« Le sacre de Rastignac » ou l’histoire d’une ordination contestée

Le 2 décembre prochain, nous assisterons à  l’aboutissement d’une sorte de coup d’état napoléonien au petit pied. En effet, Nicolas Betticher, « pieux laïc », intrigant, la presse helvétique le surnomme « le Mazarin de Fribourg », ancienne personnalité politique faisant de certaines équivoques du milieu catholique son miel et ses tremplins, recevra en grande pompe, couronnement indécent et dérisoire, l’ordination sacerdotale dans la Cathédrale de St-Nicolas vidée des échafaudages pour l’occasion ( !), malgré la restauration encore en cours, des mains de Mgr Bernard Genoud, son évêque protecteur et ami. Lors même que l’impétrant , très peu porté sur les questions pastorales, pourtant le « coeur de métier » d’un prêtre – et se montre surtout très mondain préférant les lumières des médias et de l’administration ecclésiastique. Ainsi, fort d’une prétendue compétence en la matière, il s’est adonné à  des conférences pour expliquer comment l’à‰glise favorisait les déclarations de nullité des mariages princiers. Le moins que l’on puisse dire est que cela ne sonne pas forcément de façon très évangélique et sonne plutôt faux dans la Suisse démocratique !

Un ordinand qui pose problème – c’est un euphémisme-et dont la candidature à  l’ordre presbytéral suscite déjà  de telles polémiques et protestations dans les milieux les plus variés du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (diocèse LGF) [1] comme d’ailleurs en Suisse, qu’on s’est même adressé à  Rome, à  la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements pour faire barrage à  son ordination.

D’autant que les consultations concernant son accès au sacerdoce n’ont pas été conduites comme il convenait de le faire au regard notamment du droit canon ; un comble pour un soi-disant spécialiste de cette matière ! Sans parler de son accès au diaconat dont la préparation s’est déroulée dans les unités pastorales alémaniques du diocèse o๠il n’était pas connu ! Et encore cette demande du futur ordonné aux prêtres alémaniques justement, pour le « briefer » sur les questions pastorales dont il se dit en réalité peu familier ! Demande qui sera finalement refusée,les prêtres sollicités trouvant quelque peu abusive une telle démarche à  la veille de son ordination…

LE MELANGE DES GENRES POLITIQUE-EGLISE OU
LA CHUTE DE MAZARIN

Ce Rastignac de l’à‰glise suisse, travaillait déjà  pour l’à‰glise en tant que laïc : après ses débuts à  l’Officialité diocésaine, quelques années au Vicariat de Fribourg et encore au service de la Conférence des à‰vêques Suisses(CEF). Parti à  l’Administration fédérale pour revêtir la fonction de porte-parole du Département fédéral de Justice et de Police, dirigé par la jeune et dynamique conseillère fédérale, Mme Ruth Metzler,tous les deux du même Parti démocrate chrétien (PDC).

Sa nomination indisposait d’ailleurs nombre de fonctionnaires et de ses collègues y compris au sein de son propre parti réputé en général modéré. Malaise tangible d’après un bon observateur de la vie politique locale car pour tout contact avec Nicolas Betticher, ce dernier faisait figurer l’adresse de l’évêché, ou il travaillait parallèlement , sur l’organigramme des « Partis politiques fribourgeois représentés au Grand Conseil ». Une entaille à  la laïcité qui fit un temps polémique. Il faut savoir aussi que Nicolas Betticher n’a pu véritablement s’imposer dés le départ, sa collaboration avec Ruth Metzler se révélant finalement un échec. En effet, il ne réussit pas sa période d’essai entrant très vite en conflit avec sa responsable fédérale. On l’aura deviné, Nicolas Betticher donne une toute autre version de cet échec et la transforme en persécution à  son encontre, voire même en glorieuse croisade au nom des valeurs qu’il défendrait.

En revanche, Mgr Bernard Genoud, l’évêque en place aujourd’hui à  Fribourg, va récompenser la soif de pouvoir et l’ambition de Nicolas Betticher, lequel, précisons-le , avait organisé les cérémonies de son sacre épiscopal en 1999. C’est encore Mgr Genoud qui va faire de Nicolas Betticher son chancelier épiscopal, après l’éviction choquante d’un religieux franciscain qui occupait le poste depuis un moment.

