La République du Chanoine ou la confusion des genres

Est-il possible que Pâque constitue une telle nouveauté, que le bouleversement des uns et des autres soit si profond, comme à  la Pentecôte, que chacun en vienne à  parler la langue de l’autre ? A moins que l’on assiste à  une régression vers la confusion mortifère de Babel !

Le pape a effet affirmé lors de son audience du mercredi :  » La mort du Seigneur démontre l’immense amour de Dieu envers nous et la Résurrection est la preuve sà»re (¦) Il est important de redire cette vérité fondamentale de la foi dont la vérité historique est amplement prouvée » !

Il n’a malheureusement pas précisé ce qu’il entendait par « historique » ni la nature des preuves. On ne sait donc comment interpréter son insistance. Au mieux, comme un prédicateur du dimanche, il a voulu dire que le Christ est vraiment ressuscité et que sa résurrection prouve, dans un sens non scientifique, c’est-à -dire manifeste l’amour victorieux du Père ; au pire, il s’agit d’une tentative d’utiliser la science (notamment l’histoire) pour défendre une conviction de foi, ce qui est épistémologiquement quasi impardonnable pour un grand théologien comme Benoît Ratzinger. Sans oublier que les évangélistes insistent sur le signe du tombeau vide ! Il s’agit donc de croire et s’il est fondamental de ne pas opposer la foi et la science (historique), il convient de ne pas confondre les deux démarches.

Mais l’Eglise rêve sans doute encore que la science soit au service de sa théologie. Ce temps de la chrétienté est fini ! Pas si sà»r¦ Notre ministre de l’intérieur vient d’envoyer un message au Cardinal-président de la Conférence des Evêques qui ne laisse d’étonner : « Au moment o๠les catholiques en France s’apprêtent à  célébrer Pâques et la résurrection du Christ, je souhaite vous adresser et leur adresser mes voeux les plus chaleureux et sincères ». Merci pour les voeux mais pourquoi la résurrection devient-elle un fait entériné par la République ? La mention de « Pâques » ne suffisait-elle pas ? Plus surprenant encore, elle poursuit en parlant de l’importance des fêtes pascales qui « sont aussi et surtout un moment privilégié de paix et de concorde, qui s’exprime d’abord au sein de la communauté des catholiques, des paroisses et des familles qui se rassemblent dans la joie du Christ ressuscité », avant de faire cette confession de foi : « la paix pascale sait aussi, je le sais, propager ses effets dans le monde et apaiser les conflits les plus aigus de notre temps ».

On imagine, vu le style, que ce texte a été écrit rapidement. D’autant plus intéressant, puisque certains propos auront peut-être « échappé » à  son auteur, révélant ainsi, peut-être une nouvelle politique qui rejoint celle de Benoît XVI. Le pape affirme l’historicité de la résurrection. La ministre acquiesce ! Notre chanoine président est bien entouré¦ entre son évêque qui devient scientiste jusqu’à  vouloir prouver le fondement de notre foi et une ministre de l’intérieur catho qui écrit comme si elle prêchait…

Plus de 30.000 personnes ont pris part ce matin à  l’audience générale Place St.Pierre. Le Pape, arrivé en hélicoptère de Castelgandolfo, a consacré sa catéchèse au temps pascal. « Toute la liturgie de Pâques -a-t-il dit- chante la certitude et la joie de la Résurrection du Christ…qui est le coeur même de la foi chrétienne, de sa richesse doctrinale et de sa vitalité infinie« . La Pâque du Christ « est également la nôtre car le Ressuscité nous offre la certitude de notre propre résurrection finale… La mort du Seigneur démontre l’immense amour de Dieu envers nous et la Résurrection est la preuve sà»re…de ce qu’il affirme est la vérité… Le Seigneur est en marche à  nos côtés et, comme l’enseigne l’Ecriture, il nous fait comprendre ce mystère : tout parle de lui, ce qui devrait enflammer aussi nos coeurs comme cela ouvre nos yeux. Le Seigneur est avec nous, et il nous montre la voie véritable« .

« Il est important de redire cette vérité fondamentale de la foi dont la vérité historique est amplement prouvée« , a ajouté Benoît XVI, « même si certains continuent de la mettre en discussion ou de la nier…. L’adhésion au Christ mort et ressuscité change au contraire la vie et l’éclaire toute entière, celle des personnes comme celle des peuples… En cet octave pascal tout particulièrement, la liturgie nous invite à  rencontrer le Christ ressuscité et à  admirer son action vivifiante dans l’histoire et dans note existence « .
Comme les disciples d’Emmaà¼s cités par l’Evangile du jour, a poursuivi le Saint-Père, « dans l’Eucharistie nous pouvons retrouver et connaître Jésus, dans la Parole et dans les espèces consacrées. Chaque dimanche, la communauté revit la Pâque du Seigneur et reçoit du Sauveur un signe d’amour et de fraternité »

Message de Michèle ALLIOT-MARIE,
ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des collectivités territoriales
au cardinal André VINGT-TROIS,
archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France
Paris, le 21 mars 2008

Eminence,

. La. Je forme des voeux tous particuliers pour les chrétiens d’Irak cruellement éprouvés par la disparition criminelle de l’Archevêque de Mossoul, et dont je souhaite que nous puissions leur apporter à  la fois le soutien politique et spirituel que nous leur devons.

Je serais heureuse de m’en entretenir prochainement avec vous à  l’Hôtel de Beauvau.

Je vous renouvelle mes voeux les plus chaleureux en vous priant d’être mon fidèle interprète auprès des catholiques dans notre pays, et vous prie de croire, Eminence, en l’assurance de ma considération distinguée et de mon souvenir fidèle et très cordial.
****

Réponse du cardinal André VINGT-TROIS, Archevêques de Paris
à  Michèle ALLIOT-MARIE,
ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des collectivités territoriales

Paris, le 22 mars 2008

Madame le Ministre,

Vous m’avez adressé des voeux de Pâques pleins de chaleur et d’encouragements. Au nom des catholiques de France, je les reçois bien volontiers. Permettez-moi de vous souhaiter à  mon tour une grande joie pascale.
Je vous remercie de l’attention que vous portez à  la situation des chrétiens d’Irak mais aussi à  ceux d’Algérie, selon ce que vous avez bien voulu m’écrire récemment. Je sais que vous partagez notre inquiétude.
Vous renouvelant mes voeux, je vous prie d’agréer, Madame le Ministre, l’ expression de ma haute considération.

Tibet : boycott des JO ?

Un interview de Elisabeth Martens (auteur de « Histoire du Bouddhisme tibétain, la Compassion des puissants », L’Harmattan 2007) par Bénito Perez pour « Le Courrier » de Genève, le 27 mars 2008

Pouvez-vous vous présenter brièvement? Comment êtes-vous venu à  vous intéresser au Tibet et à  la Chine?

