Tabou

A l’occasion de la fête de Pierre et Paul ( le 29 juin), les deux piliers de l’Eglise, nos pensées vont d’abord à  la situation de la femme dans l’Eglise et plus précisément à  la question des ministères les concernant.

L’Eglise catholique a toujours été conduite, depuis l’ère constantinienne et sa rigidification en institution dogmatique et arrogante, par l’étrange et curieuse volonté de donner une sorte d’assise à  son autorité en s’appuyant sur une soi-disant nature. C’est en bonne part au nom de la nature que le Vatican continue à  combattre la contraception artificielle, l’homosexualité mais aussi l’ordination de femmes prêtres.

D’un point de vue proprement anthropologique, on ne peut que regretter une sorte de confusion permanente, sans doute habilement entretenue, entre ce qui relèverait d’une sorte d’intangibilité dite naturelle et des choix culturels et idéologiques, comme celui de reléguer la femme à  des tâches réduites. Le discours pervers et enfermant tenu ainsi au nom de la différence des sexes est profondément réducteur : il soumet les femmes – et leur désir! – aux décisions héritées d’un pouvoir phallocrate qui veut canoniser ses caprices en leur imprimant abusivement le sceau d’une loi supérieure aux arbitraires humains.

Tristes Béatitudes !

Golias a déjà  eu l’occasion de s’intéresser à  d’étranges et inquiétantes affaires concernant la communauté charismatique des Béatitudes. De façon plus générale, l’atmosphère y semble empreint d’esprit sectaire. Le bilan à  l’actif de cette communauté plus que controversée paraît désormais bien lourd : huit suicides !

Le Parisien (du 20/06/08) fait désormais état d’un témoignage accablant d’un ancien élève du cours Agnès de Langeac, entre 1995 et 1999. Il s’agit d’un lycée privé installé dans l’abbaye d’Autrey, dans les Vosges et dans le diocèse de Saint Dié. Il était confié justement à  cette communauté des Béatitudes. Or, il se trouve que des déviances autoritaristes et des abus sexuels y avaient déjà  été dénoncés mais sans que ces plaintes n’aient jamais été vraiment prises en compte. Aujourd’hui l’affaire pourrait être relancée. Il faut savoir en effet, pour mesurer l’ampleur du drame humain, que huit anciens élèves de cet établissement se sont suicidés
Selon le témoignage accablant de cet ancien élève, le séjour à  Autrey fut un enfer. Un climat de terreur et d’angoisse y régnait.

Cette triste affaire, ô combien sulfureuse, pose à  nouveau le problème du discernement dans la reconnaissance de certaines communautés, par exemple charismatiques. Il faut savoir qu’un certain surnaturalisme masque parfois et peut-être souvent de très graves carences psychologiques, des déviances et des perversions.

Les autorités ecclésiales devraient faire preuve de beaucoup plus de vigilance et de prudence à  l’endroit des communautés et groupes qui abritent en leur sein et parfois à  leur tête des personnalités ,et déséquilibrées (ce qui ne compromet en rien leur habileté à  séduire et à  tromper, répétons-le). Un archevêque américain semble avoir été saisi d’un éclair de lucidité. En effet, Mgr Edwin O’Brien, archevêque de Baltimore, peu suspect de progressisme, vient d’émettre de graves inquiétudes concernant les Légionnaires du Christ. Dont, ne l’oublions pas, le fondateur le Père Maciel a été l’objet d’accusations fort graves d’abus sexuels.

Chrétiens en algérie : l’inespérée position de l’évêque de Clermont

Dans son numéro 32, Golias hebdo dénonçait la position de l’abbé Delorme qui remettait en cause les persécutions subies par les chrétiens d’Algérie. Mgr Simon, évêque de Clermont, a publié un article fort dans lequel il prend le contre-pied de l’abbé Delorme. Un texte empreint de liberté comme on aimerait en voir plus souvent chez les évêques.

Nous avons réagi à  l’article de Christian Delorme visant à  blanchir le pouvoir algérien, suite à  la répression qui atteint un certain nombre de chrétiens en Algérie (cf. Golias Hebdo n° 32). Son argumentation a suscité beaucoup de réactions critiques, tant dans les milieux catholiques de tendance intégriste (voir par exemple le site du Forum catholique ou le journal Présent) que chez des chrétiens « conciliaires » comme les lecteurs de La Vie. ( n° 3276 ).