SUR MESURE POUR FUTUR CLERC !
OU COMMENT IZNOGOUD ENTRE EN ACTION…

Depuis lors, Nicolas Betticher, avançant sur ses 50 ans, est à  mi-temps chancelier laïc du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg et à  mi-temps attaché de presse, responsable de la communication et porte parole de l’évêque. Il est surtout le conseiller juridique de l’évêque, l’éminence grise, le Père Joseph (ou peut-être Iznogoud), celui qu’on surnomme le Mazarin de Fribourg. Portant élégant et charmeur,adorant les voitures de luxe et doté d’une très belle villa dans un quartier chic de la ville – un niveau de vie pour un futur prêtre qui passe mal dans le milieu catholique fribourgeois – Nicolas Betticher est aussi un homme très soucieux de son apparence. Délibérément optimiste et sans limite dans son ascension ecclésiastique, il se proclame, d’ailleurs futur « vicaire général judiciaire », un titre qui n’existe pas dans le droit de l’à‰glise !

Aligné officiellement sur les positions les plus intransigeantes de l’à‰glise, Nicolas Betticher a ,en particulier, toujours combattu l’avortement, y compris les dispositions qui constituaient des mesures de pure humanité envers les femmes. En 2000, il déclara dans la presse que  » l’homosexualité était et demeurait contre-nature « (dans le journal « SonntagsZeitung »)- on verra plus loin à  ce sujet ce qu’il en est le concernant – et que les pilules contre la création (à  savoir contraceptives) ne devraient pas exister(dans le magazine « Facts »).

Enfin, sa programmation de la fête cantonale de la musique en 2005 a été si désastreuse qu’il a dà» se retirer de la présidence du comité d’organisation ainsi que de la présidence de la fanfare « L’Union instrumentale », avant que tout périclite dans un fiasco financier et politique retentissant. L’affaire suscitera ,là  aussi,de très nombreuses et violentes critiques.

Mais au delà  de cet ordinand au profil qui pose question, c’est l’ensemble de la gestion épiscopale de Mgr Bernard Genoud qui est en cause à  travers l’ordination à  venir de son protégé,le 2 décembre prochain.

Né en 1942, l’évêque, actuellement sur le siège de Lausanne,Genève et Fribourg ,a été enseignant de philosophie au Collège du Sud à  Bulle, avant devenir recteur du séminaire diocésain, chargé de cours à  l’université de Fribourg (cours « situation de la foi »), puis succéder à  Mgr Amédée Grab transféré à  Coire, en 1999. Meilleur pédagogue que théologien, cet éternel fumeur et grand amateur de bonnes bières jouit alors plutôt d’une bonne réputation dans le diocèse, en particulier parmi les prêtres, ce qui ne durera pas. Les fonctions ne sont pas interchangeables et les hommes peuvent exceller dans tel rôle et être médiocres ou pires dans tel autre.

Turbulences et à‰vêque sous influence ou Mgr Genoud à  genoux devant la nouvelle Salomé !

Les tensions se sont multipliées au fil des années, en raison de la maladresse de l’Evêque et des choix parfois peu compréhensibles qui sont les siens. Le climat d’ensemble est pour le moins tendu et agité de différents remous à  l’instar de la plainte pénale déposée devant l’autorité juridique de l’Etat par l’évêché contre l’Official du diocèse, Mgr Lamas(prélat de sa Sainteté),l’éviction de l’évêque auxiliaire Mgr Pierre Bà¼rcher, la mise à  l’écart du chanoine Hans Brà¼gger comme curé de la Cathédrale St Nicolas , le choix préparé de longue date du laïc Nicolas Betticher contre le « sensus fidelium » alors que plusieurs jeunes prêtres du diocèse ont été formés en droit canonique, les difficultés d’être prêtres sous les ordres de Mgr Genoud manifestées par les intéressés dans la presse.

De plus, les fidèles assisteront à  la substitution de Mgr Bà¼rcher dans le canton de Vaud par l’ami de l’évêque, Mgr Rémy Berchier, vicaire général, cible bien placée des bavardages concernant ses attentions particulières vis-à -vis du sexe faible et toujours en discernement durant en particulier ses fréquents pèlerinages à  Compostelle, au sujet de sa situation sentimentale présente et à  venir. Ambiance tellement pesante et lourde que d’aucuns parlent à  Fribourg d’un «véritable pourrissement à  l’oeuvre au sein du diocèse ».

