Le sionisme chrétien, une force politique depuis 1967

Le sionisme chrétien est apparu au 17e siècle au sein du puritanisme protestant.

Ainsi, Oliver Cromwell (1599“1658) a-t-il été le premier chef d’à‰tat à  réclamer la création de l’à‰tat d’Israà«l. Il sera suivi par une longue lignée d’hommes politiques anglais qui du Premier ministre Benjamin Disraeli (intervention à  la conférence de Berlin, 1894-1895) à  Arthur Balfour (1917) [1] feront de cette création un des objectifs de l’Angleterre dans cette région. Aux Etats-Unis, les présidents Woodrow Wilson et Harry Truman ont été aussi influencés par ce mouvement.

Plus récemment, Jimmy Carter partageait cette idéologie : dans ses mémoires, l’ancien président des Etats-Unis affirme en effet que l’héritage baptise sudiste lui avait donné une « affinité » avec Israà«l dont la création avait été « ordonnée » par Dieu : « L’établissement de l’Etat moderne d’Israà«l est l’accomplissement de la prophétie biblique. », écrit-il.

Si la création de l’Etat d’Israà«l en 1948 a donné un second souffle au mouvement, la guerre des Six-Jours, que ses chefs de file considéraient comme un « miracle de Dieu » , l’a véritablement fait émerger comme force politique. Les sionistes chrétiens ont considéré l’occupation par Israà«l de la totalité de Jérusalem et de la Cisjordanie (qu’ils appellent Judée-Samarie) comme l’accomplissement de la Bible, et ces « signes » les ont encouragés ainsi que d’autres chrétiens évangéliques à  faire en sorte que les Etats-Unis soient du « bon côté » lorsque viendra la fin des Temps. [2]

John Hagee [3] , fondateur du Christians United for Israà«l (CUFI) aux Etats-Unis est tout à  fait explicite : « nous soutenons Israà«l parce que toutes les autres nations ont été créées par la volonté des hommes, mais qu’Israà«l a été créé par la volonté de Dieu ! ». Hagee, qui a déclaré à  ses partisans que « Dieu est opposé à  ce qu’on cède la terre d’Israà«l » [à  des non-juifs], prétend que son mouvement a récolté plus de 12 millions de dollars pour aider de nouveaux immigrés à  s’installer en Israà«l, y compris dans les colonies des territoires occupés.

Un autre sioniste chrétien américain, le défunt De McAteer, fondateur de la Religion Roundtable, a déclaré que « chaque grain de sable qui se trouve entre la mer Morte, le Jourdain et la mer Méditerranée appartient aux juifs. Cela inclut la Cisjordanie et Gaza ». Dans la même catégorie, citons Malcolm Hedding, directeur de l’ICEJ (Internationional Christian Embassy Jerusalem ) : « nous défendons l’Alliance avec Abraham, par laquelle la terre que Dieu a donnée à  Abraham est à  Israà«l […]. Un Palestinien, ça n’existe pas ». [4]

Le 3e Congrès international des Sionistes chrétiens en 1996 a proclamé, pour sa part, que « la Terre qu’Il a promise à  Son Peuple ne [devait] pas être divisée […]. Les nations prêtes à  reconnaître un Etat Palestinien en terre d’Israà«l commettraient une grave erreur ».

Le leader de la droite chrétienne Pat Robertson, ancien candidat à  l’investiture républicaine pour les présidentielles, a interprété l’attaque cérébrale dont a été victime le Premier Ministre Ariel Sharon en janvier 2006 comme une punition divine répondant à  sa décision de se retirer de la bande de Gaza : « Il divisait la terre de Dieu, et je veux dire : « Malheur au Premier Ministre israélien qui suivra la même voie pour apaiser l'[Union européenne], les Nations Unies ou l’Amérique » […]. Dieu dit : ˜Cette terre m’appartient, et vous feriez mieux de ne pas y toucher’. » Robertson s’est excusé. On pourrait multiplier les citations de ce genre de personnages de la droite américaine en ce début du 21e siècle [5] .

Du côté juif, même si l’on apprécie l’appui des sionistes chrétiens aux Etats-Unis pour soutenir une politique favorable à  Israà«l, toute méfiance n’a pas disparu étant donné que leur les juifs craignent que l’objectif chrétien à  long terme est la conversion en masse du peuple élu. Gershom Gorenberg, universitaire américain, rédacteur en chef du Jerusalem Report, écrit non sans humour : « Nous leur plaisons en tant que personnes de leur histoire, leur pièce de théâtre […] et c’est une pièce de théâtre en cinq actes de laquelle les juifs disparaissent au quatrième » .

Quand on connaît l’influence exercée par ces différents groupes et personnalités non seulement sur la politique d’Israà«l, mais aussi sur celle de la Maison Blanche et le Congrès des Etats-Unis, comment nier que l’histoire d’Abraham, si symbolique soit-elle, a des effets dans la réalité de tous les jours encore aujourd’hui ? Il suffit de comparer l’histoire d’Abraham avec n’importe quel autre mythe antique. Il est bien le seul à  pouvoir donner des arguments aux va-t-en-guerre de tout acabit.

Notes:

[1] Dans une lettre ouverte adressée à  Lord Lionel Walter, Rothschild le 2 novembre 1917 par Arthur James Balfour, ministre britannique des Affaires à‰trangères, on pouvait lire :« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. »

[2] De fait, la Guerre des Six-Jours est un véritable tournant dans l’histoire de l’Etat d’Israà«l, le problème et le drame des Territoires occupés datant de la victoire écrasante remportée par l’armée juive sur l’Egypte, la Syrie et la Jordanie.

[3] Comme par hasard, le nom de Hagée rappelle celui du prophète Agée, qui a beaucoup milité pour la reconstruction du Temple de Jérusalem après l’exil à  Babylone.

[4] Robertson s’est ensuite excusé.

[5] Voici encore Tom Delay, chef de la majorité de la Chambre des Représentants a déclaré, lors d’une conférence politique annuelle de l’AIPAC ( American Israel Public Affairs Committee) qui se proclame ouvertement comme un lobby pro israélien, qu’il s’opposait à  céder un bout de terre aux Palestiniens : « J’ai voyagé en Judée et Samarie, je suis allé sur le plateau du Golan. Je n’ai pas vu de territoire occupé. J’ai vu Israà«l ». Ou encore le sénateur James Inhoff déclarant à  ses collègues dans un discours expliquant pourquoi Israà«l avait droit à  toute la Palestine : « Voilà  la raison la plus importante : parce que Dieu lui-même l’a dit […]. C’est à  cet endroit [Hébron] que Dieu est apparu à  Abraham et lui a dit : ˜Je te donne cette terre’, la Cisjordanie. » Cité in « La dimension théologique du lobby israélien aux Etats-Unis », Marwan Bishara, Le Débat Stratégique, n°30, janv. 1997.