Je suis partie durant trois années en Chine, après des études de biologie en Belgique, pour me spécialiser en médecine traditionnelle chinoise. J’ai bien sà»r profité de mon séjour là -bas pour voyager du nord au sud et d’est en ouest. Un de ces voyages m’a amené pour la première fois dans une région tibétaine (c’est-à -dire habitée, e.a., par des tibétains) en 1990, à  XiaHe au Gansu, au grand monastère du Bouddhisme tibétain de Labulang. J’ai été surprise par la facilité de contact avec les lamas qui se promenaient en rue et allaient faire leurs courses à  l’épicerie du coin ; c’est loin de l’image de nos moines cloîtrés derrière leurs murs. Surprise aussi par la différence entre les bouddhas chinois, tout ronds comme des théières qui mijotent doucement sur le poêle, souriants, joviaux, et les bouddhas tibétains, beaucoup plus imposants. Et encore surprise de trouver dans les temples une quantité phénoménale de représentations de dieux, de monstres, de boddhisattvas, etc. plus féroces et effrayants les uns que les autres. J’ai trouvé que, d’une certaine manière, c’est assez proche de ce que l’on trouve comme galerie d’horreurs dans nos églises : des hommes transpercés, crucifiés, ou jetés dans des marmites d’huile bouillante, etc. Rien de comparable dans l’art chinois : dans la pensée chinoise, et donc dans les arts de la Chine, la souffrance et le moyen de s’en délivrer n’est pas au centre des préoccupations. De quoi devrait-on se délivrer à  partir du moment o๠l’on sait que la souffrance est l’opposé-complémentaire du bien-être ? J’ai trouvé dans les régions tibétaines, o๠je suis retournée plusieurs fois par la suite (la dernière fois, en été 2007), une culture très différente de la culture chinoise. Cette différence m’a paru intéressante : comment un pays aussi gigantesque que la Chine (plus grand que toute l’Europe) s’en sort-il pour concilier 55 nationalités parlant chacune leur propre langue, surtout avec la disproportion de Han (environ90%) par rapport aux autres nationalités ?

– Que se passe-t-il, selon vos informations (quelles sont vos sources?), actuellement dans les régions de Chine peuplées de Tibétains?

Les violences qui ont eu lieu à  Lhassa le 14 mars 2008 ont été perpétrées par des groupes de manifestants tibétains. Les témoignages des étrangers présents sur place concordent tous : les agressions visaient les Chinois (les Han) et les Hui, majoritairement des Musulmans. Des personnes ont été incendiées vives, d’autres ont été battues à  mort, déchiquetées au couteau ou lapidées. Les armes utilisées étaient des cocktails Molotov, des pierres, des barres d’acier, des poignards et des couteaux de boucher. Il y a eu 22 morts et plus de 300 blessés, quasi tous des Hui et des Han. Il s’agissait d’actes criminels à  caractère raciste . Serge Lachapelle, un touriste de Montréal, dit : « Le quartier musulman a été complètement détruit, plus aucun magasin ne tenait debout » . Dès le 18 mars, le Dalaï Lama déclare dans une conférence de presse que « les événements au Tibet échappent à  son contrôle et qu’il est prêt à  démissionner si les violences se poursuivent ». Il ajoute que « ces actes de violence sont suicidaires » . Il n’empêche que, à  peine quelques jours plus tard (le 21 mars), par une étrange coïncidence du calendrier, Nancy Pelosa, présidente du Congrès américain, arrive à  Dharamsala pour une visite officielle au 14ème Dalaï Lama. Elle parle des évènements au Tibet comme d’un « défi pour la conscience mondiale » et exige de la Chine de pouvoir envoyer au Tibet une commission internationale indépendante afin de vérifier l’accusation chinoise comme quoi « l’entourage du Dalaï Lama se trouve derrière les violences », et afin de contrôler « de quelle manière sont traités les prisonniers tibétains en Chine » . C’est une des stratégies utilisées par les Etats-Unis : forcer la Chine à  accepter des équipes d’inspection qui portent le cachet des « Droits de l’Homme », ou pouvoir dire que la Chine les a refusé. Pour exécuter un tel plan, nul mieux placé que le Dalaï Lama : dans son allocution du 10 mars, ce dernier exhortait déjà  la Chine à  « une plus grande transparence » . Ces termes ne font-ils pas curieusement écho au « glassnost » qui a conduit à  l’éclatement de l’URSS ? L’Allemagne, avant-garde de l’Europe, s’aligne aux exigences de transparence des Etats-Unis : le 21 mars, son ministre des Affaires étrangères déclare que « le gouvernement fédéral de l’Allemagne demande une plus grande transparence de la part du gouvernement chinois » . Quant aux autorités chinoises, elles parlent d’une révolte préméditée et bien organisée. L’occasion choisie pour donner le feu vert aux émeutiers était la date anniversaire de commémoration de la révolte de 1959 à  Lhassa, date que les Tibétains en exil ont décrétée « Fête nationale » : le 10 mars. Ce jour-là , une marche, partant de l’Inde et se dirigeant vers le Tibet a effectivement démarré. Elle devrait durer six mois: jusqu’aux débuts des JO de Péking. Cette marche a été organisée par le « Mouvement pour le soulèvement du peuple tibétain » (œTibetan People’s Uprising Movement: il est difficile de traduire « uprising » autrement que par « soulèvement »). Il s’agit d’une association dans laquelle sont représentées les fractions principales du gouvernement tibétain en exil : le NDP (New Democratic Party), le Congrès de la Jeunesse tibétaine (Tibetan Youth Congres) et le mouvement des femmes. Le 10 mars était clairement le signal de départ des émeutes : elles ont été encouragées à  distance par de multiples manifestations devant des ambassades chinoises (e.a. à  Bruxelles). En Chine même, des tracts appelant à  manifester pour l’indépendance du Tibet, ont été distribués dans les différentes régions tibétaines . Le même jour, trois cents lamas du monastère de Drepung ont manifesté au centre de Lhassa, de manière non-violente bien que œprovocatrice. La police les a dispersés, sans heurts. Ce ne fut plus le cas quelques jours plus tard, le 14 mars : plusieurs groupes de Tibétains, tous armés de la même manière et opérant de la même manière, se sont dispersés dans la ville de Lhassa, ouvrant les hostilités et semant la panique. La suite est le drame que l’on sait, avec les répressions chinoises que l’on devine. Faut-il rappeler que le Droit international stipule que « chaque pays a le droit d’utiliser la force contre des mouvements d’indépendance qui vise à  la division du dit pays » ? Imaginez le foin que cela ferait en France si le mouvement séparatiste corse se mettait à  incendier des passants français en plein Ajjacio!

– On a généralement analysé ces émeutes comme une « réaction à  la
colonisation du Tibet par les Chinois »? On parle même de génocide? Qu’en est-il?

