James F. Stafford : le cardinal anti-OBAMA

Le cardinal James F. Stafford, pénitencier apostolique, archevêque émérite de Denver était invité à  Washington pour une intervention à  l’Institut Jean Paul II pour les études sur le mariage et la famille.

Il y a prononcé un discours très virulent pour défendre l’encyclique « Humanae Vitae » dont il défend l’intransigeance. Au sujet du nouveau président américain, Mgr Stafford a eu des paroles odieuses, proprement inqualifiables : Barack Obama est selon lui un être « agressif, perturbateur et apocalyptique » qui a mené une campagne contre la vie. Selon le cardinal « le 4 novembre, l’Amérique a subi un tremblement de terre culturel (…) Si 1968 fut l’année de la « tentative de suicide de l’Amérique, 2008 est celle de son épuisement ». Pour Francis Stafford, « Au cours des quelques années qui viennent, Gethsémani ne sera pas une chose marginale. Nous allons connaître ce jardin ».

La question qui se pose est celle de savoir si ce cardinal parle en son nom propre ou indirectement au nom du Vatican. Dans la deuxième hypothèse cela relève du scandale diplomatique. On ne peut oublier que Mgr Stafford est chef de dicastère, c’est-à -dire l’équivalent mutatis mutandis d’une ministre d’un pays étranger. Il est pour le moins maladroit et indélicat de son part d’exprimer un tel jugement quant à  lui vraiment agressif.

« VIVRE DEMAIN DANS L’ESPRIT DE VATICAN 2 »

INVITATION

2ème réunion « VIVRE DEMAIN DANS L’ESPRIT DE VATICAN 2 »

Suite à  une 1ère réunion du 5 Avril 08, nous vous invitons à  nous retrouver plus nombreux, en transmettant largement cette invitation, en vue de créer un « groupe d’interpellation » de nos évêques, en lien avec d’autres expériences et groupes existants. Ces interpellations porteront sur des problèmes qui nous semblent occultés dans l’Eglise de France à  cause de la restauration par Rome d’une Eglise en recul par rapport à  certaines ouvertures théologiques et institutionnelles du Concile Vatican 2 qui ont porté notre espérance.

Cette réunion aura lieu, comme nous vous l’avons annoncé en Juin :
_______________________________________________________________________
SAMEDI 29 NOVEMBRE 15h “ 18h CENTRE JEAN BOSCO
14 Rue Radisson “ Lyon 5ème (Funiculaire Fourvière )


Le thème de réflexion choisi, qui nous a paru le plus urgent, en vue de la constitution de ce « groupe d’interpellation » est le suivant :

« Quels ministères pour quelle Eglise ? »

En effet, la question du ministère des prêtres,
– leur lien avec les différents types de ministères , et en particulier celui
des laïcs
– leur vocation ,
– leur appel en réponse aux besoins des communautés chrétiennes,
– leur formation,
– leur place dans le sacrement eucharistique,
nous est apparue comme un point de « blocage » actuellement vital pour l’Eglise . Le refus de tout débat sur l’ordination d’hommes mariés et de femmes est au centre de ce blocage. Dans le diocèse de Lyon comme dans la plupart des diocèses de France, le manque de prêtres conduit à  des politiques de nominations très discutables . Or, dans plusieurs pays, des évêques et des prêtres ont demandé fortement et officiellement l’ouverture de ce débat : Allemagne, Brésil, Australie etc¦

Notre réunion sera structurée de la façon suivante :
– 15 h – 16 h 15 : Intervention de :

Jean PEYCELON, théologien, ancien directeur de l’Institut pastoral d’Etudes Religieuses à  l’Université catholique, et curé de paroisse.

Il nous apportera une analyse historique de l’évolution de la pratique des ministères dans l’Eglise, et une analyse des enjeux théologiques de cette question des ministères pour l’Eglise d’aujourd’hui .

– 16 h 15 – 17 h : Questions, débat, échange de témoignages,
– 17h 15 – 18 h : Réflexion et décisions d’organisation pour constituer
et mandater le « groupe d’interpellation », et les rencontres ultérieures, la coordination avec d’autres groupes ou réseaux ¦.

