Belgique : un coup de crosse révélateur !

« le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada a récemment interpellé le cardinal Danneels, président de la Conférence épiscopale belge à  propos de plusieurs articles parus dans la revue « Pièces à  conviction » du Conseil interdiocésain des laïcs, le très officieux « parlement » des fidèles catholiques francophones (dont l’alter ego flamand est l’Interdiocesaan Pastoraal Beraad) ».

Ce sont les textes d’Ignace Berten qui sont visés.

Ce dominicain rejoint donc la cohorte des théologiens inquiétés par Rome qui semble de moins en moins supporter une réflexion ouverte ne suivant pas à  la lettre les enseignements magistériels, notamment en matière de morale.

Mais, en deçà  et au-delà  des énoncés des uns et des autres, ce qui est en question, c’est bien le processus d’élaboration du discours chrétien. Or, « Pour participer au débat politique sur les questions éthiques, affirme avec justesse Ignace Berten dans une interview, notre Eglise doit d’abord apprendre la modestie dans son approche de la vérité: nous ne possédons pas la vérité (sur l’être humain, sur sa dignité), nous avons à  être ouverts sur une vérité qui n’est pas encore entièrement advenue. Elle doit reconnaître que d’autres intuitions de ce qu’implique la dignité humaine peuvent être légitimes et demandent à  être comprises dans et par le dialogue (des valeurs reconnues aujourd’hui par l’Eglise, comme la démocratie ou les droits de l’Homme, ont dà» être conquises contre elle) ».

On retrouve le débat sur les différentes conceptions de la vérité et les attitudes qu’elles induisent.

C’est donc bien le rapport de l’Eglise avec l’Autre, Lui qui se manifeste aussi par les autres et pas seulement par une Révélation, qui est en jeu. Ou plus précisément, on le sait bien depuis Paul, il s’agit de ne pas oublier que l‘Esprit nous amène sans cesse à  réinterpréter la Loi même de Dieu, et c’est souvent par l’autre-de- l’Eglise qu’il nous conduit, parfois contre notre gré.


La Curie entendra-t-elle ce théologien et les laïcs qui travaillent avec lui pour dire la foi aujourd’hui, comme la première communauté avait entendu l’Apôtre des Gentils sur la question de la circoncision ?

Il est vrai que l’année Saint Paul ne commence qu’en juin 2008.

Un vent de liberté, comme au moment du dernier Concile, soufflera-t-il alors sur le Vatican pour en balayer les pratiques archaïques et les documents poussiéreux inaudibles ?

Ce coup de crosse de la Curie n’est pas sans signification au moment o๠se tient, à  Lourdes, le Congrès Ecclésia rassemblant 7 000 personnes, ministres ordonnés et laïcs, ensemble responsables de la pratique et du discours ecclésials qui ne se réduisent plus aux incantations ecclésiastiques.

L’Eglise de France veut réfléchir sur sa manière de transmettre la Parole, elle est la fille toujours rebelle de l’Eglise, aujourd’hui gangrenée par le rhizome intégriste.

Mais saura-t-elle être libre dans l’Esprit, modeste dans sa relation au monde et honnête par rapport à  sa propre histoire ?

Quant à  l’Eglise universelle, elle béatifiera à  Rome les martyrs espagnols des années 30. Mais elle ferait bien d’entendre l’avertissement de Dominique Quinio : «la solennité de la cérémonie romaine, mise en parallèle avec la combativité de l’épiscopat espagnol dans plusieurs dossiers actuels de politique intérieure, apparaît comme une provocation.» (Editorial de La Croix du 26 Octobre).

Ce n’est pas de cette Eglise là  dont nous rêvons !

Manifeste pour un catholicisme du XXIème siècle

Avec la complicité du silence assourdissant de la quasi-totalité des évêques, le pape Benoît et la Curie aux ordres ont jeté le masque. En publiant le « motu proprio »et ses commentaires, ils ont franchi la ligne jaune ! Les voilà  carrément sur l’autre voie, à  contresens de l’histoire des hommes. Ce que l’on pressentait depuis l’élection de Joseph Ratzinger se vérifie aujourd’hui :

– Marche arrière toute ! Repli général et organisé sur les positions d’antan.

-Terminé VATICAN II !

-à€ la trappe le « voir/juger/agir » des mouvements d’Action Catholique torpillés par les épiscopes. Trop dangereux des laïcs qui réfléchissent !

-Voué aux gémonies le mouvement des libertés de mai 68 qui s’était invité dans les séminaires et les couvents. Quelle sainte trouille ils ont eue ceux de l’à‰glise d’En Haut !

-à€-Dieu le printemps de l’à‰glise ! L’hiver s’installe à  nouveau sur le monde catholique. C’est le temps de la rigueur, de l’obéissance aveugle et du retour à  des formes de piété infantile !

-L’opium du peuple sévit de nouveau. Dormez bonnes gens ! Ne perdez pas votre temps à  réfléchir : Nous pensons pour vous. Nous agissons pour votre bien ! Faites-nous confiance et obéissez les yeux fermés !

De partout parviennent des informations sur la vague de re-cléricalisation effrénée qui sévit depuis la sortie du « motu proprio » et, à  mon avis, cela ne fait que commencer.
Entendu dans un diocèse de la région parisienne : « Pour demain, la priorité de l’à‰glise, c’est l’obéissance ». « Entre un clerc et un laïc, on choisira toujours un clerc. Les laïcs ? On n’a pas confiance ».

– En 1954, au moment des prêtres-ouvriers : on n’a pas bougé.

– Pour « Humanঠvitaঠ» : on s’est tu.

-Quand Marcel Lefèbvre a ordonné prêtres et évêques : on a fermé les yeux.

-Quand des théologiens ont été condamnés : on n’a pas réagi.

-Quand le pape crée l’Institut du Bon Pasteur à  BORDEAUX et y nomme comme supérieur LAGUERIE, squatter en chef de Saint Nicolas du Chardonnet : certains ont protesté… peu et relativement mollement.

-Quand………….. On a subi, de fait, et on a tout accepté, lâchement.


On a laissé faire ! On s’est laissé faire !

En son temps, Jésus n’a pas hésité, joignant le geste à  la Parole il a chassé les marchands du temple et renversé les tables des changeurs.
Pour sà»r que s’il se présentait aujourd’hui aux portes du Vatican et de maints évêchés, il se ferait jeté par ces Sainteté et à‰minences recroquevillées sur les conceptions, les expressions et les ors d’un passé révolu.

Relevons la tête et mettons-nous debout, nous sommes le Peuple de Dieu et nous sommes aussi l’à‰glise !
La gloire de Dieu c’est l’homme (et la femme) debout. (Irénée de Lyon)

Et ne disons pas que la tâche est trop lourde, que nous sommes trop âgés ou malades ou trop peu nombreux¦ Ils étaient douze autour du lac !…
Ne disons pas non plus : il n’y a plus rien à  faire avec ces gens-là , laissons cette à‰glise agonisante mourir de sa belle mort et consacrons toutes nos forces à  lutter contre les privilèges et les injustices de la société.

Ceux qui, aujourd’hui, sont au pouvoir en France, en Europe et dans la plupart des pays du monde sont les mêmes que ceux qui règnent au Vatican et dans les évêchés, même culture, mêmes méthodes, mêmes pratiques, même irrespect, au fond, envers les personnes.

Il n’est plus temps de tergiverser. Regroupons nos forces. Mettons en oeuvre la subversion évangélique de notre foi. Partout o๠il sévit contre les plus faibles, partout o๠il couvre, de fait, les situations d’injustice, contestons le désordre établi comme annoncé dans le Magnificat et le texte d’Isaïe lu par Jésus à  la synagogue de Nazareth : «Il renverse les puissants de leur trône, élève ceux qu’ils ont piétinés, comble les affamés et congédie les riches les mains vides» (Luc 1, 48-54) et « Il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, la délivrance aux prisonniers, rendre la vue aux aveugles et la liberté aux opprimés » (Luc 4, 18).

