Fascisme

JONAS “ Vraiment cette ville est pourrie. Tous des larves. Pleine de fainéants, d’assistés, de prêts à  mordre et d’enfants gâtés. De mon temps on n’aurait pas admis ça.

Il faudrait un bon coup de balai, pour éliminer toute cette racaille. Et tu vas voir qu’encore il s’en trouvera pour fermer les yeux, pour pardonner¦ Et celles-là , avec leurs si courtes jupes, leurs nombrils à  l’air¦ De vrais appels au viol. Qu’il arrive¦ Ce sera bien fait¦ Et ces gosses qui braillent, et ces jeunes qui bousculent¦ O๠sont les parents ? à€ voir ce qu’on voit, on comprend ce qui se passe, ce qui va évidemment arriver. Ils ont bien raison, au fond, ceux qui veulent prendre des mesures… Vous allez voir bientôt¦ “ Mais chut ! Je me comprends¦

Je suis fatigué, je veux dormir. Me plonger dans le sommeil, lové au coeur de mon navire, chez moi, cocooning¦ Je m’y engloutirai, comme, au fond de l’eau, dévoré par un gros poisson¦ à€ quoi cela sert-il de se lever, de toute façon ? Vivement ce soir qu’on se couche¦ Dormir, mourir¦ C’est pareil. Quand on voit ce qu’on voit¦ Autant s’étendre et tout oublier. Chez moi, au moins, j’aurai ma tonnelle. De loin je verrai les hommes. De très loin. Comme des fourmis. C’est tout ce qu’ils méritent. Je prendrai le frais, seul. Qui vit seul n’est pas en mauvaise compagnie. Le monde m’apportera ses petits dons, à  moi tout seul. Les autres ne méritent rien de tel.

LE SEIGNEUR “ « Fais-tu bien de t’irriter ? »

JONAS “ Oui, absolument. « Je fais bien de m’irriter jusqu’à  la mort. » Au fond, qu’est-ce que cette vie qu’on ne peut mettre en ordre ? Ah, Seigneur, si j’étais vous¦ Je te les exterminerais bien tous. C’est tout ce qu’ils méritent, ces Ninivites. Ces étrangers, ces métèques, ces sauvages. Un bon nettoyage… Qu’est-ce qu’il attend, celui qui déblaiera tout ça ? Si ce n’était que de moi¦ Pas de quartier, pas de pitié. Vivement que ça arrive. à‡a arrivera forcément, et alors si je peux aider¦ Ou au moins j’aurai prévenu¦ Je penserai à  moi, serai heureux pour moi, j’aurai mon petit plaisir, même bien petit, et sinon je mourrai. De toute façon la vie¦ Pour ce qu’on peut en attendre¦ Pas vrai ?

LE SEIGNEUR “ « Fais-tu bien de t’irriter ? »

[Citations du Livre de Jonas, 4/4 et 4/9]

Nb: Voir du même auteur l’article Jonas ou la résurrection manquée, dans le prochain numéro de Golias Magazine (à  paraître en février).

Ne dis pas « je ne suis qu’un enfant »

Nos communautés locales sont aujourd’hui confrontées au « déficit ministériel » et aux difficultés de la relève.

Chacun y va de ses solutions et propositions : « il n’y a qu’à  » ordonner des hommes mariés, faire davantage de place aux femmes, sortir des poncifs « ministériels », accorder une meilleure autonomie aux acteurs paroissiaux. Et sans doute que l’Eglise Catholique devrait revoir ses critères de représentations et de responsabilisations.

Donc l’Eglise a besoin de bras, elle voudrait même « embaucher » et nous sommes volontaires, davantage même nous sommes « appelés ». Pauvre Jérémie, sa vocation de « franc-tireur » ne sera pas de tout repos. Il va passer outre les mises en garde de sa famille, de son milieu, de ses collègues de travail et de religion. Il va braver toutes les autorités et finir par se retrouver toujours, presque seul. Reconnaissons d’ailleurs que ses détracteurs n’avaient pas nécessairement tort, certaines de ses prophéties ne se réaliseront pas !