L’intervenant nous demande de lui envoyer toutes les questions que nous nous posons sur les ministères, et le ministère des prêtres en particulier, pour cibler son intervention . N’hésitez pas à  nous envoyer vos questions . Nous les ferons parvenir à  l’intervenant .

Pour tout contact : Dominique VIGNON
10 Allée des cardons
69120 “ Vaulx en Velin

mail : domvignon@aol.com

tél 04 78 80 94 02

La Communauté de base du Surgeon est un groupe de chrétiens qui se réunit depuis plus de 35 ans dans la banlieue lyonnaise et qui regroupe pour des temps de prière, de réflexion et de convivialité, des familles et des personnes vivant un handicap. Ce groupe a donné naissance à  2 communautés de familles à  Vaulx en Velin et St Fons. La plupart de ses membres sont engagés dans des paroisses, des mouvements d’Eglise.

Mgr Vingt-Trois et les femmes : des mots, des rires et… des journalistes

La semaine dernière, Golias Hebdo (n°55) informait ses lecteurs des propos tenus par le cardinal archevêque de Paris concernant le rôle des femmes dans l’Eglise lors de l’émission politique «Face aux chrétiens» de La Croix, RCF et Radio Notre Dame, le jeudi 6 novembre. Nous revenons sur cette affaire en raison des vives et nombreuses réactions suscitées par de tels propos. D’autre part, nous publions ci-après la «lettre ouverte» de deux femmes théologiennes du diocèse de Lyon (voir aussi notre rubrique «Le blog des lecteurs»).

Question de Frédéric Mounier (journaliste à  La Croix ) :  » Un certain nombre d’évêques ont émis le souhait que des femmes puissent lire l’à‰criture, puissent jouer ce que l’on appelle le rôle de lectionnaire (sic*), qu’est ce que vous en dîtes ?  »

Réponse de Mgr Vingt-Trois :  » Les femmes lisent l’à‰criture tant qu’elles le veulent, je ne pense pas que ce soit une question très difficile. Ce qui est plus difficile, du peu que je connais à  travers le diocèse de Tours et le diocèse de Paris c’est que nous avons fait des progrès considérables dans la formation des cadres ecclésiaux. Ce qui est plus difficile c’est d’avoir des femmes qui soient formées, le tout ce n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête.  »

Le comique Jean-Marie Bigard n’aurait pas dit autre chose dans ses sketches. Mgr Vingt-Trois s’est donc cru très intelligent en tenant de tels propos alors qu’il se révèle – tel qu’il est finalement – un personnage peu reluisant. Il est d’ailleurs coutumier du fait. En effet, il y a deux ans, il comparait l’abbé Pierre, critique sur le rigorisme de l’à‰glise catholique en matière de sexualité, à  un pompier pyromane et à  un instituteur pédophile. C’était déjà  plus que limite¦

Aujourd’hui, dans le cadre de cette émission  » Face aux chrétiens « , il cible le rôle des femmes dans l’à‰glise.

On remarquera aussi que ses mots (qui se voulaient – paraît-il – d’esprit !) furent ponctués, en final, d’un rire gras, très gras même ! Un rire partagé et prolongé d’ailleurs par ses comparses-journalistes du moment. La bande son de l’émission que nous avons écoutée avec soin l’atteste et vient renforcer les paroles scandaleuses et blessantes de l’archevêque de Paris. » Des propos ignobles  » nous ont confié plusieurs femmes catholiques en responsabilité dans l’à‰glise.
[…]

Alliance contre nature

C’est bien une alliance « contre-nature » que les courants tradis (non lefebvristes) et les courants charismatiques ont scellée, tacitement au départ, et de plus en plus ouvertement aujourd’hui.

L’ anneau épiscopal obtenu par Mgr Marc Aillet, nouvel évêque de Bayonne , intronisé ce dimanche 30 novembre, présage un combat déterminé contre tout ce que l’à‰glise compte de chrétiens d’ouverture qui n’ont pas encore claqué la porte de l’institution.

