identité de Jésus : « Qui est-ce ? », dit-on dans toute la ville (Mt 21, 10), et la réponse est une reconnaissance de sa fonction de prophète (Mt 21, 11) qui prend appui sur Za 9, 9 « Pousse des acclamations, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s’avance vers toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne ». L’entrée modeste du messie à  Jérusalem répond au refus de la tentation d’une manifestation de gloire depuis le haut du temple.

La troisième tentation, qui vise la domination de tous les royaumes du monde avec leur gloire, correspond alors clairement à  l’attente de voir le règne de Dieu s’établir autour de la prééminence politique d’Israà«l, attente messianique attestée dans nombre de passage du Premier Testament. Il s’agit bien d’une possession, mais aussi et surtout d’une domination, clairement présentée par le texte comme ce qui résulterait du pacte avec le diable. Ce thème du pacte avec le diable, particulièrement illustré dans la culture occidentale par le personnage de Faust, trouve ici son ancrage.

Car l’enjeu du texte de Matthieu, c’est bien la souveraineté de Dieu et de lui seul, comme en témoigne la réplique de Jésus, reprise du Décalogue (Dt 6, 13) : « Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c’est à  lui seul que tu rendras un culte », commandement adossé à  la mémoire de la libération : « Garde-toi bien d’oublier le Seigneur qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude » (Dt 6, 12). Le souvenir de l’esclavage subi, et celui de la puissance du Dieu qui libère, sont essentiels à  la compréhension du sens de l’adoration de Dieu et de lui seul, comme à  celui de la régulation des relations entre les peuples, ainsi que du désir de richesses, de pouvoir et de gloire. C’est bien la reconnaissance de la juste adoration de Dieu et de lui seul, du refus de toutes les aliénations, de soi-même comme de l’autre, qui déjoue les tentations qui chez Matthieu sont centrées sur le Temple et sur le culte (à  qui l’adresser¦). En refusant les séductions de Satan, Jésus clarifie et purifie les tentations, toujours renaissantes, internes au messianisme d’Israà«l¦

Luc s’adresse à  des pagano-chrétiens

Pour les pagano-chrétiens auxquels s’adresse Luc, le temple n’est plus aussi central, et la question est d’abord celle de la puissance ; la formulation de la deuxième tentation est très claire sur ce point : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, parce que c’est à  moi qu’il a été remis et que je le donne à  qui je veux ». Il s’agit donc de savoir qui dispose de la puissance et de la richesse, le terme de gloire évoquant cette fois moins le messianisme que l’éclat des empires terrestres. La profession de foi qui revendique l’adoration du seul Dieu (Lc 4, 7 // Dt 6, 13), toujours repris des commandements fondamentaux, signifie donc d’abord le choix vital entre l’adoration de Dieu seul et la croyance que le bien suprême réside dans la puissance, l’éclat et la richesse que l’on pourrait se procurer par les moyens du diable, en faisant du diable son Dieu. Une traduction simple serait : tous les moyens sont bons pour le pouvoir et la gloire, biens suprêmes ; ce que l’auteur biblique interprète : le pouvoir et la gloire à  tout prix, c’est adorer le diable.

La deuxième tentation partait de ce panoramique, vue d’ensemble sur tous les royaumes de la terre c’est-à -dire sur tous les Etats, mais sans doute aussi sur tout ce qui est une possession désirable, tout domaine source de puissance et de gloire : on pourrait y inclure la célébrité bien sà»r, le savoir, l’influence, etc. Cette fois, pour la troisième tentation, l’objectif se focalise sur Jérusalem, sur le faîte du Temple. La tentation semble la même que chez Matthieu : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas » (Lc 4, 9). Néanmoins, le contexte insiste moins sur la manifestation messianique, et davantage sur la protection sur laquelle Jésus pourrait compter : « Il donnera pour toi ordre à  ses anges de te garder » (Lc 4, 10, repris de Ps 91, 11) et « Ils te porteront sur leurs mains pour t’éviter de heurter du pied quelque pierre » (Lc 4, 11, repris de Ps 91, 12). La différence d’intention entre les deux évangélistes reprenant la même citation (d’après le texte grec de la Septante) est manifeste : « Il donnera pour toi des ordres à  ses anges » dit Matthieu (Mt 4, 6) “ c’est la souveraineté messianique qui est connotée ; tandis que la version lucanienne citée ci-dessus ajoute l’idée de protection : « Il donnera pour toi ordre à  ses anges de te garder ». La tentation, ici, serait donc de se croire protégé quoi que l’on fasse, de ne pas prendre garde à  soi, du fait que l’on compterait sur la protection divine. Ce qui vaut d’abord, comme le psaume 91 l’atteste, pour tout homme qui met en Dieu sa confiance vaut à  plus forte raison pour Jésus : il peut compter sur la protection de Dieu. Mais même Jésus, s’il détournait le sens de cette confiance pour en faire une sorte de bouclier miraculeux et se départir de la réflexion et de toute prudence, s’il se mettait en danger pour briller aux yeux des hommes, détournerait l’héritage biblique pour en faire la parole qu’utilise le diable : il s’agirait d’une perversion de la foi.

La réponse de Jésus est claire : « Tu ne mettras pas à  l’épreuve le Seigneur ton Dieu » (Dt 6, 16, parmi bien d’autres occurrences). C’est donc une provocation que déjoue Jésus, celle de se croire tout-puissant, au dessus des dangers et des contingences. Celle de faire le Dieu sans corps¦
En Matthieu, la provocation portait plus sur l’arrogance à  se présenter d’emblée revêtu de la puissance divine, tandis qu’en Luc, elle vise, au-delà  de Jésus lui-même, le disciple qui au nom de Dieu croirait tout possible et tout permis. Comme la première tentation qui portait sur la faim, cette troisième tentation, dans la version lucanienne, invite à  ne pas oublier que nous avons un corps, c’est-à -dire des besoins et des limites, et que même la proclamation de la Bonne nouvelle de Dieu ne justifie pas de négliger les limites de ses forces, les conditions possibles aux hommes qui peuvent marcher mais non voler, qui ont besoin de dormir et de manger, et qui travaillent pour vivre “ bref qui ne peuvent d’en remettre au bon vouloir de Dieu pour assurer leur protection en toute situation, en prenant de manière irresponsable tous les risques (que ce soit par ascèse ou par irresponsabilité) même lorsqu’ils travaillent au service de l’annonce du royaume de Dieu¦

