Notre projet

Lorsque Sigmund Freud titrait l’un de ses livres l’Avenir d’une illusion, avec humour et sens de la répartie, son interlocuteur protestant de prédilection, Oscar Pfister, lui répondait en titran L’illusion d’un avenir ». Il faut cultiver le sens de l’utopie, au sens de Thomas More, c’est à  dire du lieu qui est bon (préfixe «eu») mais qui n’existe pas tel que (préfixe privatif «u»). Autrement dit, il s’agit de tracer toujours des chemins nouveaux et stimulants.

Jadis, la théologie parlait des « notes » de l’Eglise, comme de propriétés essentielles présentées cependant de façon trop statique (ce que leur reprochaient même des théologiens aussi classiques que les cardinaux Congar et De Lubac). Nous préferons ici donner des qualificatifs à  ce christianisme vivant, déjà  présent, mais encore à  naître, y compris au travers d’une mise en cause critique, incontournable, du système tel qu’il fonctionne actuellement, avec des conséquences déplorables faciles à  repérer.

Une part d’arbitraire ne peut être évitée. Les plus hautes montagnes s’appréhendent de divers côtés, et il y a le choix des itinéraires, encore heureux. Nous retenons sept qualificatifs d’avenir pour le christianisme : incarné, érotique
(eh oui !), généreux, fraternel, créatif, dialogal et symphonique.
Beaucoup de chrétiens d’ouverture sont éprouvés dans leur espérance : d’une part à  cause du recul de l’engagement chrétien en Occident, d’autre en raison d’une restauration qui s’étend parmi ceux qui restent dans la bergerie catholique, à  commencer par les bergers eux-mêmes. Cela est inquiétant, mais exprime la nécéssité actuelle d’un processus complexe de changement à  long terme qui ne nous empêche pas de rêver. Les rêves d’un jour donnent souvent forme et charme à  la réalité de demain.

De l’urgence aujourd’hui de Repenser le christianisme

La période nous semble propice à  une réflexion de fond, à  une recherche en profondeur, au-delà  de l’actualité immédiate et de son cortège de nouvelles quelquefois croustillantes, et parfois désolantes. «Golias» décortique avec un soin gourmand et un esprit volontiers taquin l’actualité immédiate, y compris celle, quelquefois secrète, qui se déroule derrière les murs épais du Vatican. Néanmoins, l’espace d’une pause, il nous semble intéressant de penser et de rêver à  loisir. D’imaginer les traits d’un nouveau christianisme, non pas sans doute jusque dans le détail (nous aimons nous laisser surprendre), mais au travers de grands axes qui composent autant de directions à  emprunter, en toute liberté, pour inventer l’Evangile de demain.

Il nous semble d’ailleurs qu’il serait réducteur et bien décevant de s’en tenir à  l’aspect institutionnel, aux jeux de pouvoir tout ecclésiastiques. En effet, nous demeurons convaincus que les grands débats et les enjeux les plus déchirants (par exemple la décentralisation ou la liturgie) loin de ne renvoyer qu’à  eux-mêmes, expriment sans doute des visions globales de l’Homme et une conception d’ensemble du christianisme et de son articulation à  la vie concrète et réelle.

Il serait bien entendu loisible de multiplier les propositions et les suggestions. La vérité a toujours plusieurs faces, complémentaires, et qui plus est évolutives. C’est pourquoi, il nous paraît bien aléatoire et même périlleux de vouloir en quelque sorte tout enfermer dans une seule formulation ou une seule pensée qui s’érigerait en absolu définitif. C’est probablement tout ce qui nous sépare de Joseph Ratzinger, de son combat contre le relativisme de cette volonté d’imposer une ligne intransigeante et disons-le, étriquée. Ne dit-on pas dans nos paroisses de France et de Navarre de Benoît XVI qu’il est
« XIII et III » (très étroit) ?

Pour résumer chacun de ces axes, qu’il reste toujours à  décliner en fonction d’un contexte, d’un tempérament et d’une histoire, nous avons retenu un qualificatif. Le dernier peut sans doute les résumer tous : « symphonique ». Il est repris d’un grand théologien suisse Hans Urs Von Balthasar, esprit pénétrant, parfois contestaire (avant le Concile il parlait de « raser les bastions »), toujours profond et inspiré, quelquefois insupportable. Cet homme de vaste culture inspira également, ô paradoxe, les courants les plus rigides et étriqués du néoconservatisme. Balthasar prononça des jugements sommaires et injustes sur des théologiens de la lucidité et du courage d’un Rahner ou d’un Boff. Les considérations que nous développerons ci-dessous font souvent entendre une mélodie très différente des courants balthasariens.

