Dieu est-il conservateur ?

Pour le 5ème anniversaire de Mai 68, Jacques Fauvet
écrivait dans les colonnes du Monde : « La France ne s’est
jamais vraiment remise de mai 68. Grand frémissement ou profond ébranlement, aucune institution n’en est sortie tout à  fait indemne. »
Quarante ans après, Nicolas Sarkozy nous a promis, à  la veille de son sacre par les électeurs, de « liquider » cet « héritage ». Mais quel est donc cet héritage ? Pas seulement une révolte de la jeunesse en quête de « jouissance sans entraves » comme nous l’enseigne aujourd’hui Daniel Cohn-Bendit. Pas seulement des pavés et des voitures brà»lées comme on l’expose avec complaisance dans les livres d’histoire destinés aux jeunes d’aujourd’hui. Ce fut une révolte de la jeunesse étudiante mais aussi la plus grande grève de l’histoire de France : 8 millions de travailleurs en grève, occupant souvent leur usine. Un mouvement incomparablement plus puissant qu’en mai 1936. La nouveauté de Mai 68 est dans cette amorce d’une alliance entre les jeunes intellectuels et les ouvriers. Le Mouvement dévoilait soudain une aspiration à  un changement profond ; il n’était pas question seulement de revendications salariales mais, dans la formidable « prise de parole » que souligna Michel de Certeau, émergeait l’attente d’une autre vie. Certains parleront d’une authentique révolution populaire, d’autres d’une espérance spirituelle.

Pour autant, l’événement de Mai 68 n’est pas simple. Les causes s’entremêlent, tout comme les intérêts des acteurs du Mouvement. Les interprétations furent et restent donc fort diverses et nous en présentons dans ce dossier les principales tout en privilégiant celle du sociologue Edgar Morin qui nous paraît la plus pertinente.

Mais certains ont voulu voir dans le mouvement de Mai une aberration, une sorte de parenthèse, de récréation, dans la vie politique et sociale française. Et l’on ne manque pas de citer le fameux éditorial de Pierre Viansson-Ponté, le 15 mars 1968 : « Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c’est l’ennui. Les Français s’ennuient. » Pourtant, si l’on s’intéresse, ne serait-ce qu’au christianisme français, on relève dans les années et les mois précédant Mai 68 plus d’un signe du feu qui couvait. On les trouvera dans la petite chronologie qui braque le projecteur sur le monde chrétien. Elle a, en revanche, l’inconvénient de privilégier et de surévaluer ce qui s’est passé à  Paris au coeur d’un Mouvement qui a concerné toute la France. Mais l’exploration historique de Mai 68 reste à  faire.

Bien entendu, nous mettons l’accent, dans ce dossier, sur les chrétiens. Ils n’étaient pas tous restés indifférents à  la guerre menée par la superpuissance américaine au Vietnam ni à  ce qui se passait en Amérique latine. On a souvent évoqué, avec raison, un « tiers-mondisme chrétien » qui pose la question des moyens d’action “ et donc de l’action violente “ pour renverser les ordres établis et injustes. L’appel du Che, lancé en avril 1967, à  « créer deux, trois, de nombreux Vietnam » faisait d’ailleurs référence à  la mort au maquis d’un prêtre colombien, Camilo Torres. Ce dernier, comme le Che, apparut comme un martyr de la cause révolutionnaire.

Les textes que nous publions témoigneront de l’engagement d’un certain nombre de ces chrétiens, et pas seulement des jeunes. Deux hommes ont joué alors un rôle majeur : notre ami Jean Cardonnel qui, dès la fin de mars 1968, prêche le carême à  la Mutualité de Paris sur le thème « à‰vangile et Révolution » ; Golias est heureux d’annoncer la publication prochaine de ce Carême1.

A ceux qui nous suspecteraient de surévaluer le mouvement de Mai, nous citons ce qu’affirmait René Rémond, en 1986, lors d’un colloque de l’Institut catholique de Paris : « Très vite 68 a eu un grand retentissement dans l’à‰glise. Aucune institution, en dehors de l’Université, ne me paraît avoir été autant ébranlée par 68 que l’à‰glise. » Et René Rémond soulignait que, plus peut-être encore que les laïcs, c’est le clergé qui a été touché par « l’esprit de 68 » ; n’est-ce pas alors que l’expression « déclergification » apparaît, avant qu’à  l’automne 1968 ne se constitue le mouvement « à‰changes et Dialogue » ? Enfin la grave crise d’autorité a été encore renforcée, rappelons-le, à  la fin de juillet 1968, par l’encyclique Humanae vitae.

