Délire et amertume face au spectre du génocide des Tutsi

Après plus d’une décennie d’illusions et d’entêtement, les génocidaires en cavale et leurs alliés commencent à  déchanter ! Jusqu’à  présent, la lutte armée qu’ils préconisaient n’a pas abouti aux fins escomptées ! Apparemment, la voie de la négation du génocide des Tutsi empruntée n’est pas aussi rassurante qu’ils le croyaient ! Face au spectre du génocide des Tutsi, un désarroi perceptible fait surface parmi des ténors du négationnisme pur et dur ! Ceux d’entre eux à  l’esprit mieux éclairé ressentent davantage l’acuité et le poids de leurs ignobles crimes. C’est dans ce cadre qu’il faut placer l’effort ultime de défendre l’indéfendable entrepris par les plus passionnés de ces négationnistes !

Etrange comparaison des génocides reconnus

Avec un élan remarquablement tordu, l’ex-FAR[[FAR : Forces Armées Rwandaises, dénomination officielle de l’ancienne armée du Rwanda sous le régime de feu Juvénal Habyarimana. Cette armée a été impliquée dans l’exécution du génocide des Tutsi perpétré après la mort de l’ancien président rwandais.]]. Emmanuel Neretse a traduit son amertume mal maîtrisée dans un article intitulé : «Rwanda, justice et réconciliation rendues impossibles ?» [[Article publié sur le site : www.musabyimana.be , une tribune des partisans du régime de feu Juvénal Habyarimana]] dans lequel il tente d’expliquer et d’altérer l’histoire du génocide des Tutsi à  travers un étrange parallélisme comparatif avec d’autres génocides reconnus. Dans sa curieuse explication, c’est à  peine s’il reconnaît l’holocauste et le génocide des Arméniens ! Le seul bénéfice qui lui permet de concéder l’historicité de ces pogroms est dà», non pas à  leur caractère génocidaire, reconnu comme tel par le reste du monde, mais affirme-t-il, au fait que les Juifs et les Arméniens ne disposaient pas d’une armée et qu’en conséquence, ils n’ont pas eux-mêmes vaincu militairement leurs bourreaux !

Qu’à  cela ne tienne, l’ A.P.R [[A.P.R : Armée Patriotique Rwandaise, c’est la branche armée du F.P.R, organisation qui battu militairement les ex-FAR, mettant ainsi fin au génocide dirigé contre les Tutsi.]] n’était pas une armée formée à  l’intérieur du pays, mais bien une force constituée en exil, par des réfugiés rwandais qui n’avaient pas eu d’autres choix pour faire valoir leur droit à  la patrie. Voulant désespérément retourner chez eux, la lutte armée s’est imposée comme solution après trois décennies d’attente et de vie pénible à  l’extérieur de leur terre natale ! Cela dit, en 1994 au Rwanda, ce ne sont pas les paysans Tutsi que l’on exterminait, qui se sont militairement défendus contre les criminels qui les massacraient. Il est étonnant qu’un ancien militaire tel que Emmanuel Neretse ne sache saisir cette cruciale différence !

Perdu dans la logique comparative qui est la sienne, cet ex-FAR semble regretter amèrement qu’une armée adverse ait effectivement pu mettre fin au génocide perpétré contre une partie de la population rwandaise! Emmanuel Neretse ne manque pas d’indécence pour conjurer le mal qui le hante ! Poursuivant le fil de ses élucubrations, il fait remarquer qu’à  la différence des Arméniens et des Juifs qui habitent respectivement en Arménie et en Israà«l, les Tutsi sont coupables de vivre actuellement au Rwanda ! Le génocide de 1994, à  défaut de pouvoir exterminer totalement tous les Tutsi, semble-t-il, aurait au moins dà» les expulser hors du pays, car les génocidaires promettaient de faire du Rwanda un «hutuland» purifié de toute présence d’un Tutsi !

En voilà  une suggestion que les spécialistes de l’ONU devraient peut-être prendre en compte pour résoudre le problème du Darfour : expulser ceux que le gouvernement veut exterminer ! Emmanuel Neretse s’en réjouirait sans doute, puisqu’il semble dire que les Tutsi auraient dà» se trouver aujourd’hui en «Abyssinie», comme le préconisait le tristement célèbre Léon Mugesera, dans son discours de 1992 à  Kabaya, la voie à  emprunter étant la rivière Nyabarongo o๠les Tutsi ont effectivement été jetés en grand nombre durant le génocide de 1994.

