Prière pour obtenir la Sagesse ?

Le dernier Livre avant la révélation de Jésus comprend trois parties : la première chap. 1 à  5 décrypte pour nous le sort des justes comparé à  celui des impies, la seconde 6 à  10 s’adresse à  tous les rois, tous les responsables, pour qu’ils suivent les préceptes de la Sagesse israélite, la troisième partie 11 à  19 passe en revue l’Histoire Sainte pour nous faire découvrir l’action miséricordieuse de Dieu et la réponse des justes.

L’extrait de ce dimanche s’adresse donc aux responsables, les propos sont prêtés au roi Salomon : « j’ai prié et le discernement m’a été donné » 7, 7¦ « J’ai préféré la Sagesse aux symboles de mes responsabilités, à  l’argent, à  la santé, à  la beauté¦ et la Sagesse m’a apporté tous ces biens à  la fois » résumé de 7, 8 à  12. « La Sagesse est unique, elle peut tout, demeurant en elle-même elle renouvelle l’univers, et au long des âges, elle passe dans les âmes saintes, pour former des amis de Dieu et des prophètes » 7, 27.

L’éloge de la Sagesse se poursuit jusqu’à  cette interrogation à  l’adresse des savants et nouveaux philosophes de la civilisation de son temps : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? »¦ « Les réflexions des mortels sont mesquines, et nos pensées, chancelantes »¦

Les homélies, discours et commentaires visent à  priori ceux qui les écoutent ou les lisent, les auditeurs, les lecteurs, les catéchisés, les récepteurs¦ Le texte d’aujourd’hui interpelle l’émetteur, celui qui prend la parole, le commentateur, le responsable, le savant : qu’est-ce que tu prétends dire et enseigner, qu’est ce qui te fait parler, qui parle à  travers toi ?

L’extrait de ce dimanche fait partie de la prière pour obtenir la Sagesse. « Quelqu’un serait-il parfait, s’il lui manque la Sagesse qui vient de toi, on le comptera pour rien » 9, 6. Si tu m’as établi responsable, « mandate pour moi la Sagesse pour qu’elle me seconde et peine avec moi » « alors mes oeuvres seront agréées, je jugerai ton peuple avec justice » 9, 12. Si je suis un homme prétendument savant ou spécialiste, si ce que je dis est perçu juste, c’est que d’en haut tu m’as envoyé ton saint esprit. 9, 13-18

Le texte de la liturgie met le mot esprit avec une majuscule, l’auteur du livre de la Sagesse n’a pas eu la révélation du Mystère Trinitaire. La Bible de Jérusalem et la TOB s’en tiennent à  « esprit » avec la minuscule, et l’original grec peut être traduit « saint souffle de toi » : « qui aurait connu ta volonté si toi même n’avait donné la sagesse et envoyé des très hauts le saint souffle de toi ». Le Sage constate les difficultés des hommes pour connaître les réalités terrestres. Dès lors pour les réalités célestes qui donc pourrait les appréhender si Dieu lui-même n’intervenait pas pour nous les révéler en nous transmettant une sainte inspiration venant directement de lui.

La formule de prière ouvrant le chapitre 9 couvre en fait tout le chapitre : « 1 « Dieu des Pères et Seigneur de miséricorde, toi qui, par ta parole, as fait l’univers, 2 toi qui, par ta Sagesse, as formé l’homme pour dominer sur les créatures que tu as faites, 3 pour régir le monde en sainteté et justice et exercer le jugement en droiture d’âme, 4 donne-moi celle qui partage ton trône, la Sagesse, et ne me rejette pas du nombre de tes enfants. »

© Jean Doussal

Les doutes de Mère Teresa

Une quarantaine de lettres, dans lesquelles la religieuse ouvre son coeur, nous révèle donc les doutes qui torturaient véritablement Mère Teresa de Calcutta.

Ces nouvelles données permettent d’exclure la simple crise spirituelle passagère, la dépression somme toute bien compréhensible face aux difficultés et aux tensions que traversait son ordre religieux des « Filles de la charité » .

Mère Teresa était torturée par le doute de façon récurrente, sinon continue.

Nous disposons à  présent de lettres que la religieuse n’aurait pas voulu voir diffusées au grand jour. Elle avait en effet demandé la destruction de sa correspondance mais l’autorité ecclésiastique s’y était opposée, sans doute justement en prévision du procès en canonisation.

Ses lettres établissent que durant au moins un demi-siècle de sa longue vie, mère Teresa ne ressentait plus la présence de Dieu. Dieu était absent et laissait la place au grand vide. Aussi bien dans son coeur que dans l’eucharistie.

Pendant un demi-siècle, la religieuse a vécu dans un état intense et tragique de déréliction spirituelle, et même de vraie détresse. Elle parle volontiers de « torture » intérieure. Elle compare son expérience à  celle de l’enfer et se sent gagnée par l’inquiétude, au point de ne plus croire au ciel, ni même à  Dieu. Son sourire, dit-elle, est en fait un « masque ». Plus encore, elle se sent hypocrite, n’éprouvant aucun amour pour Dieu.

L’historien jésuite James Martin, spécialiste éminent de la vie des saints est lui-même étonné et déclare n’avoir jamais lu l’histoire d’un saint avec de tels tourments intérieurs, et sur une si longue durée.

Les souffrances intérieures de Mère Teresa nous font penser à  la « nuit obscure » évoquée par Saint Jean de la Croix (1542-1591), tout de même docteur de l’Eglise. Ou encore à  une épreuve spirituelle très longue (45 ans) traversée par St Paul de la Croix (1694-1775), le fondateur des passionistes.

On peut songer aussi à  l’épreuve spirituelle de Thèrèse de Lisieux, qui confiait avoir des pensées comme celles des pires athées. Le Père Jean-François Six a mis en évidence cette vocation unique et magnifique de celle qui s’unit de l’intérieur à  l’état d’âme de l’incroyant. Comme une passion du Christ vécue jusqu’à  l’extrême.

Le Père Brian Kolodiejchuk, postulateur de la cause, aussi bien que le Père James Martin notent que le fait de ne pas sentir la présence du Christ ni l’amour à  son endroit ne veut pas dire qu’il ne soit pas présent et qu’on ne l’aime pas. Au contraire, cette sécheresse intérieure si douloureuse est le signe d’une vie mystique intense et donc de sa présence mystérieuse.

Des psychanalystes devinent en elle une forme particulière d’auto-destruction narcissique contre-balancée avec un certain succès par son contraire : une offrande positive et « affirmative » aux autres lui assurant une survie à  long terme mais sans lui éviter un déchirement épouvantable.

Les plus chrétiens parlent d’une humilité inconsciente. D’autant plus que son succès médiatique et sa notoriété mettaient cette humilité à  fort rude épreuve.

Mère Teresa changeait fréquemment de confesseurs, sans pour autant que l’un ou l’autre ait d’une quelconque façon démérité mais comme pour trahir une guérison jamais obtenue à  un tourment vraiment crucifiant. Parmi ses confesseurs : le futur cardinal Lawrence Picachy et le futur évêque William Curlin. Le Père Joseph Neuner, doté d’un grand équilibre humain autant que d’un sens théologique reconnu de tous, qu’elle rencontra au cours des années cinquante, fut certainement le plus bénéfique de tous lui parlant de la présence cachée du Seigneur et relativisant la culpabilité ressentie

Son tourment connut une parenthèse plus sereine de cinq semaines en 1958, comme une pause miséricordieuse accordée par le Seigneur avant de nouveaux tourments.

Le Dr Richard Gottlieb, professeur à  la société de psychanalyse de New York livre une analyse assez fine et convaincante de la personnalité de mère Teresa.

Il y avait en elle une profonde tendance à  la démesure : « je veux aimer Jésus comme personne ne l’a jamais aimé auparavant « . Une sorte d’incapacité à  accepter ses propres limites et ses propres faiblesses empêchait mère Teresa de trouver la paix. Il y avait en elle une sorte de déséquilibre, de perfectionnisme absolu, qui lui rendait impossible un chemin d’acceptation de soi et explique les oscillations entre des ambitions exaltées sans limites et des crises de profond découragement, de désespoir et de haine de soi (comment accepter sa propre humanité dans une telle perspective ?).

Si cette analyse se révèle juste, c’est une pierre jetée dans le jardin de la théologie spirituelle. Il y a certainement des figures spirituelles humainement épanouies mais un sens de la perfection qui ne serait pas tempéré fait de la vie intérieure d’une personne un tourment intérieur parfois dévastateur. Cette névrose de perfection surdétermine la rhétorique chrétienne de la culpabilité et de la faute, de l’humilité et de l’humiliation. Paradoxalement, elle n’empêche pas des fruits extérieurs multiples et admirables, mais au prix d’un certain dédoublement de la personnalité, entre une face offerte à  tous, souriante et sereine, et un arrière-fond douloureux et même perpétuellement crucifié. Elle était en permanence obsédée par le péché et les ténèbres. Cet aspect indubitablement névrotique (de grands saints ont été névrosés, à  commencer par Thérèse de Lisieux!) n’explique cependant pas tout : nous entrons de plain-pied dans une dimension « théologale » qui va bien au-delà  de ce qu’un état spirituel peut avoir de profondément malsain.