D’autant que, dans le même temps, l’on vient d’apprendre la nomination épiscopale pour le diocèse du Mans, d’un prêtre de la communauté charismatique de l’Emmanuel, le Père Yves Le Saux (voir plus loin).

Rappelons que Mgr Marc Aillet est issu de la communauté traditionaliste Saint Martin et qu’il fut, jusqu’à  récemment encore, le vicaire général de Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon , membre de l’Emmanuel¦

D’un point de vue sociologique autant que théologique, ces deux tendances, « chachas » et « tradis » n’ont presque rien qui puissent les unir en positif. En revanche, elles vérifient une semblable posture de fuite du monde, d’enfermement dans un imaginaire décalé et de rejet d’une modernité qui fait peur et qu’il s’avère tentant de diaboliser.
[…]

Sommet du G20 : un Bretton-Woods de pacotille

Comment évaluer les résultats du G 20 qui a eu lieu le 15 novembre dernier à  Washington et dont les médias ont souligné l’importance ? Nous retiendrons comme critère la temporalité des problèmes à  résoudre : long terme, moyen terme, court terme.

Long terme : comment sortir d’une crise systémique ? Sarkozy a lancé la formule : refonder le capitalisme. Le capitalisme comme régime reposant sur le droit absolu de la propriété individuelle est critiquable, mais sans doute inévitable (pour le moment), dans la mesure o๠il y a dans la nature humaine un élément de sauvagerie inéliminable, au stade encore peu civilisé de l’humanité. Mais on pourrait au moins se souvenir du principe de la destination universelle des biens de la pensée sociale chrétienne et se donner comme objectif à  long terme l’impératif d’un développement humain. […]

Le moyen terme : comment mettre en place un système financier et monétaire qui permette une régulation satisfaisante de l’économie mondiale. Le G 20 a parlé du système financier : normes comptables, agences de notations, produits dérivés. Cela concerne particulièrement les professionnels de la finance. Ces sujets et quelques autres sont donc à  l’étude, mais on peut se poser des questions. […]

Le court terme : le G 20 en a peu parlé, bien que la crise ne soit plus d’abord principalement financière, mais soit devenue surtout économique. A part la coordination souhaitée dans le discours, chaque pays est renvoyé à  sa politique économique autonome, y compris en Europe. A chacun son plan de relance centré sur la défense égoïste de ses intérêts nationaux. Le discours dominant des médias sur le succès de la rencontre du G 20 à  Washington doit donc être sérieusement questionné.

Hugues Puel

Le Mans : un nouvel évêque pour les «chachas» de l’Emmanuel

Le Pape vient de nommer Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans. Prêtre de la communauté de l’Emmanuel, récemment encore «patron» du centre spirituel de Paray-le-Monial, assez jeune (48 ans), ce nouvel évêque est un proche de Mgr Dominique Rey l’évêque de Toulon.

Les chrétiens du Mans, héritiers d’une tradition d’ouverture, reçoivent cette annonce comme une douche froide, même si elle ne constitue pas vraiment une surprise dans le contexte actuel de restauration. En effet, le Pape semble s’appuyer sur les réseaux néo-conservateurs les plus durs (comme – entre autres exemples – la communauté Saint Martin, dont est issu le tout nouvel évêque de Bayonne, Mgr Marc Aillet) pour entreprendre une reconquête de la France peut-être bien vouée à  l’échec mais qui lui tient très à  coeur et qui, à  court et sans doute à  moyen terme, pourrait bien plomber encore davantage l’Eglise de France, comme s’il en était besoin. Il a donc choisi pour le siège du Mans, marqué par ces dernières années par un évêque discret mais profondément conciliaire, Mgr Faivre, le responsable des prêtres, diacres et séminaristes de la communauté de l’Emmanuel, ce qui constitue tout un symbole (voir aussi notre éditorial). A l’évidence l’homme, néo-conservateur très déterminé s’inscrit dans le réseau d’influence de l’Emmanuel. L’Eglise de France est de toute évidence placée sous contrôle. Il est temps que l’assemblée christique se rebiffe !