L’auteur, pourtant friand de comparaisons, évite paradoxalement tout rapprochement qui ferait ressortir les ressemblances entre les trois génocides qu’il mentionne ! Ainsi, semble totalement lui échapper toute similarité entre les SS allemands et les GP (Garde présidentielle), deux unités qui se sont particulièrement illustrées dans l’accomplissement de leur sale besogne ! Il ne met pas non plus au grand jour la frappante ressemblance des terminologies, toutes déshumanisantes, employées lors des trois génocides auxquels il fait référence ! Enfin, il oublie de rappeler que les trois génocides font l’objet du négationnisme de la part d’individus comme lui, très peu soucieux de la factualité historique!

La reconnaissance du génocide des Tutsi: un tort commis par l’ONU ?

A la grande déception d’Emmanuel Neretse et de tous ceux qui partagent cette fallacieuse dialectique, le F.P.R a non seulement vaincu militairement l’armée génocidaire en 1994 mais, parce que victorieux, il se maintien à  la tête du gouvernement actuel ! Le comble de l’amertume de cet ancien breveté d’Etat-major se trouve exprimé dans cette immorale et décevante affirmation : « Le plus grand tort de l’O.N.U (la communauté internationale) est d’avoir reconnu qu’il y eu génocide au Rwanda en 1994 » (sic) !

Pris dans une tourmente d’argumentation, il avance également un cynisme invétéré propre aux génocidaires rwandais en cavale : « le plus grand tort qu’a causé la communauté internationale au peuple rwandais, dit-il effrontément, n’est pas d’avoir fermé les yeux (sous entendu sur le massacre des Tutsi), n’est pas non plus d’avoir refusé d’imposer la paix entre les belligérants en 1994 (le partage du pouvoir avec les Tutsi étant hors de question), mais d’avoir reconnu l’incontournable réalité du génocide auquel a participé l’armée dans laquelle Neretse était engagé ! Autrement dit, il exonère aisément la communauté internationale de n’être point intervenue pour mettre fin à  l’extermination des Tutsi (sort qu’ils méritaient), mais il ne peut concevoir que les ignobles exploits de ses compagnons soient nommés par leur nom. Rien qu’à  imaginer de tels raisonnements tenus par des gens qui rêvent de reconquérir le pouvoir au Rwanda, on en a la chair de poule ! Nous suggérons à  Monsieur Neretse d’apprendre à  vivre avec son amertume, car un génocide ne peut avoir d’autre appellation que celle qui l’identifie, même si, visiblement, cela le dérange tant !

Sa seule consolation sera peut-être le fait qu’il partage ses tourments avec bien d’autres comme lui et leurs sponsors déçus par la présence du F.P.R à  la tête du Rwanda ! C’est dans cette optique que se situent les poursuites judiciaires franco-espagnoles contre les hauts gradés de l’armée actuelle du Rwanda, une tentative désespérée d’évincer un adversaire qui, jusqu’à  présent, s’est montré solide et résistant à  tous les coups ! Le recours à  la justice ainsi que la campagne médiatique déclenchée annuellement ne sont qu’une diversion destinée à  désorienter une opinion de plus en plus croissante, choquée par les atrocités commises lors du génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda.

Eloge et fidélité à  l’idéologie de la haine

Dans sa scabreuse logique, Emmanuel Neretse épouse fidèlement le contenu et l’orientation du discours prononcé par le Président Grégoire Kayibanda le 11 mars 1964. Ce « père » de la «révolution de 1959» espérait que le massacre des Tutsi perpétré la veille et le lendemain de l’indépendance du Rwanda reste un détail insignifiant dans l’histoire du Rwanda. Le qualificatif de «révolution» devait ainsi à  la fois justifier ces massacres et en effacer définitivement le caractère criminel.

C’est d’ailleurs pour cette raison que ceux qui s’étaient rendus coupables de ces crimes ont bénéficié d’«une amnistie générale et inconditionnelle» de la part de Grégoire Kayibanda [[Journal Officiel (du Rwanda) 1963, p 299.]]. Le texte précise que cette amnistie ne concernait pas des «infractions des personnes qui ont lutté contre la libération des masses opprimées» (sous entendu les Inyenzi [[Inyenzi : Littéralement signifiant «cancrelats». Surnom attribué aux membres de la rébellion armée qui luttait contre l’armée du Rwanda dans les années 1960. Ce même surnom sera étendu aux Tutsi en général lors de la campagne de la haine reprise dans les années en octobre 1990. Cette terminologie déshumanisante est l’une des caractéristiques communes aux projets génocidaires du 20 ième siècle.]] et leurs complices) ! En blanchissant arbitrairement les uns et en condamnant unilatéralement les autres, ce président a entériné ainsi un antagonisme social qui allait se pérenniser jusqu’en 1994. Visiblement, des individus tels que Neretse regrettent de voir s’effriter cette logique destinée à  perpétuer la haine entre Rwandais! Grégoire Kayibanda eut tort de croire avoir définitivement scellé le sort des Tutsi en les privant de tout ce qui faisait d’eux des citoyens dignes et fiers de leur pays, au même titre que tous les autres Rwandais !