La lumière de la foi relève sans doute d’un clair-obscur plus que d’un éblouissement. L’entrelacs subtil et mouvant qui tisse l’expérience spirituelle peut sans doute associer des éléments très contrastés et sans doute contradictoires à  bien des égards. Cette complexité de l’esprit humain, surtout lorsqu’il s’agit de personnalités d’exception comme l’était sans l’ombre d’un doute Mère Teresa , nous interdit tout jugement rapide, tout diagnostic simpliste, tout portrait superficiel. La coexistence en nous d’opposés est peut-être ce qu’il y a en nous de plus humain.

LES MANQUES DE JUGEMENT D’UNE œSAINTE

Rares sont ceux qui doutent de la sainteté subjective de mère Teresa. Pourtant, son bilan, à  bien des titres impressionnants, a aussi ses zones d’ombre. Mère Teresa a souvent manqué de discernement. Ou du moins, pris des positions contestables et accumulé des gaffes. Nous ne pouvons ici accumuler les faits. Quelques exemples suggestifs, parmi de nombreux autres possibles, suffiront (pour en savoir plus, voir « La face cachée de Mère Teresa », publié aux éditions Golias “ www.golias.fr).

En novembre 1995, l’Irlande, seul pays à  maintenir cette interdiction, était invité à  abroger l’interdiction du divorce. La plupart des partis irlandais appelèrent à  voter « oui » au référendum. Le scrutin promettait d’être très serré (en définitive, le « oui » l’emporta par 50,3 % des suffrages). Mère Teresa, qui n’est pas irlandaise, appela à  voter « non ».

En 1981 déjà , Mère Teresa reçut à  Haïti la plus haute distinction du pays des mains de la famille Duvalier, qu’elle remercia par un discours enthousiaste, expliquant que le dictateur Jean-Claude Duvalier – « Bébé Doc » – et sa femme Michèle non seulement « aimaient les pauvres », mais étaient « adorés d’eux »…

Quelques années plus tard, en 1990, en Albanie, elle déposa une couronne de fleurs sur la tombe de l’ancien dirigeant stalinien totalitaire , sanguinaire et inhumain, Enver Hodja, ce qui heurta profondément de nombreux albanais.

En 1992, elle intervint lors du procès de Charles Keating, l’un des plus redoutables escrocs américains du siècle écoulé. Le milliardaire s’était enrichi aux dépens des petits épargnants. Catholique intégriste, il menait une croisade contre la pornographie et tenta en particulier de faire condamner Larry Flint (cf le film de Milos Forman qui lui est consacré). Il avait donc droit, dans l’esprit de Mère Teresa, à  toutes les excuses!

On a souvent déploré les risques graves favorisés par le développement précaire des techniques de soin dans les établissements inspirés par mère Teresa. Certes, parfois cela était inévitable en raison de la pauvreté de moyens, financiers et autres; d’autres fois, au contraire, il semble qu’il y ait eu un parti pris providentialiste. En outre, une part importante de l’argent reçu servait à  financer des couvents de l’ordre fondé par Mère Teresa alors que des besoins vitaux semblaient en cause dans les cliniques.

Mère Teresa a condamné sans relâche non, seulement l’avortement mais encore la contraception. Pour elle, l’interruption de grossesse constituait « le principal danger qui menace la paix mondiale« . Elle refusait toute approche critique nuancée de la question et se contentait d’affirmer : «  il n’y aura jamais trop de bébés parce qu’il n’y a jamais trop de fleurs ou d’étoiles« .

Cette « mère des pauvres » se prononça pourtant de façon très dure contre la théologie de la libération, et les autres « hérésies progressistes » qu’elle abhorrait. Aux arguments opposés, par exemple, la souffrance des misérables, elle n’hésita pas à  dire : « il y a quelque chose de très beau à  voir les pauvres accepter leur sort, le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à  leur souffrance. »

Est-ce vraiment chrétien?

Mère Teresa : La sainte des ténèbres

La nouvelle suscite un certain émoi, en particulier en Italie o๠elle est vénérée.

Mère Teresa de Calcutta doutait cruellement de l’existence de Dieu. Dix ans après la mort de Mère Teresa, plus de quarante de ses lettres, jusqu’alors tenues secrètes, ont été divulguées.

Le grand public devrait en prendre connaissance dans un livre à  paraître dès cette semaine aux Etats Unis et dont le magazine américain « Time » vient de donner de larges extraits.

Décédée en 1997, la  » Madre  » sentait sa foi défaillir.  » Je regarde et je ne vois pas ; j’écoute et je n’entends pas « . Elle écrivit un jour :  » O๠est ma foi ? Tout au fond de moi, o๠il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité… Je n’ai pas la foi « .

Le postulateur de la cause, le Père Brian Kolodiejchuk, en a été profondément troublé. Il faut savoir qu’il était lui-même un proche de la religieuse et ne se serait jamais douté, pas même un instant, des tourments de mère Teresa. Il confie en effet :  » Je n’ai jamais lu la vie d’un saint o๠le saint vivait dans une obscurité spirituelle si intense « . Ces révélations ne s’opposent pourtant pas à  l’avancée de sa cause. En effet, des doutes lancinants, même aussi intenses, ne constituent pas un péché puisqu’ils ne sont pas volontaires, enseigne la théologie romaine. Au contraire, ils sont souvent considérés comme l’expression redoutable d’une épreuve mystique propre à  des âmes vraiment exceptionnelles et très avancées dans la vie spirituelle. On peut évoquer la nuit de la foi de Saint Jean de la Croix ou de Thérèse d’Avila. On peut également songer à  la petite Thérèse de Lisieux, qui était convaincue d’avoir perdu la foi et qui est aujourd’hui docteur de l’Eglise !

Les tourments secrets de la mère de Calcutta ne rassureront pas les fidèles mais auront le mérite de donner indirectement une sorte de camouflet à  ceux qui présentent la foi de façon trop arrogante.

Il n’est pas certain par ailleurs que l’avancée de la cause de mère Teresa ne rencontre pas d’autres obstacles. Du vivant même de la religieuse, le cardinal Pietro Palazzini, qui avait justement été préfet de la congrégation pour les causes des saints, ne faisait pas mystère de ses réticences : il existe à  Rome un soupçon selon lequel la religieuse albanaise aurait considéré les autres religions comme canaux de grâce et de salut et aurait minimisé le caractère exclusif de la vérité chrétienne. Si cela se confirme, une accusation de relativisme au sujet des religions non chrétiennes pourrait lui valoir bien plus d’ennuis post mortem que l’évocation de ses doutes. Il faut savoir que la Curie romaine s’opposa toujours avec la dernière énergie à  l’élévation au cardinalat de Mgr Henry D’Souza, archevêque de Calcutta et proche ami de la religieuse, accusé de relativisme dans le champ interreligieux.

En tout cas, mère Teresa écrivait en 1982 :  » Si un jour je deviens une sainte, je serai sà»rement celle des ténèbres, je serai continuellement absente du Paradis « .

Le cardinal Barbarin et le ‘tsunami’ Vatican II

Il y a quelque décennies, on appelait « scie » un refrain entendu jusqu’à  satiété, et même au delà , jusqu’à  l’écoeurement.

Depuis le changement de climat à  Rome, plus apparent encore que par le passé, une autre « scie » se fait entendre : et ceux qui veulent se situer dans le vent la reprennent à  la moindre occasion.

En témoignent les propos de Philippe Barbarin, primat des Gaules, recueillis par la Vie à  l’occasion de la disparition du cardinal Lustiger : « Sur le fond, j’ai entendu une fois un de mes frères évêques comparer son épiscopat à  celui de Charles Borromée, archevêque de Milan, juste après le Concile de Trente.

« A l’époque, il avait fallu toute l’énergie de ce saint pour redonner son élan à  l’Eglise catholique, après les redoutables et douloureuses blessures consécutives à  la Réforme luthérienne.

De même, après Vatican II, et les soubresauts qui ont ébranlé ‘Eglise de France , notamment en 1968, il fallait une personne qui redise des paroles fortes claires et simples. Je songe à  la façon dont il s’est mis à  célébrer la liturgie à  Notre-Dame de Paris, réaffirmant ainsi son caractère central dans la vie de l’Eglise. »

Même après plusieurs lectures, il y a des mots qui ne passent pas ! Même en tentant de découvrir une quelconque échappatoire, rien n’y fait : le mot a été lâché et il faut que son auteur l’assume ou confesse son erreur.

Ce « De même » (de même après Vatican II¦) a pour effet de créer un parallèle indu entre la Réforme luthérienne et le Concile Vatican II, entre un déchirement profond, suivi d’un schisme, et un renouvellement profond de la vision de l’Eglise catholique après la triste fin du pontificat de Pie XII.