Cela n’était pas une raison pour ne pas adopter cet adjectif, admirable, qui exprime à  la fois la totalité, la diversité, la créativité, la pluralité et l’harmonie. Un temps, nous pensions parler simplement d’un christianisme « humaniste », adjectif que nous revendiquons, certes, avec force de conviction, mais qui nous sembla finalement très général. Frédéric Lenoir et son remarquable Christ philosophe nous livre d’ailleurs à  cet égard une réflexion que nous faisons très largement nôtre et que nous rejoindrons ici par un autre
itinéraire.

Quel christianisme pour demain ?

Le christianisme de demain sera incarné ou ne sera pas. Il ne s’agit pas simplement là  d’un qualificatif parmi d’autres mais de celui qui exprime plus que les autres la spécificité même du christianisme. En effet, le chrétien croit en un Dieu qui s’est incarné, qui est devenu Homme, qui a choisi d’habiter parmi nous, et non en un quelconque célibataire des mondes, jupitérien et juge implacable.
De cette dimension proprement théologique découle sans doute un corrélat anthropologique d’importance proprement fondamentale. Etre chrétien ce n’est pas renier son humanité, la frustrer. Ceci vaut aussi pour la sphère affective et sexuelle dont on sait à  quel point sa bonne santé (autant que faire se peut car l’Homme est, fort heureusement, toujours en chemin vers l’inaccessible) conditionne l’ensemble de son existence avec des dommages collatéraux connus de tous. Récemment, les abus gravissimes et à  répétition en Irlande, les scandales qui menacent la survie même des Légionnaires du Christ ou en Alsace l’affaire Flury s’ajoutent à  une liste déjà  longue.

[Lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°91]

La loi naturelle au défi de l’éthique universelle

La Commission théologique internationale vient de publier un document intitulé « A la recherche d’une éthique universelle. Nouveau regard sur la loi naturelle ». Qu’y a-t-il donc de neuf ?

Rappelons que la Commission théologique internationale (CTi) est aujourd’hui une des sept commisions pontificales. Elle a été créée en 1969 par Paul VI pour « aider le Saint-Siège et spécialement la Congrégation pour la doctrine de la foi dans l’examen des questions doctrinales d’importance majeure. » Au départ, cette Commission disposait d’une indépendance relative par rapport au petit monde de la Curie romaine.

Golias Hebdo a signalé, il y a peu, un document sur Le Ministère sacerdotal, élaboré et publié au printemps 1971, qui fut ensuite désavoué et censuré.
En 1982, Jean-Paul II donnait des statuts à  la CTi qui comprend désormais 30 membres et est présidée par le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Désormais, la CTi est assujettie à  Rome. En avril 2007, elle publiait un document sur « L’espoir de salut pour les enfants morts sans être baptisés » qui osait avouer – tout de même ! – que les limbes ne sont plus une « vérité de foi ». Dès 2004, la CTi recevait la mission de rédiger un document sur la loi naturelle. Une sous-commission de dix membres se mit au travail ; elle était présidée par le dominicain Serge-Thomas Bonino avec, entre autres, l’archevêque de Dijon, Mgr Roland Minnerath. Le document fut approuvé par l’ensemble de la Commission en décembre 2008 et publié à  la fin de mars dernier.