Source: L’observatoire des religions

Hans Kà¼ng et la crise de l’Eglise

Le théologien suisse Hans Kà¼ng vient d’éditer le deuxième tome de ses mémoires sous le titre « vérité controversée ».

Cet ouvrage de plus de 700 pages, d’une écriture agréable, avec de nombreuses anecdotes et références, constitue une source de premier intérêt sur l’histoire de l’Eglise du temps présent.

Ce dernier ouvrage couvre une période s’étendant de 1968 à  1979. Le théologien y évoque sa relation d’abord amicale puis conflictuelle avec son confrère Joseph Ratzinger, qui privilégia la carrière ecclésiastique à  la liberté du penseur.

Selon le professeur Kà¼ng, « nos chemins de vie avancent en parallèle, se distancient et se croisent à  nouveau ».

Dans une conférence de presse de présentation, débordant sur la période qui sera traitée dans le troisième livre, le théologien suisse quelque peu rebelle présente Jean Paul II comme un Pape conservateur, un homme peu ouvert, abrupt et définitif.

Mais il évoque surtout sa rencontre du 30 juillet 1983 avec le cardinal Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Un véritable dialogue de sourds. C’est seulement en … septembre 2005, soit vingt-deux ans plus tard, que le professeur Kà¼ng rencontrera à  nouveau son ancien collègue devenu Pape.

Hans Kà¼ng, qui a eu maille à  partir avec Rome dans un passé récent dresse un tableau plutôt sombre de la crise actuelle de l’Eglise, directement liée au repli conservateur et au regain d’intransigeance. Le déclin se confirme de part en part. L’impression contraire tient en fait au décalage dans l’évolution entre les pays, les pays du tiers monde étant en l’occurrence encore moins touchés par la sécularisation. Pour le moment. Ne dit-on pas : ce qui est la mode à  Paris le sera dans trente ans à  Buenos Aires? Qui plus est, l’histoire s’accélère.

Dans le « SonntagsZeitung » du 16 septembre, le Professeur Kà¼ng insiste en particulier sur le manque croissant de prêtres. Or, faute de pouvoir mettre en cause des règles stériles comme celle du célibat sacerdotal ou de favoriser un nouveau type de ministère sacerdotale, les évêques restent évasifs sur ce sujet dramatique. D’autant plus que les femmes, selon Hans Kà¼ng, sont considérés comme des « croyants de deuxième zone ». Dans les faits pourtant, de nombreuses communautés paroissiales auraient volé en éclat si des femmes ne les avaient portés de la tête et des épaules.

Selon le théologien, les choses bougeront peut-être en Suisse si les paroissiens de base se révoltent. « On peut vraiment se demander s’il faut continuer à  verser des impôts aux diocèses, alors même qu’il n’y a plus de prêtre dans la paroisse« .

Le théologien suisse aux airs de rebelle évoque son compagnonnage difficile avec son collègue Joseph Ratzinger : il a des paroles extrêmement dures à  l’endroit du Pape actuel.  » Il se révéla un gendarme, ce qu’il était. Il se soumit à  la Curie romaine, me dénonçant comme n’étant pas catholique et me fit condamner. Il le fit en jouant un double jeu : il m’écrivait des lettres de réconciliation et en même préparait des sanctions contre moi « .

C’est surtout cette duplicité qui révolte Kà¼ng et dont témoigna le Père Bernhard Haering, lui aussi poursuivi par le Saint Office. Suave et bienveillant en apparence, le cardinal Ratzinger aiguisait en fait le poignard qu’il plantait par la suite dans le dos.

En effet, nommé archevêque de Munich et cardinal en 1977, Joseph Ratzinger pouvait très bien faire figure de conciliateur en faveur de Kà¼ng, ce qu’il fit croire à  ce dernier. En réalité, il s’était rapproché du cardinal Joseph Hoeffner, archevêque de Cologne, un traditionaliste convaincu, et disait pis que pendre de Kung au préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Franjo Kuharic, un croate débonnaire que son tempérament poussait à  l’indulgence mais qui était incité à  la sévérité par le redoutable secrétaire du Saint Office d’alors, Mgr Jean-Jérôme Hamer, un dominicain belge.

Sans l’assimiler à  Joseph Ratzinger, Hans Kung fait également des reproches au cardinal Kaarl Lehmann, actuel évêque de Mayence et président de la conférence des évêques allemands. Il lui reproche surtout de ne pas l’avoir appuyé.

Jeune et brillant théologien fribourgeois, Mgr Lehmann aurait souhaité faire carrière. Selon d’autres sources, héritier de grands prélats libéraux comme le cardinal Franz Koenig et le cardinal Julius Doepfner, Karl Lehmann privilégiait une voie de dialogue que le ton parfois cassant de Kung, il faut le reconnaître, ne facilitait pas.

Nous reviendrons sur ce livre qui respire le courage et la liberté de penser et de croire.

Nous reviendrons aussi sur le tempérament d’intrigant du professeur Ratzinger dont il est de moins en moins douteux qu’il prépara soigneusement sa brillante ascension.

Enfin, une évêque qui l’ouvre!

On se souvient de la manipulation du document final d’Aparecida par les bons soins des officines romaines visant à  gommer tout ce qui pouvait évoquer de près ou de loin la théologie de la libération.

Mgr Xavier Gilles de Maupéou, saumurois de naissance, manceau par l’incardination canonique, vit au Brésil depuis 1972 et il est évêque de Viana, dans le Maranhao, l’un des états les plus pauvres du Brésil.

Jouissant de la grande confiance d’un certain nombre de ses pairs, il est à  la fois président de la région Nordeste au sein de la conférence des évêques du Brésil et président de la commission pastorale de la terre.

Il était présent à  Aparecida et ne cache pas sa très vive indignation suite aux manipulations du Vatican : œ C’est énorme!
Si cela arrivait dans un groupe politique tout le monde crierait au scandale
.

En outre, note l’évêque d’origine française, les changements touchent bien entendu des points sensibles. Ils  » tentent de faire disparaître ce que les évêques avaient reconnu comme la véritable valeur des communautés ecclésiales de base et en arrivent à  les culpabiliser en les traitants simplement comme de petites communautés, en leur enlevant leur caractère ecclésial « .

Or, témoigne Mgr de Maupéou,  » ce sont elles qui maintiennent une présence d’Eglise dans les régions isolées du Maranhense ou de la vallée du Rio Pindaré « .

Mgr de Maupéou va plus loin : il demande au Pape Benoît XVI de reconnaître le texte original et non le texte trafiqué comme le texte véritable et officiel.

En tout cas, il exprime sa colère :  » Saint Père, c’est lamentable, triste et même scandaleux qu’une telle chose arrive « .

La franchise? Franchement non!

Parmi tout ce qui mérite de faire une rentrée chaude, il est un thème sur lequel le mouvement social peut compter sur un fort soutien dans la population : le combat contre les franchises médicales .

Selon les études d’opinion, au moins 61 % des Français se déclarent hostiles aux franchises. Mal à  l’aise, le pouvoir cafouille.