En 1973, les Tutsi, qui avaient été condamnés à  expier tous les maux (kumara imanza), ont une fois de plus été la cible de massacres, permettant ainsi au gouvernement de l’époque de camoufler la mauvaise gestion du pays. Mais cette fois-là , Grégoire Kayibanda en a payé le prix, politiquement et physiquement, aux mains de son bras droit d’alors •qui était aussi chef de la Garde Nationale•, Juvénal Habyarimana !
Comme lors de la première république, la seconde république est née dans un bain de sang des Tutsi ! Sans doute était-ce cela même qui aurait dà» se produire en 1994, si la démence et l’excès diabolique ne s’étaient emparés de certains esprits qui, aujourd’hui encore, ne saisissent pas la magnitude des pensées qui les ont animés.

Depuis le coup d’état de juillet 1973, Juvénal Habyarimana avait clairement montré que sa politique à  l’endroit des Tutsi ne différait guère de celle de son prédécesseur. La lecture de son passage au gouvernement nous permet de voir qu’il se réservait également le droit de recourir à  l’extermination des Tutsi pour se maintenir au pouvoir s’il le jugeait nécessaire. C’est à  cette fin que fut maintenu l’étiquetage ethnique des Rwandais dans les documents administratifs.

Il avait même pris des dispositions légales susceptibles de lui épargner toute poursuite légale, si ses crimes étaient reconnus par la communauté internationale comme constitutifs d’un génocide. Lors de la ratification de la convention de Genève sur la répression et la prévention du génocide, le gouvernement de Habyarimana avait ainsi précisé qu’il ne se considérait aucunement lié par l’article 9 de cette convention, qui le forcerait à  se soumettre à  une Cour Internationale en cas de génocide! [[Journal Officiel (du Rwanda) 1975, page 230.]]. De toute évidence, autant sous sa gouverne que sous celle qui l’a précédé, le recours à  l’extermination massive des Tutsi a toujours été une option ouverte.

A la lecture du texte d’Emmanuel Neretse, on entrevoit le désarroi qu’il partage avec un certain nombre d’individus, déçus parce que tous les remparts mis en place par les extrémistes hutus pour perpétuer le pouvoir en leur main n’ont pas résisté aux conséquences fâcheuses de leurs exactions. Le génocide des Tutsi de 1994 a été perpétré à  une époque o๠l’information circulait rapidement, le monde entier observant en temps réel, ces ignobles crimes. Cela a entraîné une désapprobation immédiate et sans équivoque du comportement de l’armée génocidaire dont faisait partie Emmanuel Neretse. En revanche l’opinion internationale manifestait sa sympathie à  l’endroit de ceux qui luttaient pour arrêter le génocide au moment même o๠l’ONU venait de manquer à  son obligation de maintenir la paix. Ceux qui songent encore à  reprendre les machettes devraient tenir compte de cette nouvelle donne qui fera partie aussi du monde de demain.

Toute tentative de dissimuler ou nier le génocide des Tutsi aujourd’hui est une peine perdue ! Les jugements rendus par le T.P.I.R rendent la tâche difficile à  ceux qui rêvent d’en finir une fois pour toute avec les Tutsi ! Désormais, trois obstacles de taille sont érigés solidement à  leur chemin: Une force politique victorieuse qui est au pouvoir au Rwanda ; des crânes et des squelettes silencieuses des victimes qui envoient un message fort devant lequel personne ne reste indifférent ; enfin, des lois adoptées et des jugements rendus qui font jurisprudence dans la poursuite des présumés génocidaires!

Dans ces conditions, il sera de plus en plus difficile pour les négationnistes de trouver des partenaires, dans la mesure o๠ces derniers se retrouvent en train de lutter contre les principes et les valeurs sur lesquels leurs propres pays sont fondés ! Seuls ceux qui se sont souillés les mains aux côtés des génocidaires persévèrent encore dans cette mésaventure sans issu. Mais pour combien de temps ? Seul l’avenir nous le dira.