Ainsi, le chanoine Hans Brà¼gger, curé de la cathédrale Saint Nicolas de Fribourg, a contesté la double casquette politico-religieuse de Nicolas Betticher ce qui l’a conduit au départ forcé de sa charge pastorale. Le chanoine Jacques Banderet, vicaire épiscopal à  la demeure à  Saanen-Gstaad avec son ami et aujourd’hui prélat de sa Sainteté, tient à  rassurer ses ouailles, en prétendant qu’il ne s’agit pas d’une éviction. Ce qu’en définitive personne ne croit. La véritable cause de ces mutations pourrait être en particulier les critiques émises à  l’égard de Nicolas Betticher, ami de Jacques Banderet. Ce qui tendrait à  établir la particulière influence de Nicolas Betticher sur Mgr Genoud. Dans cette affaire qui n’a rien de transparent, le diocèse a été particulièrement maladroit et emprunté dans sa communication avec la presse. Le silence de l’évêché n’a fait qu’alimenter les différentes suspicions au sujet de ces départs et les rumeurs les plus diverses.

En outre, les doutes les plus sérieux se sont développés concernant une gestion jugée peu lisible des nominations imputables en bonne part au chancelier Betticher. Comme pour ajouter maladresse sur maladresse, le diocèse s’est par ailleurs plaint de la façon dont les médias avaient rendu compte de cette affaire, lors même que son refus de communiquer, malgré les perches tendues par les journalistes, l’avait placé par sa faute dans cette situation.

Certains prêtent aussi à  Mgr Genoud un tempérament particulier et peut-être un manque de jugement et de sagesse. Ainsi lorsque l’évêque est passé à  l’émission « La soupe est pleine », satirique et corrosive, mais aussi parfois à  la limite de l’obscénité.

Cependant , le reproche le plus important fait à  l’encontre de Mgr Genoud est la façon avec laquelle il tente d’imposer les restructurations paroissiales dans le diocèse.

Il a, par exemple, mis à  l’écart Mgr Pierre Bà¼rcher, son auxiliaire, contestataire du nouveau statut financier des catholiques dans le canton de Vaud et de certaines nominations problématiques voire à  haut risque concernant la moralité de quelques prêtres. Finalement relégué par Rome à  Reykjavik en Islande, la voie de garage par excellence de tout prélat en mal de Supérieur!. Ce dernier a été profondément mortifié de voir l’évêque lui retirer sa mission pastorale auprès des catholiques du canton de Vaud qui l’appréciaient tout particulièrement et ce ,malgré son profil un peu « tradi ».

Mgr Genoud a procédé de la même manière avec nombre de prêtres et de laïcs en mission pastorale, écartés (et de surcroît sans plan social) car ils ne correspondaient plus à  la nouvelle politique du diocèse qui préfère engager des prêtres d’Europe de l’Est et d’Afrique, ignorant la langue, la culture et la mentalité de la région. Ou encore le départ à  Rome, bizarre et diversement commenté d’un jeune prêtre néo conservateur à  la mode chez les jeunes, le Père Alain de Raemy, non exempt d’ailleurs de tout reproche pour avoir accepté de remplacer le curé de la cathédrale viré, et partir ensuite au bout d’un an ,sans demander son reste ! Ce qui valut,par ailleurs, à  Mgr Genoud de nombreuses lettres de protestation de fidèles diocésains courroucés quant à  sa mauvaise gestion du personnel permanent des unités pastorales.

« Le rôle de Nicolas Betticher dans l’ensemble de ces affaires n’est, semble-t-il, pas négligeable » nous indique un religieux. Chancelier du diocèse, il a indiscutablement l’oreille et la confiance de Mgr Bernard Genoud, et possède sur lui une forte emprise.

Mgr Genoud a remplacé en 1999 l’excellent et regretté Mgr Amédée Grab(1995-1998), lequel avait remplacé trois ans plus tôt Mgr Pierre Mamie(1970-1995). Ce dernier, atteint par la limite d’âge, fut l’objet d’accusations, très graves pour un évêque, sur sa vie privée mouvementée, il y a une dizaine d’années maintenant. Une affaire qui sera finalement étouffée. Raison d’Eglise oblige ! Le Vatican pouvait donc respirer !