Dans l’ordre, les déclarations du candidat Sarkozy, les déclarations de Mme Bachelot (27 mai), ministre de la santé, sur les quatre franchises, les déclarations de Martin Hirsch sur le « bouclier sanitaire » (21 juin), la lettre de mission adressée à  MM. Fragonard et Biet (10 juillet [1]), la déclaration du Président de la République à  Dax (31 juillet [2]) et la mise au point du premier ministre… se contredisent.

La raison de cet embarras, c’est qu’il est difficile de cacher que les franchises sont inefficaces, contre-productives et anti-sociales.

Inefficaces, car les forfaits mis en place ces dernières années n’ont pas empêché l’accroissement des dépenses de soins, qui sont concentrées sur un petit nombre de personnes à  pathologies graves.

Contre-productives , car les franchises risquent d’augmenter les dépenses en dissuadant les patients aux revenus modestes de se faire soigner pour des maladies apparemment peu sévères : faute de soins, leurs pathologies empireront et les soins coà»teront alors beaucoup plus cher à  la collectivité.

Anti-sociales parce qu’elles augmentent les inégalités sociales de santé, détruisant petit à  petit le principe de la solidarité de la sécurité sociale (on en bénéficie selon ses besoins, on y participe selon ses moyens).

Moduler la franchise selon les revenus ? Difficile dans l’état actuel du service d’informatique et d’information de la Sécu, qui n’a toujours pas fini sa rénovation commencée en 2003. Pour toutes ces raisons, de nombreuses organisations syndicales (médecins et salariés), mutualistes, de malades, la quasi-totalité des partis de gauche et d’extrême gauche ont dit leur opposition, beaucoup d’associations également.

Le collectif national contre les franchises et pour l’accès aux soins pour tous est né. C’est un front très large qui se constitue et qui peut gagner, grâce à  son ampleur et malgré le contrôle des médias par des proches du pouvoir.

Ce collectif organise une mobilisation nationale le dimanche 29 septembre. Des actions auront lieu sous diverses formes dans les villes de province et un grand rassemblement est prévu au Gymnase Japy à  Paris, pour quatre heures de débats (à  partir de 14 h). Si cette mobilisation réussit, la franchise médicale ne sera plus qu’un souvenir lorsque le parlement discutera du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) en novembre.

D’AUTRES SOLUTIONS A LA SECU…

Des solutions plus justes et plus efficaces existent, issues notamment des à‰tats-Généraux de la Santé et de l’Assurance Maladie (EGSAM), qui réunissent professionnels et usagers depuis 2004.

Le problème du financement est d’abord un problème de partage des richesses : en 25 ans, la part de la richesse produite revenant aux salariés a reculé de 10 points, au profit des profits, ce qui représente un manque à  gagner de 170 milliards chaque année.

On comprend pourquoi la Sécu, financée essentiellement par les revenus du travail, accuse un déficit comptable ! L’efficacité (à  moindre coà»t) du système de santé dépend aussi de sa structure (quel mode de rémunération des professionnels ?) et d’une approche globale au-delà  des soins : prévention, éducation à  la santé et actions sur les conditions de vie des gens (travail, environnement et alimentation).

Enfin, responsabiliser le patient, ce n’est pas le culpabiliser mais l’impliquer, par une nouvelle démocratie sanitaire à  inventer.

[1]http://www.minefi.gouv.fr/presse/communiques/budget/c0707101_lettre_mission.pdf

[2] Les franchises seraient remboursables par les complémentaires santé et n’auraient plus pour objectif de boucher le trou de la sécu mais de financer les plans Alzheimer, cancer et grande dépendance.

En collaboraton avec le PIAF, Pour une Information Alternative, forcement!

Lettre ouverte à  Mgr Centène (Vannes)

Monseigneur,

Ce vingt septembre 2007, s’achève au Palais des Arts, le cycle de vos « visites missionnaires » préludes à  la « lettre pastorale » que vous préparez sur le thème de la « transmission de la foi ».

Un problème de santé m’empêche d’y participer¦ je le regrette d’autant plus qu’au sein de notre Conseil Paroissial, j’avais souhaité une présence active à  cette visite¦

Il m’avait été rétorqué, ce n’est pas une « visite pastorale », on écoute l’évêque sur le texte qu’il aura prononcé dans les quatre coins du diocèse. On échange sur ce texte, l’évêque écoutera, « puis il rédigera son « encyclique », et les chrétiens n’auront pas eu leur mot à  dire » (l’impertinence est de moi). « Mais si rétorque le Père Emile, le texte sera ensuite débattu en Conseil Pastoral ». Certes mais il s’agit du Conseil pastoral diocésain, et les chrétiens à  la base n’auront pas pu s’exprimer¦

C’était aux environs de la Pentecôte : il me fut rappelé que je pouvais tout de même faire confiance à  l’Esprit Saint ! D’ailleurs dans le précédent lorientais des chrétiens n’avaient pas hésité à  mettre les pieds dans le plat¦ Ce fut chaud¦ J’ai cherché à  vérifier, impossible de trouver un quelconque compte rendu¦ Toujours cet étouffement institutionnel d’expressions divergentes si souvent ressenti dans ma vie chrétienne.

Me voilà  donc privé de votre intervention sur un texte dont je n’ai pu avoir la teneur, car le propos est essentiellement oral. Alors j’ai cherché une référence me permettant d’entendre votre parole autorisée de « pasteur », je l’ai trouvée dans « l’introduction » faite aux assises du 28/4/2007 réservées aux jeunes (et en cette rentrée, largement diffusée sur tout le diocèse) mais o๠manifestement les gens de ma génération sont pointés du doigt pour défaut de transmission.

Le document porte sur le sujet de la grande lettre pastorale annoncée : « Pour que la génération à  venir Le connaisse » (votre devise épiscopale). http://www.cpj56.org/assisescr.pdf ou http://catholique-vannes.cef.fr/site2/04-04-RC-270407-1.html Trois parties à  ce texte de référence:

– l’évangélisation doit donner lieu à  message explicite;

– cette annonce explicite doit en outre être apologétique;

– cette annonce doit être intergénérationnelle.

UNE ANNONCE EXPLICITE ?

Vous dites à  vos jeunes auditeurs : « Dans le monde actuel, un témoignage de foi qui resterait implicite serait inaudible. La foi doit être annoncée explicitement et exposée ouvertement ». Et vous en appelez à  l’apprentissage, des symboles, des pratiques, des rites. Certes mais j’ai tout de même une gène, la tonalité d’ensemble du texte semble faire l’impasse de nos difficultés de parents. Par exemple ma fille cadette avait participé activement au JMJ de Rome¦ Elle est toujours en recherche, mais les symboles, les pratiques et les rites qui lui « bottent » se trouvent plutôt du côté du bouddhisme. Mon autre fille me dit :  » J’irai dans les églises, lorsque les cérémonies seront un peu plus « Sister’s Act ».

