Tel est pris¦

Comme chaque dimanche matin, les cloches carillonnent un quart d’heure avant la célébration de la messe pour inviter les fidèles à  délaisser leurs occupations et prendre le chemin de l’église. Sont généralement les plus ponctuels ceux qui résident dans l’arrière-pays, surtout s’ils viennent à  pied. Quant à  ceux qui utilisent leur voiture, leur retard est toujours dà» au temps mis à  trouver une place de stationnement, ce qui ne les empêche pas de souvent précéder ceux qui habitent à  deux pas.

Bien avant la sonnerie, Yvette et Martin se sont assis en tailleur, face à  face, de chaque côté du porche, devant leur sébile en aluminium cabossée contenant une pièce de 50cts d’euro censée avoir été déposée par un fidèle compatissant mais la vieille Augustine n’est pas dupe qui, toujours la première à  pénétrer dans l’édifice, sait que c’est une tactique pour appâter les donateurs.
Selon son habitude, sans leur adresser le moindre regard, elle passe devant eux, bientôt suivie par un couple de retraités qui se répartissent les tâches : le mari s’enquérant des migraines de Martin et la femme des ulcères variqueux d’Yvette. Ils ne pourront pas encore leur donner une pièce aujourd’hui mais, c’est promis, ils le feront dimanche prochain.
Arrive l’employée de la mairie chargée de l’habitat qui vient, non pour assister à  la messe car elle n’apporte aucun crédit aux ˜balivernes des curés’ mais pour réconforter le couple infortuné en lui laissant entrevoir un prochain relogement. Elle ne peut pas en dire plus pour le moment. En les quittant, elle glisse discrètement un billet bleu dans la paume d’Yvette dont le regard se voile.
Venue de la banlieue parisienne, voici toute une famille bon chic, bon genre, le père flanqué de deux enfants, la mère un bébé dans les bras, le grand-père aux commandes du landau qui a du mal à  franchir la porte à  tambour de l’église et la grand-mère¦ aux anges. Chacun a soigneusement évité de regarder ces gueux assis à  même les dalles, sà»rement des fainéants qui profitent de la sécu, qui boivent plus qu’ils ne mangent et qui cherchent à  apitoyer des naïfs.
Les fidèles maintenant affluent par groupes de quatre ou cinq et plus l’heure tourne, moins ils prennent le temps de s’intéresser au sort de ces mendiants. Malgré tout, les deux sébiles ont reçu plusieurs pièces jaunes et même quelques-unes d’un euro. Yvette et Martin devront attendre la sortie pour espérer en récolter davantage. De toute façon, ils sont quasiment assurés d’avoir l’enveloppe que leur glisse en douce l’enfant de choeur, un blondinet de huit ou neuf ans qui les rejoint quand la nef et le choeur sont vides.

Soudain, Yvette est intriguée par l’arrivée d’une berline noire qui s’arrête sur le parking libéré. Elle l’est davantage quand l’enfant de choeur qui vient de leur donner l’enveloppe est interpellé par le passager assis à  l’arrière de la voiture. Après avoir congédié le gamin, l’homme en complet gris, une écharpe blanche autour du cou, s’engouffre sous le porche sans prêter la moindre attention à  nos deux compagnons de misère.
Il se dirige vers la sacristie que le vieux curé s’apprêtait à  quitter. Bien sà»r, ce dernier reconnaît le visiteur qu’il a déjà  rencontré, c’est son évêque qui, d’emblée et sur un ton péremptoire, lui intime l’ordre de ne plus distraire une partie de la quête pour la distribuer aux pauvres de la paroisse. Il a été mis au courant par un catholique intègre et il vient d’en avoir la confirmation par l’enfant de choeur loin de soupçonner son identité.
Impassible, le curé lui rétorque, de façon fort civile, qu’il continuera d’aider ces pauvres gens tant qu’ils n’auront pas trouvé un logement décent.
« Vous vous oubliez, mon cher, vous me parlez comme à  n’importe quel interlocuteur laïque¦ »
En guise de réponse, le curé extirpe d’un tiroir un texte qu’il tend à  son hôte, en lui
précisant qu’il l’a recopié à  son intention :
Matthieu 23 5-12
« ¦ Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul enseignant et vous êtes tous frères. Ne donnez à  personne sur terre le nom de Père car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