Quand on parle de « colonisation » d’un pays par un autre, il faut, au minimum, qu’il y ait deux pays. Dans ce cas précis, permettez-moi de vous rappeler que le Tibet n’a jamais été reconnu comme « pays indépendant ». Au 13ème siècle, le Tibet est annexé à  la Chine par les Mongols, et au 18ème les Mandchous ont divisé leur empire chinois en 18 provinces, dont la province tibétaine. Fin du 19ème, l’empire britannique envahit le Tibet et y installe ses comptoirs de commerce. Cela se passe sous le règne du 13ème DL qui voit dans l’occupation anglaise du Tibet une opportunité pour revendiquer l’indépendance. Il se base pour cela sur ce qu’il a appelé le « Grand Tibet » : un territoire qui équivaut à  cinq fois la France, quasi le tiers de la Chine, et qui correspond plus ou moins (parce qu’il n’y avait pas de cartes à  l’époque) à  ce qu’était le Tibet à  la fin de la dynastie des Tubo, au 9ème siècle. Or la Chine du début du 20ème sortait d’un siècle de ventes aux enchères, avec la succession des « concessions » faites aux pays occidentaux. Céder le tiers de son territoire était signer son arrêt de mort. Donc cette demande d’indépendance a été classée sans suite. Je veux dire par là  : sans aucune suite. C’est dire que ni les NU ni aucun pays n’a jamais reconnu le Tibet comme un pays indépendant. C’est une première réponse à  votre question. Une deuxième, c’est que quand on parle de « colonisation », cela implique en filigrane que le pays envahisseur profite des biens du pays envahi. Or, si on considère les cinquante dernières années du Tibet, on constate un phénomène inverse. La population tibétaine a triplé grâce aux soins de santé et à  une rapide amélioration du niveau de vie. Ce qui, à  vrai dire, n’était pas très compliqué, vu les conditions désastreuses dans les quelles vivaient plus de 90% de Tibétains (les serfs) sous le régime théocratique des DL. Toutefois, cette amélioration n’a pas été aussi rapide que dans les grandes villes chinoises qui, par leur lustre, font croire au monde entier que la Chine est devenue capitaliste. C’est fou ce que l’on fait croire avec des paillettes, des lumières et des vitrines. Pour répondre à  votre deuxième question, celle du génocide, il faut à  nouveau faire un petit retour historique. En 49, avec l’avènement de la R.P. de Chine, le gouvernement chinois opte pour une remise à  zéro des compteurs : tous les étrangers et influences étrangères sont mis à  la porte et les frontières chinoises sont réaffirmées, aussi dans les provinces lointaines dont le Tibet. Dès 1956, une rébellion armée est organisée dans plusieurs monastères tibétains (ea. Litang et Drepung) : avec la R.P. Chine, c’est les dignitaires tibétains qui sont visés, ceux du clergé en particulier. C’est d’ailleurs cette couche de la population qui commence à  fuir vers l’Inde et qui va constituer la communauté tibétaine en exil (de la même manière que l’exode vers TaiWan qui était composée essentiellement des « grosses » familles chinoises). Cette rébellion armée est dès ces débuts soutenue financièrement et logistiquement par la CIA . Pour quelle raison ? Il suffit pour le comprendre de lire ce que disait un rapport de l’Office des Affaires Etrangères des E-U en avril 49 : « Le Tibet devient stratégiquement et idéologiquement important. Puisque l’indépendance du Tibet peut servir la lutte contre le communisme, il est de notre intérêt de le reconnaître comme indépendant (¦) Toutefois, ce n’est pas le Tibet qui nous intéresse, c’est l’attitude que nous devons adopter vis-à -vis de la Chine » . On ne peut être plus explicite ! La rébellion armée, qui démarre du monastère de Litang, s’étend par vagues jusqu’à  Lhassa, o๠a eu lieu la plus importante, celle qui a été écrasée par l’Armée rouge en 59. Suite à  cet événement, il était de grande importance pour les E-U d’amener l’opinion publique à  croire qu’il s’agissait d’un génocide, c’est pourquoi le chiffre de 1,2 million de morts a été avancé par les autorités du Bouddhisme tibétain en exil. Plusieurs études démographiques ont démontré par la suite que ce chiffre a été inventé de toute pièce . Patrick French, ex-directeur de « Free Tibet », a été le vérifier sur place, à  Dharamsala. Après avoir compulsé longuement les documents « officiels » qui ont servi à  avancer ce chiffre, il a été complètement dégoà»té par l’ampleur de la falsification venant de la part de ceux qu’il admirait. Il raconte cet épisode dans son livre « Tibet, Tibet » et s’indigne que l’on continue à  avancer ce chiffre . Ce qui est important à  retenir dans cette falsification, c’est que si on parle de 1,2 million de morts sur une population d’à  peine deux millions d’habitants, on peut en effet parler d’un « génocide ». Mais s’il s’agit de quelques milliers de morts de part et d’autre, il ne s’agit plus d’un génocide, mais d’une guerre civile. Ce chiffre de 1,2 million de morts a donc permis de manipuler l’opinion publique en l’amenant vers la méfiance, voire la xénophobie, vis-à -vis des Chinois. C’est le même topo depuis 50 ans. Donc, si on analyse les faits de manière historique, on ne peut parler ni d’invasion, ni de colonisation, ni de génocide. Les émeutes qui ont eu lieu ce mois de mars 2008 doivent être analysées dans un contexte économique en tout premier lieu, sans oublier que le Tibet est un des terrains de combat entre les E-U et la Chine, depuis longtemps.

– La violence des manifestations ne cadre pas avec le pacifisme affiché
par le Dalai-Lama. Pourquoi?