Assimiler Vatican II et un schisme, il fallait le faire !

Et Philippe Barbarin a osé. Il a bien mérité de ces nouveaux conservateurs qui entendent ramener le monde catholique à  des observances et des perspectives qui pourront, peut-être, mais pour un temps seulement, masquer l’abîme qui s’est crée entre un discours convenu et une soif de sens qui a besoin pour être étanchée d’autre choses que des rites surannés.

On peut faire crédit à  « La Vie » pour avoir pris les précautions d’usage qui consistent à  soumettre à  l’interviewé la transcription de l’entretien qu’il a accordé au journal. Sauf à  voir publié dans les jours qui viennent un démenti de Philippe Barbarin, il faudra bien se rendre à  l’évidence : il s’inscrit désormais dans la phalange de ceux qui souhaitent plus ou moins revenir au statut quo ante et mettre à  bas tout ou partie des avancées du Concile (et tant pis si le mot « phalange » a une connotation trop franquiste ou « Opus Dei »¦ mais n’est-ce pas dans l’air du temps ?).

Ce « De même » fait revivre un mauvais souvenir : un échange de lettre entre une figure bien connue de l’intégrisme catholique : Max Barret et l’archevêque de Lyon tel qu’il avait été publié sur le Net après un article deTychique (numéro 161 en date du 3 septembre, (2006, ndlr), Max Barret, ancien responsable du pèlerinage de Lourdes de la FSSPX, y raconte sa rencontre « imprévue »,à  la table d’un restaurant près d’Ecône (Martigny ?) avec Barbarin¦

« Je dois à  la vérité de dire qu’elle fut courtoise dépourvue de toute agressivité de part et d’autre et même, parfois chaleureuse, bien que sans concession¦ Quoi qu’il en soit nous avons abordé (simplement abordé, en si peu de temps) un certain nombre de « problèmes » : les sacrements en général, le Christ-Roi, la messe, bien sà»r, Mgr Lefebvre¦ qu’il m’a dit connaître (en réalité, il ne l’a vu qu’une fois !) et notre dévotion à  la Très sainte Vierge. Et, en nous quittant, il nous bénit tous deux ! De retour, je lui ai adressé une lettre de trois pages dans laquelle je lui ai exposé, plus en détail, nos convictions et les raisons de notre choix. Il m’a écrit de Notre-Dame de la Salette la carte suivante :

« Cher Monsieur
Merci de votre lettre et de votre simplicité. Vous avez bien fait de me partager tout cela. J’écoute, j’entends chaque point que vous évoquez et qui me font tellement souffrir aussi. Dans votre lettre, ce qui me touche le plus c’est le « tsunami ». Après un tel cyclone, il faut se remettre tous ensemble pour reconstruire ; c’est cela l’essentiel¦

J’avais effectivement écrit : « On a bouleversé tous les sacrements ! Pas un n’y a échappé ¦ Bien sà»r, on s’est attaché à  faire passer ce véritable « tsunami » en tentant de le justifier par les « signes des temps », les nécessités dues au contexte, accumulant ainsi mensonges sur mensonges ! »

Ainsi pour Max Barret et Philippe Barbarin, qui ne s’insurge pas contre le terme de « tsunami », Vatican II pourrait être évoqué sous ce vocable qui depuis la catastrophe d’Asie du Sud Est évoque irrésistiblement mort et désolation. Et entendre le primat des Gaules évoquer dans la Vie ce même concile en utilisant cette comparaison avec le schisme luthérien exige pour le moins une clarification rapide et indispensable.

Il n’en reste pas moins que le couplet, ressassé jusqu’à  plus soif, sur les excès qui auraient été commis après Vatican II en matière de liturgie, de banalisation de la pratique sacramentelle, ne sont fondés que sur les « dénonciations » pratiquées à  Rome par ceux qui veulent par ce biais atteindre ce qui est le fond des avancées du Concile.

A-t-on seulement quelque idée sur le nombre « d’abus », sur les « graves dérives » constatée dans la liturgie ? S’est-on livré aux analyses indispensables pour déterminer avec quelque précision, quelles sont les « dérives » invoquées ? N’est-on pas en la matière dans le domaine de la rumeur dont on sait les ravages qu’elle peut commettre.

Sur les millions d’eucharistie célébrées combien n’ont pas été « à  la hauteur » ? Mais à  la hauteur de quoi ? N’a-t-on pas tendance à  confondre trop souvent « respect de la liturgie » et mélancolie d’esthète ? N’aurait-on pas quelque peu oublié ce rappel évangélique, qui en son temps avait du faire un beau scandale, selon lequel « Le Shabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le Shabbat ». Une fois de plus, on instruit un procès avec la vieille méthode inquisitoire dans laquelle c’est à  l’accusé de prouver qu’il n’a pas accompli les méfaits qu’on lui prête mais sans qu’on lui ait jamais précisé en quoi consiste son forfait ( et sans qu’on ait produit des preuves crédibles à  l’échelle des enjeux ). Qu’on se souvienne de ce vieil adage populaire selon lequel qui veut tuer son chien l’accuse de la rage !

Car c’est un peu facile, de reporter sur Vatican II la responsabilité des soubresauts qui ont secoué l’Eglise de France « notamment en 1968 ». C’est encore un de ces thèmes à  la mode à  laquelle a d’ailleurs succombé le candidat Sarkozy durant sa campagne : « anathématiser » ce mouvement de révolte pour reporter sur lui la responsabilité de problèmes, toujours non résolus, et qui n’ont fait que s’aggraver depuis cette période.

En ce qui concerne l’Eglise de France nous pouvons suggérer une piste de recherche qui ne semble guère avoir été explorée alors quelle affleure dans l’ouvrage de Jacques Duquesne « Les catholiques français sous l’occupation ». Mai 68 n’est distant de la période sombre qu’a traversée la France de 40 à  44 que d’une génération : à  peine plus de 20 ans. Il faudrait encore retrancher de ce temps une dizaine d’années pendant lesquelles le pays devait se retrouver, « souffler » après les épreuve traversées, prendre ses distances avec les vraies questions qui ne pouvait être immédiatement posées si près de la fin du conflit.

Parmi ces questions il en est une qui concerne l’Eglise de France : pourquoi, mis à  part quelques évêques courageux, la grande majorité de l’épiscopat a“t-elle fait preuve d’une telle complaisance à  l’égard du régime de Vichy ?

Pourquoi, par exemple, ce silence sur le premier statut des juifs (dès 1940) alors qu’aucun risque ne menaçait ceux qui pouvaient rappeler à  cet instant certain principes essentiels. Mais il est vrai qu’entre l’héritage maurassien et les gages donnés par le régime de Vichy, les valeurs évangélique ne pouvaient pas peser bien lourd.

Cet alignement sans courage, pour des motifs qui n’ont jamais été vraiment mis au clair, n’aurait-il pas été l’une des causes “ oh, bien sà»r pas la seule “ qui aurait amené le peuple chrétien à  prendre ses distances avec une hiérarchie “ et donc avec l’institution « église ». Car l’institution, et ceux qui en avaient la garde, on bel et bien conduit ce peuple dans une forme d’impasse. Dans cette faillite, elle ne pouvait plus revendiquer pour elle le bénéfice d’une véritable autorité morale. Et on sait que, dans ce domaine de la crédibilité et de l’exemple, il y a des défaites qui se paient lourdement à  terme ! Alors qu’on ne construise pas de toutes pièces un alibi sans valeur pour tenter d’expliquer la perte de crédibilité d’une institution. A cet égard Vatican II aurait pu être une chance pour l’Eglise du XXème siècle s’il n’y a avait eu un travail souterrain de sape mené sans discontinuer par une partie du pouvoir romain soutenu par quelques irrédentistes qui confonde toujours le fond et la forme.

P.S. “ Dans la rubrique « Vous avez la parole » le n° 3232 de la Vie publie quelques lignes d’un lecteur d’Audreselles (Pas de Calais) sous le titre « Jean XXIII réveille-toi » : « Depuis de nombreux mois, je cherche en vain une publication qui rappellerait que Jean XXIII a existé ! Il a disparu de la mémoire de ceux qui informent. Et pourtant, il a existé dans le coeur, l’admiration, l’estime d’un très grand nombre de chrétiens, d’adeptes d’autres religions¦ et d’athées. Que dirait-il, que ferait-il devant la montée de haine, du terrorisme, du communautaire ? Il nous manque ! ». On pourrait ajouter : il nous manque aussi devant le retour de tout ce refoulé depuis Vatican II dont il fut l’initiateur inspiré.

On pourrait aussi se souvenir “ même si ce n’est pas notre tasse de thé – de cette chanson de Sardou « Réveille, Lénine, ils sont devenus fous ! ». Il reste à  en créer la version romaine !

Le Primat des Gaules n’en rate pas une !

La toute récente affaire Evrard remet sur le devant de la scène la question de la pédophilie.

