L’hérésie charismatique Golias n° 114

Nos enquêtes sur la communauté charismatique des Béatitudes (cf. Golias n°112 et le livre « Les marchands d’âmes » aux éditions Golias) nous ont conduits à  alerter l’opinion publique et les responsables ecclésiastiques catholiques sur les thérapies dites « psychospirituelles » élaborées et pratiquées par cette mouvance qui étend désormais ses tentacules au centre même de la communion ecclésiale.

Toutefois, la communauté des Béatitudes, initiatrice de ces pratiques, n’est plus la seule sur ce « marché ».

D’autres communautés charismatiques les intègrent aussi dans leur cursus d’initiation spirituelle comme le prouvent de nombreux témoignages que nous avons pu recueillir.

Retour de la Messe en latin: vade retro Vatican II

Le pape a donc décidé, après plusieurs mois de réflexion, de promulguer son motu proprio, un document pour la « libéralisation » de la liturgie romaine.

Le contenu du document concerne la « libéralisation » totale du rite tridentin – selon les rubriques de 1962 – le mettant sur le même plan que le rite conciliaire (« protestant » pour les traditionalistes) : la « nouvelle » liturgie sera définie « rite ordinaire » alors que celle traditionaliste sera définie « rite extraordinaire », sans aucune limitation par quelque prêtre catholique que ce soit.

Dans le décret (déjà  signé par Benoît XVI en septembre dernier mais en attente à  cause notamment du «trouble» des évêques de France), le pape exprime – entre autres – le désir que les églises principales célèbrent au moins une messe tridentine dominicale.

Une décision d’importance donc qui confirme que la réintégration des disciples « historiques » de Mgr Lefebvre (les abbés Laguérie et Aulagnier dans le cadre de l’Institut du Bon Pasteur) n’est que le signe avant coureur d’un ralliement général à  venir de l’ensemble de la famille intégriste. Le cardinal Castrillon de Hoyos qui a en charge le dossier des négociations avec la Fraternité St Pie X ne vient-il pas de rappeler que les discussions continuent et qu’il espère les voir déboucher à  moyen terme sur un véritable accord.

Mais au fait quel est le diagnostic des tenants d’un retour à  la liturgie ancienne ? La volonté restauratrice dans le domaine liturgique s’appuie en réalité sur la conviction que le déclin de la pratique et la poussée de sécularisme tiendraient en bonne part, sinon essentiellement, à  la mutation trop rapide, pour certains, une œdévastation, de la liturgie catholique. Cette thèse a été amplement développée, même si c’est avec des variantes considérables, à  la fois par les intégristes de Mgr Lefebvre, par des liturgistes comme Mgr Klaus Gamber (dont le cardinal Ratzinger a été proche de certains points de vue) et par certains représentants du catholicisme le plus conservateur, comme jadis le cardinal Giuseppe Siri.

Les traditionalistes espèrent donc qu’une restauration conservatrice en liturgie suscitera l’effet inverse. Les gens retrouvant le chemin de leur paroisse, ils misent sur la force d’attraction d’une sacralité à  l’ancienne.
A notre avis, il y a là  une grave erreur de perspective. Sans doute, la mutation interne de l’Eglise et surtout du culte a pu surprendre et troubler. On connaît la réaction du Président Georges Pompidou qui déplorait cette évolution. Mais le maintien figé d’une liturgie d’un autre âge aurait accéléré encore, plus globalement, le processus de sécularisation.

Quel que soit le jugement porté sur la réforme liturgique au plan esthétique ou historique, force est de constater qu’elle aura certainement limité l’hémorragie. En effet, comme se plaît à  le souligner le cérémoniaire (en sursis) du Pape, Mgr Piero Marini, sans cette réforme les grandes messes très populaires de Jean Paul II, surtout hors de Rome, n’auraient pas été possibles.

Remplacer Madonna par Chopin dans des discothèques contribuerait plus à  les vider qu’à  les remplir. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne puisse pas et ne doive pas y avoir aussi des salles de concerts. Néanmoins, une liturgie élitiste (en latin) ne mobiliserait pas un nombre important de fidèles et en revanche en ferait fuir beaucoup d’autres.
De plus, les partisans d’une restauration liturgique semblent ignorer ce que des spécialistes comme Dom Nocent, Mgr Martimort, Dom Vaggagini, Mgr Magrassi et même un historien du culte aussi peu suspect de progressisme que Dom Oury, moine de Solesmes, n’ont cessé d’établir : la messe actuelle est plus authentiquement traditionnelle que l’ancienne.