Le Dalaï Lama et son entourage portent les couleurs du pacifisme et se doivent d’entretenir l’image de tolérance et de compassion qui sied au Bouddhisme tibétain, sinon qui les croirait encore en Occident ? Le DL a quand-même pris le temps d’ameuter l’opinion publique autour de la manifestation pacifique des 300 moines de Drepung descendus au centre de Lhassa le 10 mars et a immédiatement incriminé la répression aux forces de l’ordre chinoises (soit dit en passant, tout un chacun qui a voyagé au Tibet a pu remarquer que la police est essentiellement composée de Tibétains et compte très peu de Chinois). Quand les actes de violence ont atteint un niveau de barbarie sans nom, il s’est rapidement distancié des événements. Quel rôle joue-t-il là -dedans ? Pour le savoir, il faut analyser à  qui profitent ces émeutes : ni aux Chinois, ni aux six millions de Tibétains de Chine. Elles servent essentiellement à  ameuter l’opinion publique autour des violations des Droits de l’homme en Chine, le manque de liberté d’expression, et les diverses répressions que nous incriminons au gouvernement chinois. Donc, elles servent à  donner de la Chine une image exécrable, ceci juste avant les JO qui vont rassembler la presse internationale à  Pékin. Je pense qu’en partie, elles reflètent l’énorme peur que nous avons de la puissance économique que représente la Chine actuellement. Il est vrai que si par certains côtés, elle fait encore partie du Tiers Monde, par d’autres côtés, elle risque de nous rattraper très rapidement et de nous dépasser. Peu de gens ici se rendent compte que la Chine compte un potentiel intellectuel gigantesque et que cette masse d’intellectuels chinois commence à  en avoir par-dessus la tête de se voir constamment refoulée et dénigrée par l’Occident. Ils ne vont plus se taire pendant longtemps. D’ailleurs, ils expriment déjà  leur indignation sur le net en dénonçant les médias occidentaux qui manipulent à  souhait les images des événements à  Lhassa : ça vaut le détour ! Pour résumer, je pense que ces émeutes servent à  noircir l’image de la Chine : provoquer des émeutes à  caractère racial dans les régions tibétaines, c’est obliger le gouvernement chinois à  sortir la grosse mitraille, et donc nous pourrons parler en tout bien tout honneur d’une « répression sauvage » exercée par le gouvernement chinois lors « d’incidents ethniques ». On connaît la chanson : elle a été utilisée à  plusieurs reprises depuis 89 (conflits en Afrique, dans les Balkans, en Irak, et ceux pour démanteler l’URSS). Il faut savoir aussi qu’au sein de la communauté tibétaine en exil, une scission de plus en plus évidente se dessine. D’une part, il y a les modérés, dont le DL, qui ne prêche pas (pas ouvertement en tout cas) pour la violence et ne réclame même pas une indépendance, mais parle « d’autonomie poussée », comme on sait. D’autre part, et pour le moment c’est une fraction majoritaire au sein du gouvernement en exil, il y a les radicaux qui exigent une indépendance totale et sont prêts pour cela à  prendre les armes. Vous imaginez bien qu’un discours pareil serait impossible à  tenir sans l’appui de leurs alliés de 50 ans : les E-U qui d’ailleurs continuent à  financer et à  armer la communauté tibétaine en exil. En réalité, les E-U disposent actuellement de deux chevaux de bataille qu’ils utilisent simultanément : le DL et sa suite (européenne, surtout) par qui passe le discours pacifiste qui sert à  rassembler les intellectuels occidentaux autour des thèmes de « démocratie », de « droit de l’homme », de « liberté de presse », etc. qu’il faut imposer à  la Chine (c’est un comble « une démocratie » qu’il faut imposer !… mais ça marche à  200%), et puis la fraction « dure » du gouvernement tibétain en exil qui compte de plus en plus de membres grâce à  un discours musclé de lutte pour l’indépendance, coà»te que coà»te. Apparemment, ce sont ces derniers qui mettent le feu aux poudres et déclenchent les violences.

– Cela n’exprime-t-il pas un réel mécontentement ?

Oui, bien sà»r. Ce que je vous ai expliqué jusque là  ce sont les déclencheurs « externes » des émeutes. Mais il est évident que s’il n’existait pas un « terrain », les déclencheurs ne pourraient rien déclencher. Comme je vous le disais, les raisons internes sont essentiellement économiques, donc aussi sociales. D’abord, il faut se rappeler que l’enseignement au Tibet n’a pu démarrer que dans les années ’60, vu le retard général du Tibet comparé au reste du pays. Ce qui veut dire que les premiers universitaires ou techniciens supérieurs tibétains n’ont commencé à  travailler que dans les années 80, soit 10 ans plus tard que les Chinois Han (et 10 ans en Chine, c’est presque 100 ans chez nous !). C’est un retard qui n’est pas encore rattrapé maintenant. Ce retard dans les niveaux de formation, donc aussi dans le type de travail proposé aux uns et aux autres, explique que les postes « importants » sont occupés surtout par des Chinois. Au-delà  de ce premier problème qui est réel, difficile à  résoudre, et source de conflit « ethnique », il y a aussi le retard bien connu partout en Chine, des campagnes par rapport aux grandes métropoles. Si beaucoup de Tibétains ont profité des avancées économiques de la Chine, beaucoup d’autres sont restés dans le marasme. Ce fait ne touche pas que le Tibet, mais l’ensemble de la Chine : les inégalités se font de plus en plus criantes entre les plus aisés (ou même les moyennement aisés) et les plus démunis. Ce qu’il y a sans doute de plus spécifique au Tibet, c’est que peu de Chinois résidant au Tibet sont sans travail – s’ils arrivent au Tibet, c’est qu’ils savent qu’ils y auront un travail, sinon ils iraient ailleurs -, alors qu’il y a beaucoup de jeunes tibétains sans travail. En général, ils viennent de la campagne et ont juste suivi l’école primaire. Ils manquent de qualification, alors que les Chinois qui viennent travailler au Tibet sont des techniciens qualifiés, des universitaires ou des cadres, et bien sà»r des commerçants. Même si l’enseignement est facilité aux Tibétains (comme aux autres minorités ethniques de la Chine, d’ailleurs), que le minerval est moins élevé et que les examens d’entrée sont moins sévères que pour les Han, les Tibétains ne voient pas toujours l’intérêt de poursuivre des études supérieures. Amener les Tibétains à  se former serait pourtant une manière intéressante de diminuer l’inégalité sociale, alors que la Chine « s’en tient » à  injecter des milliards de yuan pour le seul développement économique du Tibet. De plus, dans les villes tibétaines, le marché libre favorise les Chinois Han et les musulmans Hui qui ont plus d’expérience dans le commerce que les Tibétains. Donc, là  aussi, les Tibétains se sentent sur le carreau par rapport aux Han et aux Hui. A noter que la haine raciale vis-à -vis des musulmans est ancrée de longue date dans le Bouddhisme tibétain et véhiculée par lui (ea. par le Kalashakra) : c’est en raison des invasions musulmanes dans le nord de l’Inde au 10ème et 11ème siècles que les maîtres tantriques ont été se réfugier au Tibet. Le Tantrisme indien, devenu au Tibet le bouddhisme tibétain, a gardé vis-à -vis de l’Islam une rancoeur de longue durée à  cause des persécutions musulmanes.

– La Chine n’a-t-elle pas annexé le Tibet? Peut-on nier l’existence
d’une revendication nationale au Tibet, d’une « nation tibétaine »
distincte de la Chine?

Comme je vous le disais plus haut, le Tibet a été annexé à  la Chine par les Mongols, c’est-à -dire à  l’époque o๠les Mongols étendaient leur empire e.a. sur la Chine (13ème). Lorsque la Chine a repris le contrôle sur son empire, avec les Ming, du 14ème au 16ème siècle, elle s’est passablement désintéressée de cette lointaine contrée tibétaine et le Tibet est resté annexé à  la Chine « passivement ». Puis, les Mandchous se sont emparés de la Chine et ont fait du Tibet une province chinoise. Episode suivie par celle des Britanniques, puis celle des E-U. Alors que signifie le terme « nation » ? Si vous voulez parler d’une nation historiquement distincte de la Chine, il faut remonter à  la dynastie des Tubo qui régnait sur le Tibet du 7ème au 9ème siècle. C’est comme si maintenant on revendiquait l’empire de Charlemagne ! Si vous voulez parler d’une culture spécifique, cela semble évident que le Tibet n’a pas la même culture que la Chine, ne fut-ce que par sa langue et son écriture, mais aussi par ses traditions, ses religions, ses habitants, etc. Ce qui n’a d’ailleurs pas empêché de multiples croisements, au point que je me demande ce que cela pourrait engendrer comme déchirures et drames familiaux si un jour le Tibet devenait réellement indépendant et mettait tous les Chinois Han à  la porte, ainsi que tous les musulmans (ce sont les deux ethnies visées par le gouvernement en exil) : ils auraient un sacré problème pour distinguer qui est qui, et qui appartient à  quelle ethnie. En fait, les discours ethniques ne sont là  que pour expliquer au public non averti des guerres que se font entre elles les grandes puissances : cela s’est vu dans les Balkans, en Irak, en URSS, cela se reproduit au Tibet. Ce qui m’ahurit, c’est que l’opinion publique n’a pas encore « fait tilt ». Et ce qui m’inquiète, c’est que les enjeux dans ce conflit-ci dépassent de loin tous ceux qu’on a vu dans les autres conflits : d’une part la Chine ne se laissera pas faire, d’autre part, c’est l’économie mondiale qui risque de basculer.