Nous avons à  construire un monde de justice, de liberté et de paix o๠il soit encore possible demain d’annoncer la Bonne Nouvelle du fils de l’homme, Jésus de Nazareth, dont nous gardons en mémoire qu’il fut arrêté, torturé et mis à  mort par les religieux et les politiques de son époque. «Là  o๠se joue la cause de l’homme et de l’humanité, là  aussi se joue la cause de Dieu». (Joseph Doré)

Alors, dans le droit-fil de notre action du 10 mars 2007 à  Paris sur la précarité, je propose que les trois associations organisatrices prennent l’initiative de lancer à  la prochaine assemblée générale des Réseaux des Parvis, le 24 novembre 2007, un appel pressant à  l’ensemble des adhérents, associations, groupes et individus, pour constituer une force organisée de résistance, de contestation, de proposition et d’innovation.

Nous devons identifier, partout o๠elles se produisent, les atteintes aux droits fondamentaux des personnes, les situations d’agressions les plus criantes et les attaques contre les libertés et la démocratie, érigées en systèmes politique, économique, social et religieux qui broient et aliènent, tout particulièrement les plus faibles d’entre nous.
Recueillir, recouper et analyser les faits afin d’identifier les évolutions probables, déceler les stratégies sous-jacentes, imaginer les réactions nécessaires et possibles à  mettre en oeuvre, concrètement.

Concernant l’à‰glise, il convient de centraliser les informations sur les exactions perpétrées récemment et, notamment, celles qui seraient, a priori, en lien avec les dernières orientations romaines.
Il s’agit bien d’organiser la contestation au sein, ou vis-à -vis, de cette à‰glise à  laquelle nous sommes toujours attachés, mais pour combien de temps encore ?. N’en doutons pas, nous sommes les seuls à  pouvoir initier et mener une telle action. C’est peut-être, avant que nous disparaissions, le dernier service que nous puissions rendre à  ceux qui nous succéderont. Nous avons l’obligation de mettre à  leur disposition nos expériences, nos capacités d’analyse et d’engagement et nos propositions.
Mais, nous pouvons aussi faire comme nous avons toujours fait jusqu’à  maintenant : protester certes, mais plier les genoux et laisser faire !

Plaidoyer pour les enfants

Le primat catholique d’Irlande, l’archevêque Sean Brady, s’est excusé ce week-end pour « l’horreur » des abus sexuels commis depuis 1940 par des prêtres irlandais à  l’encontre de plusieurs milliers d’enfants. L’archevêque, qui doit être fait cardinal par le pape Benoît XVI le mois prochain, a dit samedi lors d’une messe aux victimes qu’il ne pourrait jamais « assez s’excuser auprès de tous ceux qui ont souffert alors qu’ils étaient confiés à  la garde de l’Eglise ».

« Rien ne pourra jamais compenser les terribles injustices qui ont été commises », a-t-il affirmé. « Mais je peux vous assurer de mon absolue détermination à  changer les choses pour le meilleur. »

« Je trouve encore difficile à  imaginer, et j’en ressens une grande honte, que ceux en qui on aurait dà» avoir le plus confiance, ceux qui auraient dà» être comme le Christ pour les enfants, aient commis de telles horreurs et de tels crimes à  leur encontre », a-t-il ajouté.

Il a promis que « faire de l’Eglise un endroit qui insuffle la vie, joyeux et sà»r pour les enfants » était son « désir le plus profond et (sa) priorité ».
Un organisme gouvernemental, le Residential Institutions Redress Board (RIRB), spécialement créé en 2002 pour accorder des réparations financières aux enfants victimes de sévices sexuels dans les institutions spécialisées dirigées essentiellement par des religieux, a déjà  reçu 14.540 demandes de dommages et intérêts.

Le coà»t total de ces réparations devrait s’élever à  quelque 1,16 milliard d’euros, selon une estimation récente du gouvernement.
Les plaignants affirment avoir subi des sévices dans des institutions fondées par l’Etat, mais dirigées essentiellement par l’Eglise catholique, notamment des écoles, des orphelinats, des hôpitaux et des
foyers pour enfants.

Plaidoyer pour les enfants


Combien de garçonnets, combien d’adolescents
Ne se sont pas méfiés des caresses sournoises
D’un tendre confesseur aux manières matoises
Qui se sont transformées en gestes indécents !

Combien de confesseurs n’ont pas été armés,
En tout cas, insuffisamment,
Pour ne pas être complices de ces enfants
Qui avouent leurs péchés contre la pureté !

Combien d’abbés ne deviendraient pas des violeurs
De garçons s’ils vivaient avec une âme soeur
Sans passer pour des traîtres ?

Combien de pédophiles
Le Vatican veut-il
Pour assouplir enfin le célibat des prêtres ?

Modérateur et bonne gouvernance

Le mot fut l’une des nouveautés du Code de Droit Canonique 1983, depuis « modérateur » (moderator en latin et en anglais) est devenu un métier Internet. Est-ce seulement pour modérer, atténuer les interventions sur les forums de discussions ? L’origine canonique reprend un mot latin appliqué aux empereurs : celui qui dirige, gouverne¦ tandis que dans le même contexte « moderatio » est à  traduire par organiser, administrer et s’applique en particulier à  une bonne application de la justice¦ Nous sommes ainsi au delà  des sens restrictifs et plutôt négatifs de « modération », d’atténuation, de simple correction des excès, loin étymologiquement d’une « gouvernance » timorée et prudente.

L’acception du mot dans les forums de discussions, rejoint le souci d’une bonne administration o๠les idées des uns et des autres sont reprises aussi loin et mieux que possible. Dans un forum de jeunes, nous découvrons ces réactions quand à  une candidature : « aide intelligemment et respecte les règles du forum c’est tout ». Un autre propose un candidat : « moi, je crois que vous devriez mettre X en modérateur, il aide bien et il est souvent actif presque plus que les vrais modérateurs ». Les responsables du site avouent qu’ils y ont songé : « nous avons pensé à  X mais nous ne le mettons pas Modo, du moins pas pour l’instant. Nous avons nos raisons et je lui ai expliqué ». L’intéressé confirme « et que j’approuve c’est important le poste de modéro et c’est pour ça que c’est jamais facile de trier les gens sur le volet pour être modéro, alors laissons l’avenir décider »¦ et il ajoute en PS « merci pour vos encouragements ça me fait très plaisir »

Mais pourquoi cette discussion en lien avec la Première lecture de ce dimanche ? D’abord parce que la Bible de Jérusalem l’intitule : « raisons de cette modération » et que tout le livre de la Sagesse est placé sous cette idée que Dieu aime toutes ses créatures. Il insiste pour que nous soyons « amis des hommes » ; il fait une grande place à  la miséricorde divine, au souci de ne jamais être trop durs avec les « impies ». « Ceux qui tombent, tu les reprends peu à  peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent¦ »

Un dernier mot dès lors, sur les acceptions canonique et française du mot « modérateur ». Hilaire LECOUEDIC (du site Port Saint Nicolas) dans son commentaire du canon 517 à  propos de la charge pastorale confiée à  une équipe de prêtres dont l’un est modérateur écrit : « On se demande d’ailleurs si la traduction du terme latin «moderator» est ici très heureuse, vu que le plus souvent ledit prêtre n’aura pas à  modérer ou tempérer les ardeurs débordantes de ses confrères, mais à  jouer plutôt le rôle d’aiguillon, de stimulateur de la pastorale locale! »
(cf. l’article sur PSN: )

Toute la question est effectivement là  mais justement l’acception latine du mot n’est pas la française¦ Le mot fut choisi d’abord à  la place de « supérieur » de communauté religieuse pour mieux marquer à  la fois la caractéristique de leur charge comme décision à  prendre en conscience mais aussi comme respect des statuts et obligation du travail communautaire. Il fut étendu ensuite à  cette possibilité o๠les prêtres travailleraient en équipe mais o๠l’un d’eux « dirigerait l’activité commune et en répondrait devant l’évêque ».

