Webzine No 12

Au sommaire : la crise est finie, les femmes de Miss-Tic, d’autres sons de cloche, une mini-galerie d’images, des questions sur les femmes, quelques infos pour vos quiz, Fairouz chante Jerusalem, et les billets de Paul Craig.

NDLR : toutes ces informations ont été collectées sur la toile. Seule la présentation est de notre fait.



Webzine No 12 – 28 aoà»t 2009









Webzine No 12 – 28 aoà»t 2009

 



La crise est finie!

 


La crise était déjà  finie en 1934, dans ce film de Siodmak avec Albert Préjean et Danielle Darrieux, nous rappelle une postière abonnée de ce webzine (merci, Bernadette!).

 



Les pochoirs de Miss-Tic

Cliquez sur l’image pour accéder à  une des plus belles expositions que le web nous présente. Miss-Tic, la reine du pochoir, est l’icône de ce qui se fait de mieux au monde en matière de femmes, à  savoir… les parisiennes, eh oui. Provinciales, quand vous aurez fait le tour de l’expo sur le web, vous serez évidemment scotchées sur la rubrique « Produits dérivés ». Descendez jusqu’à  « Espaces de vente », et vous vous rendrez compte qu’elle a sa boutique, à  Paris bien sà»r, dans le XIIIe, en plein coeur de la Butte-aux-Cailles. Et si vraiment vous ne pouvez pas quitter Montauban, il y a son email.

Bon sang de bois, comment pouvez-vous encore fournir à  vos gosses ces trousses et classeurs atroces affublés de logos américains ringards, alors que Paris vous propose ça et ça?

 




Actualité : d’autres sons de cloche

¢ Quand mon mari est devenu une femme, j’ai réalisé que j’étais sexiste.

¢ Etant sans abri, vous n’avez jamais reçu la convocation au tribunal pour juger l’infraction que vous aviez commise en dormant sur un trottoir. Cette absence étant un délit, quand on vous trouve dans un refuge pour sans-abris, vous êtes bon pour la prison. Boire, manger, aller aux toilettes, mendier, tout cela viole des interdits et mène à  la case prison, quand on est indigent. C’est un crime d’être pauvre, voilà  tout.

¢ Selon Noam Chomsky, la différence principale entre la crise des années 30 et la nôtre, c’est que dans les années 30, le sentiment d’espoir était présent.

¢ Un petit matin de janvier, dans un couloir du métro de Washington, un homme joue du violon. Il joue six pièces de Bach extrêmement difficiles, sur un violon valant 3,5 millions de dollars. C’est Joshua Bell, un des plus grands violonistes du monde. L’avant-veille, il faisait salle comble dans un concert à  100 dollars la place. La suite ici.

¢ J’ai réussi à  trouver une information de bon sens, détachée des campagnes médiatiques et des pressions des lobbys, sur la grippe A-H1N1. C’est ici, sur le blogue du Dr Marc Zaffran. Lisez ce texte, et prenez vos décisions sereinement.

¢ Depuis que son état de santé l’a contraint à  se retirer de la politique active, Fidel Castro publie régulièrement ses « réflexions du compaà±ero Fidel », billets toujours empreints de bon sens, d’une authentique culture historique, et d’un vrai point de vue philosophique. Parmi les plus récentes, ses réflexions sur l’Empire et les robots méritent une lecture attentive.

¢ Un bon résumé de la situation en Afghanistan après les élections du 20 aoà»t sur ce blog de Mediapart.

 



Petite galerie d’images

Michael Jackson avait un ancêtre égyptien.


Votre chat regarde du porno sur le Net.


Toilette de l’artiste avant le tournage du porno.


Une usine à  salades au Japon, sans terre ni soleil.
Installable dans n’importe quel F3 de centre-ville.

 




Questions

D’un point de vue scientifique rationnel (darwinien), la sexualité féminine est source de quantité de questions sans réponse:

¢ la menstruation. Les femmes sont le mammifère chez qui, de très loin, ces saignements sont les plus abondants. On ne sait pas quel avantage reproductif cela peut induire.