– Aujourd’hui, les Tibétains peuvent-ils vivre selon leur culture/religion?

Les Tibétains sont pour la plupart très croyants, cela se voit dans le quotidien : les moulins à  prière tournent allègrement, on assiste à  des prosternations devant les temples du matin au soir, sur les routes on rencontre des pèlerins en marche vers Lhassa, les drapeaux de prière flottent sur les cols, les monastères sont bondés de moines même des très jeunes enfants (ce qui est interdit par la loi chinoise), les billets de banque s’amoncellent au pied des bouddhas, de loin on entend résonner les trompettes et les mantras. La pratique religieuse est loin d’être réprimée. Il faudrait être vraiment de mauvaise foi pour prétendre le contraire ! Ou bien, il faut n’avoir jamais été au Tibet. Dans l’enseignement, le bilinguisme est obligatoire et pratiqué dans toutes les écoles que j’ai eu l’occasion de visiter (primaires, secondaires et supérieures) ; des instituts de tibétologie ont été ouvert à  l’intention des jeunes tibétains (ou autres) qui désirent approfondir l’étude de la culture tibétaine : y sont donnés des cours de langue, de médecine, de théologie, de musique et danse, de pratiques artisanales, etc. Donc je pense que c’est vraiment un non-sens de dire que la culture et la religion sont opprimées ou détruites. Mais, à  nouveau, c’est l’information qui est donnée chez nous : après avoir mis en lumière la tromperie quant au génocide ethnique, on s’est rapidement tourné vers le « génocide culturel ». Il est évident que, moi, en tant que petit individu, si je dis l’inverse, personne ne me croira, mais il suffit d’aller voir sur place pour vous en convaincre. Alors de quoi parle-t-on lorsqu’on pointe du doigt la « répression chinoise » ? Ce qui est interdit et sévèrement puni est toute tentative de « séparatisme », ou de division de la Chine. Cela peut être des actes qui paraissent anodins chez nous, comme porter le drapeau tibétain en rue (drapeau qui a été inventé en 59, lors de l’exil, et qui a donc une couleur politique), ou distribuer des tracts en rue, ou distribuer la photo du DL (qui est une effigie politique), ou organiser des manifestations, etc. Pour ce genre d’actions, il y a très rapidement (trop rapidement sans doute ?) arrestation, et parfois emprisonnement. La Chine est drastique à  ce sujet parce qu’elle sait que le soutien à  ce mouvement pour l’indépendance du Tibet est énorme, que ce soutien vient de l’Occident et vise la division de la Chine. Comme je vous le disais, le contentieux ne concerne pas tant les six millions de Tibétains de Chine face à  la Chine, mais c’est un contentieux qui oppose la Chine à  l’Occident et qui s’exprime par le malaise économique que connaît actuellement le Tibet.

– Quelle est la nature du bouddhisme tibétain et de sa structure/clergé ? Ses rôles sociaux et politiques, passés et présents?

Alors là , vous me demandez de réécrire mon bouquin ! En résumé, le Bouddhisme tibétain est issus du tantrisme, une des trois grandes écoles ou « véhicules » du Bouddhisme. D’après les bouddhologues, c’est le véhicule qui s’est le plus éloigné du dharma (ou enseignement originel du bouddha, 6ème AC). Tout d’abord, parce qu’il s’agit du véhicule le plus récent (6ème PC), donc le Bouddhisme a eu le temps de se métamorphoser plusieurs fois, ce à  quoi il a dà» se prêter tout au long de son histoire en raison de la difficulté intellectuelle de son enseignement. Et ensuite parce que le Bouddhisme tibétain a la particularité d’exercer simultanément un pouvoir spirituel et un pouvoir temporel, ce qui n’existe pas dans les deux autres véhicules du Bouddhisme. En fait, le tantrisme a pris son essor au Tibet au 10ème et 11ème par les circonstances historiques que je vous ai racontées (invasions musulmanes). A cette époque, le Tibet était totalement désorganisé au niveau politique et social. Or les communautés tantriques venues du nord de l’Inde étaient, elles, très structurées et hiérarchisées. C’est pourquoi, lorsqu’elles se sont installées dans ce Tibet qui demandait une réorganisation, elles ont repris la région en main de manière « spontanée », en utilisant leurs propres critères. Le tantrisme est devenu le bouddhisme tibétain à  partir du moment o๠il s’est adapté aux moeurs, coutumes et à  la religion autochtones (le Bà¶n). On peut dire qu’à  cette époque, la religion bouddhiste fut bénéfique au Tibet, puisqu’elle a amené le Tibet vers une féodalité structurée. L’ennui, c’est que cette féodalité s’est figée durant un millénaire autour d’un pouvoir religieux extrêmement répressif et conservateur. Le Tibet a été arrêté dans son évolution en raison de ce pouvoir omniprésent et omnipotent. Il ne faut pas oublier que les monastères possédaient plus de 70 % des terres tibétaines, le reste allant aux familles nobles. Jamais n’a existé un pouvoir théocratique aussi puissant et aussi riche dans le monde. C’était incomparable avec ce qui se passait chez nous au Moyen-à‚ge o๠les monastères devaient se faire une petite place à  l’ombre des châteaux forts. Avec l’avènement de la RP Chine en 49, il fut d’autant plus difficile pour le haut clergé tibétain de renoncer à  ce pouvoir.

– Vous dites que le bouddhisme tibétain a permis d’imposer un système féodal. Mais cela a été le cas de la plupart de religions. Ce temps n’est-il pas révolu ?

Bien sà»r, cela a été le cas pour pas mal d’autres religions, comme quoi les religions ont toujours un pied dans la politique, quoiqu’on en dise. Le bouddhisme tibétain a permis à  une société tribale, telle qu’elle était avant le 10e siècle, d’évoluer vers une société mieux structurée, féodale. La féodalité n’a plus la cotte nulle part, et l’ancienne élite tibétaine, maintenant en exil, n’a pas l’intention de revenir à  l’ancien système. Ils se modernisent eux aussi et sont plutôt partisans du modèle « marché libre » avec réinstauration de la propriété privée des terres, donc, surtout en dehors du système chinois, mais copié sur le modèle occidental.

– Comment expliquer le sentiment très pro-Tibétain en Occident,
notamment dans les médias?