Il y a quelque temps nous visitions Notre Dame en famille, la cadette se faisait expliquer tous les tableaux, l’aînée restait longuement silencieuse envahie par le fond musical, et la « beauté » du lieu (pénombre d’une soirée éclairée par les vitraux)¦ Elles ne sont pas « pratiquantes », mais à  l’aise dans notre monde, l’une tait ses croyances, l’autre s’affirme agnostique¦ mais dit croire à  la réincarnation ! Je lui rétorque que je préfère la résurrection ! Loin de l’Eglise Catholique, loin de l’Evangile. Suis-je à  ce point responsable ? Et que dire à  l’épouse lorsque ni sur le fond ni sur la forme, elle ne se sent à  l’aise dans nos communautés chrétiennes ?

Annonce « explicite » est-ce que pour nous « conjoints » et « parents » l’essentiel n’est pas d’abord dans la présence et l’écoute, jusqu’à  prendre de « sacrés coups » sur notre religion, nos pratiques, parce que notre Eglise n’apparaît pas porteuse ?¦ Il me semble qu’une grande leçon à  recevoir de Marie est dans ce témoignage si présent à  bien des parents : « et sa mère gardait fidèlement toutes ses choses dans son coeur ». Au reste est-ce que l’annonce est première ? Est-ce que les trente années de Jésus à  Nazareth au milieu des hommes et des femmes de son temps ne sont pas aussi importantes voir plus, que les 3 années d’annonces « explicites » (trois fois moins !) ? Est-ce qu’il ne commence pas son ministère par un avertissement « nul n’est prophète en son pays » ?

UNE ANNONCE APOLOGETIQUE ?

Mais sans doute que je n’aurais pas réagi à  cette première partie de votre intervention, si je n’avais pas été choqué par la seconde. Quand vous dites « l’histoire de l’Eglise ne se limite pas à  l’inquisition »¦ je dis, sans doute. Lorsque j’entends « Dans cette perspective, il ne faut pas avoir peur d’affronter les questions de nos contemporains. Il faut se former au débat. Mais pour cela, il faut sortir d’un Christianisme honteux, d’un Christianisme repentant », j’approuve la première phrase, mais je commence à  m’interroger sur la suite. Etant un chrétien volontiers critique et pour tout dire solidaire de la génération 68, il me semble que l’Esprit Saint a été aussi, présent à  cette génération si volontiers décriée aujourd’hui¦ Je suis « chrétien » pratiquant, pas du tout écouté et entendu à  l’intérieur de son « Eglise »¦ qu’importe l’essentiel de ma religion n’est pas là ¦

La suite du texte confirme ma perplexité: « Sous prétexte de liberté de conscience, de laïcité, on a parfois l’impression que le Christianisme est une maladie honteuse. Cette perspective paralyse notre volonté de l’annoncer ». Oh là  là ¦ mais la laïcité me va très bien et avec mon statu de « catho » (aux dires de mes filles qui me chambrent)¦ mon Christianisme critique et engagé n’a l’air, à  ce qu’elles me disent ni « honteux », ni encore moins « repentant » !

Du coup je relis une de vos phrases précédentes : « l’intelligence humaine est faite pour la vérité et si la vérité ne séduit pas les hommes c’est peut-être parce que nous la leur présentons mal. » et je commence à  me dire¦ et si nos « pasteurs » présentaient mal cette vérité ? Ils se plaignent de n’être pas entendus, mais que disent-ils ? Vous assénez comme preuves une succession de Foi = Vérité, avec une concession de paroles aux autres courants de pensée, mais assortie pour notre courant de pensée à  nous d’une revendication particulière: « à  la lumière de la foi nous devons aussi le considérer comme la Vérité ».

Désolé mais tout cela fini par m’agacer¦ Et voilà  qu’à  présent vous ramenez tout au Christianisme : la société « moderne », le contexte culturel les valeurs de l’humanisme, le temps des « Lumières » qui relèveraient d’abord de vous, la construction du monde moderne sur la notion de « personnes », la notion de progrès proprement chrétienne, la notion de liberté proprement chrétienne.

Un peu plus de modestie s’il vous plait¦ vous pouvez peut-être dire tout çà  à  un certain public, mais désolé d’avoir à  vous le dire, pas étonnant que vos messages ont du mal à  passer¦ et que les médias puissent être agacés par une telle « apologétique »¦ et une fermeture à  d’authentiques points de vue diversifiés. Est-ce que tel, aurait été les Paroles de Jésus aujourd’hui ?

UNE ANNONCE INTERGENERATIONNELLE ?

La dernière partie de votre intervention porte sur l’intergénérationnel. J’ai savouré plusieurs de vos constats : « si la foi apparaît comme un enfantillage on la laisse tomber à  l’adolescence», « L’inter-génération ce n’est pas seulement l’enfant et la grand-mère¦ », « Il me semble aussi, et je terminerai par là , que l’annonce faite aux jeunes doit être une annonce intergénérationnelle. Ce n’est pas seulement pour qu’il y ait une guitare pour soutenir la chorale du 3 ème âge, ce n’est pas seulement parce c’est mignon de voir des enfants dans les maisons de retraite, cela s’impose pour plusieurs raisons ».

Figurez-vous qu’en Conseil Pastoral (pas celui o๠je suis actuellement- plus difficile pour une parole libérée- mais le CP de Brest o๠j’étais avant), nous faisions les mêmes critiques aux messes dites d’enfants, qui étaient vécues comme spectacles par leurs parents et grands parents¦ Notre problème était effectivement de sortir de tout cela, mais ce n’est pas si simple. Donc j’entends volontiers toutes ces mises en garde.

Dès lors o๠est le problème? Il me semble qu’il est profondément dans une génération que notre Eglise n’a pas su comprendre et écouter. Et ce qui me navre c’est que votre discours pour une « annonce apologétique » ne peut que continuer à  creuser le divorce entre notre Eglise et ma génération. Tout se passe comme si l’Esprit Saint n’avait pas été présent et n’était pas présent à  notre génération comme Il l’est à  toutes les générations.