Jésuites : le courage d’un Général

Parmi les figures de l’Eglise catholique qui donnent à  espérer en ce temps de restauration comment ne pas citer, outre le cardinal jésuite Carlo Maria Martini, un autre jésuite, de grande renommée, actuel Supérieur Général de la Compagnie, le Père Adolfo Nicolas, un grand intellectuel d’origine espagnole de 72 ans.

Il y a peu, lors d’un entretien accordé alors qu’il se trouvait à  Barcelone , le Père Nicolas prend très fortement ses distances à  l’égard de ce qu’il désigne comme les « religions systématiques« , autrement dit comme une prétention des religions à  imposer des solutions générales à  la société de façon autoritaire et arrogante.

L’à‰glise aurait tort, selon lui, de s’ériger en juge ultime sur des questions aussi délicates que l’euthanasie, l’avortement ou la contraception, et à  partir d’elles de se poser en grand arbitre politique.

Allusion notamment à  l’attitude actuelle de l’à‰glise espagnole.

Il envisage un renouveau de l’à‰glise dans le sens de plus d’ouverture à  la société actuelle. Il évoque l’histoire d’une à‰glise qui a su changer grâce à  certains groupes importants comme les franciscains, les dominicains, sans oublier les groupes de base. Dans la situation actuelle, le maître général des jésuites a au moins le courage d’envisager, à  l’opposé d’une restauration conservatrice, une relance des réformes.

Sans-papiers : la force de médiation d’un prêtre et d’un pasteur

Voici une histoire de sans-logis et de sans-papiers qui se finit, pour une fois plutôt bien, à  Cachan en 2006. Deux hommes d’à‰glise y ont beaucoup contribué, un pasteur et un curé1. ll a fallu beaucoup de ténacité et de travail à  une journaliste, Anne-Emmanuelle Kervella, pour reconstituer, à  deux ans de distance, en interrogeant les uns et les autres et en recoupant les témoignages, une histoire dépourvue d’archives.

Rappelons brièvement les faits. Entre 2000 et 2004, des sans-logis et des sans-papiers occupent, peu à  peu, un bâtiment désaffecté du campus universitaire de Cachan. Le 17 aoà»t 2006, le nouveau préfet fait intervenir les CRS pour évacuer le bâtiment ; l’administration offre aux familles des chambres d’hôtels – mais o๠elles ne pourront cuisiner – et il est prévu que les hommes célibataires sans-papiers iront en centre de rétention. Tandis que les hommes montent dans les cars de police, les femmes donnent le signal de la révolte en s’asseyant par terre, au coude à  coude, avec les enfants serrés contre elles. Les CRS sont ainsi neutralisés.

Par chance, la municipalité et son maire socialiste acceptent d’accueillir les squatters dans un gymnase tout proche. Ils y resteront entassés à  plus de 400 pendant presque deux mois. Le Conseil Général dirigé par un communiste apporta aussi son aide en ravitaillant le gymnase. Les squatters, presque tous musulmans, se sont tournés vers deux chrétiens pour servir de médiateurs : un noir, le pasteur Philippe B. Kabongo-Mbaya, d’origine congolaise, et un blanc, le curé de Cachan, Marc Lulle. Tous deux vont jouer un rôle capital dans le conflit qu’ils suivent au prix d’une présence quotidienne. Leur rôle est très différent de celui des associations qui soutiennent et conseillent les squatters : le DAL (Droit au Logement), RESF (Réseau à‰ducation Sans Frontières), la Cimade. Le rôle des deux médiateurs choisis par les squatters est autre. Le directeur de France Terre d’Asile le définit : « àŠtre les passeurs d’un dialogue qui aboutisse dans un premier temps à  calmer le jeu, et dans un deuxième temps à  négocier une issue convenable « .