Voilà  donc l’homme qui se présente à  nous aujourd’hui avec le sceau de Dieu.
Sa conviction est profonde : il a la
« vocation », pourtant il restera marginal. Jésus commence sa vie publique en se présentant devant les siens, il n’est pas reconnu¦

Devons-nous nous en prendre aux
« Eglises » ? La nôtre prétend plus que d’autres « posséder » la Vérité¦ Elle pare ses représentants des labels « service »,
« serviteur » et ne les authentifie que
« marqués », « ordonnés » « envoyés par lettre de mission ». Elle préconise la « communion » (sans discussion ?) avec ceux qu’elle institue. Tout cela est à  la fois vrai et
factice¦

Quand nous nous disons « serviteurs », nous sommes serviteurs de qui et de quoi ? Quand nous nous disons « appelés », nous le sommes par qui et pour quoi ? Lorsque nous « prophétisons », nous parlons au nom de qui et au nom de quoi ? Lorsque nous sommes auditeurs de celui-ci ou de celui-là , qui cherchons-nous vraiment à  écouter et pourquoi ? Ne dis pas, ne dis plus « je ne suis qu’un enfant » !

Les pressions du nonce à  Paris sur le Parlement européen

Le Vatican vient d’exercer de nouvelles pressions sur des députés européens par l’intermédiaire du Nonce Apostolique à  Paris, Mgr Luigi Ventura.

En effet, convaincu selon une formule qui a fait florès que l’Eglise est « experte en humanité », il s’érige en défenseur d’une juste vision de l’homme et d’une saine conception de la famille. C’est pourquoi il entend faire pression sur des députés européens pour qu’ils bloquent le projet de résolution sur les discriminations en raison de l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

D’après nos informations une lettre en date du 8 janvier dernier et signée de Mgr Ventura, a été envoyée aux 201 députés du PPE (parti du rassemblement des droites populaires) dans laquelle le nouveau nonce à  Paris fait part de la préoccupation du Saint-Siège concernant ce projet de résolution. Luigi Ventura invite d’ailleurs les députés à  se mobiliser pour faire barrage à  l’adoption de cette résolution. Véritable action de lobbying. Et qui s’est révélé efficace. En effet, si le débat a bien été ouvert la décision a été renvoyée en avril. De quoi permettre encore au Vatican de bien s’armer de munitions. Et de faire pression sur les consciences.

78 amendements ont été avancés. Qui en réalité vident le texte de sa substance. Ils sont irrecevables pour qui soutient le projet. Et ils seront probablement massivement rejetés comme on l’imagine sans peine. Le Vatican demandera alors que les parlementaires fassent barrage et rejettent le texte. Mgr Luigi Ventura prie les parlementaires de suivre les directives que leur donnera le parlementaire UDC italien Luca Volontè, récemment promu chef du groupe PPE au Conseil de l’Europe, qui coordonne les amendements en accord avec la position du Saint-Siège. La majorité de ces amendements émane de la plume de ce député.

Ce nouvel épisode, en fait peu surprenant, surtout de la part du nonce Ventura, qui s’était déjà  illustré au Canada pour appuyer la croisade contre les droits des gays menés par le très ratzingérien Marc Ouellet, cardinal-archevêque de Québec, confirme si besoin était l’engagement homophobe de la Curie de Benoît XVI. Dont on sait le refus qu’elle opposa avec une rare détermination à  la dénonciation de la pénalisation de l’homosexualité. Quitte à  susciter un vrai scandale à  travers le monde en refusant de dénoncer la discrimination et la violence contre les homosexuels, et d’approuver une résolution onusienne en ce sens. Un choix stratégique d’autant plus scandaleux que, ce faisant, la diplomatie allait là  encore plus loin que la doctrine catholique qui condamne certes l’acte mais aussi l’injustice envers les personnes homosexuelles! Ce qui en dit long sur un triste durcissement non seulement dans un sens intransigeant mais également dans un sens politique de pression volontairement exercée et de moindre respect de l’autonomie de conscience des responsables. C’est intolérable.

Saint Thomas ne réhabilitait-il pas le primat de la conscience ? Dans quel obscurantisme sommes-nous tombés ?

Le Ministre du budget n’est pas sérieux !

Nous ne voulons pas jouer à  la marelle ! Monsieur le ministre du budget :
Nous promettre le retour en 2013 d’un déficit du budget de la Nation de 3% du PIB ( critère de Maestricht ), c’est le mauvais élève qui vient de récolter un 3/20 à  sa dissertation qui annonce à  ses parents que dans quatre ans il retrouvera le 6/20 dont il était coutumier !