Aussitôt le curé est d’abord vertement accusé de vouloir saper l’organisation et le fonctionnement de la Sainte Eglise Catholique et Romaine, forte d’une tradition plusieurs fois séculaires, ensuite froidement invité à  faire prochainement ses valises pour une autre cure dans un diocèse éloigné.
« Décidément, vous avez l’art et la manière de déloger les gens.
– Qu’est-ce que cela signifie ? Expliquez-vous ¦
– Vous avez sans doute remarqué la présence d’un couple de personnes âgées sous le porche. Et
bien, ces braves gens étaient locataires d’une maisonnette dont ils ont été expulsés parce qu’ils n’avaient pas les moyens de supporter l’augmentation du loyer, inchangé il est vrai, depuis plusieurs années. J’ai découvert que le gérant, un bon catho pratiquant au service de votre diocèse, s’est chargé de la sale besogne¦.
– Soit, mais ¦
– Attendez ! Le pire est à  venir¦ La fameuse maisonnette est maintenant occupée par un étudiant qui n’est autre que votre petit-neveu¦. »

Balbutiant, l’évêque promit humblement au curé qu’il veillerait personnellement à  la réintégration du couple dans son habitation et ce, sans qu’ils aient à  supporter une hausse du loyer. Quant au produit de la quête, il n’y avait donc plus de motif valable pour en prélever une partie au bénéfice de tel ou tel. C’était évident !

Mise au courant de la nouvelle situation, l’employée de la mairie assista à  la messe le dimanche suivant. Elle n’avait pas mis les pieds à  l’église depuis sa communion !

Afghanisation…

La reconstruction de l’Afghanistan nécessite des Occidentaux de l’audace, de l’imagination et pas un transfert pur et simple de leurs habituelles pratiques. à€ quoi sert de mettre un jeune Afghan, qui a une espérance de vie de 40 ans en moyenne, dans des écoles qui occuperont la moitié de sa vie ? Comment un père qui gagne 1 euro par jour peut-il scolariser son enfant dans une école qui coà»te 5 euros par enfant et par jour ? Si on n’adapte pas la scolarisation à  ces deux paramètres, on formera des lettrés stériles et des candidats à  l’exil, au chômage, au terrorisme ou au suicide.

Les Talibans regagnent du terrain auprès des populations rurales pas seulement à  cause de la religion mais aussi grâce à  l’instruction adaptée qu’ils proposent et qu’ils financent.

Le président Sarkozy préconise d’  » afghaniser  » la reconstruction :  » l’afghanisation  » est un mot politiquement inacceptable. Il ne signifie pas rendre au peuple afghan la maîtrise de son destin mais laisser les chefs de guerre s’affronter au détriment des populations. Si l’afghanisation signifie le retour au tribalisme ethnique, la paix ne reviendra pas. L’afghanisation doit plutôt signifier que les problèmes des Afghans sont à  résoudre avec eux et pour eux.

Si l’afghanisation signifie une reconstruction du pays qui englobe l’ensemble des ethnies afghanes, et pas seulement dans les villes, et qui les incite à  vivre dans les vallées et les déserts, en réciprocité équilibrée, à  gérer la rareté, à  produire des biens, dans ce cas, la reconstruction est possible. Et l’environnement préservé.

Il faut que le sujet afghan, encore esclave du système tribal, devienne un citoyen. Il est indispensable d’abolir les pratiques féodales et d’aller vers une société évoluée et adaptée à  la culture afghane. Il est obligatoire de sortir progressivement de l’aide d’urgence qui se prolonge en assistanat et d’aller vers une reconstruction durable. La paix est à  ce prix.

Habib Haider

Bolivie : menaces de guerre civile

La Bolivie est de plus en plus directement menacée par l’embrasement. La tension est à  son comble
désormais entre ceux qui soutiennent le gouvernement de gauche d’Evo Moralès et les opposants de droite majoritaires dans la région de Santa Cruz.

