«Contre, tout contre» !

Contre, tout contre ». On sait que Sacha Guitry évoquait ainsi son rapport à  la gente féminine. Ce mot lapidaire pourrait aussi sans doute exprimer l’attitude du Saint-Siège à  l’endroit de l’homosexualité. Il n’est un secret pour personne au Vatican que l’homosexualité est un art de vivre largement partagé. Comme pour se protéger d’une part de soi-même en une sorte de mensonge qu’une culture de l’authenticité, comme la nôtre, ne pourra taxer que d’hypocrisie, des hommes condamnent une conduite qu’ils sont pourtant obligés de tolérer, et souvent d’accepter pour eux-mêmes.

Les différentes revendications des militants homosexuels peuvent être discutées, et on n’est pas obligé de privilégier l’option d’une affirmation forte de la communauté homosexeuelle comme telle. Néanmoins, même ceux qui sont les moins enclins à  donner à  la gaytitude pignon sur rue dans la société, ne peuvent s’empêcher de trouver intolérable cet acharnement du Vatican contre des personnes homosexuelles.

En effet, le Saint-Siège a fait bloc le 18 février dernier avec le groupe des pays africains et celui des pays musulmans “ dont l’Iran et l’Indonésie “ contre la reconnaissance de l’homosexualité. Rome s’est opposée à  la mention du concept d’orientation sexuelle dans le cadre d’un projet de déclaration internationale en vue de la conférence dite « Durban II » qui doit se dérouler à  Genève du 20 au 24 avril 2009.

Précisons que cette attitude s’inscrit dans le prolongement du refus par le même Saint-Siège, en décembre dernier, de dépénaliser l’homosexualité, proposition faite par la Secrétaire d’Etat française aux Droits de l’Homme, Rama Yade. Dans cette affaire, le Vatican renoue avec la stratégie qu’il avait mise en oeuvre lors de la Conférence du Caire de 1994 qui traitait de la question des femmes et de la planification familiale.

En se rangeant délibérément du côté de ceux qui persécutent les homosexuels, le pape Benoît XVI a franchi une fois encore la ligne rouge. A un mois de la fête de Pâques, c’est le message d’amour et de tolérance qu’un vieillard mitré, qui s’est coupé du corps vivant de l’Eglise en marche, vient à  nouveau de renier.

La nouvelle Fatwa du pape

Pays africains, pays musulmans et Saint-Siège ont fait bloc le 18 février dernier à  l’ONU contre la reconnaissance de l’homosexualité, en s’opposant catégoriquement à  la mention du concept d’orientation sexuelle dans un projet de déclaration internationale en cours d’élaboration. Emmenés par le Saint-Siège, l’Afrique du Sud, les pays du groupe africain, les pays musulmans dont l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Indonésie se sont vigoureusement opposés à  ce que ce texte, qui doit être adopté en avril à  la conférence de Genève sur le racisme (dite «Durban II»), mentionne ce concept.

L’homosexualité est considérée comme un délit dans de nombreux pays africains et musulmans. Les pays occidentaux, dont les Etats-Unis, et les pays latino-américains sont montés au créneau pour défendre la mention de l’orientation sexuelle dans le texte. Dans son état actuel, le projet de déclaration propose de « condamner toutes les formes de discrimination et toutes les autres formes de violations fondées sur l’orientation sexuelle ».
L’Egypte et le Nigeria ont notamment argué du fait que la conférence ne pouvait pas « internationaliser un concept qui n’a pas été agréé dans les instances (onusiennes, ndlr) concernées, que ce soit l’Assemblée générale ou le Conseil des droits de l’homme ». Les Pays-Bas ont répliqué en estimant précisément que les « défis croissants » créés par la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle « n’avaient pas reçu une reconnaissance internationale suffisante ».

Faute d’un accord, les discussions ont été renvoyées à  une date ultérieure, comme l’ont été jusque-là  les différents thèmes qui ont fait débat. En cours d’élaboration depuis plusieurs mois, un contre projet de texte oppose notamment pays islamiques et européens sur le thème de la diffamation des religions, un concept récusé par les Occidentaux. Précisons que la Conférence dite « Durban II » sur le racisme doit se dérouler du 20 au 24 avril au Palais des Nations à  Genève. A cette occasion seront débattus les textes actuellement en souffrance dont celui sur l’homosexualité. Rappelons qu’en décembre dernier, 66 pays membres de l’ONU, des cinq continents, ont signé un appel à  la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Cette initiative a été notamment suggérée par Rama Yade, secrétaire d’état française aux droits de l’homme. Or, l’Assemblée compte 192 Etats membres; seul un tiers des pays approuve donc cet appel.