« Il n’y aura pas d’avenir s’il n’y a pas l’appropriation d’un passé. C’est une question qui dépasse le travail de notre assemblée et qui touche profondément ce que l’Eglise est en train de vivre sous le pontificat de Benoît XVI. ». Mais de quel passé parlez-vous Monseigneur ? Celui qu’a vécu ma génération, était en pleine jeunesse et espérance durant Vatican II. Certes nous avons fait des erreurs, quelle génération n’en fait pas ? Mais ce passé, ce relai générationnel, nous devons l’assumer ensemble. J’ai comme l’impression mais c’est sans doute une erreur de ma part que le passé auquel vous faites référence est celui de ceux qui étaient adultes ou devenaient adultes au sortir de la guerre 39-45. Ils sont mes amis, mais nous divergeons sur bien des points. Je vous parle donc de la génération du « papy boom » : c’est elle qui assume aujourd’hui bon gré, mal gré, le déficit ministériel par sa présence dans les équipes paroissiales, les GAP, les services et mouvements. Nos fils et nos filles sont là  aussi, en opposition avec nos manières de penser¦ et cependant aimant le monde que nous avons contribué à  leur donner par nos soifs de liberté et de libération. Certes ils ne les partagent pas entièrement et veulent un retour à  plus d’autorités : mais leurs concepts permettent beaucoup de connivence avec leurs propres enfants !¦

Alors permettez que je reprenne vos paroles : « Voilà , j’ai été bien long. J’ai bien réfléchi à  cette question. Ce sont des thèmes que je porte depuis longtemps et qui me tiennent à  coeur ». Permettez en même temps que je ne puisse vous suivre dans vos analyses : « Je crois que ces trois caractères : explicite, apologétique, et intergénérationnel, sont vraiment indispensables », car à  mon avis de chrétiens de base, il y a trop d’affirmations qui ne sont qu’idéologiques dans vos attendus. S’il vous plait revoyez votre copie « pour que la génération à  venir Le connaisse » car tel est aussi mon espérance.

Respectueuses salutations

Jean Doussal, paroisse de St Avé.

Querelles de chapelle (épisode 3)

Résumé des épisodes précédents : Luc, jeune journaliste non pratiquant, est passé par hasard à  Flaines, fief des traditionalistes depuis plus de quarante ans. Curieux de comparer les deux liturgies, il a d’abord assisté à  une messe en français à  Arcon, paroisse voisine de Flaines. Mais, avant d’entendre la messe en latin, il va au café des pêcheurs pour connaître l’état d’esprit des villageois.
Ces derniers, croyants ou incroyants, ont l’intention d’ expulser les traditionalistes de leur église.

Impressionné par le bon sens et la détermination de ces villageois, Luc en prend congé pour assister à  la messe en latin. Dès son entrée dans l’église, il voit, à  droite près du portail, un confessionnal dont la niche centrale est dotée d’une porte sculptée, ajourée sans doute pour permettre au confesseur de respirer ; quant aux niches latérales, elles sont dotées d’un simple rideau qui cache des pénitents agenouillés, hormis leurs chaussures qui dépassent. Luc pensait que cette sorte d’isoloir religieux était une pièce de musée, en tout cas, il n’avait pas souvenance d’avoir jamais vu un confessionnal occupé. Les traditionalistes auraient-ils l’art et la manière de se culpabiliser ?

De chaque côté de la nef, les banquettes en chêne foncé sont déjà  occupées aux deux tiers par plusieurs couples et leurs enfants, les uns assis, les autres agenouillés sur les repose-pied, les mains jointes, le menton pointé vers le sternum. Luc s’engage dans une travée libre mais préfère rester près de la nef pour mieux voir le choeur. Sur la droite, dans un renfoncement, il aperçoit un jeune militaire gradé assis à  l’harmonium. Sur le mur du fond, dans un décor théâtral baroque, se dresse le maître autel. De part et d’autre du tabernacle, deux anges en surplomb sur un socle en marbre se prosternent devant une croix placée au centre d’une sorte de tonnelle couronnée d’une structure métallique en forme de tiare.

Luc s’interroge : les inconditionnels de la Tradition figée depuis l’époque de la Renaissance acceptent-ils d’assister à  des messes célébrées dans une église en béton armé ?
Soudain, il remarque l’absence, à  l’entrée du choeur, d’un autel face à  l’assistance comme on en voit dans la plupart des églises depuis le concile de Vatican II.
Le prêtre sort enfin du confessionnal et remonte la nef, précédé par deux enfants de choeur en soutane rouge et surplis blanc qui balancent un encensoir d’avant en arrière. Il s’arrête au premier rang pour saluer respectueusement un couple relativement âgé : bien sà»r, il ne peut s’agir que du comte et de la comtesse de La Saulaie !

Parvenu au pied de l’autel, il revêt une chasuble verte et s’entoure le bras gauche d’une bande de tissu de la même couleur dont Luc ignore le nom et le symbole qu’elle représente. L’espace d’un instant, il est tenté de se renseigner auprès de son voisin devant lui, mais compte tenu de l’attitude hiératique de ce dernier et du silence monastique ambiant, il préfère s’abstenir pour ne pas se faire remarquer.

Le célébrant, dos aux fidèles, buste incliné, récite le confiteor au pied de l’autel. Après avoir gravi la marche, il murmure des prières en latin que les fidèles suivent dans leur missel. Luc ne comprend pas pourquoi il ne prie pas en regardant l’assistance. Le chant du Gloria, soutenu par le souffle asthmatique de l’ harmonium, rompt la monotonie que notre journaliste peinait à  supporter.

Après la lecture de l’épître, les enfants de choeur impriment à  leurs encensoirs de courtes oscillations en direction du livre de l’évangile avant qu’il ne soit lu par le curé. Ensuite, ce dernier monte dans la chaire en bois sculpté, édifiée le long du mur entre deux ouvertures étroites comme des meurtrières mais aux sobres vitraux o๠domine le bleu. Sur le rebord capitonné de velours grenat, il dispose quelques feuillets qu’il lit posément d’une voix économe d’inflexions. Il s’agit d’un commentaire de l’épisode du jour : Marie, installée aux pieds de Jésus pour écouter sa parole, se fait rabrouer par Marthe, sa soeur, qui pendant ce temps-là  doit s’occuper seule du service. Dans sa péroraison, le prédicateur s’enflamme subitement pour exhorter les jeunes filles présentes à  prendre Marie pour modèle et les invite à  prier le Saint Esprit pour qu’il inspire, n’en fà»t-ce qu’une d’entre elles, à  consacrer sa vie à  Dieu.

A pas mesurés, le prédicateur rejoint l’autel pendant que les fidèles font pieusement le signe de croix avant de réciter le Credo tous en choeur d’une voix monocorde à  la manière des carmélites ou des trappistes.
Luc, assis, est tiré de la demi-somnolence qui le gagnait depuis quelques minutes par une sonnerie de grelots agités par un enfant de choeur. Vite il s’agenouille pour imiter les assistants qui, après avoir contemplé l’hostie et le calice levés à  bout de bras par le célébrant, restent prosternés pendant de longues secondes.
Arrive le moment de la communion. Tous font la génuflexion devant le ciboire. Après que le prêtre a déposé l’hostie sur leur langue, il regagnent leur place, les yeux mi-clos ; certains, les bras croisés sur la poitrine.

Après la bénédiction finale, quelques assistants prennent la direction de la sacristie.Curieux, Luc les accompagne sous leur regard si interrogateur qu’il juge prudent de leur esquisser un sourire. Parvenu à  l’intérieur de la pièce, il n’en croit pas ses yeux : un immense tableau, accroché sur un mur peint à  la chaux, représente le jeune curé, debout en soutane, coiffé d’une barrette ! C’est le fameux portrait dont la grand-mère lui a parlé et devant lequel s’extasient les visiteurs pendant qu’une jeune fille en corsage blanc et jupe bleu marine s’affaire à  ranger les vêtements sacerdotaux.