Le retour à  la loi naturelle

Très critiquée, dans les années soixante, par certains moralistes catholiques, la théorie de la loi naturelle fait un retour en force avec l’encyclique Humanae vitae. En effet, pour condamner la contraception, Paul VI ne put s’appuyer sur le moindre texte évangélique ou biblique et fit donc référence à  « la loi naturelle, expression elle aussi de la volonté de Dieu et dont l’observation fidèle est également nécessaire au salut ». Dans le débat théologique qui suivit la publication d’Humanae vitae, les moralistes partisans de l’Encyclique furent amenés à  approfondir la théorie de la loi naturelle qui apparaissait à  beaucoup comme obsolète. Si Jean-Paul II s’appuya surtout sur une philosophie personnaliste pour justifier l’antique morale sexuelle, l’influence grandissante de Joseph Ratzinger, devenu Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1981, est très certainement à  l’origine de l’encyclique Veritatis splendor (aoà»t 1993) qui consacre la loi morale naturelle en déclarant qu’ « elle s’impose à  tout homme doué de raison et vivant dans l’histoire » (Veritatis splendor, n° 51). Mais l’Encyclique affirmait aussi que « certaines interprétations de la morale chrétienne ne sont pas compatibles avec la ˜saine doctrine’ » (n° 29) ; la référence à  la loi naturelle était donc, pour Rome, un instrument de combat contre tout un courant de théologiens catholiques ! Le Catéchisme de l’à‰glise catholique (1992) – qui est l’acte magistérielle le plus important du pontificat de Jean Paul II -, consacre lui-même 7 articles (du n° 1954 à  1960) à  la loi naturelle qui est qualifiée d’ « immuable » et qui, selon saint Thomas, « n’est rien d’autre que la lumière de l’intelligence mise en nous par Dieu ».

Aujourd’hui, Benoît XVI fait de la défense de la loi naturelle un des axes principaux de son enseignement, qu’il oppose au relativisme éthique et au subjectivisme de la conscience. Pour le pape Ratzinger, l’effacement de la loi naturelle est « à  la base de la crise de la civilisation humaine » (discours du 5 octobre 2007).

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°91]

L’Opus Dei contre la CEI et pro-Berlusconi

La conférence épiscopale italienne (CEI), par les voix de son président, le cardinal Angelo Bagnasco, et de son secrétaire Mgr Mariano Crociata vient de lancer un avertissement au président du conseil Silvio Berlusconi, l’invitant à  une conduite exemplaire, qu’il est très loin d’adopter pour le moment, défrayant la chronique des people par son goà»t intempérant pour les très jeunes filles.

La riposte est venue d’o๠on ne l’attendait pas, le président Berlusconi se gardant pour le moment de réagir, conscient des risques d’un bras-de-fer avec les évêques de la très catholique péninsule. C’est le porte-parole de l’Opus Dei,
Pippio Corigliano, qui fait la leçon aux évêques : « Il est dangereux de juger en place publique les hommes, qu’ils soient ou non des politiques, pour tout ce qui concerne leur vie morale; si l’on s’engage dans cette voie, on peut arriver à  la « terreur » de Robespierre. » Avouons-le, en règle générale, ce que dit là  le représentant de l’Opus Dei n’est pas du tout dépourvu de pertinence, au contraire. Toutefois, dans le cas précis de Silvio Berlusconi, c’est un peu fort de café. Quant à  comparer le cardinal Bagnasco ou Mgr Crociata à  Robespierre, cela se passe vraiment de tout commentaire. L’argument développé par le porte-parole de l’Opus Dei est d’autant plus discutable qu’il laisse planer un flou entre la vie vraiment privée et la conduite extérieure et publique.

Autant il nous semble, en effet, que la première doit être protégée autant à  l’inverse la seconde, connue de tous, peut à  l’évidence faire l’objet d’une évaluation publique, surtout avec la discrétion et la mesure adoptées par l’épiscopat. Le ton violent de la position de Pippio Corigliano a créé une vraie surprise de la part d’une prélature en général soucieuse de prendre des gants et de respecter les formes, et aussi de faire preuve de la plus grande déférence à  l’endroit des évêques, surtout du poids et du prestige d’un cardinal Bagnasco, peu suspect par ailleurs de progressisme doctrinal !

A l’évidence, l’Opus Dei semble avoir beaucoup à  gagner avec le gouvernement actuel qu’il entend ménager. Cela vaut bien quelques concessions, quelques grains d’encens aux idoles, quelques escorts girls un peu jeunes ! Un moment de honte est si vite passé !

Sodano, un homme qui aime le pouvoir

Contrairement à  un Joseph Ratzinger d’abord homme de doctrine, Angelo Sodano se montra surtout homme de pouvoir. Certes, à  la différence de la plupart des diplomates de la Curie, il commença sa carrière comme professeur de dogme, peu de temps il est vrai. Sur le fond, à  titre personnel, c’est un thomiste qui penche plutôt, mais sans vouloir se compromettre, du côté de la théologie romaine la plus classique.