Aujourd’hui, à  Fribourg, huit ans après sa prise de fonction, les critiques ne manquent pas à  l’endroit de Mgr Genoud sur sa gestion du diocèse. Il en appelle,en effet ,en ce moment « vers les fédérations et corporations cantonales pour obtenir une augmentation de leur participation « à  la suite de l’important déficit de l’année 2006 : 318 00 francs suisses(soit prés de 200 000 euro). D’autant que des fidèles et des prêtres bien informés se posent des questions sur des sorties d’argent informelles destinées à  dédommager de « sales affaires « pour l’à‰glise. Ainsi,un jeune père de famille nombreuse s’est vu indemniser de 90 000 francs suisses (environ 55 000 euro) après avoir raconté, sous couvert d’anonymat dans une émission de télévision,comment il avait été abusé, enfant, par un religieux.

Récemment, un jeune séminariste – du séminaire diocésain – a reçu un dédommagement de l’évêché s’élevant à  80.000 francs suisses(environ 50.000 euro) pour avoir renoncé à  une plainte pénale, après avoir été victime de « harcèlement sexuel » au séminaire même. Bref, ce qui semble avéré au sujet de ces sommes d’argent, c’est leur usage qui paraît peu en rapport avec ce à  quoi on pourrait s’attendre en la matière. Alors même que le diocèse connaît à  l’heure actuelle un déficit chronique structurel conséquent qui ,de l’aveu même de l’administrateur financier de l’évêché, Dominique Chavannaz,n’est pas prêt de disparaître dans les années à  venir [2].

A noter que le propre père de Nicolas Betticher, qui fit carrière dans la banque, jusqu’à  devenir l’un des responsables en gestion de fortune de la Banque cantonale fribourgeoise, est depuis longtemps conseiller de la gestion financière de l’évêché, mais sans être nécessairement dans les secrets des sacristies .

MGR LAMAS, UN OFFICIAL GàŠNANT POUR MGR GENOUD.

Une histoire assez amusante est souvent racontée dans les salons des milieux ecclésiastiques fribourgeois. L’évêché aurait confié de l’argent à  Mgr Lamas, dont nous reparlerons, pour qu’il aille négocier à  l’aide d’un avocat avec une famille dans une affaire délicate. La somme déposée sur le compte de l’avocat disparaît lors de la faillite suivant la mort (suicide) de ce dernier. Cette somme, entre autres, est celle que l’évêché réclame aujourd’hui à  Mgr Lamas accusé de l’avoir détournée. Il y a là  en réalité quelque chose de très piquant dans cette affaire, à  savoir : le dépôt d’une plainte pour récupérer, dans ce cas précis, une somme censée justement éviter un procès.

Revenons à  ce « monsignore » du diocèse, Mgr Fernando Lamas, qui pourrait payer la note des pots cassés par d’autres. Il était au courant des plaintes portées à  tort et à  raison contre l’évêque Mamie, ce qui en faisait un homme particulièrement gênant. Ironie de l’histoire, c’est Mgr Pierre Mamie qui l’a fait venir à  l’évêché de Fribourg ! D’après nos informations,Mgr Lamas fut mis très rapidement sous pression dans des affaires matrimoniales touchant notamment de hautes figures et personnalités de la grande aristocratie qui bénéficiaient du soutien d’influents cardinaux germanophones, eux mêmes issus d’un pedigree au sang bleu .

Force est de constater en l’espèce que le syndrome Caroline de Monaco fonctionne toujours à  merveille dans les milieux aristo-ecclésiastico-politiques : une bonne nullité de mariage(religieux) prononcée par l’à‰glise permet à  nombre de rejetons de familles princières ou royales de se re- marier en conformité avec les lois de l’Institution ecclésiale pour qui,on le sait, le divorce, est un empêchement pour se (re)marier religieusement.

A Fribourg , Mgr Lamas collabora d’abord avec l’Official précédent,l’excellent canoniste, Mgr Jean-Claude Périsset, qui a fait carrière depuis,puisqu’il est actuellement le nouveau Nonce Apostolique en Allemagne.