O๠sont les tentations ?
Pour Jésus, selon ces récits, les tentations sont l’identification claire des conditions de fidélité à  sa mission. Il s’agit de l’expression concrète de ce que signifie l’intronisation du baptême que chacun des synoptiques rapporte juste avant cet épisode.
Pour la proclamation de Jésus-Christ, le récit des tentations signifie la démarcation par rapport aux formes de messianisme triomphant que pouvait attendre Israà«l. Il s’agit de reconnaître les caractéristiques spécifiques du messianisme de Jésus, à  la lumière de l’Ecriture mais contre certaines interprétations possibles de cette même Ecriture. Ce sont clairement des récits polémiques, en même temps que des récits parénétiques (c’est-à -dire d’enseignement moral et d’encouragement) pour fournir aux nouveaux chrétiens, qu’ils soient d’otigine juive ou d’origine païenne, la charte de vuie de la Nouvelle Alliance. Le texte de Marc souligne le fait de l’affrontement aux tentations, celui de Matthieu montre le sens de la messianité de Jésus, celui de Luc, sans perdre de vue cette signification, élargit la portée des tentations à  l’évaluation plus générale des biens qui peuvent nous séduire jusqu’à  rendre un culte au diable, et des dangers d’une confiance idolâtrique en la protection de Dieu qui revient à  faire de soi-même un Dieu.
L’application anthropologique de ces textes, pour y voir les tentations fondamentales de tout homme, est d’autant plus légitime que l’ancrage vétéro-testamentaire s’appuie sur des textes qui concerne tout membre d’Israà«l : le Décalogue, et le psaume 91, avec à  l’arrière-plan le souvenir de la libération d’Egypte.
Dans ces tentations fondamentales, différentes selon la position (juif ou païen) par rapport à  la nouveauté de Jésus, ce qui importe c’est que Dieu soit Dieu, et que son envoyé ne dénature pas la relation fondamentale entre Dieu et l’homme. Il est remarquable que les propos de Satan soient tout autant imprégnés de l’Ecriture que ceux de Jésus : ce n’est pas le recours à  un langage religieux qui suffit à  garantir contre la perversion de cet héritage religieux¦

Selon Luc, après la troisième tentation « ayant épuisé toute tentation possible, le diable s’écarta de lui jusqu’au moment fixé » (la passion). Vous avez remarqué ? Dans ces trois tentations fondamentales, il n’est rien sur le contrôle de la vie sexuelle des gens. Je ne vois guère d’intrusion des Evangiles dans l’intimité de la vie sexuelle “ à  part, en Jean 2, le travail de vérité que Jésus fait faire à  la Samaritaine qu’il amène à  désirer l’eau vive, de façon à  ce qu’elle prenne en compte toute sa vie, si complexe et bouleversée qu’elle ait été ; et en Jean 8, l’indulgence pour la femme adultère “ seul celui qui n’a pas péché serait en droit d’appliquer la loi dans sa sévérité¦ “, au début du chapitre (8, 1-11), juste avant la sévérité sas appel de Jésus contre ceux qui refusent la lumière alors qu’ils se réclament d’Abraham. Ce n’est donc pas dans la question de la sexualité, mais dans la juste reconnaissnce des paroles venues de Dieu, que se jouent, selon les traditions évangéliques, les obstacles et les tentations fondamentales par rapport à  la prédication de Jésus et à  la proximité du « Royaume de Dieu »¦ Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? Sans doute notre rapport à  la sexualité reflète-t-il beaucoup de notre rapport à  la vérité, à  nous-mêmes et à  l’autre. Mais pourquoi devrait-il etre régulé par une autorité religieuse extérieure ? Les évangiles nous montrent en tout cas que la parole religieuse a plus essentiel à  dire, et à  dire de façon juste, car même la référence à  l’Ecriture peut etre parole du diable et non de Dieu. Il importe donc de réflechir de près à  ces textes qui sont l’éducation du discernement tant de la mission des envoyés de Dieu que de la vie parmi les autress.
Ne nous trompons pas sur ce qu’est le mal. Mais prenons au sérieux le risque de dévier de l’appel fondamental à  exister, à  vivre vraiment en soi-même, comme avec et pour les autres. Si notre esprit ou l’Esprit nous pousse au désert, c’est pour que le discernement se fasse, et nous libère de toutes les influences aliénantes, nous éveillant au plus singulier de notre identité. En admettant qu’il y ait quelque chose d’historique dans les récits de tentation de Jésus, il semble que lui le savait déjà . Et les évangélistes ont su nous le signifier.

Et tous nous avons sans doute à  apprendre que vraiment nous sommes appelés à  être à  notre tour des « fils bien aimés » de Dieu, c’est-à -dire avant tout des hommes et des femmes qui vivent pleinement leur humanité, qui acceptent et supportent peu à  peu les manques, qui font reculer les peurs et qui se gardent des compromissions.

Dominique bourdin, juin 2009

L’Institut pontifical de musique sacrée et le droit des travailleurs

Le fait n’est pas très fréquent. Un tribunal italien vient de condamner un organisme du Vatican à  payer une forte somme d’argent. La sentence a été émise par un Tribunal de Rome aux détriments de l’Institut Pontifical de Musique Sacrée.

Cette institution universitaire de bon niveau a été créée par le Saint-Siège dans le but d’étudier et de promouvoir la musique sacrée. Il jouit en principe des privilèges de l’extraterritorialité. Ce qui ne l’a pas empêché d’être condamné à  verser la somme importante de 143.407 à  Franciscus Maria Kok, un enseignant de latin et de liturgie sacrée qui a travaillé au sein de l’Institut pendant huit ans de 1991 à  1999. Le tribunal a en effet reconnu que cet enseignant avait été « sous-payé », et qu’il avait donc subi un préjudice. Lequel préjudice exige réparation. Le juge qui s’appelle Alessandro Coco a en effet estimé que le Vatican ne pouvait se dispenser d’indemniser son salarié injustement traité. L’institution ecclésiastique n’échappe donc plus au lot commun qui est de devoir traiter de façon juste les personnes et ce dans toutes les circonstances.

