Edito

La vie comme moyen de la connaissance

avec ce principe au coeur on peut non
seulement vivre avec bravoure, mais encore
vivre avec joie, rire de joie ! Et comment
s’entendrait-on à  bien rire et à  bien vivre,
si l’on ne s’entendait pas d’abord à  la guerre
et à  la victoire ?

Friedrich Nietzsche, Le gai savoir

Dans Contre-attaques la pensée fait montre de sa grande santé.

Elle ouvre un espace contre les intégrismes religieux, politiques et culturels au nom du divers, du multiple, du tout autre et de tout un chacun.
Pour cela, Contre-attaques possède les moyens de la pensée,
de la vie autrement dit de la littérature et de la critique.

Contre-attaques fait appel à  l’écriture, à  la pensée et à  la vie, singulièrement, selon les champs du multiple et du divers. Les auteurs de Contre-attaques forment le bataillon d’âmes et d’armes qu’il faut pour en finir avec l’ordre fini et l’être totalitaire qui néantisent et aliènent.

A l’intérieur de Contre-attaques, les individus règnent,
ils pensent et écrivent. Ils prennent soin infiniment.

Ainsi le n°1 de Contre-attaques met en avant
un premier venu : Jean-Luc Nancy

Manifestations de Contre- Attaques

Sans aucun doute, l’horizon apparaît aujourd’hui à  tous comme muré et il va de soi que la réalité actuelle est bien conforme à  ce qui nous en apparaît. Mais il est possible que cette réalité soit provisoire. Je ne vois aucun moyen de répondre à  l’angoisse qui met en ce moment même une âcreté dans la gorge du premier venu. Le monde actuel subira son sort et les discours de guerre qui accompagneront les hécatombes, dans quelque sens qu’ils soient prononcés, ne pourront que donner au désir d’être sourd une sorte de puissance dégoà»tée. En face de l’orage qui a déjà  rendu le ciel sombre, il n’existe plus de protection ni d’issue. Mais
quelque soit la bourrasque qui s’abatte, l’existence lui survivra et quelle que soit l’issue militaire, elle demeurera aussi agitée qu’auparavant par des aspirations contradictoires.

Georges Bataille, 1938 (Collège de Sociologie)
Ce que fut Contre-Attaque en 1935.

Contre-Attaque (fut) l’un des derniers sursauts, parmi les plus significatifs, de l’ultra-gauche intellectuelle française avant la déclaration de la Deuxième Guerre mondiale. A preuve les mots employés par (Bataille) dans l’un des tracts de Contre-Attaque : sauver ce monde du « cauchemar », de « l’impuissance et du carnage o๠ilsombre ».

Seul un « océan d’hommes soulevés » pourra sauver ce monde de l’horreur o๠Bataille est l’un des rares à  prédire qu’il sombre tout entier ; Contre-Attaque est ce pari. Le moins intéressant n’est pas que pour le réussir, il se réconcilia avec l’ennemi de toujours, et que pour la première fois il entreprit d’agir d’accord avec lui : André Breton.Cette réconciliation donne la mesure de l’urgence ressentie par Bataille :« La situation politique actuelle exige l’urgence ». La première réunion publique de Contre-Attaque eut lieu le 5 janvier 1936, au Grenier des Augustins, rue des Grands-Augustins, dans un local loué par Jean-Louis Barrault. Objet de cette réunion : « La patrie et la famille ». Contre-Attaque ne louvoie pas : le respect pour l’une et l’autre fait « d’un être humain un traître à  son semblable ». La trinité père-patrie-patron est celle du vieil ordre patriarcal, celle aussi « aujourd’hui de la chiennerie fasciste ».

Michel Surya, Georges Bataille, la mort à  l’oeuvre, Gallimard, 1992.

Ce que sera CONTRE-ATTAQUES en 2009.
Ce sera pire. La même chose, en plus.
Pour attaquer, contre les intégrismes, contre les profi ts, contre le mensonge et
l’essentialisme. Contre la mort et la morgue du Pouvoir et des Possesseurs. Dans la vie,
dans le politique, dans la pensée et dans la littérature. Dans l’art. puisqu’il n’est que
l’art humain, prométhéen, par excellence, et grand. Le reste est déjà  fi ni. Adieu.
CONTRE-ATTAQUES est le pluriel de CONTRE-ATTAQUE. CONTREATTAQUE
était, en 1935, la seule idée que tenteront d’avoir ensemble Georges Bataille
et André Breton. Car CONTRE-ATTAQUE fut pour Bataille et Breton leur appel à  la
révolution.

CONTRE-ATTAQUE est le singulier de CONTRE-ATTAQUES

Index des auteurs

Paul Ariès : politologue, rédacteur en chef du journal bimestriel Le Sarkophage.
Dernières publications :
– La décroissance : un nouveau projet politique (Golias, 2007),
– Le mésusage, essai sur l’hyper-capitalisme (Parangon, 2007),
– Misère du sarkozysme, cette droite qui n’aime pas la France (Parangon, 2006).

Bruce Bégout est philosophe et écrivain. Il se consacre depuis quelques années à  l’élaboration d’une phénoménologie du monde quotidien (La découverte du quotidien, 2005; De la décence ordinaire, Allia, 2008).

