Eglise de France, qu’as-tu fait de la Caisse des cultes?

Auteur : Jean Doussal (administrateur à  la CAVIMAC)

L’auteur de l’interpellation à  l’Eglise catholique : Qu’as-tu fait de la Caisse des cultes ?, apporte des éléments inédits pour l’histoire du droit des religions en France au regard de la loi de 1905 et des lois de généralisation de la Sécurité sociale à  tous les Français. Il ose dépasser le concept de « victimes des sectes », pour aborder la question sous l’angle de « victimes des cultes ».

Son travail est à  la fois historique, juridique et militant au service d’une laïcité républicaine respectueuse de la liberté de conscience et de religion.

Jésus sans mythe et sans miracle

Jacques Meurice (romancier)

Un roman inédit qui s’inscrit dans la tradition évangélique mais qui part d’un point de vue historique et spirituel complètement différent de celui qui nous est donné habituellement de lire et de croire. A savoir la vision du peuple « non élu », celui de Canaan qui essaye de trouver sa voie avec la venue dans l’Histoire des Hommes du Dieu de Jésus.

Croire n’est pas penser

B. W. Sigg (psychanalyste)

« Les croyances sont aujourd’hui mieux respectées mais la crédulité est ignorée tandis qu’on s’évertue à  croire. Banalisation derrière laquelle se cache une fonction psychique inquiétante. Il a donc semblé urgent de situer, préciser et expliquer celle-ci, d’autant que certains en tirent profit. Ceci alors que la pensée active, constructive, se voit fragilisée, menacée ou même étouffée par l’explosion médiatique et informatique.

Polémiquer en faveur de la vérité devient une nécessité. »

Coup d’oeil dans le rétroviseur du Saint-Siège

Comme tous les jeudis soirs, ils sont une vingtaine à  se réunir dans l’ancienne école libre du village transformée en salle paroissiale pour commenter, soit les textes qui vont être lus le dimanche suivant, soit, occasionnellement, une information que l’un des leurs a choisie comme thème de discussion. La plupart d’entre eux sont à  la retraite, anciens commerçants, fonctionnaires, mères au foyer, dont la conscience a été formatée par des catéchistes qui parlaient plus d’enfer que de paradis, plus de liturgie que de bonne nouvelle, plus de crainte que d’amour, qui affirmaient péremptoirement que les bébés morts sans avoir été baptisés n’avaient droit qu’aux limbes et que les incroyants comme les méchants méritaient l’enfer.

A l’automne de leur vie, ces anciens catéchisés, encore marqués par ce genre d’assertions ressassées avant leur première communion, réagissent de façon opposée : les uns, un tantinet manichéens, s’indignent que les autres, en affirmant qu’un Dieu Amour ne peut fondamentalement pas condamner une seule de ses créatures à  la torture éternelle, remettent en question l’existence de l’enfer.
Ce jour-là , ils acceptent la proposition de Bruno, un ancien pharmacien passionné par l’histoire de l’Eglise, de leur soumettre un article paru dans la presse régionale :

Ouest-France : vendredi 29 février 2008
Brésil : les prêtres réclament la fin du célibat
Un vent de révolte souffle chez les prêtres brésiliens. La semaine dernière, les représentants de quelque 19 000 ministres du culte éparpillés dans le pays, réunis dans le monastère d’Indaiatuba
(à‰tat de Sà£o Paulo), ont envoyé un texte au Vatican réclamant la fin du célibat obligatoire au sein de l’à‰glise. Ils proposent au Vatican de permettre l’ordination d’hommes mariés et la réintégration des prêtres qui ont été contraints d’abandonner le sacerdoce pour se choisir une épouse.
La demande est suscitée par le mouvement des « prêtres mariés » qui réunit aujourd’hui plus de 5 000 membres. Refusant l’appellation d’ex-prêtres, ils estiment que le mariage ne contredit pas leur ministère et que le célibat des religieux est une norme de l’à‰glise, mais non de l’à‰vangile. Le célibat, déclarent-ils, pourrait demeurer comme « une option pour les ordres et les congrégations religieuses ». [¦]
Bien que le Vatican ait déjà  fait savoir que ces demandes « allaient à  l’encontre » des normes en vigueur dans l’à‰glise et que celle-ci « n’avait pas l’intention de les changer », le texte fait l’effet d’une sonnette d’alarme.
Le Brésil est, en effet, avec plus de 120 millions de fidèles, le premier pays catholique au monde. Il est aussi celui o๠l’à‰glise catholique recule le plus vite, concurrencée par les mouvements
pentecôtistes, mieux adaptés aux nouvelles réalités sociales et urbaines.
Lamia OUALALOU.

Toute information relative au célibat des prêtres est immanquablement suivie d’un silence embarrassé mais nécessairement rompu par un ou deux assistants qui se réjouissent du courage dont font preuve les auteurs d’une telle requête, mais qui sont aussitôt contrés par leurs voisins que scandalise la révolte de prêtres progressistes incapables de respecter leur voeu de chasteté. Et ceux-ci de s’appuyer sur le concile de Latran rendant le célibat obligatoire pour les prêtres et de dénoncer toutes les tentatives de remettre en question l’autorité du pape ; ceux-là , de dénoncer le scandale des ecclésiastiques pédophiles ou de citer le cas du Père Laclau sommé brusquement de quitter sa compagne alors que les autorités religieuses étaient
au courant de cette situation depuis belle lurette.
« De toute façon, c’est impossible que le pape autorise un jour le mariage des prêtres, soupire la mère de famille nombreuse.
– Et pourquoi ça ?
– Imagine un peu le nombre de pères Laclau qui officialiseraient leur union ? Le
nombre de compagnes effacées qui pourraient enfin collaborer au grand jour à  la mission de leurs époux ? Et tous ces enfants qui pourraient, sans peur ni honte, dire papa à  leur secret géniteur ? Ces révélations jetteraient le discrédit sur le Concile et sur les papes.
« Pas nécessairement, rétorque l’ancien facteur : L’Eglise, inspirée et guidée par l’Esprit Saint, peut évoluer en fonction des nécessités ou des mentalités. La preuve : Elle reconnaît maintenant que l’existence des limbes était une vue de l’esprit.
« Je suis un peu de ton avis. Il y a au moins un autre exemple : Autrefois, il était
impensable que des filles soient des enfants de choeur, ajoute Jean-Pierre. »
Pour alimenter le débat, Bruno a préparé quelques notes, secrètement sinon hypocritement, destinées à  relativiser la pertinence des décisions papales.
En guise d’introduction, il cite les noms des papes qui ont été mariés et pères de
famille :
« Saint Pierre mort en 64, dont on ne sait pas très bien s’il a eu des enfants.
Saint Félix III de 483 à  492, père de deux enfants.
Saint Hormisdas de 51 à  523 qui a eu un fils.
Adrien II : de 867 à  872 ¦
« Stop ! L’interrompt vivement Bernard, un ancien bibliothécaire dont la mémoire est une encyclopédie mais qui prend souvent le contrepied des positions de Bruno :
la nomination de ces papes est antérieure au Concile de Latran qui, en 1139, stipule :
˜ Le mariage des prêtres et des religieux est déclaré invalide et non plus seulement illicite.’
(canons 6, 7 et 11).
– OK ! Mais écoute la suite :
126 ans après le concile de Latran : Clément IV a été élu pape en 1265. Son histoire
atypique mérite d’être racontée :
Il s’appelait Gui Foulques ; il est né dans le Gard, à  Saint-Gilles, le 23 novembre avant l’an
1200, peut-être en 1190.
– « C’était donc un Français ! Y en a-t-il eu d’autres ?
– Oui. Seize entre 999 et 1378.
– Ils n’ont pas la cote, les cardinaux de l’Hexagone !
– Et combien d’Italiens ?
– 208 sur 263 !
– Ca fait pratiquement du 80 %, précise Bernard, l’ancien comptable.
– Quant à  Benoît XVI, il doit être le 5ème Allemand.