Donner à  chacun toutes les possibilités de s’exprimer, en expliquant tels ou tels rejets éventuels pour la bonne qualité du travail commun, stimuler les énergies pour l’oeuvre commune, aider ou s’effacer¦ Un DRH établit entre autres ce profil pour les candidats : « faire preuve de maturité, de patience, de tolérance, d’équilibre, et d’aptitude au travail de groupe ». Une histoire de Sage en somme¦ celui d’Alexandrie est incontestablement passé maître dans l’art de dire Dieu Miséricordieux, de dire les hommes en justes ou impies¦ et ce que doivent être nos dirigeants.

Les révélations du cardinal mystérieux

Journaliste très au fait des questions catholiques, Olivier Legendre publie ces jours-ci la « confession d’un cardinal ». *

Il s’agit d’un roman d’actualité : au fil des échanges entre un cardinal et un écrivain, dans un dialogue très franc et bien stimulant, de nombreuses questions sont abordées et de nombreux secrets déflorés.

Selon nos sources, un véritable cardinal en chair et en os, Mgr Achille Silvestrini, chef de file de l’aile libérale de la Curie, serait à  l’origine du projet. Le lecteur que nous avons essayé d’être a pu découvrir dans ce livre d’une part un certain nombre d’informations sur les coulisses d’événements récents, d’autre part, des réflexions pleines d’audaces qui tracent un chemin d’avenir.

1. REVELATIONS

Le mystérieux cardinal commence par évoquer l’attentat dont Jean Paul II fut l’objet. Il situe cet épisode dans le contexte d’une guerre froide de plus en plus tendue. Karol Wojtyla, à  la différence du Cardinal Agostino Casaroli, son Secrétaire d’Etat, voulait s’engager le plus loin possible dans le soutien apporté au syndicat « Solidarité ». Il déploya toute son influence pour que ce syndicat soit financé clandestinement (ce qui irritait Casaroli). L’argent fut trouvé en particulier grâce à  Mgr Paul Marcinkus, ancien « gorille » du Pape et prélat controversé.

Ce dernier s’occupa un temps des finances du Vatican avant d’être accusé par le gouvernement italien de tremper dans de très sombres affaires. Poursuivi par la justice de ce pays, il resta un bon moment cloîtré à  l’intérieur de la Cité. Sans cet argent d’origine souvent douteuse, Solidarnosc n’aurait pu se conforter et aurait fini par disparaître. Parmi les « partenaires d’affaires » de Mgr Marcinkus, se trouvaient des escrocs et aussi des membres de l’Opus Dei. La mafia donna donc un sérieux coup de pouce à  «  Solidarnosc « . Il est vrai que ce soutien de la mafia ne constituait pas une nouveauté absolue : l’armée américaine elle-même s’était servie de la mafia contre l’armée allemande et les fascistes en Italie.

Le 16 décembre 1980, Jean Paul II, bravant les mises en garde de Mgr Casaroli, écrivit une lettre très dure à  Leonid Brejnev. Une lettre d’avertissement, sinon de menace. Le Pape cherchait à  convaincre le responsable soviétique de ne pas envahir la Pologne. L’URSS supportait de plus en plus mal cette autorité du Souverain Pontife et formenta un attentat. En sous-main, Andropov, qui tenait déjà  le gouvernail soviétique délocalisa, en quelque sorte, cette exécution en la confiant à  des sous-traitants, les Bulgares, qui eux-mêmes s’en déchargèrent sur un activiste turc d’extrême droite, Ali Agça. Cette reconstitution des faits est plus que probable, remarque notre cardinal, mais il était évidemment impossible, pour des raisons diplomatiques, que le Saint-Siège pointe du doigt les vrais coupables. Anecdote amusante : lorsque par la suite, ayant survécu, Jean Paul II remercia la Vierge de Fatima, Ali Agça crut qu’il s’agissait d’une femme portugaise qui avait soigné le Pape juste après l’ attentat.

L’influence de l’Eglise catholique en général et des diplomates du Vatican en particulier sur les événements à  l’échelle internationale semble bien difficile à  nier. Ainsi, en 1986 , c’est le cardinal Jaime Sin, archevêque de Manille, surnommé pour son aura « le Pape d’Asie », qui fit véritablement tomber le tyran Marcos et sa femme Imelda. Les accords d’Helsinski, dans les années soixante-dix, doivent vraiment beaucoup au futur cardinal Casaroli (et à  Mgr Silvestrini, qui ne peut se louer lui-même évidemment), lequel réussit à  imposer les principes de libre circulation, de libre expression et de liberté religieuse.

Il y a l’envers de la médaille d’une Eglise trop diplomate. Pie XII, pendant la Seconde Guerre Mondiale, a fait preuve d’un excès de prudence qui compromet aujourd’hui le crédit du Vatican. A force de penser uniquement en diplomate, Eugenio Pacelli ,n’a pas su répondre à  un devoir de dénonciation prophétique face à  l’horreur absolue.

L’EFFET  » HUMANAE VITAE  »

Le Pontificat de Paul VI déjà  marquait un grand tournant eu égard à  l’utopie conciliaire du Bon Pape Jean. L’événement peut-être le plus décisif pourrait bien avoir été l’encyclique «  Humanae Vitae  » condamnant la contraception, alors qu’une immense majorité espérait une évolution dans la suite du Concile. Quelque chose a été bel et bien cassé avec «  Humanae Vitae « . Le problème de la contraception devait être traité par le Concile lui-même, comme celui du célibat ecclésiastique. Le Pape retira le sujet de l’ordre du jour pour se le réserver. Il désigna une Commission qui se prononça majoritairement en faveur d’une évolution de la position de l’Eglise. Paul VI, pris de scrupules, ne voulut pas faire figure de Pape rompant avec l’enseignement reçu, en particulier de l’encyclique de Pie XI, « Casti Connubii » (1928). De plus, il subit une très forte pression psychologique du cardinal Alfredo Ottaviani qui agita un sceptre apocalyptique. Il y avait un aspect « hamlétien » chez Giovanni Battista Montini (c’est en fait le cardinal Eugène Tisserant qui le surnommait ainsi, Jean XXIII ne faisant que reprendre le surnom).

Les cardinaux sont en fait très divisés entre eux. Trois exemples suffiront.

– Alors que le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, Président du Conseil Pontifical pour la famille continuait à  condamner totalement le préservatif (comme ses confrères les cardinaux Maurice Otunga, Claudio Hummes et Carlo Caffarra), d’autres porporati envisageaient un tel recours comme un moindre mal (cardinaux Georges Cottier et Christoph Schà¶nborn) . Le cardinal Godfreed Danneels, alors papabile en vue, présentait le préservatif comme un moyen à  utiliser pour ceux qui ne pouvaient respecter les règles de fidélité et d’abstinence.

– Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens, a soutenu avec son confrère Joseph Ratzinger une discussion serrée sur le rapport des églises locales à  l’Eglise universelle. Leur position théologique respective s’avère en fait diamétralement opposée : Walter Kasper insiste sur l’autonomie, la liberté et la consistance réelle des églises locales; Joseph Ratzinger souligne leur soumission nécessaire à  l’Eglise romaine en une vision très centraliste. Kasper met l’accent sur la collégialité; Ratzinger sur l’autorité verticale de Pierre et ses successeurs.

– Le cardinal Carlo Maria Martini a exprimé le souhait que se tienne un nouveau Concile oecuménique dans un sens réformateur. Il y a quelques années, il fut vivement critiqué sur ce point par le cardinal Dionigi Tettamanzi, devenu par la suite son successeur sur la chaire de St Ambroise à  Milan. Il est évident que le pôle « ouvert » du Sacré Collège, autour des cardinaux Martini, Etchegaray ou Danneels est en opposition sur beaucoup de questions avec le pôle « conservateur » sinon réactionnaire autour des cardinaux Castrillon Hoyos, Medina, Pell ou Caffarra.