Véronique Bergen : docteur en philosophie, auteur de romans (dont Kaspar Hauser ou la phrase préférée du vent, Denoà«l, 2006), de recueils de poèmes, d’essais (dont L’Ontologie de Gilles Deleuze, L’Harmattan, 2001), d’articles sur Sartre, Deleuze, Badiou…

Derniers ouvrages parus : un roman, Fleuve de cendres (Denoà«l, 2008), un recueil de poèmes Alphabet sidéral. Dans les pas d’Anselm Kiefer (Le Cormier, 2008). A paraître aux PUF au printemps 2009 : Résister en philosophie.

Philippe Boisnard, écrivain, vidéaste, a publié en 2007 Pan Cake (roman, ed Hermaphrodites) et Interaction CLOM (à  propos de Joà«l Hubaut) (essai, ed. Le clou dans le fer). Créateur de poésies numériques (Grand prix Multimédia de la SGDL en 2007), il réalise des performances vidéo-sonores interactives avec Hortense Gauthier sous le nom de HP PROCESS. Il fait des conférences sur la technologie et la post-modernité, et publie dans de nombreuses revues. Il dirige le site Libr-critique.com, sur l’actualité des littératures contemporaines.

Marie-Christine Burger : Depuis plus de 40 ans, amie de Jean Luc Nancy qui m’a ouverte à  l’angoisse et au bonheur du penser. Amoureuse de l’écriture avec en particulier une thèse sur l’oeuvre du poète René Char.

David Christoffel : «Le fait de faire des opéras parlés me fait saturer le fait de ne pas faire d’opéra.» (David Christoffel, auteur de travaux sonores et écrits faiblement probables)

Marc de Launay est chercheur en philosophie au CNRS (Archives Husserl de Paris – Ens – Ulm), éditeur des oeuvres de Nietzsche dans La Pléiade et traducteur de philosophie allemande.

Luis de Miranda, né en 1971, est romancier, philosophe et éditeur. Il développe dans son oeuvre une esthétique qu’il a baptisée du nom de «créalisme». Il publie en février 2009 ˜Une vie
nouvelle est-elle possible ?» (éd. Nous).

Sommaire

Ouverture

4 – Alain Jugnon « Manifestations de Contre-Attaques »
6 – Bruce Bégout, « Sarkozy et la théologie du pouvoir »
7 – Bruno Tackels, « Le Roi congédie à  jamais son bouffon »

Le premier venu

Jean-Luc Nancy avec Nietzsche, Bataille, Blanchot
10 – Frédéric Neyrat entretien avec Jean-Luc Nancy « Eros excédant »
15 – Ginette Michaud « Ce qui se dessine, l’aisthétique de Jean-Luc Nancy en quatre traits »
25 – Juan Manuel Garrido « La chance de la pensée » (sur Jean-Luc Nancy)
28 – Federico Ferrari « Au juste “ le mot impossible » (sur Jean-Luc Nancy)
30 – Jean-Clet Martin « Portrait de Jean-Luc Nancy »
31 – Marie Christine Burger « Pour JL » (poème)
32 – Yann Goupil « Commencement du mot espérance » (sur Jean-Luc Nancy)
33 – Alain Jugnon « Pour Nietzsche, le sans dieu »
39 – Marc de Launay « La probité, une vertu singulière » (sur Nietzsche)
44 – Michel Surya « Le très bas » (sur Bataille et Nietzsche)
48 – Daniel Wilhem « Besogne » (sur Bataille)
53 – Antoine Philippe « Le complexe d’Orphée » (sur Blanchot)
65 – Ronald Klapka « Jean-Luc Nancy : une pensée qui ne se laisse pas enclore »
72 – Andrea Potestà  « Rien à  dire. Nietzsche, Nancy et l’abandon »

Le lieu commun

Contre tout intégrisme
80 – Christian Terras « Pour un christianisme nietzschéen, Le défi de Gianni Vattimo»
96 – David Christoffel « Le fin fond » (opéra parlé)
113 – Georges Labica « La supérette »
120 – Jean-Claude Pinson « Du prolétariat au œpoétariat »
121 – Paul Ariès « Intégrisme(s) »

La pharmacie

Les individus contrent
131 – Philippe Boisnard « Le corps poétique » (sur Charles Pennequin)
139 – Jacob Rogozinski « Dieu est (la) mort »
146 – Luis de Miranda « L’esprit de l’escalier »
150 – Muriel Moutet « Notes pour Les Régions floues »
153 – Véronique Bergen « Le survivant en tant que mort »
158 – Laurent de Sutter « Notes sur le cinéma d’Andrew Blake »
162 – Olivier Koettlitz « Borges par le milieu »
170 – Jean-Clet Martin « Phanéroscopie urbaine (Hegel à  Manhattan) »
173 – Lettres de Luis de Miranda et de Philippe Lechat