Le préfet se retranche derrière la loi, avec en arrière plan un ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. La police harcèle les squatters par des provocations multiples autour du gymnase : femmes molestées, avec confiscation des téléphones mobiles, contrôles policiers pour piéger les sans-papiers à  la sortie du RER. Mais cette guerre des nerfs n’a pas ébranlé la détermination des squatters, même si, dans le gymnase, la situation sanitaire se dégrade : un cas de tuberculose est déclaré. De surcroît, 6 hommes ont commencé une grève de la faim. […]

FrançAfrique : dictateurs en balade

Blaise Compaoré et Faure Gnassingbé, respectivement présidents et dictateurs du Burkina Faso et du Togo, ont effectué récemment une visite officielle en France. Ils ont été reçus au Palais de l’Elysée, les 19 et 20 novembre derniers, par Nicolas Sarkozy qui avait pourtant promis une «rupture» dans les relations avec les chefs d’état africains qui ne respectaient pas les règles élémentaires de la démocratie.

Le chef de l’Etat français a ainsi, une fois encore, renié la promesse faite au soir de son élection d’être un inlassable défenseur de la cause des droits de l’Homme et de la démocratie dans le monde, en particulier en Afrique. Rappelons que Blaise Compaoré a bâti son pouvoir et sa fortune colossale grâce à  d’innombrables crimes, détournements et trafics.

Blaise Compaoré et les «Seigneurs de guerre»
Blaise Compaoré est arrivé à  la tête du Burkina Faso suite à  l’assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara en 1987. Le 26 aoà»t dernier, le sénateur libérien, Prince Johnson, a déclaré devant la Commission réconciliation et justice du Libéria, qu’il a lui-même participé au coup d’état de 1987. Il précise son propos sur la radio RFI en indiquant l’avoir fait sur ordre de Blaise Compaoré avec la complicité d’Houphouà«t-Boigny, à  l’époque président de la Côte d’Ivoire, en échange de l’aide du Burkina et de la Libye pour faire tomber le président du Libéria Samuel Doe, au profit de Charles Taylor, avec les conséquences sanglantes que l’on sait. Ces déclarations constituent un témoignage très grave, accréditant la thèse d’un complot international et sont à  rapprocher d’autres témoignages et travaux qui mettent aussi en cause les réseaux françafricains. Depuis ce crime fondateur, on compte au Burkina Faso par dizaines le nombre d’opposants, d’anciens collaborateurs civils et militaires et de journalistes assassinés par le régime (les capitaines Henri Zongo et Jean Baptiste Lingani, anciens leaders de la révolution en septembre 1989, Clément O. Ouédraogo, 3ème personnage de l’à‰tat, assassiné le 9 décembre 1990, Dabo Boukari, militant de l’Association Nationale des Etudiants du Burkina (ANEB), mort sous la torture en mai 1990, Norbert Zongo, fondateur du journal l’Indépendant, assassiné le 13 décembre 1998, pour avoir révélé la nature criminelle du régime Compaoré dans ses enquêtes, etc.) .

La longue série de ces crimes dépasse aussi les frontières du pays. Aux côtés des anciens œSeigneurs de guerre Jonas Savimbi, Charles Taylor et Fodé Sankoh, le régime de Blaise Compaoré a participé à  la déstabilisation de la région qui a abouti aux effroyables guerres libérienne et sierra-leonnaise.  » Le résultat de cet exercice criminel a été le meurtre, le viol et la mutilation de 500.000 personnes en Sierra Leone et de près de 600.000 au Liberia  » affirmait M. Crane, ancien procureur du Tribunal spécial des Nations unies pour la Sierra Leone (TSSL) . A cette occasion, le Burkina de Blaise Compaoré s’est gravement compromis dans le pillage des ressources naturelles (les  » diamants du
sang « ), le trafic d’armes et l’appui à  des groupes armés en Angola, au Libéria et en Sierra Léone. Plus récemment, l’ONU et des ONG de défense des droits humains ont établi la co-responsabilité du pouvoir de Ouagadougou dans le développement de divers trafics mafieux en Côte d’Ivoire.