Saisissant cette triste occasion, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat de Gaules, souvent prompt à  faire flèche de tout bois, a estimé qu’on jouait, dans notre société « au pompier pyromane » et que le plus urgent était d’agir « contre la vague de pornographie que l’on voit partout ».

Loin de nous l’idée de vouloir défendre l’indéfendable. En effet, nous serions volontiers enclin à  voir en la pornographie d’abord une faute de goà»t, ce que l’étalage primaire des viandes dans une boucherie peut être par rapport à  un plat délicatement préparé.

Ensuite, nous aimerions citer ce mot si juste de Jean-François Revel, un académicien peu suspect d’être bégueule, pour qui « la sexualité est d’abord affaire de relation« . Le développement exponentiel du virtuel au détriment du réel ne saurait satisfaire les aspirations de l’homme.

Pour dire les choses franchement, il y a certainement un abîme existentiel entre une masturbation solitaire à  partir d’images glanées sur divers sites d’internet et une véritable rencontre. En outre, la violence profonde qui imprègne nombre de films pornographiques nous inspire un sentiment de profonde tristesse. Sans même parler de l’aspect hautement et sordidement mercantile.

Ceci dit, la rhétorique du cardinal nous semble peu honnête et sentir la vilaine récupération moralisatrice à  plein nez. L a structure propre d’une orientation particulière (comme peut l’être la tendance pédophile) a très peu à  voir avec le libertinage des moeurs. Son étiologie demeure en débat mais il semble acquis qu’une sexualité plus libre ou plus affamée ne favorise pas son développement. Le fait, indéniable, que des personnes soient, hélas, travaillées par une tendance compulsive à  pratiquer des actes génitaux avec des mineurs impubères, n’a pas grand chose à  voir avec la facilité avec laquelle le plus intime est dévoilé au regard du plus grand nombre, quelque indélicat que l’on puisse estimer ce relâchement de la pudeur par ailleurs.

La pédophilie est condamnable non en tant qu’elle heurterait un tabou archaïque de pureté mais en ce sens qu’elle constitue une atteinte gravissime à  la dignité de la personne humaine d’un enfant inapte au consentement libre.

Certes, en droit comme en psychologie, la notion même de consentement semble plus complexe qu’on ne pourrait l’imaginer au départ. Ceci dit, le droit pour chacun de pratiquer la sexualité de son choix, dans la mesure o๠aucune atteinte n’est porté à  autrui (ce qui est raisonnablement présumé être toujours le cas dans une relation pédophile) constitue une avancée sociétale majeure. Elle n’implique pas de la part du législateur une sorte de jugement éthique globalement positif à  l’endroit des pratiques éventuelles ou de leur présentation visuelle.

Ce que le législateur entend honorer c’est la liberté, une valeur positive à  défendre plus que jamais.

Le combat impératif et urgent contre la pédophilie ne saurait se confondre avec une croisade moralisatrice.

Sans doute, un phénomène aussi complexe revêt-il des dimensions diverses et variées. Pour autant, le droit à  la liberté d’expression ne saurait être d’emblée bafoué en raison d’une extrapolation plus que discutable du principe de précaution. Le célèbre pornographe et politicien américain (qui inspira un film célèbre à  Milos Forman) remporta un procès en Cour Suprême (1983) non point en raison d’une quelconque complaisance des juges à  l’égard de la pornographie mais pour défendre la liberté d’expression : toute menace risquant de s’étendre et de se propager.

Il y a quelque chose de très déplaisant dans cette façon récurrente du cardinal Barbarin de saisir toutes les occasions avec la frénésie d’un chien qui se jette sur un os.


Les tragédies humaines exigeraient de sa part un autre traitement. Plus de dignité et une réflexion circonstanciée et nuancée.

L’affaire des livres saccagés à  Lagrasse

Golias publie ici dans son intégralité un communiqué de l’association le Marque-Page, transmis par les éditions Verdier et concernant le saccage des livres dans le cadre du Banquet du Livre de Lagrasse. Les faits sont parfaitement expliqués et je juge utile de porter à  l’attention de tous cet article étayé afin que chacun puisse juger par lui-même. Depuis 1995, l’association Le Marque Page organise chaque été à  Lagrasse, une manifestation littéraire et philosophique, Le Banquet du Livre.

Les ateliers, rencontres et colloques se tiennent dans plusieurs lieux : école du village, salles et cour de la partie publique de l’abbaye.

En dix années, le Banquet a réuni de très nombreux écrivains, philosophes, chercheurs, journalistes, cinéastes et comédiens autour de thèmes ou d’auteurs variés : La vigne et le vin (1995), Des Plaisirs (1996), Crimes et vertus (1997), Dire la vérité (1998), L’Esprit et la Lettre (1999), Armand Gatti (2000), Michel Foucault (2001), Roland Barthes (2002), Idoles politiques, idoles des savoirs (2006).

[En 2003, le Banquet s’est tenu à  Tallahassee, Floride (à‰tats-Unis) et en 2004 à  Addis Abeba et à  Harrar (à‰thiopie)]

Pour cette édition 2007, nous avons voulu interroger l’oeuvre de l’écrivain Pascal Quignard, Prix Goncourt 2002, et plus particulièrement son dernier ouvrage, à  paraître au mois d’octobre (Flammarion), La Nuit sexuelle.

La rumeur d’Internet

Ce titre de La Nuit sexuelle a bientôt provoqué quelques commentaires. Sur des sites internet proches des catholiques traditionnalistes, le rapprochement entre le titre de la manifestation et le fait qu’une partie se déroule « dans une abbaye » a donné lieu à  toutes sortes de délires. Sur ces forums, on commentait « la provocation », tout en se donnant rendez-vous à  Lagrasse¦

Ces réactions sont malheureusement caricaturales d’un certain usage d’internet : une soi-disant information circule, reprise en boule de neige par d’autres internautes, et personne, à  aucun moment, n’en vérifie la pertinence et la véracité.

Ainsi de La Nuit sexuelle, l’ouvrage à  paraître de Pascal Quignard, autour duquel la programmation de ce Banquet 2007 a été bâtie : il aurait suffi aux agitateurs d’âmes de se renseigner pour se rendre compte que ce livre n’a rien de pornographique ou de provocateur, mais que c’est un essai savant qui interroge les représentations de l’érotisme et de la sexualité dans les arts. L’oeuvre de Pascal Quignard tout entière aurait dà» leur suggérer que nous étions là  sur un tout autre terrain : « Je n’étais pas là  la nuit o๠j’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque « l’origine ». Je cherche à  faire un pas de plus vers la source de l’effroi que les hommes ressentent quand ils songent à  ce qu’ils furent avant que leur corps projette une ombre dans ce monde. Si derrière la fascination, il y a l’image qui manque, derrière l’image qui manque, il y a encore quelque chose : la nuit. » (Pascal Quignard)

Ainsi de l’abbaye dans laquelle se déroule le Banquet. En s’informant davantage, ces guetteurs de la décadence se seraient rendu compte que la partie de « l’abbaye » dans laquelle se déroulent les rencontres est publique et laïque depuis 1789, et qu’aucune des salles ou des cours utilisées n’a jamais, à  aucun moment, été consacrée à  des fins religieuses. Il ne s’agit pas, comme on peut le voir ailleurs, d’une ancienne église ou d’une ancienne chapelle désacralisée, mais de l’ancien dortoir, du réfectoire et de la boulangerie, transformés depuis des décennies en salles de spectacles et de rencontres.

Un haut lieu de la Chrétienté

Mais les braises d’internet circulent sans conscience. Le 26 juin, le site unitas.fr (« un réseau de chrétiens engagés ») dénonce : « Sans doute furieux que l’Abbaye de Lagrasse ait récemment retrouvé sa vocation d’origine depuis l’arrivée des moines de l’Opus Mariae, l’association Marque-Page a décidé, sous l’impulsion de Pascal Quignard, de relancer après 4 ans d’interruption, le tristement célèbre Banquet du livre. Thème choisi : La Nuit sexuelle ! Ce haut lieu de la Chrétienté, fondé par Charlemagne, a été coupé en deux depuis la révolution française. Séparation qui perdure encore aujourd’hui et qui verra donc, dans la partie non occupée par les abbés, la fine fleur des esprits tordus se réunir pour célébrer, une semaine durant, cette Nuit sexuelle qu’ils imaginent sans doute porteuse de quelque puissances occultes. » Le site donne ensuite l’adresse du président du Marque Page et incite ses lecteurs à  lui écrire pour protester. Aucune lettre n’arrivera¦

Une semaine plus tard, une journaliste du Figaro, Sophie de Ravinel, « enquête » par téléphone. L’angle qu’elle a choisi pour son article, et auquel elle s’accroche malgré les dénégations des uns et des autres, est simple et clair : la polémique enfle entre les chanoines, les organisateurs du Banquet et le Conseil général, propriétaire des lieux. « Des habitants du village » seraient venus se plaindre aux chanoines du thème de la manifestation, et plus précisément du programme des projections de cinéma (le cycle de cinéma, dont le programme a été établi par Pascal Quignard, propose un choix de grands classiques du cinéma d’auteur illustrant ce thème de la représentation de la sexualité dans le septième art). La journaliste, à  qui nous expliquons plusieurs fois qu’elle fait fausse route, s’excuse en riant : « vous savez, nous les journalistes, il nous faut des histoires un peu croustillantes¦ » Le 4 aoà»t, son article paraît : « La polémique fait rage dans ce joyau du pays cathare, propriété du conseil général de l’Aude et de chanoines traditionalistes, à  l’occasion d’une manifestation littéraire organisée par le département, qui veut récupérer les lieux. »

à€ la suite de cet article de combat, cinq mails de protestation arrivent dans la boite aux lettres du Conseil Général.