De par sa formation, Emmanuel Neretse croyait fermement que l’extermination des Tutsi était chose normale, dans la mesure o๠il s’agissait d’abattre un ennemi tel que défini et annoncé dans un communiqué de l’état-major rwandais en 1992, sur les ondes de la radio nationale rwandaise. Cet ex-FAR, comme tant d’autres individus convaincus du bien-fondé du génocide, ne semble point saisir la différence pourtant fondamentale entre un citoyen ordinaire et un militaire, que celui-ci appartienne à  une armée nationale ou rebelle. Un citoyen ordinaire, désarmé, ne peut en aucun cas être défini comme un ennemi. Or ce sont là  les personnes qui ont été exterminées, est-il besoin de le lui rappeler ?

Sans doute doit-il se demander pourquoi la justice, nationale et internationale, se penche sur les crimes perpétrés à  l’endroit des Tutsi alors que dans son esprit, ces derniers n’auraient que subi le sort qu’ils méritaient ! La réconciliation n’arrange guère les négationnistes comme lui, car ils sont enfermés dans une logique exclusivement antagoniste o๠la politique ne se conçoit qu’en termes ethniques, de là  qu’ils insistent continuellement sur l’antagonisme Hutu/Tutsi qu’ils alimentent contre vents et marrées. Le bastion négationniste étant situé en Belgique, cela entraîne une vision limitée et déformée de la situation qui prévaut au Rwanda, car elle est calquée sur une société marquée par un antagonisme vieille de plusieurs décennies qui, d’ailleurs, a été exportée au Rwanda par des colons et des missionnaires catholiques.

Cependant, les négationnistes et leurs acolytes ont été rattrapés par l’histoire de leurs crimes! Ils ont beau clamer qu’il n’y pas eu de planification du génocide des Tutsi, il leur est impossible de prouver que les centaines de milliers de crânes et d’ossements éparpillés sur tout le territoire rwandais sont ceux des ennemis qu’ils nommaient « cancrelats » et « serpents », tout comme il leur est impossible de justifier qu’il fallut exterminer des centaines de milliers de citoyens ordinaires sous le fallacieux prétexte qu’ils étaient complices de leurs adversaires.

Eu égard à  son passé au sein d’une armée au parcours peu glorieux et au service d’un gouvernement responsable du calvaire des millions de Rwandais, Emmanuel Neretse devrait avoir la décence de s’abstenir de donner des leçons à  qui que ce soit ! Il a beau traiter le régime en place d’ « enfant gâté » par la communauté internationale, il n’en demeure moins que Kigali prône la coexistence pacifique entre tous les Rwandais, alors que les partisans du régime déchu dont il est un reliquat rêvent encore d’un Rwanda o๠les Tutsi n’auraient aucune place! D’importantes leçons d’humanité doivent encore être apprises par certains individus comme Emmanuel Neretse ! Hélas, apparemment : ils ne changeront pas !

Par Jean-Claude Ngabonziza

Avec l’église du œMilieu

Tous nos yeux se portent vers la Chine, à  laquelle nous allons consacrer dans un prochain numéro de la revue Golias un dossier fourni et documenté. Par son immensité, par la rapidité de son évolution, par le dynamisme démographique et économique qui le traverse, ce pays qui est un continent à  lui tout seul constitue à  l’évidence la force émergente du monde de demain.

Pour comprendre son histoire et son futur, il faut abandonner nos lunettes d’occidentaux. Héritier de plus de 4000 ans d’histoire, ce pays est le plus peuplé du monde même si une régulation des naissances très stricte y est pratiquée. Officiellement communiste, ce pays voit en réalité se côtoyer libéralisme et contrôle autoritaire. Depuis 2001, la Chine a rejoint l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Toutefois, la situation des droits de l’homme dans ce pays sinon justifie du moins explique les mouvements d’opposition au déroulement des Jeux olympiques de Pékin.
Ce décor une fois campé, il faut sans doute mesurer les enjeux. L’avenir du monde entier dépend pour une large mesure de la Chine qui va devenir assez vite la première puissance économique. Le défi qui se pose à  nous est de participer à  l’évolution de ce pays vers plus d’humanisme et de respect des individus. […]

l’impasse dun restauration : entre hallali et alléluias !

Benoît XVI a décidé de prendre en mains le devenir de l’épiscopat français. Il vient de nommer plusieurs évêques néo-conservateurs. Des choix qui ne font que renforcer les appels de certains prélats aux communautés traditionalistes et charismatiques à  la rescousse de diocèses en péril. Une stratégie de repli identitaire qui risque d’étouffer toutes formes d’initiatives audacieuses.