«Visite de travail»
pour le fils Eyadema
Après le président burkinabé le 19 novembre, Nicolas Sarkozy a reçu son homologue togolais, le jeudi 20 novembre, venu en visite  » de travail et d’amitié  » pour préparer en fait la perpétuation de la dictature de Faure Gnassingbé (le fils de l’ex dictateur Eyadema). Cette visite entre indiscutablement dans la perspective des prochaines élections présidentielles en 2010 qui donnent lieu à  toutes les inquiétudes pour l’avenir du Togo. Les Togolais subissent, au quotidien, la rivalité entre Faure Gnassingbé et son demi-frère Kpatcha, tout-puissant ministre de la Défense. Les deux héritiers se disputent la confiscation du pouvoir, Kpatcha agitant même la menace d’une intervention de l’armée :  » Mais si le pays arrivait à  une situation de blocage politique, l’armée n’hésiterait pas à  entrer en jeu.  »

L’autre enjeu de cette visite concerne évidemment les intérêts économiques français au Togo, avec au premier plan la concession du port autonome de Lomé. Aujourd’hui entre les mains de Progosa SA, avec l’appui et au bénéfice de la plupart des barons du régime, le port de Lomé fera l’objet d’une négociation serrée pour satisfaire les appétits du principal ami et sponsor de Nicolas Sarkozy, Vincent Bolloré (voir à  son sujet notre feuilleton de l’été dans Golias hebdo). Le président français avait déjà  averti Faure Gnassinbgé à  Lisbonne, lors du Sommet UE-Afrique en décembre dernier :  » Bolloré est sur les rangs. Quand on est ami de la France, il faut penser aux entreprises françaises. » Rappelons que Faure Gnassingbé Eyadema s’est hissé à  la tête du Togo, en avril 2005, à  la suite d’un coup d’Etat  » héréditaire  » perpétuant ainsi le règne sanglant de son père disparu brutalement. Le Togo vient d’ailleurs de perdre un opposant de premier plan. Atsutsè Kokouvi Agbobli dit AKA a été retrouvé mort, le 13 aoà»t dernier, sur une plage de Lomé. Tous les indices confortent la thèse d’un assassinat politique malgré les tentatives de camouflage du gouvernement. Une ligne de plus à  ajouter à  la longue liste de crimes du clan Eyadéma.

Dans ce contexte tendu, il est donc problématique qu’à  l’occasion de ces visites de travail des présidents burkinabe et togolais en France, annoncée sans les trompettes et tambours habituels, le gouvernement français apporte sa caution politique à  des régimes criminels et largement discrédités. Pour Nicolas Sarkozy, qui voulait
se  » débarrasser des réseaux d’un autre temps  » (discours de Cotonou, 2006), et annonçait  » Nous ne soutiendrons ni les dictatures, ni les pays dirigés par des régimes corrompus  » (programme électoral de l’UMP en 2007), il est temps de prouver que l’avenir des pays du pré-carré africain ne se décide plus à  l’Elysée.

Olivier Thimonier
(pour en savoir plus : www.survie.org)

Carrefour : les dessous de la «positive attitude»

De grandes entreprises ont vu depuis longtemps le parti qu’elles pouvaient tirer d’une image philanthropique ou  » citoyenne « . Il ne s’agit ni plus ni moins que de faire croire que leur but premier n’est pas le profit mais la bienfaisance. Quelle est celle qui n’a pas son  » ouvroir « , comme en avaient les dames patronnesses au 19ème siècle ? Ce sont pour les unes des partenariats avec une ONG humanitaire, pour les autres une fondation : elles font savoir ainsi à  son de trompe qu’elles luttent contre la pauvreté ou en faveur de la recherche médicale, qu’elles viennent en aide à  des populations défavorisées ou aux victimes d’une catastrophe naturelle.

Elles cherchent ainsi à  inculquer une image altruiste d’elles-mêmes qui mette en confiance le client et anesthésie ses défenses : peut-on se défier de qui donne des preuves aussi manifestes de sa bienfaisance ?  » Le Téléthon  » du début décembre est devenu, par exemple, un rendez-vous annuel obligé auquel nombre d’entre elles participent en le faisant savoir, fà»t-ce en sollicitant l’argent de leurs clients, comme Carrefour.