Kok avait d’ailleurs été licencié. Selon lui sans raison fondée et uniquement parce qu’il osait revendiquer d’être mieux payé. C’est pourquoi le professeur viré s’est adressé au tribunal de travail. Sur ce point, et sans contester sur le fond l’accusation de l’intéressé, le tribunal ne lui a pas donné suite : en effet la jurisprudence exigerait là  une preuve très rigoureusement établie.

Cette affaire dure depuis…plus de dix ans. Kok s’était d’abord tourné, comme le prévoient les dispositions internes du Vatican, à  un Collège de conciliation, sans succès. Le professeur de musique s’est alors adressé à  la justice civile.

Au-delà  sans doute du cas particulier, il faut saluer un pas en avant à  bien des égards. L’idée selon laquelle un ecclésiastique ou une institution du même type pouvait échapper à  la loi commune semble avoir fait son temps, malgré encore des réticences en ce sens.

L’ouverture de cette brèche pourrait constituer l’occasion de remettre sur le tapis un certain nombre de problèmes et de dénoncer certaines situations objectivement scandaleuses. Comme celle d’ex-prêtres ou d’ex-religieuses (les plus mal loties) souvent totalement privés d’une retraite convenable.

Trop souvent en effet, comme le souligne le théologien Hans Kà¼ng, l’institution ecclésiastique se gargarise des droits de l’homme que les autres doivent respecter. Ce dont elle se dispense souvent en large part…

CUBA : Au sujet de la mort d’un prisonnier cubain, lettre ouverte au « Monde »

Lettre ouverte au journal Le Monde
« L’article que je viens de lire dans votre journal sur la mort de Zapata Tamayo m’interroge une fois de plus sur votre respect de la déontologie journalistique. Vous fiant à  une seule source, vous n’en vérifiez pas la véracité et ne prenez pour argent comptant que les déclarations condamnant Cuba et sa Révolution.

Ainsi avez-vous omis d’écrire la moindre ligne sur l’aide médicale cubaine en Haiti qui existe déjà  depuis dix ans et se poursuivra bien après que le dernier médecin français ou états-unien aura quitté l’île.

Votre papier commence par une insinuation contraire aux faits : Tamayo a bien été arrêté en 2003 mais il ne faisait pas partie des 75 « dissidents ».

Vous vous déclarez surpris des regrets exprimés par le Président Raoul Castro, c’est mal connaître le respect de la vie humaine qui caractérise la Révolution cubaine. Les seuls à  se réjouir de cette mort sont justement ceux la, les fameux « dissidents » qui ont enfin leur « martyr ».
Les charognards sont de sortie.

Comme vous le dites vous-mêmes, et comme ils le reconnaissent c’est la première fois qu’un tel drame se produit depuis 1972. C’est toujours un drame ! Mais n’oublions pas ceux contre lesquels nous pourrions nous révolter ici même.
Et demandons nous si Cuba doit être la première sur la liste des condamnés.

Nous aurions aimé de votre part comme d’ailleurs de tous les pays de l’Union Européenne autant de compassion et d’écoute pour les 115 suicidés dans les prisons françaises en 2009.

Quant aux « dissidents » si la seule source que vous retenez pour attribuer le titre de prisonnier politique (à  un cubain) ce sont les déclarations des amis de ces prisonniers politiques, il y en a en France (basques, corses, etc.) bien plus qu’à  l’île du « diable » qu’est Cuba, sans oublier chez nous la criminalisation de l’action syndicale et j’en passe.

Sur les méthodes policières ou l’état des prisons la France n’a pas de leçon à  recevoir en matière de maltraitance ou de violation des droits de l’homme :

Plusieurs policiers sont soupçonnés d’avoir provoqué la mort d’Abdelhakim Ajimi lors de son interpellation à  Grasse (France) le 9 mai 2008.

Les deux policiers soupçonnés d’avoir tué Abdelhakim Ajimi ont été convoqués devant le juge d’instruction le 16 décembre, mais ils n’ont pas encore été mis en examen. Leur avocat a affirmé qu’ils avaient agi conformément à  la formation qu’ils avaient reçue, en utilisant les techniques en vigueur. Tous les policiers impliqués dans l’affaire continuent à  exercer leurs fonctions tandis que l’enquête se poursuit.

Dans nos prisons, il y avait 63277 détenus pour 51000 places en juin 2009. Chaque détenu disposait de : 2,4 à  4 m2 d’espace de vie. La densité moyenne 126% ( Europe 102 % ) dans certains cas le taux de surpopulation peut aller jusqu’à  200%. En plus des 115 suicides en 2009; il y a eu 3 tentatives par jour et 3 débuts de grève de la faim par jour. Plus de 30% des détenus n’ont pas encore été jugés.

Aux Etats-Unis il y a eu 52 exécutions en 2009 et déjà  7 depuis le début de l’année 2010. Et Guantanamo n’a toujours pas fermé ses portes malgré les promesses d’Obama.

Nous espérons que des mesures de rétorsions seront prises afin de ramener ces 2 pays à  un meilleur respect des droits de l’Homme.

Quand aux vrais responsables de la mort de Tamayo, c’est chez ceux qui se servent aujourd’hui de sa mort qu’il faut les chercher. Parmi ceux qui ont recruté un marginal déjà  condamné dans les années 90 (pour escroquerie, blessures entre autres) pour le transformer en dissident et en faire leur martyr.

Les Etats-Unis : le blocus inhumain qu’ils ont imposé et leur agressivité permanente contre Cuba ont fait plusieurs milliers de victimes et d’handicapés et continue à  peser lourdement sur le développement de l’île. Ce sont eux qui financent grassement la « dissidence et cherchent à  déstabiliser Cuba. La guerre non déclarée contre Cuba n’a pas fini de faire des ravages. Et l’on ne peut demander à  un pays soumis à  une menace permanente de ne pas être méfiant. Quel pays accepterait comme une chose naturelle qu’un opposant soit financé par une puissance ennemie? En France même, la peine encourue est de 30 ans !