Alors que Mgr Casaroli se délectait à  la lecture en allemand de Kant et en chinois de sages orientaux, Sodano reste plus étroitement enfermé dans des cadres mentaux occidentaux et conservateurs. Cependant, son véritable univers n’est pas celui de la vie intellectuelle mais des manoeuvres diplomatiques, politiques et curiales parfois très embrouillées. Un mixte d’Andreotti et de Berlusconi.

Deuxième de six enfants d’une famille très chrétienne de la région d’Asti, engagée en politique (la fameuse « démocratie chrétienne italienne »), Don Angelo, protégé à  la Curie par le cardinal Antonio Samorè (auquel il doit son ascension) fait vite carrière dans des postes diplomatiques comme l’Equateur ou l’Uruguay. Devenu porporato, Samorè, en fait véritable ministre des Affaires étrangères du Vatican, veut pouvoir s’appuyer en ce qui concerne l’Amérique latine sur un monsignore de confiance, docile et tenace, mais aussi ambitieux et carriériste. Ce sera Mgr Sodano.

A plusieurs reprises, Paul VI demande d’ailleurs conseil à  Sodano car l’Amérique latine dont il attendait tant commence à  l’inquiéter. Après le départ pour Mexico, en 1977, de Mgr Sotero Sanz Villalba, nonce espagnol au Chili, très en vue (mais qui mourra l’année suivante), c’est Sodano qui, jeune encore, est nommé à  Santiago par Paul VI. Un choix significatif. Il y nouera des relations assez bonnes avec le général Pinochet, cherchant d’ailleurs à  infléchir le cours des nominations épiscopales dans un sens conservateur. En 1983, il entreprend une manoeuvre pour placer à  la tête de l’important diocèse de Santiago (la capitale !) l’un de ses proches, un certain Jorge Arturo Medina Estevez, connu pour sa haine farouche envers les franges progressistes de l’Eglise sud-américaine. Or, Mgr Medina est un thuriféraire intempérant du régime Pinochet. Echouant dans sa manoeuvre, Sodano choisit ensuite un homme du centre, Mgr Juan Francisco Fresno Larrain, déjà  âgé, pour faire la transition. Le voyage de Jean Paul II au Chili en 1987 fut entièrement préparé par Sodano qui insista pour que le pape se montre bienveillant envers Pinochet, rempart providentiel contre le communisme. L’année suivante, après l’élévation au cardinalat de Silvestrini (en fait écarté par Wojtyla qui ne lui fit jamais confiance et l’aimait encore moins), Sodano devient secrétaire pour les relations avec les Etats. Le choix est habile : l’Amérique latine est au coeur des préocupations du pape. En outre, Sodano est bien vu de Washington en raison d’un anti-communisme qui plut toujours aux administrations Reagan et Bush.

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°91]

Jésus recherché par la foule

Entre la multiplication des pains de dimanche dernier et la recherche de Jésus par la foule au début de l’évangile d’aujourd’hui, Jean relate le récit du Christ rejoignant ses disciples sur la mer houleuse. Le lecteur a donc connaissance d’une scène qui est une invitation à  ne pas avoir peur avec celui qui peut dire : « je suis », comme Dieu au Mont Sinaï ! (v 20. Cf. 8, 58)

Ce n’est pas sans importance puisque le dialogue à  Capharnaà¼m porte sur l’identité de Jésus. Qui est-il pour pouvoir parler ainsi et demander qu’on croie en lui ? (v 30) Les auditeurs ne comprennent pas ce que leur dit Jésus et cette méprise permet à  Jean de faire progresser la révélation du Fils, encadrée par un double Amen (v 26 et 32). Dans les deux cas, c’est du pain dont il est question parce qu’il ne s’agit pas d’être rassasié une fois mais de l’être pour la vie et la foule est bien disposée à  oeuvrer pour autre chose qu’une nourriture périssable (v 27-28). Mais pourquoi donc demande-t-elle un signe alors qu’elle vient d’assister à  la prodigieuse multiplication des pains ? Sans doute parce que le prophète (Cf. v 14) devait dire ce qu’il allait faire. Jésus ne répond pas à  cette attente et il déplace la perspective : des oeuvres, il passe à  l’oeuvre de Dieu comme il invite à  ne pas se nourrir seulement des « pains » mais du « pain de Dieu » et ses interlocuteurs le suivent dans ce passage du pluriel au singulier (v 30). Ils n’ont pourtant pas perçu la nouveauté du « Fils de l’Homme » (v 27). Le Père (v 27) est bien son Père (v 32) ! Mais là  encore, la foule acquiesce en demandant au « Seigneur » ce pain-là  (v 34)¦