Golias

1. Jean Cardonnel œ Mai 68, de l’insurrection à  la Résurrection , éditions Golias (à  paraître fin avril 2008)

Les Chrétiens et MAI 68

Les chrétiens et Mai 68

DIEU EST-IL CONSERVATEUR ?

Golias n°119 – nb de pages : 88 – Prix 8 euros

Le JOURNAL :

– Les étranges placements de la hiérarchie catholique espagnole p.2
– Sécurité sociale du clergé : l’à‰glise de France n’assure pas p.6
– Toulouse : L’affaire des petits chanteurs ou œle supplice de la baignoire p.11
– L’affaire Cardonnel p.12
– Salvador : pas d’évêque de l’Opus Dei p.14
– Rwanda : l’abbé Athanase Seromba condamné à  perpétuité p.17
– La nouvelle œprière pour les Juifs est toujours ancienne p.19

Radioscopie

– Les chrétiens et Mai 68 DIEU EST-IL CONSERVATEUR ? p.21
– Mai 68 : des chrétiens engagés et l’à‰glise ébranlée ! p.22
– Un immense séisme politique p.23
– Chrétiens dans Mai 68 p.28
– Le discours des évêques français en mai-juin 1968 p.36
– Les prêtres (lyonnais) et Mai 68 p.39
– Les interprétations de Mai 68 en France p.44
– Epilogue : Edgar Morin : une révolution sans visage p.47

Grand Angle Fréjus

– Toulon : laboratoire d’une Eglise malade p.49
– L’aumônier des prisons refuse d’obéir à  son évêque p.53
– Des finances dans le rouge et le flou p.56
– Carqueiranne : cadeau royal pour école tradi p.57
– Dérives magico-spirituelles avec bénédiction épiscopale en prime ! p.59
– La sainte Baume : des moniales sacrifiées sur l’autel du Saint Sacrement p. 64
– Les nouveaux croisés de la Reconquista p.66

L’aventure chrétienne

– L’or d’Alexandrie p.70
– La trinité barbare p.72
– Du modernisme de jadis au relativisme d’aujourd’hui p.75
– Le Motu Proprio, partie visible de l’Iceberg p.78
– L’histoire de l’ordination des femmes dans l’à‰glise Unie du Canada p.83
André Mandouze, un chrétien dans son siècle p.86

Mgr Fernando Lugo : un Président très gênant

Le Vatican est pour le moins gêné de l’élection présidentielle au Paraguay d’un évêque suspendu, Mgr Fernando Lugo, âgé de 59 ans. Il met ainsi un terme souhaité et en fait ô combien désirable à  un règne de plus de soixante ans des « caudillos » au pouvoir du parti Colorado. Asuncion, la capitale a été plongée dans une très belle liesse suite à  l’annonce de cette victoire. Pour nombre de ses compatriotes, ce prélat incarne l’espérance d’en finir enfin avec la corruption, le chômage, la criminalité, les assassinats.

Dans son édition en date du 22 avril, L’Osservatore Romano a simplement annoncé œla victoire de Fernando Lugo, candidat de l’Alliance patriotique pour le changementœ, précisant par ailleurs que l’installation de Lugo était prévue le 15 aoà»t. Radio Vatican, pour sa part, a rapporté le 21 avril la nouvelle de l’élection, assortie d’un commentaire particulièrement positif. œLa victoire est allée à  Fernando Lugo, évêque émérite de San Pedro, suspendu ad divinis il y a plus d’un anœ, a ainsi indiqué la radio du pape avant d’estimer cependant, et il faut le souligner, que celui-ci avait su œinterpréterœ la œprivation de ce paysœ et la œmauvaise humeur des citoyens qui demandent depuis trop longtemps que leurs droits économiques soient respectésœ. Selon Radio Vatican, le nouveau président a aussi ajouté un autre élément fondamental : l’espérance.

Au lendemain de l’élection, la Conférence épiscopale paraguayenne a reconnu le nouveau président. Elle a également fait savoir qu’elle travaillait avec la nonciature apostolique à  Asuncià³n afin de réfléchir à  la décision que pourrait prendre le pape concernant le retour de Fernando Lugo à  l’état laïc, chose pour le moins inhabituelle quand il s’agit d’un évêque. Le président de la conférence épiscopale, Mgr Ignacio Gogorza, a précisé que c’est le Pape lui-même qui s’occupera d’une affaire si délicate.

