De l’apologétique à  l’amour conjugal

Résumé des épisodes précédents :
Octobre 1948. Michel, séminariste depuis la veille, a oublié de préparer la méditation qui précède la messe.

Une sonnerie insistante tira Michel d’un sommeil profond. Il se débarbouilla et s’habilla à  la hâte. Vingt minutes après, les séminaristes s’agenouillèrent devant une stalle désignée par le hasard de ce premier matin, les abbés revêtus de leurs surplis, les nouveaux en effets civils.
« Nous allons réciter les prières du matin. » annonça le Supérieur.
Tous les savaient par coeur, excepté Michel. Toutefois, à  la faveur de certaines formules familières, il se risqua deux ou trois fois à  prendre le train en marche mais la suite ayant une version différente, il s’ensuivait une cacophonie sacrilège pour son entourage. Il se tut pour écouter patiemment les interminables invocations. Puis ce fut le silence.
Il s’apprêtait à  s’asseoir. Mal lui en prit. Tout le monde restait agenouillé, muet, momifié. Cette soudaine léthargie générale le décontenançait. Il tourna lentement la tête vers la droite pour risquer un oeil vers le Supérieur qui fixait opiniâtrement le tabernacle. Il leva les yeux vers la rangée supérieure des stalles. L’abbé juste au-dessus de lui, affranchi des contingences spatio-temporelles, le fixait sans le voir. Après un coup d’oeil circulaire, Michel constata que toute l’assemblée semblait sous l’emprise d’une hypnose collective.
Le bruit sec d’un claquoir rompit enfin l’envoà»tement. Tout le monde s’assit et, dans le même silence envahissant, les paupières s’abaissèrent à  nouveau.
Dans un éclair de mémoire, Michel comprit la situation : à  l’emploi du temps, figurait la rubrique méditation que chacun devait préparer la veille au soir. Puisque Michel n’avait rien préparé, il médita sur la méditation :
“ couper tout contact visuel
“ focaliser ses pensées sur la vie d’un saint ou sur un extrait des Saintes Ecritures
“ être la brebis à  l’écoute du berger sans penser au petit-déjeuner
“ ne pas tenir compte du mal de reins qui résulte de la posture
“ attendre religieusement le signal du dégourdissement collectif.
La messe fut suivie du petit-déjeuner. Tous les matins, le café sera une mixture à  base de chicorée dans laquelle on trempera quelques tartines de gros pain ingurgitées en silence pour assurer au corps la dose minimale de calories nécessaires à  l’activité cérébrale jusqu’à  l’angélus de midi.

Dans la salle des cours, la nouvelle promotion fut accueillie par l’abbé Paillon, professeur d’apologétique. Petit, gras, maniéré, rond de partout, il était l’antithèse de Michel qui jamais ne pourra supporter le comportement doucereux de ce Raminagrobis ensoutané. D’ailleurs, les premières escarmouches entre ce professeur et lui ne se firent pas attendre. Ce docte personnage, prétendant démontrer avec force sourires et roulements d’yeux ronds la prééminence de la religion catholique sur les autres religions, fit preuve, dès le surlendemain, d’une suffisance coupable aux yeux de notre contestataire. Après avoir cité le nom d’un courant philosophico-religieux et en avoir exposé brièvement la doctrine, il conclut :
« Laissons-là  les élucubrations de ces sophistes pour entamer le chapitre suivant. »
L’occasion était trop belle et Michel ne put se contenir dans les limites de la décence :
« Comment! Trancha-t-il d’un ton brutal, n’y a-t-il pas d’autre réfutation que celle-là  ? Vous dénigrez gratuitement nos adversaires. à€ partir du moment o๠vous les citez, vous devez nous présenter des arguments probants pour en démontrer la futilité. »
La stupeur arrondit un peu plus les lèvres du pédagogue tandis que le pourpre gagnait ses lobes auriculaires.
“ Enfin, (déglutition), je vous répète qu’on peut passer outre. Attaquons le chapitre suivant. »
Un embarras manifeste donna mauvaise mine à  une partie de l’auditoire. à€ la faveur de cet incident, Michel découvrit que le recrutement des séminaristes avait deux origines : le petit séminaire, au coeur de la ville, et un collège religieux distant d’une soixantaine de kilomètres, à  la clientèle hétérogène. Lui, venait d’un autre collège qui ne voyait que rarement germer une vocation religieuse.
Les séminaristes du cru étaient atterrés ; les seconds riaient plus ou moins jaune. à€ la sortie du cours, quelques camarades issus du collège l’entourèrent, les uns pour l’approuver, les autres pour le critiquer.
Quelques jours plus tard, le Supérieur, mi-figue, mi-raisin, confia à  Michel qu’il admirait sa fougue et sa spontanéité mais que, poussée à  l’extrême, toute qualité risquait de devenir un défaut.
Un autre professeur que Michel redoutait enseignait la liturgie. Allergique au cérémonial, Michel le devint à  l’abbé Beugnot qui le dictait et qui le faisait mettre en pratique dans des répétitions interminables, totalement obsolètes aux yeux de notre apprenti curé qui, toutefois, n’osait pas trop se faire remarquer par ce moniteur volontiers cassant. Le paroissien lambda qui assiste à  une messe épiscopale ne s’imagine pas le nombre d’heures de répétitions que les servants ont endurées pour synchroniser les rotations de la tête et du tronc, les poses, les changements de direction, toujours exécutés avec cette lenteur majestueuse, garante de la solennité¦ Une révérence par-ci.
“ Non Michel, vous avez fait une courbette.
– Trois coups d’encensoir par-là . Ne secouez donc pas la tête comme un âne qui brait !
– Des génuflexions, le dos vertical, la tête prenant une inclinaison mesurée, progressive, preuve de votre respectueuse soumission.
“ Fléchissez le genou plus lentement¦ Vous n’attaquez pas une course d’obstacles ! Le regard incliné vers le sol. Mais non ! Je ne vous ai pas dit de fixer vos empeignes ; vers le sol, soit, mais un peu plus loin que l’extrémité de vos pieds ! »