à€ aucun moment les chanoines, qui occupent la partie privée de l’abbaye, et avec lesquels nous entretenons des relations cordiales, n’ont manifesté auprès de nous la moindre réserve quant à  la manifestation ou au thème de cette année.

Le vendredi 3 aoà»t à  10 heures, la grande librairie du Banquet de Lagrasse, organisée par notre partenaire Ombres Blanches à  Toulouse, ouvre ses portes, donnant le coup d’envoi de ce dixième rendez-vous. Plus de douze mille livres se répartissent entre les rayons de littérature générale, de philosophie et sciences humaines, d’histoire, de poésie ou d’ouvrages pour la jeunesse. Cette librairie, qui est depuis l’origine un des piliers du Banquet, reçoit chaque jour plus d’un millier de visiteurs.

Le samedi 4, dimanche 5, lundi 6, mardi 7 et mercredi 8 aoà»t, le Banquet se poursuit dans une atmosphère studieuse et conviviale.

Le jeudi 9 aoà»t au matin, le saccage de la librairie est découvert : dans la nuit, un ou plusieurs individus se sont introduits dans l’ancien réfectoire “ vraisemblablement par une lucarne “ et ont détruit plus de six mille livres, en répandant avec soin un mélange de gas-oil et d’huile de vidange.

Dans le village, l’émotion est immense.

Réunis à  l’abbaye, l’ensemble des participants du Banquet, écrivains, comédiens, chercheurs, se déclare unanimement pour la poursuite de la manifestation. Seules les projections de cinéma seront interrompues pendant un jour et demi, les enquêteurs interdisant l’accès à  la salle pour les besoins de l’enquête.

Toute la journée, des témoignages de solidarité affluent de France et de l’étranger, venus du monde de la littérature, du monde politique, syndical ou culturel. Le Maire de Lagrasse et le Président du Conseil Général, le sénateur Marcel Rainaud, sont présents auprès des organisateurs.

Par contre, aucun témoignage direct ne viendra de nos voisins Chanoines.

Le lendemain, les trois quotidiens régionaux font leur Une sur l’attentat : « Autodafé dans les murs de l’abbaye de Lagrasse » pour La Dépêche du Midi, « Dix mille livres saccagés à  l’abbaye de Lagrasse » pour le Midi Libre, « Dix mille livres saccagés à  Lagrasse » pour L’Indépendant.

L’enquête du Groupement de recherche de la gendarmerie de Carcassonne se poursuit dans le plus grand sérieux. De nombreux relevés d’empreintes, d’ADN ou des produits utilisés sont effectués sur les lieux de l’attentat.

Jusqu’au vendredi 10 aoà»t au soir, terme prévu de la manifestation, Le Banquet de Lagrasse se déroule normalement, et six cents personnes assistent à  la soirée de clôture, au cours de laquelle Pascal Quignard dévoile le projet de son livre, La Nuit sexuelle.

S’ouvre alors le temps des assurances. Celle des organisateurs fait savoir qu’a priori, elle ne couvre pas les actes de vandalisme. Mais elle diligente un responsable qui ouvre un dossier. Celle du libraire qu’elle ne couvre pas les dommages subis hors du magasin toulousain. Celle du Conseil Général, propriétaire des lieux, qu’elle ne couvre que les manifestations dont le Conseil Général est lui-même l’organisateur. Les 70 000 euros de dégâts évalués restent pour l’heure à  la charge de l’association organisatrice, Le Marque Page.

Jeudi 16 aoà»t, une information judiciaire est ouverte. Au même moment, sur leur site, les « chrétiens engagés » d’Unitas font paraître un communiqué : « Suite à  la parution de deux articles (l’un dans le quotidien Libération du 13 aoà»t, et l’autre dans le magazine Le Point du 16 aoà»t), l’association Unitas dément toute forme de participation aux actes de vandalisme commis dans la nuit du 8 au 9 aoà»t en réaction au festival « la Nuit sexuelle » organisé à  l’Abbaye de Lagrasse (Aude) par l’association Marque-Page. Unitas condamne de tels agissements, incompatibles avec les exigences de la foi chrétienne. »

Vendredi 17 aoà»t, la Ministre de la Culture, Christine Albanel, se déclare « profondément choquée » par l’attentat, et « très attentive à  cette affaire ». Christine Albanel se félicite de l’ouverture d’une information judiciaire et « souhaite que l’enquête permette rapidement de sanctionner les auteurs de cet acte scandaleux ».

Mercredi 22 aoà»t, les premières auditions sous commission rogatoire commencent à  Carcassonne.

Les organisateurs du Banquet de Lagrasse remercient tous ceux, très nombreux, qui, sous diverses formes, leur ont apporté leur soutien, et manifesté leur solidarité.

Le Marque Page

Aparecida : quand le Vatican censure le document final

A l’issue de la rencontre des évêques latino-américains d’Aparecida (Brésil), les membres de l’Assemblée ont voté un document final dans lequel ils entendent exprimer leurs convictions les plus profondes.

Or, entre le moment du vote et son approbation ultime par le Pape Benoît XVI, le document a été remanié. Plus précisément, le texte est passé de 573 paragraphes à  554 !

On prête ces remaniements au président et au secrétaire général du CELAM, respectivement le cardinal Francisco Errazuriz Ossa et Mgr Andrès Stanovnik. Certes, on ne prête qu’aux riches. Si tel devait être le cas, les évêques présents à  Aparecida seraient en droit de demander la démission des deux prélats incriminés.

On peut penser que les deux hommes ont en fait agi sur ordre de la Secrétairerie d’Etat.

Comme par hasard, les passages tombés aux oubliettes étaient ceux qui insistaient sur le rôle des communautés de base et s’exprimaient dans le sens de la théologie de la libération.

Outre les omissions, on peut observer des ajouts. Qui vont tous dans le sens contraire, on l’aura deviné. Ainsi, le texte, dans sa version remaniée, met-il en garde contre ceux qui  » attirés par des institutions séculières ou des idéologies radicales, perdraient leur sens ecclésial « . Il prie aussi les communautés de base de ne pas  » altérer le précieux trésor de la tradition et de l’enseignement de l’Eglise « .

Le cardinal Errazuriz, visiblement gêné, a tenté de noyer le poisson. Il a prétendu, contre toute évidence, qu’il ne s’agissait que de questions de forme et non point de fond. Face à  une polémique croissante, il continue à  prétendre qu’aucun changement n’allait contre la volonté des évêques.

Ce n’est pas, en tout cas, l’avis d’un certain nombre d’entre eux. Ainsi, Mgr Pedro Stringhini, évêque auxiliaire de Sao Paulo et président de la commission de la pastorale sociale des évêques brésiliens (qui a fort à  faire) estime-t-il « irrespectueuses » pour les membres de l’Assemblée ces altérations. Le cardinal Geraldo Agnelo, président de l’épiscopat brésilien et archevêque de San Salvador de Bahia demande même le pur et simple retour à  la version votée ce printemps. En effet, selon lui, c’est un principe : un texte voté ne saurait être trafiqué par la suite, surtout si les jeux d’accents divergent quant aux choix théologiques et pastoraux. L’archevêque d’Aparecida, Mgr Raymundo Damasceno Assis juge cependant cela improbable dans la mesure o๠le Pape a déjà  signé le texte retouché.

Interrogé sur cette affaire, le Père Ciro Benedettini, directeur adjoint de la salle de presse du Vatican prétend qu’il n’y a pas eu d’intervention du Vatican.

On se souvient qu’en 1980 était sorti un  » Dictionnaire des religions  » sous la direction du futur cardinal Paul Poupard. Un article du Père Vincent Cosmao, théologien dominicain, avait été expurgé de phrases trop favorables à  la théologie de la libération.

Parfois, au Vatican, on relit les textes avec une paire de ciseaux en mains.

Motu Proprio, partie visible de l’iceberg

Les travaux de Golias sur le motu proprio, ses aspects liturgiques, les concessions faites aux intégristes, le désarroi des clercs et des laïcs sont excellents et cette contribution s’inscrit dans la marge, la continuité, le prolongement du Manifeste.

Car cette décision n’est pas isolée, elle est proche et intriquée avec des positions récentes ou plus anciennes dont il est, à  mon sens, hautement nécessaire d’inventorier les soubassements doctrinaux et idéologiques, d’autant que leur importance est sous estimée, méconnue ou occultée.