Le déficit du budget de la Nation est la différence nette entre les recettes et les dépenses ( La Palisse “ 1525 – bataille de Pavie )

1) Les dépenses. Les réduire, bien sà»r quand il s’agit de « gaspillages « double emploi, inefficacités chroniques¦¦ Mais réduire les effectifs, c’est renvoyer sur le secteur privé des chômeurs supplémentaires.¦
Réorganiser : moins de bureaucratie¦+ d’enseignants et d’infirmières, c’est accroître la solidarité. Sur 300 milliards de budget annuel, gagner 5 % sur les dépenses hors salaires et charges serait faire un effort considérable ( moins de fournitures, de déplacements, de loyers¦¦).
Gagner 5 à  6 milliards sur les moyens de fonctionnement ( hors salaires et charges ) c’est mieux que rien, mais sur 140 milliards an de déficit en 2010, cela ne résoudra pas le problème.

2) Les recettes. courantes : TvA 125 M + Impôt sur les revenus 50 M + Impôt sur les sociétés 35 M = 210 Milliards d’€. Ces trois chapitres dépendent de l’activité économique, bien malade. On peut les craindre en stagnation.

D’ou le cri de guerre de notre grand chef sioux : Yaka faucon. Croissance¦ croissance, “ croissance répondit l’écho ! O๠? Quand ? Qui ? Les entreprises privées. Et le procès en sorcellerie est déclenché : Recherches insuffisantes, manque d’agressivité commerciale, manque de compétitivité, charges légales trop lourdes, bonus, réglementations tatillonnes¦¦

Dans la majorité des cas, les entreprises privées font ce qu’elles peuvent. Elles ont d’ailleurs les yeux rivés sur leur tableau de bord : Taux de bénéfice “ durée d’amortissement réelle de leurs investissements, – productivités, – recrutement de personnel qualifié¦

Un tremblement de terre « financier « entraînant des destructions massives d’entreprises comme celui que nous connaissons nécessite une procédure d’exception. Un prélèvement fiscal exceptionnel fiscal sur fortunes amassées sans référence à  la Justice sociale.

Une reconstitution des enrichissements « anormaux « ( par exemple accroissement de fortune supérieur à  7 % par an hors inflation par an ) sur 36 ans ( 2010 “ 1974 ).

Il ne s’agit plus,Monsieur le Ministre du budget, de nous proposer de jouer à  la marelle.

Philippe Wolfrom

Tchad : le silence de la France

Le Sud du Tchad a été attaqué depuis la mi-décembre par l’armée tchadienne sans que notre pays n’en dise mot.

Le 8 janvier, le régime tchadien a annoncé l’arrestation de Djibrine Dassert, le dirigeant du mouvement rebelle sudiste, le MPRD (Mouvement pour la Paix, la Reconstruction et le Développement). La France, bien entendu au courant, n’en a pas parlé. L’arrestation de Dassert a été annoncée, par l’AFP notamment, sur des sites Internet, mais cette information n’a pas été relayée.

Peu après, le gouvernement tchadien a montré Dassert à  la presse du pays, menottes aux mains. Depuis il est réputé avoir été envoyé dans le nord du pays sans que l’on sache ce qu’il en est de sa personne. La France reste toujours silencieuse sur la question, alors qu’on doit s’inquiéter du respect élémentaire des droits humains par le régime de Déby.

Djibrine Dassert, ancien compagnon d’Idriss Déby, a aidé ce dernier à  renverser Hissène Habré. Par la suite Dassert est entré en rébellion contre le régime tchadien de Déby. Retranché dans le sud du pays, Dassert ne s’est pas lié aux autres forces rebelles.

Un autre silence français

Hassan Fadoul, Tchadien impliqué dans l’affaire des faux dinars de Barhein, n’a pu obtenir un visa pour venir en France au procès dans lequel il était accusé. Il a été arrêté au Togo, o๠il était réfugié. Dix jours auparavant le Président togolais, Faure Gnassingbé, a rencontré son homologue tchadien Idriss Déby. C’est à  la suite de cette rencontre que Fadoul a été arrêté, fin décembre, à  Lomé, ce que les autorités togolaises ont confirmé. Il a été envoyé à  Kara dans le nord du pays. Un accord entre le Togo, le Tchad, et la France, pour protéger Déby ?

