Officines à  l’oeuvre

L’à‰ducation Nationale est accusée de
« fabriquer des crétins » et d’entretenir le « chaos pédagogique », l’insécurité et le chômage. En évitant les débats parlementaires, Xavier Darcos impose sans discussion une véritable révolution libérale. Le gouvernement met rapidement en oeuvre une succession de mesures : suppression de la carte scolaire et de postes d’enseignants, évaluation publique des enseignants et des établissements, financement par l’à‰tat du développement des établissements privés dans les banlieues¦ Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dévoilent dans leur livre œMain basse sur l’éducation (Editions Demopolis) la signification de ces mesures.

Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dévoilent dans leur livre œMain basse sur l’éducation (Editions Demopolis) la signification de ces mesures. Ils révèlent que des associations de libéraux et de catholiques conservateurs proches du Front national et de l’Opus Dei sont à  l’origine de ces propositions. Au nom de la liberté de choix, on prépare une privatisation de l’à‰ducation. La réforme de l’école est au coeur du projet de Nicolas Sarkozy. L’école institution de la République laïque est décriée, attaquée pour lui substituer une logique libérale dans laquelle l’école privée est instrumentalisée pour concurrencer et démanteler le service public. Quelle part prennent l’actuel gouvernement et son ministre de l’Education nationale dans cette exacerbation de la concurrence, dans les nouveaux privilèges concédés à  l’enseignement catholique ? Quel rôle jouent les officines libérales et intégristes qui prennent pour cible l’école publique ? Quel sens donner à  toutes ces premières mesures engagées dans la précipitation : suppression de la carte scolaire, instauration d’un chèque éducation pour le privé, concessions sur la mixité, le service minimum¦ ? Des faits, des actes, des décisions, des liens, des réseaux montrent les multiples connivences, qui depuis une trentaine d’années s’entendent pour lancer une OPA sur l’Ecole publique. ».La rentrée 2008 sonnera-t-elle le glas de l’école publique et laïque ?

Menaces sur l’Ecole

L’Education nationale, née de l’idéal de l’école laïque, gratuite et obligatoire, est aujourd’hui en danger de mort. Sous la menace d’une croisade qui, portée depuis plus de 15 ans par les franges catholiques les plus intégristes des mouvements ultra-libéraux, s’invite désormais au coeur de la réforme économique menée par l’actuel gouvernement. Hallucination, fantasme ? La mission éducative qu’entend mener Monsieur le chanoine d’honneur du Vatican, signerait-elle la fin de l’école publique ?

Ceux qui veulent en finir avec l’éducation nationale : Depuis plus de 15 ans, dans un relatif secret, un certain nombre de groupements relevant d’une même nébuleuse clérico-libérale, s’agitent en catimini. Leur but ultime : démanteler l’Education nationale et l’ensemble de son service public. Une croisade menée avec prudence et minutie. […]
Ceux-ci n’espèrent rien d’autre que le retour à  l’école d’antan. Celle d’avant la République, aux mains de l’Eglise. L’école publique laïque, voilà  l’ennemie. […]
L’oeuvre de Jules Ferry serait devenue un véritable bourbier, une sorte d’antre du Diable porteur de tous les signes de décadence de notre époque, coupable d’une entreprise criminelle de corruption des moeurs de la jeunesse. Cette école serait aux mains des syndicalistes de l’Education nationale, omnipotents héritiers du bolchevisme, décidés, couteau entre les dents, à  faire de nos chères têtes blondes de la graine de révolutionnaires nihilistes. Les programmes scolaires sont stigmatisés, accusés d’intelligence avec l’ennemi, par la diffusion d’une vision marxiste et culpabilisante de l’histoire mondiale¦ Des profs incompétents et démissionnaires, impuissants à  endiguer la violence et l’échec scolaire montrés du doigt à  toute occasion. Au final, tous les maux de notre société, seraient imputables à  ce Monstre froid, mammouth ingérable, fossile
« comparable à  l’ex-armée rouge ». […]

Famiglia Cristiana contre Berlusconi

Les tensions sont très vives entre le gouvernement italien de Silvio Berlusconi et les courants catholiques d’orientation progressiste qui lui reprochent une ligne de conduite pour le moins anti-évangélique à  différents égards en particulier quant au sort réservé aux Roms et aux mendiants (assimilés à  tort à  ceux qui font du racket).