Obama, lui aussi, malgré les illusions qu’il avait créées, a maintenu de manière aberrante Cuba sur la liste des Etats terroristes et a reconduit le « trading with the ennemy act « [1] (

Alors oui Tamayo est une victime, mais d’abord une victime de la guerre sale que les à‰tats-Unis mènent contre Cuba depuis 50 ans. »

Dominique Leduc
source : (Blog Jean Lévy) http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-au-sujet-de-la-mort-d-un-prisonnier-cubain-un-fran-ais-repond-au-monde-45716276.html

CHRISTIAN VELOT : « Sans esprit critique, la science n’est plus la science mais une religion »

« Lanceur d’alerte » sur les risques liés à  l’utilisation des OGM, Christian Vélot est Maître de Conférence en Génétique Moléculaire à  l’Université Paris-Sud et directeur d’une équipe de recherche au sein de l’Institut de Génétique et Microbiologie à  Orsay.

Pensez vous que l’on maîtrise les conséquences de la transgénèse ?
On entend souvent dire que la technologie OGM est une technologie chirurgicale. Les mots ont leur importance, car quand on dit de quelque chose que c’est chirurgical, on sous-entend que l’on maîtrise tout. Or, il s’agit au contraire d’une technique totalement aléatoire dont on ne maîtrise pas grand chose. Pour introduire un transgène (CGA) dans des cellules de plante, il y a différentes techniques dont la plus fréquente est celle de la biolistique qui fait intervenir le canon à  gènes. On utilise des microbilles de tungstène, d’or ou de platine, qu’on va tremper dans la solution qui contient l’ADN (la CGA) que l’on veut faire rentrer dans la plante. L’ADN a une affinité pour ces revêtements, donc il vient tapisser les billes. Et avec un appareil qui ressemble à  un petit révolver (le canon à  gènes), on bombarde les cellules végétales en culture. Les billes vont passer à  travers, et au passage, de l’ADN va éventuellement rester dans les cellules en s’intégrant comme il peut dans les chromosomes des cellules la plante.

Non, ce n’est pas chirurgical car il est bien évident qu’avec ce type de technique, on ne maîtrise pas par exemple le nombre de gènes qui va s’intégrer dans la plante, le nombre de copies de gènes, les endroits o๠ils vont aller s’insérer… On a des possibilités techniques de le vérifier à  posteriori, mais ces possibilités ne nous disent jamais si on n’a pas perturbé des gènes naturels de la plante. Le seul cas o๠la transgénèse est ciblée, c’est-à -dire que l’on est capable d’intégrer la CGA à  un endroit précis, c’est chez la levure de boulangerie et les cellules souches embryonnaires, ce qui ne veut pas dire pour autant que l’on maîtrise là  encore toutes les conséquences de la transgénèse. Donc, le caractère extrêmement aléatoire de cette technologie devrait justifier que ces OGM soient évalués de manière extrêmement rigoureuse, tant sur le plan sanitaire que sur le plan environnemental. Or, ce n’est pas le cas : nous sommes dans une carence totale d’évaluation.

Les OGM cultivés sur la planète sont majoritairement des plantes à  pesticides. Est-ce dangereux de consommer ces plantes ?

Un pesticide est, je le rappelle, le terme générique qui englobe insecticide, fongicide et herbicide. Une plante à  pesticide, c’est une plante qui accumule ou qui est susceptible d’accumuler des pesticides. Parce qu’elle a été génétiquement modifiée pour en produire en permanence (cas du MON 810), non pas pour résister mais pour tuer l’insecte, c’est une plante insecticide. L’autre catégorie de plantes à  pesticides, ce sont des plantes qu’on a génétiquement modifiées pour leur permettre d’absorber un herbicide. Cet herbicide aurait dà» tuer la plante, mais elle va pouvoir l’absorber sans mourir.
Dans les deux cas, les plantes accumulent donc un pesticide soit par absorption (herbicide) soit par synthèse (insecticide). La moindre des choses serait donc que ces plantes GM soient évaluées en tant que pesticides. C’est le minimum qu’on est en droit de demander. Que deviennent ces molécules dans les plantes, chez l’animal qui mange la plante, chez l’homme qui a mangé l’animal qui a mangé la plante ou qui boit son lait, qui mange ses oeufs ¦ ? D’autant plus qu’on sait qu’un certain nombre de pesticides ont tendance à  s’accumuler dans la chaîne alimentaire, notamment au niveau du lait, des oeufs. La législation européenne sur les pesticides (directive 91-414) dit que pour qu’un de ces produits obtienne une autorisation de mise sur le marché, il doit avoir subi avec succès, entre autres, des tests toxicologiques de 3 mois sur 3 espèces animales différentes, dont le rat et la souris, plus des tests à  1 an, plus des tests à  2 ans sur le rat. Pourquoi 2 ans, parce que c’est la durée de vie d’un rat et cela permet de voir les effets du pesticide tout au long de la vie. Certes, on peut penser que c’est insuffisant, qu’il faudrait le faire sur des femelles en gestation, analyser la descendance, mais ça a au moins le mérite d’être clair et cadré.

Et qu’en est-il des OGM ?

En ce qui concerne les plantes OGM, qui sont donc des plantes à  pesticides, la directive européenne 2001-18, demande effectivement des tests à  moyen et long terme sur les OGM. Or, aucune plante pesticide n’a fait l’objet d’une évaluation de plus de 3 mois sur une seule espèce animale, le rat OU la souris. Et en plus, pour des raisons de secret industriel, ces tests sont faits par des laboratoires choisis par les firmes semencières, ce qui évidement, sans faire un procès d’intention aux firmes, va forcément poser des problèmes de transparence ! A partir du moment o๠on fait des tests qui montrent que l’OGM ne cause pas de problème pour la santé (comme on nous le prétend), pourquoi les cacher? Or, à  chaque fois qu’on a voulu avoir accès aux données brutes de ces tests, ça a été au prix de batailles juridiques et administratives monstrueuses pour surmonter le fameux secret industriel.

Vous avez un exemple ?