Le Pape vient de procéder à  quatre nominations épiscopales en France, en attendant d’autres qui ne sauraient tarder. Après la désignation à  Luçon d’un curé de Paris, le Père Alain Castet, remplacé à  St François Xavier par l’actuel vicaire général Mgr Patrick Chauvet, deux prêtres du diocèse de Paris deviennent auxiliaires et proches collaborateurs du cardinal André Vingt-Trois.

Il s’agit de Mgr Eric de Moulins-Beaufort, 46 ans et Mgr Renauld de Dinechin, 50 ans. Le Pape a également nommé nouvel évêque de Laval, Mgr Thierry Scherrer, 49 ans, curé de la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix. Enfin, Mgr Christophe Dufour, 61 ans, évêque de Limoges, devient archevêque coadjuteur d’Aix en Provence.

On notera que NN SS de Moulins-Beaufort, de Dinechin et Scherrer, tout comme d’ailleurs Alain Castet et Nicolas Brouwet nommé il y a peu évêque auxiliaire de Nanterre, sont très clairement identifiés et identifiables comme s’inscrivant dans un courant de restauration ratzingérienne, quelles que puissent être leurs réelles qualités personnelles, notamment intellectuelles pour Eric de Moulins-Beaufort et Thierry Scherrer.

La promotion de Mgr Dufour était attendue. Son nom était déjà  cité pour le diocèse de Lille, mais priorité fut donnée à  Mgr Ulrich, en sa qualité de vice-président de la conférence épiscopale française. Affable et même cordial, cet homme doux et un peu timide, qui a laissé un bon souvenir dans le Nord o๠il exerça son ministère avant de coiffer la mitre, notamment comme aumônier scout, s’est rapproché des positions conservatrices en particulier dans le domaine de la catéchèse qui lui est confié. Il ne devrait guère contrarier l’essor des courants néo-conservateurs dans le diocèse d’Aix.

Ces récentes nominations confirment de façon éclatante la thèse d’une stratégie de reprise en main de l’épiscopat français de la part de Rome en nommant de nouveaux évêques, plus alignés sur Rome, conservateurs ou du moins susceptibles de suivre cette dynamique. […]

Les chrétiens et Mai 68 revisités par Le Monde

Golias a plusieurs fois réagit à  une certaine lecture de l’histoire et de l’information proposée par le chroniqueur religieux Henri Tincq. En instrumentalisant des travaux d’historiens il vient d’affirmer que les Charismatiques sont les héritiers de Mai 68 ! Il prétend aussi que les chrétiens contestataires ont confondu à‰vangile et révolution. Au final, une analyse un peu simpliste de cette période.

Mesure-t-on vraiment notre chance, en France, d’avoir en Henri Tincq un spécialiste aussi éminent et aussi objectif du catholicisme ? Dans le numéro du quotidien du soir, daté du 23 mai, le journaliste publie, en page 2, un article sur « Mai 68, un séisme dans les à‰glises ». Après six longs paragraphes informatifs et factuels, Henri Tincq en vient à  exposer, une fois de plus, sa lecture conservatrice de l’histoire.

Il dissimule mal sa satisfaction lorsqu’il souligne que le « gauchisme » a échoué dans les à‰glises et que « les contestataires ont disparu ou perdu la partie » pour céder la place au « Renouveau » de type charismatique. Déjà , en 2003, dans un livre intitulé «Dieu en France. Mort et résurrection du catholicisme», Henri Tincq avait développé longuement cette idée : l’avenir de l’à‰glise est assuré par les communautés nouvelles ; la stratégie qu’il avançait est d’ailleurs, sans doute, celle d’une partie de l’épiscopat français : faire « la synthèse entre des éléments de spiritualité traditionnelle et ces formes modernes de rassemblement, de liturgie et de vie communautaire ».
Dans son article du 23 mai dernier, Tincq récupère cette fois à  son profit un historien de renom, Denis Pelletier, qui affirme que les charismatiques sont les « héritiers paradoxaux » de Mai 68. Quel paradoxe, en effet ! Mais quelle démonstration pour cette thèse ? […]

Paroisse romaine pour les tradis de la Fraternité Saint Pierre

Le cardinal Camillo Ruini, vicaire de Rome (encore pour quelques semaines), vient de confier à  la très traditionaliste fraternité Saint Pierre qui célèbre la liturgie exclusivement selon les anciens livres liturgiques, une paroisse personnelle, dans le secteur central de Rome. l’Eglise de la Sainte Trinité dei Pellegrini. Il est vrai que les Eglises ne manquent pas à  Rome. Cette initiative viendrait du Pape Benoît XVI lui-même, le vrai évêque de Rome en droit.