Carrefour, une autorité morale ?

Cette entreprise de distribution ne s’est d’ailleurs pas limitée aux opérations humanitaires. Elle est allée plus loin. Elle s’est fait une spécialité d’enseigner à  ses clients une morale commune. On connaît son vieux slogan ressassé  » Avec Carrefour, je positive « . Sans qu’il y paraisse, ce slogan résume une politique visant à  discréditer en douceur toute velléité de revendication puisqu’il invite à  minimiser l’insatisfaction qui la justifierait momentanément en la confrontant aux raisons de satisfaction qui l’entourent : on ne peut pas tout avoir, il faut se contenter de ce qu’on a. Plutôt que de maugréer et revendiquer,  » positiver  » consiste à  toujours voir sinon le bon côté des choses, du moins le moins mauvais. Ce leurre est celui de la vaccine, décrit par R. Barthes dans  » Mythologies « . Il consiste à  concéder un peu de mal pour faire admettre un grand bien. C’est vrai qu’il existe des motifs d’insatisfaction. Mais on ne peut pas tout avoir : qu’on regarde donc d’abord ce qu’on a, et on verra que ce n’est déjà  pas si mal. En tout cas, ça pourrait être pis ! Un autre slogan accompagne cette règle morale, depuis que les enseignes de distribution ont découvert l’écologie et le développement durable et en donnent des leçons quotidiennes à  leurs clients :  » La Nature vous remercie,  » trouve-t-on écrit par exemple sur les sacs de plastique d’une autre grande surface, désormais vendus en remplacement des anciens sacs gratuits. L’enseigne de magasin est ventriloque et sait faire parler « la Nature » à  sa place. Carrefour en a tiré une règle de morale plus générale : au moment de faire le plein d’essence pour promouvoir les bio-carburants, elle met sous le nez de ses clients cet autre aphorisme :  » J’agis responsable avec Carrefour ». Ainsi l’enseigne s’érige-t-elle en autorité morale auprès de ses clients en les incitant à  la responsabilité et à  se satisfaire de ce qu’ils ont : il leur suffit de suivre ses préceptes et son exemple.

Justement, quel est donc cet exemple ? Car pour prétendre exercer un magistère moral, encore faut-il être soi-même au-dessus de tout soupçon. Des manifestations d’agriculteurs ont parfois contesté cette qualité à  cette autorité morale autoproclamée, en dénonçant le grand écart observé entre le prix d’achat au producteur et le prix de vente au consommateur. Or, voici que c’est la justice qui, le 24 octobre 2008, en a rajouté. Le tribunal de police de Lyon a condamné Carrefour à  1.200.000 euros d’amendes, soit 3.000 euros par salarié, pour avoir payé des salaires horaires inférieurs au Smic dans deux magasins de la région de Lyon, à  à‰cully et à  Givors. L’astuce avait consisté à  inclure dans le salaire le  » forfait pause  » correspondant à  5 % du Smic, alors que ce forfait obligatoire aurait dà» être payé en plus du minimum horaire. En outre, ce calcul n’était pas mentionné sur les bulletins de salaire comme il aurait dà» l’être. Cette faute a fait l’objet d’une autre verbalisation de la part de l’inspection du travail du Rhône et devrait être bientôt examinée par le tribunal.

En flagrant délit de contradiction…

Une telle contradiction entre les paroles et les actes, c’est vrai, est monnaie courante. On ne loue jamais tant la charité que quand la justice est méprisée. Les opérations humanitaires sont toutefois dangereuses : elles exposent les entreprises à  un discrédit égal au crédit escompté, quand leur seul moteur qu’est le profit entre en conflit avec l’image de bienfaitrice qu’elles veulent donner d’elles-mêmes. On propose donc à  Carrefour de prendre pour prochain slogan l’aphorisme de Chamfort :  » Il faut être juste avant d’être généreux, comme on a des chemises avant d’avoir des dentelles « .

Paul Villach