Michel bouillait à  l’idée qu’un jour il devrait singer ces apôtres-là .
Le professeur ayant fixé un roulement de servants, Michel avait été désigné parmi les premiers. Sans plus attendre, il fit admettre au révérend ordonnateur qu’il était préférable d’ajourner sa candidature de plusieurs semaines, délai nécessaire à  une observation et à  une imprégnation sereines. L’abbé eut l’intelligence d’accepter.
Un troisième professeur, l’abbé Thibault, enseignait intelligemment la métaphysique. Des expressions ardues telles que transcendance, essence, durée pure, s’inséraient en douceur dans le vocabulaire des étudiants. Jovial et discret, l’abbé conquit rapidement la confiance de Michel qui le choisit pour confesseur.
Quant au Supérieur, il se chargeait des élèves de cinquième année. Ses cours s’entouraient de mystère à  en juger par le comportement de ses élèves qui, pendant leurs déambulations, en discutaient à  voix basse. On ne badine pas avec l’étude symptomatiquement conjointe des sacrements de mariage et de pénitence.
Les nouvelles recrues n’attendaient pas la dernière année pour aborder ces questions entre eux. Ils s’inventaient des sociodrames joués par des supposés confesseur et pénitent :
« Mon Père, avez-vous déjà  travaillé pendant des semaines à  raison de huit heures par jour pour vous retrouver le soir aux côtés de votre femme ? Non, n’est-ce pas ? Pardonnez-moi, mon Père, mais la fatigue engendre parfois d’étranges réactions physiques. N’ai-je donc pas le droit de me protéger pour éviter à  ma femme une cinquième grossesse ?
“ Il faut d’abord considérer l’amour pour Dieu, mon fils.
“ Sans doute mais si ma femme, ce soir-là , a eu la priorité, ai-je commis une faute mortelle ?
“ Dieu est infiniment bon et il vous aime.

¦ à€ la faveur de ces dialogues improvisés, Michel prenait lentement conscience de son peu d’attirance pour traiter des questions conjugales. Il se voyait plutôt professeur de lettres classiques ou d’astronomie car il était fasciné par la contemplation du firmament.

Au karcher !

Joseph Ratzinger, alias Benoît XVI, s’apprête à  partir pour la République tchèque, afin d’y accomplir un voyage apostolique à  haut risque. Ville déchristianisée à  vitesse grand V, Prague cultive aussi la mémoire de Jan Hus, que les prédécesseurs de celui qui fut pendant un quart de siècle le préfet de l’ex-Saint-Office, en l’occurrence les inquisiteurs, persécutèrent et conduisirent à  une mort atroce.

Ce n’est pas tout. Encore cardinal et cerbère de l’intransigeantisme catholique, sous le pontificat de Jean Paul II, Joseph Ratzinger nettoya au karcher l’à‰glise des catacombes qui non seulement permit au catholicisme de survivre pendant les années de plomb, mais témoigna de la présence vivante de l’à‰vangile, non sans audace et prophétisme. De quoi inquiéter les Torquemada de tout poil.