L’hebdomadaire des religieux paolins « Famiglia Cristiana » (1.000.000 d’exemplaires) s’en est pris de façon assez vive et ironique à  la politique globale de Berlusconi, qui risque selon lui de rendre les riches encore plus riches et surtout les pauvres encore plus pauvres. De plus, l’article relève la chute de près de 50% de la fréquentation des auberges et des hôtels en Italie, un pays qui devient de plus en plus discrédité pour la politique qui s’y trouve menée. Selon cet article il y a quelque chose de profondément choquant et scandaleux dans ce visage actuel de l’Italie, avec la police qui quadrille les villes, des jeunes enrôlés trop vite et cette odieuse chasse aux mendiants. L’article fait référence à  une intervention du cardinal Renato Martino, le président de la commission pontificale « Justice et Paix », lequel dénonce ce rejet des mendiants et l’analyse comme une triste volonté de cacher la situation réelle de ce pays o๠règne beaucoup de pauvreté et de cacher aussi, toujours selon le cardinal, l’incapacité des gouvernants à  y porter secours. En même temps les entreprises ne cessent de se développer et de faire des profits souvent mirobolants, mais dont les plus pauvres bien entendu sont écartés. Les grandes industries italiennes fleurissent; l’Italie s’appauvrit et est parfois à  nouveau frappée par la misère. Cherchez l’erreur !

Le Vatican prend ses distances

Mais c’est surtout en évoquant le spectre du fascisme que « Famiglia Cristiana » aurait franchi la ligne rouge. Pour le gouvernement mais aussi une frange conservatrice de l’Eglise italienne, l’hebdomadaire déjà  connu pour ses positions de gauche et ses opinions « laxistes » en matière de morale privée est désormais allé trop loin dans la polémique politique partisane, même si le nombre de ceux que les options du gouvernement Berlusconi inquiètent ne cesse de croître de jour en jour. Deux ministres du gouvernement de Silvio Berlusconi ont condamné le ton « irresponsable » de l’éditorialiste Beppe Del Colle. S’en prenant aux paolins Carlo Giovanardi a éructé : « les fascistes c’est vous, avec votre ton de matraqueur ». Il est sous-secrétaire d’Etat à  la présidence du Conseil italien, appartient à  la Ligue Lombarde de Bossi et est considéré comme très proche de Berlusconi. […]

Pas de vagues avant la visite du Pape

On assiste en ce moment aux préparatifs du voyage de Benoit XVI en France, en septembre, préparatifs sur lesquels le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, administrateur précis et consciencieux entend régner. Cela lui donne l’occasion inespérée de contrôler la vie de l’Eglise française. Ce contrôle pourrait bien s’étendre à  l’ensemble des prestations médiatiques de représentants autorisés et significatifs de l’Eglise de France, afin qu’un débat ne tourne pas mal, avec le risque d’un prélat ainsi publiquement mis en difficulté devant la France entière.

C’est maintenant Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême et membre fraîchement élu de l’Académie française qui devait débattre avec Monique Hébrard, qui est réputée moins féroce que Christian Terras. Le thème traité était il est vrai délicat, celui du rôle des prêtres aujourd’hui. Imaginez un évêque, académicien de surcroît qui se mettrait à  soutenir peu avant la venue du Pape des positions d’ouverture sur la question du sacerdoce. Là  encore ç’aurait fait désordre. C’est Mgr Jacques Gailllot qui a remplacé au pied levé l’évêque absent, mais déjà  marginalisé ce dernier ne compromet pas de la même façon la hiérarchie en tout ce qu’il déclare.

Il faut dire que le cardinal Vingt-Trois et Mgr Perrier de Lourdes sont déjà  passablement ennuyés, c’est un euphémisme, par l’affaire Zambelli, du nom du Recteur des sanctuaires, un normand de 65 ans qui fut Recteur des Sanctuaires de Lisieux. Le bon père, excellent organisateur au demeurant, fait l’objet d’une enquête de la Police Judiciaire de Bordeaux pour avoir amassé la coquette somme de 427.000 euros. Selon ses dires, il serait parvenu à  cette somme en acceptant « pour faire plaisir » des dons divers et variés. Les petits ruisseaux font bien les grandes rivières. En attendant que la justice voie clair dans cette affaire, Mgr Jacques Perrier vole littéralement (de son tempérament très speed on en attendait pas moins) au secours de son cher et zélé recteur. : « il y a des gens à  qui l’on donne volontiers et d’autres pas. ça dépend de la personne. C’est comme en affaire. Certains réussissent et d’autres non. ». Pendant ce temps le même père Zambelli lance un appel pour financer les quelque 1,8 million d’euros de la venue du Pape, pas moins. On espère qu’il prêchera aussi par l’exemple.

Drôles de dames !