¢ le développement des seins même en l’absence de toute lactation. Là  aussi les femmes détiennent le record parmi les mammifères, et là  non plus on ne voit pas quel avantage reproductif cela peut induire.

¢ chez tous les primates, le moment de la fertilité, l’ovulation, est parfaitement visible. Chez les femmes, c’est bien caché, même pour les femmes elles-mêmes, et même au 21e siècle, il est bien difficile de déterminer une chose aussi basique que les périodes de fertilité féminine. Ce n’est vraiment pas un avantage reproductif!

¢ la fonction reproductive de l’orgasme masculin est facile à  trouver (éjaculation et reproduction). Mais l’orgasme féminin? Les femmes qui ignorent l’orgasme se reproduisent ni mieux ni plus mal que celles qui le connaissent (et ne parlons pas de la durée et de l’intensité de l’orgasme féminin comparé à  celui des hommes).

¢ le plus énigmatique est sans doute la ménopause: la cessation forcée de la fertilité est une stratégie perdante dans le jeu darwinien, qui récompense le succès reproductif. On n’a trouvé jusqu’à  présent qu’une seule espèce vivante, la baleine pilote (Globicephala macrorhynchus), pour partager ce handicap avec homo sapiens. Et c’est une espèce protégée.

 




Le saviez-vous ?

¢ Le produit national brut (PNB, anglais GDP) est censé mesurer la richesse globale produite par un pays en un an (« GDP« ). Si on divise ce chiffre par le nombre d’habitants, on obtient la richesse moyenne annuelle produite par les habitants de ce pays (« GDP per capita« ). Si maintenant on divise cette richesse moyenne produite par le nombre d’heures travaillées en moyenne dans l’année, ce qu’on obtient est la productivité moyenne de l’heure de travail des habitants de ce pays. On peut donc faire un classement, et trouver quel est le peuple le plus productif au monde. L’Union des Banques Suisses a fait le calcul, et le résultat est publié par le Business Insider. A vous de trouver, en cliquant ici, quel est ce peuple – qui est aussi le peuple qui travaille le moins d’heures au monde…

¢ A l’unanimité, le prix international Ubu 2009 a été décerné à  la mairie de Morlaix. Une solide grille verte de plus de deux mètres de haut, agrémentée d’un écriteau « Accès interdit au public » a été installée, sur ordre de Mme le Maire, autour d’un arbre en plein centre-ville.

¢ Jusqu’au 17 aoà»t 2009, il était légal, aux USA, d’exécuter un innocent. Ca ne l’est plus, semble-t-il.

¢ Un homme a bien le droit de battre sa femme, telle est l’opinion de 68% des femmes algériennes – et de pas mal d’autres sur la planète.

¢ La voiture piégée, c’est « le bombardier du pauvre« , nous montre un ouvrage de synthèse sur cette arme dans l’histoire. Anarchistes, sionistes, école pour islamistes de la CIA, tout le monde l’a utilisée, et elle a toujours un bel avenir devant elle.

¢ Bien entendu, le FBI a été accusé d’antisémitisme après son coup de filet dans le New Jersey, impliquant une quarantaine d’élus locaux et cinq rabbins. Il n’empêche que cela a révélé l’existence d’un réseau mondial de trafic d’organes, dont la plaque tournante est en Israà«l. Le gouvernement israélien est impliqué, ainsi que de grands hopitaux américains, montre l’article du blog Cannonfire (la version originale en anglais contient tous les liens, la traduction française est correcte mais supprime les liens). On sait tout cela grâce au travail acharné d’une personne, Nancy Scheperd-Hughes de l’université Berkeley de Californie. Par ailleurs, il semble que la Chine aussi se mette à  lutter contre le trafic d’organes. Il n’est que temps.

 




Fairouz – El Qods Jérusalem

Cliquez sur l’image pour écouter une magnifique chanson de résistance sur Jérusalem (El Qods), par l’immense chanteuse libanaise Fairouz.