Le 25 décembre 2006, l’évêque avait annoncé sa décision de présenter sa candidature aux élections présidentielles de 2008, assurant que sa renonciation à  son ministère de prêtre était œdouloureuse mais, en même temps, le rendait heureux car, désormais, sa cathédrale était le paysœ. Il avait aussi expliqué vouloir mettre fin à  une longue histoire d’exclusion sociale, sans hésiter à  pointer du doigt les responsables, faisant clairement référence aux 60 ans de pouvoir du parti Colorado.

Comme il se doit dans une telle circonstance, cet évêque avait aussitôt reçu un courrier du cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, lui expliquant que s’il ne renonçait pas à  ses activités politiques, il serait suspendu de ses fonctions, mais qu’il restait juridiquement un clerc. Ensuite, devant une telle détermination, la Congrégation pour les évêques avait mise à  exécution cette menace sans l’assortir toutefois de l’excommunication.

Recevant en audience au Vatican une vingtaine de nonces d’Amérique latine, en février 2007, Benoît XVI avait particulièrement rappelé œqu’il ne convenait pas aux ecclésiastiques d’être à  la tête de groupes sociaux ou politiques, mais à  des laïcs mà»rs et professionnellement préparésœ.

Mgr Lugo n’a jamais pu oublier que son propre père fut arrêté jadis une vingtaine de fois et que ses trois frères furent torturés et expulsés du Pays parce qu’opposés à  la dictature du général Alfred Stroessner. Ordonné prêtre en 1977, il se transféra pour cinq ans en à‰quateur o๠il travailla avec Mgr Leonardo Proano, évêque connu pour son engagement évangélique au service des plus pauvres. En 1994, il est nommé évêque de San Pedro Apostolo, dans lequel il était né.

L’enfant du risque

Résumé des épisodes précédents
Agnès, enceinte, n’a dit à  personne qu’elle avait été violée par un inconnu, un soir qu’elle sortait de la gare pour rejoindre sa grand-mère. Ses parents, qu’elle ne voit plus, ainsi qu’Henri Bergeron, un bottier qui en est amoureux, s’interrogent sur l’identité du père de l’enfant. Emue par la sollicitude dont fait preuve Henri à  son égard, elle lui avoue la vérité. Il se propose d’être le parrain du bébé.

Agnès le charge de mettre ses parents au courant.

Si les Duval étaient atterrés d’apprendre que leur fille avait été violée ils étaient surtout meurtris de constater qu’elle ne les avait pas jugés assez bons parents pour les mettre dans la confidence. Ils se consolèrent toutefois en apprenant que le bébé serait baptisé avec
pour parrain, Henri, leur sauveur.

Désormais, le cours des événements se précipita.
Au terme d’une quatrième rencontre avec Agnès, Henri lui déclare enfin son désir de l’épouser et de reconnaître l’enfant. Epanouie mais prudente, plus mà»re sans doute, elle lui propose d’attendre de voir le bébé avant qu’il ne s’engage définitivement.

Quelques mois plus tard, Agnès tient son petit Christophe aux yeux étonnamment bleus près des fonts baptismaux sous le regard admiratif de ses grands-parents et de son papa adoptif. Un mois plus tard, les parents se mariaient. C’était la première fois qu’un curé du diocèse célébrait le mariage d’un couple après le baptême de leur enfant, le brave homme ignorant évidemment tout de leur histoire.
Henri a vendu sa boutique de Guibray pour s’installer à  Caen et permettre à  sa femme de terminer ses études pour devenir gynécologue, attachée à  l’hôpital.

Quelques années après, la famille s’agrandit d’abord de Frédéric, qui préfèrera travailler avec son père plutôt que de poursuivre ses études, ensuite de Margot qui, après l’obtention d’un BTS, prendra la direction de la maroquinerie. Tous deux ne sauront jamais que Christophe n’était que leur demi-frère !