Sarkozy et la théologie du pouvoir

Bruce Bégout

Dans sa Théologie politique de 1922, Carl Schmitt identifiait l’essence du pouvoir à  la décision absolue, sans raison ni justification, la décision pure qui n’avait de sens qu’en elle-même, par elle-même. La dissolution du pouvoir commençait lorsque l’autorité, censée l’incarner, se laissait embobiner par les palabres juridiques et démocratiques et cherchait des motifs raisonnables à  ses actions. Car, dès lors, le pouvoir était bridé par l’idée du Bien, et l’autorité se liquidait dans la simple application d’une rationalité qui la régissait d’en haut. Or la décision ne doit être précédée par rien, car elle émane de la toute puissance de la souveraineté absolue. Sans fondement, elle est au fondement de tout. De même qu’elle naît sans raison, elle doit être obéie sans raison. On reconnaît là  la conception absolutiste de la monarchie de droit divin qui conçoit le pouvoir politique comme l’émanation terr estre de la puissance divine de création ex nihilo. L’essence du pouvoir réside dans l’abîme insondable de la décision du chef, seule à  même de sortir de la cacophonie de la démocratie représentative et d’imposer la
voix, une voix. Aussi l’état d’exception étaitil la traduction politique de ce miracle de la décision.

Non content de vouloir rétablir la transcendance et les valeurs soi-disant ancrées en elles, en re-affirmant la radicalité de la religion, face à  la tolérance molle et sans passion de la morale laïque (voir le discours devant le Crif), le président Sarkozy se révèle de plus en plus comme un farouche partisan du décisionnisme politique qu’encensait Schmitt et qui lui fit applaudir l’arrivée de Hitler au pouvoir.

La plupart des décisions politiques qu’il a prises récemment, en voulant contrer «l’immobilisme» des années Chirac, relève de l’arbitraire le plus pur de la puissance. Ses conseillers et ministres eux-mêmes découvrent post festum les décisions et doivent les commenter à  chaud sans préparation : «je décide, vous exécutez». Même les décisions les plus surprenantes, voire absurdes, prises sans concertation ni réflexion (suppression de la publicité sur les chaînes publiques, parrainage d’un des 11 000 enfants juifs morts en déportation par un élève du primaire, etc.), doivent être mises en pratique dans les plus brefs délais par des ministres aux ordres qui font le gros dos et s’interrogent.

L’activisme tous azimuts de Sarkozy ne relève donc pas seulement de son bougisme quasi pathologique, mais de la conception même qu’il se fait du pouvoir : l’émanation immotivée de la puissance. Le mal est donc plus profond. Il ne s’agit pas là  seulement d’un reflet de l’époque et de sa vitesse, mais, plus sournoisement, d’une expression d’un absolutisme qui déguise son nom derrière une flopée de sondages consultatifs (la présidence monarchique, o๠le principe réside dans l’Un et émane de l’Un). On comprend mieux la réaction violente de Sarkozy à  la question de Laurent Joffrin lors de la présentation des voeux présidentiels de janvier sur une possible dérive monarchiste du pouvoir. Elle avait touché la corde sensible. Ce décisionnisme soulève ainsi les faiblesses de notre démocratie soit qui s’enlise dans une démagogie d’opinions o๠la décision compte pour rien, puisqu’elle est fondée sur ce que souhaiterait la majorité sondée, soit qui, par un phénomène sauvage de compensation, exalte la décision absolue de l’autorité. C’est que la décision est écrasée entre les deux (mauvais) infinis de l’absence de raison. Elle est prise sans délibération, dans la résolution pure de l’action, et elle s’applique elle-même sans explication, dans l’obéissance servile. Et comme toute décision sans raison, elle s’entête au déni même de la réalité qui proteste et résiste. C’est que, pour ne pas perdre la face, le pouvoir doit maintenir le caractère immotivé de la décision. Le président n’a pas à  se justifier, sa conception du bien public suffit à  légitimer une décision prise. Au mépris des protestations des experts et des principaux intéressés, la décision fait valoir la puissance nue du pouvoir. Avec cette double volonté, affichée dernièrement à  grands renforts d’effets d’annonces, de réinscrire la religion dans le débat public comme morale radicale enracinée dans la transcendance absolue (Dieu) – face à  la relativité des éthiques immanentes et laïques, et de rétablir le pouvoir de décision sans raison, on peut se demander si, après les monarchies constitutionnelles de Mitterrand et de Chirac,
plus soucieuses d’entretenir une cour que d’affirmer leur puissance absolue, Sarkozy ne revient pas à  une conception théologico-politique du pouvoir.

On comprend dès lors pourquoi la transcendance lui tient tant à  coeur. Il ne s’agit pas simplement d’un facteur d’ordre au sens oà¹, selon sa vision naïve des choses, la religion sert à  donner un sens à  l’existence et à  discipliner les passions, mais un facteur de puissance. Le flirt avec Dieu s’expliquerait ainsi par la volonté de retrouver le coeur même du dispositif
théologico-politique : la décision souveraine de l’autorité. Mais on pourrait s’interroger sur l’horizon même de ce décisionnisme. Car la décision ellemême ne supporte pas l’interrogation (ce pinaillage rationaliste qui cherche l’universel). Elle ne sait pas elle-même ni à  cause de quoi ni en vue de quoi elle agit. Un autre partisan du décisionnisme existentiel et politique, Martin Heidegger, avait insisté dans les années 20 sur ce caractère abyssal de la décision. La décision se fondait sur la nullité de tout fondement, de sorte que son caractère monarchique
était aussi anarchiste. C’est parce qu’elle est sans principe, qu’elle est le seul et unique principe qui vaille. Or, comme les étudiants de Heidegger qui se moquaient de cette fascination de leur professeur pour la résolution pure et la décision sans appel, on pourrait dire : le Dasein de Sarkozy est résolu, très résolu même, mais il ne sait pas à  quoi.