Selon notre mystérieux cardinal, « beaucoup de cardinaux sont inquiets de la situation de l’Eglise, et, comme la peur est mauvaise conseillère, ils éprouvent des tentations de repli identitaire (…) Ces cardinaux-là  sont sà»rement majoritaires aujourd’hui, mais il ne faudrait sans doute pas grand-chose pour qu’ils basculent dans une vision plus ouverte ». En effet, toujours selon lui, « il est trompeur de parler de camps aux frontières définies comme ceux qui s’affrontent dans le parlement d’une république ou au sein des partis qui entretiennent des courants rivaux. Nous sommes entre cardinaux dans un monde aux frontières mouvantes. Il y a parmi nous des amis, de vrais amis. Il y a des groupes qui se font ou se défont selon les sujets à  traiter et les décisions à  prendre. Il y a des cardinaux qui ont appris à  se respecter pour avoir travaillé ensemble. Il y a quelques solides inimitiés dues d’ailleurs à  des froissements d’amour-propre plus qu’à  des différences d’opinions marquées ».

Le mystérieux cardinal n’aurait certainement pas voté en faveur de Joseph Ratzinger lors d’un Conclave o๠il n’était plus présent, raison d’âge oblige. Avec un peu d’humour, il raconte le vieillissement en un jour de …cinq ans du cardinal Henryk Gulbinowicz, archevêque de Wroclaw. En effet, ce dernier était longtemps considéré être né en 1928; or, il s’avéra qu’il était né exactement cinq ans auparavant (en 1923) . Le futur cardinal avait triché de cinq ans pour ne pas être enrôlé de force dans l’armée soviétique en 1944. Très honnêtement, il confessa son âge véritable à  temps pour ne pas être abusivement membre du Conclave après avoir dépassé l’âge.

 » RATZINGER N’ETAIT PAS L’ HOMME IDOINE « 

En effet, selon notre mystérieux cardinal, Joseph Ratzinger n’était pas l’homme idoine pour une triple raison : d’âge, d’origine et de formation. Il n’était pas le plus judicieux de choisir comme Pape un cardinal presque octogénaire, européen et théologien de métier. Selon notre mystérieux porporato, « un non-théologien sera plus ouvert à  l’égard des débats théologiques en cours ou à  venir qu’un théologien professionnel qui se sera forcément construit un système bien à  lui dans la première partie de sa carrière avant d’atteindre, à  la cinquantaine, l’âge requis pour être en fonction à  ,la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi ». « Ce non-théologien aura tendance à  mettre des frontières plus fluides entre ce qui est théologiquement correct et ce qui ne l’est pas. N’étant pas engagé lui-même dans la recherche théologique – la théologie est toujours en recherche – il sera plus accueillant à  celle des autres ».? Enfin, le choix d’un Pape d’Europe occidentale constitue d’une certaine façon une solution de facilité, comme un plus petit commun dénominateur. Hélas, « le dynamisme de l’Eglise a quitté l’Occident ».

Notre mystérieux cardinal ne met pas en doute les qualités personnelles de Joseph Ratzinger :  » c’est un homme vraiment de grande valeur. Il l’a montré en différentes occasions et il le montrera encore. Il fera l’affaire, il en est parfaitement digne, mais il négligera sans doute certains domaines à  mes yeux essentiels pour se consacrer à  d’autres que je juge secondaires ».

Lorsque son interlocuteur lui demande ce qui s’est passé au Conclave, le porporato a cette réponse :  » rien « . En effet, selon lui, le Conclave a été rapide parce que tout était joué d’avance : « il ne s’est rien passé de notable, de nouveau, de passionnant au Conclave car tout s’est passé avant ». . L’hypothèse de l’élection d’un Pape du tiers monde fut sapée à  la base par une déclaration du cardinal africain Francis Arinze affirmant que les cardinaux européens n’étaient pas prêts à  accepter un cardinal d’origine africaine. En outre, selon notre mystérieux cardinal,  » les Africains ne voulaient pas d’un Américain du Sud  » et  » les Américains du Sud ne voulaient pas d’un Africain « . En outre, il n’était pas question, pour des raisons géopolitiques évidentes, de choisir un Pape en provenance des à‰tats-Unis. Selon la confidence de notre mystérieux cardinal,  » nous savions tous que le nouveau pape ne serait ni un asiatique, ni un africain, ni un Américain. Et nous savions d’autre chose encore « .

Son Eminence se fait plus précis :  » c’est pendant la période qui a séparé le décès de Jean Paul II et l’entrée en Conclave que tout a basculé. J’ai été le témoin intéressé et un peu perplexe d’un processus assez passionnant, celui qui pousse un nombre relativement important d’hommes, représentant un nombre considérable de nations, unis par une même foi, à  s’accorder bon gré mal gré sur le choix de celui qui doit les diriger, eux et l’Eglise toute entière – c’est à  dire tout de même plus d’un milliard d’hommes – pendant les années suivantes « . Ce processus est celui de …la peur, la crainte, l’inquiétude. C’est au moment de la messe des funérailles de Karol Wojtyla que le déclic s’est en quelque sorte enclenché. Comme si les cardinaux présents découvraient tout à  coup combien il allait être difficile de remplacer ce défunt à  la stature d’exception.

LE CONCLAVE FAUSSE.

Cette angoisse qui montait à  la gorge de cardinaux désemparés favorisa une candidature à  bien des égards aussi rassurante que celle de Joseph Ratzinger. Lequel fut ainsi en quelque sorte candidat par défaut.  » Personne d’autre soudain ne fut plus crédité de la possibilité d’être pape. Comme s’il n’y avait plus eu soudain d’autres candidats envisageables! L’inquiétude des cardinaux était tellement forte qu’ils se rallièrent à  celui qu’ils connaissaient le mieux, quels que fussent les inconvénients de sa candidature « . Les cardinaux vont donc  » passer par-dessus tous les inconvénients que peut posséder notre préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi : son âge, son manque d’expérience pastorale, sa nationalité, sa spécialité, son appartenance à  la curie, sa réputation d’inflexibilité… « . Il faut savoir également que Joseph Ratzinger était le seul à  bénéficier du soutien d’un groupe organisé, celui des conservateurs, grâce au diligent de plusieurs porporati « popemakers » comme Camillo Ruini ou Alfonso Lopez Trujillo.

En tout cas, notre mystérieux cardinal regrette l’élection du futur Benoît XVI en raison des intentions qui présidèrent à  ce choix :  » Je crois que les cardinaux ne l’ont pas choisi pour les meilleures raisons et qu’ils se sont laissé conduire par des arguments irrationnels, nourris de crainte excessive, trop impressionnés par les réactions du monde au décès de Jean Paul II. Je dois le dire : ils ont eu peur du vide, et ils se sont tournés vers celui dont ils pensaient qu’il était le plus à  même de le supporter « .

Il y a une explication historique de la possibilité, en 2005, de l’élection d’un homme aussi conservateur que Joseph Ratzinger, impossible en 1978.  » Il fallait que la génération de ceux qui avaient fait le Concile disparaisse pour qu’un autre génération, moins affectivement impliquée dans cet événement, arrive aux leviers de commande « .