Ce dernier, un grand blond d’1M80, sportif amateur de handball, s’est inscrit à  la fac de droit pour devenir avocat. Au cours d’une manifestation houleuse d’étudiants, il fait la connaissance de Raymond, un jeune prêtre engagé au service des sans logis appelés depuis peu SDF. Emule à  la fois de St. Vincent de Paul et de l’abbé Pierre, Raymond passe la moitié de son temps à  secourir les exclus, l’autre moitié à  prier, prier n’importe oà¹, sur un quai, au café ou dans un taudis au milieu des mendiants ou encore avec eux sur la place du marché que les forains viennent de quitter. Aux yeux de Christophe, ce gars-là  est un saint, lumineux comme le message de l’évangile.

A la stupéfaction de sa famille et de ses copains de fac, le jeune homme décide d’entrer au grand séminaire pour devenir lui aussi le prêtre des paumés. Mais un ecclésiastique ne fait pas ce qu’il veut. Christophe, nommé vicaire dans une première bourgade, s’occupe activement des jeunes plus ou moins désoeuvrés mais l’évêque, un septuagénaire atteint d’inertie mentale, le trouvant un peu trop révolutionnaire à  son goà»t, ne le laissera que peu de temps à  ce premier poste ainsi que dans les cinq paroisses suivantes à  la demande, à  chaque fois, d’une poignée de fidèles choqués d’avoir un vicaire qu’ils soupçonnent d’être affilié à  la CGT.

Finalement, il deviendra aumônier attaché à  des hôpitaux du diocèse.
A la mort de leur mère, foudroyée comme Louise par un infarctus, les trois enfants se réunissent dans la maison familiale à  Caen. Le lendemain des obsèques, le père âgé de 80 ans demande à  Christophe de rester un jour de plus près de lui. Accablé par la mort de sa femme, il n’a qu’un désir, la rejoindre le plus tôt possible mais auparavant il veut se délivrer du lourd secret qu’il garde depuis trop longtemps. Ne trouvant pas les mots pour le dire, il tend le livret de famille à  Christophe qui découvre être né avant le mariage de ses parents. Compte tenu de l’éducation chrétienne qu’il a reçue principalement de son père, il s’en étonne sans toutefois en être choqué.

« Il faut croire que vous étiez si amoureux l’un de l’autre que vous m’avez conçu sans attendre d’être mariés ! Ne t’en fais pas, Dieu sait ce que c’est que d’aimer.

– Laisse-moi reprendre mon souffle. Ce que j’ai à  te dire est déchirant : ta mère était
enceinte avant que je la rencontre¦ enceinte malgré elle. Elle a été violée un soir, entre la gare de Fresné et la maisonnette de mémé Louise.

– J’ai donc été conçu le soir de ce viol ! haleta-t-il, la voix étranglée et les joues
sillonnées de larmes. C’est fou ça ! Elle a accepté de me garder dans son ventre et toi, tu as accepté de me servir de père. Vous êtes des saints tous les deux ! Mais alors, qui est mon géniteur ?

– Elle ne l’a jamais su car elle n’a pas porté plainte pour épargner sa grand-mère.

A propos, elle a toujours désiré que la maison de Fresné te revienne après sa mort. Dernier point : promets-moi de ne jamais dire à  Frédéric ni à  Margot que tu es leur demi-frère ! »

Par amour pour son arrière-grand-mère qu’il n’a pas connue, Christophe demande un changement d’affectation pour être à  proximité de cette maison o๠il élira définitivement domicile. C’est ainsi qu’il devient aumônier de l’hôpital d’Argentan à  une vingtaine de kilomètres de Fresné. Par mauvais temps, il préfère se déplacer par le train même s’il lui faut un quart d’heure de plus.

Parmi les malades qu’il visite régulièrement, il y en a un qui, sentant sa mort prochaine, lui fait, jour après jour, des confidences. C’est un octogénaire aux yeux étonnamment bleus, un ancien lanceur de javelot et architecte raté qui veut libérer sa conscience d’un crime resté impuni. Il y a une cinquantaine d’années, il n’a plus trouvé de sens à  la vie le soir o๠sa fiancée lui a annoncé sur le quai de la gare qu’elle refusait de travailler pour lui payer ses études d’architecte et qu’elle fréquentait un collègue de travail au Mans.

D’abord sonné comme un boxeur mis à  terre, puis le coeur envahi par la rage, il est sorti de la gare, ne sachant o๠aller. Il s’est engagé par hasard dans un chemin obscur.