Après Edvige, Cristina… La France entre dans l’ère des fichiers et de la surveillance rapprochée. Garder le pouvoir à  tout prix face à  une politique qui laisse trop de monde sur le bord du chemin s’accompagne généralement de la mise en place d’un Etat policier.

A méditer avant qu’il ne soit trop tard. Jusqu’à  ce jour, près de trois cent cinquante associations, syndicats, partis politiques ont signé un appel pour obtenir l’abandon du fichier de police baptisé Edvige, œExploitation documentaire et valorisation de l’information générale (Golias Hebdo n° 41) publié au Journal officiel du 1er juillet 2008. Dans la foulée, Cristina fait ses premiers pas. Encore un prénom féminin pour un nouveau fichier qui signifie œCentralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire. Mis en place en toute discrétion, normal pour un fichier classé œsecret défense. Edvige peut collecter des données sur toute personne jouant œun rôle politique, économique, social ou religieux significatif, avec la possibilité de faire figurer par exemple l’orientation sexuelle ou la santé. Cristina contiendra également des données personnelles sur les personnes fichées, mais balaiera plus large en s’intéressant aux proches et relations. Edvige et Cristina sont toutes deux issues de la réforme du renseignement qui a donné naissance à  la Direction centrale de la sécurité publique, fusion
des Renseignements généraux et de la Direction de la surveillance du territoire : nouvelle entité qui représente le service de renseignement du ministère de l’Intérieur au sein de la direction générale de la police nationale. Le décret portant sa création précise que celui-ci contribue à  la surveillance des communications électroniques et radioélectriques susceptibles de porter atteinte à  la sà»reté de l’Etat. Cristina, la petite dernière, pourra garder trace de données provenant des écoutes de ceux que les autorités voudront surveiller. Petite précision qui ne manque pas d’intérêt, alors que les effectifs de la DST tournaient autour de 2000 personnes, la Direction centrale de la sécurité publique disposera du double. On peut le comprendre, puisque Edvige et Cristina donnent essentiellement dans le fichage préventif, en clair dans la surveillance des personnes œsusceptibles de porter atteinte à  l’ordre public. Entendons par là  ceux qui pourraient enrayer la mécanique bien huilée qui annonce des reculs sans précédents. Vous n’êtes plus délinquants, vous êtes suspects. Voilà  qui va raviver quelques souvenirs…

Le nouveau visage de la théologie de la libération (2/3) : les autres luttes

Golias Hebdo poursuit son enquête sur le nouveau visage de la théologie de la libération (cf Golias hebdo n°40)

On peut ainsi d’emblée en dégager un autre aspect. Les théologies de la libération sont transversales aux clivages confessionnels, ce qui leur donne à  l’évidence une belle dimension oecuménique. Depuis quelques années, cette dimension oecuménique se double plus largement d’une dimension interreligieuse. Actuellement, le chilien Diego Irrazaval parle de « macroecuménisme » pour une fécondation réciproque entre l’intention propre et spécifique de la théologie de la libération (que les hommes deviennent eux-mêmes acteurs de leur propre libération) et l’intention des théologies du pluralisme religieux, qui considèrent que dans le dialogue les religions peuvent s’enrichir les unes les autres. Dans le même sens, pour une autre approche de la religiosité comme pouvant dans sa diversité même participer aux combats de libération, travaillent des théologiens comme les Brésiliens Faustino Teixeira et Marcelo Barros ou l’espagnol (mais qui vit au Nicaragua) José Maria Vigil, sans oublier au Salvador le franciscain Joaquin Garay. Depuis une dizaine d’années, la théologie de la libération continue cependant son chemin. Ainsi, elle se prolonge aussi en une théologie authentiquement indigène o๠il ne s’agit pas de plaquer sur des situations des concepts et des manières de penser venus d’ailleurs mais o๠la réflexion s’élabore dans la matrice féconde de la culture et de la sensibilité indigènes elles-mêmes. […]

L’once d’or au prix du travail des enfants

L’or d’un bijou de grande marque provient peut-être d’une mine exploitée par des enfants en Afrique. De nombreux bassins miniers artisanaux du Sénégal ou de Guinée emploient de jeunes mineurs, qui cherchent le précieux minerai expédié vers les pays occidentaux, principalement en Suisse, port d’entrée vers les marchés internationaux.