Paru le 12 mars 2008 dans Libération,
pages «Rebond»

GOLIAS Magazine n°124

page Le journal
3 – Le Trombinoscope nouveau est arrivé
4 – Lefebvristes : l’épiscopat français dans tous ses états
6 – Le faux-pas qui déclenche la tempête
8 – Les gaffes du pape
12 – Timothy Dolan,un modéré face à  Obama
page Focus
15 – Le voyage de Benoît XVI en Afrique : tapis rouge ou taxi brousse ?
page Grand angle
24 – Dieu aime-t-il les noirs ?
page Radioscopie
31 – Quand Dieu prêche à  l’ONU
32 – Une marée montante
33 – Le retour du discours religieux à  la tribune de l’ONU
35 – Saint-Siège : les grandes manoeuvres
39 – L’ONU en quête d’une nouvelle légitimité
page L’aventure chrétienne
44 – Penser la foi aujourd’hui dans une Ecclesia en diaspora
45 – Vatican II : le concile inachevé
50 – Loeuvre de Roger Parmentier, l’actualisation de la Bible
56 – Limites de l’Incarnation
59 – La régression à  perte de vue
60 – Hommage à  Gaston, mon frère aîné en humanité et dans la Foi en Jésus

SIDA : le témoignage impressionnant d’un missionnaire

En qualité de Supérieur-Général puis de Délégué International de la Congrégation des Fils de la Charité, le Père Bouchaud a visité à  plusieurs reprises tous les pays d’Amérique Latine et un bon nombre de pays d’Afrique. En fidélité à  la mission des Fils de la Charité, il a été particulièrement attentif à  la vie et aux problèmes des zones urbaines les plus pauvres. Puis, pendant huit ans, il a partagé la vie des habitants d’un bidonville de Mexico ; pendant trois ans, celle du ghetto de Chicago ; pendant un an, celle d’un quartier très populaire de Brazzaville, en Afrique, et, pendant treize ans, celle d’un bidonville de Manille, en Asie. Dans un continent ou un autre, le Père Bouchaud a animé plus de cent semaines de retraites de prêtres. Et il a recueilli beaucoup de confidences…

« Aujourd’hui, j’ai 86 ans. Que ce que je crois devoir dire n’apparaisse surtout pas comme un ensemble d’idées ou de théories, mais comme un devoir de conscience : la description de la réalité, telle qu’elle s’est, peu à  peu, imposée à  moi.

Cette réalité, c’est que les directives actuelles de notre à‰glise, sur le terrain de la procréation, chargent les plus pauvres de notre monde de chaînes qui aggravent leur misère et contribuent à  augmenter le nombre des humains vivant de manière inhumaine. Nulle part, dans ces immenses zones pauvres que j’ai d’abord visitées et auxquelles ensuite, j’ai appartenu, je n’ai vu les méthodes Billing, préconisées par les responsables de notre à‰glise, faire preuve de quelque efficacité. Elles sont trop compliquées. Elles supposent une possibilité d’organiser la vie totalement inaccessible à  la culture des pauvres. Elles sont pensées et expérimentées dans un monde qui n’est pas celui des pauvres. En imposant, comme seules solutions permises, des solutions qui leur sont inaccessibles et en interdisant les autres, l’à‰glise contribue à  enfermer les pauvres dans le cycle de la surnatalité.

Pendant les douze ans au cours desquels j’ai vécu dans le bidonville de Laura à  Manille , j’ai vu la population de cette ville passer de 7 millions à  plus de 13 millions et le nombre des habitants vivant en bidonville passer de 4 à  7 millions. J’ai vu un petit village de quelques centaines d’habitants, Bagong Silang , près de Manille , devenir une zone de 350.000 pauvres. J’ai vu plus de 7 millions d’hommes, et de femmes partir travailler à  l’étranger et donc abandonner leurs familles pour les sauver de l’extrême pauvreté. J’ai vu des millions d’enfants s’entasser dans des taudis, assurés, presque tous, d’un avenir de misère. J’ai vu à  Manille , comme à  Mexico , comme à  Brazzaville et ailleurs, des masses de jeunes, généreux et ouverts dans leur enfance, devenir, peu à  peu, des membres de  » gangs « , parce qu’ils vivent sans espace, sans travail et sans espérance.

Bien souvent, dans divers pays, j’ai senti la révolte gronder en moi, quand des parents de 8 ou 10 enfants, vivant dans l’affreuse misère de leur taudis, parfois avec un seul repas par jour (et quel repas !), me disaient en parlant du nombre de leurs enfants :  » Nous sommes catholiques. C’est l’à‰glise qui le veut¦ » Quand ces enfants seront adultes, comment n’auront-ils pas le désir de rejeter cette à‰glise coupable, à  leurs yeux, de la misère de leur enfance?