Devant lui, une silhouette féminine ressemblait étrangement à  celle qui venait de le quitter. Il l’a suivie, l’a rattrapée et, dans un accès de folie, l’a maîtrisée pour la violer sans prononcer le moindre mot avant de s’éclipser dans la nuit.

FIN

Rwanda: quand le silence du Pape Benoît XVI suscite des remous !

L’année dernière, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a envoyé un message aux rwandais à  travers une lettre adressée au Président du Rwanda à  l’occasion de la 13 ième commémoration du génocide des Tutsi (1).Cette année, les habitants de ce pays mais aussi beaucoup de gens à  travers le monde marqués par ce génocide attendaient un mot de réconfort semblable, de la part du Saint-Père à  la même circonstance. A toutes ces attentes, le Souverain Pontife a répondu apparemment par un silence inexpliqué, du moins pour l’instant. Est-ce par mégarde ou c’est délibéré ? L’on peut espérer que c’est juste un contretemps dà» à  la désorganisation dont les services de communication du Saint-Siège font preuve de temps en temps.

Malgré le retard de publication de 45 jours et le contenu truffé de multiples équivoques dans son précédent message à  la même occasion (2), le geste posé par le Pape Benoît XVI garde sa portée réconfortante, revêt un symbole fort et universel, pour le monde d’aujourd’hui marqué par tant de souffrances ! Les messages qui accompagnent le triste anniversaire du génocide des Tutsi constituent un pilier pour sa mémoire, un soutien avant-gardiste pour la paix et un rappel à  la tolérance entre les peuples.

L’on peut rappeler qu’au cours de ce génocide des Tutsi, commémoré pour la 14 ième fois cette année, il y a eu plus d’un million de morts en trois mois. C’est sans précédent dans l’Histoire de l’humanité et jamais autant d’êtres humains n’avaient péri en si peu de temps auparavant ! Bien plus, un grand nombre de ces victimes avaient trouvé refuge dans des églises, croyant que ces lieux de prière seraient respectés par leurs bourreaux, mais hélas ce ne fut pas le cas ! Ces mêmes églises qui, hier étaient des lieux de prière, aujourd’hui sont des mémoriaux o๠reposent des centaines de milliers de crânes et d’ossements des chrétiens, assassinés atrocement par des extrémistes Hutus intoxiqués par une haine diabolique. Ce génocide était encouragé et soutenu par un gouvernement génocidaire autoproclamé, pendant que la hiérarchie locale de l’à‰glise catholique faisait preuve d’un mutisme qui lui est toujours reproché. La commémoration d’un événement tragique de cette ampleur ne devrait certainement pas échapper à  l’attention du Saint-Père, d’o๠les remous que suscite la publication tardive de son message de réconfort.

Ironie de coïncidence, le silence du Pape Benoît XVI se fait sentir au moment o๠cette année, un prêtre tristement renommé pour son implication dans le génocide des Tutsi a été condamné à  la prison à  vie, par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR). L’Abbé Athanase Seromba reconnu coupable de ses crimes, s’était rendu tristement célèbre pour avoir ordonné la destruction au bulldozer de son église, dans laquelle des milliers de ses propres chrétiens avaient trouvé refuge. Cela s’est passé à  la paroisse de Nyange à  l’Ouest du Rwanda, le 16 avril 1994 ! La condamnation de l’Abbé Athanase Seromba à  l’emprisonnement à  perpétuité a été prononcée après un procès en appel, le 13 mars 2008. Cette sentence a alourdi sa condamnation précédente à  15 ans d’incarcération et ce fut la première fois que ce tribunal alourdisse une peine prononcée par une cour inférieure. C’est en appel en effet, que les juges du T.P.I.R ont conclu que la responsabilité du dit prêtre allait bien au-delà  du simple encouragement retenu lors de la première condamnation.

Pour les observateurs des agissements de l’Eglise catholique dans le dossier du génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda, le silence du Saint-Père vient s’ajouter à  la controverse semée par son message à  l’Archevêque de Kigali, Mgr Thaddée Ntihinyurwa à  l’occasion de ses 25 ans d’épiscopat le 11 février 2007 ! Réagissant alors à  ce message pontifical, le collectif des associations des survivants -IBUKA avait alors publié un communiqué de presse dans lequel il dénonçait vivement le qualificatif de «guerre civile» utilisé par le Pape Benoît XVI pour qualifier les événements tragiques de 1994 au Rwanda. Ils ont alors relevé une contradiction notoire par rapport aux éclaircissements faits par son prédécesseur-le Pape Jean-Paul II- qui avait confirmé que ce qui s’était passé au Rwanda est bel et bien un génocide (3).Pour l’association IBUKA, ce geste du Pape Benoît XVI est jugé comme une tentative de minimiser le génocide, un support pour les révisionnistes et les négationnistes du génocide des Tutsi ; et cela allait à  l’encontre de la Justice, précise le même communiqué.