D’o๠le titre de ce texte qui a aussi l’intérêt de faire allusion à  la glaciation de l’oecuménisme avec l’affirmation renouvelée que : « L’Eglise catholique est la seule Eglise authentique du Christ. »

Point de départ de l’investigation : le refus de l’ordination des femmes (même si certains pensent, non sans raison, que le problème est plus vaste et envisage une nouvelle approche des Ministères, des rôles des communautés, etc¦) au-delà  des ratiocinations habituelles, est liée fondamentalement, même si cela est nié, à  la conception de l’impureté foncière des femmes, séquelle, parmi tant d’autres hélas, des influences judaïques. Cette impureté est liée au sexe et s’inscrit dans l’attitude constante de persécution de la sexualité dont les résurgences majeures actuelles sont le rejet de la contraception et la diabolisation de l’avortement. Ceci mérite quelques développements.

Condamner la contraception est stupide et injustifiable. Sans doute, dans le mythe de la Genèse, l’injonction : « Croissez et multipliez-vous » face à  l’unique couple humain était la seule possible. Nous sommes des milliards.

La contraception est un droit pour tous les couples et d’abord pour la femme.

Elle est un devoir face à  la bombe démographique ce qui, évidemment, n’empêche pas de condamner la politique autoritaire de la Chine, car, comme toujours chez les communistes, sont bafoués les droits de l’homme.

La priorité des priorités écologiques est l’arrêt de la croissance exponentielle des populations. Tous les périls, à  commencer par le réchauffement climatique, sont avant tout liés à  la surpopulation.

D’après des études concordantes, c’est le Sud o๠s’entassent les populations les plus pauvres qui serait le plus touché par le réchauffement climatique. Il faut donc tout faire pour éduquer, enseigner, favoriser la diffusion des méthodes de contraception et dénoncer les campagnes d’obstruction de l’Eglise. Ainsi le 9 juin 2007, ce titre du Monde : « La gratuité de la contraception exaspère l’Eglise brésilienne » et la journaliste d’ajouter : « Réaction d’autant plus vive que le ministre de la santé a lancé le débat sur la libéralisation de l’I.V.G., toujours interdite, dont il voudrait faire un référendum.»
Pour M.Temporao et le président Lula, il s’agit d’un problème de santé publique : 1 million d’avortements clandestins serait pratiqué annuellement au Brésil et 4000 femmes mourraient.

Car la lutte contre l’avortement est le combat prioritaire. Le 14 juin 2007, le Vatican annonce qu’il ne soutiendra plus financièrement Amnesty International qui voudrait permettre l’accès à  l’avortement pour les femmes victimes de viols ou dont la santé est mise en péril par la grossesse et pire il demande aux catholiques de cesser leurs contributions. On peut suggérer aux catholiques scandalisés par l’agression vaticane de verser à  cette remarquable O.N.G. partie ou totalité des sommes qu’ils destinaient au denier de St Pierre.

Bien entendu, le Vatican, fidèle à  sa misogynie militante, ne tient aucun compte des souffrances, des détresses de ces femmes. Comment n’être pas frappé par la disproportion entre la disparition d’êtres sans conscience et les drames de centaines de millions d’êtres humains vivants, conscients, blessés, torturés, crucifiés, massacrés, tués !

L’inquantifiable douleur du Monde liée à  la violence, la haine du pouvoir qui tue, les dictateurs abominables, les exécutants heureux, tous ces conflits, toutes ces guerres, c’est là  l’immense péché du Monde, la vraie culture de mort qui règne depuis des siècles, y compris au temps de chrétienté.

Le message évangélique, c’est la difficile conversion de chacun, l’amour entre les hommes, le pardon, le partage, la lutte permanente contre la violence et les crimes permanents contre l’humanité.

L’histoire nous apprend, de l’inquisition à  l’esclavage, des croisades aux guerres de religion que l’Institution Eglise a souvent accepté, toléré, parfois béni et, pire, utilisé la violence. Ces temps ont-ils changé (ne parlons pas des paroles, des prières pour la paix, mais des actes) ? Il est vrai que Benoît XV, le pape boche, comme disait Clemenceau, a oeuvré pour la paix mais le Vatican a contribué efficacement à  l’exfiltration de criminels nazis à  la fin de la seconde guerre mondiale.

Il est vrai que Jean XXIII a eu un rôle éminent pendant la crise de Cuba, que Jean-Paul II a condamné la guerre d’Irak mais qu’il n’est intervenu ni au Rwanda, pays d’Afrique si bien christianisé, ni en Irlande o๠catholiques et protestants se sont étripés pendant des décennies.

Tout de même, au seuil du XXI° siècle quels sont les excommuniés ? Les tortionnaires, les concepteurs et fabricants d’engins de mort, les chefs de guerre, les dictateurs sanguinaires. Non.

Sont excommuniés les divorcés remariés, les femmes qui ont avorté, ceux qui les ont aidé et sont menacés les hommes politiques qui essaient de décriminaliser l’avortement. Et, dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, nous trouvons le concept aberrant et anti-évangélique de « guerre juste » de l’inévitable Augustin.

Violence et Institution Eglise : nous sommes au coeur du problème majeur. Certes nous savons que la violence est innée en l’homme, qu’elle est à  l’origine des religions : « Le sacré, c’est la violence ».

Mais les religions issues du Christ ne devraient-elles pas être totalement différentes ? Comment comprendre cette énigme ? La meilleure réponse est celle de René Girard dans « Des choses cachées depuis la fondation du Monde » qui a bien montré le lien entre la conception sacrificielle de la mort du Christ et le gisement de violence de la religion d’Amour.

Deux citations : «¦ vous comprenez déjà  que cette lecture sacrificielle de la passion, dans la perspective qui est la nôtre, doit être critiquée et révélée comme le malentendu le plus paradoxal et le plus colossal de toute l’histoire, le plus révélateur, en même temps de l’impuissance radicale de l’humanité, à  comprendre sa propre violence, même quand celle-ci lui est signifiée de la façon la plus explicite »

et :

« On peut montrer, je pense, que le caractère persécuteur du christianisme historique est lié à  la définition sacrificielle de la passion et de la rédemption. Tous les aspects de la lecture sacrificielle sont solidaires les uns des autres. Le fait de ré-injecter de la violence dans la divinité ne peut pas rester sans conséquence sur l’ensemble du système ¦ »

Le Christ n’est pas mort pour nos péchés mais par nos péchés. Cette assertion est en désaccord avec l’enseignement traditionnel tel qu’il est rappelé dans le Catéchisme de l’Eglise catholique : « Ce sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices. Il est un don de Dieu le Père lui-même : c’est le Père qui livre son Fils pour nous réconcilier avec Lui. Il est en même temps offrande du Fils de Dieu fait homme qui, librement et par amour, offre sa vie à  son Père par l’Esprit-Saint, pour réparer notre désobéissance ». L’affirmation que Jésus est mort pour la « satisfaction » de son Père outragé par le péché d’origine (très bien résumé dans le Minuit chrétien des Noà«ls de notre enfance) et permettre, par ce sacrifice suprême, à  l’humanité de se réconcilier avec Lui renvoie à  une insoutenable image d’un Dieu violent, cruel, vindicatif, impardonnant, avide de souffrance humaine car, dans cette conception, la douleur humaine doit s’unir à  celle du Christ pour notre salut, bref un Dieu proche des dieux des religions archaïques o๠les sacrifices humains étaient la nourriture préférée du divin.

Evidemment les conséquences du refus de considérer la mort du Christ comme un sacrifice sont prodigieuses et créent un séisme majeur dans les constructions dogmatiques du Péché originel, de l’Incarnation et de la Rédemption. Et l’importance du sacrificiel est totalement méconnue par la plupart des catholiques et je suis persuadé qu’il y a un clivage fondamental entre ceux qui adhérent à  cette conception, le plus souvent sans y avoir réfléchi, et ceux qui la refusent, cette opposition se retrouvant entre les zélateurs du St Sacrifice de la messe et ceux pour qui elle est ou devrait être le repas eucharistique de la communauté. Il est bien évident que le Motu Proprio renforce la thèse sacrificielle.

Le prêtre, tournant le dos au peuple, prononce les paroles sacrées du sacrifice. C’est la messe de St Pie V. Qui était St Pie V ? Michel Ghislieri, dominicain austère, inquisiteur fanatique, fut élu pape en 1566. Il écrivit à  Philippe II, à  propos des hérétiques : « Pas de pitié ! Pas de réconciliations ! Exterminez ceux qui se soumettent tout autant que ceux qui résistent. Poursuivez-les à  outrance, tuez, brà»lez, mettez tout à  feu et à  sang pour que soit vengé le Seigneur ». Et à  Catherine de Médicis en 1569 (le massacre de la Saint-Barthélemy est le 25/8/1572, le pape était Grégoire XIII : « Il ne faut épargner d’aucune manière, ni sous aucun prétexte, les ennemis de Dieu. Ce n’est que par la destruction totale des hérétiques que le roi pourra rendre à  ce noble royaume le respect dà¹ à  la religion catholique ». Est-ce ces propos d’incitation au meurtre qui lui ont valu d’être canonisé en 1712 ?