 




Paul Craig Roberts – Aoà»t 2009

Pour en savoir plus sur Paul Craig Roberts, qui fut secrétaire adjoint au Trésor au sein de l’administration Reagan, consultez les éditions précédentes de ce webzine. J’ai rassemblé ici ses papiers d’aoà»t 2009 en normalisant leur présentation et en intégrant la traduction française quand j’en ai trouvé une.

¢ Le billet du 5 aoà»t est centré sur les paradoxes liés à  l’économie américaine en phase terminale: comment un pays en pleine faillite financière peut-il décider de consacrer des milliards de dollars à  des dépenses militaires? Dans la petite ville de Vassalboro (Maine), un café recrutait quelques serveuses aux seins nus: 150 candidates se sont présentées! Les « villes de toile » composées de tentes de sans-logis se multiplient dans tout le pays. Et le Parlement vote une loi de programmation militaire de 636 milliards de dollars…

¢ Le billet du 11 aoà»t (Raconter des salades sur l’économie) montre en détail comment les statistiques sur le chômage sont trafiquées aux USA (tout comme chez nous). Par exemple, les chômeurs qui n’ont pas trouvé d’emploi depuis 12 mois sont considérés comme ne cherchant pas d’emploi, et sont rayés automatiquement de la liste des chômeurs. En période d’augmentation du chômage, le délai pour retrouver un emploi augmente: il suffit donc de ne rien faire, les chômeurs disparaissent et les statistiques baissent toutes seules.

¢ Le billet du 18 aoà»t est une critique impitoyable de l’illusion démocratique: « les américains sont des serfs gouvernés par des oligarques. Ils croient qu’ils ont «&nbspla liberté et la démocratie » et que les politiciens sont tenus par les élections. En réalité les Etats-Unis sont gouvernés par de puissants groupes d’intérêt qui contrôlent les politiciens par le financement des campagnes électorales. Nos vrais gouvernants sont une oligarchie d’intérêts financiers, militaires et sécuritaires et le lobby de l’AIPAC, qui influence la politique étrangère américaine au bénéfice d’Israà«l. »

¢ Le billet du 25 aoà»t enfonce le clou de la critique de l’illusion démocratique, sa conclusion est typiquement une formule d’un conservateur américain rigoureux: « En Amérique, le gouvernement passe toujours en premier. Le citoyen en dernier. La transformation du citoyen en serf est achevée. »

 


Ne les oublions pas


¢ Salah Hamouri, détenu par un Etat policier depuis le 13 mars 2005.

¢ Mumia Abu-Jamal, détenu par un Etat policier depuis le 9 décembre 1981.

¢ Philippe Widdershoven, suicidé.
 


 
 
 
 




Le cardinal Hummes reconnaît plus 20.000 prêtres pédophiles dans le monde !

Un aveu difficile, mais sincère. Le cardinal brésilien Claudio Hummes, préfet de la congrégation du clergé, vient en effet de reconnaître que le pourcentage de pédophiles serait de 4% dans les rangs du clergé, soit beaucoup plus que dans l’ensemble de la population. Ce qui peut s’expliquer d’ailleurs de différentes façons. Soit le clergé attire des personnes de cette tendance soit le refoulement de la sexualité incite à  se fixer sur des objets plus faciles. Nous y revenons plus loin.

Ce  » crime abominable  » selon les mots du cardinal, est donc très fréquent dans le clergé, même s’il ne faut faire peser un quelconque soupçon systématique sur tous ! 20.000 prêtres catholiques de par le monde seraient pourtant impliqués.

Dans un entretien accordé à  la revue « Vida Nueva », Claudio Hummes a tenu à  souligner que l’à‰glise ne pouvait fermer les yeux sur ce problème. «  Il n’y a pas de place dans le ministère sacerdotal pour des personnes qui ont commis ces crimes. Les prêtres pédophiles doivent être sanctionnés par des lois civiles comme par des lois canoniques. L’à‰glise ne peut accepter la pédophilie.  »

En même temps, le cardinal Hummes prétend que la pédophilie n’a rien à  voir avec la question du célibat, ce qui est bien plus discutable en fait. En effet, même s’il est difficile d’imaginer que quelqu’un puisse passer à  des actes pédophiles sans une tendance qui l’habite, au moins à  l’état latent (et subconscient) il ne fait aucun doute qu’une mauvaise gestion de l’affectivité et de la sexualité ne peut que favoriser des déviances en germe.