Or,dès son arrivée à  l’Officialité, Mgr Lamas fait connaissance de Nicolas Betticher qui y travaille déjà  sous les ordres de Mgr Périsset. Les deux hommes ne sont donc pas des inconnus l’un pour l’autre puisqu’à  l’époque, ils se lient d’une profonde amitié. Le landerneau ecclésial bruissera alors de commentaires en tout genre.

Interpellé sur ces histoires, Mgr Genoud indiquera simplement qu’il fait confiance à  son protégé et que ce dernier a un « Père confesseur ». Dont acte ! Aujourd’hui Mgr Lamas, le prélat qui sait trop de choses,est sur la sellette alors même qu’il possède, parmi beaucoup d’informations, la liste de tous les prêtres pédophiles du diocèse, suite à  l’enquête demandée récemment par le Vatican à  chaque évêque de l’à‰glise universelle en raison des différents scandales qui ont éclaboussé l’à‰glise ces derniers temps). Toutefois,Mgr Bernard Genoud a choisi de placer l’affaire sur la place publique et d’attaquer le « monsignore » devant la justice de l’Etat, l’accusant de graves irrégularités. Parallèlement, Nicolas Betticher a pu annexer de facto le rôle d’Official à  ses fonctions de laïc, après la mise à  l’écart du titulaire du poste.

Le poste d’Official lui fut même publiquement promis par Mgr Genoud sous condition qu’il se fasse prêtre. Alors même, comme nous l’écrivons plus haut, que de jeunes et talentueux prêtres du diocèse ont été formés et préparés en droit canonique pour avoir la possibilité un jour d’exercer de telles fonctions. D’ailleurs, à  l’issue de la cérémonie d’ordination du 2 décembre, on remarquera que dans le communiqué officiel de l’évêché, il est stipulé que Mgr Genoud « installera » Nicolas Betticher comme Official du diocèse ! Des laïcs et des prêtres exaspérés vont jusqu’à  lancer une accusation grave en évoquant la simonie !

LE 2 DECEMBRE :
UNE BELLE PHOTO DE FAMILLE (RECOMPOSEE)
SUR FOND DE MALAISE.

Mgr Genoud est non seulement contesté dans sa gouvernance du diocèse mais aussi sur le plan de la formation qu’il a mis en place . Il a favorisé ainsi l’ouverture de l’Institut « Philanthropos » du très charismatique Nicolas Buttet (fondateur d’ « Eucharistein » ,une petite communauté « chacha ») patronné par les deux cardinaux dominicains, Georges Cottier et Christoph Schà¶nborn, dans le but d’enseigner « une véritable anthropologie théologique » dans la ligne de Jean Paul II. Un Institut loin de faire consensus dans le
diocèse tant le nombre d’intervenants conservateurs, venant du quatre coins du monde, abondent dans l’offre de formation.

Quant à  l’Institut romand de formation au ministère, il a connu une crise très grave qui a conduit au départ de sa directrice, Nicole Giroud et son remplacement par un prêtre qui ,à  son tour et après quelques mois, a abandonné le navire de l’Institut pour un meilleur plan de carrière à  l’Université.

Au final, le diocèse LGF est dans un tel état de crise qu’un visite apostolique s’impose à  l’évidence. C’est du moins le constat établi par nombre de prêtres et de laïcs, las, voire épuisés, de ne pas pouvoir se faire entendre face à  ce qu’ils considèrent désormais comme une situation qu’ils ont de plus en plus de mal à  tolérer.

Concernant le cas plus personnel de Nicolas Betticher, mais les deux dimensions sont profondément liées, les règles de prudence les plus traditionnelles de l’à‰glise déconseilleraient pour le moins à  l’évêque de procéder à  une telle ordination. Surtout dans le contexte actuel. Véritable champ de mines en puissance, susceptibles d’éclater à  tout moment, le diocèse suisse romand de Lausanne, Genève et Fribourg se trouve dans une situation plus qu’inquiétante. Cette inquiétude se lisait d’ailleurs sur le visage de Mgr Pierre Bà¼rcher, samedi dernier 24 novembre à  l’occasion de sa messe d’adieu, exilé désormais loin de son diocèse d’origine, humilié par le manque de confiance de Mgr Genoud et désavoué publiquement.

Elle contrastait étrangement avec la mine souriante du futur ordinand Nicolas Betticher qui, devant un parterre de plus de 1.200 invités, s’apprête à  remporter une nouvelle victoire. La sienne et non celle de l’à‰glise !