Pour en revenir à  Clément IV, écoutez-moi ça : il a été successivement troubadour,
docteur en droit civil, professeur et avocat renommé. Il devait avoir près de 50 ans quand il épouse Margueritte Ruffi, avec laquelle il a eu plusieurs enfants. Veuf, il est ordonné prêtre
en 1255, évêque du Puy en 1257, archevêque de Narbonne en 1259.
– Mazette ! Il est rapidement monté en grade !
– Comme quoi la profession d’avocat est un fameux tremplin vers les plus hautes fonctions !
Il a été conseiller du pape Urbain IV et de Saint Louis dont il a été garde du sceau ; à  ce titre, il a aidé le frère de ce dernier, Charles d’Anjou, à  devenir roi de Sicile.
Autres renseignements intéressants : il a été cardinal en 1261, et a succédé à  Urbain IV en 1265 ! Il est mort trois ans plus tard, à  78 ans ¦
Ah ! J’oubliais : il a été l’ami de Thomas d’Aquin !
– Quel parcours exemplaire !
Oui, mais quelque chose me gêne : Il a autorisé la torture des hérétiques et même
ordonné des châtiments pouvant être mortels à  l’encontre des juifs relaps. »
Aussitôt, fusent des remarques ou des questions restées sans réponses, du moins ce
soir-là , la dernière mise à  part.
– Hélas ! à‡a faisait partie des moeurs de l’époque !
– « Conseiller de Saint-Louis ! Je rêve ! Je comprends mieux l’utilité de la séparation de l’Eglise et de l’Etat !
– Puisque Clément IV était veuf quand il a été ordonné, o๠est le problème ?
– Une telle élection serait-elle possible aujourd’hui ?
– Jean-Paul II est mort à  84 ans. Y a-t-il eu des papes morts plus âgés ? lance un
Cinquième ?
– J’en connais au moins deux : Clément XII, en 1740, à  88 ans et Léon XIII, en 1903, à  93 ans. Au fait, j’ai oublié de vous préciser qu’à  la mort de Clément IV, le 2 novembre 1268,
il a fallu plus de trois ans pour élire son successeur Grégoire X, le 1er décembre 1271 !
– Trois ans ! Mais pourquoi ?

A suivre¦

Webzine No 7

Au sommaire : Un coq techno, une pub antiraciste, un reportage sur la conquête de l’Est, Mackie le surineur, l’Occident tortionnaire, le sauvetage des PDG, comment changer le monde avec Photoshop, Bernard Haller, un cocktail d’actualités, et quelques vers de vin. Méthode: le reportage sur la conquête de l’Est demande trois quarts d’heure, mais ça en vaut la peine. Tout le reste se consulte rapidement, et chacun passe le temps qu’il veut sur ce qui est marqué « Fun ».

NDLR : toutes ces informations ont été collectées sur la toile. Seule la présentation est de notre fait.



Webzine No 7









Webzine No 7

 


 


Introduction : le coq techno

Pour arrêter ce son, il faut cliquer au bon endroit. C’est une sonnerie pour téléphone portable que vous pouvez télécharger avec un clic droit ici.

 


 


Fun : La cigarette de l’homme fort


Cliquez sur l’image : oui, c’est une publicité. Mais c’est une pub anti-raciste (si, si, celui qui prend sa leçon est un blanc). Et c’est la cigarette de l’homme fort…

 


 


Reportage : la conquête de l’Est

Cliquez sur l’image, et vous aurez un reportage télévisé, en six parties (moins d’une heure au total), intitulé « La conquête de l’Est« . C’est un vrai travail d’enquête sur les (contre-)révolutions « de couleur » organisées dans les pays de l’ex-URSS (mais aussi ailleurs) par les équipes du sénateur McCain.

 


 


Fun : Mackie is back in town

Cliquez sur l’image, et c’est le grand luxe: six interprétations différentes de la complainte de Mackie le surineur (Kurt Weill et Bertold Brecht, l’Opéra de quatre sous). Deux de Lotte Lenya, une de Ute Lemper, celle de Louis Armstrong, jusqu’à  celle de Sting. Et puis bien sà»r celle dont je ne me lasserai jamais: l’interprétation d’Ella Fitzgerald. Et vous avez le texte en allemand, français et anglais. A déguster.

 


 


L’Occident tortionnaire

Dix-sept suicides depuis le début 2009 à  France-Télécom, rapportés dans une série de trois articles de France-Soir, [1], [2], et [3]. Le complément est dans l’Huma : que font les médecins du travail de France-Télécom ? Ils démissionnent, car eux non plus n’en peuvent plus.

L’exploitation capitaliste est pratiquée comme torture mais non revendiquée comme telle. En revanche, l’Occident pratique aussi la torture revendiquée, justifiée : l’Amérique de Bush en a fait une banalité bureaucratique, et cela dans un silence assourdissant de la part des media, des gouvernants et des intellectuels. Soldats et policiers israéliens pratiquent la torture sur des enfants palestiniens (article original, avec le lien pour le PDF du rapport, et résumé du Figaro). Cuba a parfaitement raison de nous rappeler qu’en Occident, le germe d’Auschwitz est toujours latent.

 


 


Fun : Sauvez nos PDG

Pour avoir les sous-titres en français dans cette vidéo de Michael Moore, cliquez sur « Menu » et choisissez « Sous-titres Fr ».

 


 


Bidonnage: changer le monde avec Photoshop

Cette image de la BBC, montrant des partisans de Mir Hossein Moussavi, est un bidonnage. C’est une photo d’un meeting d’Ahmadinedjab, publiée par le Los Angeles Times, qui a simplement été recadrée sous Photoshop, et légendée en sens inverse. La BBC s’est excusée, mais bien entendu, aucune sanction n’a été prise contre personne : c’est le fonctionnement normal de la presse, aujourd’hui.

 


 


Fun : Je sais rien mais je dirai tout

Cliquez sur l’image. En hommage à  Bernard Haller, un court extrait, absolument hilarant, du film « Je sais rien mais je dirai tout » (Pierre Richard, 1973). Comme quoi les tribulations des sans papiers ne datent pas d’aujourd’hui.

 


 


Actualités en vrac


¢ Les roms sont un point sensible, une question à  suivre. Au Kossovo, les roms sont contaminés par le plomb. Merci Kouchner. Chez nous, ils se font expulser de Bobigny, puis de Saint-Denis, et la préfecture du 93 poursuit Médecins du Monde en justice.

¢ Autre affaire à  suivre, les lobbys. Affaires Publiques Consultants est un cabinet de conseil indépendant basé à  Paris, spécialisé en lobbying et communication stratégique. Il s’engage à  aider ses clients – entreprises, organisations professionnelles, Etats et collectivités territoriales – à  participer au débat public et à  y être entendus. Les nouveaux pouvoirs du Parlement français (la réforme votée grâce à  Jack Lang) offrent de nouvelles opportunités de lobbying pour les entreprises. Elles sont expliquées dans cette brochure, que Mediapart s’est procurée. C’est autrement plus efficace qu’un bulletin de vote…

¢ Honduras : il se joue ces jours-ci dans ce pays quelque chose de beaucoup plus sérieux qu’en Iran. Après avoir lu cet article, lancez Google pour avoir les dernières nouvelles.

¢ La CIA a son fonds d’investissement de capital-risque dans les nouvelles technologies. Il s’appelle In-Q-Tel. Ne vous étonnez plus des usages de Twitter et Facebook dans les luttes politiques…

¢ Bravo à  l’Huma qui s’oppose à  la bigoterie ouvriériste des syndicalistes de l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif.

¢ Plaisirs de femmes, une très chouette brochure en PDF : réflexions et témoignages de femmes sur la sexualité et les plaisirs des femmes. Une lecture qui peut aussi être utile aux hommes…(Pour respecter la mise en page des 26 feuillets, et ainsi pouvoir suivre convenablement la chronologie des informations, il est préférable de l’imprimer et de reconstituer les livrets)

¢ Un site qui ressemble à  mon bureau.