L’actuel archevêque de Prague, le cardinal Miroslav Vlk, très lié jadis à  cette à‰glise des catacombes, ne décolère pas contre celui qui a été élu pape il y a quatre ans et auquel il ne peut pardonner le mal qu’il fit à  ces chrétiens héroïques de l’ombre. Lorsqu’il fustigera, comme à  son habitude, la sécularisation et le relativisme, Benoît XVI sera bien inspiré de faire un examen de conscience : l’autoritarisme romain a arraché les fleurs de printemps d’une à‰glise renaissant de ses cendres.

A l’évidence, les voies nouvelles empruntées par la communauté chrétienne persécutée, comme l’ordination d’hommes mariés et celle de quelques femmes – horresco referens – ne pouvait que susciter l’ire destructrice des inquisiteurs d’aujourd’hui. Les Jans Hus de maintenant grillent toujours sur des bà»chers : ceux du rejet, de la condamnation injuste et du déni même d’existence. Des prêtres héros de la résistance doivent même se faire… réordonner ! Pendant ce temps les églises se vident et la foi s’étiole. Faut-il s’en étonner ? Est-il encore temps ?

Comment Ratzinger a démantelé l’Eglise clandestine

Dans quelques jours, le pape Benoît XVI accomplira son voyage apostolique en Tchécoslovaquie. C’est l’occasion d’évoquer une situation toujours assez tendue et une mémoire douloureuse. Après tout, c’est le pays de Jan Hus. Le voyage s’annonce donc plutôt difficile. La république tchèque n’est pas la Pologne.

Sous la férule communiste, la situation des catholiques tchèques fut particulièrement difficile. Les évêques se trouvaient dans l’impossibilité d’exercer leurs fonctions, les congrégations religieuses avaient été interdites, les écoles catholiques fermées, les séminaires réduits à  deux facultés et la presse religieuse avait quasiment disparu. L’archevêque de Prague, le cardinal Jozef Beran, avait été incarcéré et détenu dans plusieurs lieux tenus secrets. La visite de Mgr Agostino Casaroli, chargé par Jean XXIII de l’Ostpolitik, en mai 1963, marqua le lancement de négociations délicates avec le pouvoir tchèque.

Pendant toute cette période, le régime imposa à  l’à‰glise tchécoslovaque la présence d’ecclésiastiques appartenant au mouvement crypto-communiste des « Prêtres pour la paix ». Le Saint-Siège parvint cependant, grâce à  Mgr Casaroli, à  maintenir un dialogue avec les dirigeants tchécoslovaques et à  obtenir la nomination de quelques évêques, mais la répression était très forte.

Le catholicisme tchèque fut heureusement sauvé par le cardinal Frantisek Tomasek, déjà  très âgé, mais robuste et persévérant. D’abord perçu comme complaisant à  l’égard du communisme, il devient par la suite l’âme du catholicisme tchèque. Son successeur, le cardinal Miroslav Vlk, né en 1932, avait travaillé de ses mains tout en exerçant clandestinement son ministère de prêtre. Très estimé, vrai spirituel, proche du mouvement des Focolari, il a présidé quelque temps la conférence des évêques d’Europe. Modéré, critique à  l’égard du modèle polonais trop clérical, et secrètement théocratique, il défend une vision positive de la sécularisation, ce qui le rapproche à  certains égards du cardinal Martini, longtemps archevêque de Milan. Toutefois, une mystique plus intransigeante le rapprochait au contraire de Karol Wojtyla. Le favori pour sa succession serait Mgr Dominic Duka, 66 ans, dominicain, évêque de Hradec Kralovè .

Les Tchèques se souviennent cependant avec gratitude et émotion de Mgr Felix Maria Davà­dek (1921-1988), persécuté et emprisonné par la police politique, et qui fut secrètement ordonné évêque par Mgr Jan Blaha, pour perpétuer la succession apostolique. Il fut la cheville ouvrière de l’à‰glise souterraine, refusant le compromis. Or, Mgr Davidek ordonna prêtres six femmes, dont sa principale collaboratrice Ludmila Javorova, une personnalité d’exception. Ce choix était en bonne part motivé par la nécessité de brouiller les pistes, et de faire en sorte que les prêtres clandestins ne soient pas découverts, ni même soupçonnés. La police secrète n’aurait jamais osé imaginer qu’on puisse ordonner prêtres des femmes. Au-delà  de cette opportunité de circonstance et d’une stratégie, Mgr Davidek était convaincu que la situation particulière de clandestinité légitimait des décisions exceptionnelles. Pour inventer l’avenir.