Ecoeuré par ces flatteurs qui lui rappellent les courtisans du Roi Soleil, Luc se hâte de sortir pour respirer l’air pur de la campagne.
L’appétit aiguisé, il décide de déjeuner Au coin des pécheurs.
A suivre ¦

Abus sexuels: l’hypocrisie se fissure en Italie

Le diocèse de Florence et la Toscane toute entière sont secoués par une grave crise morale suite aux épisodes à  répétition d’une affaire de moeurs. En effets, des compléments d’enquête sont actuellement en cours au sujet de délits, aujourd’hui prescrits; commis par un prêtre de l’archidiocèse de Florence, Don Lelio Cantini, dont la vie morale bien étrange défraie aujourd’hui la chronique : pratiques sadomasochistes, « partouzes » et diverses orgies, menaces sur les participants et les témoins de ces orgies.

Ce qui lui est reproché étant des abus sexuels sur des mineurs entre 1973 et 1987, commis grâce à  un contrôle sur les consciences qui va bien au-delà  du simple abus d’autorité. Une bonne vingtaine de femmes ont peu à  peu livré des témoignages sur les abus qu’elles auraient été contraintes de subir lors de soirées très spéciales, certaines étant mineure.

Don Cantini n’était pas un prêtre lambda dans la cité de la fleur. Né en 1925, doté d’un vrai charisme personnel, il était une figure imposante et respecté, un conseiller spirituel très demandé.

Le scandale rejaillit sur Mgr Claudio Maniago, jeune et prometteur évêque auxiliaire de Florence. Né en 1959, ce dernier était, dit-on, sur le point d’être nommé évêque du siège important de Livourne lorsque le scandale l’a touché. Il a toujours défendu avec beaucoup de conviction le prêtre accusé. Selon certains, il n’ignorait rien de la double vie sulfureuse de son ami Lelio Cantini qu’il aurait couvert de longues années durant.

Un nouveau scandale pourrait s’y ajouter : outre ces « partouzes » hétérosexuelles, le Parquet florentin s’intéresse de près à  des « rencontres » homosexuelles cette fois du même genre auxquelles seraient associés deux sinon trois ecclésiastiques toscans.

Le fait qu’un nombre conséquent de prêtres italiens, selon une opinion très diffuse, appliquent à  sa façon la règle de continence n’est sans doute pas un problème en soi tant qu’il ne s’agit pas d’abus. De toute, même en Italie, l’hypocrisie qui règne commence à  se fissurer.

UN EVEQUE COMPROMIS…

Tout a commencé avec l’affaire Cantini, du nom de ce prêtre florentin accusé d’abus sexuels sur des jeunes filles, et de s’être improvisé comme une sorte de gourou. Don Claudio Maniago était très lié à  ce prêtre sulfureux menant une double vie (au moins), qu’il considérait comme son idéal de prêtre. Gravissant très rapidement, trop disent certains, les échelons de sa hiérarchie, Mgr Maniago a toujours soutenu discrètement son vieil ami. Au courant des dérives morales de ce dernier, il aurait même exercé des pressions psychologiques sur les victimes pour qu’elles se taisent.

Outre ce grief de couvrir un prêtre indigne, Mgr Maniago est à  présent accusé d’avoir participé à  des ballets roses. Certains voient dans ces accusations de pures calomnies, une volonté de salir l’Eglise. « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». Le cardinal de Florence, Ennio Antonelli, redit sa confiance à  son principal collaborateur.

En tout cas, un témoin gay affirmerait avoir eu une rencontre amoureuse avec deux prêtres en vue de Florence, en compagnie de deux jeunes gens. Allusion aurait été faite par l’un des deux prêtres à  son « patron » , familier de ces « partouzes », qui allait arriver, en l’occurrence … l’évêque auxiliaire de Florence lui-même.

De tels témoignages doivent bien entendu être pris avec beaucoup de prudence. Pourtant, le fait qu’un certain nombre d’évêques et de prêtres haut placés au Vatican et ailleurs sont homosexuels et friands de parties fines n’est un secret pour personne. Plus inquiétantes seraient les rumeurs d’un nombre plus limité mais néanmoins substantiel de prêtres, gays ou non, entretenant des relations au moins ambiguà«s avec des mineur(e)s.

Dans ces conditions, la moindre des pudeurs serait de lever enfin cette directive absurde prétendant exclure de l’ordination des garçons homosexuels.

A l’évidence, ce genre de loi inhumaine et inapplicable favorise, dans les coulisses, toutes les transgressions.

Je vais rester debout sur mon rempart

Ce prophète quasiment ignoré de nos assemblées dominicales, parle au Seigneur comme nous aimerions avoir l’audace de le faire. « Combien de temps, Seigneur, vais-je t’appeler au secours et tu n’entends pas, crier contre la violence, et tu ne délivres pas ! ».

Nos contemporains ont pris leur parti des religions : ils ne combattent plus les croyants, ils interpellent le vraisemblable de leurs croyances : comment votre Dieu Amour, peut-il permettre le mal, la souffrance, les massacres, les cataclysmes.

Nous ne savons pas que répondre, nous n’osons pas en attribuer à  notre Dieu, la responsabilité¦ Alors nous nous perdons en explications impliquant les péchés des autres : par les politiques Nord / Sud, par les responsabilités des hommes dans le dérèglement des climats etc.

Habacuc, lui interpelle directement le Seigneur : « De ton action dans le Monde¦ je ne vois vraiment rien de bien, ni de positif, au contraire tu me fais voir l’iniquité, l’oppression, la rapine, la violence, la dispute, la discorde. » » (résumé de 1, 3-4). A quoi le Seigneur répond qu’il accomplit la punition de son peuple par l’invasion des Chaldéens (1, 5-11)

Le prophète n’apprécie pas du tout cette première réponse car comment le Dieu Saint, garant du Droit, « aux yeux trop purs pour voir le mal », comment donc Seigneur : « Gardes-tu le silence quand l’impie engloutit un plus juste que lui ? » comment peux-tu laisser les justes, les saints traités comme des poissons que l’on ramasse, entasse, sacrifie, fume¦ Il continue d’interroger son Dieu : « Cet oppresseur videra-t-il sans trêve son filet massacrant les peuples sans pitié ? » (1, 12-17)

Fort de ces interrogations, Habacuc « debout sur son rempart » (2,1) est bien décidé à  vider l’abcès, à  obtenir des réponses solides sans ambiguïté sur tous ses questionnements : « je guetterai pour voir ce qu’il me dira, ce qu’il va répondre à  ma doléance. » 2,1. Alors le Seigneur l’invite à  écrire pour certifier sa parole : « Si elle paraît tarder, attends-la: elle viendra certainement à  son heure. Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite mais le juste vivra par sa fidélité. ». Suivent alors les malédictions (relatives à  chacune des objections soulevées par le prophète) contre ceux qui profitent des autres, les rançonnent, les soumettent à  la dictature, les corromprent, et façonnent toute sorte de divinités.