 


 


Fun : Vin et poésie, juste un petit vers

Foin d’ordre moral, de principe de précaution et d’obscurantisme médical, lisons un inédit de Rabelais, qui vient de sortir (si, si !): Traité de bon usage de vin. Et dégustons la poésie bachique de Francis Combes, qui offre un verre de sauvignon et quelques quatrains à  ses amis, d’Anacréon à  Bertolt Brecht en passant par Villon et Baudelaire, qui nous raconte si bien l’âme du vin.
Mais surtout, foin des bigoteries sur l’Iran et l’islam, rappelons que le plus grand poète du vin est certainement un poète persan du XIIe siècle, Omar Khayyâm. On trouvera quelques-uns de ses quatrains bachiques ici et ici.

 


 

Ne les oublions pas


¢ Salah Hamouri, détenu par un Etat policier depuis le 13 mars 2005.

¢ Mumia Abu-Jamal, détenu par un Etat policier depuis le 9 décembre 1981.

¢ Philippe Widdershoven, suicidé.
 


 
 
 
 




Les Palestiniens et Israéliens face au défi de la violence

Je viens de lire attentivement les textes qui présentent la campagne de mobilisation en faveur du peuple palestinien décidée par la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine . Cette campagne devant culminer par un grand rassemblement qui se tiendra le 17 mai 2008 au Parc des expositions de la porte de Versailles. En dialogue amical avec ces ONG, je voudrais tenter d’exprimer quelle est mon analyse de la situation actuelle au Proche-Orient.
Bien sà»r, je partage totalement l’affirmation selon laquelle le peuple palestinien a droit à  la solidarité de tous ceux qui ont le souci de la justice.

Cette affirmation est le socle sur lequel doit être construite notre analyse. à l’évidence, le peuple palestinien est victime de l’occupation et de la colonisation mises en oeuvre par l’à‰tat d’Israà«l avec la complicité de la communauté internationale. Mais, aujourd’hui, notre analyse doit aussi être fondée sur un autre fait non moins incontestable : aucune solution ne pourra être élaborée sans qu’il soit tenu compte de la présence sur cette même terre de Palestine du peuple israélien. Ceci, non pour des raisons de droit, mais pour des raisons de fait. Du point de vue palestinien, le maintien de l’à‰tat d’Israà«l n’est pas fondé sur la légitimité, mais sur la nécessité. Sans la reconnaissance de cette nécessité, aucune paix ne sera jamais possible. Aussi contestable que soit, en théorie, le principe du « fait accompli », celui-ci est devenu incontestable en pratique. Je n’entre aucunement dans l’argumentation « sioniste », fondée sur des considérants historiques et/ou religieux, pour justifier l’occupation de la Palestine par Israà«l. Ce ne sont donc pas les exigences de la justice, mais les contraintes de l’histoire qui doivent nous conduire à  accepter le fait accompli de la présence des Israéliens en Palestine. Au demeurant, l’idée même que chacun des deux peuples puisse vivre dans un à‰tat libre et souverain suppose d’accepter le fait accompli de cette présence. Dès lors, « le principe de réalité » doit s’imposer et permettre de discerner le désirable, le possible et l’impossible. Le drame, c’est qu’il subsiste encore, parmi les Palestiniens, une forte minorité qui refuse toute co-existence avec Israà«l. Au demeurant, une minorité analogue subsiste également en Israà«l qui refuse la coexistence avec la Palestine. Aujourd’hui, plus que jamais, ces minorités constituent des obstacles difficilement surmontables pour mener à  son terme tout processus de paix. La paix ne sera possible que lorsque Israà«l aura reconnu toutes les injustices et toutes les souffrances que « le fait accompli » de leur présence en Palestine aura causé aux Palestiniens.

Un autre principe majeur doit fonder notre analyse : aucune solution imposée par la violence n’est et ne sera possible. Il faut accepter ce principe dans toute sa radicalité. Il vaut pour chacun des deux peuples adverses. Israà«l étant de fait l’agresseur, c’est d’abord à  lui qu’il faut demander de cesser de persécuter et d’humilier les Palestiniens. Sans aucun doute, il faut commencer par dire cela aux Israéliens. Il ne faut pas cesser de dénoncer les violations des droits de l’homme qui sont quotidiennement le fait des Israéliens. Mais le fait demeure que la résistance palestinienne s’enferme elle-même dans une impasse pour autant qu’elle croit encore devoir recourir à  la violence. Tout débat abstrait sur le droit pour un peuple opprimé de recourir à  la violence doit être considéré ici comme hors de propos. La violence ne peut que resserrer le noeud du conflit, alors qu’il s’agit de le dénouer. Or, il nous faut convenir que ce principe n’est pas reconnu par l’ensemble des Palestiniens, loin s’en faut. Et il n’est pas reconnu non plus, loin s’en faut, par l’ensemble de ceux qui, en France notamment, affirment leur solidarité avec la résistance palestinienne. Peu importe, en définitive, s’il s’agit d’une minorité ou d’une majorité, mais le fait est que nombre de Palestiniens affirment la nécessité de recourir à  la violence pour faire reconnaître leurs droits face à  l’à‰tat israélien. J’insiste, la question, ici et maintenant, n’est pas de discuter la légitimité de la violence “ même si celle-ci me semble éminemment discutable -, elle est de s’interroger sur l’opportunité politique et stratégique de cette violence. Or le réalisme nous oblige à  reconnaître que cette violence est parfaitement contre-productive. In-opérante. Im-puissante. In-efficace. La violence palestinienne ne peut avoir pour effet que de provoquer et de justifier une violence israélienne extrême. Certains ne manqueront pas de répéter que c’est d’abord aux Israéliens de renoncer à  la violence de l’occupation. J’en suis parfaitement d’accord. Mais si, par là , on veut signifier que les Palestiniens ne pourront renoncer à  la violence qu’à  partir du moment o๠leurs droits seront reconnus pas Israà«l, dire cela, c’est précisément refuser de voir et de comprendre la réalité.
J’ai reçu beaucoup de mails ces dernières semaines à  propos de la situation à  Gaza. Chacun comprendra que je suis tout autant que quiconque profondément blessé, meurtri, par la souffrance des Palestiniens de Gaza. Bien sà»r, là  encore, la responsabilité première est israélienne. Bien sà»r. Et elle est majeure. Bien sà»r. Mais j’ose dire que c’est en définitive tenir les Palestiniens pour des gens irresponsables, que de refuser de voir la responsabilité palestinienne. Comment s’aveugler au point de ne pas vouloir comprendre que les quelques roquettes artisanales lancées depuis Gaza sur le territoire d’Israà«l ne peuvent avoir d’autre efficacité que de provoquer un surcroît de violence de la part des Israéliens. La violence n’est pas une fatalité. Elle n’impose jamais d’elle-même ses lois. Mais, dès lors qu’on l’a choisie, ses lois sont implacables. Inflexibles. Accablantes. Cruelles. Féroces. Inhumaines enfin. Je pense qu’il est de la responsabilité de ceux qui entendent affirmer leur solidarité avec les Palestiniens de dire cela haut et fort. Pour nous mettre en règle avec la violence, il faut que la raison prévale sur l’émotion.

Dans un communiqué publié le 20 janvier 2008, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) affirme : « Les tirs de roquettes artisanales sur Sdérot ne sauraient justifier qu’une population civile toute entière soit prise en otage par un à‰tat surpuissant qui refuse depuis 60 ans d’appliquer le droit international. L’AFPS condamne vigoureusement cette escalade criminelle contre les civils palestiniens sans défense. ( ¦) Elle demande que cesse immédiatement le siège meurtrier de Gaza. » Une telle déclaration est particulièrement significative. Elle exprime précisément l’erreur d’analyse qui stérilise toute protestation, si indignée et si incantatoire soit-elle, contre la politique en effet inacceptable de l’à‰tat d’Israà«l. En réalité, une telle dénégation constitue un aveu. Dire que « les tirs de roquettes ne sauraient justifier¦ », c’est reconnaître qu’en réalité, ils justifient¦ S’il faut dire qu’ils ne devraient pas justifier, c’est précisément parce qu’ils justifient¦ Et pour priver les Israéliens de cette justification dont ils se prévalent devant l’opinion publique internationale et grâce à  laquelle ils bénéficient de l’impunité, il faut cesser les tirs de roquettes. La simple rigueur nous oblige à  corriger ainsi la formulation de l’AFPS : « Les tirs de roquettes artisanales sur Sdérot ne sauraient se justifier dès lors qu’ils entraînent inéluctablement la prise en otage d’une population civile tout entière par un à‰tat surpuissant. » C.q.f.d.