Un référendum entaché d’illégitimité s’était tenu dans la Province de Santa Cruz en vue de son autonomie : plus riche que les autres, cette province, dominée par les grandes fortunes des hydrocarbures est hostile à  la politique nationale; lors même que le gouvernement national est menacé d’être renversé par des tentatives qui se succèdent de déstabilisation. Les mouvements d’origine indigène dénoncent en tout cas cette volonté autonomiste, qui servirait selon eux la minorité oligarchique et ploutocratique du pays. Il était bien entendu prévisible que les réformes économiques et constitutionnelles mises en oeuvre par la majorité présidentielle rencontrent de vives résistances au sein des élites économiques créoles du croissant est du pays qui concentre les principales richesses du pays. Ces dernières ont, depuis le début des années 2000, traduit leur opposition au pouvoir central par des revendications autonomistes voire sécessionnistes, portées par un ensemble d’organisations dont le Comité civique de Santa Cruz est l’une des plus actives. Les préfets élus des départements de Santa Cruz, Beni et Pando soutiennent ce mouvement pour une autonomie élargie. En réponse à  ces contestations, le président Morales décida de remettre son mandat en jeu lors d’un référendum qui se tint le 10 aoà»t 2008. Morales gagna le référendum le dix Aoà»t 2008 avec 60% des voix, mais le résultat est contesté: des fraudes électorales dà» aux membres de son parti seraient en cause. La situation est particulièrement trouble et explosive; la polémique est indignement alimentée par ceux qui veulent faire tomber Moralès lequel est gênant pour leurs intérêts économiques. Comme souvent dans ce genre de circonstances, l’épiscopat semble surtout vouloir retirer ses marrons du feu. Le Nonce Apostolique, Mgr Luciano Suriani, est considéré comme un espoir du corps diplomatique du Vatican et il semble s’aligner sur la ligne conservatrice du Vatican. Quant au cardinal Terrazas, archevêque de Santa Cruz, certes impliqué en tant qu’il est le pasteur de l’Eglise locale qui justement revendique une plus large autonomie, il se montre très décevant par sa prise de position hostile à  Moralès qui lui vaut les plus vives critiques de sa base ecclésiale pour sa connivence avec les grandes fortunes contre les plus modestes et les exclus.

Reconstruire contre les Talibans

Depuis la mort des dix soldats français en Afghanistan, des hommes politiques français, des experts font paraître dans la presse leurs réflexions sur ce que doit être la présence militaire en Afghanistan. Mais l’essentiel du projet de reconstruction du pays est oublié¦

Alors que le Parlement s’est prononcé positivement ce lundi sur la prolongation de la mission des 3.300 militaires français déployés en Afghanistan, Habib Haider, agro-économiste, conseiller du ministre de l’agriculture du gouvernement afghan de 2004 à  2006 analyse la situation pour Golias.

En Afghanistan, la guerre n’est pas la solution : 80 000 soldats de l’OTAN ne sont pas suffisants. Avant l’OTAN, les conseillers soviétiques estimaient qu’il fallait 160 000 soldats pour contrôler seulement les 900 voies de passage entre le Pakistan et l’Afghanistan. Malgré la présence militaire occidentale et ses moyens en augmentation, la situation continue à  se dégrader. Il est donc urgent et impératif de tirer tous les enseignements des échecs politiques, économiques et sociaux depuis l’arrivée de l’OTAN en 2001. Les populations afghanes sont à  bout et ne souhaitent pas le retour des talibans. Les Afghans les plus pauvres, les paysans, ceux-là  même qui se sont battus pour chasser l’armée russe, qui ont espéré le retour des chefs politiques de la résistance afghane, qui ont subi les talibans et les affrontements entre les différentes factions, tous attendent la construction d’une nouvelle société et non pas la réhabilitation de l’ancien régime, cause de tous leurs malheurs. Or les Occidentaux ont délégué la  » reconstruction  » à  l’ONU qui, dans la précipitation, a créé avec la Banque mondiale, l’UNDP et la Banque asiatique de développement, une stratégie pour le développement national complètement illusoire (Afghan National Development Strategy).

Pour nombre d’Afghans, les Occidentaux ont perdu toute crédibilité : au lieu d’aider à  la  » reconstruction « , ils seraient surtout allés en Afghanistan dans leurs propres intérêts (lutte contre les terroristes pour les USA, désarmement pour le Japon, lutte contre la culture du pavot pour l’Angleterre¦). […]

Habib Haider

Darcos en remet une couche !