Ca a été le cas du « fameux » MON 863. Ce maïs Bt de la firme Monsanto n’est pas autorisé à  la culture en Europe, mais il est autorisé à  l’alimentation animale et humaine. Ce maïs a fait l’objet d’une évaluation commanditée par l’Allemagne qui était le pays évaluateur de cet OGM pour l’Europe. Ces études on bien sà»r été faites par un laboratoire choisi par la firme Monsanto [[Hammond B, Lemen J, Dudek R, Ward D, Jiang C, Nemeth M, Burns J., Results of a 90-day safety assurance study with rats fed grain from corn rootworm-protected corn., Food Chem Toxicol. 2006 Feb;44(2):147-60. Epub 2005 Aug 9.]]. Des rats nourris pendant 90 jours avec ce maïs OGM ont été comparés avec d’autres rongeurs nourris avec six autres régimes différents. Résultat : on a constaté des effets sur le foie et les reins, les deux organes de détoxification. Les conclusions de ces études, reprises par l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) disent que ces tests sont statistiquement significatifs, mais biologiquement non significatifs, au prétexte notamment que les effets observés ne sont pas les mêmes chez les mâles et chez les femelles. Par conséquent, cet OGM a été considéré comme ne présentant pas de problème pour la santé et a été autorisé à  l’alimentation en 2005.

En 2007, le Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRIIGEN) a repris les données brutes de cette étude auxquelles, Grennpeace-Allemagne a pu avoir accès suite à  une action en justice auprès de la Cour d’Appel à  Mà¼nster, pour en faire une nouvelle analyse statistique. Conclusion de cette contre analyse coordonnée par le Professeur Gilles Eric Séralini : les rats nourris avec du MON 863 ont eu de « légères variations de croissance significatives, différentes selon la dose et le sexe. Il y a eu une diminution de 3.3% du poids pour les mâles et une augmentation de 3.7% pour les femelles ». De plus, les mesures chimiques relevées pendant l’expérience montrent des signes de toxicité hépatorénale et les triglycérides sanguins augmentent de 24 à  40% en fonction de la dose chez les femelles alors que les excrétions urinaires de phosphore et de sodium diminuent chez les mâles d’environ 30%. Les chercheurs concluent que des études plus longues seraient nécessaires et qu’ « avec les données présentes, il ne peut pas être conclu que le maïs transgénique Mon863 est un produit sain » [[Séralini GE, Cellier D, de Vendomois JS, New analysis of a rat feeding study with a genetically modified maize reveals signs of hepatorenal toxicity. Arch Environ Contam Toxicol. 2007 May;52(4):596-602. Epub 2007 Mar 13]].

Comment expliquez-vous une telle différence entre les deux interprétations ?
Indépendamment là  encore des à  priori que l’on peut avoir sur les OGM, ce n’est pas sérieux ! N’importe quel toxicologue qui constate des effets liés au sexe entre les hommes et les femmes, les mâles et les femelles, suite à  un traitement, suite à  une nourriture, soupçonne les voies hormonales sexuelles qui par définition sont différentes dans les deux sexes. Et on sait en plus qu’un certain nombre de pesticides, le RoundUp par exemple, perturbe les voies hormonales sexuelles. Et bien aucun dosage hormonal n’a été fait ! On a dit, « ce maïs est bon à  la consommation animale et humaine ». Mais au nom de quelle urgence sociale se permet-on ainsi de prendre les consommateurs pour des cobayes ?

Pour finir, je ne dirais pas que ces tests sanitaires sont suffisants pour démontrer que les OGM sont toxiques mais ils sont en revanche suffisamment inquiétants pour au mieux appliquer le principe de précaution, au pire demander que ces tests soient refaits par des laboratoires indépendants et sur des périodes plus longues jusqu’à  ce qu’il n’y ait plus aucune ambiguïté, que ce soit dans le sens de la toxicité ou de l’innocuité de ces plantes GM. Mais le temps que demande l’évaluation scientifique n’est pas compatible avec l’urgence des brevets et des profits¦

Depuis quinze ans, les américains consomment des OGM et pourtant, rien n’indique un effet quelconque sur le santé ?

Normalement, une démarche scientifique s’appuie sur la démonstration par la présence et non par l’absence (ou alors sur une convergence d’absences). Or aux Etats-Unis o๠la majorité des aliments contiennent des OGM, sur quelles études sanitaires à  grande échelle pourrait-on se baser pour déduire que les OGM ne causent pas de problème pour la santé ? Et comment de telles études pourraient-elles exister dans la mesure o๠les pays comme les Etats-Unis qui produisent et consomment des OGM depuis plusieurs années ne séparent pas les filières agricoles ? Il est donc impossible de savoir qui consomme des OGM, à  quelle dose et à  quelle fréquence, et qui n’en consomme pas. Comment pourrait-on alors établir une corrélation entre l’apparition d’un quelconque problème sanitaire et la consommation d’OGM ?

Les firmes productrices d’OGM agro-alimentaire se basent sur le principe de l’équivalence en substance. D’après vous, est-ce un bon moyen de maîtriser les risques ?

Le principe d’équivalence en substance est une notion qui est retenue par toutes les instances gouvernementales dans le monde en matière d’OGM. C’est une absurdité scientifique. Il n’y a pas un seul scientifique au monde qui est capable de recenser ce que peuvent être à  court, à  moyen ou à  long terme les conséquences d’une modification génétique sur un organisme. Et il existe de nombreux exemples qui le montrent. On a crée une pomme de terre transgénique qui résiste à  un virus : elle a les tubercules qui poussent en l’air, pourquoi ? Un melon transgénique qui résiste à  une peste : éclate avant maturité, pourquoi ? On a créé un saumon géant du Canada dans lequel on a modifié le gène d’hormone de croissance pour qu’il devienne plus gros et qu’il grossisse plus vite, le but étant de diminuer le temps d’élevage en pisciculture pour des raisons évidentes d’économies. Ce saumon, d’après la notion d’équivalence en substance, ne devrait être que plus gros : la seule chose qui devrait le différencier du saumon normal, c’est sa taille, puisque le seul gène qu’on a modifié ou introduit, c’est le gène d’hormone de croissance. Certes, il fait 5 à  6 fois la taille du poisson normal au bout de 18 mois, mais il est aussi plus agressif, il a une prédisposition au diabète, et il a la tête déformée à  tel point qu’il va être vendu uniquement sous forme de filets.

Comment envisagez vous votre avenir ?