Hassan Fadoul a accusé Idriss Déby d’être le principal commanditaire de l’affaire des faux dinars de Barhein, affirmant avoir demandé en vain un visa pour se rendre à  son procès en France, à  l’issue duquel 5 ans de prison ont été requis contre lui.

Survie exige des autorités françaises qu’elles s’expliquent sur ces deux affaires dans les plus brefs délais.

Contact presse :
Stéphanie Dubois de Prisque, Chargée de communication
stéphanieduboisdeprisque@survie.org Tél. : 01 44 61 03 25

Les mortifications du pape Jean Paul II

La révélation suscite des remous et risque même de provoquer l’effet inverse de celui qui est recherché. Il est désormais acquis que le Pape Jean Paul II, parfois présenté comme un sportif de Dieu, se flagellait !

De plus – il est vrai que cela est bon pour le dos – il passait fréquemment la nuit à  même le sol. Par souci de mortification et de pénitence. En outre, il se privait quelquefois de nourriture ! Voilà  qui écorne son image de bon vivant ! A côté, Joseph Ratzinger, plus réservé à  l’égard des mortifications corporelles, et sans doute de santé plus délicate, fera bientôt figure d’hédoniste. Il est vrai qu’à  titre personnel il est beaucoup moins proche de la spiritualité de l’Opus Dei.

Voilà  un peu plus d’un mois, Benoît XVI signait un décret reconnaissant « les vertus héroïques » de son prédécesseur, étape obligée de la procédure de béatification, comme d’ailleurs du Pape Pie XII. Un livre vient compléter ce dossier, fondé sur des entretiens menés avec 114 témoins dans le cadre du procès en canonisation. Il s’intitule « pourquoi il est saint » et donne des éléments essentiels du dossier.

Ce texte livre des informations importantes et suggestives. Ainsi le jeune abbé Wojtyla, en raison d’une envergure très évidente, était-il suivi par la police secrète. Un espionnage qui s’est renforcé après son élévation à  l’épiscopat.

Il est clair aussi que Karol Wojtyla cultivait une sensibilité mystique, ascétique et même monastique. Il songea à  devenir carme. Et cultivait une théologie de la souffrance que l’on peut légitimement ne pas apprécier. Et trouver même malsaine. L’abbé Wojtyla admirait le curé d’Ars. On peut aller plus loin et envisager chez lui un tempérament mélancolique. On sait son amour de la littérature romantique. La mort et la souffrance revêtaient-elles une saveur particulière pour lui? Le goà»t d’une douce noirceur? Le renoncement à  la chair est peut-être triste mais également équivoque.

Cela confirme le lien spirituel entre Wojtyla et l’Opus Dei. Laquelle OEuvre cultive justement une spiritualité doloriste et recommande les mortifications corporelles. Qui se ressemble s’assemble!

Dieu a menti, le serpent a dit vrai 1/3

Une interprétation des trois premiers chapitres de La Genèse (Gn), à  la portée de tous.

Préambule

Le projet d’écrire cet article m’est venu par hasard, suite à  une association d’idées. Et à  force d’avoir tout cela qui me trottait dans la tête je me suis dit que pour être au clair avec moi-même il me fallait le coucher sur le papier. Cela m’a conduit à  organiser cette réflexion en vue aussi de la faire connaître éventuellement à  qui serait intéressé par le sujet. Ma philosophie personnelle rejoint ici celle des Lumières et notamment celle de Descartes à  savoir, être utile, sans plus. Je regrette pour ma part que trop de chrétiens de bonne volonté s’abstiennent de penser par eux-mêmes dès lors que le Magistère ecclésial a parlé, alors que Dieu nous a donné l’intelligence avec la liberté de penser.