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°99]

L’évêque de St Dié accueille à  bras ouverts les Lefebvristes

Alors que s’ouvriront prochainement à  Rome des négociations en vue d’une réintégration des intégristes dans le giron officiel, les signes fleurissent ici ou là  d’une bonne disposition des évêques à  ouvrir les portes à  l’extrême droite du Christ.

Tandis que, pendant trois décennies, l’épiscopat français s’est opposé avec le plus de détermination à  la complaisance de la Curie, il se montre aujourd’hui étonnement affaibli et fragilisé. On se souvient de la fermeté avec laquelle Mgr Michel Kuehn, alors évêque de Chartres, refusait l’accès de sa cathédrale au pélerinage du Centre Charlier. C’était il y a vingt ans. Autres temps, autres moeurs.

Le diocèse de Saint-Dié a été dirigé pendant vingt ans par Mgr Paul-Marie Guillaume, connu pour ses penchants traditionalistes. Aujourd’hui, son successeur, Mgr Jean-Paul Mathieu, qui fut son vicaire général, vient de franchir un nouveau pas dans le sens de la complaisance à  l’endroit des intégristes. En effet, il a décidé – par souci oecuménique? – d’ouvrir les portes de la basilique de Domrémy qui se trouve sur le territoire de son diocèse. Et ce à  l’occasion du pélerinage annuel de la Fraternité Saint- Pie X qui aura lieu le 27 septembre. Vous avez bien lu : il s’agit de la Fraternité Saint-Pie X, les lefebvristes purs et durs. Et non de ralliés à  l’autorité romaine. Comme la Fraternité Saint-Pierre.

Mgr Mathieu justifie son choix par une volonté d’éviter toute polémique inutile. Comme si justement ce n’était pas en créer une que de recevoir ainsi à  bras ouverts les dissidents intégristes. En outre, dans ce cas particulier, Domrémy est un symbole très dérangeant. Il ne s’agit pas d’un lieu de pélerinage parmi d’autres mais justement de celui d’un lieu qui évoque Jeanne d’Arc, récupérée on le sait par l’extrême droite. Interrogé sur cette étrange complaisance, l’évêque des Vosges enfonce le clou et ne semble guère troublé. Dans les colonnes du journal France Lorraine, il ajoute même, péremptoire : « Je souhaite la réconciliation avec eux. » En 1995, déjà , Mgr Guillaume avait accueilli, mais avec moins de publicité, ces pélerins pas comme les autres. Le tollé fut général, malgré la discrétion choisie. C’est pourquoi, l’année suivante, l’évêché maintint ses portes fermées.

Une telle initiative de Mgr Mathieu n’a rien de fortuit ou d’anodin. Comme le geste d’un prélat trop débonnaire ou naïf. Elle traduit – et trahit – une volonté de signifier à  Rome que les évêques français d’aujourd’hui ne s’opposeront pas à  l’accueil des lefebvristes et à  l’enterrement du Concile. C’est grave, très grave !

Liturgie : la réforme de la réforme reportée

Le Père Ciro Benedetti, porte-parole adjoint du Vatican, l’a annoncé de façon très claire. Il n’y aura pas de changement des livres liturgiques en place. Dans le sens d’une restauration pré-conciliaire. Cette décision prise n’empêche pas que les cardinaux et les experts continueront à  travailler sur ce projet, mais dans une perspective à  beaucoup plus long terme.

Il est intéressant d’étudier les coulisses d’un tel recul. Au sein même de la Curie, les oppositions étaient vives à  ce projet, venant notamment d’un certain nombre de cardinaux comme William Levada, Ivan Dias ou Giovanni Battista Re.

Les nonces apostoliques auraient fait savoir que dans de nombreux pays, comme l’Allemagne, les réactions auraient été très vives. L’heure n’est donc pas encore venue, estime Benoît XVI avec regret.

Selon des indiscrétions, alors que le cardinal Tarcisio Bertone, le secrétaire d’Etat, était acquis au principe d’une réforme de la réforme, c’est le substitut, Mgr Fernando Filoni, qui aurait freiné des quatre fers. Agé de 63 ans, difficile à  classer, il doit en bonne part sa promotion à  son courage comme nonce en Irak, dans les circonstances que l’on sait. Il fut le seul diplomate à  être resté en poste à  Bagdad. Benoît XVI n’aurait plus guère confiance en lui aujourd’hui, le trouvant incertain et peu en accord avec ses propres vues. On parle de sa nomination à  la tête d’un dicastère (comme le conseil pour l’unité des chrétiens) afin de l’écarter de la Secrétairerie d’état. Ce qui en ferait néanmoins un cardinal.