Comme de nombreux « lanceurs d’alerte », à  commencer par Arpad Pusztaï, Manuela Malatesta, Ignacio Chapela (**), je subis des pressions, non pas sur la base de mes activités de recherche, mais sur mes prises de position qui dérangent. Mon équipe et moi-même ne ferons prochainement plus partie de l’Institut de Génétique et Microbiologie à  Orsay (à  partir de 2010) à  cause de mes prises de position personnelles et publiques sur les OGM. De plus, les reliquats de crédits dont je disposais pour me permettre de travailler jusqu’à  fin 2009 me sont supprimés. Pour 2010, j’ai déjà  quelques propositions de projet mais encore trop embryonnaires pour que je puisse en parler concrètement.

Si je parle des OGM, c’est pour informer le grand public, en tant que chercheur mais aussi en tant que citoyen. J’ai été amené à  prendre position car je considère qu’il est du devoir de tout chercheur de dire haut et fort quand il considère que la science dérive. Or aujourd’hui, en biologie, on n’essaie plus de comprendre le vivant, on essaie à  tous prix de la maîtriser : on ne fait plus de la science mais de la techno science. Et avec les OGM agroalimentaires, on prend clairement les consommateurs pour des cobayes et la planète pour une paillasse de laboratoire. Alors, je le dis haut et fort, n’en déplaise à  tous ceux que cela peut déranger. Si le chercheur ne peut plus être critique vis-à -vis de la science et de ses applications, la science n’est plus la science mais une religion. Et bizarrement, ce sont ceux qui osent être critiques qui sont qualifiés d’obscurantistes¦

Lire la critique du livre de Christian Vélot « OGM, tout s’explique »
(**) Enseignant-chercheur à  l’Université de Berkeley aux Etats-Unis a publié en 2001 un article sur la contamination du maïs mexicain par du maïs transgénique dans la revue Nature. A partir de là , il est victime d’une campagne de dénigrement. Grâce à  une forte mobilisation, il n’a pas perdu son contrat avec l’Université mais est parti pour la Norvège depuis. Quist D, Chapela IH. Transgenic DNA introgressed into traditional maize landraces in Oaxaca, Mexico. Nature. 2001 Nov 29; 414(6863):541-3

BELLEY-ARS : L’évêque Bagnard veut mettre les antennes-relais au placard !

Mgr Guy-Marie Bagnard s’est souvent illustré par ses propos très conservateurs et par son projet, caressé depuis longtemps, et mis en place avec persévérance et intelligence, de former des prêtres selon un modèle désuet, et dans une ligne théologique intransigeante et abrupte.

Mais l’évêque de Belley-Ars mène encore un autre combat. Histoire aussi sans doute d’affirmer le poids de l’institution catholique. Et des gardiens mitrés de l’orthodoxie.

Sans aucune preuve et sur le ton péremptoire et comminatoire qu’on lui connaît, l’évêque de l’Ain a décidé de répertorier les antennes relais installées dans les paroisses de son diocèse, d’en interdire toute nouvelle installation, et de ne pas renouveler les contrats en cours. « Plus aucune nouvelle autorisation ne sera donnée, et les baux signés ne seront pas reconduits, car nous avons trop de problèmes avec la population : les plaintes des riverains des clochers se multiplient avec les années » affirme l’évêque Bagnard.

En fait, la vraie raison sans doute de la croisade épiscopale de Bagnard tient peut-être à  ce que les opérateurs ne sollicitent pas toujours l’autorisation du curé ou de l’évêque, comme la loi leur demande en effet de le faire. Ils ont tort, assurément. Mais on peut légitimement s’interroger sur l’attitude arrogante et un brin puéril d’un évêque voulant ainsi prouver qu’il existe encore, et qu’il domine la société civile toute entière.

Selon « Le Progrès » une dizaine d’antennes relais sont installées dans les 450 clochers de l’Ain, et deux dans des bâtiments de l’évêché, mais le diocèse n’a pas encore fait de décompte exhaustif. L’affaire est complexe car de fait les antennes perturbent parfois les sonos ou les cloches. Et on comprend la réticence des curés. De là  à  se livrer à  une nouvelle parade de croisé anti-moderne..

En réalité, le nod-it de la position de l’évêque de Belley-Ars réside dans le fait que les fameuses antennes-relais seraient porteuses de « mauvaises images » pour la population… Mais de cela, il n’en pipe mot. Fermez le ban !

MEDJUGORGE : Les excuses – enfin! – du cardinal Schà¶nborn (Autriche)

Nos lecteurs se souviennent de la polémique suscitée par la visite à  Medjugorje, en contraste avec les directives de l’évêque du lieu, Mgr Ratko Peric, du cardinal Christoph Schà¶nborn, archevêque de Vienne et considéré souvent comme un possible papabile. Il faut savoir que ce lieu de pèlerinage à  la Vierge n’est pas reconnu par l’autorité ecclésiastique et qu’un prêtre ou un évêque ne peuvent se rendre qu’en pèlerinage purement privé à  Medjugorge, c’est à  dire sans faire de publicité.

Or, Mgr Schà¶nborn s’est en effet rendu à  Medjugorje de façon tout à  fait publique, ce qui a été perçu par l’évêque de Mostar comme une offense. De la part d’un prélat aussi en vue que le cardinal de Vienne, ami proche du Pape Benoît XVI, la gaffe était de taille. Au point que l’étoile de ce cardinal en devint soudain très pâle.

L’archevêque de Vienne s’est senti obligé d’adresser une lettre d’excuses à  l’évêque de Mostar. Un geste d’humilité qui peut être considéré comme à  son honneur. Mais perçu aussi comme le signe d’une personnalité faible, hésitante, et peu sà»re de ses propres choix. Un inconvénient pour un prochain conclave?

En fait, le cardinal Schà¶nborn a rédigé cette lettre d’excuse suite à  l’audience privée que lui a concédée le Pape Benoît XVI vendredi 15 janvier. Dans sa lettre, comme le précise le quotidien « la Croix », le cardinal Schà¶nborn s’excuse notamment si son pèlerinage a pu « donner l’impression de nuire à  la paix ».