Pour le futur, à  court terme tout au moins, notre mystérieux cardinal ne se montre pas très enthousiaste. Benoît XVI sera un pape  » du statu quo et de la remise en ordre. Du statu quo dans le sens o๠il sera dans l’impossibilité de renouveler notre manière d’être au monde. De la remise en ordre dans le sens o๠il va entreprendre de corriger ce qu’il appelle les à -peu-près de son prédécesseur « . En effet, Jean Paul II n’était pas vraiment un homme de gouvernement.  » Pendant que le Pape battait l’estrade, comme disaient certains membres de la Curie, celle-ci avait les mains libres pour mener la politique qu’elle souhaitait. Les décisions étaient souvent approximatives, les faveurs à  tel ou tel groupe d’influence exagérées, les déclarations contradictoires. C’était du moins le jugement de Ratzinger avant son élection « . Si l’actuel pontificat présente l’avantage de la clarté et de la rigueur, il ne présentera hélas pas celui d’une ouverture pourtant incontournable. Ce Pape, estime notre mystérieux cardinal, ne traitera pas des sujets qui s’imposent aujourd’hui.  » Il ne les traitera pas parce qu’ils n’entrent pas dans le cadre de son système de pensée. Nous autres, cardinaux , avons eu de nombreuses discussions dans le passé sur ces sujets. Chaque fois, malgré sa bonne volonté et son intelligence, notre préfet de la Suprême concluait que le monde avait tort s’il pensait vraiment cela, et que nous devions le lui dire« .

Notre mystérieux cardinal va plus loin encore : d’après lui, cette stabilité conservatrice risque d’affaiblir encore :l’Eglise. Ce Pontificat pourrait alors s’avérer néfaste.

L’ à‰GLISE ET LE RWANDA.

Le cardinal sans visage revient sur cette tragédie de la guerre au Rwanda . Un pays si catholique pourtant que l’on surnommait le  » pays o๠Dieu aime le soir se reposer « . Il évoque sa conversation avec Karol Wojtyla sur cette question et sur le fait atroce que prêtres, religieux et religieuses prirent leur part à  ces abominations.  » Il faut le dire parce que c’est la vérité. Ce fut pour nous gens d’Eglise un coup terrible. Oui, bourreaux et victimes avaient l’habitude de prier ensemble auparavant. Oui, ils participaient aux mêmes messes dans l’eglise de leur village. Oui, ils étaient invités aux mêmes mariages, se confessaient aux mêmes prêtres, recevaient la visite de leur même évêque. Oui, les bourreaux et les victimes appartenaient aux mêmes églises, célébraient les mêmes cultes (…) Le Rwanda constituait, pensions-nous, un exemple de la réussite de l’évangélisation en Afrique. Des fidèles actifs, des religieuses du pays en grand nombre, un clergé local formé, de nombreuses institutions charitables, des écoles…Un modèle de greffe réussie de la foi chrétienne dans un pays récemment évangélisé. Survint le génocide. Nous découvrîmes que l’horreur peut coexister avec une pratique religieuse enviable. Nous nous aperçà»mes que les valeurs évangéliques étaient mises de côté avec une rapidité effrayante pour laisser la place à  la barbarie « .

Le mystérieux va plus loin encore : il parle de  » faillite chrétienne « . En effet,  » quand une religion, en l’occurrence la religion chrétienne, met au centre de son message l’amour de Dieu et du prochain, on est en droit de se demander si des génocides survenant en terre chrétienne ne sont pas le signe que cette religion a échoué dans sa mission « . ?Des questions inévitables se posent alors :

 » Avons-nous fait ce qu’il fallait depuis des siècles pour assurer la mission reçue du Christ porter la bonne nouvelle à  toutes les nations?

Avons-nous bien gouverné l’Eglise pour qu’elle soit fidèle à  cette mission?

Ne nous sommes-nous pas attachés à  des pratiques, à  des préoccupations, des ambitions secondaires qui nous ont fait négliger l’essentiel, qui ont empêché que l’essentiel prenne racine dans les terres o๠nous sommes allés l’annoncer ?

N’est-il pas dérisoire de se focaliser sur le nombre des entrées au séminaire pour juger de notre réussite quand on fait face à  des drames comme ceux du Rwanda ou de la Shoah ?

Plus simplement, sommes-nous sà»rs que nous ne nous attachons pas au secondaire en négligeant l’essentiel ? « .

Le mystérieux cardinal laisse entendre qu’une évolution prochaine au sujet de la contraception pourrait bien voir le jour. Il est vrai qu’un Pape conservateur, sans jeu de mots, plus facilement faire avaler la pilule à  qui demeure attaché à  l’ancienne morale. Sans aucun doute, un homme aussi incontestable au plan de l’orthodoxie doctrinale que Joseph Ratzinger pourrait facilement opérer un certain nombre de changement qui seraient perçus comme suspects de la part d’un autre que lui. Reste à  savoir s’il le souhaite.

2. VISIONS & PERSPECTIVES.

Loin de toute langue de buis, Son Eminence revient sur la question du mariage des prêtres et sur l’une de ses raisons les plus déterminantes.  » Les prêtres à  qui on avait donné des revenus, une petite terre, un toit pour s’occuper dignement de leur famille, avaient pris l’habitude de léguer ces quelques biens à  leurs enfants. Ce qui fait qu’il fallait doter à  nouveau le prêtre qui succédait à  celui qui venait de mourir. Cela devenait une charge insupportable pour les fonds de l’Eglise « . Les considérations matérielles sont souvent aussi importantes qu’officiellement déniées. Le ministère sacerdotal semble à  présent dans une impasse faute d’audace pour la réenvisager autrement :  » il n’y aura des prêtres mariés que quand on aura accepté l’idée que l’on peut être prêtre autrement qu’on l’est depuis des siècles « . Il serait absurde et inefficace, au mépris de tout bon sens, de maintenir artificiellement une théologie et une discipline qui avaient pris forme dans un tout autre contexte.  » C’est le prêtre qui a fait tourner l’Eglise depuis des siècles. Cela marchait à  l’époque, surtout aux temps o๠devenir prêtre représentait un ascenseur social non négligeable et faisait la fierté des familles. Aujourd’hui, o๠les conditions sociales ont changé, ce n’est peut-être plus la meilleure solution « .  » Nous sommes la religion de l’incarnation « . Séparer le spirituel de la vie concrète,  » Le réserver à  un domaine idéal  » serait «  parfaitement nuisible « .

Le cardinal souhaite qu’un Pape donne aussi sa démission lorsqu’il atteindra l’âge limite des évêques, soixante-quinze ans.

Le plus important toutefois, déjà  à  court terme, est de rompre avec une logique défensive, alimentée par le peur de perdre pied, de n’avoir plus le contrôle, mauvaise façon de faire le Pape.  » C’est faire des lois sans arrêt, c’est tenter de contraindre la vie dans le cadre des textes, c’est centraliser à  outrance par crainte des dérives – toujours cette crainte des dérives qui nous paralyse. C’est se comporter en monarque, bienveillant dans le meilleur des cas, autoritaire dans le pire. Bref, c’est être romain avant toute chose et redonner vie dans les temps modernes au système d’un empire qui, à  force de dépendre d’une seule tête, s’est effondré par sa périphérie. C’est sacraliser à  outrance l’autorité, imposer aux émotions et à  leurs expressions le carcan du liturgiquement correct, brider la spontanéité car elle serait dangereuse. Bref, c’est vouloir maîtriser, maîtriser encore, maîtriser toujours, et contrôler en permanence « . ?

LES NOUVEAUX MOUVEMENTS EN QUESTION.