Les traditionalistes devront donc attendre un certain temps avant qu’une nouvelle étape ne s’ouvre dans le retour à  la liturgie « old style ». A moins que d’ici là , le vent n’ait commencé à  souffler dans une autre direction. Les résistances s’affirment face au retour en arrière. En Italie, Mgr Giuseppe Mani, archevêque de Cagliari en Sardaigne, a ainsi interdit la tenue d’un colloque en faveur de l’ancienne liturgie.

Mais, en homme très patient, Joseph Ratzinger aime la danse d’Echternach au Luxembourg : deux pas en avant, un pas en arrière. Ce qui signifie reculer pour mieux sauter !

Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes !

Supposons la situation suivante : pour sa rentrée, la communauté paroissiale a réuni tous ses responsables. Le chapitre des Nombres, d’o๠est extraite la première lecture de ce dimanche, a déjà  été évoqué durant l’été, lorsque le peuple se mit à  récriminer contre Moïse et Aaron. En réponse le Seigneur Dieu, avait mobilisé autour d’eux les « anciens » pour que ceux-ci les assistent¦

Cette fois, le Seigneur a donné à  tous ces Responsables, de son Esprit¦ Et de fait, au cours de l’Assemblée, ils se sont mis à  prophétiser en apportant des points de vue sensés, originaux, pleins de bon sens¦ Le consensus de l’assemblée s’est formé autour de ces avis¦ puis le don prophétique s’est arrêté¦ faute de nouvelles idées, faute de nouvelles remises en cause.

Deux responsables n’étaient pas en réunion ce jour-là ¦ Ils n’en donnent pas moins leurs avis et opinions le dimanche suivant et dans leurs diverses rencontres tout au long de la semaine¦ au point sans doute d’aller plus loin que ce qui faisait consensus dans la réunion de rentrée. Certains s’en offusquent et en particulier le bouillant Josué, toujours respectueux des points de vue de son maître¦ « depuis sa jeunesse ». Moïse, approuve au contraire la diversification et liberté des points de vue dans la communauté¦ que ce soit en conseils ou hors conseils.

Dans une communauté, il est normal que les choix soient arrêtés par des structures telles les équipes pastorales, les assemblées synodales¦ Est-ce que dans ces structures, chacun ne s’en rapporte pas facilement à  des opinions majoritaires, en stoppant trop vite les travaux de recherches et de réflexions : « Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à  prophétiser, mais cela ne dura pas » ? Ensuite, dans la vie de la communauté, qu’est-ce qui doit primer : ce qui a été décidé une fois pour toute, ou une attention constante à  l’Esprit capable de se manifester à  tout moment ? Dans l’évangile, les disciples s’en prennent à  un individu qui n’est pas de leur sérail et qui pourtant s’octroie les mêmes droits. Jésus les reprend : « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon Nom et sitôt après parler mal de moi. »

Reconnaissance

Elle se perd aujour’hui. Le monde du travail en est un bon exemple. On parle beaucoup de suicides qui s’y passent. Ils sont dus pour une très grande part, il me semble, au manque de reconnaissance dont on y souffre.Quand on s’investit dans telle ou telle activité, il est normal, humain, qu’on en attende en retour une rétribution. Que dire alors, si par malheur cette attente est déçue ?

Cette rétribution attendue est d’ailleurs plus symbolique ou morale que matérielle. On cherche d’abord un jugement d’utilité, économique ou social : on veut que ce qu’on fait serve à  quelque chose. Et on attend aussi, dirai-je, un jugement de beauté, ce qu’on voyait dans l’ancienne et belle expression :
« C’est de la belle ouvrage ! » De tels jugements donnent à  chacun une vraie identité. Quand on en est privé, on n’est plus rien. Le pire dans la vie est toujours de se sentir inutile : comme dans le cas de certaines retraites, qui sont de vraies morts sociales. Mais aujourd’hui ce sentiment s’anticipe dans le monde du travail même.

Les victimes de cette ingratitude ne sont plus épaulées par leurs frères en humanité. Vouée à  l’individualisme forcené, notre société a perdu les anciennes solidarités. On sait le déclin du syndicalisme, du militantisme : c’est tout le tissu social qui se déchire, quand on ne peut confier sa peine à  l’autre, peut-être aussi malheureux que nous, mais lui aussi n’osant pas le dire.
Il est vrai aussi, en général, que dans les relations interpersonnelles les égards disparaissent : délicatesse, politesse, ce que Montesquieu appelait les « formes », indispensables à  toute société policée. Mais pourquoi serait-il fatal, qu’à  la brutalité des conditions, qui lui sont faites l’homme réponde par la brutalité de ses moeurs ?