Tout d’abord il y a la question du péché originel auquel assez jeune je n’ai plus cru, ce que je n’ai jamais tenu pour une faute. Il y a là  un obstacle pour la raison qui nous a été donnée par le créateur, un scandale pour l’esprit. Je conçois le péché, qu’il soit originel ou actuel, comme une faute personnelle commise volontairement, en pleine conscience et responsabilité. Comment un bébé à  la naissance en serait-il capable ? Et par quel curieux processus héréditaire, cette tare qui s’origine soi-disant chez Adam, personnage mythique et symbolique donc non réel, peut-elle se transmettre à  un bébé qui naît lui bien réel ? Il ne peut s’agir ici non plus d’une transmission psychique. Autre explication, l’homme serait coupable du péché originel non par action mais par définition. Le péché originel serait simplement une caractéristique de notre condition d’être humain incarné, matériel, limité, donc imparfait, par opposition au Dieu-Esprit, parfait. Mais alors, c’est l’affaire de Dieu qui nous a créés ainsi. Nous n’avons pas demandé à  naître. Nous ne sommes pas responsables de notre naissance donc pas fautifs. Le dossier me semble plutôt vide, n’en déplaise à  Saint Paul et à  Saint Augustin, inventeur et développeur de ce concept culpabilisant, absent de la tradition juive à  laquelle appartient pourtant ce texte de la Genèse.

La deuxième idée qui alimente ma réflexion ci-après vient de cette parole de St Pierre dans sa deuxième épître, au chapitre 3 et verset 8 lorsqu’il répond à  la communauté qui s’impatiente du retour du Seigneur. « Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. »

Le processus d’humanisation

a) la création du monde en six jours
Tenons compte de ce rappel de St Pierre et appliquons cette règle au récit de la création du monde (Gn 1). Au niveau symbolique le nombre 1000 a pour signification « la multitude ». On le retrouve très souvent dans la Bible mais aussi dans d’autres textes anciens de l’antiquité. La symbolique des chiffres et des nombres n’est pas propre aux textes bibliques mais ils sont souvent utilisés dans l’Ancien et le Nouveau Testaments. Cette « multitude » peut même dépasser de beaucoup le nombre 1000, qui est une simple quantité conventionnelle retenue pour cette signification. La multitude peut représenter par exemple des millions ou des milliards d’années. Si pour Dieu un seul jour est comme une multitude d’années, pourquoi ne pas considérer que le récit, sous forme symbolique, nous présente la création du monde non pas en 6 de nos jours de 24 heures mais en plusieurs milliards d’années par exemple. Les concepts de temps et d’espace ne valent d’ailleurs que pour l’esprit humain et non pas pour Dieu.

En parallèle à  ce récit mythique, regardons la théorie scientifique du Big Bang de la création de l’univers. Selon celle-ci l’univers se trouvait il y a environ 13,7 milliards d’années dans un état d’hyper densité regroupée sous un volume extrêmement petit et c’est cette explosion du Big Bang qui aurait déclenché le processus de développement de l’univers, en expansion continue dans l’espace-temps.
¦/¦

« Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était déserte et vide, et la ténèbre à  la surface de l’abîme ; le souffle de Dieu planait à  la surface des eaux » Gn 1-1-2
Voilà  une façon imagée d’expliquer qu’au départ l’univers était sans forme et inorganisé mais qu’il y avait tout de même un principe fondateur, structurant, qui existait et à  l’origine de ce qui allait suivre.

La lumière est créée le premier jour dans le récit de la Genèse. Pour la théorie du Big Bang, au départ, l’énergie contenue dans l’univers était essentiellement constituée par du rayonnement. La propagation de la lumière sera suivie du développement de la matière et de la formation des galaxies puis, bien plus tard, viendra l’apparition de la vie. La lumière est donc bien primordiale. Les différents versets de la Genèse qui suivent, jusqu’à  l’homme, nous content la création du monde et celle des espèces vivantes dans un ordre plutôt conforme à  celui proposé par la science, le règne minéral, le végétal, l’animal et enfin l’homme. Bien sà»r les puristes trouveront à  redire. La verdure a été créée le troisième jour et le soleil seulement le quatrième. C’est faire peu de cas de la photosynthèse nécessaire au développement des plantes. Mais après tout, les plantes ont besoin d’eau et de lumière et ces deux là  ont été créées avant.

Le récit biblique ne s’oppose donc pas à  la théorie scientifique. Ce ne sont que deux manières différentes de décrire un même événement, l’une sur un mode mythique en personnifiant le principe créateur et en lui donnant voix humaine (Dieu à  l’image de l’homme), l’autre se voulant plus rationnelle. Admettons même qu’il y ait une certaine cohérence entre ces deux descriptions. Nous observons que la création de l’univers ne se fait pas non plus n’importe comment ; il y a un ordre des choses.