Bien entendu, la violence inter individuelle n’est presque rien à  côté de celle qui se déploie en société et qui est liée au pouvoir. Et le pouvoir renvoie à  l’infernale obéissance.

Je partage le point de vue de Cardonnel qui écrit (Dieu est mort en Jésus- Christ) : « Je vois que tout le mal, absolument tout le mal vient de l’obéissance ». Car ni Staline, ni Hitler, ni Pol Pot ni hélas bien d’autres n’ont pas tué eux-mêmes des millions d’êtres humains, il a fallu pour réaliser cette industrie totalitaire de terreur et de mort des centaines de milliers de meurtriers complices obéissants.

Mais même quand il n’engendre pas ces tragédies, le pouvoir pose problème. Nous considérerons celui qui s’exerce dans l’Institution Eglise.

Pourquoi l’Eglise est-elle une Institution semblable aux autres o๠règne un pouvoir disséminé dans les paroisses, les diocèses, les communautés religieuses etc¦ et pouvoir suprême : celui de la papauté dont il n’est pas inutile de rappeler qu’il est étayé par deux faux en écriture : la donation de Constantin pour le pouvoir temporel et les décrétales du pseudo-Isidore pour le pouvoir spirituel. O๠se situe le point de départ de cette situation qui m’apparaît comme l’une des racines majeures de la perversion chrétienne. Je pense qu’elle s’installe dès l’origine et qu’elle est issue du refus ou de l’occultation ou de l’incompréhension (comment en décider ?) de la dénonciation du pouvoir par le Christ et de l’obligation de l’obéissance formulée par les Apôtres

Par ses paroles et par ses actes, le Christ a dénoncé le pouvoir.

Les tentations du Christ ne sont pas de nature sexuelle mais portent sur le pouvoir, ce qui indique bien qu’il est l’obstacle majeur sur le chemin de la conversion.

Le Christ refuse un messianisme de puissance : « Alors il enjoignait aux disciples de ne dire à  personne qu’il était le Christ ». (Mt 16 20)

Jésus donne comme modèle l’enfant : « A ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus et dirent : « Qui est le plus grand dans le Royaume des cieux ? » Il appela à  lui un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : « En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à  l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (Mt 18 1/4)

Est-ce parce que l’enfant est symbole d’innocence ? Pieuse sottise. L’enfant, pervers polymorphe disait Freud, n’est pas innocent, il suffit d’observer. Dans la société juive du temps de Jésus, l’enfant n’était pas, comme dans nos sociétés occidentales, un petit roi, il n’était rien, il était au rang des exclus. Le mineur était exactement ceci : dépendant, sans pouvoir. C’est pourquoi il pouvait entrer dans le Royaume.

Jésus réagit à  l’ambition de ses disciples d’une manière opposée à  leur espoir de pouvoir : « Il y eut une contestation parmi eux : qui d’entre eux semblait être le plus grand ? Il leur dit : « les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs. Pour vous il n’en est pas ainsi ; mais que le plus grand parmi vous devienne comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand, celui qui est à  table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à  table ? Et moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert » ; (Luc 22 24/28). Des textes très proches en Matthieu (20 24/28) et en Marc (9 33/36 et 10 42/45).

Le lavement des pieds. Ici encore reportons-nous au temps de Jésus. Le lavement des pieds n’avait rien à  voir avec le rite du jeudi saint quand le prêtre verse de l’eau sur des pieds bien propres, mais il était un geste humiliant qui ne pouvait pas être demandé par le maître à  l’esclave juif mais seulement à  l’esclave païen et à  sa femme. D’o๠la violente réaction de Pierre : « Non tu ne me laveras pas les pieds, jamais » et la réponse du Christ : « Si moi, je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns et les autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous ». (Jn 13 13/15)

La dénonciation du pouvoir religieux. Dans la longue diatribe du Christ en Matthieu 23, retenons : « ¦Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à  remuer du doigt¦ Pour vous ne vous faites pas appeler Rabbi, car vous n’avez qu’un Maître, et tous vous êtes frères. N’appelez personne votre Père sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste. Ne vous faites pas appeler Directeurs : car vous n’avez qu’un Directeur le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé ». Difficile de comprendre l’appétence des papes et de la hiérarchie cléricale pour les titres ampoulés : Souverain pontife, Sa Sainteté, Son Eminence, Monseigneur, Révérendissime Père etc¦

Face à  cette « méconnaissance » de la dénonciation du pouvoir par le Christ nous trouvons le pire : la promotion inconditionnelle de l’obéissance.

« Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à  l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. » (Rm 13 1/2) « Rappelle à  tous qu’il faut être soumis aux magistrats et aux autorités, pratiquer l’obéissance, être prêt à  toute bonne oeuvre. » (Tt 3 1) Dans le texte de l’épître aux Hébreux concernant le sacerdoce du Christ, nous lisons : « ¦tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel, puisqu’il est salué par Dieu du titre de grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech ». Et Pierre, dans sa première épître : « Soyez soumis, à  cause du Seigneur, à  toute institution humaine ; soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien. » (2 13/14).

Ces textes qui étaient peut-être circonstanciels et qui ne devaient être lus qu’en fonction de l’époque (comme : « esclave ne t’en soucie pas » ou les propos misogynes de Paul) ont été fondateurs. Ils ont permis la sacralisation aberrante de la monarchie qui a duré des siècles puisque, même en 1832, Grégoire XVI écrivait dans l’encyclique « Mirari vos » : « Les lois divines et humaines s’élèvent donc contre ceux qui s’efforcent d’ébranler, par des trames honteuses de révolte et de sédition, la fidélité due aux princes et de les précipiter du trône ». Cette attitude a perduré et permet de comprendre la position des évêques allemands face à  Hitler et de l’épiscopat français face à  Pétain. Mais bien entendu, dans l’Eglise, obéir est plus qu’une obligation, elle est un moyen de sanctification. Et le pouvoir du pape se dit primauté, obstacle majeur dans les rapports avec nos frères séparés, surtout les orthodoxes, et la soumission, comme le note P.Janin, communion avec le Siège de Rome.

Et nous retrouvons le Motu Proprio., décision personnelle du pape, exemple de son pouvoir sans partage.

Tout le monde sait les réticences et les interventions d’évêques français, sans résultats tangibles. La collégialité tant prônée à  Vatican II et qui devait, parait-il, être remise en vigueur par Benoît XVI, après l’autoritarisme de Jean-Paul II, a été bafouée. Il faut aussi noter la pauvreté des réactions critiques en dehors de laïcs, de jeunes prêtres et des anciens attachés à  Vatican II, d’un évêque italien qui a parlé d’un jour de deuil. Dans la hiérarchie, ceux qui étaient en désaccord se sont tus ou le plus souvent se sont alignés au prix de quelques acrobaties verbales. La papôlatrie régnante n’a pas été ébréchée. Le premier fondement de cette papôlatrie est une propagande permanente avec la volonté d’affirmer, en toutes circonstances, la prééminence du pape et son invincible pouvoir.

Vatican I est l’illustration tragique de la suprématie du pape sur le Concile. En second lieu, il faut rappeler l’ignorance ou la méconnaissance, par la plupart des catholiques, des erreurs, des dysfonctionnements, des actes anti-évangéliques au cours de la longue histoire de la papauté, période contemporaine comprise. Ce devrait être sujet de repentance qui remplacerait avantageusement les efforts déployés pour béatifier sans cesse des papes. Cette repentance ne devrait pas être ressassement stérile du passé mais le point de départ de changements majeurs et d’innovations décisives.

Seule une rupture radicale substituant notamment une humble primauté de service à  l’écrasante primauté de pouvoir ouvrirait l’avenir improbable.

Le chantier est immense, il a de quoi effrayer. Pour se donner du courage, s’il était besoin, je propose deux textes à  lire, relire et méditer.

Le premier est extrait des Mémoires de Hans Kung qui n’en est pas l’auteur :

« C’est un scandale secondaire, causé par l’Eglise elle-même et donc coupable, lorsqu’on défend, sous prétexte de défendre des droits divins, seulement une certaine situation sociale et les positions de pouvoir qu’on a gagnées.

C’est un scandale secondaire, causé par l’Eglise elle-même et donc coupable, lorsque, sous prétexte de protéger le caractère immuable de la foi, on ne défend que sa propre attitude dépassée.

C’est un scandale secondaire, causé par l’Eglise et donc coupable, lorsque, sous prétexte de protéger l’ensemble de la vérité, on perpétue des opinions d’école qui se sont imposés, à  une certaine époque, comme allant de soi, mais qui, depuis longtemps, ont besoin d’être révisés et d’être à  nouveau réfléchies en fonction des exigences des origines.