Xavier Darcos croyait bien faire. Sermonnée, comme tous les ministres, par Christine Lagarde, vigile exigeante des économies budgétaires, notre éducateur en chef s’en est pris aux enseignants de maternelle en s’interrogeant sur l’opportunité de galvauder  » des ‘Bac + 5’ pour changer des couches-culottes  » des bambins de deux ans. Le but du ministre était de justifier le report à  trois ans pour l’entrée en maternelle. Exit donc, les ‘instits’ qui officient dans la classe des plus petits. Une réduction supplémentaire d’effectifs à  ne pas négliger.

Mais Xavier Darcos ne raisonne pas seulement en ‘épicier’. C’est aussi un idéologue. Il connaît bien l’histoire. Celle de notre défaite de l’été 40, en particulier. Et comme tous les évêques de ce temps-là , il sait le rôle néfaste joué alors par les instituteurs dans la démoralisation des Français et le soutien que les maîtres d’école avaient apporté au Front populaire.
Il n’ignore pas leur responsabilité dans le fait que  » L’esprit de jouissance l’avait emporté sur l’esprit de sacrifice « , comme aimait le répéter le Maréchal. Xavier Darcos, qui ne cache pas sa foi catholique, partage le sentiment exprimé par Nicolas Sarkozy, selon lequel  » aucun instituteur ne peut remplacer le curé¦  » dans la formation morale de nos enfants. Aussi, réduire le nombre des enseignants répond à  la fois aux nécessités de la rigueur budgétaire et aux exigences de la philosophie vaticane. Donc, réduisons le nombre de maîtres d’école, déjà  en maternelle. Ce raisonnement plein de bon sens, aurait dà» faire épanouir d’aise notre Président. En temps que chanoine d’honneur, chacun à  sa cour, s’attendait à  un soutien sans réserve de l’inventeur de la  » laïcité positive. Or, il n’en fut rien. A la lecture des propos tenus par son ministre sur les couches-culottes, les lèvres du Président s’étirèrent, ses oreilles battirent la campagne, sa tête oscilla de droite à  gauche, il trépigna, signes de sa mauvaise humeur.  » Pourquoi faut-
il que Darcos me sabote mon fichier Edvige ?  » s’est-il exclamé.
Et chacun de s’étonner de cette colère soudaine. Il s’en expliqua tout de go : «Personne ne se souvient de mes paroles, prononcées, il y a quelques mois ? J’ai dit alors : «Il faut détecter les futurs délinquants dès la maternelle !. Et voilà  que Darcos, en voulant exclure de cette école les plus jeunes, assèche mon fichier Edvige. Car plus on détecte tôt les futurs terroristes, les ennemis de l’ordre social, mieux la société est protégée. Or, quel instrument nous restitue noms, prénoms, adresses notes de conduite des mauvais sujets, que les registres de présence obligatoires dans chaque classe ? Nul besoin d’autres recherches, la police peut alimenter ainsi son fichier, mon fichier Edvige « .

Xavier Darcos, un moment déstabilisé par cet argument présidentiel imparable, réagit cependant avec onction et doigté :  » Certes, vous avez raison, monsieur le Président, mais songez que ma remarque ne visait que les tout petits élèves, ceux de moins de trois ans. J’ai limité mon observation à  cette catégorie pour permettre de mettre en pratique le fichier Edvige. Car sans cet objectif, si j’avais suivi intégralement ma pensée, c’est toute l’école maternelle (en premier lieu), que j’aurais supprimée. J’ai dans mes cartons un projet de faire des patronages les lieux officiels d’accueil pour  » fidéliser  » tous les enfants âgés de moins de six ans. Toutes les églises m’ont donné leur accord. Mais, aujourd’hui, le fichier Edvige est prioritaire ! Alors¦ « . C’est ainsi qu’un compromis raisonnable s’est établi au sein du gouvernement et de la majorité, avec les compliments du Président.

Jean Lévy

Le marchand de sable

Serait-ce le décalage horaire ? Ou une lassitude face à  un enseignement continuellement ressassé ?