Cet ordre des choses sera aussi présent lors de la création de l’homme et aux chapitres 2 et 3. Je pose comme hypothèse qu’Adam est un être humain en évolution, en croissance, ce que j’appelle le processus d’humanisation qui se prolongera par le processus de socialisation au chapitre 4 avec Caïn et Abel, que je ne traiterai pas ici. Je chercherai dans le texte les éléments qui permettront de vérifier cette hypothèse.

(à  suivre)

Les Sept Dormants d’Ephèse

Il s’agit d’une très belle légende rapportée par Grégoire de Tours, une légende dont on retrouve trace également dans le Coran (sourate 18) et dont il faut
rappeler les grandes lignes (voir à  ce sujet : Louis Massignon, un « Cheikh vénérable » Golias Hebdo n°114)

Les Sept Dormants vivaient à  Ephèse au temps de l’empereur Dèce qui persécutait les chrétiens refusant de sacrifier aux idoles. Sept chrétiens, officiers du Palais, accusés puis traduits devant Dèce, réussirent à  s’enfuir d’Ephèse après avoir distribué leur patrimoine aux pauvres. Réfugiés sur le mont Célion, cachés dans une grotte ils s’endormirent « par la volonté de Dieu » après un dernier repas. C’est là  qu’ils furent emmurés sur ordre de l’empereur tandis que deux chrétiens réussirent à  laisser un témoignage du martyre de leurs frères, glissé entre les pierres murant la grotte.
Trois cent soixante douze ans plus tard « se propagea l’hérésie de ceux qui niaient la résurrection des morts. Théodose, qui était un empereur très chrétien, fut rempli de tristesse de voir la foi indignement attaquée. Il se revêtit d’un cilice, et s’étant retiré dans son palais il pleurait tous les jours. Dieu qui vit cela, dans sa miséricorde, voulut consoler les affligés et affermir l’espérance de la résurrection des morts : il ouvrit les trésors de sa tendresse et ressuscita les sept martyrs ». (Et le récit de Grégoire de Tours se poursuit en détaillant tous les efforts faits par les Sept Dormants pour convaincre de la réalité de leur nouvelle vie). « Après un dernier témoignage, les sept hommes inclinèrent la tête sur la terre, s’endormirent et rendirent l’esprit selon l’ordre de Dieu. »

Cette légende, reprise d’une tradition attestée en Orient dès le Ve siècle fut relayée en Occident par Grégoire de Tours (539 -592), soit un siècle avant l’apparition du Coran. Celui-ci. reprend ce même thème dans sa sourate 18, Ahl al-Kahf « les gens de la caverne » devenue « le texte immuable qu’on récite depuis treize cents ans dans tout l’islam au service solennel de chaque vendredi. Par lui est attestée la réalité de la Résurrection des morts à  venir ». D’une manière mystérieuse, l’attente musulmane de la Résurrection des corps se trouve ainsi reliée à  Ephèse, la première des sept églises d’Asie, la ville qui fut l’asile, selon toute vraisemblance, de Marie, de l’apôtre Jean (qui écrivit son Apocalypse dans l’île de Patmos, en face), et peut-être de Marie Madeleine.

L’opposition de deux styles

L’oeuvre présentée ici fait partie d’un vaste ensemble « qui reste étrangement
étranger à  l’oeuvre monumentale (de Byzance) » et dont la création peut se situer au IVe “ Ve siècle après J.C. Vraisemblablement la crise iconoclaste a exercé ses ravages sur les manuscrits comme sur les oeuvres peintes. Mais très vite, après 843, renaît la création de psautiers. Deux styles s’affrontent alors (fin IXe, début Xe siècle) qui se partagent entre des motifs réalistes et directs, parfois à  la limite du vulgaire, et une peinture dont l’élégance évoque à  n’en pas douter les modèles antiques.

C’est de cette époque que datent trois manuscrits significatifs : un recueil des sermons de Grégoire de Nazianze et un Psautier (Bibl. Nat., Paris) et la Bible Vaticane. « Les meilleures de ces miniatures sont de véritables tableaux. Les personnages qui ont la prestance des figures antiques sont beaux et nobles, leurs gestes lents et graves. Mais ce qui est par-dessus tout remarquable, c’est l’expression pensive, parfois triste , voire tragique, des visages. » Le Psautier de Paris « offre de très beaux exemples de ces visages, de ces « têtes », qui parsèment l’art byzantin et dont Stendhal disait qu’elles étaient habituées « aux hautes pensées ». Quels liens mystérieux se sont tissés entre les ateliers byzantins et les portraitistes du Fayoum pour que soient ainsi réalisés, à  quelques siècles de distance, de si hauts et si forts témoignages sur la beauté du visage humain ?