Cette déclaration politique, qui n’engage que ses signataires, n’a pas un caractère contraignant mais place la question des droits des homosexuels, à  l’ordre du jour de l’Assemblée de l’ONU. Parmi les 66 signataires figurent en particulier tous les pays de l’Union européenne, le Brésil, Israà«l et le Japon. Mais ni la Chine, ni les Etats-Unis de George Bush, ni la Russie n’y ont adhéré.
Cet appel historique réaffirme « le principe de non-discrimination qui exige que les droits de l’homme s’appliquent de la même manière à  chaque être humain, indépendamment de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre ». Les 66 signataires « condamnent les violations des droits de l’homme fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, o๠qu’elles soient commises ».
Ils dénoncent en particulier « le recours à  la peine de mort sur ce fondement, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, la pratique de la torture et autres traitements ou peines cruels, inhumains et dégradants, l’arrestation ou la détention arbitraire et la privation des droits économiques, sociaux et culturels, notamment le droit à  la santé ». Après lecture de cet appel, le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, Maxime Verhagen, et Mme Yade avaient coprésidé une réunion de haut niveau afin de promouvoir cette déclaration : « En ce XXIe siècle, comment accepter que des personnes soient pourchassées, emprisonnées, torturées et exécutées en raison de leur orientation sexuelle? », a lancé en particulier Rama Yade.
La secrétaire d’Etat française avait cependant reconnu que la tâche était « difficile », ayant pu constater, lors de la campagne pour l’adoption du texte, que celui-ci s’était « parfois heurté à  l’incompréhension, voire à  l’hostilité ouverte et au procès en sorcellerie ». Elle n’avait pu s’empêcher d’ajouter : « Les bà»chers de l’intolérance sont partout et de toujours ». Il faut savoir en effet que l’homosexualité (ou du moins sa pratique) est encore interdite et donc pénalisée dans 77 pays, avec des degrés divers de sévérité. La peine capitale est prévue dans 7 pays (Arabie Saoudite, à‰mirats Arabes Unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Soudan, Yémen).

Le Vatican refuse la dépénalisation de l’homosexualité

On l’aura deviné, lors de la préparation de cette déclaration, plusieurs pays arabes et le Vatican ont manifesté leur hostilité au texte. Pour ce dernier, la déclaration répond à  l’objectif légitime de bannir la répression de l’homosexualité. Mais en condamnant les « discriminations » et « préjugés » concernant les homosexuels, il risque à  ses yeux de favoriser le mariage gay, l’adoption par des couples du même sexe ou la procréation assistée pour les homosexuels.

Très gênés cependant aux entournures, le représentant du Saint-Siège auprès de l’ONU, Mgr Celestino Migliore ainsi que le porte-parole de la Salle de presse ont insisté sur la volonté du Vatican,, malgré son refus de rejoindre cet appel, de combattre toute violence à  l’endroit des personnes homosexuelles. Le Saint-Siège estime en outre que « l’homosexualité ne relève pas d’une sanction pénale de justice civile, appartenant à  la sphère privée sexuelle ». Pour autant, le Saint-siège semble passer sous silence les ravages parfois très graves au plan moral et psychologique d’une homosexualité qui, intériorisée par les intéressés, s’avère auto destructrice. Les positions intolérantes, sectaires et agressives des autorités catholiques ne sont pas sans causer de nombreux effets auprès de nombreuses consciences.

On le sait, l’acceptation par une personne de sa propre homosexualité est souvent difficile, surtout lorsque toute avancée est empêchée par des a priori et des messages de condamnation et de haine. L’homophobie récurrente et dont fait preuve de façon répétée et de plus en plus soulignée le Vatican n’est pas pour rien dans les destinées tragiques de lesbiennes ou de gays ne s’assumant pas, et en venant parfois au suicide, en particulier à  l’adolescence.