Rappelons qu’en mars dernier, le Pape Ratzinger avait signé le décret de réduction à  l’état laïc du franciscain à  l’origine du développement des pèlerinages, le Père Tomislac Vlasic, qui était directeur spirituel des voyants de Medjugorje. Il faut savoir que ce dernier avait demandé d’être libéré de ses obligations sacerdotales après que la Congrégation pour la doctrine de la foi eut engagé en 2008 une enquête à  son encontre «pour diffusion de doctrine douteuse, manipulation des consciences, mysticisme suspect, désobéissance aux ordres légitimes» mais aussi pour adultère. Une décision que les plus ultramontains, quand ils sont dévots de Medjugorje ne sont pas bien disposés à  reconnaître.

Rome n’apprécie pas du tout l’inflation des révélations privées et apparitions. Dans la pleine continuité avec la théologie romaine d’antan. A la différence de Jean Paul II, Benoît XVI est assez rétif à  l’endroit des révélations privées et de la piété populaire. Il s’enthousiasme moins – c’est un euphémisme – à  l’idée de nouvelles apparitions. Il estime que son devoir de gardien suppose aussi d’être vigilant à  ce niveau. Ce qui ne fait pas l’affaire d’une frange importante des courants intransigeants et tradis trop enclin à  prêter une oreille attentive à  de semblables rumeurs.

Considéré jusqu’alors dans les milieux libéraux de l’Eglise comme un « conservateur éclairé », sensible à  certains éléments de la tradition, par exemple en liturgie, mais capable d’ouverture sur des questions de morale et de pastorale concrète, Christoph Schà¶nborn pouvait faire figure d’homme de compromis entre la ligne ratzingérienne et des revendications réformatrices. Se rapprochant des tenants de Medjugorje, l’archevêque de Vienne pourrait bien avoir définitivement déçu sa gauche. Une tiare qui s’envole? La Vierge de Medjugorje ne porterait-elle pas chance?

« YOUTUBE » : La scandaleuse séance d’exorcisme d’un ado homo !

Il faut aller régulièrement sur « Youtube ». On peut y voir en effet une video proprement stupéfiante et consternante. En effet une Eglise de Bridgeport dans le Connecticut, l’Eglise des Pasteurs de la gloire révélée (« Manifested glory ministries ») y a posté une vidéo d’une séance pour le moins spéctaculaire d’exorcisme homosexuel sur un adolescent de 16 ans.

La diffusion de cette vidéo a déclenché une vaste polémique. Elle a fini par être retirée mais a pu toutefois être copiée à  temps.

L’adolescent semble vomir, mais les responsables de l’Eglise affirment qu’il n’a pas subi de préjudices. En tout cas, cet inquiétant document confirme toutes nos inquiétudes quant à  l’attitude inadmissible de certains courants extrémistes du protestantisme. C’est en amont toute la condamnation de l’homosexualité qui se trouve interrogée. Avec un discours destructeur des autorités religieuses. Y compris catholiques.

LE CORAN ET L’ISLAM AUTREMENT : Théologienne, musulmane et féministe

Nous avons trop souvent tendance à  penser la théologie musulmane comme une réalité monolithique. A tort. Et ce d’autant plus qu’il n’y a pas de Magistère centralisateur. Un livre récent paru en Italie sous le titre « Théologie, musulmane, féministe »de Jolanda Guardi e Renata Bedendo vise à  nous indiquer qu’il est possible de penser autrement l’enseignement coranique et l’identité musulmane. Y compris sans doute en suggérant un autre rôle de la femme en terre d’islam. Dit autrement, de façon plus globale, l’islam au risquer de l’interprétation. Enfin! Préalable à  son entrée pacifique dans la modernité contemporaine.

Il nous faut souligner en rouge l’un des termes arabes les plus importants celui d' »igtihad ». Il désigne une forme d’effort intellectuel d’interprétation de la loi, également au niveau collectif. A la base de cette conception réformiste de l’islam se trouve cette conviction selon laquelle la loi islamique doit évoluer en fonction de la réalité sociale. A partir du douzième siècle, en effet, en raison d’un funeste tournant, la porte est fermée à  l’interprétation. Un processus de rigidification et de sclérose de la doctrine est en train de se mettre en place.

Il faut faire ici référence à  la pensée de la théologienne Asma Barlas, directrice du Centre pour les études sur la culture, la race et l’ethnie de l' »Ithaca College » de New York, qui établit qu’une exégèse du Coran soutenant la thèse d’une supériorité ontologique du masculin et la subordination de la femme à  l’homme est en fait une lecture discutable et illégitime du Coran.

Pour Asma Barlas, « Dieu est unique et personne d’autre – roi, prophète et mari – ne peut revendiquer la souveraineté à  part lui ». Transcendant toute représentation, Dieu ne peut pas a fortiori être masculinisé.

La théologienne Amina Wadud, professeur d’études islamiques à  l’Université du Commonwealth va plus loin encore : l’ordre du monde que postule la dépendance du Créateur implique que tous les êtres humains soient égaux. Cette égalité ontologique, se poursuit en relativisation de la différence des sexes. De toute façon, ce n’est pas elle qui détermine une certaine inégalité morale en fonction de la vie vécue mais la vie menée. A ce niveau, il n’y pas, estime Amina Wadud, d’impossibilité à  être à  la foi musulman et féministe.

LES HESITATIONS DE BENOîT XVI : Fournée de cardinaux en vue pour pléthore de candidats

A Rome, et partout dans le monde, on attend avec une impatience croissante, la création d’une nouvelle fournée de cardinaux. Les derniers en date remontent à  l’automne 2007. Parmi lesquels l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois. L’hypothèse retenue la plus probable est que Benoît XVI créera une douzaine ou une quinzaine de nouveaux cardinaux cet automne. Notons que le Pape est entièrement libre de créer cardinal qui il veut et quand il veut.

En général les Souverains Pontifes ne suivent pas l’exemple de Pie XI qui créait chaque année, de façon systématique, une petite poignée de néo-porporatis et préfèrent tenir des consistoires tous les deux, trois ou quatre ans, avec un nombre plus étoffé de cardinaux créés à  chaque fois. Benoît XVI semble déterminé à  procéder de même.

Le « hic » dans cette affaire est que le nombre de cardinaux électeurs est en principe limité à  120.