La jeune mariée juive

Après un très remarqué et remarquable roman sur les arcanes de l’art de Vermeer et d’un génial plagiaire (1), Luigi Guarnieri* revient en Hollande, dans un XVIIe siècle qui voit s’implanter la communauté juive de retour des colonies et impose avec cette Jeune mariée juive sa maîtrise du romanesque tissé sur la critique d’art o๠l’imagination féconde la toile d’un grand maître mieux, sans doute, que les exegèses inconciliables avec cette toile « inachevée » du maître Rembrandt Van Rijn.

Rebecca Lopez da Costa est une jeune femme qui, au XXe siècle à  Paris, cherche l’amour. Elle s’éprend du plus improbable coeur à  ne pas conquérir : un écrivain raté, sans le sous, sans l’ombre d’une humanité, qui ne vit que pour l’ivresse et s’enfoncer toujours plus avant dans la désincarnation. Mais il écrit, un roman sur l’amour impossible d’un coeur éperdu et d’une beauté froide¦ comme un miroir à  la relation qui, malgré tout, va se construire entre ces deux protagonistes. Il vient vivre chez elle ” chambre à  part car il dit « camaraderie » quand elle attend fébrile un premier pas d’amoureux. C’est elle qui paie tout, elle, la fille d’un grand antiquaire parisien, et la descendante directe d’Abigaïl Lopez da Costa, fille du grand collectionneur et marchand d’art (entre autres) Alphonso Lopez da Costa, jeune femme éperdue qui vivait en Hollande au XVIIe siècle une étrange liaison avec un savant, médecin et philosophe, Ephraïm Paradies, qui pourrait être Spinoza (2). D’ailleurs, Rebecca poursuit des études d’Histoire de l’art et écrit sur un tableau dit « inachevé » de Rembrandt, La Jeune mariée Juive, dans le seul but de démontrer que le modèle est Abigaïl¦ L’histoire fait un tour sur elle-même, d’autant que le jeune romancier va s’illuminer en lisant ” en douce ” les carnets de Rebecca et que, pareillement, Ephraïm Paradies va comprendre l’amour d’Abigaïl au moment o๠elle lui est retirée (il avait été désigné pour son médecin, elle qui souffrait d’une manière de spasmophilie à  crises¦).

Les deux récits, non pas enchâssés mais bien séparés, sont de la plume des hommes, des amants indignes d’une telle offrande, l’amour entier d’une jeune femme qui s’offre tout entière pour peu qu’on soit un hâvre. Et si la différence avec laquelle ils appréhendent leur sort (l’un très docte, l’autre plutôt poète maudit, mais 400 ans les sépare¦) est nette, ainsi que le style de Luigi Guarnieri qui s’adapte aux époques avec un brio et une grâce magistrale, le résultat est le même : vidé de ses forces (par la maladie ou la tentative de suivice), la jeune fille voit que son amour n’est qu’illusions, et s’en libère, au même moment que le jeune homme comprend, mais trop tard, que ne s’écrira pas l’histoire de sa vie.

Sous le couvert d’une enquête artistique pour comprendre l’âme du tableau de Rembrandt, enquête qui forme une partie du roman tout à  fait passionnante, Luigi Guarnieri s’attache au mythe de l’impossible amour des promis qui ne sont séparés que d’une petite chose, mais irréconciliable : le temps. L’alternance des amours et des douleurs, dans les trois histoires (car le romancier narrateur livre aussi son histroire d’amour impossible, qu’il réoriente au contact de Rebecca), font tout le drame de cette recherchée éperdue, parfois vaine, parfois heureuse, celle de l’amour réciproque.