Par ailleurs IBUKA trouvait regrettable l’attitude de deux poids, deux mesures du Pape Benoît XVI qui avait soutenu la démission de l’Archevêque de Varsovie Stanislaw WIELGUS (le 7 janvier 2007), car soupçonné d’avoir collaboré avec les services secrets de Staline, alors qu’aucun religieux rwandais suspecté d’être impliqué dans le génocide des Tutsi n’est jusqu’à  présent tombé en disgrâce ! Cette remarque de IBUKA fait penser à  Mgr Thaddée Ntihinyurwa qui a été promu Archevêque de Kigali alors que des soupçons persistants pèsent toujours sur lui au sujet du rôle qu’il aurait joué dans l’assassinat des Frères Joséphistes de Nyamasheke au Sud-Ouest du Rwanda, durant le génocide. Ces religieux avaient été évacués de leur couvent, sous escorte militaire, en compagnie du même prélat, alors évêque du diocèse de Cyangugu ainsi que du Préfet de la même préfecture ! Dans des circonstances peu claires, ces frères joséphistes furent tous assassinés en cours de route. Etant donné l’autorité que détenaient ces deux personnalités, il est difficilement imaginable que ces religieux aient été assassinés sans le consentement de l’évêque et du Préfet qui étaient sensé les protéger. Plusieurs survivants restent convaincus de la complicité personnelle de l’Archevêque Thaddée Ntihinyurwa dans l’assassinat de ces religieux, à  cause de sa familiarité avec les extrémistes Hutu au pouvoir à  l’époque !

Enfin on peut espérer que dans ce message pontifical tant attendu, le Souverain Pontife évitera l’amalgame entre les bourreaux et les victimes par simple souci de rester «politiquement équitable», comme cela a été remarqué dans sa précédente lettre. L’exhortation à  la contrition et à  la confession de ceux qui portent le sang sur leurs mains et le péché sur leur conscience serait bénéfique pour tous ceux qui ont transgressé le cinquième commandement (-Tu ne tueras pas-), une étape incontournable pour mériter le pardon et la grâce pascale du Christ ressuscité !

Pour un événement qui a fait tant de victimes, causé tant de blessures et secoué autant la conscience du monde, le message de réconfort du Souverain Pontife est indispensable. Bien plus, cela rentre dans sa mission en tant que successeur de Saint-Pierre et Pasteur des brebis égarés du Christ. Son silence au sujet une tragédie dont le souvenir reste frais dans la mémoire des millions de citoyens à  travers le monde pourrait être perçu comme une indifférence inappropriée dont l’effet pourrait lui être collé dorénavant. Sa crédibilité dans ses messages ultérieurs pourrait également être mise en doute et cela porterait atteinte à  sa réputation ! Mieux vaut tard que jamais.

(1)http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/letters/2007/documents/hf_ben-xvi_let_20070403_president-rwanda_fr.html

(2) http://www.golias.fr/spip.php?article1453

(3) Osservatore Romano n°20 (2315) du 17 mai 1994

Jean-Claude Ngabonziza
Ottawa-Gatineau
Canada

Résister et inventer

Michel Foucault nous laisse une oeuvre baroque et fascinante, dérangeante et polymorphe, tranchante et stimulante. Paul Veyne, qui fut de ses amis lui rend un hommage éblouissant dans son dernier ouvrage
« Michel Foucault, sa pensée, sa personne » qui nous permet également d’entrer de plain-pied dans la richesse d’une oeuvre au-delà  des clichés qui continuent à  circuler.