A présent le prophète, sur le ton des lamentations psalmodie : « Seigneur, j’ai appris ton renom, redouté ton oeuvre¦ En notre temps fais-la revivre, en notre temps fais-la connaître, dans la colère souviens-toi d’avoir pitié¦ ». Les paroles du magnificat viennent peu à  peu au terme des lamentations « j’exulterai en Dieu mon Sauveur » ! (3, 18)

L’Evangile va nous donner à  méditer une attitude discutable : notre serviteur a bossé tout le jour, peut-être même plus que de coutume¦ Nous arrivons d’une journée de courses, de soleil ou de tennis. Au lieu de dire à  notre « collaborateur » « Viens donc prendre un verre avec nous », Jésus nous propose un comportement franchement réactionnaire, aucun respect de la durée légale du travail : le serviteur doit préparer notre bouffe¦ et manger ensuite, s’il en reste¦ Il n’aura fait que son devoir !

Serait-ce là , la religion : prier, se fier aux Paroles divines, attendre que les choses s’améliorent, être des serviteurs serviles (?)¦chanter et célébrer « Dieu, Tout puissant » ? Nous n’avons rien appris du prophète Habacuc : « Je vais me tenir à  mon poste de garde, je vais rester debout sur mon rempart; je guetterai pour voir ce qu’il me dira, ce qu’il va répondre à  ma doléance » 2,1¦à  mes nouvelles objections, à  mes nouvelles interrogations¦ Etre de ceux qui osent tenir tête ?

Le rigorisme moral de l’Eglise en question

Mgr Angelo Bagnasco, le successeur du cardinal Camillo Ruini, à  la tête des évêques italiens mène une croisade morale fondée sur le lien entre l’ordre moral naturel et la proclamation de la foi.

Dans un autre registre, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules insiste lui aussi sur le lien entre religion et morale : comme si la référence chrétienne était en quelque sorte la condition impérative de toute moralité possible.

Lorsque la société s’émancipe de l’autorité de l’Eglise, elle se dirigerait automatiquement sur la voie d’une sorte de chaos éthique particulièrement redoutable.

Un tel discours nous semble critiquable à  plusieurs titres.

Notons déjà  le risque qu’il fait peser d’emblée, autant pour la foi que pour la morale, dans la mesure o๠aucune d’entre elles ne semble pas véritablement considérée pour elle-même et en elle-même mais seulement dans son rapport de complémentarité et d’insuffisance avec l’autre.

Le premier risque est bien celui du moralisme : de réduire l’heureuse annonce de l’Evangile à  un code de morale. Le chemin vers la découverte de l’événement chrétien dans sa nouveauté sera alors entravé à  la fois par des prises de position morales intransigeantes…et par les réactions affectives que de telles positions, souvent blessantes pour une conscience droite, ne manquent de susciter.

Le second risque serait celui d’absorber en quelque sorte la morale dans la religion. Ce serait oublier la capacité de l’homme à  tendre vers le bien et à  se prononcer à  la lumière de sa conscience.

Le courant néo-intransigeant non seulement critique une modernité dans ce qu’elle peut avoir de plus discutable. Il refuse ce qui nous semble plutôt un acquis très valable et positif : en l’occurrence, la reconnaissance de l’autonomie du moral par rapport au religieux, le refus de confondre les plans et de compromettre Dieu dans des questions trop humaines. Dieu confie à  l’homme une responsabilité; il le laisse délibérer et choisir l’existence qu’il désire.

Galilée avait ce mort fort juste :  » l’Eglise ne nous enseigne pas comment va le ciel mais comment on va au ciel « . Le Magistère de l’Eglise n’a pas à  se prononcer sur toutes les questions, car sur bien des points son discours reste celui d’une anthropologie figée et limitée de même que les censeurs de Galilée demeuraient prisonniers d’une cosmologie obsolète.

Les étapes de la construction affective de chacun, la singularité en définitive des structures psychologiques, sexuelles et affectives de chaque personne s’accommodent mal avec un discours normatif trop rigoureux et en fait très abstrait et désincarné. Des questions aussi complexes, pour parler comme Edgar Morin, que les options à  faire en fin de vie ou parfois la limitation des naissances, devraient être abordées de façon plus prudente.

La hiérarchie catholique semble parfois convaincu que la seule morale possible est la sienne. Comme s’il n’était pas possible de refuser à  la fois le cynisme et certaines rigidités propres à  une vision sclérosée. Poser ainsi une sorte d’alternative effrayante, ou le rigorisme ou le chaos, nous semble faux et même malhonnête.

Une éthique de l’incertitude, celle de l’honnête homme, n’aurait-elle plus rien à  nous suggérer?

Etablir à  l’inverse une sorte de cloison, aussi étanche qu’absolue, entre la morale et la religion serait évidemment tout aussi absurde.

En fait, ce que nous contestons ce n’est pas l’unité fondamentale, en dernière instance, de l’existence humaine porteuse de sens, mais la prétention d’autorités ecclésiastiques de retrouver par le détour d’une morale à  reconstruire un pouvoir, par ailleurs perdu, sur la société toute entière.

Anticiper l’après Benoît XVI pour sauver l’Eglise!

Voici désormais plus de deux ans que le Pape Benoît XVI a succédé à  Jean Paul II.

L’heure n’est pas certes pas venu de dresser un bilan définitif d’un pontificat qui pourra durer encore un certain nombre d’années.

Néanmoins nous pouvons déjà  remarquer un certain sentiment d’essoufflement, y compris du côté de ceux qui espéraient la désignation de ce Pape et qui attendaient une restauration de l’Eglise à  l’ancienne.

Le peu d’impact des voyages au Brésil et en Autriche confirment l’impression dominante d’un manque constant de charisme de la part de ce Pape jadis universitaire et très pontifical.

En premier lieu , force est de constater et sans doute de regretter que Benoît XVI n’a mis en place aucune des réformes annoncées, espérées et revendiquées concernant le fonctionnement de l’Eglise universelle.

Les quelques décisions prises (déléguer les cérémonies de béatification à  un cardinal, réduire le nombre de dicastères…) n’ont pas été appliquées véritablement dans la durée. Loin de vouloir tempérer l’influence de la Curie par une juste mise en valeur de la collégialité, non seulement symbolique mais effective, le Pape semble au contraire favoriser davantage encore le centralisme romain, et paraît d’ailleurs débordé par les luttes influences du petit monde vaticanesque. Les attentes de réformes semblent désormais cruellement déçus.

En deuxième lieu , l’élection de Joseph Ratzinger répondait aussi à  une volonté d’en finir avec l’interprétation plus libérale, sinon progressiste du Concile, qui est celle d’une majorité de cardinaux. La pente est descendante qui conduit à  faire de « mai 68 » la cause de tous les maux et à  en conclure qu’il suffira de lui tourner le dos pour remplir les Eglises et pour retrouver un élan perdu.