Sacerdoce : discrimination à  l’embauche

Sur le conseil notamment d’un Tony Anatrella, qui ne semble pas vraiment indiqué pour tenir un tel discours, et d’un prêtre américain ultraconservateur de la congrégation des évêques, Mgr Andrew Baker, le Vatican a d’ailleurs choisi de fermer les portes de la prêtrise aux garçons présentant une tendance homosexuelle présente et foncière. Cette discrimination est odieuse, outre le fait que la suivre reviendrait à  vider certains séminaires. Comme pour durcir encore le ton, Rome envisage de faire appel à  des psychologues pour sonder l’orientation sexuelle des candidats au sacerdoce. Jusqu’o๠ira-t-on?
La décision du Saint-Siège de ne pas approuver la déclaration proposée à  l’ONU par la France sur la dépénalisation de l’homosexualité a suscité un émoi très vif un peu partout. Idem avec celle concernant son refus du concept d’orientation sexuelle. En considération de la prégnance de l’homophobie dans le monde et des violences odieuses que doivent souvent subir les personnes homosexuelles, à  commencer hélas par la peine de mort. En outre, le Vatican semble renouer avec sa stratégie, lors de la conférence du Caire de 1994 sur les femmes, de faire front contre les avancées sociétales quitte à  s’allier avec des partenaires bien peu recommandables, par exemple sous régime islamique. Le discrédit qu’une telle attitude devrait éveiller, déjà  bien entamé,
ne sera pas mince en Europe et en Amérique.

Namur : un Dieu d’épicerie…

Soucieux d’une revalorisation esthétique de la liturgie, le pape Ratzinger se préoccupe aussi de réhabiliter certaines démarches de piété, pourtant très suspectes.

Il en va ainsi des indulgences, dont on sait que leur prédication, il est vrai très mercantile, par le dominicain Tetzel, fut directement la cause de la révolte de Martin Luther. Les indulgences, qui peuvent être plénières (totales) ou partielles, consistent en la remise des peines temporelles dues au péché, quantifiées de façon assez déroutante et improbable, comme au cours d’une opération commerciale. Hors de Rome, cependant, cette pratique douteuse n’a guère cours. Une exception au moins à  ce peu d’enthousiasme pour les indulgences doit être relevée. Dans le diocèse de Namur, Mgr André-Mutien Léonard, qu’il n’est plus besoin de présenter tant son caractère est entier et ses positions conservatrices, proposait aux fidèles, à  l’occasion de la fête de la conversion de saint Paul, de se rendre à  la cathédrale ou à  défaut dans une église décanale (siège d’un doyenné) le jour du 25 janvier, précisément pour y bénéficier de l’indulgence plénière. En effet, le pape Benoît XVI a accordé la faculté aux évêques de concéder largement l’indulgence plénière dans leur diocèse. Beaucoup d’évêques n’en demandaient d’ailleurs pas tant. Des chrétiens belges ont protesté vivement en raison du caractère anti-oecuménique d’une telle initiative mais d’autre part à  cause de image sous-jacente d’un Dieu d »épicerie » qui pèse et soupèse. Un Dieu qui monnaye parcimonieusement ses grâces et n’a pas grand chose à  voir avec le Père miséricordieux de l’Evangile, rétribuant également les ouvriers de la première heure et ceux de la dernière.

Que vaut l’épiscopat de la «bande des quatre» réintégristes ?

La presse s’intéresse surtout à  l’aspect anecdotique et au fait, à  l’évidence très scandaleux, d’une levée des sanctions sans contre-partie, considérablement aggravée par les propos négationnistes honteux de Mgr Williamson sans finalement se poser deux questions, pourtant incontournables :

Pourquoi Benoît XVI craint-il tant une rupture irréversible du côté intégriste? Que « vaut » cet épiscopat des quatre anciens prélats excommuniés? Ces deux questions s’avèrent étroitement liées l’une avec l’autre.
Benoît XVI, nous l’avons dit et répété, espère que sa stratégie de restauration ecclésiale puisse aboutir. Pour cela, un renfort de troupes est toujours bienvenu. Il est certain aussi que, soucieux de la communion de l’Eglise, le Pape ne peut en général que souhaiter et favoriser une réconciliation. Néanmoins, à  ces motivations « positives », s’ajoute sans aucun doute une crainte de voir se constituer un schisme dans le schisme. Crainte qui ne se fonde pas tant sur l’éventualité de perdre un nombre moyennement important de fidèles mais plutôt sur la probabilité que Mgr Williamson ordonne d’autres évêques, peut-être nombreux, créant ainsi une véritable église dissidente.
Mgr Marcel Lefebvre, très rusé en l’occurrence, savait ce qu’il faisait : en ordonnant quatre évêques, il exerçait une pression très forte sur Rome. Sans évêque à  sa suite, Mgr Lefebvre craignait que son mouvement ne puisse se perpétuer, déjà  parce qu’il ne pourrait plus compter sur de nouvelles ordinations de prêtres! Au-delà  cependant de cette question de survie sacramentelle, l’archevêque dissident était bien conscient du chantage latent et tacite qu’exercerait par son existence même la fraternité dotée – l’un ou l’autre peut toujours mourir inopinément – de quatre évêques relativement jeunes et avec une espérance de vie assez longue. Ce chantage non explicite mais néanmoins efficace est bien celui de l’ordination, par l’un ou plusieurs des quatre, de nouveaux évêques formant ainsi une nouvelle filiation ecclésiale. C’est une telle perspective que Rome craint par dessus-tout. Non seulement du côté des Lefebvristes d’ailleurs, mais également de celui de Mgr Milingo, prélat africain ayant convolé en justes (?) noces du côté de chez
Moon (!) et qui entend former une église promouvant la sensibilité africaine et enfin libérée de la règle, il est vrai inhumaine, du célibat ecclésiastique. […] lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°69