Le mystérieux cardinal est également très réservé à  l’encontre des nouveaux mouvements. Face à  eux, deux jugements sont en effet possibles :  » le premier est de vous émerveiller de la générosité de ces chrétiens qui veulent vivre une foi engagée et ne ménagent pas leur peine. Le second est de vous demander si ces exigences ne vont pas trop loin, si elles ne profitent pas exclusivement aux dirigeants, si elles ne sont pas présentées avec trop d’insistance, si elles ne sont pas imposées par des pressions mentales anormales (….) Mon opinion à  ce propos est que chaque fois qu’un groupe érige le secret en valeur principale, il y a risque de dérive. Certains de’ ces mouvements cèdent à  cette tentation, c’est indéniable « . Son Eminence souhaite en tout cas qu’une enquête approfondie soit menée. Cela concernerait en particulier, mais de façon non exclusive, quatre principaux mouvements : l’Opus Dei, les Légionnaires du Christ, le Chemin néocatéchuménal et les Foccolari. Mais l’autorité suprême de l’Eglise a peut-être intérêt à  couvrir ces mouvements et à  fermer les yeux sur certaines de leurs dérives.  » Ces mouvements ont su se rendre utiles à  l’Eglise ou à  certains de ses dirigeants. Ils ont toujours mené des actions de relations publiques auprès des uns et des autres, nouant des solidarités, des amitiés…Bref, il existe un réseau au sein de la hiérarchie qui soutient ces mouvements pour des raisons diverses « . Au sujet des mêmes mouvements, il tient à  ajouter : «  leur pensée est conservatrice et leur théologie parfois approximative « .

Le cardinal fait preuve d’une grande lucidité sur l’Eglise catholique aujourd’hui :  » l’édifice attire l’attention, le bâtiment porte beau, mais de moins en moins de personnes ont envie d’y pénétrer et beaucoup se sont empressés d’en sortir « . L’Eglise n’est plus la seule à  donner du sens, à  éclairer les vies et les consciences. De plus, son histoire porte les stigmates de graves erreurs qui ont considérablement entamé son crédit.  » Aux alentours de 1500, l’Eglise est empêtrée dans une série de solidarités et de connivences dont elle avait hérité des siècles passés « . Notre cardinal se montre également un brillant historien. Il regrette la propension de l’Eglise catholique  » à  vouloir tout défendre comme si tout se tenait, et à  ne rien concéder de ses erreurs « . Selon Son Eminence, l’historien, au contraire,  » mettra facilement en lumière quelques unes de ses attitudes indignes qui, comme chacun le sait, sont plus visibles que la multitude des attitudes héroïques et authentiques dont elle peut se prévaloir « . Le cardinal évoque même une  » spirale de déconsidération « . Pour lui, en tout cas, et cela est capital,  » un Pape qui privilégierait la vision de l’histoire dirait au monde que notre foi ne répond pas à  toutes les questions. Que l’autonomie de la pensée et de la conscience est inscrite dans la liberté donnée par Dieu au monde. Que l’Eglise n’a pas toujours su respecter cette liberté et cette autonomie. Qu’elle a été objet de scandale et qu’elle en subit aujourd’hui les conséquences « .

Au sujet de la plaie de la pédophilie, le mystérieux cardinal regrette le manteau de Noé trop souvent jeté, le déni toujours à  l’oeuvre.

Se consacrant à  présent, en heureux retraité, aux plus pauvres, aux enfants malades, notre cardinal juge avec le recul de cette nouvelle expérience et de cette nouvelle vie, le fonctionnement du monde ecclésiastique.  » Nous autres, dirigeants de l’Eglise, en dépit de tous nos efforts et de notre bonne volonté qui est grande, nous sommes éloignés de la réalité. Elle nous apparaît à  travers les filtres des rapports. Nous ressentons cet éloignement, et nous nous inquiétons de n’avoir plus de prise sur cette réalité. Nous multiplions les textes émis par de multiples commissions, colloques et autres cercles d’étude,

mais que savons-nous de la peine des hommes et des femmes qui nous font confiance et nous suivent ?

Que savons nous des chagrins des parents devant un enfant qui les rejette ?

Que savons-nous de la solitude du vieillard dans son hospice ?

Nous sommes l’objet de marques de respect, nous sommes en vue, nous n’avons pas de crainte pour nos fins de mois. Nous ne saurons jamais ce que c’est que de pleurer un enfant mort. Nous aimons bien sà»r, mais à  distance, sans que cela, le plus souvent, parvienne à  nous troubler (…) Certes, notre vue est plus vaste mais elle l’est tellement qu’elle ne voit pas grand chose de ce qu’elle contemple de si haut « .

En même temps, le mystérieux cardinal lance un appel à  redécouvrir l’héritage reçu, la tradition dans toute sa richesse et dans toute sa vitalité.

 » Il y a deux manières de considérer la Tradition. Soit c’est une succession de strates de règlements qui se superposent pour vous enfermer dans une triste observance de la lettre de leur rédaction. Soit c’est l’histoire des découvertes qui se sont succédé, l’une permettant l’éclosion d’une autre. C’est alors une invitation à  poursuivre cette découverte « .

Le plus extraordinaire peut-être de ce cardinal c’est l’aveu de ses doutes.

Guerre d’Espagne: Zapatero cédera t-il face à  l’Eglise ?

A méditer :

Le gouvernement socialiste espagnol a décidé de se faire représenter à  la cérémonie de béatification de 498 martyrs « de la persécution » sous la République !

Cette grand messe aura lieu en grande pompe au Vatican, sur la Place Saint Pierre, le 28 octobre.

Le gouvernement espagnol hésite encore sur la personnalité qui le représentera : si le Pape descend saluer les personnalités officielles, ce sera la numéro 2, la vice présidente, pas moins, qui sera du voyage. Sinon ce sera le Ministre des Affaires Etrangères (un fervent catholique !) accompagné de l’ambassadeur auprès du Vatican ainsi que de la Directrice Générale des Affaires Religieuses.

L’explication avancée pour cette incroyable main tendue à  un clergé espagnol des plus réactionnaires : montrer que le projet de loi sur la Mémoire Historique (celle de la Guerre Civile) récemment mis au point n’est pas un texte de division mais bien de réconciliation.

Et cela passe par une « réconciliation » avec une hiérarchie catholique qui, elle, n’hésite pas à  déterrer la hache de la division, et pas n’importe laquelle, celle du franquisme !

Béatifier des martyrs de la République alors que ladite loi se refuse à  déclencher des procédures en justice pour les crimes du franquisme, c’est mettre en accusation une République qui n’a fait que se défendre d’un coup d’état, appuyé, faut-il le rappeler, par les nazis et les fascistes italiens.

Accuser la République pour les débordements que les putchistes ont suscités, c’est inverser les responsabilités historiques : plus de 30 ans après la mort de Franco, une institution comme l’Eglise espagnole peut se permettre de dénaturer l’histoire . Elle instruit à  sa façon “ jésuitique – le procès de la République alors que personne n’a osé lui demander de rendre des comptes sur son soutien plus qu’actif au franquisme pendant et après la guerre civile. Cette situation doit nous faire réfléchir au sens de la Transition espagnole à  la démocratie que tout le monde ou presque érige en modèle : elle a permis d’éviter un affrontement avec l’appareil d’Etat franquiste et donc un bain de sang, nous dit-on.

Le prix à  payer : les socialistes et les communistes de Santiago Carrillo ont donné leur aval à  un marché politique et social avec les fractions modernistes du franquisme ; celles-ci ont « donné » la démocratie (légalisation du PCE, élections) mais ceux-là  devaient accepter le roi désigné par Franco et un pacte social (Pacto de la Moncloa) qui ne mette pas en péril le capitalisme espagnol. Le tout sur fond de consensus sur la nécessité d’intégrer au plus tôt l’Europe (ce sera fait en 1986), avec son cortège de restructurations brutales de l’industrie. Dans ce marché il allait de soi qu’on n’instruisait pas le procès des franquistes, en particulier des responsables de tortures et d’assassinats. Comment la figure du roi aurait-elle pu échapper à  une implication de responsabilité au moins indirecte ?

Et quant à  l’Eglise, même chose, avec l’avantage qu’elle avait réussi grâce au cardinal Tarancon à  prendre ses distances avec une dictature aux abois.

Voilà  donc les résultats d’une amnistie qui a viré à  l’amnésie et qui débouche sur ces béatifications et à  la mise en accusation de la République.

Franquisme amnistié, République accusée, l’Eglise et le Parti Populaire qui a recyclé nombre d’ex franquistes paradent.