Toujours est-il que les évêques présents à  Sydney semblent bien plongés dans ce que l’on appelle l’oraison de Saint Pierre (en référence » à  la somnolence irrésistible de ce dernier au jardin des Oliviers). Peut-être était ce l’heure de la sieste? On se souvient jadis de l’émission télévisée pour enfants de Claude Laydu « bonne nuit les petits » avec Nounours. A la fin de chaque brève séquence, le « marchand de sable » laissait se déverser sur deux enfants une pluie de sable dorée en leur souhaitant de faire de beaux rêves. Une nouvelle mission pour Benoît XVI.

France Télévisions : le dessous des retransmissions

Depuis Jean-Paul II, l’Eglise catholique n’a jamais fait mystère de son intention de mettre en oeuvre diverses stratégies de communication, y compris en favorisant le lobbying auprès des médias.

Benoît XVI s’inscrit lui aussi dans cette ligne. Ainsi, l’écho et la complaisance inouïe donnés par les grands médias français à  la visite toute récente du Pape constituent une nouvelle fois un signe de cette volonté du Vatican d’occuper tous les créneaux possibles et de faire flèche de tout bois. Certes, des journaliste de France 2 ont tenté de protester suite à  la décision de leur hiérarchie de repousser le journal de 13 heures pour que la retransmission de la messe du Pape le samedi aux Invalides soit complète, sans bien entendu avoir l’avis des téléspectateurs. Un mouvement d’humeur qui passa totalement inaperçu.
[…]

Crise financière : la dérive d’un capitalisme du désastre

La crise financière causée par les «subprimes» aux Etats-Unis se généralise puisque les banques de la planète sont interdépendantes. Alors que le gouvernement français tente de faire croire que le pays ne sera pas touché par cette crise, Golias s’est penché sur le livre de Naomi Klein, La stratégie du choc1, un grand et gros livre de 560 pages qui valent notre effort. Retour aux sources du capitalisme économique, ou quand le grand serpent se mord la queue…

A l’origine du « capitalisme du désastre » – c’est le sous-titre du livre -, il y a un économiste américain, Milton Friedman (1912-2006), chef de file de ce qu’on appelé l’à‰cole de Chicago. S’opposant aux thèses du keynésianisme et à  toutes les « politiques de relance », Friedman soutient le néolibéralisme radical, et ce que Naomi Klein appelle « la trinité néolibérale » : privatisations, déréglementation, réduction des dépenses sociales. Ses élèves chiliens, les « Chicago Boys », purent appliquer cette politique à  partir du coup d’à‰tat de Pinochet, en septembre 1973. L’expérience du Chili fut la première application concrète d’une théorie, mais d’autres suivirent que l’auteur nous décrit, chapitre après chapitre.

La thèse de Klein est qu’il faut un  » choc  » pour que les dirigeants politiques d’un pays puissent imposer aux populations une politique aussi antisociale. Le coup d’à‰tat au Chili et la terreur instaurée par le régime militaire constituent l’exemple le plus spectaculaire. Mais, dès 1973, les militaires uruguayens s’emparaient, eux aussi, du pouvoir et appliquaient les mêmes méthodes économiques. L’Argentine suivait en 1976. Pauvreté et torture se diffusaient en Amérique latine. Pourtant, personne n’avait compris la liaison entre violence et néolibéralisme. Friedman reçut d’ailleurs, en 1976, le prix Nobel d’économie pour ses travaux « originaux et importants ». […]

Femmes-prêtres : un religieux rompt l’omerta

Cette année, six ordinations de femmes comme prêtres ont eu lieu aux à‰tats-Unis. Elles ont été présidées par un femme évêque du nom de Dana Reynolds. La dernière ordination en date a eu lieu le 9 aoà»t dernier à  Lexington dans le Kentucky. La nouvelle femme prêtre,s Janice Sevre-Duszynska, 58 ans, est très engagée dans des causes humanitaires.

Parmi les ministres ordonnés qui lui ont imposé les mains, on peut citer pour la première fois un prêtre catholique, le Père Roy Bourgeois, de la congrégation des religieux de Maryknoll. Cet ecclésiastique est d’ailleurs très connu pour ses engagements pacifistes. Le Père Bourgeois a prononcé l’homélie lors de la célébration d’ordination.