On sent bien qu’il y a une incompréhension entre Jésus et ses auditeurs mais ceux-ci sont, pour l’heure, prêts à  entendre son enseignement. De fait, les juifs ont bien compris que le pain dont on leur parle, c’est la Loi donnée par Dieu à  Moïse et qui est la nourriture quotidienne du peuple. La méprise ne porte et ne portera pas sur un éventuel cannibalisme comme s’il fallait manger l’Envoyé. La définition de la transsubstantiation n’est pas non plus le problème de Jean, ni le nôtre ! Plus important est que le passage déjà  noté du pluriel au singulier s’accompagne d’un autre passage : celui du passé au présent. Alors qu’on demande à  Jésus un signe futur en faisant référence à  un événement passé, le Fils affirme que le Père donne aujourd’hui le pain éternel (v 32) et, ce faisant, il pointe la source du don. L’oeuvre de Dieu, c’est la foi en Celui qu’il a, Lui, envoyé (v 29) ; il faut chercher la nourriture de vie qu’Il donne (v 33)¦ Reste à  savoir si le peuple acceptera de voir en Jésus le Fils ! Et puisque Jean a mis le texte au présent, c’est sans doute pour que nous nous sentions concernés par la question ! On pourrait la reformuler pour qu’elle nous questionne autrement : pourquoi « recherchons-nous » Dieu ? Pour quelques avantages dont la disparition nous ferait perdre la foi ? Une mesquinerie que les auditeurs de Jésus ne peuvent assumer ! Sommes-nous prêts à  « oeuvrer » comme Lui et avec Lui ?

A voir dans le pain brisé et partagé sa chair livrée et donnée pour la vie¦ Si le déroulement de la scène ressemble à  celle de la rencontre avec la Samaritaine, le pain de la vie complétant l’eau vive promise,
la conclusion en sera différente¦ Suspense ! C’est le feuilleton évangélique de l’été !

Langage

Lu dans un magazine télé, à  propos d’une série américaine très suivie, ce descriptif : « Samantha veut s’investir à  100 % dans sa relation avec Jerry. » Dans ce type de langage je vois une façon bien problématique de se comporter dans la vie¦

Je gage que les Samantha vont se répandre aussi dans la population, et que pour beaucoup, il vaudra mieux s’appeler Samantha que Paulette. Cela fera peut-être plus rêver, mais ce snobisme de l’anglo-américain tourne assurément le dos à  tout notre passé : pauvre Samantha Dupont ou Durand !

Cependant, le ridicule onomastique n’est pas ici le plus important. Ce qui est plus grave est la formulation de la phrase. « S’investir » appartient au vocabulaire de la finance ou de l’économie. Quant au pourcentage, peut-on calculer un investissement affectif comme on le fait d’un investissement boursier ? Sera-ce 100 %, 50, ou moins ? Que va rapporter la « relation » ?
Assurément, il y a là  tout un monde du calcul et de l’intérêt. Mais on oublie qu’en matière de vrai sentiment, tout ce qui peut être évalué n’a aucune valeur. Le jeu de la marguerite est inconnu des vrais amants. Le « Je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout » n’est que marivaudage, car tout le monde sent qu’« aimer bien » n’est pas aimer. Quand on aime vraiment, ce n’est pas calculable : quand la comparaison entre par la porte, l’amour s’en va par la fenêtre.

Sinon, on ne fait que s’amuser. J’ai bien peur que ce soit le cas aujourd’hui, o๠les « relations » ne durent qu’un temps. Ce sont de simples expériences, qui n’engagent pas la vie. On s’éprend, on se méprend, on se reprend¦ Samantha « veut » aimer à  100 %, comme si cela dépendait d’elle ! Et que dira son Jerry, s’il apprenait qu’elle peut « s’investir » à  moins ? Voyez aussi l’ambition qu’on a aujourd’hui de tout « gérer » : sa vie, son stress, ses épreuves. Fait-on un plan de vie comme on fait un plan de carrière ? Cette vision commerciale ambitionne une totale maîtrise sur les choses, au mépris du destinal inhérent à  la vie, comme je l’ai souligné dans mon article « Destin », dans le numéro 64 de Golias Hebdo.

à‰coutons donc toujours le langage : il façonne ensuite les êtres, singes imitateurs, et parfois dans la pire des voies.