Ce type de mines, qui emploient des enfants âgés parfois d’à  peine quatre ans, existent en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, et fournissent un cinquième de l’or mondial, selon les Nations unies. D’après l’ONU, entre 100.000 et 250.000 enfants travailleraient dans les mines d’Afrique de l’Ouest, à  l’image de Saliou Diallo, 12 ans. Recruté avec deux de ses amis, il a quitté l’école à  l’âge de neuf ans après le départ du seul professeur de son village de Guinée. Les trois garçons travaillaient dans les champs de leur père quand un étranger les a abordés l’année dernière, alors que le cours de l’or battait des records. Il leur a alors promis deux dollars (1,35 euro) de salaire par jour s’ils le suivaient à  la frontière avec le Sénégal. Issus de familles très pauvres, appelés à  leur venir en aide dès leur plus jeune âge, les trois adolescents n’ont pas hésité et ont accompagné leur recruteur jusqu’à  Tenkoto, un village d’orpaillage qui compte près de 10.000 habitants. A dix kilomètres du village en lui-même se trouvent les mines, des puits de 30 à  50 mètres de profondeur, tout juste assez larges pour qu’un homme s’y glisse. Les jeunes remontent les sacs de pierre et le patron de Saliou achète ces gravats, même s’ils ont été déjà  passés au tamis, pour y déceler le précieux minerai.
Le patron de Saliou est fidèle à  un marchand, Yacouba Doumbia, qui dit avoir besoin d’un mois en moyenne pour réunir un kilo d’or, qu’il cache en le cousant dans ses vêtements. Il part en général au petit jour à  moto pour Bamako, la capitale du Mali, toujours par des petites routes. Les vendeurs comme Doumbia s’adressent ensuite à  un des
cinq barons de l’or ayant pignon sur rue à  Bamako, comme Fabou Traore ou Fantamadi Traore. Ce dernier, qui vient du même
village que Doumbia, a recruté près de 70 acheteurs, la plupart originaires de son village, qui travaillent tous dans les mines de Tenkoto. L’or de chaque acheteur est pesé, glissé dans un petit sac transparent, identifié par un « post-it », avant d’être fondu en barre. Des hommes de Traore règlent chaque vendeur en liquide, en francs CFA ou en dollars. Le gramme d’or est racheté 22,4 dollars (15,2 euros), soit 3,40 dollars de plus que la somme réglée aux mineurs. Une fois payés, les vendeurs retournent acheter l’or sur le terrain, alors que les enfants mineurs sont déplacés d’une mine
à  l’autre, en fonction des besoins. Parallèlement, les barres d’or arrivent dans le bureau d’Abou Ba, qui est le seul des cinq grands négociants en or ouest-africain à  détenir les autorisations et les relations nécessaires pour l’exportation vers l’Europe. L’étude de cinq années de documents des douanes maliennes par des journalistes de l’AP confirme que seul Ba envoie régulièrement de l’or issu de la brousse hors du pays. Tous les négociants disent vendre leur or à  Ba. « Il a les moyens pour l’exporter, pas nous », explique Fabou Traore, qui lui vend en moyenne 80kg par mois.
Exporter l’or du Mali revient cher, le gouvernement prélevant un taxe de onze dollars (7,4 euros) par kilo, à  laquelle s’ajoute une taxe aéroportuaire de 6%. De la brousse aux marchés internationaux, l’once d’or pur prend 380 dollars (256,9 euros). Si Ba reconnaît que l’or vient de mines artisanales, il reste vague sur le travail des enfants. « Nous ne vivons pas dans la brousse, donc nous n’avons rien à  voir avec le travail des enfants », a-t-il assuré en français lors d’une interview avec l’AP.
Le précieux minerai lui est acheté en grande majorité par la Suisse. Depuis fin 2003, Ba et ses associés ont même transporté des valises pleines d’or sur des vols commerciaux, à  destination de Genève, pour échapper aux taxes. Selon les douanes maliennes, entre janvier 2003 et mars 2008, Ba a exporté près de 800kg d’or vers la Suisse et 96% a été vendu à  deux petits négociants suisses, Decafin SA et Monetary Institute, cette dernière société ayant été créée par un ancien responsable de Decafin, Judah Leon Morali. Quant à  l’autre importateur, Decafin, il a déclaré, via son avocat Marc Oederlin, se soucier du travail des enfants tout en affirmant ne pas être en mesure d’enquêter sur l’origine de l’or. .Ces deux importateurs revendent à  leur tour l’or à  des fondeurs comme Metalor, qui vendent en bout de chaîne les barres à  des banques suisses comme UBS. Cet or est ensuite transformé en bijoux pour Cartier, Piaget ou encore Tiffany&Co. Des noms prestigieux qui reconnaissent une certaine frustration à  ne pas pouvoir identifier l’origine de l’or. « Je ne peux que souligner l’extrême complexité de cette question », note Michael Kowalski, président de Tiffany’s. « Nous voulons traiter ce problème, mais la question est de savoir comment. »Tiffany et d’autres joaillers, dont Cartier, ainsi que des grands groupes miniers ont créé en 2005 le Conseil pour des pratiques responsables de joaillerie (CRJP) qui interdit l’exploitation d’enfants dans les mines. Mais jusqu’à  présent, l’organisme n’a pas trouvé le moyen de faire appliquer ses principes sur le terrain. Après six mois de travail, Saliou a gagné 40 dollars (27 euros), qu’il dépense en partie pour acheter du paracétamol et soulager ses maux de dos et ses douleurs à  la poitrine, résultats de journées de dix heures.