Et le parti socialiste au pouvoir se fait tout petit et tend la main quand l’Eglise tape du poing sur la table. Pire encore il va au Vatican pour se faire flageller pour les crimes de la République.

Les prochaines élections o๠l’on espère gagner des voix auprès des catholiques valent bien un aplatissement devant les soutanes béatificatrices.

Et tant pis pour les victimes et parents des victimes du franquisme, il leur faudra se contenter de la reconnaissance morale de l’injustice subie. Pas question d’aller au bout de la démarche politique de l’affirmation de l’imprescriptibilité des crimes franquistes.

Ah ! j’oubliais, l’Eglise espagnole n’envisage pas de béatifier les prêtres et simples catholiques basques restés fidèles à  la République et, pour cette raison, massacrés par Franco !

Deux poids, deux mesures, ça se dit en espagol « doble rasero » et il est bien en place dans l’Espagne socialiste, moderne, européenne et tournée vers l’avenir au point d’en oublier le respect dà» à  un passé…qui ne passe pas.

Education: la douce rupture de Xavier Darcos

Darcos n’est pas Robien : plus intelligent que son prédécesseur et connaissant bien le milieu enseignant, il sait manipuler le mammouth autant que l’opinion.

Deux exemples pour illustrer ce propos. Les annonces faites sur la réforme du bac sont remarquables. Le ministre n’ignore pas que, pour beaucoup de Français et d’enseignants, le bac est un objet sacré. Un symbole social autant qu’éducatif.

Le ministre n’annonce donc pas sa refonte totale ni sa suppression mais de « justes aménagements » : en finir avec la suprématie du bac S ; ne plus se focaliser sur les 80 % d’une classe d’âge au bac mais sur 50 % au niveau de la licence¦ et ça passe !

Parce que le plus grand nombre peut y voir un espoir de promotion sociale et d’équité. N’y aurait-il pas des buts beaucoup moins avouables là -dessous ?

Premier but immédiat : remplacer les options par un choix de modules à  la carte, ce qui aura pour conséquence des bacs fourre-tout, avec des paniers de modules sans cohérence.

Deuxième but : limiter le coà»t de l’examen en le remplaçant, partiellement puis complètement, par le contrôle continu. Enfin, augmenter le nombre d’étudiants alors que la dotation publique des universités stagne, c’est programmer une redoutable alternative :

soit une université semi-privatisée, co-financée par les entreprises (qui co-gèreraient) et par des frais d’inscription accrus ;

soit une université publique sans moyens, saturée, qui laisserait le champ libre (et un juteux marché) à  l’enseignement privé.

« Chaque élève doit trouver dans son établissement l’encadrement éducatif nécessaire à  sa réussite ». Qui pourrait critiquer une formule aussi généreuse, laquelle accompagne le paquet d’heures supplémentaires distribuées à  la rentrée ? Personne. Pourtant, derrière cette accroche alléchante se cachent encore des réalités peu reluisantes.

Premier but de ce saupoudrage : amortir l’effet immédiat des suppressions de postes (plus de 11 000 cette année) auprès des parents et des enseignants.

Deuxième but : payer moins les personnels, les heures distribuées n’étant pas rémunérées pendant les vacances et n’ouvrant aucun droit à  la retraite.

Troisième but : diluer les matières dans des animations déconnectées de l’enseignement.

Les heures supplémentaires sont en effet attribuées pour des projets, qui peuvent être menés par des non-enseignants (surveillants par exemple). Il s’agira moins d’apprendre aux élèves et de leur donner un viatique vers l’émancipation que de faire de la garderie pour éviter que les jeunes ne traînent dans les rues.

Quatrième but : créer une offre différente dans tous les établissements, ce qui permettra de les mettre en concurrence et de donner toute son efficacité à  la suppression de la carte scolaire. Derrière le prétexte de la diversité se profile une remise en cause de l’égalité d’accès à  l’enseignement. Avec un peu de chance, la concurrence permettra aussi de museler peu à  peu les enseignants, trop occupés à  soigner leur vitrine locale pour s’intéresser à  une vision et des revendications communes.

Autres réformes qui traînent dans les cartons : suppression de la carte scolaire, fin du collège unique, refonte et/ou suppression des concours de recrutement (remplacés par des entretiens d’embauche), polyvalence des enseignants sans formation correspondante, entrée des entreprises dans les conseils d’administration des établissements…

Quels mots fleuris Darcos trouvera-t-il pour faire passer tout ça en douceur ?

En collaboration avec Le Piaf, Pour une Information Alternative Forcement

Motu Proprio : décret d’application en prime!

Selon nos sources romaines, le Pape Benoît XVI serait en train de préparer un document important relatif à  une interprétation correcte du récent motu proprio sur la liturgie. Ce document serai actuellement en préparation. Selon Mgr Camille Perl, un proche conseiller du Pape dans cette affaire, ce texte serait rendu nécessaire par la perte du « sens de l’obéissance et du respect de l’autorité ». Dans l’esprit de certains conservateurs au Vatican, il s’agit de mettre au pas les évêques récalcitrants eux-mêmes, à  commencer, en Italie, par le cardinal Dionigi Tettamanzi archevêque de Milan et Mgr Paolo Romeo, archevêque de Palerme, tout juste privé de pourpre.

Le document devrait préciser en particulier la notion exacte de « groupe stable » qui fait l’objet de discussion et de polémique. Cela pourrait se faire dans le sens voulu par le cardinal Dario Castrillon Hoyos, pour lequel « le motu proprio n’établit pas de nombre minimum de fidèles nécessaire pour demander de pouvoir célébrer la messe de Saint Pie V ».

Un autre aspect possible de cette mise au point inquiète nombre d’observateurs : il pourrait être explicitement déclaré que non seulement la célébration de la messe selon les anciens livres liturgiques est tolérée mais qu’elle doit être favorisée, comme un élément du patrimoine liturgique à  promouvoir et pas seulement à  supporter en raison de la fronde intégriste à  juguler.

Tests ADN: Mgr Hippolyte Simon (Clermont) fait front

Le caractère contestable d’un récent amendement, relatif aux tests ADN « proposés » à  des étrangers désireux de rejoindre les leurs en France a suscité en général des réactions épiscopales claires et argumentées.

Parmi elles, nous relèverons en particulier celle de Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, un intellectuel un peu froid de 63 ans, dont nous critiquons souvent et à  juste titre un certain nombre de positions sans parler de sa gestion pastorale autoritaire.

Bref nous tenons à  saluer aujourd’hui la pertinence de ses propos concernant le projet de loi sur l’immigration et les tests ADN. De plus, Hippolyte Simon fait montre d’un courage certain puisque archevêque de Clermont, il apostrophe sur ses propres terres auvergnates Brice Hortefeux, ministre de l’identité nationale et de l’immigration.

Toute sa réflexion mériterait d’être citée in extenso. Relevons quelques observations importantes formulées par le prélat : « Pour être mère, il ne suffit pas d’avoir donné la vie. Il faut aussi, et peut-être d’abord, être capable de dépasser ses sentiments immédiats et de se mettre au service de l’avenir de son enfant. Autrement dit, c’est l’amour authentique et désintéressé qui fonde la maternité et la filiation humaines » .

Monseigneur cite encore Marcel Pagnol, et cette belle réplique de César à  Marius son fils :  » les animaux aussi peuvent donner la vie. Mais le père, Marius, c’est celui qui aime« .

Mgr Simon le souligne justement : « ce qui est en jeu, pour les êtres humains, dans cet appel à  « adopter » même les enfants nés de leur sang, c’est que la famille humaine n’est pas simplement une affaire d’engendrement. Son élément, au sens d’élément nourricier, est aussi et d’abord celui de la Parole librement engagée par l’homme et la femme qui l’ont fondée. Elle repose sur un pacte de confiance et d’amour » ?