Rien de surprenant dans ces réactions de lecteurs, car le père Delorme est un personnage bien connu et généralement très estimé chez les chrétiens de France et sa prise de position si favorable aux positions intolérantes du pouvoir algérien en a surpris plus d’un. Et puis, dans notre pays, dès qu’on parle de l’islam et de l’Algérie, comment ne pas se passionner ?
Ce qui surprend davantage c’est un article épiscopal, celui de l’archevêque de Clermont, dans son journal diocésain, o๠il prend vigoureusement le contre-pied du « curé des Minguettes »

Il n’est pas fréquent, et c’est même une révolution ecclésiastique, qu’un évêque installe ainsi son discours dans le champ politique, sans autre ceinture de sécurité que la Déclaration des droits de l’homme pour fonder la liberté religieuse de ses ouailles. Qu’ils semblent loin les débats de Vatican II. Depuis, bien sà»r, il y a eu le décret conciliaire sur la liberté religieuse, mais rarement, me semble-t-il, un évêque “ en France – a pris position de façon aussi « sécularisée » pour les Droits de l’homme et les libertés.

Pourrions-nous voir naître ici un embryon de liberté qui pousserait un certain nombre d’évêques à  se démarquer clairement de leurs collègues, voire de l’évêque de Rome, au nom de l’Evangile entendu dans notre modernité et non dans le contexte de la vieille chrétienté défunte ? On n’ose y croire ! Mais on garde confiance, « l’avenir dure longtemps ».

Les évêques ont de l’humour !

Une nouvelle blague court les sacristies dans la perspective de la préparation de la venue du Pape.

L’évêque de Lourdes et celui de Paris rivalisent d’ambitions : le premier s’exclame : « nous à  Lourdes, nous avons des malades »; et le second d’enchaîner : « et nous les Invalides » !

La communauté Sant’Egidio en disgrâce

La communauté Sant’Egidio perd peu à  peu du terrain à  Rome o๠le Pape Ratzinger semble beaucoup moins l’apprécier que son prédécesseur Karol Wojtyla. Benoît XVI s’intéresse bien davantage quant à  lui aux communautés traditionalistes ou du moins traditionnelles.

Jusqu’à  présent, Sant’Egidio possédait trois églises à  Rome : Santa Maria in Trastevere, San Bartolemo all’Isola et la Trinità  dei Pellegrini. Or, cette dernière vient de lui être enlevée au profit des traditionalistes de la fraternité Saint Pierre avec l’érection d’une nouvelle paroisse territoriale.
[…]

Cette communauté qui est en recul vise, pour reprendre du poil de la bête, une université libre celle de Saint Pie V, qui malgré ce patronage inquiétant (un Pape dominicain adulé par les intégristes qui a donné son nom à  une messe et inspire les velléités de croisade contre l’islam en bon vainqueur de Lépante en 1571) est en fait plutôt libérale et très éloignée de l’intransigeantisme clérical actuel.

La vision prophétique d’un économiste éclairé

Pierre Larrouturou n’est pas un économiste comme un autre. Militant du PS, délégué national chargé de l’Europe depuis plus de deux ans, il vient de publier un livre très accessible et bien instructif, intitulé 20 bonnes raisons et 1 stratégie pour en finir avec Sarkozy1. L’auteur ne se contente pas de nous rappeler des chiffres, il nous présente aussi son expérience récente au parti socialiste.

Et d’abord, les données du chômage. Les vrais chiffres dépassent de beaucoup les 1.900.000 demandeurs d’emploi annoncés officiellement pour mars 2008 mais qui ne représentent qu’une première catégorie (sur 8) des demandeurs d’emploi. Tous totalisés, sans oublier les chômeurs de plus de 55 ans (dispensés de recherche et donc soustraits des statistiques officielles) et la moitié des Rmistes, c’est à  plus de 4.430.000 chômeurs que l’on arrive !