Comment peut-on présenter l’interdiction du préservatif au nom de la dignité de la vie ?… alors que des millions de foetus s’en vont, chaque jour, aux poubelles dans tous les coins du monde¦ou sont enterrés comme des petits animaux, dans un quelconque recoin de terrain, par des parents qui aiment leurs enfants mais qui sont écrasés par l’impossibilité d’éduquer et même de nourrir leurs trop nombreux autres enfants déjà  nés. Les vies de ces enfants, victimes de l’impossibilité dans laquelle se trouvent leurs parents de les faire vivre, sont-elles donc moins sacrées que celles des enfants possibles des gens « cultivés », capables de déchiffrer les messages des méthodes Billings, pour choisir, librement, de les faire naître? Quand on vit au milieu des pauvres, comment leur expliquer ce qui apparaît comme les choix de notre à‰glise à  ce sujet?… Moi, je n’ai pas pu … Je ne peux pas … J’aurais l’impression de trahir un message essentiel de Jésus.

J’ai découvert aussi une autre réalité dramatique : les malades du sida. Ils sont des millions dans le monde. La plupart d’entre eux sont jeunes, mariés, avec des enfants en bas âge. De toute évidence, la grande force pour ne pas être détruit par cette affreuse maladie, c’est un redoublement d’amour et de foi. Mais les risques de contagion leur interdisent les rapports conjugaux normaux. Or certains responsables dans l’à‰glise affirment qu’en conséquence ils doivent vivre  » comme frère et soeur  » avec leur conjoint. Pourtant, dans ces moments de grande souffrance morale, le couple a particulièrement besoin de partage sexuel pour fortifier son amour. Le malade a besoin de ne pas se sentir rejeté comme un pestiféré… privé jusqu’à  la mort de cette manifestation primordiale d’amour par celui ou celle qui l’aime… et qui aura, de surcroit, à  prendre la responsabilité de se refuser à  lui ou à  elle. Je ne peux pas dire, au nom de Jésus, à  ceux qui vivent ce drame, que l’interdiction du préservatif doit passer avant un amour à  sauver pour un  » condamné à  mort « . Non ! je ne le peux pas parce que je suis sà»r qu’aujourd’hui, Jésus ne dirait pas cela.

Je suis navré de constater que, dans ce domaine de la morale sexuelle, nous n’avons pas avancé depuis le Concile, et que nous avons même reculé. En effet, quand, jeune prêtre, je continuais mes études en Théologie à  l’Université Catholique de Paris, on m’a enseigné que chaque famille devait avoir le nombre d’enfants qu’elle estimait, en conscience, pouvoir élever et éduquer dignement. Je retrouvais là  une fidélité à  l’esprit de Jésus, que je ne retrouve plus dans l’abondance et la surabondance des barrières et des mises en garde actuelles.

Notre Morale, spécialement en ce domaine de la Morale Sexuelle, ne s’est-elle pas égarée en se basant sur certaines conceptions philosophiques discutables, beaucoup plus que sur l’agir et l’enseignement de Jésus ? Je crois, pour ma part, cette question capitale. La préoccupation essentielle de Jésus face aux personnes en situation difficile sur le plan sexuel, n’est pas de les obliger à  prendre tel ou tel chemin. Non ! c’est de les aider à  retrouver leur responsabilité personnelle, dans la situation o๠ils sont. Face à  la Samaritaine aux cinq maris successifs, face à  la femme adultère, condamnée à  mort par les autorités religieuses, face à  Marie-Madeleine écrasée par son passé, Jésus ne condamne pas. Il ne brandit aucune obligation. Il leur prouve son amour: il les invite à  se relever… Il ne leur donne même pas de conseils … Il leur donne de chercher et de choisir, par elles-mêmes, les chemins pour changer leurs vies… Il les fait renaître à  la liberté… Il leur fait retrouver leur dignité d’êtres responsables …Il les remet dans le face à  face avec Dieu, au coeur de leur vraie vie.


Ne sommes-nous pas, aujourd’hui, en train d’oublier ou de travestir ce message fondamental de Jésus? …et de perdre, en conséquence, la confiance des jeunes ?

Chaque foyer devrait se poser librement des questions de cet ordre :

– En conscience, tels que nous sommes tous les deux, avec notre santé, notre situation, notre assurance pour l’avenir et pour les croyants, notre foi en l’aide de Dieu, combien d’enfants pouvons-nous éduquer dignement?

– Comment organiser notre vie affective et sexuelle et comment y limiter les naissances, pour réaliser au mieux cette mission que Dieu confie à  notre foyer?

Cette responsabilité vécue apporterait, en elle-même, son cachet divin.

Ce serait, enfin, sur le terrain de la sexualité et de la procréation, une Bonne Nouvelle accessible à  tous. Car, si les pauvres sont dans l’incapacité de comprendre et d’obéir aux méthodes Billings et autres, ils savent aussi bien et souvent mieux que les nantis décider par amour, vivre pour l’amour, et partager un magnifique amour.