L’opinion publique suit les médias et les médias obéissent aux intérêts économiques. Ne vit-on pas dans une dictature économique chez nous ? La censure est aussi réelle ici qu’ailleurs, mais mieux camouflée. En Occident, on n’est pas enfermé en prison pour ses opinions, mais bien dans sa tête, puis dans la maladie qui en résulte. Je me demande parfois ce qui vaut mieux. Donc votre question réelle devient : « comment expliquer le sentiment pro-tibétain véhiculé par notre système économique » ? Ni les E-U, ni l’Europe n’apprécient les avancées fulgurantes de la Chine sur la scène internationale. Tous les coups sont bons pour la contrecarrer : « Il faut foutre le bordel pendant les JO à  Pékin ! » crie Cohn Bendit dans son discours en séance plénière à  propos du comportement que l’UE doit adopter face à  la Chine . Ceci, pas même une semaine après les événements qui ont enflammé le coeur de Lhassa ! C’est assez monstrueux, mais cela démontre par « a+b » que le « grand monde de la diplomatie et du trust financier » n’a cure du Tibet, ce qui lui importe c’est « foutre le bordel en Chine ». Comment faire avaler cette pilule au grand public occidental, en ne perdant surtout pas l’approbation des intellectuels ? Pour cela, on fait appel à  Sa Sainteté qui par son sourire de neiges éternelles ferait fondre un chat devant une souris. Le Bouddhisme tibétain ne s’est-il pas habillé de ses plus beaux atours pour séduire un Occident « en vide de valeurs spirituelles » ? Entré chez nous en surfant sur la vague du « retour aux sources » des années 70, il ne lui fut pas difficile de se faire passer pour le dharma, présenté à  nous comme un « athéisme spirituel », une philosophie de vie, un mode d’être, une thérapie intérieure, etc., bref, tout sauf une religion. Or, si on y regarde d’un peu plus près, le Bouddhisme du Bouddha est déjà  une religion puisqu’il propose une transcendance : un au-delà  des souffrances résultant de nos limites physiques et temporelles. Est-ce qu’un au-delà , ou une transcendance, n’implique pas une foi ? Le Bouddhisme tibétain est encore plus une religion, puisqu’il a réintroduit des dogmes, dont le plus fameux : la réincarnation, justement celui contre lequel s’est insurgé le Bouddha en personne ! Le dogme de la réincarnation a été remis à  l’honneur par le Bouddhisme tibétain au 14ème siècle, pour pouvoir officialiser la succession de l’héritage spirituel, temporel et, surtout, matériel d’un Rinpoché (ou responsable de monastère) vers le suivant, par le système des tulkous (qui se base sur la croyance en la réincarnation). Etre responsable d’un monastère au Tibet à  l’époque féodale, c’était être grand propriétaire foncier : les terres, et les biens sur ces terres, y compris les serfs, appartenaient au monastère. Cela explique pourquoi il y eut tant d’assassinats dans les rangs du haut clergé tibétain et de guerres entre les différentes écoles du Bouddhisme tibétain. Bref, le Bouddhisme, grâce à  son caractère très plastique s’est adapté aux différents environnements o๠il a élu domicile, que ce soit au Tibet, ou au 20ème chez nous… o๠Sa Sainteté le DL se plait à  nous servir quelques louches de démocratie, avec une cuillère à  soupe de Droits de l’homme, et autant de liberté d’expression, à  mélanger consciencieusement à  une bonne pincée de tolérance et de compassion bouddhistes, et on obtient une pâte bien lisse prête à  enfourner dans les hauts fourneaux médiatiques pour en faire une succulente tarte à  la crème ! Que le Bouddhisme s’adapte à  l’environnement, c’est un signe de bonne santé ! Ce qui est beaucoup plus malsain, c’est un DL qui, dans un but politique, fait passer le Bouddhisme tibétain pour une non-religion (une philosophie) de tolérance et de compassion dénuée d’implications politiques. Là , il y a vraiment de quoi s’esclaffer (bien que ce ne soit pas une bonne blague) !

– Ne peut-on aussi l’expliquer par le caractère totalitaire et répressif
de l’Etat chinois?

C’est évidemment ce qu’on met en avant chez nous : le contraste entre le « pacifisme » du DL et le « totalitarisme » de la Chine. Mais c’est un peu ridiculement noir-blanc, ne trouvez-vous pas ? C’est juste bon à  persuader des enfants en robe de communion. Alors comment se fait-il que tout le monde chez nous (même les intellos de gauche, progressistes, écolos, bios, et tout et tout) a cette idée très contrastée en tête, d’un Tibet tellement sympathique et d’une Chine abominablement répressive ? C’est la même question que : comment se fait-il que tout le monde boit du Coca-cola et porte des Adidas ? La pub, ça fonctionne et c’est dangereux, tout le monde le sait et on ne peut s’empêcher de se faire avoir. Surtout que cette pub là , cela fait 50 ans qu’elle nous assomme ! Qu’on dise chez nous que la Chine est « répressive », d’accord dans une certaine mesure, mais expliquez-moi comment il se fait alors que proportionnellement elle compte cinq fois moins de prisonniers qu’aux E-U ? Qu’on dise chez nous que la Chine est « totalitaire » : d’accord pour dire qu’elle reste communiste, mais est-ce automatiquement synonyme de « totalitaire » ? D’ailleurs, ce qui nous gêne, ce n’est pas tant qu’elle soit communiste, mais c’est qu’elle protège son « territoire économique » : ni les E-U ni l’UE ne peuvent y faire ce qu’ils veulent, à  leur propre guise, et cela ne leur plaît pas du tout. Les investissements étrangers en Chine ne dépassent pas 3% : ce n’est pas un beau cadeau pour nos multinationales !

– Y a-t-il une dimension géostratégique? Quel est le rôle du Dalai-Lama?

La dimension géostratégique est au coeur du problème, bien sà»r et ce, dès le début du 20e siècle. Il ne faut pas oublier que l’Europe avait beaucoup de « concessions » en Chine au début du 20e siècle et que le Tibet était, pour ainsi dire, sous la tutelle des Anglais. La prise de pouvoir par les communistes a mis fin à  cette semi-colonisation. Je crois que chez nous, on n’a pas digéré cela. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ce sont les E-U qui ont repris le flambeau avec la guerre froide en toile de fond. Le Tibet et le DL sont devenus deux excellents chevaux de bataille pour les E-U dans leur tentative de diviser la Chine.

– Les USA viennent d’ôter la Chine de leur liste des Etats les plus
répressifs? La Chine n’est-elle pas devenue un Etat capitaliste comme les autres ?