Pourquoi par exemple est-il si difficile de remercier ? A-t-on peur, dans une société qui ne valorise que la conquête, la victoire au prix d’écraser les autres, de se diminuer soi-même ?

Mais c’est à  soi-même qu’on fait offense. Car l’autre est un soi-même, qu’il faut, comme dit l’évangile, aimer en tant que tel. Ses attentes sont les nôtres. Commençons donc par réapprendre ce qu’on nous a appris enfants : à  dire merci.

LA NOUVELLE AFFAIRE WILLIAMSON : LE PAPE SAVAIT !

Bis repetita placent. La télévision suédoise, qui avait, il y a quelques mois, lancé l’interview missile de l’évêque intégriste Williamson mettant le feu au poudre dans l’affaire de la levée des excommunications d’Ecône, vient de diffuser mercredi soir 23 septembre un reportage de premier intérêt.

Qui apporte du nouveau, que Golias Hebdo avait révélé à  l’époque (cf. Golias Hebdo n°67 du 12 février 2009). Il confirme que le Saint-Siège, à  savoir non seulement le cardinal Castrillon Hoyos, mais également le Pape lui-même, connaissaient les positions négationnistes du prélat. Ce dont – répétons-le – nous n’avons jamais douté, tant l’ignorance de leur part relevait de l’improbable.

Par ailleurs, des sources vaticanes confidentielles, nous confirment le fait. Mgr Castrillon Hoyos aura donc menti, prétendant avoir été dans l’ignorance. Si cela avait été le cas, cela aurait d’ailleurs été d’une incroyable et impardonnable légèreté. En charge d’un dossier aussi explosif, il lui revenait, c’était la moindre des choses, de bien se renseigner.

Un cardinal allemand de Curie, Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, affirme sans la moindre hésitation que les sympathies de Williamson avec le négationnisme étaient largement connues au Vatican. Il s’étonne donc, et le verbe est faible, que la Commission Ecclesia Dei soit restée dans le brouillard. Certes, Mgr Kasper ne compte pas au Vatican parmi les sympathisants des tradis. Néanmoins, sa probité un peu rigide est connue. Ce n’est point l’homme à  colporter des ragots. S’il s’exprime c’est parce que la coupe est pleine et que le crédit de l’à‰glise est déjà  fortement entamé. Et parce que c’est vrai, tout simplement.

Quant à  l’évêque de Stockholm, Mgr Anders Arborelius, un carme peu suspect de vouloir jeter de l’huile sur le feu, il confirme avoir passé l’information au Vatican.

Cette nouvelle affaire Williamson surgit à  un bien mauvais moment pour les intégristes, et ceux qui les soutiennent au Vatican même. Manifestant d’étranges connivences.

Au sujet des annonces d’une nouvelle émission télévisée suédoise sur le « cas Williamson » et en réponse à  certaines questions, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le Père Lombardi, inquiet des suites, fait remarquer que : «  L’affirmation ou la seule insinuation selon laquelle le Pape aurait été informé par avance des positions de Williamson est absolument infondée. Ce qui a déjà  été clairement nié dans la Note de la Secrétairie d’à‰tat du 4 février dernier, qui exprime également de manière très nette la dissociation radicale du Pape et de l’à‰glise quant à  toute position antisémite ou négationniste de l’Holocauste.  »

Le bureau de presse du Saint-Siège comme d’ailleurs les sites intégristes argumentent à  partir d’une affirmation en soi incontestée : le Pape n’est pas antisémite! La question n’est pas là , car personne ne saurait raisonnablement le lui reprocher. De même que John Cornwell a eu grand tort jadis de présenter Pie XII comme nazi de coeur. Ces outrances sont historiquement indéfendables. Par, contre Pie XII et Benoît XVI se sont davantage préoccupés de leur stratégie intra-ecclésiale que du bien de tous. Si Eugenio Pacelli a eu des silences assourdissants, ce n’est pas par connivence avec le Fà¼hrer mais plus simplement parce qu’il se souciait surtout des conséquences éventuelles pour les catholiques d’une intervention de sa part que du sort de millions de juifs. Joseph Ratzinger entend renforcer son aile droite, pour poursuivre une oeuvre de restauration, quitte parfois à  fermer les yeux et à  se boucher les oreilles. Lors même que c’est l’inacceptable qui est en cause.

Il n’est pas vrai de prétendre que la lettre du Pape aux évêques, du 10 mars, a mis un point final au dossier. Le scandale objectif des propos de Williamson, et plus encore de l’aveuglement volontairement de hauts prélats censés être plus vigilants, ne peut tout simplement être biffé d’un trait de plume. Ou d’un coup de goupillon.