Enfin, et nous touchons là  le point fondamental, névralgique il est vrai, la cause de la baisse de la pratique tient d’abord à  une évolution de la société et des moeurs, au fond quelle que soit la liturgie en vigueur. Célébrer en français n’a certainement pas endigué un déclin de la pratique qui correspondait finalement au passage d’un monde à  un autre. Revenir aujourd’hui à  une liturgie confinée et incompréhensible ne ferait en revanche qu’accélérer un processus plus large, plus englobant.

Au fond, nos critiques acharnés de la réforme liturgique n’ont semble-t-il pas vu que l’Eglise vivait dans une époque donnée et ne pouvait en faire abstraction. A moins de préférer devenir une réserve de personnages anachroniques, un conservatoire de pierres tombales en marbre, tentations qu’en deux mille ans de christianisme l’Eglise aura toujours surmontée.

Vivre de et par « l’Eglise »

8 juillet 14ème dimanche ordinaire Isaïe Chapitre 66, 10-14

Les disciples se sont mis à  agir au nom de Jésus¦ Ils reviennent tout joyeux de leur première mission particulièrement réussie. Ils racontent¦ « même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom ». Jésus leur répond : « ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez- vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux ».

Les exilés sont revenus de Babylone ; le culte du Temple reconstruit, a repris. Un disciple d’Isaïe achève l’oeuvre du Prophète pour critiquer les pratiques sacrificielles alors que le Seigneur n’est pas vraiment écouté et suivi (début du chapitre 66 à  ne pas oublier pour la compréhension de cette Première Lecture). Jérusalem est comparée à  une mère nourricière ; vers elle toutes les nations et toutes les langues sont appelées à  converger pour célébrer la gloire de Dieu (l’extrait de ce dimanche et d’un autre qui sera commenté durant cet été¦).

Les 72 disciples se sont mis en route¦ Iront-ils jusqu’à  la Passion ? Ils ont rejoint l’Eglise, ils ont mis en oeuvre les actes et « pouvoirs » de Jésus et déjà  ils sont « inscrits dans le cieux ». Mais vivent-ils la vraie religion, telle que rapportée dans la suite de Luc : l’Evangile révélé aux tout-petits, l’amour de Dieu et du prochain, l’attitude du bon samaritain ?¦ Sont-ils Marthe ou Marie (Luc 10, 38-42) ?

Avant eux les exilés les plus fervents avaient pris le chemin du retour, restauré le Temple. A présent ils vivent la religion par le rétablissement des pratiques cultuelles¦ Les certitudes acquises et l’habitude les gagnent (début du chapitre 66) : ils n’ont pas compris que la Restauration du Temple et de son Culte n’était pas une fin en soi. Oui nous sommes invités à  rejoindre la nouvelle Jérusalem (qui est d’ailleurs en même temps l’ancienne¦) mais la réalisation des théories ainsi que les obligations cultuelles sont secondaires par rapport à  une adhésion profonde à  la prière, à  l’adoration, à  la reconnaissance, à  l’amour de Dieu et de nos frères sans exclusion du « pauvre et de l’humilié » (66, 2).

Tout cela nous le savons¦ Reste l’ascèse de se laisser gagner et imprégner, de laisser le « sein consolateur » nous allaiter, de vivre la Foi, l’Espérance et la Charité d’abord de l’intérieur, en et par l’Eglise, comme nouvelle Jérusalem.

Entrer dans une église encore ouverte, s’extraire des occupations professionnelles, sociales, familiales¦ interno-médiatiques¦ rejoindre les générations de celles et ceux qui se sont tournés et se tournent vers le Seigneur¦ L’église est vide mais pourtant pleine de la prière d’autres femmes et d’autres hommes. La consolation nous gagne par le caractère sacré du lieu. Comme l’herbe nouvelle, nos membres sont rajeunis¦ les vacances estivales sont déjà  bénéfiques. Demain nous pourrons reprendre la « mission » des 72 qui est aussi la notre.

L’église de notre commune, et celle de nos vacances sont fermées¦ Mais, alors est-ce que ce n’est pas cela le véritable défi que l’Eglise d’aujourd’hui nous lance, comment faire vivre toutes nos chapelles et églises de villages, localement : avec des prêtres certainement, mais d’abord avec des fidèles¦ qui donneront « vie » à  la relève des prêtres¦

Sarko: le Président qui murmure à  l’oreille du Pape

Il n’est pas habituel qu’un chef d’ Etat réponde de façon détaillée et substantielle à  un message de félicitations du Pape, en réalité de pure forme.