Autriche : Mgr Wagner prend la fuite !

C’est un petit évènement dans la vie de l’Eglise. Mgr Gerhard Wagner, nommé il y a quinze jours à  peine à  la charge d’évêque auxiliaire de Linz (cf. Golias Hebdo n°68) vient de renoncer à  cette charge suite au tollé suscité. Il faut dire que cet ecclésiastique très conservateur de 54 ans s’était fait connaître par des déclarations ahurissantes. La résistance du peuple de Dieu l’a fait reculer.

Gerhard Wagner s’était fait remarquer en traitant Harry Potter de satanique et en voyant une « punition de Dieu » dans la destruction de La Nouvelle-Orléans par l’ ouragan Katrina en 2005.

Interviewé suite à  sa nomination, loin de donner des gages d’ouvertures, il a affirmé que les homosexuels étaient des malades qu’il était possible de guérir (reprenant il est vrai ce qu’avait déjà  dit en ce sens Mgr Elmar Fischer, évêque conservateur de Feldkirch ).

Les critiques sont d’abord venues du clergé de Linz , très hostile à  cette nomination. Les doyens du diocèse ont refusé, par une majorité de 31 voix, contre 4 la nomination du P. Wagner.

Des laïcs aussi ont fait entendre leur désaccord. Certains se seraient renseignés auprès des protestants pour se convertir. L’association de laïcs Wir sind Kirche («Nous sommes l’à‰glise ») appelait de son côté à  un boycott de l’impôt ecclésiastique. Hans Peter Hurka, son président, se déclare heureux du retrait de l’abbé Wagner, mais estime que la crise n’est pas pour autant résolue, car c’est l’ensemble d’une politique ecclésiale qui est en question.

Pour l’instant, le Vatican n’a pas précisé quelle était sa réaction face à  cette démission avant même l’ordination épiscopale. Il est même possible que Rome ne réagisse pas du tout, façon de respecter le choix de Mgr Wagner de ne pas assumer la mission épiscopale sans pour autant donner l’impression de reculer en face d’une pression venant de la base. L’auxiliaire de Linz à  peine nommé et déjà  déconfit invoque « la résistance souvent très rude et insensible » qu’il a rencontrée depuis que sa nomination est connue.

Il faut savoir que dans le diocèse de Linz les catholiques d’ouverture et de progrès, dans la ligne du mouvement wir sind die Kirche sont nombreux et déterminés.

Il est d’ailleurs assez probable que Rome ait choisi Gerhard Wagner pour combattre cette tendance ecclésiale. D’autre part, le presbyterium de Linz dans son immense majorité reste marqué par l’esprit conciliaire hérité en bonne part d’un grand évêque, Mgr Franz Zauner.

L’actuel pasteur du diocèse, Mgr Ludwig Schwarz, est un salésien de 69 ans qui passe pour un modéré. « Ce diocèse présente une vie religieuse vivante, diversifiée et très intense« , rappelle Erich Leitenberger, directeur du bureau de communication sociale et porte-parole de l’archevêché de Vienne. « Il est maintenant urgent d’établir le dialogue. » [lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°69]

Les aides à  l’automobile prolongeront la crise

« L’automobile, secteur privilégié du plan de relance de Bruxelles » (Les Echos, 25 novembre 2008), « Londres soutient sa filière auto », (Les Echos, 28 janvier 2009), « La France vient au secours de son secteur automobile » (La Croix, 10 février 2009), « L’automobile reçoit 6,5 milliards d’euros de l’Etat français » (Le Monde, 10 février 2009), « Le sauvetage de l’automobile américaine coà»terait près de 40 milliards de dollars » (Les Echos, 19 février 2009). Voilà  des titres journalistiques auxquels vous n’avez pas échappé ! Bref, défendre l’automobile, c’est défendre l’emploi, c’est sauver notre mode de vie. Le président Jacques Chirac ne disait-il pas : « L’automobile, c’est la liberté ! ».