L’évêque d’Avignon et le blasphème

Faut-il brider la création artistique et empêcher les artistes de dire quelque chose de leur foi, ou simplement de leur recherche, dans la mesure o๠certaines âmes pieuses trop sensibles y voient un blasphème ? Le débat est à  nouveau ouvert suite à  la réaction indignée de l’archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz au sujet d’une affiche, il est vrai « dérangeante », de Michel Lebert.

Annonçant son spectacle, elle représente un singe crucifié. L’artiste reconnaît d’ailleurs sa maladresse : « Ce spectacle tragique met en scène deux soeurs. L’une d’entre elles est folle et sacrifie des singes. Sa démence la conduira à  sacrifier aussi sa propre soeur. Cette oeuvre écrite en 1969 parle de la maladie et de la religion. Elle évoque certaines valeurs chrétiennes. Pour l’affiche, on cherchait une image forte pour se distinguer (…) Je n’ai jamais voulu insulter la religion en faisant ce collage à  la manière surréaliste en m’appuyant sur le Christ de Dali. » L’archevêque du Vaucluse ne l’a cependant pas entendu de cette oreille. Connu pour son sens très particulier des nuances et de l’ouverture, ce prélat fougueux, fort peu apprécié dans son diocèse (doux euphémisme), est reparti au front de façon agressive et inopportune dénonçant un sacrilège.

Il s’était déjà  illustré dans le passé en critiquant ouvertement deux de ses confrères dans l’épiscopat, Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers, et Mgr Gilbert Louis, évêque de Châlons-en-Champagne qui avaient appuyé le livre l’église et l’art d’avant-garde avec des représentations sans doute très inhabituelles !

C’est la liberté d’interpeller et de faire réfléchir qui se trouve aujourd’hui en danger, même si l’affiche incriminée était, il est vrai, d’un goà»t douteux. On sait o๠la censure et l’auto-censure commencent; nul ne sait o๠elles s’arrêteront.

Langage

Lu dans un magazine télé, à  propos d’une série américaine très suivie, ce descriptif : « Samantha veut s’investir à  100 % dans sa relation avec Jerry. » Dans ce type de langage je vois une façon bien problématique de se comporter dans la vie¦

Je gage que les Samantha vont se répandre aussi dans la population, et que pour beaucoup, il vaudra mieux s’appeler Samantha que Paulette. Cela fera peut-être plus rêver, mais ce snobisme de l’anglo-américain tourne assurément le dos à  tout notre passé : pauvre Samantha Dupont ou Durand !

Cependant, le ridicule onomastique n’est pas ici le plus important. Ce qui est plus grave est la formulation de la phrase. « S’investir » appartient au vocabulaire de la finance ou de l’économie. Quant au pourcentage, peut-on calculer un investissement affectif comme on le fait d’un investissement boursier ? Sera-ce
100 %, 50, ou moins ? Que va rapporter la « relation » ?

Assurément, il y a là  tout un monde du calcul et de l’intérêt. Mais on oublie qu’en matière de vrai sentiment, tout ce qui peut être évalué n’a aucune valeur. Le jeu de la marguerite est inconnu des vrais amants. Le « Je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout » n’est que marivaudage, car tout le monde sent
qu’« aimer bien » n’est pas aimer. Quand on aime vraiment, ce n’est pas calculable : quand la comparaison entre par la porte, l’amour s’en va par la fenêtre.

Sinon, on ne fait que s’amuser. J’ai bien peur que ce soit le cas aujourd’hui, o๠les
« relations » ne durent qu’un temps. Ce sont de simples expériences, qui n’engagent pas la vie. On s’éprend, on se méprend, on se reprend¦ Samantha « veut » aimer à  100 %, comme si cela dépendait d’elle ! Et que dira son Jerry, s’il apprenait qu’elle peut « s’investir » à  moins ? Voyez aussi l’ambition qu’on a aujourd’hui de tout « gérer » : sa vie, son stress, ses épreuves. Fait-on un plan de vie comme on fait un plan de carrière ? Cette vision commerciale ambitionne une totale maîtrise sur les choses, au mépris du destinal inhérent à  la vie, comme je l’ai souligné dans mon article « Destin », dans le numéro 64 de Golias Hebdo.
à‰coutons donc toujours le langage : il façonne ensuite les êtres, singes imitateurs, et parfois dans la pire des voies.

Michel Théron