Australie : Mgr Robinson : l’évêque rejeté par les siens

l n’est pas toujours bon, dans l’Eglise catholique, lorsqu’on est évêque de prendre la tangente et de s’écarter de la ligne de la plus stricte soumission à  l’orthodoxie. Les œfrères évêques, même s’ils sont parfois eux-mêmes tentés par certaines ouvertures, se montrent souvent assez durs et intransigeants envers qui aura franchi la ligne rouge. Jacques Gaillot en France en sait quelque chose.

Mgr Geoffrey Robinson, canoniste renommé et ancien auxiliaire de Sydney, désormais à  la retraite, vient d’être rejeté par la conférence épiscopale australienne qui l’accuse en effet d’avoir tenu des enseignements théologiques contraires à  ceux du magistère. Dans une déclaration que beaucoup estiment scandaleuse, la conférence, à  l’instigation du très conservateur cardinal George Pell, actuel archevêque de Sydney, (une figure controversée et volontiers provocatrice) a dénoncé le livre récent de Mgr Robinson dans lequel ce dernier commettrait de graves erreurs sur des questions doctrinales tranchées, qui n’ont rien de libres ou d’ouvertes, comme l’interdiction absolue du sexe hors mariage ou l’impossibilité d’ordonner des femmes. Cette déclaration est la première réponse à  un tel niveau au livre de Mgr Robinson « Confronting Power and Sex in the Catholic Church » dans lequel ce dernier estime que certaines questions doivent être traitées autrement, de façon plus audacieuse, et en tenant compte des éclairages de l’anthropologie contemporaine. […]

Un placard d’UCAR dans Le Monde : la publicité à  l’ère de la richesse qui s’exhibe ?

Les publicitaires semblent repousser les limites de la bienséance jour après jour. Entre provocation, humour noir et slogans choquants, tout semble possible lorsqu’il s’agit d’attirer l’attention du consommateur.

Si la publicité est un des miroirs d’une société, voici une page publicitaire qui donne la mesure du changement que vit la société française. Le journal Le Monde l’a publiée dans son numéro de jeudi 15 mai 2008. « Les pauvres sont dégueulasses. Ils polluent ».

Qu’on se rassure ! Ce n’est qu’une agence de location de voitures qui en appelle aux pouvoirs publics pour débarrasser le parc automobile français, par une prime à  la casse, des millions de vieilles voitures dépourvues d’équipement antipollution. Un second slogan prétend corriger le tir aussitôt : « Le droit à  la voiture propre pour tous ».

Un leurre inédit

Le leurre choisi pour capter l’attention, une injure, est manifestement inédit : il vise à  stimuler le réflexe du classisme sans complexe. Le mépris des « pauvres » est crié sur les toits : l’article défini « les » englobe le groupe visé dans sa totalité ; le choix du mot d’argot « dégueulasses » donne une frappe maximale à  l’injure ; enfin, l’ellipse entre l’expression de la cause et celle de son effet “ par l’omission de « car » – fait claquer le slogan qui impute au groupe incriminé la responsabilité du rejet qu’il suscite pour sa conduite « contre-nature » !
On n’est pas habitué à  entendre aveu aussi cynique. Même si la vie sociale offre une image contraire o๠le faible est impitoyablement écrasé et éliminé en cas de compétition, par compensation sans doute, il devient le centre de toutes les attentions quand sa faiblesse n’en fait le rival de personne ; au contraire, il peut même, à  son corps défendant, être le prétexte à  une émulation, sinon à  une compétition, parmi des bienfaiteurs qui cherchent à  se parer du manteau humanitaire pour atteindre d’autres buts.

Il suffit de songer aux incessantes campagnes qui brandissent le leurre d’appel humanitaire pour susciter le réflexe de culpabilité susceptible de déclencher la pulsion de don en échange de la bonne conscience recouvrée. Qu’on se souvienne de la campagne du paquet « Du riz pour la Somalie » d’octobre 1992 dont l’un des animateurs majeurs était l’actuel ministre des Affaires étrangères portant un sac sur le dos devant les caméras du monde entier ameutées, pantalon retroussé et pieds nus dans l’écume des vaguelettes d’une plage pour montrer que les dons parvenaient bien à  leurs destinataires affamés !
Une tradition de retenue relative

Cette publicité invente si on ose dire le leurre d’appel anti-humanitaire ou le leurre d’appel cynique pour obtenir des pouvoirs publics qu’ils subventionnent l’achat par les « pauvres » de véhicules neufs à  seule fin de porter assistance à  l’industrie automobile. Ainsi la stimulation du réflexe socioculturel conditionné de protection de la nature l’emporte-t-il désormais sur les réflexes de compassion et d’assistance à  personne en danger déclenché par les leurres d’appel humanitaire traditionnels.
Sans doute le classisme n’a-t-il pas attendu cette publicité pour s’exprimer et gouverne-t-il les relations sociales depuis longtemps, sinon toujours : il suffit de relire Victor Hugo et Les Misérables. Le pauvre dans sa crasse a toujours soulevé le coeur des classes sociales aisées et, il faut l’avouer, avec raison, car l’hygiène exige quelques moyens. Le problème, cependant, est qu’elles déduisaient un peu vite de la crasse matérielle des intéressés une dépravation obligatoire dont elles n’étaient pas davantage épargnées.