Avec,en guise d’apothéose, la présence, le jour de son ordination, des deux évêques émérites du diocèse…l’inoubliable et inénarrable Mgr Mamie ! et le délicat Mgr Grab, ceux-là  même qui lui avaient refusé cette même ordination quelques années auparavant …

A l’évidence,une belle photo de famille en perspective, recomposée pour les circonstances, et bien propre sur elle…

Ainsi va l’Eglise, sainte ! apostolique ! et romaine !

Christian Terras, directeur de Golias

Notes
1- Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) est divisé en 5
vicariats, 20 décanats et 256 paroisses.
Il compte environ 685 000 catholiques déclarés comme tels et
contribuables (impôt ecclésiastique obligatoire dans les cantons
Fribourg et Vaud).

2 – dans la dépêche 203 APIC du 22.08.07

Repentance en Espagne

Au nom des siens, Mgr Ricardo Blazquez Perez, évêque de Bilbao et président de la Conférence des évêques d’Espagne, demande pardon, en des termes nuancés et prudents il est vrai, pour l’attitude de la hiérarchie catholique en collusion avec le franquisme. Il a demandé pardon pour l’attitude des autorités ecclésiastiques durant la guerre civile.

Cette déclaration a crée un véritable effet de surprise. En effet, la récente béatification massive des victimes de la guerre d’Espagne laissait plutôt deviner une toute autre vision de l’histoire, partisane et discutée. Et qui avait suscité un tollé dont le revirement spectaculaire attesté par cette déclaration fait foi. Selon nos informations, les prélats les plus actifs dans le sens d’une opposition frontale au gouvernement Zapatero, comme le nouveau cardinal Agustin Garcia-Gasco, archevêque de Valence, en seraient restés bouche bée.

L’illusoire piédestal

Deux prélats très en vue, le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec (voir plus loin dans la rubrique Focus) et Mgr Ricardo Blazquez Perez, président de la conférence épiscopale espagnole, viennent de faire une intervention à  certains égards très voisines dans laquelle ils reconnaissent les torts de l’à‰glise catholique.

Cette initiative qui suscite l’irritation et la colère des évêques canadiens et espagnols les plus conservateurs, entend répondre à  la perte de crédibilité croissance des autorités catholiques de ces deux pays, qui ne date pas d’hier et qui a crée une situation de tension prompte à  s’enflammer. Le point notable est que les deux prélats qui se sont ainsi propulsés ne passent ni l’un ni l’autre pour progressiste mais respectivement pour conservateur et modéré.

Le nouveau Romero en danger !

On se souvient du témoignage rendu jusqu’au sang par Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador. Assassiné en 1980 il demeure le symbole vivant des luttes de libération en Amérique latine. Sa spiritualité contribue même à  inspirer d’autres évêques, à 
commencer par Mgr Raul Vera Lopez, évêque de Saltillo (Mexique), aujourd’hui menacé et en danger de mort

Ce dernier, en effet, a rendu hommage à  Mgr Romero lors d’une messe à  l’occasion de ses 27 ans de martyr. Par bien des côtés, Raul Vera Lopez ressemble à  l’archevêque assassiné du Salvador. Dominicain, il était considéré, à  l’instar de ce dernier, comme un spirituel très prudent sur les questions sociales et politiques. Il fut d’ailleurs nommé par Rome, sur recommandation du Nonce Mgr Girolamo Prigione, qui l’avait mal jugé, évêque coadjuteur de San Cristobal de las Casas au Chiapas pour assister et surtout contrôler Mgr Samuel Ruiz. Or, loin de limiter les audaces de Dom Samuel il se mit humblement à  son école…

L’abbé Wenceslas jugé en France

C’est ce qu’on est en droit d’imaginer à  la suite d’une décision du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda). Celui-ci, en effet, a décidé de se dessaisir, au profit de la France, des poursuites engagées contre deux Rwandais accusés du génocide de 1994 et qui sont présents dans notre pays. Il s’agit de l’abbé Wenceslas Munyeshyaka, qui fut curé de la paroisse de la Sainte Famille à  Kigali et qui est bien connu des lecteurs de Golias et de Laurent Bucyiabaruta, ex-préfet de Gikongoro (sud du Rwanda).