Par contre, on peut concéder que l’ordre de cause à  effet pourrait être différent dans un certain nombre de cas. Autrement dit, d’aucuns choisiraient précisément cette voie comme une couverture très commode, plus ou moins consciemment d’ailleurs. Ce n’est pas le célibat ecclésiastique qui provoquerait des déviances. C’est au contraire une psychologie déviante qui pousserait certains individus à  l’embrasser. L’excuse n’absout guère. Et n’empêche pas le conditionnement clérical d’aggraver par la suite un problème initial. Avec toutes les conséquences que l’on sait. et qui peuvent être effrayantes.

Le réflexe de l’institution catholique a toujours été le déni des problèmes. Ce qui, à  l’évidence, n’arrange rien et aggrave tout. Aujourd’hui, suite à  la multiplication des affaires et des révélations, cela n’est plus possible. Tant mieux.

Célibat des prêtres : le grand déni

Lors de l’émission C dans l’air (sur France 5) du mardi 25 aoà»t, l’affaire douloureuse et délicate des fils de prêtres a été abordée. Avec délicatesse, mais sans éluder les vraies questions et les enjeux. Marc Bradfer a témoigné de son besoin de reconnaissance. Il a longtemps ignoré que son père avait été prêtre. Un père qui vécut longtemps dans la culpabilité et dans la honte.

Parmi les invités, le Père Michel Kubler, assomptionniste et rédacteur en chef de la Croix entendait donner le ton de l’à‰glise de France. Avec franchise, il reconnut le poids de solitude et d’isolement qui peut écraser le prêtre diocésain. On regrette qu’il ait semblé prendre son partie d’une situation inhumaine, sans remettre en cause le système institutionnel qui se trouve à  l’origine de tels malheurs.

On regrette d’autant la désinvolture avec laquelle il écarte les statistiques données par Golias, lors de l’émission, concernant la proportion importante de prêtres qui ont des compagnes et s’affranchissant du célibat obligatoire (20 à  30 % en Europe, 50 à  60 % en Amérique latine et en Asie, et 80 à  90 %en Afrique). Parfois des enfants naissent souvent des ce unions cachées. Les vieux réflexes cléricaux reviennent toujours. C’est le « manteau de Noé » que l’on jette parce que l’on ne veut pas voir. Ni laisser voir. Et pourtant « que votre oui soit oui. » Alors que la modernité cultive jusqu’à  l’excès la valeur d’authenticité, qui détrône presque toutes les autres, les institutions ecclésiastiques auraient tort de persister, à  l’opposé, dans une stratégie néfaste et peu crédible de déni. Surtout lorsqu’il s’agit de nier l’évidence.

C’est l’enfant que l’on condamne lorsqu’il crie que le roi est nu, comme dans le Conte d’Andersen. Les courtisans se taisent. Mais la vérité finit toujours par retentir, d’une façon ou d’une autre.

Liturgie : nouveaux tours de vis à  venir…

Malgré la trêve estivale, les milieux les plus conservateurs de la Curie, s’activent dans l’élaboration d’un projet dont on sait combien il tient à  coeur au Pape lui-même: celui d’une réforme de la réforme liturgique. Autrement dit, d’une importante correction de trajectoire de l’application du changement voulu par Vatican II. Il ne s’agit pas, sans doute, d’un retour pur et simple à  la liturgie d’avant le Concile, mais d’aboutir à  une sorte de correctif de la liturgie actuelle qui s’en rapprocherait notablement.

Sous le pontificat de Jean Paul II déjà , l’idée était en l’air, mais le pape polonais, influencé par Mgr Piero Marini, aujourd’hui écarté, ne s’engagea pas véritablement dans cette voie, et se montra même plutôt réservé. Depuis l’élection de Joseph Ratzinger au printemps 2005, les choses ont évidemment bien changé.Benoît XVI se hâte lentement. Il mesure les risques de résistances que son dessein ne saurait manquer de rencontrer. Y compris au sein de la Curie même (notamment les cardinaux comme William Levada, Giovanni Battista Re et Walter Kasper). Il a donc pris son temps. Petites touches par petites touches, il esquisse à  grands traits la nouvelle réforme de la liturgie.