Et à  vous, frères spécialistes de la planification des naissances et de la morale conjugale dans notre à‰glise, j’ose vous proposer ceci : «  Venez partager, pendant quelques mois, la vie des pauvres dans l’un des innombrables bidonvilles de notre monde. Oubliez votre passé, votre culture, vos idées. Venez-y seulement avec votre à‰vangile. Et regardez, écoutez, dialoguez, méditez, priez. Cherchez loyalement et librement à  découvrir ce que Jésus dirait et ferait, s’il était à  notre place…

…en répétant sans cesse.les paroles lumineuses qu’il continue de nous adresser : . »Tout ce que vous faites aux plus petits des miens, c’est à  moi que vous le faites ».

…et en nous interrogeant tous, le chrétien de base comme le pape, sur cette question fondamentale de notre Foi : « Que dirait et que ferait
Jésus s’il vivait aujourd’hui?  » »

Contact : secretariat@filsdelacharite.org

LES CONTRE-VERITES de l’évêque d’Orléans et des lobbys catholiques intégristes

L’évêque d’Orléans Mgr André Fort a laissé entendre que le préservatif n’était pas efficace pour empêcher la transmission du virus du sida, quelques jours après la déclaration du pape selon laquelle on ne peut « régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs ».

 » Vous le savez très bien, tous les scientifiques le savent: la taille du virus du sida est infiniment plus fine que celle d’un spermatozoïde. La preuve est faite que le préservatif n’est pas une garantie à  100% contre le sida « , a indiqué l’évêque au micro de France Bleu Orléans . « Il y a écrit sur les boîtes de cigarettes: danger. On devrait mettre sur les boîtes de préservatifs: fiabilité incomplète », a-t-il ajouté.  » Le virus ne passe pas à  travers la paroi du préservatif « , a assuré le docteur Philippe Arsac, du Réseau sida du Loiret. Les propos de l’évêque relèvent d' »un discours qu’on entend depuis longtemps mais qui ne s’appuie sur aucun raisonnement scientifique valable », a-t-il ajouté.  » Les préservatifs vendus en France doivent avoir la norme NF. Leur qualité à  été contrôlée « , a souligné le médecin.

Cette prise de position s’inscrit dans le registre d’une riposte concertée pour soutenir le pape Benoît XVI suite à  ses propos sur le préservatif. Elle est aussi le vecteur d’une croisade contre la fiabilité du condom dans la lutte contre le SIDA, croisade entreprise depuis les années 90. Cette opération menée par les milieux conservateurs et intégristes s’efforce à  présent de nous faire croire que le Pape n’a en réalité pas voulu dire ce qu’il a dit Quitte à  donner un aperçu très partiel et partial de l’état scientifique de la question du préservatif face à  la pandémie du Sida. Au risque d’énoncer de bien dangereuses allégations.

De « Présent » à  « Famille Chrétienne » en passant par… l’Osservatore Romano

Rémi Fontaine, dans un éditorial du journal intégriste et d’extrême-droite « Présent » n’y vas guère par quatre chemins :

 » C’est sous l˜étendard du préservatif, nous l’avons déjà  dit, que la culture de mort mène mondialement sa seconde révolution sexuelle (après la pilule), répandant et décuplant les moeurs de Sodome sous couvert de lutter sanitairement (sic) et salutairement contre le sida. Par cette classique tentation diabolique, selon laquelle la fin justifie le (mauvais) moyen, on substitue progressivement à  la responsabilité sexuelle la prétendue maîtrise technique avec cette nouvelle « morale » universelle du Sidaction : ” Sortez couverts !

C’est par le même procédé dit « prophylactique » qu’on avait déjà  opéré avec la révolution contraceptive en commençant à  détruire la famille. Et à  la jeune fille à  peine pubère ou à  la femme « libérée » qu’on a ainsi poussées à  l’irresponsabilité morale mais qui n’ont pas su maîtriser le leurre défaillant de la responsabilité technique, on assène aujourd’hui ce nouvel impératif (im)moral : ” Tu dois avorter car c’est ton droit ! Voici le cercle « vertueux », en réalité très vicieux, du nouvel ordre moral avec le génocide que l’on sait, déguisé en « santé reproductive ».

De la même manière que la mentalité contraceptive augmente l’avortement, la mentalité capote soi-disant anti sida augmente le sida, selon une logique de pompier-pyromane scientifiquement démontrée par les chiffres « . Ces propos alignent un grand nombre de contre-vérités, En soi, le préservatif demeure le moyen le plus efficace d’endiguer l’épidémie, et prétendre le contraire c’est mentir. De nombreuses vies sont sauvées grâce à  lui. M. Fontaine se moque du monde en prétendant le contraire et en invoquant de pseudo-chiffres, inexistants, ou qui disent autre chose, à  son appui.

L’Association catholique des infirmières et médecins, d’orientation intransigeante, (l’ACIM) abonde également dans le sens du Pape. Ecrire comme le fait, cette association «  le Pape nous rappelle simplement à  la raison. Le préservatif est en fait la roulette russe qui par un faux effet de sécurité condamnera à  mort au bout d’une année quatre personnes sur cent  » est un affreux et criminel mensonge. Le préservatif sauve de très nombreuses vies. Les fameux quatre pour cent exprime le taux de non-fiabilité mais non pas de contagion effective qui est vraiment infime, car même en cas de rapports non protégés le risque d’attraper le sida n’est évidemment pas de cent pour cent. De sorte que si tous les rapports étaient protégés avec préservatif le sida ne se propagerait plus, car un risque infime ne suffit pas à  continuer une épidémie, encore moins à  l’aggraver.