« Sales pauvres ! » est un cri du coeur qu’on a souvent entendu, mais à  voix basse. Mais la tradition chrétienne et le mouvement socialiste du XIXe siècle empêchaient jusqu’ici de le clamer sur les toits : « le pauvre » pour l’une et « le prolétaire » pour l’autre étaient paradoxalement érigés en modèles. Les riches avaient à  coeur de se racheter et
affectaient de multiplier les bonnes oeuvres pour témoigner de leurs bons sentiments : la charité est moins coà»teuse que la justice. Il semble donc qu’à  l’ère de l’argent qui se pavane, cette publicité témoigne d’une rupture des freins moraux qui contenaient jusqu’ici plus ou moins les pulsions les plus sordides.

Un humour impuissant à  couvrir le cri de haine

Sans doute, le second slogan vise-t-il à  tempérer ce cri de haine et de proscription par une revendication d’autant plus volontiers égalitaire qu’on la sait inaccessible : « Le droit à  la voiture propre pour tous ». La première vocifération n’en est pas pour autant couverte par ce souhait généreux. On entend bien aussi qu’il se glisse dans l’outrance même du cri un trait d’humour qui invite à  prendre à  la légère ce qu’on a cru devoir prendre au sérieux. Il s’agit en réalité d’un appel à  la solidarité nationale pour venir en aide à  ceux qui ont de vieilles voitures et pour lutter contre la pollution qui menace la planète.

On le veut bien. Mais on a beau faire, le cri de haine a été proféré si fort qu’on ne parvient pas à  le couvrir ni à  le faire taire. L’humour noir invoqué est difficile à  manier. Il ne se pratique en général qu’en petit comité, selon le mot de Pierre Desproges : « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui » ! Or, ici, publicité oblige, on est sommé de sourire avec tout le monde et on peut ne pas en avoir envie. C’est sans doute pourquoi subsiste un malaise.

Paul Villach

Les pensées secrètes de Martini

Dans un ouvrage récent, le cardinal Martini se livre sans concessions. On découvre un homme plein d’espoir et de confiance malgré la désillusion de n’avoir pu vivre dans une à‰glise moderne et tolérante

Même les cardinaux italiens ont des pensées inavouées et secrètes. Le bon cardinal jésuite Carlo Maria Martini, connu pour ses ouvertures audacieuses toutes évangéliques, vient à  plus de 80 ans de se confier dans un livre au titre suggestif « Colloqui notturni a Gerusalemme » édité d’ailleurs en Allemagne par Herder.

Il nous livre le dialogue de l’ancien archevêque de Milan avec un autre jésuite, le Père George Sporschill. Longtemps considéré comme opposant idéologique à  Jean Paul II, Martini faisait également figure de Papabile polyglotte et éclairé, très engagé dans le dialogue oecuménique et interreligieux.

Aujourd’hui Son à‰minence qui met à  profit sa retraite à  Jérusalem pour prier et réfléchir nous livre ses pensées secrètes et inavouées, par exemple sur le ministère épiscopal, dont il déplore qu’il prenne si souvent un tour conformiste et bêlant. Au contraire, selon lui, un évêque devrait prendre des initiatives audacieuses et savoir engager un dialogue libre et incertain avec les plus éloignés de l’Eglise. Le cardinal fait ainsi mention de sa visite en prison aux militants des Brigades Rouges.

Carlo Maria Martini reconnaît très sincèrement ses doutes et ses hésitations d’homme. Il admet avoir eu des difficultés avec Dieu et la foi en lui. En particulier au sujet de la mort du Christ sur la croix. « Même comme évêque quelquefois je ne pouvais pas regarder un crucifix parce que l’interrogation me tourmentait ».