Si les USA font cela, n’est-ce pas dans un but stratégique ? Cela leur permet d’organiser plus d’émeutes en régions tibétaines, ce qui devra amener la Chine à  déployer les canons de la répression, et les E-U pourront ainsi ressortir leur carton rouge : « Etat répressif ». La Chine pratique actuellement une économie qu’elle appelle « mixte », c’est-à -dire que certains aspects du capitalisme y sont admis, mais que le socialisme gère encore l’armature de l’économie chinoise. En simplifiant, on peut dire que le capitalisme s’y développe sous le contrôle du parti communiste. D’après les économistes internationaux, le secteur public domine encore l’économie chinoise à  plus de 60%. C’est peut-être difficile à  comprendre pour nous qui réfléchissons plutôt de manière aristotélicienne o๠« A ne peut jamais être non-A ». Mais pour un Chinois, c’est de l’ordre du yin-yang : l’un n’exclut pas l’autre, A peut être non-A, cela dépend des conditions. C’est ce qu’on appelle une manière de pensée dialectique. Par exemple : les autorités ont constaté qu’ils ont laissé aller la pollution beaucoup trop loin. Du coup, dans leur plan quinquennal, ils corrigent le tir et prévoient un investissement gigantesque dans le secteur de l’environnement et de l’écologie, quitte à  faire appel à  des investissements étrangers. Mais en utilisant des moyens capitalistes, leur fin ne l’est pas. On ne peut qu’espérer que cela fonctionne !

Elisabeth Martens

Université : la Catho d’Angers en pleine ébullition !

Depuis le 5 février, le personnel de la plus importante Université Catholique de France avec ses 5 500 étudiants, l’Université Catholique de l’Ouest montre son mécontentement de façon de plus en plus publique. Grève à  la japonaise par port d’un badge, un smiley jaune grimaçant, AG, puis smiley rouge en colère, smiley sur les bureaux ou portes de bureau ¦

Le 19 février, environ 80 salariés, essentiellement des AES2, demandaient, dans le cadre des négociations annuelles sur les salaires, à  rencontrer le président de l’association gestionnaire (Association Saint-Yves), Emile Bourdin, ancien directeur diocésain de l’Enseignement catholique du Maine et Loire et en prime, diacre de son état. Devant son refus de descendre leur parler, les manifestants sont montés en salle de réunion. Quelques salariés ont pu s’exprimer devant le président, le recteur et le secrétaire général.

Puis la réunion a débuté. Celle-ci s’est terminée par un désaccord entre syndicats et direction qui a clôt la négociation en décidant d’augmenter toutes les grilles de 3 points d’indice (environ 14 € brut par mois).

Depuis, la pression ne décroit pas bien au contraire. Nouvelle AG puis débrayage d’une heure. Pendant ce débrayage, une manifestation au rectorat de l’UCO a réuni une centaine de salariés pour porter les 174 signatures d’une pétition4, devant la presse et les télés locales.

Un personnel épuisé

L’UCO sort d’un plan de redressement de trois ans avec le soutien des collectivités locales, région, département et communauté d’agglomération. Pendant ces trois années, les augmentations de salaire ont été quasiment nulles alors que les charges et conditions de travail ont empiré. Cette augmentation de la charge est essentiellement due à  la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat), à  la décentralisation d’une grande partie de la saisie (compta, inscriptions ¦) des services centraux vers les secrétariats d’institut. Des maladresses ont fait croire aux salariés que la direction pensait être sortie de cette zone dangereuse grâce au soutien des collectivités, à  l’augmentation de scolarités mais en minimisant l’implication du personnel.

Les salariés demandent une augmentation significative en reconnaissance de l’effort fourni ces dernières années. La CFE-CGC réclame le doublement de l’augmentation proposée (6 points d’indice au lieu de 3), proposition majoritairement jugée insuffisante par les AES lors d’un scrutin à  bulletin secret. L’intersyndicale CFDT-CGT souhaite une augmentation de 5 % pour tenir compte du retard qu’a pris le point de la fonction publique. D’après nos informations, les salaires à  la Catho d’Angers sont 30 à  40 % inférieurs à  la normale pratiquée dans ce domaine professionnel. Résultat des courses: nombre d’enseignants sont obligés de travailler parallèlement ailleurs pour « boucler » leurs fins de mois difficiles.

Un conflit qui vient de loin

Plusieurs confrontations ont eu lieu dans le passé, licenciement du recteur Becker, négociation annuelle sur les salaires avec AG et pétitions. Mais jamais un débrayage ne s’était produit, jamais le mécontentement n’avait été exacerbé à  ce point.

En réalité, les salariés ont dépassé leur seuil de tolérance : beaucoup de travail dans des conditions difficiles sans aucun retour, ni salaire ni reconnaissance. Le moindre incident a des conséquences exagérées : absence des cadres dirigeants au pot de clôture des journées portes ouvertes (JPO), message mal interprété du recteur, indisponibilité d’une salle qui va plonger pendant trois heures trois salariés dans une situation de stress¦ Un phénomène d’accumulation qui rend l’ambiance explosive. Et en prime, une direction qui rompt le dialogue !

Avec un Secrétaire Général, tout puissant et peu porté au dialogue, Patrice Leconte, ancien éditeur religieux, en poste depuis 18 mois et un nouveau Recteur, le Dominicain, Guy Bedouelle, en place depuis 3 mois seulement et qui découvre la profondeur et les joies du marécage o๠il vient de mettre les pieds…

Un problème structurel

La direction est bicéphale, d’un côté le chancelier et le conseil supérieur des évêques, de l’autre l’association gestionnaire et son conseil d’administration. Ce dernier dit ne s’intéresser qu’aux chiffres et laisser les décisions stratégiques au recteur qui dépend du chancelier. Mais les décisions de l’un influent sur l’autre ! Comment conduire un véhicule avec deux volants sans aller dans le mur ?

D’autre part, malgré la demande des collectivités qui ont aidé la Catho, l’association gestionnaire n’est que locataire des locaux qu’elle utilise et qui appartiennent à  3 SCI « amies ». Et les salariés sont bien placés pour voir les acquisitions, restaurations, aménagement de l’immobilier¦

Renforçant ainsi la réputation de richesse immobilière de l’Eglise catholique sur Angers.

La sortie

Les syndicats veulent restaurer le dialogue, la paix sociale et la confiance. Si dans un premier temps ils ont fait leur possible pour que le mécontentement ne se voie pas trop, pour que la manifestation des salariés soit progressive au risque d’essouffler le mouvement, il a fallu que la presse soit informée pour provoquer une réelle réaction de la direction. Lors de la dernière AG, les syndicats et salariés se sont donnés 15 jours pour attendre les propositions de la direction.

Le Recteur Bedouelle tient à  « sortir par le haut » de ce conflit. Actuellement il rencontre successivement les différents délégués syndicaux. Cependant il n’a pas les clés de la caisse ! C’est pourquoi les quatre syndicats, CFE-CGC, CFDT, CFTC et CGT, ont écrit vendredi 21 mars au bureau de l’association pour demander une reprise du dialogue social.

La question que beaucoup se posent : la Catho a-t-elle (se donne-t-elle) les moyens de ses ambitions ?

Un conflit à  suivre en tout cas.

Un silence criminel !

L’équipe de Golias invite avec conviction ses lecteurs et tous ses amis à  venir voir au cinéma l’excellent film documentaire d’une heure quarante intitulé « Délivrez-nous du mal » ( voir notre article ci-contre).