Assez de jérémiades !

Sur la religion qui s’en va, sur l’intégrisme et le conservatisme qui reviennent, sur l’immoralité supposée généralisée, sur la génération soixante-huitarde ou bo-bo selon notre rancune tenace, sur les déficits de pratiques religieuses, sur la Hiérarchie guignolisée ou golia(s)-tisée, sur les affiches et films jugés attentatoires aux sensibilités chrétiennes, sur les prêtres dévoyés quand une majorité d’entre eux est irréprochable, sur les complots supposés maçonniques, sur
la crise des vocations etc. etc.

Il faut « positiver ». Nos commentaires de « Première Lecture » entendent concourir à  une approche optimiste du monde qui est nôtre, discerner les « signes des temps ». Après tout si Jérémie est incompris, bousculé, voire persécuté, n’est-ce pas aussi de sa faute ? Il n’a vraiment pas l’art¦ ni la manière¦ Il voit toujours le côté négatif des choses. Et puis, il est finalement bien solitaire dans tout ce qu’il entreprend, il devrait travailler davantage en équipe, soumettre ses initiatives aux « conseils » institués. Bref que tous les gens qui se plaignent, se mettent au service des communautés, qu’ils cessent de s’en prendre à  tout et à  tout le monde, et leurs messages seront reçus, agréés, confortés, relayés par les Responsables de communautés ( ?). Pour les contemporains il n’était pas facile de distinguer faux et vrais prophètes : les auteurs de la « Bible
et sa Culture » en font état page 442. « L’argumentation traditionnelle de Jérémie 28, 5-9, selon laquelle c’est au prophète qui annonce le bonheur de faire ses preuves, se retourna contre les prophètes eux-mêmes. On en voit un premier exemple dans l’échec de la prédication de Jérémie à  la petite diaspora de l’Egypte (Jr 44, 1-9), signe que même les prophètes qui annonçaient les malheurs n’étaient pas automatiquement justifiés après les évènements ». Mais au fait quels propos de Jérémie le rendent insupportable à  ses contemporains et expliquent les plaintes de cette première Lecture? Le Temple (l’Eglise ?) n’est pas garantie de salut pour le peuple élu car tandis que celui-ci se rend aux célébrations, il s’adonne aux vols, aux meurtres, à  l’adultère¦ « Pas meilleur que les autres. » dit-on aujourd’hui comme hier à  propos des « pratiquants » la Loi prétendument édictée par les Responsables religieux, n’est que mensonge en leur bouche. « Fais ce que je dis, pas ce que je fais » il n’est pas possible de ménager les modes en faisant une place à  côté du Dieu d’Israà«l, aux dieux de Canaan et aux dieux de Babylone. Nos dieux, les idoles que nous souhaitons ménager ? Notre Dieu à  nous ? En cette rentrée sociale et ecclésiale, si les critiques entendues et répétées contre l’institution Eglise, contre ses représentants, contre nous-mêmes « laïcs engagés et actifs », contre les pratiques de ceux qui s’affichent « chrétiens », si ces critiques comptaient des tranches de vérités, et elles en comptent certainement ! Pour preuves, les critiques de Jérémie ne sont-elles pas actualisables ? Si donc toutes ces plaintes étaient invitations à  révision de vie, nos démarches synodales, nos réunions d’équipes et conseils pastoraux, n’y gagneraient-elles pas en effectives recherches de solutions ? Et toi censeur impénitent, as-tu vraiment été séduit par le Seigneur ? Si tu es tenté de dire avec le Prophète : « Je ne penserai plus à  lui, je ne parlerai plus en son Nom ». Oui si tu es dans l’authentique, reprends à  temps et contre temps tes douloureuses critiques « c’était en mon cour comme un feu dévorant, enfermé dans mes os ».