A l’évidence, le peu d’enthousiasme que suscite ce pontificat révèle à  quel point cette analyse réactionnaire et bien complexe (l’esprit de mai 68 est en fait bien polymorphe) passe en fait à  côté du problème de fond qui est une évolution à  longt terme de la civilisation. Revenir simplement en arrière et resserrer les vis ne peut en fait qu’accentuer la crise.

Ce qu’il pouvait y avoir de naïf dans les utopies de 68 et de trop radical dans les révoltes libératrices s’est évanoui comme neige au soleil. La question n’en demeure pas moins de savoir pourquoi mai 68 a eu lieu, et si certains problèmes d’ailleurs ne perdurent pas. Le contexte actuel est très différent mais ne semble pas davantage tolérer une reconstitution idéalisée et intransigeante d’un modèle ecclésiastique périmé.

En troisième lieu , Joseph Ratzinger a été élu également en raison de la conviction selon laquelle les enjeux décisifs se trouvaient à  présent en Europe. Dans le futur, il pourrait en aller autrement. La polarisation sur la situation donne à  penser que l’Eglise se crispe et se durcit dans sa lutte contre l’évolution de la modernité occidentale relativiste, pointée du doigt comme « la grande ennemie ». Assez justement, Joseph Ratzinger, dès le début du pontificat, a accordé une attention particulière à  l’Asie. Il est possible que le futur Conclave choisisse un Pape non-européen (comme le cardinal Ivan Dias, archevêque de Bombay ou le cardinal Peter Kodwoh Appiah, archevêque de Cape Coast) mais il semble davantage probable que le futur Pape européen s’investisse bien davantage dans l’avenir chrétien des autres continents. L’inculturation devra se poursuivre.. Le « problématique » ratzingérienne, par exemple sous sa dimension liturgique, semble particulièrement européocentrée.

A Rome bruissent en général des rumeurs les plus diverses et souvent même les plus contradictoires. Pourtant, un sentiment dominant semble régner. Celui d’un pontificat qui pourrait bien se prolonger encore longtemps (Joseph Ratzinger est âgé ‘seulement’ de 80 ans) mais qui n’apportera rien de plus, comme si le motu proprio était une sorte de sommet : le Pape ayant réussi à  imposer certaines mesures ou certaines orientations conservatrices et n’ayant pas de programme pour l’avenir. Son successeur ne sera probablement pas un Joseph Raztzinger, ni dans le tempérament, ni dans les idées.

Une rupture trop nette avec la restauration en cours ne semble pourtant pas pour demain, ni peut-être pour après-demain. L’hypothèse la plus souvent évoquée dans le secret des Palais Apostoliques est le choix d’un modéré, plutôt âgé, de préférence italien, qui fasse digérer le tournant ratzingérien tout en faisant passer aux conservateurs la pilule d’un certain nombre de changements (éthique sexuelle plus compréhensive, collégialité effective…). Cela ouvrirait la voie à  un autre pontificat plus novateur et plus étonnant. Parmi les modérés qui aideraient l’Eglise à  se détacher en douceur de la ligne dure actuellement en vigueur, deux porporati italiens sont actuellement très bien placés : Dionigi Tettamanzi, l’archevêque de Milan et Ennio Antonelli, celui de Florence.

SORTIT DE L’INTRANSIGEANCE ABRUPTE…

Très justement, Frédéric Lenoir, excellent journaliste et sociologue estime-t-il que l’avenir du christianisme, qui se dessine dans les marges, aura bien à  voir les plans restaurateurs de la hiérarchie et les groupes intégristes qui fleurissent ici ou là . L’importance réelle a souvent peu à  voir avec le prestige apparent, la pompe, les effets d’annonce. Des questions essentielles, comme celle de place de l’homme en un monde qui semble se construire sans le placer au centre ne manquerons pas de s’imposer.

Un discours anthropologique sur l’affectivité et la sexualité, plus réaliste, plus modeste, plus conciliant, devra forcément se construire car l’intransigeance abrupte comme l’hypocrisie conduisent l’Eglise à  un discrédit trop grave. De nouveaux modes de participation de tous à  la vie commune de l’Eglise, de façon plus souple, plus inventive, hors d’un carcan trop clérical, dans un esprit de collégialité accrue et de fraternité responsable émergent et présentent un visage d’authenticité plus forte que les oukases, les manoeuvres et les intrigues.

Ajoutons qu’au niveau même du corps épiscopal, la situation n’est pas désespérée. Il suffirait de peu de choses pour que nombre d’évêques réveillent en eux une audace conciliaire que le vent glacial de la restauration a figé.

Certaines nominations récentes laissent l’espoir revivre, comme celle d’un Mgr Thomas Collins comme archevêque de Toronto ou de Mgr George Niederauer à  San Francisco, alors que d’inquiétantes rumeurs faisaient craindre la désignation de prélats conservateurs et cassants. NN SS Collins et Niederauer ne peuvent raisonnablement être présentés comme appartenant à  l’aile la plus progressiste de l’Eglise. Ce sont pourtant des intellectuels nuancés, des hommes d’écoute, soucieux du dialogue entre tous et qui savent écouter. A San Francisco, par exemple, Mgr Niederauer envisage de façon bienveillante les démarches de la communauté gay. Mgr Collins refuse toute crispation dogmatique et échange avec tous les milieux intellectuels.

Mgr Jean-Pierre Grallet, nouvel archevêque du vaste diocèse de Strasbourg, est considéré lui aussi comme un homme de dialogue. Il vient de marquer de son empreinte une remarquable restructuration pastorale, à  la fois dans le souci de donner plus de place et de liberté à  tous et de cultiver une pastorale de proximité, éloignée de tout esprit de système, afin que ne se forme pas des sortes de petites mafias cléricales de gauche ou de droite. Cette approche prudente et mesurée mais décidée et lucide des questions pastorales portera des fruits.

Certes, nous mesurons l’importance du défi à  relever, et sa vraie difficulté, qui ne tient pas tant à  l’influence des intégristes et des fondamentalistes de tout poil mais à  une inculture religieuse de fond qui favorise le repli des uns et l’hémorragie des autres .

Nous ne croyons guère à  une sorte de sens de l’histoire qui se vérifierait nécessairement. Pourtant, il y a bien des courants de fond et des contre-courants de surface, lesquels d’ailleurs peuvent faire illusion un certain temps mais ne le feront pas toujours. L’islamisme fera peser bien des menaces encore dans les années à  venir mais il porte déjà  les signes de son effritement sur le long terme. De même, le retour en arrière actuellement constaté ne saurait constituer une sorte d’évolution irréversible et inéluctable. Plutôt l’effet de retour lié à  une accélération de l’histoire par ailleurs.

C’est pourquoi, notre résistance dans l’Eglise et pour elle n’est pas sans espérance fondée.