Ce qui est dangereux, c’est que ce scandale secondaire est toujours à  nouveau assimilé au scandale véritable (de l’Evangile même) le rendant ainsi inaccessible et cachant l’exigence spécifiquement chrétienne et sa difficulté derrière les prétentions de ses messagers ».

Texte admirable auquel je souscris avec enthousiasme qui définit sans ambiguïté les difficultés majeures et cible l’essentiel : l’Eglise sans laquelle nous ne connaîtrions pas le message évangélique peut être obstacle à  sa diffusion. Quel est l’auteur de ce texte de 1969 ? Le conseiller théologique du cardinal Frings à  Vatican II : Joseph Ratzinger.

Dans la « Quatrième Hypothèse » dont le sous titre est : « Sur l’avenir du christianisme » Maurice Bellet écrit :

« Le christianisme va-t-il mourir ?

Si par christianisme vous entendez les idéologies qu’a connues l’âge moderne, alors sa fin est en effet possible ; certains ajouteront souhaitable.

Si par christianisme, vous entendez l’Evangile comme Evangile, dans sa dimension encore inouïe, alors nous en sommes peut-être à  peine au commencement. »

Procès du Christ annulé ?

Un groupuscule religieux du Kenya, Les Amis de Jésus (FOJ), a demandé lundi à  la Haute Cour de Nairobi de déclarer « nulle et non avenue » la condamnation à  mort de Jésus-Christ, et sa crucifixion « illégale ».

La requête soulève nombre de questions, et d’abord celles de la compétence du tribunal, de la prescription, de l’identification des parties lésées, de la recevabilité des plaintes…

Les FOJ veulent obtenir de la Cour qu’elle déclare le procès de Jésus nul et non avenu (…)  » parce que le tribunal qui l’a condamné n’était pas correctement constitué, parce que les accusateurs ont violé la loi de l’époque, et parce que le procès était truqué.  »

 » Selon la Loi de Moïse, rapportée par la Bible dans les Livres de l’Exode, du Lévitique et du Deutéronome, si un homme blasphème contre le Saint Esprit, il doit être lapidé à  mort, et il en va de même selon la Torah, la Loi juive « , précisent-ils.

La crucifixion était prévue, dans la Loi romaine en vigueur à  l’époque, pour les crimes de vol, trahison, viol et outrage à  l’Empereur, a-t-il souligné.

Des juristes kenyans qui se sont penchés sur le dossier ont conclu à  la légitimité de la plainte des FOJ, sans pour autant admettre la compétence des tribunaux du pays.  » Et même s’ils étaient compétents, il y a prescription « , a tranché l’un d’entre eux.

Les FOJ persistent cependant: les tribunaux kenyans sont bien compétents car le système judiciaire du pays est basé sur la Bible, ou le Coran, les livres sacrés devant lesquels prêtent serment le président, les ministres ou toute personne citée devant un tribunal kenyan.

EAU BENITE CONFISQUEE.

Les pèlerins du vol inaugural Rome-Lourdes de la compagnie affrétée par le Vatican ont eu la désagréable surprise de se faire confisquer leur eau bénite par les douaniers français en vertu des normes sur le transport des liquides en cabine.

La réputation miraculeuse de l’eau du sanctuaire marial français n’a pas fait fléchir les agents de sécurité de l’aéroport de Tarbes , proche de Lourdes , qui ont confisqué tous les flacons de contenance supérieure à  100 ml, en vertu des normes anti-terroristes appliquées depuis l’été dernier en Europe.

Un des passagers du vol qui avait quitté Rome lundi, a préféré boire tout le contenu de sa précieuse bouteille plutôt que de l’abandonner aux douaniers, a rapporté Il Corriere della Sera.

La compagnie aérienne italienne Mistral Air appartenant aux Postes italiennes a signé un accord pour une durée de 5 ans avec l’OEuvre romaine des pèlerinages (ORP), un organisme du Saint-Siège, pour assurer des liaisons charter vers des lieux de pèlerinage.

Après le sanctuaire marial de Lourdes , première destination choisie par les organisateurs, d’autres lieux de pèlerinage devraient suivre en 2008, avec notamment Fatima au Portugal, Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne ou encore le sanctuaire de la Vierge de Guadalupe au Mexique.

Un des objectifs de la compagnie est aussi de créer « une atmosphère », grâce par exemple aux messages «  Je cherche ton visage, Seigneur !  » brodés sur les appuie-tête dans l’avion.

POLOGNE : RADIO MARYJA


POURRAIT BENEFICIER DE FONDS EUROPEENS

Le ministère du développement régional, qui gère les fonds européens, a confirmé que la station polonaise, connue pour ses positions anti européennes et ses dérives antisémites, a été retenue par le gouvernement pour recevoir 15,3millions d’euros afin de développer son école de journalisme. Selon la Commission européenne, aucune décision n’a été prise.

`ll faut pouvoir tricher plus… pour gagner plus` !

On se souvient ( comment l’oublier ? ) de cet parole, ô combien forte ! qui a marqué la dernière campagne présidentielle : « Il faut pouvoir travailler plus pour gagner plus ».

Mais on vient d’en découvrir une variante : « Il faut pouvoir tricher plus pour gagner plus ».

En effet, on apprend en ce milieu de période de vacances que « plus d’un quart des hôtels, cafés et restaurants fraudent l’Urssaf en faisant travailler des salariés non déclarés ¦selon les résultats des contrôles réalisés en France à  l’été 2005. Sur près de 2.400 établissements 25,5 % étaient en infraction¦ Et près d’un salarié sur dix était employé au noir, indique le bilan 2006 de la lutte contre le travail illégal ».

Tout commentaire s’avère superflu ! On attend là -dessus les commentaires de madame la ministre de l’Economie et des Finances dont les prises de position suscitent réserves et commentaires même chez ses amis politiques.

Que trouvera-t-elle pour expliquer une telle pratique, elle qui sait preuve d’un vrai talent de pédagogue. N’a-t-elle pas expliqué récemment aux députés tout le bien-fondé de la réforme des droits de succession en prenant comme exemple « un couple marié avec deux enfants disposant d’un bien immobilier de¦800.000 euros ! Soit moins de 2% de la société française ».

ENCORE LE DEFICIT DE LA « Sécu »

Un médecin de Champigny, sans aucun doute un de ces doux rêveurs si loin de ces pragmatiques comme notre Président, ose écrire (dans Marianne, courrier des lecteurs) « Remède au trou de la Sécu : remboursements de la Sécurité Sociale en fonction des revenus, faibles pour les gros salaires, élevés pour les petits ? Ce ne serait que « justice sociale » et facile à  mettre en oeuvre au vu des feuilles d’impôts ».

C’est peut-être aller un peu vite en besogne mais il est vrai que c’est assez décoiffant. Mais au fait, d’autres pistes sont, sans doute, à  explorer si ce n’est qu’il y a quelque part dans les principes de la comptabilité publique quelques vieilles règles dont celle qui s’oppose à  l’affectation directe de recettes fiscales. Mais peut-être n’est-il pas impossible de changer de telles règles au vu des perspectives de changement que nous a annoncées notre Président. Prenons le cas de l’automobile : quelle est, dans le déficit de la Sécurité Sociale, la part imputable aux accidents de la route ? Les recettes liées à  l’usage de l’automobile “ la fameuse TIPP “ ne devrait-elle pas, pour une part, contribuer à  la couverture du déficit. Ce ne serait que justice.

A partir de là , de nouvelles voies sont ouvertes comme celle qui prendrait en compte le taux d’absentéisme dans les entreprises dont on sait bien qu’il est directement lié à  « l’ambiance » au travail. Et la liste pourrait être relativement longue de la « mal-bouffe » au tabac, de l’alcool ¦ au culte effréné du roi-fric (ô profit, que de crimes ne commet-on pas en ton nom !) Est-il vraiment impossible d’appliquer en matière de santé la règle environnementale du « pollueurs-payeurs » ?

UN CAPITALISME PRIS DE Dà‰LIRE.

Mao a de quoi se retourner dans sa tombe !

La Chine vit aujourd’hui sous un régime étonnant qui mêle autoritarisme à  relents dictatoriaux et capitalisme débridé dans une atmosphère proprement schizophrène ( sans parler des problèmes récurrents de prévarication !). Certain produits de l’industrie chinoise viennent encore de défrayer la chronique. Des jouets aux composants hors normes vient d’être retirés par centaines de milliers tandis qu’en Nouvelle Zélande ce sont des produits textiles qui se sont révélés dangereux et qu’en Grande Bretagne on a découvert que des bijoux pour enfants contenaient du plomb à  un niveau « potentiellement mortel ».

Il n’y a pas de fatalité en la matière et rien ne prouve que l’industrie chinoise aurait une impossibilité « congénitale » qui l’empêcherait de respecter les normes internationales.

Mais il est vrai que dans ce monde qui s’est construit en quelques années dans l’ancien Empire du Milieu, une perte complète de repères et une course folle au profit maximum ont conduit à  des désastres immenses dont des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, ont fait les frais.