Nous concluons un marché de dupes lorsque, sous prétexte d’être solidaires de la résistance des Palestiniens, nous feignons d’affirmer notre solidarité avec leur violence. S’accommoder de cette violence, ce n’est pas être solidaire de la résistance des Palestiniens, c’est être complice de leur malheur. En définitive, ce n’est pas dans l’espérance de vaincre que les Palestiniens recourent à  la violence, mais c’est en désespoir de cause. Nous ne saurions être de connivence avec ce désespoir. L’extrême tragique de la violence palestinienne, c’est qu’elle est un processus suicidaire. Il nous appartient de tout faire pour enrayer ce processus. Sous prétexte de ne pas vouloir désespérer Gaza, on ne veut pas reconnaître et, surtout, on ne veut pas dire que sur le terrain, depuis longtemps, les Palestiniens ont perdu la guerre. Quand la guerre est perdue, il ne sert à  rien de vouloir la continuer. Les combats attardés sont déjà  perdus. Ceci étant, les Israéliens n’ont pas gagné la paix. Pour cela, il leur faut d’abord reconnaître les droits inaliénables des Palestiniens à  vivre sur leur terre.
Par ailleurs, comment analyser ce que le texte de la Plate-forme appelle « les affrontements inter-palestiniens » ? Ceux-ci, est-il affirmé, « ont troublé un certain nombre de militants ». Il ajoute : « Pour dissiper ce trouble, il faut approfondir le débat sur les questions posées. » Ce débat est en effet nécessaire, alors même que certains affirment que les militants de la cause palestinienne ne doivent pas entrer dans un débat qui n’est pas le leur. Tout d’abord, il est sà»r que le refus de la communauté internationale, et tout particulièrement de l’Europe, de dialoguer avec les représentants du Hamas après que celui-ci ait remporté les élections libres et démocratiques du 25 janvier 2006 constitue une faute politique majeure. Un tel refus n’a pu qu’enfermer le Hamas dans son idéologie extrémiste. Au demeurant, le Fatah, pour sa part, portait lui-même une lourde responsabilité dans l’échec de sa gestion politique et économique des territoires palestiniens.

Dans une déclaration du 3 février 2006, le Président du Conseil de sécurité des Nations Unies « félicite le peuple palestinien à  l’occasion de la consultation électorale libre et juste qui s’est déroulée dans la sécurité ». Cependant, au sujet de « l’enveloppe budgétaire mise à  la disposition du gouvernement », le Président « note que les principaux donateurs ont fait savoir qu’ils réexamineraient leur assistance future au nouveau gouvernement de l’Autorité palestinienne au regard de l’attachement de ce gouvernement aux principes de la non-violence (c’est moi qui souligne) et de la reconnaissance d’Israà«l et de l’acceptation des accords et obligations précédemment souscrits ». On ne peut que s’étonner que le Conseil enjoigne ainsi au gouvernement de l’Autorité palestinienne de conformer sa politique « aux principes de la non-violence ». Il serait intéressant de savoir précisément ce que le Conseil de sécurité des Nations Unies entend par là . Il est pour le moins inhabituel qu’il tienne ce langage. Peut-on être vraiment certain que ce même Conseil, en chacune de ses décisions, conforme sa politique aux principes de la non-violence ? Il est au demeurant remarquable que le Président ne formule pas la même exigence envers l’à‰tat d’Israà«l, ce qui, pourtant, il aurait dà» faire pour être en cohérence. Concernant Israà«l, la déclaration se contente de réaffirmer « que la poursuite des implantations doit prendre fin » et de redire « la préoccupation que lui inspire le tracé de la barrière ». Ce qui est bien peu dire. Il y a donc deux poids et deux mesures. Pour ma part, je n’entends pas m’appuyer sur cet appel à  « la non-violence » qui m’apparaît largement équivoque.
Ceci étant, nous ne saurions dénier toute responsabilité aux Palestiniens dans les affrontements fratricides qui les opposent en se contentant d’incriminer Israà«l et les Occidentaux. Quand des Palestiniens tuent d’autres Palestiniens, c’est faire preuve quelque part d’une malhonnêteté intellectuelle de nier toute responsabilité palestinienne et de se contenter de dire que « c’est la faute aux Israéliens » ou que « c’est la faute à  la communauté internationale ». Quand des Palestiniens tuent d’autres Palestiniens, que devient notre solidarité ? N’est-elle pas aussi dérisoire qu’impuissante ? Aussi inconvenante qu’inopérante ? Comme fracassée ? Car, enfin, de quelle cause les tués sont-ils les martyrs ? De quelle cause qui mérite encore notre solidarité ? Comment être solidaire du meurtre fratricide ? Et, pourtant, notre solidarité avec le peuple souffrant de Palestine est plus nécessaire que jamais. Mais à  condition qu’elle ne soit jamais complice.

En définitive, il me semble que l’urgence absolue, c’est que les Palestiniens décident de renoncer à  la violence. Cette décision aurait d’autant plus de force qu’elle serait unilatérale. Pourquoi est-ce aux Palestiniens de faire le premier pas ? Parce qu’au jeu tragique de la lutte armée, s’il n’y a aucun gagnant, ils sont les premiers perdants. J’ai la conviction que l’annonce d’une telle décision aurait un retentissement formidable et un impact considérable qui transformeraient radicalement le conflit qui les oppose aux Israéliens. Nul doute que ce renoncement à  la violence ferait apparaître la cause palestinienne dans toute sa clarté aux yeux de l’opinion mondiale et vaudrait aux Palestiniens une solidarité internationale sans commune mesure avec ce qu’elle est aujourd’hui. Ce renoncement à  la violence ne serait pas une simple trêve. Les trêves s’inscrivent encore dans la logique de la violence “ elles annoncent déjà  à  l’adversaire la reprise de la violence -, elles ne transforment pas la nature du conflit.

Les autorités du Hamas ont proposé un cessez-le-feu, si Israà«l mettait un terme au blocus de Gaza. Mais Israà«l affirme vouloir poursuivre ses raids militaires sur Gaza tant que le Hamas poursuivra ses tirs de roquettes. Chacun reste d ans sa logique qui est la logique de la violence. Une logique de mort. Et chacun dira qu’il n’a pas d’autre choix. Que ce choix lui est imposé par le choix de l’autre. C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux.

Le délaissement unilatéral de la violence de la part des Palestiniens n’apparaîtrait pas comme un acte de faiblesse, mais comme un acte de force. Reconnu comme tel, il prendrait complètement à  contre-pied l’à‰tat d’Israà«l dont la puissance militaire, qui constitue toute sa force dans un affrontement violent, deviendrait inutile. Cela aurait également l’avantage de permettre aux réseaux israéliens et juifs de militant(e)s pour la paix d’étendre largement leur audience au sein de la société civile d’Israà«l et dans le monde. Cela pourrait s’avérer décisif. Car la violence israélienne est aussi un processus suicidaire. Au demeurant, les Israéliens et les juifs qui, attachés à  la réalité d’Israà«l, n’en sont pas moins révoltés contre les crimes et les destructions dont l’à‰tat d’Israà«l se rend coupable, ne devraient-ils pas adopter eux-mêmes une stratégie non-violente pour combattre la colonisation de la Palestine ?