Le TPIR, qui siège à  Arusha (Tanzanie) a annulé ses ordonnances demandant à  Paris de lui remettre les accusés. Un accord passé entre Paris et le TPIR en juin 2006 prévoit la possibilité que les procès aient lieu en France, le TPIR devant achever ses procès en première instance à  la fin 2008. C’est donc la nécessité « d’accélérer » le rythme des procès qui justifie ce transfert, même si cette délocalisation ne plaît pas particulièrement à  la justice et à  l’opinion publique rwandaises qui craignent que l’implication de la France dans les événements de 1994 ne pèse sur le déroulement du procès.

Mgr Dufour (Limoges) à  reculons

Sa « gueule sympa » comme disaient ses collègues prêtres du Nord rend Mgr Christophe Dufour « sympa ». Affable, gentil, fraternel, longtemps aumônier des scouts de France, il est actuellement évêque de Limoges.

On ne sait s’il faut l’imputer aux ostensions des saints locaux, en tout cas l’évêque de Limoges devient de plus en plus traditionnel dans ses homélies et dans ses interventions.

Régimes spéciaux : quelle équité ?

L’argument mis en avant par le gouvernement Fillon pour justifier la réforme qu’il veut imposer est l’équité. Un arguement, pourtant, qui ne résiste pas à  l’analyse.

Il n’y aurait pas équité parce que les salariés de la SNCF partiraient plus tôt à  la retraite que les autres salariés, avec une retraite complète, et avec un financement très élevé de l’Etat. Ce discours à  sens unique est martelé depuis des mois. Depuis la réforme Balladur, qui n’a pas été remise en cause par la gauche plurielle, les salariés du privé voient leurs retraites calculées sur les 25 meilleures années, et non plus les 10, ce qui va leur faire subir les à  coups des périodes de chômage. Les cheminots ne sont pas responsables de ce recul social.

Xavier Léon-Dufour : la mort d’un Maître en exégèse

Xavier Léon-Dufour vient de nous quitter. Ce jésuite, grand bibliste, a marqué les recherches et débats théologiques avant, pendant et après le Concile. Né en 1913 et ordonné en 1943, il a notamment été professeur d’à‰critures Saintes à  Fourvière et au Centre Sèvres. En hommage, voici ce qu’il écrivait en conclusion de son superbe commentaire de l’Evangile de Jean.

« Grâce au IV e évangile, je commence à  entrevoir la profondeur de Jésus de Nazareth. Plus encore, je suis conduit à  découvrir qui est Dieu. Certes, déjà , je savais par Marc que Jésus appelait Dieu son Père « Abba ! » et qu’il s’isolait la nuit pour prier dans le silence, mais je ne me doutais pas qu’entre Jésus et son Père existait une relation incessante au point que rien ne pouvait arriver à  Jésus sans que le Père ne soit appelé à  être de la partie. (¦) Si je traduis comme d’habitude le (texte du Prologue) par « le Verbe s’est fait chair », je durcis la représentation d’une personne divine se décidant à  venir habiter sur la terre; mais cette traduction ne rend pas le sens du verset : il faut y entendre non pas un verbe pronominal, mais une modification qui modifie un état : alors que le Logos « était » Dieu (…)

Québec : l’archevêque demande pardon !

Dans une lettre qui a fait la manchette de plusieurs quotidiens francophones au Canada en date du 21 novembre 2007, l’archevêque de Québec Marc Ouellet a lâché timidement une phrase inusitée au sein de la hiérarchie de l’Eglise catholique : « Pardon pour tout ce mal » ! Le cardinal Ouellet reconnaît par la même occasion que « la société québécoise traîne une mémoire blessée dont les mauvais souvenirs
bloquent l’accès aux sources vives de son âme et de son identité religieuse ».

Si le «pardon» de Mgr Ouellet peut paraître courageux et appréciable au regard de plusieurs dossiers scandaleux, son geste a été jugé avec une grande sévérité par l’opinion québécoise en général et ce sur plusieurs tribunes. Patrick Lagacé du quotidien La Presse ne s’est pas gêné de qualifier le geste de Mgr Ouellet « d’arrogance » avec « une miséricordieuse hypocrisie ». Les «erreurs du passé¦ avant 1960 » de la part de l’Eglise catholique semblent avoir causé un tort irréparable à  la société québécoise dans son ensemble !