Les subventions massives que les Etats-Unis et l’Europe s’apprêtent à  octroyer au secteur automobile en difficulté ne garantissent ni l’emploi, ni l’amélioration du mode de vie et serviront surtout à  prolonger la crise systémique dans laquelle nous sommes.

Après la Première Guerre mondiale, l’expansion de l’industrie automobile a lancé le modèle de la grande industrie des biens de consommation avec l’organisation taylorienne du travail : un salariat doté de revenus monétaires élevés qui a favorisé l’éclatement des villes et le mitage des territoires grâce à  l’utilisation d’un mode de transport lié à  la disponibilité d’une source d’énergie bon marché : le pétrole.

Depuis les années 1970, qui veut s’informer sait que nous sommes entrés dans une société post-industrielle, au sens o๠les services deviennent la principale production qui pénètre toutes les activités de transformation, quelle que soit l’origine des matières et des produits. Il sait aussi que le régime dit fordien, nommé ainsi en référence au créateur d’une firme automobile emblématique, faisait du versement de hauts salaires un soutien à  la demande globale et donc à  l’expansion économique.

Ce temps des politiques de soutien à  la demande globale par les hauts salaires industriels n’est plus. De généreuses subventions à  l’automobile ne résoudront pas les problèmes d’emploi. La production de l’automobile doit entrer en décroissance, car elle ne répond plus à  un besoin de transport et ne remplit plus les services qu’elle devrait satisfaire. Notamment à  cause du prix du pétrole qui constitue un cas d’école o๠le marché ne permet pas de définir le juste prix. [lire l’intégralité de l’article dans Golias hebdo n°69]

Hugues Puel

Outre-mer : avis de tempête force 4

En turbulence depuis le début de l’année, les anciennes terres marquées par l’esclavage, Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion, manifestent contre l’injustice sociale et ne réclament en fait rien d’autre que l’application du droit français. Le mouvement pourrait encore s’amplifier face à  un Etat accroché à  ses pratiques coloniales

Plages de rêves, cocotiers frissonnants sous les alizés, bleu profond de la mer des Caraïbes ou de l’Océan Indien… Ces destinations lointaines ne seraient-elles rien d’autre qu’une agréable destination de vacances ? Image idyllique largement contredite par l’actualité. Faut-il s’en étonner, lorsque le taux de chômage est trois fois plus élevé que celui de la métropole, avec un record de 24,5 % à  la Réunion, et que les sans-diplôme sont 60 % en Guyane (contre œseulement 38 % à  La Réunion). Grève, 100 000 manifestants en Guadeloupe, 20 000 à  la Martinique contre les bas salaires, le chômage, l’avenir incertain… Des couches sociales peu habituées à  se faire entendre joignent leur voix pour exiger une augmentation de 200 euros nets pour les petits salaire. Les 49 organisations syndicales, politiques et culturelles de Guadeloupe qui composent le collectif Liyannaj Kont’Pwofitasyon, (œCollectif contre l’exploitation en langage antillais), s’appuient sur des réalités objectives. Les législations relatives à  l’outre-mer, par exemple, obéissent à  la même logique : défiscalisation et exonérations des cotisations sociales patronales. Une bonne façon d’attirer des entreprenneurs qui s’enrichissent avant d’aller sévir sous d’autres cieux en licenciant les salariés.

œNous ferons respecter l’Etat de droit si besoin est, avec fermeté mais sans brutalité, annonçait le secrétaire d’Etat à  l’Outre-Mer Yves Jégo le 15 février dernier. Paroles qui ont été perçues comme une véritable provocation. L’histoire récente témoigne en effet du peu de considération dont jouit la population de cette France d’outre-mer. Rien que pour la Guadeloupe, l’Etat tire sur la foule en 1910 et 1925, et à  nouveau en 1952 sur des paysans et ouvriers de l’industrie sucrière qui manifestaient contre la vie chère. En 1967 à  Pointe-à -Pitre, la police ouvre le feu sur des ouvriers du bâtiment en grève, version officielle 7 morts… six ans après le massacre des Algériens à  Paris (17 octobre 1961). Le rapprochement ne manque pas d’intérêt, surtout si on prend en compte les 17 Airbus qui débarquaient début janvier 2009 près de 4000 militaires/gendarmes/CRS, des chars d’assauts, des munitions, des cercueils en plastique, des vivres… à  toutes fins utiles. Prudent, le chef de l’Etat a annoncé quelque réformes sur les prix des denrées de première nécessité, l’allocation logement, et comme on ne se refait pas une œexonération de toutes les charges patronales et salariales pour les augmentations de salaires décidées par les entreprises. Le tout assorti d’une grande consultation et d’un nouveau modèle d’organisation institutionnelle qui se fera œDOM par DOM – ce qui en amoindri singulièrement la portée.