En outre, le renoncement des Palestiniens à  la violence permettrait le déploiement d’une force d’intervention civile de paix, dont le projet fut l’objet de la campagne organisée par le MAN en 2005 en partenariat avec plusieurs ONG européennes, palestiniennes et israéliennes . Cette force serait composée de volontaires internationaux sans armes, ayant reçu une formation à  la résolution non-violente des conflits, qui auraient pour mission de mener, au sein des populations civiles, des actions d’observation, d’interposition et de médiation de proximité, afin de permettre aux acteurs de paix palestiniens et israéliens de se réapproprier les enjeux du conflit aujourd’hui confisqués par la logique de la violence et de créer les conditions d’une résolution politique du conflit acceptable par les deux parties en présence. Il s’agirait de déployer sur le terrain des dizaines, des centaines, des milliers de diplomates de proximité dont la présence désarmée au sein des sociétés civiles aurait pour première finalité de faire reculer les peurs et de faire baisser le sentiment d’insécurité et de créer des mesures de confiance entre les acteurs du conflit.

J’entends déjà  tous ceux qui se récrieront en me reprochant d’avoir l’outrecuidance de donner une leçon de morale à  un peuple opprimé. Qu’ils se rassurent, je tiens pour intangible le principe selon lequel c’est aux Palestiniens, et à  eux seuls, de décider des moyens de résistance qui leur semblent les plus appropriés. Eux seuls, au demeurant, paieront le prix qu’il faudra payer. Mais l’idée que je me fais de la solidarité n’interdit ni le dialogue, ni le partage, ni le débat, ni même, le cas échéant, le désaccord. Je pense que cela fait partie intégrante d’une solidarité fraternelle.

La violence, dira-t-on, les Palestiniens n’en font pas le choix ; ils y sont contraints par la situation qui leur est imposée par l’agression de l’ennemi sioniste et la complicité de la communauté internationale. Mais croire cela n’est-ce pas laisser penser que les Palestiniens sont enfermés dans un destin tragique qui les condamnerait à  être soit des martyrs soit des meurtriers ? Croire cela n’est-ce pas leur dénier toute autonomie de pensée et d’action ? Refuser de débattre avec eux du choix des armes, n’est-ce pas en réalité nier l’autonomie qu’on prétend leur reconnaître ? N’est-ce pas les déposséder de la responsabilité d’être capables d’analyse et de décision ? Vouloir débattre avec eux, n’est-ce pas miser sur leur capacité d’autonomie, sur leur liberté de décision, en fin de compte sur leur dignité ? Reconnaître la responsabilité palestinienne dans la tragédie de la violence, ce n’est pas minimiser la responsabilité israélienne. L’une et l’autre n’obéissent pas au principe des vases communicants.

Non, je ne donne pas une leçon de morale, je tente de discerner une analyse politique qui implique un choix stratégique. Non pas que le questionnement moral soit hors de propos dans ce débat “ il est en définitive essentiel -, mais, présentement, ce n’est pas sur ce registre que j’entends me situer. Depuis des années et des années, la violence palestinienne pollue la cause palestinienne aux yeux de l’opinion publique internationale. Les militants pro-palestiniens s’indignent de l’indifférence de la communauté internationale sans comprendre que, pour une large part, cette indifférence se nourrit précisément de la violence palestinienne. L’idée prévaut au sein de la majorité silencieuse qu’« il faut bien qu’Israà«l se défende ». Cette idée, dont il faut au demeurant, que cela nous plaise ou non, reconnaître la part de vérité, agit sur l’opinion publique comme un chloroforme. On peut certainement le regretter, mais on ne peut pas le nier.

Le choix politique de renoncer à  la violence analysé ici n’est pas inspiré par le choix de la non-violence. Il est dicté par une analyse politique qui s’efforce de prendre en compte la réalité de la situation. Pour autant, ce renoncement à  la violence devrait être tout sauf un renoncement à  la résistance. Au demeurant, il ne s’agit pas de renoncer au droit à  la violence, mais de renoncer à  l’exercice de ce droit. Au nom du réalisme politique. Et c’est ici que se pose la question d’une stratégie de l’action non-violente comme alternative à  la violence. Nous savons que des Palestiniens, depuis plusieurs années, réfléchissent sur la non-violence. Mais, même parmi eux, prévaut souvent l’idée que le choix de la non-violence ne saurait impliquer une critique radicale du choix de la violence. Ils s’en tiennent le plus souvent à  l’idée que la nécessité de résister aux injustices qu’ils subissent du fait de l’occupation israélienne donne aux Palestiniens le droit de recourir à  la violence. Même si eux-mêmes choissent l’action non-violente, ils acceptent le principe de la « diversité des tactiques » – ou de la « pluralité des tactiques » – selon lequel il conviendrait de concilier dans une même lutte des actions violentes et des actions non-violentes. Ainsi, pour beaucoup d’entre eux, la non-violence peut aller de pair à  tout moment avec la violence. Dès lors, ils ne proposent pas le renoncement à  la violence comme un principe politique. J’ai suffisamment d’amitié pour eux pour leur dire que ce positionnement n’est pas tenable. Si la complémentarité entre la violence et la non-violence a uns sens du point de vue de la violence, elle n’en a pas du point de vue de la non-violence. Pour autant qu’ils considèrent la non-violence comme un complément à  la violence ils se situent encore dans la logique de la violence.

Ceci étant, je comprends la difficulté dans laquelle ils se trouvent. Ils n’osent pas affirmer le choix du renoncement à  la violence parce qu’ils ont conscience qu’une telle affirmation les rendrait suspects, aux yeux de beaucoup des leurs, d’être traîtres à  la résistance palestinienne. Et c’est vrai que d˜aucuns les accuseraient de faire le jeu des sionistes. Il faut ici prendre en compte le fait que, toutes ces dernières années, s’est développée une véritable « culture de violence » au sein du peuple palestinien. Le recours à  la violence appartient à  son imaginaire. Il est devenu fondateur de son identité nationale. L’extrême tragique de la situation est que cette culture est en réalité une « culture de mort ». Cette « culture de mort » se fonde tout particulièrement sur le « culte des martyrs ». La tâche, mais elle est gigantesque, est donc de déconstruire cette culture de violence et de construire une culture de non-violence.
Dans l’idéal, le renoncement à  la violence devrait s’accompagner du choix de la stratégie de la résistance non-violente. Est-ce possible ? Rien n’est moins sà»r dans les circonstances présentes. Probablement que cela est même impossible aujourd’hui en tant que stratégie globale mise en oeuvre sur l’ensemble du territoire palestinien. Impossible non pas en soi, mais en fait. Cependant, l’action non-violente remarquable menée par les habitants de Bil’in constitue un réel espoir .

Il a souvent été dit que la première Intifada, commencée en 1987 et qui a duré plus de quatre ans et demi, a été non-violente. Ce qui, en toute rigueur, est inexact. Certes, le Comité exécutif de l’OLP a décidé d’interdire l’usage des armes à  feu et cette décision a constitué un événement dont l’importance doit être soulignée. Par ailleurs, de nombreuses actions non-violentes ont été mises en oeuvre (désobéissances civiles, boycotts, institutions parallèles, ¦). Mais le choix de la non-violence n’a jamais été mis en avant. Le symbole de la première Intifada a été le lancement de pierres. Celui-ci n’était pas un symbole de non-violence, mais très exactement un symbole de violence. De telle sorte que la résistance palestinienne n’a pas bénéficié de l’impact qui aurait été celui d’une résistance non-violente . Un ami palestinien m’a dit : « Si nous avions été non-violents pendant la première Intifada, nous l’aurions été également pendant la seconde. » J’ai trouvé ses propos inspirés par une grande sagesse.