En regard de ce chômage massif, Pierre Larrouturou souligne l’exceptionnelle productivité des travailleurs français qui arrivent en troisième position derrière les Norvégiens et les Américains pour la productivité par heure de travail. Si bien qu’un économiste très « à  droite » comme Jacques Marseille écrivait dans Le Figaro qu’avec la productivité des Anglais ou des Japonais, il nous faudrait
5 millions de travailleurs supplémentaires pour produire la même quantité de biens ! La solution du problème social n’est donc pas de « travailler plus pour gagner plus », mais de partager le travail. Pierre Larrouturou milite depuis une quinzaine d’années, avec le soutien de Michel Rocard, pour la semaine de 32 heures, soit quatre jours de travail. […]

Femmes-prêtres œexcommuniées : c’est la curée !

On sait que le position officielle du Vatican est qu’une femme non seulement n’a pas le droit d’être ordonnée mais ne le peut pas en rigueur de terme puisque l’à‰glise ne se sent pas autorisée à  ordonner des femmes, ce qui veut dire qu’une éventuelle ordination serait invalide.

Un Nonce Apostolique eut un jour l’impudence de comparer l’ordination d’une femme au fait de baptiser un oiseau. Plus loin encore, certains théologiens médiévaux se demandaient sérieusement si les femmes avaient une âme. En 1994, par la lettre « Ordinatio sacerdotalis » le Pape Jean Paul II excluait absolument de façon quasi infaillible et définitive une telle ordination.

A présent, le Saint-Siège vient de publier un décret dans lequel il déclare ipso facto (en droit « latae sententiae » mais cela revient au même) excommuniée toute femme qui serait ordonnée et tout évêque qui lui imposerait illicitement et invalidement les mains.

Il faut savoir en effet qu’en juin 2002, sept femmes, allemandes, autrichiennes et américaines avaient été ordonnées prêtres au sein d’une communauté fondée par un ancien prêtre catholique originaire d’Argentine, Romulo Antonio Braschi. Ces femmes, aussitôt après leur ordination, reçurent un ultimatum de la Congrégation pour la doctrine de la foi, leur laissant quelques jours de réflexion et la possibilité de renoncer à  leur ordination, reçue invalidement d’ailleurs selon Rome. Le Saint-Siège, faute d’une réponse positive en ce sens de leur part, les avait finalement excommuniées par décret de la congrégation pour la doctrine de la foi dirigée en ce temps par l’alors cardinal Joseph Ratzinger. Selon Rome, il s’agissait en effet d' »un délit grave contre la constitution divine de l’à‰glise ». […]

Europe : la chasse ouverte aux immigrés

A une confortable majorité, les parlementaires des vingt-sept à‰tats viennent d’approuver la directive sur l’expulsion et la rétention des personnes en situation irrégulière. Au même moment en France, on assiste à  un taux record des reconduites à  la frontière. Le pays des droits de l’homme a du plomb dans l’aile.

Soumis au vote des eurodéputés, œla directive retour était adoptée le 18 juin, par 367 voix pour, 206 contre et 109 abstentions. En 2005, une Commission avait sorti un petit œlivre vert qui définissait une œapproche communautaire de la gestion des migrations économiques et considérait l’immigration comme une nécessité du fait du vieillissement de la population. Quelques grandes idées qui ont fait long feu, et dont le message a été sensiblement altéré… Selon le langage officiel, un pas important a été fait vers l’harmonisation de la législation en matière de rétention et d’expulsion des personnes en situation irrégulière. Harmonisation, le maître mot qui nous joue une drôle de mélodie. En clair, un concert à  vingt-sept vers moins de protection et plus de répression. […]

Ce que veut le patronat et une économie de plus en plus libérale : une main-d’oeuvre au moindre coà»t destinée à  servir les intérêts des pays riches, tolérée selon les lois du marché, remise aux forces de l’ordre lorsqu’elle n’est plus utile. Idée de précarité dans l’air du temps qui trouve ici son apogée. En France, il y a une courbe en hausse, celle des expulsions. Entre juin 2007 et mai 2008, le nombre d’étrangers en situation irrégulière reconduits dans leur pays s’élève à  29 729, soit une augmentation de 31 %. Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Identité nationale – et très accessoirement du Codéveloppement, s’en félicitait le 19 juin. Le même jour, François Zimeray, ambassadeur pour les droits de l’homme nommé en février dernier, remettait au Comité des droits de l’homme de l’Onu son rapport sur le respect des droits fondamentaux sur le sol français…