Webzine No 14

Au sommaire : Ascenseur pour l’échafaud, d’autres sons de cloche pour l’actu, quatre clips du musée des scopitones, des infos dont il vaut mieux rire, Woodstock à  La Havane, et Istvan Meszaros, penseur marxiste.

NDLR : toutes ces informations ont été collectées sur la toile. Seule la présentation est de notre fait.



Webzine No 14 – 23 septembre 2009









Webzine No 14 – 23 septembre 2009

 



Allez, on va au cinéma

Quatre minutes de bonheur avec Miles Davis et Jeanne Moreau, ça se prépare. Tu poses le verre de bourbon à  côté de la souris et tu allumes ta gitane. Tu peux alors cliquer ici, et avoir accès à  deux séquences vidéo: la bande-annonce d’Ascenseur pour l’échafaud, qui se déguste avec une gorgée de bourbon – deux minutes de bonheur. Une autre bouffée de gitane, une autre gorgée de bourbon, et voici deux minutes de bonheur de plus: la séquence célèbre de la marche de Jeanne Moreau dans la ville, toujours au son de la trompette de Miles Davis.

Et maintenant, tu as envie de (re-)voir le film en entier ? Eh, reverse une rasade de bourbon dans le verre, cale-toi bien dans ton fauteuil, et clique ici. C’est parti… Il y a même un bonus après le film!

 




Actualité : d’autres sons de cloche

¢ Une analyse critique très pertinente du rapport de la commission Stiglitz sur les indices de mesure se trouve sur le site de la CGT. L’argument de départ est décisif: « La commission était composée uniquement d’experts ».

¢ Il faut s’attendre à  pire que des suicides, dit Christophe Dejours à  propos des suicides au travail (France-Télécom et autres). Et il sait de quoi il parle.

¢ La police scientifique, ça n’existe pas, les experts se trompent et maquillent. C’est scientifiquement prouvé, lisez bien ce papier, la somme d’arguments est impressionnante.

¢ Un militant communiste, c’est un « guerrier de la lutte des classes », qui organise les travailleurs, travaille à  dépasser le capitalisme et défendre le socialisme existant. Du moins, c’était ça avant, de nos jours ça n’a plus cours. Eh, est-ce bien si certain? Quand le capitalisme plonge dans la crise, l’autre son de cloche redevient audible. Par exemple, celui de Bob Crow, le « class warrior ».

¢ Sur la guerre contre le terrorisme, Jacques Baud, ancien membre des services secrets suisses, ne raconte pas la même chose ques les autres.

¢ Si vous vous intéressez aux événements réellement importants plutôt qu’à  la dernière flatulence verbale de Hortefeux ou au fond d’écran du site de Ségolène, alors vous devez, contrairement à  nos medias, vous informer sur le dernier congrès de l’AFL-CIO qui s’est tenu à  Pittsburgh du 13 au 17 septembre. Voici le meilleur compte-rendu que j’en ai trouvé (en anglais).

¢ On n’a pas lutté en vain pour le maintien du service public de La Poste. La privatisation de la Banque Postale, qui faisait tant saliver les requins, vient d’être bloquée par le gouvernement.

 



Le musée des scopitones

Il était une fois, il y a très très très longtemps, un pays o๠les présidents avaient de la culture et pas de talonnettes, o๠Guy Marchand avait des cheveux, o๠Gainsbarre se trimbalait la tronche de chou de Gainsbourg, et o๠il n’y avait pas d’Internet ni de téléphone portable. Quand on voulait écouter une chanson, on allait au café et on mettait deux thunes dans le bastringue. Ca allait, mais on était un peu malheureux, parce qu’on avait le son, mais pas l’image. Alors sont arrivées de toutes nouvelles machines avec le son et l’image: les scopitones.

De nos jours, les archéologues ont pu reconstituer pour internet certaines chansons de scopitone. En voici quatre, à  déguster avec un blanc limé en cliquant sur leur image:

Les Chaussettes Noires « Be Bop A Lula »

Juliette Greco « Jolie Mome »

Salvatore Adamo « Les filles du bord de mer »

Henri Salvador « Twist SNCF »

 




Mieux vaut en rire

¢ Ah, ces suédoises… Le premier film porno féministe (subventionné par des fonds publics) est sorti en Suède. Bien entendu, vous ne trouverez pas de lien pour du porno dans ce webzine, juste la dépêche AFP qui l’annonce. Mais l’AFP donne l’adresse du site de la documentariste…

¢ Les barons de la drogue du « Big Pharma » US ont bien avancé dans la la préparation de la nouvelle version du « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders » (DSM version V). La pathologisation des réponses émotionnelles naturelles à  l’humiliation, la faim, l’insécurité économique, le racisme, le sexisme, le surmenage et l’isolement est à  peu près achevée. Les marchés sont créés, les profits sont maximisés, les oppositions et luttes sociales sont désarmées. Il reste pourtant un syndrome important non encore répertorié dans le DSM: le TDLM, ou « trouble dysphorique du lundi matin« .