Les événements qui se sont déroulés à  Gaza le 25 février sont particulièrement signifiants. Une chaîne humaine s’est formée du Nord au Sud de la bande de Gaza sur près de 40 kilomètres. Les manifestants étaient pour la plupart des écoliers. Cette manifestation a été organisée par le Comité populaire contre le siège de Gaza, dirigé par le député Jamal Al-Khoudari. Celui-ci a déclaré : « Il s’agit d’une activité pacifique et civilisée qui permet aux gens d’exprimer leur rejet du siège et de la punition collective. Nous poussons un cri d’alarme pour que le monde réagisse. » Selon l’AFP, « l’armée et la police israéliennes se tenaient prêtes pour faire face à  tout débordement à  la frontière, laissant entendre qu’elles n’hésiteraient pas à  tirer des balles réelles en dernier recours. » Selon la formule consacrée, « il n’y a pas eu d’incident notable ». Cependant, au moment de la dispersion de la manifestation, quelques jeunes Palestiniens ont jeté des pierres aux soldats israéliens au point de passage d’Erez. C’est ce genre de débordement qui peut suffire à  faire dégénérer une manifestation pacifique. Il faut encore noter qu’au début de la manifestation deux roquettes ont été tirées du Nord de la bande de Gaza en direction du territoire israélien. Mais n’y a-t-il pas une contradiction irréductible entre l’organisation d’une chaîne humaine, qui est le type même de l’action non-violente, et le tir de roquettes ? Comment prétendre que le « message » envoyé par la première action est complémentaire du « message » lancé par la seconde ? Certes, les dirigeants du Hamas ont déclaré que ces tirs étaient une riposte aux tirs de missiles israéliens qui avaient tué trois Palestiniens dans la nuit du 24 au 25 février. C’est précisément cet engrenage meurtrier qui fait perdre la paix à  chacun des deux camps.

Le 27 février, j’ai reçu un courriel de Ziad Medoukh, fondateur et coordinateur du Centre de la paix de l’université Al-Aqsa de Gaza dans lequel il m’écrivait : « Il y a beaucoup de manifestations pacifiques contre le blocus organisées par des organisations de la société civile. Nous savons que la non-violence pourrait jouer un rôle beaucoup apprécié. » Il nous faut accueillir ce signe d’espérance.
J’ai bien conscience que ce discours sur le renoncement à  la violence est difficilement audible pour un grand nombre des militants pro-palestiniens français. Et, pourtant, plus je réfléchis, plus je suis convaincu que seule la décision palestinienne de renoncer unilatéralement à  la violence est capable, à  terme, de changer la donne en Palestine. Sinon, la situation risque d’empirer chaque jour davantage, Et cela, en dépit des gesticulations diplomatiques actuelles. Sinon, nous continuerons d’assister, impuissants et scandalisés, à  la montée aux extrêmes de la violence.

Les revendications mises en avant par la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine sont toutes justifiées en théorie :
– Le retrait des Territoires palestiniens et la création d’un à‰tat palestinien viable dans les « frontières » de 1967 ;
– Le démantèlement du mur ;
– Le démantèlement des colonies de peuplement, le rétablissement de la liberté de circulation des personnes et des biens dans les Territoires palestiniens occupés ;
– La reconnaissance de Jérusalem-est comme capitale du futur à‰tat palestinien ;
– La reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens ;
– La libération des prisonniers politiques palestiniens détenus de façon illégale.
Mais j’ai très peur que ces revendications, aujourd’hui et probablement demain, soient hors de portée. Il faut avoir la lucidité de reconnaître qu’au regard de la situation qui, dans chacun des deux camps, prévaut sur le terrain et surtout dans les mentalités, ces exigences sont irréalistes. Aujourd’hui, selon toute probabilité, elles relèvent d’une vision idéaliste de la réalité. Continuer à  les mettre en avant, comme cela se fait depuis des années, ne changera strictement rien à  la réalité. C’est pourquoi, au demeurant, de nombreux observateurs pensent que la situation réelle rend de plus en plus impossible la création d’un à‰tat palestinien viable. C’est pourquoi, des Palestiniens de plus en plus nombreux réfléchissent sérieusement à  la création d’un seul à‰tat bi-national démocratique et laïc. Le malheur, c’est que ce projet est certainement également hors de portée. Je lisais l’autre jour un dialogue, au demeurant fort courtois, entre deux personnalités palestiniennes qui avaient sur cette question des avis opposés. Ce qui m’a frappé, c’est que les arguments de l’un pour récuser le point de vue de l’autre étaient infiniment plus convaincants que ceux qu’ils s’efforçaient de faire valoir pour justifier leur propre point de vue.

Ceci étant, il reste que les objectifs avancés par la Plate-forme sont justes au regard du droit international. Par principe, le respect de ces exigences formulées par les Palestiniens ne dépend pas de la décision des Palestiniens, mais de la décision des Israéliens. Les Palestiniens sont les demandeurs, les Israéliens sont les décideurs. Ce qui appartient aux Palestiniens, c’est de décider quelles sont les initiatives qu’ils peuvent prendre pour créer les conditions politiques qui permettraient de réaliser ces objectifs. Doivent-ils, pour cela, recourir à  la violence ? Les faits ont déjà  apporté une réponse négative à  cette question. Et, comme nous le savons, les faits sont têtus. La réponse des faits, c’est non seulement que la violence ne fait pas progresser la justice, mais qu’elle la fait reculer. Le renoncement à  la violence apparaît donc comme l’une des conditions sine qua non pour atteindre ces objectifs. Mais le renoncement à  la violence, au-delà  de son impact immédiat sur l’opinion publique, ne pourrait se suffire à  lui-même. Il permettrait précisément d’inventer et d’expérimenter les méthodes d’une stratégie de résistance non-violente . En définitive, face à  la situation qui prévaut actuellement en Palestine, quel est le choix le plus réaliste ? Le choix réaliste est celui qui est à  la fois possible, probable et efficace. Le choix de la violence est possible et il est probable. Mais il est inefficace. Le choix de la non-violence est possible et il est efficace. Mais il n’est pas probable. Dès lors, le choix réaliste est de prendre toutes les initiatives possibles pour augmenter les probabilités du choix de la non-violence. Le choix de la résistance non-violente offre une issue « idéale », mais il n’est pas idéaliste. Les Palestiniens qui la choisiront peuvent espérer poser des jalons qui seront utiles quand crimes et ruines auront suscité, face au désastre, une prise de conscience mondiale.
Aujourd’hui, la situation est gravissime, probablement davantage que nous n’osons le reconnaître. Il n’y a pourtant pas de fatalité. à condition que nous nous efforcions de faire preuve de lucidité. C’est ce à  quoi je me suis efforcé. Sans toutefois prétendre y être parvenu.
Aujourd’hui, il s’agit d’éviter le pire. Et le pire, ce serait une explosion généralisée de la violence. Cataclysmique. La communauté internationale doit sans plus attendre se mobiliser pour faire cesser le blocus économique imposé par Israà«l à  la population de la « Bande de Gaza ». La situation humaine et humanitaire est devenue tragique. Absolument. Il faut de toute urgence, sans fixer aucun préalable, nouer un dialogue diplomatique avec les autorités du Hamas qui contrôlent cette zone et faire pression sur les autorités d’Israà«l. L’idée, qui a prévalu jusqu’à  présent, selon laquelle, « on ne dialogue pas avec des terroristes », n’est pas acceptable, aussi contestables, je crois l’avoir suffisamment souligné, que soient les tirs de roquettes. Ceux-ci ne sauraient rester plus longtemps un prétexte à  l’inaction de la communauté internationale. Celle-ci sera d’autant plus crédible pour demander un « cessez le feu » aux Palestiniens, qu’elle se sera engagée avec la plus grande détermination pour que soient respectés envers les Gazaouis les simples exigences d’humanité. Toutes les conditions sont remplies pour appliquer le principe d’ingérence humanitaire et démocratique. Demain, il sera trop tard.

P.S. : 29 février. Les faits sont décidément têtus. Depuis que j’ai fini d’écrire ce texte, les faits n’ont cessé de parler. Très fort. Violemment. Mortellement. Dans la matinée du 27 février, un raid israélien frappe un minibus de la branche armée du Hamas à  Khan Younès au sud de Gaza, tuant cinq d’entre eux et blessant un sixième. Un second raid mené sur le même site quelques minutes plus tard fait trois blessés. Le même jour, une roquette de la résistance est tirée de la bande de Gaza et frappe de plein fouet le collège Sapir, au nord de la ville de Sdérot et tue un Israélien. C’est le premier mort israélien depuis la prise de pouvoir par le Hamas à  Gaza en juin 2007. Ce tir de roquette, affirme un communiqué du Hamas, est « une réponse au massacre sioniste commis par l’aviation israélienne ce matin à  Khan Younès ». Peu après, deux Palestiniens sont tués et deux autres blessés dans un nouveau raid israélien au nord-est de la ville de Gaza. Jeudi, plusieurs raids de l’aviation israélienne sont menés sur Gaza. En deux jours, trente et un Palestiniens sont tués, dont quinze civils parmi lesquels huit enfants dont un bébé de six mois. Jeudi soir, le Hamas déclare avoir tiré 82 roquettes. Deux d’entre elles, ont atteint Ashkemon, une ville de 120 000 habitants située à  40 kilomètres de Tel Aviv. Et les faits ne sont pas prêts de se taire. Et chacun d es deux camps ennemis va continuer à  justifier ses meurtres par ses morts. La violence est un engrenage aveugle. « Nous ne saurions rien, écrivait Albert Camus, tant que nous ne saurons pas si nous avons le droit de tuer cet autre devant nous ou de consentir qu’il soit tué. (¦) Le meurtre est la question. » Oui, le meurtre est la question posée. A chacun(e) d’y répondre. En toute responsabilité.