S’il pouvait parler à  Jésus, le cardinal lui demanderait s’il continue à  l’aimer malgré ses faiblesses et ses erreurs. Manifestement, Mgr Martini laisse deviner sa souffrance face à  une à‰glise qui se referme sur elle-même et qui se ferme à  l’espoir de Vatican II. « J’ai rêvé d’une à‰glise dans la pauvreté et dans l’humilité; qui ne dépende pas des puissances de ce monde. Une à‰glise qui accorde une place aux gens qui sont loin. Une à‰glise qui donne du courage en particulier à  qui se sent petit et pêcheur. Une à‰glise jeune ». Aujourd’hui ses rêves sont cruellement déçus. […]

Sergio Marino

Bolivie : la fronde des grands propriétaires

En Bolivie, les départements les plus riches refusent de mettre en place la réforme agraire du Président Morales. Aux mains des multinationales, certaines de ces régions continuent à  exploiter la population indienne et de concentrer les richesses.

A l’issue du référendum anticonstitutionnel du 4 mai dernier, le département de Santa Cruz se déclarait autonome. Coup de force pour le contrôle de la région la plus riche du pays, l’arrêt du processus de réforme agraire et de libération des Indiens exploités dans les haciendas.

Le 18 décembe 2005, à  l’issue d’élections parfaitement démocratiques, la Bolivie se donnait, pour la première fois depuis son indépendance en 1825, un président d’origine amérindienne. Evo Morales, le œpresidente indio, peu apprécié de l’élite opposée au programme du Mas-Mouvement vers le socialisme : élimination de la ségrégation ethnique, annulation des privatisations, lorsque vingt-six compagnies multinationales exploitent les ressources naturelles. Les manoeuvres entachées d’irrégularités qui ont mené au référendum du 4 mai 2008 ne sauraient surprendre. Avec ses 370.621 km2, le tiers de la superficie nationale, Santa Cruz est le plus vaste des départements boliviens. Industries, hydrocarbures, mines de fer et de manganèse, élevage, production agricole (la moitié du pays) assurent à  ses 2,4 millions d’habitants, majoritairement blancs et métisses, le plus haut indice de revenus. […]

Le choix entre bénédiction et malédiction

Les bénédictions et malédictions sont précisées au chapitre 28, et la TOB donne en marge les parallélismes entre les « promesses de bonheur » et les « menaces de malheur ». Si tu écoutes la voix du Seigneur¦ le « Seigneur ton Dieu » te rendra supérieur à  toutes les nations du pays.

Tu auras richesses et bonheur, tes greniers regorgeront de nourritures, les pluies tomberont à  bon escient…. Le contraire « si tu n’écoutes pas la voix du Seigneur ton Dieu ». L’écrivain sacré nous assure alors défaite face à  nos ennemis, famine, sécheresse, épidémie…

Des déductions s’imposeraient donc : pauvretés, maladies et cataclysmes seraient les conséquences de nos fautes, au contraire l’abondance des richesses, le triomphe de nos armées, la preuve des bénédictions divines sur nous. Autour de Job frappé par la maladie après une vie de
« juste » faste et bénie, ses « amis » reprennent les raisonnements antiques. Le Seigneur Dieu leur en fera reproche mais laissera sans explications le mystère du mal et de la souffrance.

Dieu veut pour les hommes le bonheur sur la terre ; le propos semble démenti par l’expulsion du paradis terrestre. En réalité celle-ci met fin à  la proximité entre Dieu et l’homme, une distance s’établit qui sera comblée pour les « justes ». Après la faute originelle nous gardons notre suprématie sur la création, le travail peut être pénible mais aussi source d’épanouissement et de libération. Les patriarches sont bénis dans leur vie matérielle ; à  Israà«l est promis un pays o๠coulent le lait et le miel. Le paradis terrestre est toujours là ¦

Peut-il être sans Dieu ? Chacun pour soi¦ Le livre du Deutéronome nous invite à  mettre un lien entre vie de bonheur sur terre lorsque nous suivons ses « commandements » et au contraire vie de malheur lorsque nous oublions le Seigneur Dieu. Les prophètes nous feront découvrir que le Seigneur met à  l’épreuve ceux qui lui sont les plus fidèles. La question n’est pas de dire « Seigneur, Seigneur » (Evangile du jour)¦ Elle n’est pas de faire de lumineux commentaires¦ Elle est d’inscrire profondément dans notre âme et notre coeur, l’amour de Dieu et celui de nos frères. Tout cela fait sympa¦ est-ce que ça ne reste pas théorique : « Aujourd’hui je vous donne le choix entre la bénédiction et la malédiction », entre la voie du bonheur, et celle du malheur, entre la vie et la mort¦ ?

La question est au présent et se décline en pratiques concrètes d’éthique sociale, plus que cultuelle chez le deutéronomiste : respect du Sabbat comme preuve d’amour de Dieu, mais tous les jours amour du prochain comme soi-même.