Golias mène un combat. Il n’est en général pas de notre ressort de traiter de façon trop approfondie l’actualité philosophique qui demande du temps et de l’énergie. D’autant plus que certaines affirmations lapidaires sont des raccourcis pour le moins vraiment discutables, comme cette façon désinvolte et objectivement intolérable avec laquelle Michel Onfray dans une pièce toute récente associe les atrocités nazies à  la pensée de Kant. Le patronage est pour le moins audacieux, malheureux et surtout faux. En outre, chaque pensée doit être saisie dans sa singularité, en se gardant des rapprochements fallacieux. Le livre de Paul Veyne justifie une exception. Non seulement parce qu’il se lit comme un roman mais dans la mesure o๠il nous présente le scepticisme d’un Foucault pénétré du sens de l’histoire non comme une nouvelle doctrine à  ingurgiter mais comme une stimulation à  avancer pour tracer plus librement notre propre chemin original, en nous déprenant des certitudes reçues. […]

Le gouvernement va subventionner des écoles catholiques

Pour répondre à  l’annonce de suppressions de postes dans les zones d’éducation prioritaire, l’à‰tat annonce qu’il financera à  la rentrée 2008 l’implantation d’écoles catholiques dans les quartiers difficiles. Des moyens longtemps réclamés par le secteur public mais finalement attribués au privé, au prix de la laïcité. Une mise en concurrence qui ne semble être qu’une étape de plus dans le processus de privatisation de l’à‰ducation Nationale.

Le ministère de l’Education nationale souhaite une plus importante implantation de l’enseignement catholique dans les quartiers défavorisés. Pour cela, il va y financer, dès la rentrée 2008, l’ouverture d’une cinquantaine de classes. En faisant de tels choix, l’Etat ne craint pas de remettre en cause les règles traditionnelles de financement de l’école privée, car il viole les principes de laïcité, et il prend le risque fort de déclencher un conflit majeur avec toute une partie de l’opinion publique et surtout les personnels de l’enseignement public .

Comment faire comprendre à  ces derniers une telle décision au moment o๠le même Etat supprime en masse des postes dans les ZEP [zones d’éducation prioritaire] ? Une grève rappele d’ailleurs, pour la dénoncer, la liquidation de 11.200 postes à  la rentrée prochaine. Le secteur privé sous contrat est traditionnellement présent dans les centres-villes et accueille beaucoup moins d’enfants issus de milieux populaires. Précisons qu’il y a près de 5000 collèges du « public » en ZEP, une dizaine pour le « privé catholique ». Conscients de ce décalage, ses responsables affichaient depuis longtemps leur volonté de participer davantage à  la lutte contre les inégalités, mais réclamaient en contrepartie un coup de pouce budgétaire, des subsides supplémentaires. « Il faut nous faciliter la tâche », avait demandé le nouveau « patron » de l’enseignement catholique, le très traditionaliste Eric de Labarre […]

Berlusconi : le retour de la droite « Bling Bling »

Les élections législatives en Italie ont accouchés du retour de Silvio Berlusconi au pouvoir. Un scrutin surprenant tant on connait la responsabilité de ce dernier dans la crise que traverse actuellement le pays. L’Eglise catholique semble plutôt satisfaite du« come back» de cet homme suspecté de corruption et de fraude.

Le triomphe de Silvio Berlusconi n’est pas totalement une surprise. Les sondages, sans exception, le donnaient tous vainqueur mais toutefois de façon moins nette et avec une avance plus étroite. Walter Veltroni, qui pensait conquérir les électeurs du Centre, aura en fait surtout déçu sa gauche la plus radicale, qui aura estimé que c’était « blanc bonnet et bonnet blanc ».

On estime que les 3% de participation en moins sont en majorité des électeurs de gauche. Le Parti Radical, anticlérical et libertaire, s’est effondré et risque de disparaître. Ces élections ont d’ailleurs été précédées par une inquiétante montée de l’ « antipolitique » illustrée en particulier par le succès du comique Beppe Grillo qui dénonce tous les politiciens et tous les partis et les met dans un même sac. Il semblerait aussi que nombre d’italiens aient surtout craint qu’aucune majorité ne puisse se dégager ce qui aurait rendu l’Italie ingouvernable, impasse qui justifiait pleinement selon eux la confiance, même « une pince à  linge sur le nez », à  Silvio Berlusconi. Après la déception suscitée par le gouvernement Prodi, en raison peut-être du manque de charisme de l’ancien président du Conseil (qui fut jadis président de la commission européenne), les Italiens ont préféré peut-être imprudemment plébisciter un Berlusconi salué pour son pragmatisme et dont ils attendent d’importantes réformes, à  commencer par le changement constitutionnel des modes d’élection et par l’écrémage d’un arsenal législatif bien trop lourd. […]