* Jean-Marie Muller est le porte-parole national du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN, email : man@nonviolence.fr ; site : www.nonviolence.fr)

La fronde des évêques allemands contre la Fraternité St Pie X

L’épiscopat allemand affronte encore une tempête : celle provoquée par l’arrogance des intégristes fidèles à  l’évêque Lefebvre qui entendent procéder à  des ordinations le 27 juin.

Alors qu’à  Rome, la restructuration de la commission «Ecclesia Dei», chargée de la réintégration des traditionalistes dans le giron romain, est actée (cf. Golias Hebdo n°84) avec à  l’appui un nouveau document officiel (voir plus haut p.2 et 3), les évêques allemands – y compris les plus conservateurs comme
Mgr Gerhardt Muller, évêque de Ratisbonne – exigent au préalable à  la reprise du dialogue un report de ces ordinations. On le comprend aisément, il est profondément choquant de poser un tel geste de dissidence alors même que l’on prétend prendre le chemin de la réconciliation. De la part de Rome, il n’est pas très décent de faire preuve de complaisance tandis que le partenaire, fort mal disposé, joue ainsi la surenchère.

Une telle attitude des Lefebvristes explique la demande de plusieurs évêques, y compris Mgr Gerhardt Muller de Ratisbonne (sur le territoire duquel se trouve le séminaire intégriste de Zaitzkofen), d’une nouvelle excommunication les concernant. Car la levée de l’excommunication frappant les quatre évêques consacrés illicitement par Mgr Lefebvre il y a plusieurs mois – geste de clémence – non seulement n’a pas incité les intégristes à  l’humilité et au sens de l’Eglise mais les a plutôt confortés dans leurs prétentions et dans leur arrogance. Avec les dommages collatéraux que l’on sait dans d’autres franges de l’Eglise, à  commencer par le discrédit inquiétant et croissant du catholicisme auprès de nombre de nos contemporains. Sans négliger l’aspect financier et l’effondrement des entrées d’argent pour l’Eglise.

Pour désamorcer la tension, le Saint-Siège vient de rappeler le caractère « illicite » des ordinations de prêtres intégristes, dans la mesure o๠la simple levée de l’excommunication d’évêques intégristes ne signifiait pas une reconnaissance canonique en bonne et due forme. Rome insiste cependant sur la reprise du travail de réconciliation avec une nouvelle étape : le rattachement annoncé de la commission Ecclesia Dei à  la congrégation pour la doctrine de la foi. Façon d’apaiser le courroux des évêques allemands mais sans se renier sur le fond et sans renoncer au dessein à  long terme de la réintégration des intégristes.
L’attitude de la Fraternité Saint-Pie X ne favorise il est vrai guère les choses. Récemment, dans le diocèse de Fulda, c’est la consécration sauvage d’une chapelle (sans son autorisation) qui suscite la colère de l’évêque du lieu, Mgr Heinz Josef Algermissen, qui dénonce une « violation grave de la loi de l’Eglise ».
Il est vrai aussi que ce problème n’est pas exclusivement allemand. En France, Mgr Bernard Fellay, que l’on dit pourtant le mieux « disposé » des quatre évêques intégristes, a ordonné le 3 mai dernier un prêtre suisse au nez et à  la barbe de l’archevêque du lieu (Clermont), Mgr Hippolyte Simon…

VERS UN NOUVEAU MOTU PROPRIO pour les Lefebvristes

Selon nos informations, et à  la veille des ordinations lefebvristes du 27 juin prochain en Allemagne, le pape souhaite pour les prochains mois la rédaction d’un second Motu proprio. Document qui serait consacré cette fois, non plus à  la seule liturgie en latin, mais de façon plus globale à  la réintégration des Lefebvristes dans l’Eglise. En posant certes des conditions, mais également en engageant toute l’Eglise dans ce processus.

Gravissime !

Autrement dit, les évêques ne seront plus en droit d’exprimer de façon trop ouverte des réticences et encore moins de freiner la réintégration des traditionalistes. Il faut savoir en effet que les représentants de ces courants se plaignent très régulièrement au pape des obstacles posés à  leur réintégration par les évêques et leur entourage. Jusqu’alors, Rome et la commission Ecclesia Dei court-circuitaient les évêques sans cependant, en général, les désavouer ouvertement.

Ainsi, en 1988, la commission régularisa très rapidement et de façon très bienveillante la situation de l’ abbaye bénédictine du Barroux , sans informer ou consulter l’archevêque d’Avignon d’alors, Mgr Raymond Bouchex.

Plus récemment, Rome procéda de la même façon à  l’égard de l’Institut du Bon Pasteur sans en informer l’archevêque de Bordeaux, sur le territoire duquel il siégeait. Récemment encore, un autre signal a été donné par le Vatican qui rétablit dans sa charge de curé un prêtre « tradi » en dissidence avec son évêque dans le Calvados, façon aussi de rappeler à  l’ordre les évêques. Suite à  un tel Motu proprio, un évêque jugé trop peu enclin à  bien accueillir des ralliés intégristes se fera certainement taper sur les doigts.
 

Les évêques ne pourront plus exprimer leurs réticences


Benoît XVI
et ses conseillers entendent profiter du calme estival pour avancer sur le chemin de la réconciliation. Après l’autorisation de célébrer partout selon les anciens livres liturgiques (Motu proprio de 2007), après la levée de l’excommunication des quatre évêques schismatiques ordonnés par l’archevêque Lefebvre, une nouvelle étape est en train de s’ouvrir, plus délicate au demeurant : celle qui concerne les dissensions théologiques de fond en particulier au sujet de Vatican II et du Magistère des derniers papes.

Il faut savoir que le pape a choisi le nouveau secrétaire de la commission théologique internationale, le Père dominicain Charles Morerod, en fonction précisément de sa sensibilité proche du partenaire traditionaliste. Il faut savoir en effet que Morerod est l’auteur d’une thèse de doctorat, présentée à  la faculté de théologie de l’université de Fribourg, en Suisse, sur le maître général des Dominicains, commentateur de Thomas d’Aquin, Thomas de Vio dit Cajetan (1469-1534) dans son débat polémique avec Luther.

Le Père Morerod pour l’accord théologique

Mais le Père Morerod s’est surtout fait remarquer par son ouvrage œTradition et unité des chrétiens. Le dogme comme condition de possibilité de l’oecuménisme (Parole et Silence, Paris, 2005), dans lequel il prend de façon très radicale le contre-pied d’un oecuménisme plus libéral (comme celui des théologiens Fries, Rahner ou Tillard) en insistant sur le caractère incontournable d’une vraie pensée catholique, indissociablement théologique et philosophique.