On prend alors conscience des enjeux humains engagés par le recours à  des tests ADN et de la signification existentielle possible de ces derniers. « Le recours à  des tests ADN, au caractère scientifique de la preuve qu’ils établissent en matière de filiation, est toujours le signe que la confiance et l’amour ont disparu. Comme on l’a vu récemment, ces tests ont même la capacité, si j’ose dire, de faire parler les morts! Mais, sans jeu de mots, qu’on le veuille ou non, cette parole reste une parole de mort« .

œEn cas de malheur, car cette situation est un malheur, la Justice peut exiger par ce moyen matériel qu’un homme reconnaisse qu’il est le géniteur d’un enfant et qu’il remplace ses devoirs économiques envers celui-ci. Mais chacun comprend qu’une « paternité » établie de cette manière est bien pauvre.

Au sujet du projet gouvernemental amendé de proposer à  des migrants ce test, voici qu’écrit l’archevêque Simon :  » Je ne sais pas combien d’abus cette disposition permettrait d’éviter. Mais je sais que ce serait à  coup sà»r une régression en deçà  du seuil d’humanisation franchi grâce au jugement de Salomon. Je ne pense pas qu’il soit judicieux d’ajouter du malheur au malheur« .

Le prix du crime: des bonnes soeurs paient pour les prêtres pédophiles!

Santa Barbara, Californie.

Au sud de la Californie là  o๠l’église catholique romaine a accepté de payer 660 millions de dollars aux victimes de prêtres pédophiles, l’archidiocèse a donné l’ordre aux religieuses de quitter les couvents afin que les bâtiments puissent être vendu pour trouver la somme nécessaire décidée par le jugement.

Ici à  Santa Barbara, les péchés des pères ont rejoint les Soeurs de Béthanie. Les trois religieuses vivant dans un modeste bâtiment dans la Rue Nopal reçurent la lettre d’expulsion le mois passé leur ordonnant d’avoir quitté le bâtiment pour le 31 décembre.

« Plus tôt serait également acceptable » dit la lettre.

Parmi celles qui sont forcées de déménager se trouve la soeur Angela Escalera, 69 ans, qui, diabétique ne peut se déplacer qu’avec un déambulateur, avait espéré finir ses jours dans le couvent de Santa Barbara. « C’est la façon utilisée par l’archidiocèse pour obtenir l’argent destiné à  payer les victimes » dit sa plus jeune soeur, Rosemary Escalera Guitierrez, 64 ans, une ancienne religieuse de l’ordre.

Elle dit : « C’est un prix si lourd à  payer pour une chose aussi laide » dit Gutierrez, citant sa soeur. « Des enfants ont été exploités ». La tempête publique à  propos des expulsions a prolongé une accablante controverse que l’Archidiocèse de Los Angeles avait espéré avoir derrière lui en juillet quand il accepta de payer les 508 accusateurs de 221 prêtres et autres employés masculins de l’église.

Au contraire, un nouveau volet a fait surgir la question sur ce que l’église a appris au sujet crucial de la perception du public.

Gutierrez cite sa soeur parce que les membres officiels de l’église ont jeté une mise à  ban sur les religieuses.

« L’EGLISE N’ A PAS COMPRIS LA LECON »

« Ce qui est intéressant, c’est que l’église n’a pas compris la leçon.
L’église pense que les catholiques suivront encore sans poser de questions
» dit Denise de Sant Angelo, membre de « Sauvez Nos Religieuses » un groupe local formé pour résister à  l’expulsion. «Ils agissent toujours sous le sceau du secret, mais le secret ne va plus être toléré par les catholiques, spécialement la nouvelle génération.»

« Nous allons taper dans la fourmilière »

L’Archidiocèse de Los Angeles n’a pas répondu aux appels téléphoniques ni aux messages e-mail au sujet de ce rapport. Une déclaration postée sur son site Web détaille l’effort fait pour informer les religieuses sur leur sort et cette déclaration exprime de la gratitude envers l’ordre pour les services qu’il rend.

Mais du pupitre de Santa Barbara, un certain nombre de prêtres défendit l’église. A la paroisse de Holy Cross (sainte crois) sur l’avenue Cliff, le révérend Ludo DeClippel se lamentait disant que « ce genre de conflit au sein de l’église est immédiatement lancé dans l’arène publique, créant, une fois encore, une opinion publique hostile ». Ces remarques apparurent dans la lettre paroissiale sous un article étiqueté « Le savez-vous ? » pressant les parents d’apprendre à  leurs enfants ce que sont les « mauvais attouchements ».

DeClippel observa que quatre autres couvents furent également requis de produire de l’argent cash pour régler la décision juridique et que les religieuses expulsées devraient « accepter sans protestation ni huées publiques ».

«Eh bien, nous avons loué » dit Soeur Rita, dans l’allée de la maison o๠elle a vécu avec une autre soeur de St Joseph de Carondelet, à  Camarillo, à  40 miles vers le sud-est. En lui demandant si le statut du locataire impliquait l’acquiescement des religieuses pour le déménagement, elle murmura et s’excusa.

Les religieuses font voeux d’obéissance, et l’église catholique a peut-être la hiérarchie la plus difficile à  atteindre. Gutierrez dit que sa soeur reste implacablement opposée à  l’explusion mais doit se conformer à  l’ordre de garder le silence en public de par la mère supérieure générale des Soeurs de Béthanie, qui fut mandée du Guatemala pour s’occuper de la controverse.

« Une des raisons pour laquelle j’ai quitté, est que l’on a pas de voix » dit Gutierrez, qui porta l’habit pendant 8 ans dans les années 60. Maintenant retraitée d’une deuxième carrière, comme enseignant d’anglais, elle exprime son désarroi que l’archidiocèse de Los Angeles, après avoir été mis au pilori pour sa réticence à  investiguer sur les allégations d’abus sexuels, apparaissait comme retournant à  la case départ.

« C’est de nouveau la même erreur : taisez vous, taisez vous. Ne dites rien, Ne retournez pas le bateau » dit Gutierrez.

Une autre ancienne soeur de Béthanie, Evangelina Diaz, dit que cette position sur la défensive rendait aussi difficile le recrutement, déjà  peu aisé au sein de l’église ces dernières décades.

« Regardez, mise au ban de trois religieuses ! Zut alors » dit Diaz, 74, dans le parking près du couvent. « Ils font cela à  celles qui ont été présentes depuis 57 ans ? Pas étonnant qu’il n’y ait plus de vocations. Voudriez vous vous inscrire ?

Selon les standards locaux la propriété du couvent ne promet pas d’aubaine économique. Oprah Winfrey paya 50 millions de dollars pour un domaine se situant dans le voisinage de Montecito. Mais dans la très hispanique, relativement pauvre section de Santa Barbara que les soeurs ont servis depuis 1952, une maison à  deux chambres comparable vaut environ 700.000 dollars.

Cela est approximativement 1/10ème de 1% des 660 millions de dollars que l’archidiocèse a accepté de payer aux accusateurs. Parmi eux se trouvent d’anciens enfants de choeur qui décrivirent avoir été molestés par le Rev. Matthew Kelly à  Notre-dame de la Guadeloupe, l’église adjacente au couvent.


« Ces religieuses nous sont précieuses et voilà  des prêtres vivant, seuls, dans de fabuleuses petites maisons, »
dit Diaz « on ne les voit pas se faire expulser »

En fait, la magnifique résidence de l’évêque de Santa Barbara – précédemment un couvent “ reste à  l’abri derrière 7 palmiers au coin d’un lotissement. Ce bâtiment est le plus grand de tout le voisinage o๠les maisons atteignent le prix de 2 millions de dollars.

Mais pour le résident local Sally Sanchez, le sort des religieuses ne repose ni sur l’argent ni sur le genre mais est plutôt une question d’équité.

« Nous avons beaucoup de bons prêtres » dit Sanchez. « Mais les religieuses ont tiré sur la courte paille ».

Source: Washington Post