Les nouveaux habits de l’esclavage

Faillite de l’Etat, du libéralisme, de la gestion des collectivités locales… Les sursalaires de 40 % octroyés aux fonctionnaires n’arrangent pas les choses, et un autre aspect de plus en plus insupportable est à  prendre en compte : celui des rapports de domination hérités d’un autre âge exercés par les Békés, terme qui désigne en Martinique ce qu’on appelle en Guadeloupe les œBlancs créoles. Antillais descendant des premiers colons, ils font encore partie de la classe dirigeante, accaparent 53 % des terres cultivables et règnent en maîtres dans le secteur industriel, le commerce, l’import et la grande distribution. Ils sont accusés de faire flamber les prix pour accumuler toujours plus de profit. Colère attisée par un récent documentaire sur Canal + o๠l’entrepreneur béké Alain Huyghes Despointes exaltait œla préservation de la race et regrettait que les historiens ne se penchent que sur les œcôtés négatifs de l’esclavage. Celui-ci fait l’objet d’une informatioon judiciaire pour œapologie de crime contre l’humanité et incitation à  la haine raciale. Rappelons au passage que lesdits Békés, loin d’être insensibles aux charmes des jolies dames à  la peau sombre, ont bien participé au métissage. Jusqu’à  présent, une épouse blanche et une maîtresse qui l’est moins est chose courante (cette dernière ayant tout intérêt à  utiliser des moyens contraceptifs). Il existe bien des œpetits blancs qui continuent à  vivre dans une stricte endogamie, mais qui connaissent de nombreuses dégénérescences. Des Antilles, le mouvement a gagné la Guyane toute proche, entre Surinam et Brésil, et dont Cayenne, la capitale, évoque le discrédit attaché à  l’ancienne terre de déportation. Ce tsunami social touche la Réunion au sud-ouest de l’océan Indien(cf. ci-contre), le pays plus peuplé avec 750 000 habitants. On connaît son Piton des neiges, magnifique randonnée, mais beaucoup moins les ravages du chômage, de la crise du logement et de l’illettrisme. La République abolissait l’esclavage en 1848… mais poursuivait l’aventure coloniale dont l’empreinte ne s’est pas effacée, creusée aujourd’hui par la mondialisation. L’effet Guadeloupe s˜est fait sentir jusqu’à  Paris, mais il faudra autre chose que des bonnes paroles et quelques ajustements pour en finir avec une politique de répression et de mépris.

Eva Lacoste

Si seulement c’était vrai !

L’image est belle et magnanime : le Créateur de l’Univers renonce à  anéantir l’humanité pécheresse, fait « alliance » avec elle et, à  titre de gage, dépose son arc guerrier dans les nuages¦ Plus de déluge généralisé : au vu de « l’arc en
ciel » le Seigneur renoncera pour toujours désormais à  une nouvelle destruction de la race humaine.

La réalité nous paraît moins évidente¦ Sommes-nous d’ailleurs assurés que notre planète ne sera pas percutée par une autre terre, sujet d’un cataclysme que les hommes n’auront pu éviter ou qu’ils auront provoqué ? L’auteur biblique est de son temps, il connaît les versions de déluges, alors en usage. Aux disputes de divinités se jalousant l’une l’autre, tour à  tour se servant ou se jouant de l’homme et des animaux, il oppose le Dieu Unique. Il le dit proche des hommes, mais ceux-ci n’en ont cure et s’entretuent, toujours plus mauvais.

A quoi bon dès lors, maintenir en vie cette création. Un homme fait exception. Avec lui le Seigneur décide de recommencer. Il provoque le déluge planétaire tel que recensé par la mémoire collective mésopotamienne. Le rescapé remercie Dieu qui s’engage à  ne plus jamais maudire la terre à  cause de l’homme. L’homme est à  nouveau béni, libre, maître de toute la création, avec pour commandement le respect du semblable et de l’identité de chacune des autres créatures.