Par là , il accentue la différence entre catholicisme et protestantisme d’une façon qui ne doit pas déplaire aux courants les plus « tradis ». Le même Père Morerod s’est attaché également à  étriller la pensée d’un protestant libéral britannique, John Hick,  dont il conteste précisément l’esprit relativiste. ( Tiens, cela nous rappelle quelqu’un d’autre… ) Le choix du Père Morerod ne relève donc en rien du hasard ! De façon très concrète, la commission Ecclesia Dei sera rattachée à  la congrégation pour la doctrine de la foi (cf. Golias Hebdo n°85). Il fut un temps question de l’unir à  la congrégation pour le culte divin, mais c’était oublier que le problème n’est pas seulement ni d’abord liturgique. Le nouveau Motu proprio à  venir, que préparerait déjà  le principal rédacteur du Motu proprio de 2007, Mgr Nicola Bux, professeur de théologie à  Bari et conseiller estimé de Joseph Ratzinger, justifiera l’importance accordée à  la dimension doctrinale de la controverse intégriste. Le rôle de Don Nicola ne saurait être assez souligné.

Le prélat italien Nicola Bux pour le nouveau Motu proprio

Consulteur à  la congrégation pour la doctrine de la foi et en attente d’une promotion stratégique, Mgr Bux, un prêtre italien de 63 ans, cordial et discret, mais redoutablement conservateur et précis dans son argumentation, se veut l’artisan déterminé et infatigable, non seulement d’un rapprochement avec les intégristes mais d’une restauration traditionaliste du catholicisme tout entier. C’est lui qui a rédigé le Motu proprio de 2007 sur la messe en latin.
 
Dans son dernier ouvrage, sorti en octobre dernier en Italie,œ La réforme de Benoît XVI,  préfacé par Vittorio MessoriMgr Bux estime qu’il  faut revaloriser l’essence de la « sacrée et divine liturgie », qui ne saurait être faite de main d’homme. Sinon, elle  «  ne servirait à  rien d’autre qu’à  se représenter soi-même et surtout elle ne sauverait ni l’homme ni le monde, elle ne le sanctifierait pas ». Il est convaincu que la liturgie de Saint Pie V honore davantage le sens du sacré que celle de Paul VI. Il critique d’ailleurs de façon très féroce la réforme baptisée du nom du pape Montini, une vraie « décomposition » de la liturgie selon lui, exprimant et aggravant ce que le théologien Louis Bouyer appelait la « décomposition du catholicisme ».

En effet, Mgr Bux ne se cantonne pas au seul domaine liturgique. Il dénonce l’ouverture au monde qui souille le mystère chrétien et fustige la vie relâchée des prêtres en particulier en matière de vie privée (célibat…). Il s’en prend également à  la déviance fondamentale selon lui de la théologie contemporaine, qui est d’opérer un « tournant anthropologique » (qu’il dénonce aussi, à  la suite de Cornelio Fabro, chez Karl Rahner). Il lui oppose un nouveau tournant théocentrique et christocentrique comme symbolisé par le fait de célébrer à  nouveau vers l’Orient, le dos tourné aux fidèles. On imagine aisément le contenu et le ton du futur et proche Motu proprio avec un tel rédacteur.

Le cardinal William Levada, préfet de la congrégation de la doctrine de la foi, par ailleurs éprouvé par des problèmes de santé, exaspéré et affligé, démoralisé, n’a plus de pouvoir ni l’entrain nécessaire pour s’opposer à  un tel revirement ultra-conservateur.

Loin de se présenter comme une défense du Concile, le Motu proprio devrait en proposer une relecture minimaliste, gommant les nouveautés et en contestant l’esprit. En somme, un Concile « selon la tradition » tel que Mgr Lefebvre reconnaissait pouvoir l’accepter !

Est-ce encore le Concile dont un Paul VI proclamait l’importance en 1976 face à  la dissidence intégriste ? Rien n’est moins sà»r.

GOLIAS 
 

Un pape entêté !

Esprit beaucoup plus rigoureux et systématique que son prédécesseur, conscient à  tort ou à  raison que son pontificat devrait être de toute manière à  durée assez limitée, le pape Ratzinger s’est assigné pour son pontificat de transition, on pourrait dire de restauration, un certain nombre d’objectifs.

Il entend d’abord confirmer des acquis positifs (à  son goà»t !) hérités de Jean Paul II, quitte quelquefois à  infléchir la trajectoire dans un sens intransigeant, par exemple en matière d’oecuménisme et de dialogue interreligieux. Il entend également redonner toute leur importance et leur prégnance aux aspects les plus traditionnels : d’o๠son souci de la sacralité à  l’ancienne de la liturgie mais également de la dignité du sacerdoce catholique, exaltée par l’année sacerdotale qui commence. Enfin, il considère également comme une tâche prioritaire de son pontificat la réconciliation avec les intégristes dont il pense, selon l’expression du défunt cardinal Gagnon, « qu’ils n’ont pas raison mais ont des raisons », et surtout qu’ils ne sont pas de trop pour édifier une église telle qu’il la souhaite pour demain.

C’est à  la lumière de ce projet global, qu’il faut, de façon générale, évaluer chacune des initiatives de Benoît XVI et de sa Curie. Y compris le deuxième Motu proprio actuellement en préparation, visant à  expliquer et à  favoriser la réintégration des Lefebvristes et autres dans la pleine et entière communion catholique. S’il n’est certes pas tout à  fait exact de dire que Benoît XVI est un « pape traditionaliste », il n’en demeure pas moins que son action vise une restauration d’une Eglise intransigeante et passéiste. Se sentant âgé et fatigué, il passe à  présent à  la vitesse supérieure. En effet, la réintégration des intégristes n’a rien d’une concession miséricordieuse sur fond de pluralisme débonnaire. Elle s’inscrit dans un vrai reniement de l’esprit et du sens de Vatican II, tout en reprenant sa lettre pour en donner une lecture minimaliste et même révisionniste. Et on l’aura compris, même si Rome déclare aujourd’hui « illicites » les ordinations lefebvristes du 27 juin, il ne s’agit en fait que d’une simple manoeuvre pour apaiser le courroux des évêques allemands.

La pétition du cardinal Schà¶nborn

Présenté souvent comme proche de Joseph Ratzinger, sinon comme un dauphin ou un héritier, rédacteur brillant et rigoureux du fameux « catéchisme de l’Eglise catholique », le cardinal autrichien Christoph Schà¶nborn, archevêque de Vienne et président de la conférence des évêques de son pays se veut cependant sensible à  un fonctionnement collégial et favorable à  certaines évolutions.

On le sait, il conduit les évêques autrichiens présentement à  Rome, convoqués par Benoît XVI afin d’engager un «dialogue». Ce n’est un secret pour personne : le pape actuel n’approuve pas la ligne majoritaire des évêques autrichiens, jugée trop libérale. La question du célibat sacerdotal revient régulièrement à  l’ordre du jour. Des cardinaux en vue comme Roger Etchegaray, Cormac Murphy O’Connor ou même Claudio Hummes, préfet de la congrégation du clergé, ont envisagé une réforme de son obligation. La proposition est dans l’air du temps. Les abus sexuels commis par le clergé mais aussi le non-respect de fait de la continence des clercs semblent rendre urgente une réflexion sur l’anthropologie affective, tenant davantage compte de l’humanité concrète, de ses fragilités et de ses richesses aussi.

Dominicain enraciné dans une théologie traditionnelle, qui doit beaucoup à  l’Orient chrétien, Christoph Schà¶nborn est sensible à  l’axiome «la grâce suppose la nature» et aux situations des personnes.

En même temps, il entend loyalement se faire le porte-parole, à  Rome, des revendications de sa base autrichienne. Dans ce pays d’ailleurs, plusieurs prêtres, souvent en vue, vivant en concubinage n’ont pas hésité à  rendre publique leur situation tout en restant en charge ministérielle. C’est pourquoi Mgr Schà¶nborn a transmis au Pape une pétition signée par des milliers de catholiques qui contient un appel à  revoir l’obligation du célibat obligatoire pour les prêtres diocésains et à  la réintégration dans le ministère des prêtres mariés. Le texte réclame aussi l’ordination de femmes, un point sur lequel le cardinal se sent en désaccord avec la pétition, ce qui, entre parenthèses, semble vouloir dire aussi qu’il approuve les deux autres ! Toutefois, sous la pression de la Curie et à  la demande du pape lui-même, l’archevêque de Vienne a déclaré par la suite (mais est-ce crédible?) avoir voulu informer le Vatican de l’existence de telles revendications dans son pays mais ne pas du tout les partager.

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