Dans le secret, derrière les épais murs de la Curie, au printemps dernier, de hauts prélats de la congrégation pour le culte divin, auraient concocté un projet de réforme de la réforme, très grâtiné. On sait combien l’orientation du célébrant, qui ne serait plus face aux gens, tient à  coeur à  Joseph Ratzinger. Mais d’autres mesures seraient sur le point d’être adoptées comme la communion sur les lèvres (celle dans la main étant tout juste tolérée comme «extraordinaire») et de préférence à  genoux. Un retour assez large au latin se dessine également. On parle même d’y revenir totalement pour la prière eucharistique…peut-être en silence !

Curieusement, mais cela s’explique, ce projet sera porté et défendu par deux prélats influents qui ne sont pas des liturgistes de formation mais des hommes de doctrine et d’action. L’ancien cardinal de Tolède Antonio Canizarès Llovera, préfet de la congrégation pour le culte divin, surnommé le «petit Ratzinger», tout comme son bras droit, l’américain Joseph Augustine Di Noia, un dominicain qui a longtemps travaillé aux côtés du pape actuel à  la congrégation pour la doctrine de la foi. Ce sont des hommes déterminés et très loyaux à  l’égard de Benoît XVI. Leur ralliement aux positions traditionnelles tient non seulement au souci d’appliquer ce que désire le pape Ratzinger ; mais également à  la conviction de faire barrage au relativisme théologique.

Parallèlement à  ce très vaste projet d’une réforme de la réforme, la Curie entend combattre les soi-disant abus liturgiques, et notamment une inculturation jugée excessive, dans certains pays. S’il est assez probable que la dénonciation des abus liturgiques ne rencontre guère de contradicteurs, en revanche le succès est moins assuré pour certaines mesures perçues comme rétrogrades, y compris par de hauts prélats peu suspects de progressisme, mais qui estiment comme définitifs certains tournants de l’après-Concile.

Les religieuses américaines se rebiffent

Le torchon brà»le entre la majorité des religieuses américaines de vie apostolique et le Vatican. En raison de l’enquête systématique menée actuellement par le Vatican à  leur encontre. Elles se plaignent en effet de l’état d’esprit d’une telle entreprise. De fait, un climat d’incompréhension et de suspicion se fait pesant. Très pesant. Rassemblées à  La Nouvelle-Orléans, les supérieures des à‰tats-Unis s’interrogent donc sur les enquêtes menées à  leur sujet par la Congrégation pour la doctrine de la foi et la Congrégation pour la vie consacrée.

Le cardinal Franc Rodé, préfet de la congrégation pour la vie consacrée, ne fait pas mystère de l’intention qui préside à  cette initiative : remettre les congrégations religieuses sur des rails et endiguer la vague de sécularisation qui a sévi depuis le Concile et qui frappe en particulier les familles apostoliques, et non les contemplatives, réputées plus fidèles et plus dociles. En réalité, Rome entend bel et bien tourner le dos à  certaines initiatives de l’après-Concile que Benoît XVI juge sévèrement. Avec un mépris du sens profond qui animait ces initiatives. Il s’agissait de retrouver un esprit plus évangélique et plus authentique. Au service de l’homme. Un anthropocentrisme qui ne séduit guère Joseph Ratzinger, en mal de restauration d’une église intransigeante et dominatrice.

Eugen Drewermann a montré les ravages d’une vie religieuse mal comprise, et le cortège de névroses et de souffrances qui s’ensuit. Les exigences inhumaines ou déséquilibrées ont destructuré profondément des personnalités. A l’évidence, après le Concile, il est apparu indispensable de réformer les règles pour éviter de telles dérives et pour favoriser un minimum d’épanouissement.