¢ En Octobre 2006, la proportion des américains qui croyaient que l’administration Bush disait la vérité sur le 11 septembre 2001 était de… 16% !

¢ Didier Lombard, PDG de France Télécom, s’est suicidé.

¢ Comment faire pour sortir votre pays de la liste officielle des paradis fiscaux, sachant que pour ce faire, vous devez avoir signé des accord de coopération fiscale avec au moins 12 autres pays? C’est tout simple: signez des accords avec d’autres paradis fiscaux! Monaco vient de sortir de cette liste, grâce à  sa coopération avec le Liechtenstein (et réciproquement le Liechtenstein…). J’ai trouvé cette info, avec plein d’autres, dans le gros dossier qu’Oxfam France vient de sortir sur la question (PDF ici).

¢ Six coquilles à  trouver. C’est facile.

 



Woodstock à  La Havane?

Plus de 500 000 Cubains ont afflué sur la Place de la Révolution de La Havane, pour assister dimanche 20 septembre au « Concert pour la paix » (retransmis en direct en Europe, en Amérique latine et aux Etats-Unis) du chanteur colombien Juanes. Ce mot de « paix » avait mis en rage tout ce qui peut encore traîner du côté de Miami comme dinosaures attardés de la guerre froide (l’artiste y a reçu des menaces de mort et ses disques ont été brisés à  coups de marteaux). N’empêche, the times, they are changing: il y aura d’autres Woodstocks. En attendant, cliquez sur l’image du concert pour accéder à  une vidéo de « La camisa negra », un tube de Juanes.

 



Istvan Meszaros, penseur marxiste

Ca m’en a bouché un coin. Que le plus grand penseur politique marxiste vivant soit Istvan Meszaros, je pensais être un des seuls sur cette planète, avec le mouvement des Sans Terre brésilien, à  le savoir. Et voilà  qu’il reçoit un prix en Amérique Latine. Et qui lui décerne ce prix? Hugo Chavez! Mais o๠diable Chavez a-t-il lu Meszaros? Eh, en prison, bien sà»r!

Vous trouverez ci-dessous quatre textes que j’ai pu trouver sur le Web. Prenez le temps de les imprimer et de les lire, ils en valent la peine, et vous serez un peu plus dans le coup que la plupart des français: Meszaros, hongrois, rédige en anglais, et il est traduit en espagnol, mais rien de lui n’existe en français.

Le premier texte, un entretien (traduit en français) de 2006 avec l’hebdomadaire « Brasil de Fato » résume les thèses de Meszaros, de Lukacs et de… Marx sur le concept d’aliénation, concept que les marxistes français influencés par le structuralisme n’ont jamais pu prendre au sérieux.

Le second texte, un entretien (en anglais) de janvier 2009, développe la compréhension marxiste de la crise en cours, et la radicalité de cette compréhension: « La seule solution possible est de fonder la reproduction de la société sur la base des producteurs qui la contrôlent. C’est ce qu’a toujours signifié l’idée de socialisme ».

Le troisième texte, une conférence (en anglais) d’octobre 2008, polémique avec les naïfs et les travaillistes anglais qui veulent croire que, moyennant un peu de keynésianisme économique et de bonne volonté éthique pour rétablir la « confiance », une « reprise » ou une « relance » du capitalisme comme avant la crise serait possible. La falsification et l’imposture sont la normalité du capital, et son caractère destructeur est lié à  sa nature même. « C’est pourquoi Marx est plus pertinent aujourd’hui que jamais. Car seul un changement systémique radical peut offrir un espoir et une solution historiquement soutenables pour l’avenir. »

Le quatrième texte est un article en français de la brésilienne Maria Cristina Soares Paniago. Il est un peu technique et difficile, mais c’est parce qu’il s’attaque au coeur de la pensée de Meszaros: la distinction entre le capital et le capitalisme, la thèse de l’impératif absolu d’expansion (destructive) du capital et de l’impossibilité de le contrôler. A bà»cher de près.

 



Ne les oublions pas


¢ Salah Hamouri, détenu par un Etat policier depuis le 13 mars 2005.

¢ Mumia Abu-Jamal, détenu par un Etat policier depuis le 9 décembre 1981.

¢ Philippe Widdershoven, suicidé.