Au-delà  de la qualité de sa réalisation, de l’intérêt historique et anecdotique, la caméra dévoile un redoutable secret de famille que l’institution ecclésiastique maintient à  tout prix caché. Malheur à  celui qui osera s’écrier que le roi est nu.

La pédophilie, comme toutes les conduites compulsives et destructrices, relève de l’ordre médicinal. Cette maladie doit être combattue et guérie, autant que faire se peut. La première condition pour envisager une telle avancée est de rompre le silence, d’angoisse, de honte et de mort. Un silence parfois criminel que nos hiérarchies catholiques bien souvent entretiennent à  dessein, pour éviter un discrédit de leur autorité morale et spirituelle. A défaut d’une épreuve dans l’honneur, elles récoltent aujourd’hui à  la fois le discrédit et le déshonneur. […]

«Délivrez nous du mal»

Le 2 avril prochain, sortira sur les écrans un documentaire intitulé «Délivrez-nous du mal». Une enquête sur les abus sexuels commis par un prêtre américain. Au delà  de ces agissements tragiques, le réalisateur entend dénoncer l’omerta orchestrée par les autorités catholiques pour étouffer ces affaires. Un film qui risque de faire l’effet d’une bombe au sein de l’Eglise. Golias l’a visionné en avant première.

Le Père Oliver O’Grady est connu aux à‰tats-unis pour ses nombreuses exactions que sa hiérarchie a indirectement couvertes en ne les dénonçant pas. Malgré les plaintes répétées de nombreux fidèles, la hiérarchie catholique n’a fait que la sourde oreille. Elle a tout au plus déplacé le prêtre d’une paroisse à  une autre, sans tenir aucunement compte des risques pour d’innocentes victimes. Cette conduite irresponsable est criminelle. Elle est d’autant plus choquante qu’elle est dictée par la volonté de laisser inentamé le prestige de l’à‰glise, et donc de ne pas compromettre l’autorité cléricale, dans le mépris du bien des personnes et en particulier des plus petits. […]

Les évêques français contre le travail du dimanche

Sortant de leur « tiédeur » habituelle, les évêques français ont pris fermement position contre la perspective d’étendre les jours travaillés au dimanche. Fait le plus marquant, les arguments mis en avant privilégient l’utilité sociale, culturelle et psychique du repos dominical et non la simple possibilité de se rendre à  la messe.

Alors que d’aucuns veulent favoriser une totale derèglementation, les évêques de France, d’ordinaire assez prudents, ont pris clairement position dans un excellent dossier1 préparé par Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen et Michel Guyard, évêque du Havre, ainsi que le psychanalyste Jacques Arènes pour le compte du Conseil pour les questions familiales et sociales de la Conférence des à‰vêques de France.

L’épiscopat se prononce fortement et résolument en faveur du maintien du repos dominical. Fait important, il ne s’agit plus d’abord pour les évêques de permettre à  leurs ouailles d’aller à  la messe mais de la qualité de la vie de l’homme, de façon plus générale, également en tenant compte de l’importance des loisirs. Au travers d’une belle et solide réflexion articulant finement les dimensions anthropologiques et théologiques (en christianisme, « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » selon le mot de St Irénée de Lyon), les évêques soulignent la nécessité que « chacun dispose du temps pour se reposer, vivre en famille (¦) avoir une vie sociale et bénéficier des diverses propositions culturelles, sportives, etc., qui lui sont offertes ». […]

Le Tibet à  l’épreuve de la «réalpolitik»

A l’approche des Jeux olympiques, la répression chinoise contre les manifestants tibétains montre bien la peur d’une déséquilibre interne et une conception «particulière» des droits de l’Homme. La communauté internationale reste prudente, assise sur des intérêts politico-économiques.

Les événements qui, ces derniers jours ,ont ensanglanté le Tibet ne représentent pas un défi seulement pour le gouvernement chinois, appelé à  réprimer une révolte qui menace l’équilibre interne du pays à  quelques mois du début des Jeux olympiques. Les émeutes qui ont opposé les moines bouddhistes et les civils tibétains aux forces de sécurité chinoises à  Lhassa et dans les autres zones de la région autonome chinoise du Tibet (et pas seulement dans les régions de la province du Gansu et du Sichuan habitées par des communautés tibétaines), ces émeutes donc, ont confirmé aussi l’embarras manifeste de la communauté internationale pour affronter les problèmes connexes à  la cause tibétaine. […]

Mgr Vingt-Trois et les déportés homosexuels…

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, prononçait la conférence de clôture du cycle de carême en ce dimanche 16 mars (des rameaux)

Il a fait mention des déportés, rejetés et enfermés à  cause d’un trait qui les caractérisait, en l’occurrence « les juifs, les tziganes et les homosexuels ». Les parias de l’étoile rose continue à  faire l’objet, du côté même de certaines associations de déportés, d’une vraie ségrégation. Eux aussi sont des victimes innocentes, comme les autres. C’est un devoir de justice de le reconnaître. […]

La vie Auchan, avec la fondation Lejeune !

La Fondation Jérôme Lejeune, organise en partenariat avec le groupe Auchan, une collecte de fonds en faveur des personnes handicapées. Sauf que la Fondation s’occupe également de diffuser les opinions conservatrices
et moralisatrices du médecin chercheur en phase de béatification.

Beaucoup d’entre nous ont encore en mémoire la figure certes lumineuse mais intransigeante jusqu’au fanatisme du professeur Jérôme Lejeune. Ce savant de renommée mondiale, à  qui l’on doit l’identification de l’anomalie à  l’origine du mongolisme, de la trisomie 21, à  savoir un chromosome en trop. Il était également un ami personnel de Jean Paul II et un croisé farouche de la lutte contre l’avortement. Karol Wojtyla fit d’ailleurs de lui le premier Président de l’Académie Pontificale pour la vie. Il est également président de l’association SOS futures mères de lutte contre l’avortement. Avec l’appui du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, sa cause en béatification est à  présent ouverte. […]

Plan handicap : entre promesses et désillusions

Les personnes handicapées se mobiliseront à  Paris le 29 mars prochain. Pour beaucoup en situation de précarité, elles demandent simplement des moyens pour vivre décemment et une meilleure prise en charge de leurs contraintes. Des promesses de campagne trop vite oubliées !

Il y a trois ans, le 11 février 2005, était votée la loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées». Son ambition s’est inscrite dans une volonté de « renforcer notre cohésion nationale pour davantage de justice et donc davantage d’attention aux plus vulnérables ». (sic). Mais, aujourd’hui, les personnes handicapées peuvent-elles réellement construire leur « projet de vie » comme la loi l’envisage?» Il faut croire que non, en considérant la mobilisation exceptionnelle des associations, qui se retrouvent dans une même démarche o๠elles dénoncent un certain nombre de « disfonctionnements » et disent vouloir que le citoyen handicapé ne soit « Ni pauvre, ni soumis » et qu’il lui soit autorisé de vivre décemment. […]

Jean-Louis Fontaine