Héritières des audaces de l’après-Concile, les religieuses américaines n’entendent plus désormais subir passivement une inspection pointilleuse et mesquine. Elles entendent être traitées en adultes, ce qui est la moindre des choses.

Rome ne s’inscrit pas dans cette perspective de dialogue et infantilise les religieuses. L’enquête a pour but de vérifier la conformité des religieuses avec la doctrine catholique. Et non de discuter ou de comprendre.

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°95]

Ce qui nous sépare de J. R.

Il est intéressant de nous demander en quoi surtout les catholiques (disons plus largement les chrétiens) d’ouverture divergent des choix de l’actuel pontife romain Benoît XVI.

En effet, au-delà  de questions de goà»t ou de sensibilité esthétique ou liturgique (on peut aimer ou non le latin et les dentelles, même si en France cette dimension est toujours recouverte par des positionnements idéologiques), au-delà  même des questions particulières d’éthique, au-delà  enfin de polémiques médiatiques, en quoi l’orientation imprimée par le pape actuel nous semble-t-elle contestable, sinon néfaste ? Une question que nous devons affronter. D’autant plus que le pape vient de dénoncer, en évoquant le curé d’Ars, la Révolution française exemple ancien mais virulent et lourd de conséquences du relativisme le plus destructeur (cf. Golias Hebdo n°94).

Pour nous aider à  y répondre, nous nous appuierons volontiers sur une excellente contribution d’un brillant théologien strasbourgeois, Christian Gouyaud, qui entend au contraire défendre le pape Ratzinger (Benoît XVI, pape doctrinaire ? in Pour Benoît XVI, Paris, La Nef, 2009, pp. 109-134). Avec mesure et intelligence, mais sans éluder les points délicats.

[…]

Joseph Ratzinger
pose une sorte d’alternative tranchée entre « interpréter »
et « recevoir », « le texte et son commentaire », « ce qui est donné » et «ce qui est construit ». Par une consternante étroitesse spéculative, Joseph Ratzinger ne semble pas envisager un seul instant que le texte même, le message venu d’ailleurs, puisse précisément se donner au travers de l’entreprise d’interprétation et de reconstruction. Ce qu’avait au contraire finement analysé Yves Congar qui mettait en valeur la réception d’un enseignement comme constitutive de son contenu et de son autorité légitime. Le sens même de la tradition, en fait. La transmission constitue ce qu’elle transmet sans que, pour autant, le message soit purement relatif (mais il l’est en bonne part). L’absolu même se communique dans et par le relatif ! Ce n’est après tout qu’un corrélat de l’incarnation : l’Eternel entre dans l’histoire.

[…]

Contrairement à  ce que dit et pense Joseph Ratzinger, ce sens de la subjectivité et du relatif (et non du subjectivisme et du relativisme) traduit un sens beaucoup plus fort de la vérité qu’un dogmatisme arrogant et étriqué ! Cette théologie se pose en totale rupture avec une vision fixiste et fondamentaliste du dogme chrétien. Elle prend en compte l’enracinement dans un contexte et la dimension historique. Cette recherche théologique permet de tracer une ligne de partage « entre le message chrétien comme signifié permanent et puis encore les schèmes culturels dans lesquels ce message a été livré » (C. Geffré, cité p. 120). Contrairement à  une prétention caricaturale qu’en font ses détracteurs, la théologie herméneutique n’entend pas dissoudre le message dans chacune de ses expressions historiques, mais au contraire refuser une identification du message à  l’une d’entre elles, ce qui en appauvrirait singulièrement la vitalité et la prégnance. Pour cela, une perspective critique est indispensable qui se doit quelquefois de «démasquer les intérêts en jeu qui ont conditionné la production de tel ou tel discours ecclésial». L’absolu s’incarne dans le relatif. Ce qui d’une part empêche d’absolutiser l’une ou l’autre de ses expressions mais en même temps confère à  chacune d’entre elles une certaine légitimité et une véritable importance. D’o๠ce sens éclairé et libérateur de la tradition qui est tissée de « reprises créatrices du message originaire ». C’est à  mon avis ce que voulait dire le bon cardinal Marty, alors archevêque de Paris, lorsqu’il eut cette formule, sans doute imprécise : « La tradition, c’est transmettre et non pas conserver ».