Le Pape peut ne pas se tenir à  cette règle. Ce que fit Jean-Paul II en 2001. Mais, en bon allemand, très discipliné, Benoît XVI ne s’accordera pas cette liberté. Le Pape, comme son prédécesseur, aura sans doute recours à  un choix : celui de faire patienter les titulaires d’un siège cardinalice dont le prédécesseur n’aurait pas encore atteint l’âge de 80 ans et serait donc encore électeur. En 2007, ce fut ainsi le cas de Mgr Nycz, archevêque de Varsovie et de Mgr Romeo, archevêque de Palerme. dont les prédécesseurs étaient alors âgés de moins de 80 ans et restaient donc électeurs. Cette règle n’est cependant pas absolue, et il est assez probable que Benoît XVI fasse des exceptions. Ainsi qu’il nomme cardinal l’archevêque de New York, Mgr Timothy Dolan, même si son prédécesseur, le cardinal Edward Egan n’est âgé que de 78 ans. En raison de l’importance stratégique de cette nomination.

Le problème de fond demeure. Il y a beaucoup d’appelés mais les élus sont peu nombreux. Avec le risque qu’en faisant passer des tours aux prélats susceptibles de devenir cardinaux on ne vieillisse l’âge des membres du Sacré Collège. La barrette rouge devenant un bâton de maréchal.

Mais la pléthore de candidats possibles, qui n’existe pas pour une chargé de curé en France (!), pose aussi des problèmes pour certains sièges et surtout pour des postes importants de la Curie. Il faut aussi caser des secrétaires de congrégation ou des Nonces Apostoliques près de grands pays. Mais aussi veiller à  une certaine internationalisation de la Curie.

Le Pape serait actuellement en train de réfléchir à  la succession du cardinal Walter Kasper, le Président du Conseil pour l’unité des chrétiens, âgé de 77 ans. Ce théologien de formation, reconnu comme une pointure intellectuelle, fait corps depuis l’élection de Benoît XVI avec l’aile modérée de la Curie, rétive à  accepter le tournant intransigeant, avec le cardinal Pompedda (aujourd’hui défunt), le cardinal Martino et surtout le cardinal Re. Le Pape continue cependant à  lui accorder une vive estime pour sa dimension intellectuelle. Les deux théologiens allemands continuent malgré tout à  se considérer comme complémentaires.

A l’évidence, la présidence du Conseil pour l’unité des chrétiens représente un bastion de l’esprit conciliaire. Les traditionalistes et l’aile la plus réactionnaire de la Curie détestent ce dicastère. Comme ils ont détesté et détestent les quatre chefs de ce dicastère : l’allemand Bea, le hollandais Willebrands, l’australien Cassidy et aujourd’hui l’allemand Kasper. Sur le point de partir à  la retraite.

Pour lui succéder, on voit mal cependant la nomination d’un prélat tradi ou même trop conservateur. Si Benoît XVI ne prendra certes point le risque d’y désigner un homme dont il craindrait les audaces, il pourrait néanmoins nommer un autre allemand plus en phase avec que l’actuel Président Kasper. Des noms sont cités. A commencer par celui de Mgr Gerhardt Muller, l’évêque de Ratisbonne, cependant handicapé par une réputation d’être trop « old style ». Agé de 63 ans cette année, Mgr Muller est pourtant considéré pour sa compétence en théologie. Candidat malheureux à  la succession du cardinal Wetter à  Munich, il recevrait ainsi un prix de consolation. Mais d’autres prélats pourraient êtres nommés comme Mgr Ludwig Schick, 61 ans, archevêque de Bamberg ou même Mgr Josef Clemens, 63 ans, ancien secrétaire particulier du cardinal Ratzinger.

D’autres voix font écho de la nomination à  la tête du Conseil pour l’unité des chrétiens d’un Nonce en attente de barrette rouge. Le nom le plus souvent cité est celui de Mgr Giuseppe Bertello, 68 ans, Nonce en Italie, de plus en plus en vue. Il ne faut cependant pas enterrer trop vite la candidature d’un ratzingérien pur sucre, Mgr Jean-Claude Périsset, 71 ans, un suisse qui est le Nonce actuel à  Berlin. Ni l’actuel Nonce à  Washington, Mgr Pietro Sambi, 72 ans, connu pour son franc-parler mais également pour déplaire aux évêques des States les plus intransigeants qui ne seraient pas désolés de le voir quitter son poste actuel. Une promotion qui aurait surtout valeur de mutation.

A Rome, on envisage aussi la piste italienne. La nomination de l’un des trois espoirs de l’épiscopat italien en vue pour cette charge. En premier lieu Mgr Vincenzo Paglia, 65 ans, évêque de Terni, ancien curé de Sainte Marie du Trastévère, en charge du dossier de l’oecuménisme au sein de la conférence épiscopale italienne. Il est très lié à  la communauté Sant’Egidio. En second lieu Mgr Bruno Forte, 61 ans, archevêque de Chieti-Vasto, lui aussi théologien de haut vol. En troisième lieu, enfin, Mgr Francesco Cacucci, 67 ans, archevêque de Bari-Bitonto, peu connu hors de la Péninsule mais de sensibilité oecuménique marquée. Enfin, un quatrième nom s’est ajouté ces derniers jours, celui de Mgr Giulio Brambilla, 61 ans, qui n’est pas seulement auxiliaire de Milan mais aussi théologien apprécié pour son ouverture (modérée pourtant).

Il faut toutefois mesurer que le panel des candidats pour le poste est encore bien plus vaste. Ainsi il faut citer l’évêque de Bâle, Mgr Kurt Koch, 60 ans, très recentré dans un sens conservateur, celui de Copenhague, Mgr Czeslaw Kozon, 59 ans, évêque de Copenhague, très attaché par ailleurs à  la liturgie traditionnelle, voire un évêque belge (celui de Liège?), anglais ou canadien. Dernière rumeur en date, sérieuse ou non, la nomination de Mgr Wilton Gregory, 63 ans, archevêque d’Atlanta, ancien Président de la conférence épiscopale des States. Surnommé le « Barack Obama de l’épiscopat ». Pour la couleur de sa paix et son esprit apparemment réformateur.