Plus de déluge ! La fin du monde est cependant « donnée » de la foi chrétienne. La vérité du déluge est avant tout celle d’un Dieu soucieux de tous les êtres vivants, prêt à  revenir de sa colère, décidé à  donner aux hommes toutes leurs chances en liberté. Les forces de la Création peuvent se déchaîner, elles restent sous la dépendance d’un Dieu Sauveur. L’homme est mauvais depuis son enfance, le fait est là , établi, mais qu’il se reprenne et tout redevient possible :
« Repentez-vous et croyez à  la Bonne Nouvelle. » Pour l’homme aussi, la vie triomphe de la mort.

Jean Doussal

Faux jumeaux 7 / 7

Résumé des épisodes précédents
Devant la stérilité de Jean-Marie, son époux, Marion a eu une brève relation avec François, un prêtre ami et chargé d’aider les jeunes ménages en difficulté. Le soir même, son mari lui révèle qu’il n’est plus stérile. Naissent deux faux jumeaux : Emeline et Kévin qui porte un angiome sur la fesse. Des années plus tard, Jean-Marie découvre que Kévin est le fils de François mais ce dernier qui n’avait jamais été mis au courant de sa paternité envisage de quitter les ordres. Il en est dissuadé par son confesseur qui, pour sa pénitence, lui enjoint de ne plus jamais revoir ni Kévin, ni ses parents.

EPILOGUE

Au cours de sa quinzième année, Kevin, un matin, se réveille mal fichu. Pour faire plaisir à  sa mère, il prend sa température : 39,5° ! Hors de question d’aller au lycée.

Le médecin, aussitôt alerté, recommande une hospitalisation urgente afin de procéder à  différentes analyses.

Le surlendemain, le verdict anéantit la famille, principalement Emeline qui fond en larmes : son frère jumeau est victime d’une néphropathie aiguà« qui a sérieusement endommagé un rein dont l’état nécessite le recours à  des dialyses astreignantes et peut-être, ultérieurement, à  une greffe.

Ses parents et sa jumelle se portent aussitôt volontaires pour lui donner un rein. Malheureusement, leur groupe sanguin se révèlera incompatible avec celui de Kevin.

Les visites bihebdomadaires à  la clinique perturbent ses études. Il devient urgent de trouver un greffon avant l’année du bac. Le chirurgien inscrit Kevin sur une liste d’attente.

Jean-Marie, par amour pour l’adolescent qu’il a élevé et aimé comme son propre fils, fait abstraction de ses amers souvenirs pour proposer à  Marion, qui en est bouleversée, de mettre François au courant de la situation et de lui demander son aide. Ce dernier, au téléphone, ne parvient pas à  cacher son émotion ; il balbutie pour remercier son interlocuteur de lui offrir la chance de se racheter. Il espère de tout coeur avoir le bon groupe sanguin. Tous deux conviennent d’entourer l’intervention d’une totale discrétion : Kevin ne devra jamais connaître l’identité de son sauveur.

Les retrouvailles entre François et ses anciens amis étaient appréhendées de part et d’autre. Jean-Marie et Marion attendaient François à  la descente de l’autocar. Le premier lui serra la main sans prononcer un mot, la seconde l’embrassa tout en le remerciant d’être venu.

Quelques jours après la double opération, la tentation est trop forte pour François. Il demande aux parents la permission de regarder son fils à  travers la porte vitrée de sa chambre.

Muet, la gorge serrée, les yeux noyés, il reste de longues minutes à  contempler ce regard qui lui rappelle un peu le sien. Comment le dire ? Il est victime d’une souffrance joyeuse ou d’une joie douloureuse. Comment peut-il se repentir d’une faute qui a engendré un si beau gosse, sauvé grâce à  lui ? Comment résister à  la tentation de franchir la porte, sous un faux prétexte, d’inventer n’importe quoi pour embrasser et bénir ce visage apaisé ?

L’arrivée des parents met un terme à  ses états d’âme. Marion l’embrasse comme un frère, Jean-Marie lui serre chaleureusement la main. Il disparaît, l’âme meurtrie de ne pas pouvoir témoigner de son affection à  cet enfant, son fruit défendu, qui ne le connaîtra jamais.

Incapable de continuer son ministère, François s’est réfugié dans un monastère o๠il est décédé quelques années après. Dans une lettre déposée sur la table de nuit de sa cellule, il demande à  ses anciens amis de prier pour lui qui ne cesse de penser à  Kevin.