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°95]

Un certain juif nommé Jésus

Nous retrouvons Marc après notre pause johannique¦ Mais il est encore question de repas. On peut cependant regretter que nos liturges aient découpé un texte aussi bien construit.

La marque de l’évangéliste y est en effet très forte puisqu’il est impensable que Jésus ait pu tenir des propos aussi radicaux sur les aliments en les déclarant tous purs (v 19). C’est le bibliste américain John Paul Meier qui en fait la belle démonstration dans Un certain juif Jésus (dont le quatrième tome vient de paraître au Cerf, ouvrage remarquable sur lequel nous reviendrons) et dont nous reprenons quelques points. La citation d’Isaïe provient non pas du texte hébreu mais de sa traduction grecque, langue que Jésus ne connaissait sans doute pas suffisamment pour y recourir dans son enseignement.

Or la version grecque du prophète insiste sur la dénonciation non plus seulement d’un culte rendu par les lèvres et non le coeur mais sur la vanité des pratiques à  cause d’un enseignement humain opposé à  la
révélation divine. C’est le coeur même de l’évangile de ce jour
(v 7.8.9.13) avec un crescendo dans l’accusation : de la « tradition des humains », Jésus en arrive à  parler de « votre tradition » appliquée au cas particulier de la pureté des aliments, généralisant au passage de manière abusive des pratiques qui n’étaient pas celles de « tous les juifs » (v 3).

Si le Rabbi de Galilée avait prononcé de telles paroles, nul doute qu’on trouverait d’autres traces de cette controverse qui n’aurait pas pu passer inaperçu, notamment au moment de son procès. Pierre lui-même aurait fait allusion à  cette parole du Seigneur quand il fut mis en difficulté sur cette question à  Antioche et la lettre que les apôtres et les anciens écrivent à  cette Eglise la mentionnerait. Paul aussi aurait utilisé cet argument de poids dans sa lettre aux Galates¦

Cette absence d’autres textes sur cette question (excepté le parallèle de Matthieu) manifeste que Marc a mis dans la bouche de Jésus des affirmations de la première communauté chrétienne. Pourquoi cette digression sur l’histoire de la rédaction ? Parce que, si l’Eglise n’est plus affrontée au problème de la pureté-impureté pour les repas, elle doit toujours se demander si son enseignement est celui de Dieu ou celui de la tradition humaine !

Et il est remarquable que ce soit un texte rédactionnel, c’est-à -dire élaboré par l’évangéliste, qui nous interroge sur un sujet aussi fondamental. Car on risquerait de penser que si l’on avait accès aux vraies paroles du Jésus historique, tous les problèmes seraient résolus ! Illusion fondamentaliste dont la Tradition nous garde. Paradoxe d’un Dieu dont la révélation n’est « transmise » qu’à  condition d’être « trahie » (même mot en grec), car il est bien évident que le débat que Marc fait remonter à  Jésus lui-même est encore le nôtre. Comment savoir si les « choses reçues et auxquelles [nous sommes] attachés » (v 4) viennent bien de Dieu ou de notre coeur qui renferme encore tant de
« desseins pervers » (v 21) ?

Quoi qu’il en soit de réponses jamais évidentes, Marc, à  la suite de ce que certains appellent le premier concile de Jérusalem, nous offre un critère opératoire : nos lois ne doivent pas nous séparer de nos contemporains puisque tel était bien l’enjeu de l’abandon des pratiques rituelles de purification et des interdits alimentaires (et de celui de la circoncision) et il n’y eut pas dans toute l’histoire de l’Eglise révolution plus grande. Les judéo-chrétiens, nos intégristes de l’époque, ne pouvaient souffrir de tels dénis de la Loi. Jésus leur rétorque que ce ne sont que traditions humaines qui éloignent de la volonté de Dieu. Sommes-nous donc, nous aussi, sans intelligence (v 18) ?