Un médecin proche des thèses intégristes, Jean-Pierre Dickès avance un autre argument :  » Nous constatons que le seul pays au monde qui a vu s’effondrer le nombre des malades atteints du sida est l’Ouganda qui a fait de la fidélité conjugale et de la lutte contre la polygamie son cheval de bataille. « .

Voici bien encore vérité déformée. L’ Ouganda inclut dans son programme l’emploi de préservatifs. L’encouragement à  l’abstinence seule est illusoire étant donnée la nature humaine, et aussi l’état des moeurs, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore. Bien qu’il soit fondé de la recommander comme une protection absolument infaillible, l’abstinence n’est jamais de fait vécue que par un nombre limité de personnes. Si les autres ne se protègent pas en ayant recours à  un préservatif, l’épidémie continuera ses ravages meurtriers.

Personne n’a jamais reproché au Pape d’inciter à  l’abstinence pour lutter contre le sida mais de nier l’importance du préservatif pour tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent pratiquer l’abstinence. Tel est le vrai débat. Avec à  la clé le sort de millions de personnes.

Edward C. Green scientifique américain, entend mettre en corrélation le progrès de la séropositivité et l’accès facilité aux préservatifs. Il tente d’expliquer ce constat, en fait mal interprété, par un phénomène bien connu de  » compensation du risque « . En effet, lorsque les personnes se sentent moins menacées, elles deviennent moins prudentes ou plus imprudentes. Ainsi, lorsque le sceptre d’une récession économique s’éloigne, lorsque la menace d’être en grave difficulté devient moins probable, les gens dépensent-ils parfois plus et parfois de trop. En voiture on prend davantage de risques après un contrôle technique positif qu’après avoir tout juste assisté à  un accident mortel. L’effet pervers de toute protection est de favoriser un relâchement de la vigilance. Il serait faux toutefois d’en conclure qu’il faut revenir sur la protection, par exemple ne plus vacciner contre une maladie parce que les gens ensuite font moins attention.

Il faut surtout rappeler que la solution n’est pas, à  cause de ce relâchement, de ne plus recommander le préservatif mais au contraire d’insister sur son utilisation, et sa bonne utilisation. Ce qui suppose aussi un accès facile et sans honte au condom et une information solide, pour que personne ne soit par exemple tenté d’utiliser le même préservatif plusieurs fois.

L’hedomadaire «  Famille chrétienne  » fait campagne en faveur du Pape en instrumentalisant une interview d’un malade du sida, Dominique Morin, de façon pas vraiment indécente. Il dénonce la campagne d’information à  destination des jeunes :  » Celui qui leur dit d’utiliser un préservatif se lave les mains et s’offre une bonne conscience à  peu de frais (…) Le préservatif est un leurre et une escroquerie « .

Paradoxalement, la contradiction à  ces défenseurs infatigables de la vérité catholique absolue du « no préservatif » leur est donnée par … l’ Osservatore Romano .

En première page de l’édition du 22 mars, un article  » Eglise et Sida  » reconnaît l’efficacité du préservatif à  97% (même si en Afrique par exemple cette efficacité tombe en effet à  87% en raison de mauvaises conditions : préservatifs déjà  utilisés, troués, placés sans gel, etc…). Le journal officiel du Vatican cite la campagne gouvernemental ABC de l’ Ouganda :

A – comme « abstinence »,

B – comme « fidélité » et

C – comme « condom ».

Autrement dit, même si l’ Ouganda , selon les voeux du Pape plaide pour l’abstinence, comme le fit en son temps l’abbé Pierre d’ailleurs, il n’exclut pas le troisième moyen toujours incontournable et indispensable : celui du préservatif. Aujourd’hui la fréquence d’infection dans la population est descendue à  5 %. Le texte du Vatican reconnaît explicitement que le préservatif constitue un  » recours pour ceux qui n’appliquent pas les deux premiers points de la méthode « .

De façon sans doute équivoque, et sans renier sa dénonciation de ce que le Père Lombardi ose appeler  » l’ idéologie du préservatif  » (c’est-à -dire une prévention trop centrée sur le condom et pas assez sur l’abstinence ou pas du tout) ce texte romain corrige pourtant, bien entendu sans l’avouer explicitement, la prose pontificale soutenant que le préservatif aggravait le sida. C’est une façon très ecclésiastique et très romaine de se dédire en partie, sans se renier sur le fond, d’esquisser une correction de trajectoire tout en prétendant enseigner toujours la même et avoir toujours eu raison.

Mais les croisés d’un nouvel ordre moral n’ont cure de ces subtilités. Ils ont trouvé en la personne de Mgr Fort le porte drapeau de leur désinformation sur le préservatif au nom d’une certaine conception de la vérité catholique sur l’abstinence et la fidélité pour éradiquer la pandémie du SIDA.