La Jeune mariée juive est un roman brillant, qui fonde son énergie sur un style parfaitement maîtrisé et sur le présupposé que le lecteur est à  la fois intelligent et ouvert aux nobles sentiments. Plus que cela, c’est un beau roman, qui ne triche pas, qui ne s’offre pas aux guenilles culturelles de notre époque : Guarnieri, une fois encore, impose son propre temps, celui o๠les hommes et les oeuvres sont réconciliées et évoluent ensemble, par le pouvoir de l’imagination.

Loïc Di Stefano (Boojum, l’animal littéraire)
http://www.boojum-mag.net/f/index.php?sp=liv&livre_id=1465

*Luigi Guarnieri
traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes sud, « babel », janvier 2010, 7,50 €

(1) La Double vie de Vermeer
(2) à€ ce sujet, l’éditeur signale à  tort qu’Ephraïm Paradies pourrait être un mélange de Spinoza et de Descartes, certes deux bons amis, mais je postule qu’il ne s’agit que de Spinoza, qui est juif à  la marge de sa communauté comme l’est le personnage de Luigi Guarnieri, lequel d’ailleurs prononce sa doctrice clairement : « Aux passions de l’âme correspondent des modifications corporelles », ce qui est, presque mot à  mot, le concept spinoziste des mouvements parallèles de l’âme et du corps¦ d’ailleurs, les considérations du médecin hollandais sur l’âme et le corps, comme tout indivisible, renvoient à  L’Ethique et s’opposent en tout aux théories de Descartes¦

Auschwitz : les incroyables propos d’un évêque polonais

Depuis quelques temps les scandales se succèdent impliquant la hiérarchie catholique. C’est à  présent un évêque polonais, canoniste de renom au demeurant, et considéré pourtant comme l’un des plus ouverts et des plus conciliaires de son pays, Mgr Tadeusz Pieronek qui vient de susciter des remous suite à  la publication de certains de ses propos sur un site internet très « orienté ». La polémique prend un relief tout particulier en raison des liens profonds d’amitié et de confiance qui unissaient Mgr Pieronek à  Jean Paul II.

L’évêque polonais vient de déclarer que les Juifs se sont « approprié » l’Holocauste comme une « arme de propagande ». Il a démenti d’autres affirmations qui lui sont prêtées. Il a nié en particulier une phrase qui lui faisait dire que  » l’Holocauste en tant que tel est une invention juive « . Il a également dit ne pas avoir « autorisé » la publication de l’interview, qui restait consultable sur le site lundi soir. Mgr Pieronek reconnaît cependant avoir déclaré : «  il est indéniable que le plus grand nombre des morts dans les camps de concentration étaient des Juifs, mais il y a aussi sur la liste des tziganes polonais, des Italiens et des catholiques « .

Il faut savoir qu’est célébré aujourd’hui mercredi 27 janvier le 65e anniversaire de la libération du camp d’extermination nazi d’ Auschwitz . Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président polonais Lech Kaczynski et de nombreux ministres européens seront présents aux commémorations qui y sont prévues.

« Il n’est pas juste de s’approprier cette tragédie à  des fins de propagande« , aurait dit Mgr Pieronek, ajoutant que des journées commémoratives devraient être consacrées aux « victimes du communisme, aux catholiques, aux chrétiens persécutés et ainsi de suite« . Et non aux seuls juifs. Ajoutant : « Mais eux, les Juifs, bénéficient d’une bonne presse parce qu’ils sont soutenus par de puissants moyens financiers (…) et l’appui inconditionnel des Etats-Unis, ce qui favorise une certaine arrogance que je trouve insupportable« .

Une bombe a donc éclaté. D’autant plus violemment que Tadeusz Pieronek n’est pas un inconnu mais une personnalité bien connue. Qui plus est incarnant un visage modéré sinon libéral d’une à‰glise polonaise par ailleurs très conservatrice. Comme son confrère l’archevêque de Gniezno , Mgr Henryk Muszynski, Mgr Pieronek était réputé comme l’un des rares évêques ouverts au dialogue oecuménique et à  l’esprit de Vatican II. Son intervention en est d’autant plus étonnante. Au point que l’on peut se demander si en effet, comme le prétend l’évêque, le site internet diffusant ses propos ne les aurait pas amplifier. Un écheveau difficile à  démêler.

En tout état de chose les propos concernant la Shoah sont indignes et intolérables et confirmeraient la persistance d’un vieux fond d’antisémitisme dans le catholicisme polonais. Y compris là  o๠on n’espérait ne plus le trouver.