« La vérité cachée sur la Terre est-elle révélée au Paradis ? Kevin, après sa mort, connaîtra-t-il son père biologique ? L’aimera-t-il ?
– Comment le savoir ? Les êtres humains n’ont plus de visage dans l’au-delà  !
– Pas si sà»r ! Lors de la Transfiguration, Jésus semble avoir identifié Moïse et Elie avec lesquels il a dialogué !

Alors, pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant avec les membres de notre famille et nos amis ? »

FIN

Perquisition à  Emmaà¼s : l’indignation de l’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier

L’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier, vient d’exprimer son indignation suite à  la perquisition qui a eu lieu le 17 février dernier dans les locaux Emmaà¼s à  Marseille après l’interpellation d’un sans-papier accueilli par la communauté. La lettre de Mgr Georges Pontier, que nous publions dans son intégralité, est sans ambiguïté concernant son attitude très critique vis-à -vis de la politique du gouvernement envers les sans-papiers (voir sa lettre ci-après). Nous publions dans le même temps la position d’Emmaà¼s qui permet de situer les faits dans leur contexte.

L’interpellation le 16 février 2009 d’un sans-papier accueilli par la communauté de Marseille Pointe-Rouge s’est transformée le 17 février 2009, en opération policière dans cette communauté. Ainsi, sur décision du parquet de Marseille une perquisition a eu lieu dans la dite communauté Emmaà¼s aux fins de recenser la présence d’éventuels compagnons sans papiers. Dans le même cadre, un responsable de la communauté a été mis en garde à  vue.

Emmaà¼s France proteste contre ce qui constitue une grave atteinte au principe de l’accueil inconditionnel qui pourtant avait été solennellement rappelé par le Président de la République dans son discours devant le Conseil Economique et Social le 17 octobre 2007.

Depuis 60 ans, Emmaà¼s accueille des personnes en souffrance non pas par charité, mais par solidarité, pour que ces dernières par leur travail et la vie en communauté en devenant compagnon, puissent retrouver leur dignité. Ces personnes sont accueillies sans réserve ni contrôle .Elles viennent simplement chercher un toit et un lieu pour sortir de leur détresse. C’est la mise en application de la devise de notre fondateur : « toi, qui que tu sois, viens m’aider à  en aider d’autre plus malheureux que toi ».

La criminalisation des centres d’accueil comme des communautés Emmaà¼s est inacceptable. Il s’agit de lieux o๠peuvent trouver refuge les personnes les plus démunies, quelle que soit la couleur de leur peau et leur situation administrative. Une telle perquisition est de nature à  fragiliser gravement ces populations démunies.

De même qu’il est intolérable de rechercher des personnes sans papiers dans des hôpitaux, à  proximité des écoles ou des crèches ou dans les centres d’hébergement, de même il est inacceptable que les communautés Emmaà¼s soient l’objet de recherches de ces populations.

Rappelons que les rapports habituellement entretenus entre les communautés Emmaà¼s et les autorités de l’Etat se sont toujours situés sur le terrain du dialogue et du respect. C’est pourquoi nous sommes extrêmement surpris et choqués que ce genre d’opération ait pu avoir lieu.

S’attaquer aux communautés Emmaà¼s c’est s’attaquer aux plus pauvres d’entre nous et nous ne l’accepterons pas. (source : http:/www.emmaus-france.org/accueil/une.php)

La lettre de Mgr Georges Pontier

Georges PONTIER
Archevêque de Marseille

Monsieur Kamel Fassatoui
Communauté Emmaà¼s Pointe-Rouge
110, Traverse Parangon
13008 – Marseille

Cher Monsieur,

J’apprends par le journal et par des amis la perquisition qui a eu lieu le 17 février dernier dans les locaux d’ Emmaà¼s , ainsi que votre garde à  vue suite à  l’arrestation dans la rue d’un de vos compagnons. J’ai lu aussi le communiqué d’ Emmaà¼s France .

Je tiens à  vous exprimer mon indignation, ma pleine solidarité et mes encouragements pour l’oeuvre d’accueil sans préalable que vous réalisez selon la pédagogie d’ Emmaà¼s , en faveur des personnes que la vie a abîmées.

S’agissant des « sans-papiers », comment comprendre et cautionner une politique qui manie la peur de façon si systématique et si ciblée à  l’égard des personnes et à  l’égard maintenant des Associations ? C’est inacceptable.

Veuillez croire, cher Monsieur, à  toute mon estime pour l’oeuvre menée par les Communautés Emmaà¼s ici et ailleurs.