Le prix Nobel de médecine 2008 contre le pape

Le docteur Françoise Barré-Snoussi (Prix Nobel de Médecine 2008) demande au pape de revenir sur ses propos

En France des personnalités très au fait de la question du Sida viennent d’intervenir avec beaucoup de vigueur auprès du Pape pour lui demander de revenir sur ses propos, lesquels propos peuvent avoir de très graves conséquences.

Parmi elles, le Prix Nobel de Médecine 2008 , Françoise Barré-Sinoussi. Pour ces spécialiste, on ne saurait plus qualifiés en la matière, les propos du Pape sont faux et complètement réfutés par les résultats unanimes de 25 ans de recherche scientifique. La position bénédictine est d’ailleurs  » dangereuse pour l’humanité « .

Ces personnalités prient instamment le Pape de faire machine arrière, pour éviter des conséquences criminelles vraiment tragiques.  » Il est encore temps de revenir sur vos propos « .

L’importance de cette réaction ne tient pas seulement à  l’autorité du Prix Nobel signataire mais des arguments rigoureux et imparables : «  Le préservatif est une barrière imperméable aux agents infectieux sexuellement transmissibles. Les normes internationales de fabrication de cet outil de prévention lui assurent la plus grande efficacité.L’analyse globale de près de 140 articles scientifiques consacrés au suivi de couples o๠l’un des deux partenaires est séropositif démontre de manière irréfutable que l’utilisation régulière du préservatif permet de réduire d’au moins 90 % le risque de transmission du VIH, mais également d’autres maladies sexuellement transmissibles.Ces recherches montrent aussi que l’utilisation du préservatif et les campagnes de prévention et d’éducation sexuelle ont été, et restent, le principal frein à  l’extension de l’épidémie dans le monde entier, y compris en Afrique ou en Asie. Au Brésil, la politique de promotion et de distribution de préservatifs dans la population générale a par exemple fortement contribué au contrôle de l’épidémie « .

Jésus répond dans sa chair

Il est parfois des rencontres manquées ou reportées comme celle des Grecs avec Jésus après son entrée triomphale à  Jérusalem.

Ils voulaient le voir et ne le pourront pas mais le discours de Jésus est comme une réponse à  leur désir car « l’heure est venue » de croire en la glorification du Fils qui a déjà  commencé mais qui n’est pas encore achevée (v 28). Pour Jean, en effet, la manifestation de la Gloire de Dieu coïncide avec l’élévation du Fils sur la croix qui attire à  lui toute l’humanité
(v 32). C’est cette coïncidence des opposés, pour parler comme Nicolas de Cues, qu’il nous est donné de contempler juste avant de vivre la Grande Semaine de la passion et de la résurrection.

La philosophie héritée des Grecs nous confronte à  la réalité de la mort qui demeure un scandale pour la raison et la parabole du grain de blé qui meurt pour porter du fruit serait insatisfaisante si Dieu lui-même, par son Fils, ne prenait le même chemin. Pourquoi donc faut-il mourir pour vivre en vérité ? Jésus ne s’occupe pas de cette question méta-physique qui suppose un arrière monde o๠siègerait une vérité.

C’est dans sa chair qu’il répond en devenant «esclave» (évangile du Jeudi Saint) et en nous invitant à  le servir (v 26) comme un ami partage la vie de celui qu’il aime (15, 14-15). S’il faut perdre sa vie pour la garder, c’est donc pour ressembler au Fils et par lui, au Père. Cet itinéraire est pour le moins bouleversant (v 27) et la voix venue du ciel est la bienvenue pour nous le confirmer. Jean qui n’a repris ni l’épisode de la Transfiguration ni celui de l’Agonie les mêle ici tout en précisant bien que la « voix » s’est fait entendre pour les disciples. Le trouble de Jésus ne le fait pas douter sur sa mission ; nous risquons, quant à  nous, de défaillir face à  la difficulté de la passion, à  moins que nous ne soyons pris de ve tige devant la promesse d’être là  o๠Jésus est, honoré par le Père (v 26).

Le second verbe « être » est au futur comme pour indiquer le chemin qui reste à  parcourir en suivant le Fils, le premier est au présent comme si Jésus était déjà  arrivé. O๠est-il donc que nous puissions encore être (Cf. 7, 34) ? Sans doute dans la « vie éternelle » (v 25), qui n’est ni un temps spécial, ni un lieu hors monde, mais l’attitude filiale de don de soi dans la confiance au Père.

Or Jésus vit depuis toujours cette relation dont la croix ne sera que la manifestation la plus aigà¼e. C’est « maintenant », c’est-à -dire encore aujourd’hui, que « le prince de ce monde » est vaincu et que Jésus rassemble tous ses frères et sours, fils et filles de son Père. Reste à  entendre que la vie éternelle n’est possédée qu’à  se déposséder ; reste à  voir que la Gloire de Dieu n’est jamais autant visible que sur la Croix ; reste à  suivre le Fils pour être avec lui¦ Qu’attendons-nous ? Ne ressemblons-nous pas à  ces Grecs qui veulent
« voir » Jésus mais qui sont invités à  « croire » ? C’est le chemin de béatitude que le Ressuscité nous révèle grâce à  Thomas (20, 29) ! Sans doute parce que, pour le voir là  o๠il est, il faut lui faire confiance. Pour porter du fruit en abondance (v 24) !