Les évêques des états-Unis et le Vatican sont dans l’ensemble plus que furieux. En effet, la présence d’un prêtre homme dont personne n’osera contester l’ordination – alors que Rome juge invalide en soi l’ordination sacerdotale d’une femme – constitue un précédent qui inquiète les évêques. Quant à  la personne même de Janice Sevre-Duszynska, elle incommode très vivement les prélats Pour l’anecdote, cette dame énergique et décidée arracha un jour des mains du cardinal Bernard Francis Law un micro pour prendre la parole et dire ce qu’elle pensait.
Un précédent qui fera date Religieux, le Père Bourgeois ne dépend d’aucun évêque ce qui explique qu’il n’a pour le moment fait l’objet d’aucune sanction canonique. Il faut savoir en effet que les religieux de Maryknoll sont de tendance franchement progressiste et que le supérieur ne devrait s’en prendre au Père Bourgeois que s’il est véritablement obligé de le faire par Rome même. Cette menace qui plane explique que plusieurs prêtres aient assisté incognito à  cette ordination, ne voulant pas que leur nom soit divulgué.

Quant au Père Bourgeois, il s’est senti le devoir de se mettre ouvertement en conformité avec sa conviction de l’opportunité d’ordonner des femmes. Une conviction qui fait de plus en plus son chemin. Selon Roy Bourgeois, exclure les femmes de façon systématique de l’ordination sacerdotale revient à  opérer une discrimination tout à  fait intolérable. Selon lui, le sexisme, comme aussi l’homophobie, constitue un véritable péché. Prétendre que la puissance d’amour de Dieu ne peut faire d’une femme un prêtre c’est la limiter et lui faire injure. […]

Les bonnes actions, comparées aux mauvaises, gage de notre salut ?

Le chapitre 18, d’o๠est extraite la première lecture de ce dimanche, s’ouvre par un proverbe :  » les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils ont été agacées « . Il était reçu et enseigné que les fautes des parents s’imputaient sur les enfants.

Ezéchiel redonne à  chacun la responsabilité pleine et entière de ses actes.  » Celui qui a péché, c’est lui qui mourra « . Si le père est mauvais, mais que le fils est bon, le père mourra mais le fils lui vivra. Si le père est bon mais que le fils est  » violent et sanguinaire « , le père vivra et le fils mourra. Un fils ne supportera pas la faute de son père, ni un père la faute de son fils. Nos contemporains ne sont-ils pas tout à  fait d’accord avec ces affirmations ? Si le méchant renonce à  tous les péchés qu’il a commis, il vivra et ne mourra pas. On ne se souviendra plus de tous les crimes qu’il a commis, il vivra à  cause de la justice qu’il a pratiquée. Ici encore nos contemporains, nous-mêmes, sommes tout à  fait disposés à  partager le point de vue du prophète. Nous approchons de l’extrait de ce dimanche : la question nous touche de plus en plus près. Si le juste se met à  commettre des fautes, est-ce qu’on va oublier toute la justice qu’il a pratiquée auparavant ? La réponse du prophète est oui, elle fait scandale. Est-ce que la justice ne serait pas plutôt la balance des bonnes et mauvaises actions ? Le crédit des bonnes actions autorisant un cumul d’actions moins bonnes, la rétribution se faisant au constat de l’excédent ou du déficit en fin de course¦ au jour d’inventaire¦ au dépôt de bilan¦ Rien de plus adéquat que la comptabilité pour rendre à  chacun ce qui lui revient !¦ Pourquoi pas ainsi aussi, au Tribunal de Dieu ? Une donnée nous a simplement échappé, lorsqu’il est dit que les fautes du méchant sont oubliées, le prophète précise que ce dernier a d’abord  » renoncé à  tous les péchés qu’il a commis « . Les actions mauvaises non seulement doivent être évitées, elles doivent être regrettées et réparées.  » Je ne prends pas plaisir à  la mort de qui que ce soit, oracle du Seigneur. Convertissez-vous et vivez!  » verset 32. « Faites-vous un coeur nouveau et un esprit nouveau  » verset 31. Le Seigneur ne veut ni la mort du juste, ni celle du pécheur: aujourd’hui, demain, son salut n’est pas affaire de comptabilité, mais d’un coeur repenti et réconcilié avec nous-même et avec nos frères.

Jean Doussal