Pascal Janin

Nuit

Elle disparaît aujourd’hui avec le développement de l’éclairage urbain. Si l’astronome veut observer le ciel, il doit aller de ce fait dans la campagne, ou mieux encore dans un désert ou sur le sommet d’une montagne. Mais nous-mêmes n’en subissons-nous pas les fâcheuses conséquences ?

Nos rythmes circadiens s’en trouvent perturbés. Ce n’est pas pareil de dormir dans une nuit épaisse, et dans une semi-nuit : la mélatonine s’y sécrète moins facilement, cette hormone du sommeil régule tous nos rythmes chronobiologiques, et commande l’ensemble de nos sécrétions hormonales. A-t-il pensé au sommeil des riverains, le maire qui a voulu mettre en valeur le clocher de son église en l’éclairant toute la nuit ?

On « met en valeur » tous les sites maintenant, monuments, paysages, rivières mêmes. C’est la fin des biotopes traditionnels : insectes, poissons n’y trouvent plus leur compte. Ainsi dérangés, ils vont disparaître.
L’« obscure clarté qui tombe des étoiles » ne se voit plus. Et ne se perçoit plus du coup, dans le langage, l’oxymore qui en rend compte. Rembrandt nous avait habitués au clair-obscur, et Van Gogh, à  sa Nuit étoilée. La folie illuminante détruit tout cet héritage.

Pourquoi vouloir faire la lumière partout ? C’est une tendance de notre culture éprise de clarté, qui aime projeter sur toutes choses son faisceau souvent aveuglant. L’Orient au contraire lui préfère l’obscurité : lisez le magnifique à‰loge de l’ombre, de Tanizaki. Nous aimons le cristal, qui reflète la lumière. Eux, préfèrent la pierre opaque, le jade par exemple. Dans nos maisons nous aimons bien y voir, et nous les équipons de carreaux brillants. Eux les obscurcissent d’auvents qui créent un faux jour. Nous illuminons brutalement une pièce en tournant le commutateur électrique : plus de place pour l’ombre, donc pour le mystère et pour son intelligence. Bachelard aussi l’a bien montré, dans La flamme d’une chandelle : les ombres dansantes sur les murs meurent devant l’électricité, alors sorcière plus que fée. EDF : à‰lectricité Devient Folle¦
Il est bien dommage que l’éloge nécessaire de la nuit, nourricière, maternelle, imaginante, plus riche en sens même que le jour, doive prendre aujourd’hui la forme d’un requiem !

La cité de la peur

Le film est aujourd-hui oublié malgré un bon casting (Bourvil, Francis Blanche, Jean-Louis Barrault, Raymond Rouleau, Jacques Dufilho…) et une réalisation brillante, autant qu’originale, sinon décalée de Jean-Pierre Mocky. Il avait deux titres : la Cité de l’invincible peur et la Grande frousse.

Malgré le charme patrimonial et la beauté du ciel, la cité du Vatican nous semble bien atteinte aujourd’hui par ce mal, « passion triste » par excellence selon Spinoza. Peur de la vie et du désir; peur des évolutions inéluctables mais qui menacent sans doute un édifice désormais trop vermoulu pour être ravalé en douceur et sans douleur.

Parmi les motifs de peur qui étreignent Benoît XVI, c’est sans doute le risque d’une sorte de déconfiture générale, de crise doctrinale et morale, malgré la restauration entreprise, qui l’inquiète de plus en plus. Il réagit d’ailleurs, mais sans le vouloir, de telle façon qu’il contribue, par son intransigeance obstinée, à  intensifier et à  aggraver le mal qu’il veut combattre.

Cette peur du monde et de son histoire, des avancées de la pensée et des moeurs, se double à  présent d’une inquiétude plus circonstantielle concernant l’avenir de l’Eglise. Les fils clandestins de prêtres, tout comme les victimes de pédophiles et autres maniaques sexuels, exigent à  présent réparation. En espéces sonnantes et trébuchantes. Alors que la situation financière du Vatican et des diocèses est au rouge, cela va faire très mal. Les chiens eux-mêmes mordent souvent ceux qui ont peur d’eux.