Elu à  la présidence de la République en mai dernier, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué de recevoir les compliments du Saint-Siège à  cette occasion.

Sa réponse à  Benoît XVI ne se limite point à  quelques banalités protocolaires. Sa lettre, longue et stratégiquement bien élaborée se veut un clin d’oeil encourageant au Pontife Romain. Comme un premier gage donné du rapprochement désiré entre l’Eglise catholique et l’Etat français.

Le Pape Benoît XVI en a été enchanté. Le message passé cinq sur cinq. Joseph Ratzinger s’est d’ailleurs réjoui devant l’archevêque orthodoxe Chrysostomos II de Chypre de cette nouvelle attitude française, à  des années lumières de la froideur habituelle des autorités de ce pays laïc.

La journaliste détachée à  Rome par le quotidien catholique « La Croix », Isabelle de Gaulmyn, tient à  souligner que « ce nouveau climat de la part du pays responsable, aux yeux du Vatican, de la suppression de la mention des ˜racines chrétiennes de l’Europe’ dans le débat sur la Constitution européenne est donc bien accueilli à  Rome. Déjà , l’entretien accordé par Nicolas Sarkozy, alors candidat, à  l’hebdomadaire ˜Famille chrétienne’ o๠il affirmait notamment que le christianisme « participe de manière essentielle à  l’identité nationale » avait été lu ici avec intérêt ».

Cette lettre n’évoque pourtant pas une mention éventuelles des racines chrétiennes de l’Europe dans le » Traité simplifié » de l’Union. En revanche, même si rien n’a été dit ou écrit récemment à  ce sujet, le contenu de l’article 52 de l’ancien projet (refusé en France par referendum) devrait être maintenu. Il reconnaissait le principe d’un dialogue institutionnel entre les Eglises et les instances européennes. Certes moins marquant d’un point de vue symbolique que l’eà»t été une reconnaissance des racines chrétiennes, cet article est dans les faits beaucoup plus décisif pour que l’Eglise continue à  exercer son influence.

Benoît XVI se serait montré sensible à  la sollicitude de Nicolas Sarkozy à  l’endroit des minorités chrétiennes persécutées.

Le Pape devrait se rendre en France à  l’automne 2008 pour le 150e anniversaire des apparitions de Lourdes. A cette occasion, il devrait rencontrer le président Sarkozy et échanger avec lui.

Suite au second tour des présidentielles, le cardinal français de Curie Jean-Louis Tauran se disait publiquement satisfait du résultat en raison de « la position extraordinairement ouverte de M. Sarkozy sur le thème des religions ». Mgr Tauran fut pendant une dizaine d’années secrétaire pour les relations avec les Etats, autrement dit « ministre des affaires étrangères » du Saint Siège.

A présent, c’est l’actuel Secrétaire d’Etat lui-même qui prend le relais. Le cardinal Tarcisio Bertone s’est félicité mercredi 20 juin de l’attitude politique de Nicolas Sarkozy. « Nicolas Sarkozy s’est déplacé un peu partout en Europe, et je vois que la France aussi est en train de changer ses orientations et ses positions sur ce thème (¦) C’est une bonne chose car une saine laïcité peut aussi être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de sa propre identité chrétienne ».

Avant même la venue de Benoît XVI dans l’hexagone, une visite du Président français au Pontife Romain serait envisagée. L’actuel bras du cardinal Bertone, le secrétaire pour les relations avec les Etats, Mgr Dominique Mamberti est français (corse).

Les catholiques de la droite la plus marquée, espèrent aussi un tel rapprochement ; plus encore, une influence retrouvée de l’Eglise catholique dans la vie politique française. Thierry Boutet, le lesader du courant « liberté politique » s’exprime en ces termes : « quant aux chrétiens que nous sommes, quel que soit le parti ou la sensibilité politique dans lesquels nous pouvons nous retrouver, s’ouvre pour nous un espace politique dont il serait absurde de ne pas profiter. Le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy« Tout devient possible » ” doit être aussi vrai pour nous ».

Passez le permis avec le Pape!

On croit rêver : Le Vatican vient d’enfoncer des portes ouvertes et non des moindres : à  coup sà»r, pour le moins, celle d’un hangar pour l’Airbus 380 !

Qu’on en juge :

quelque plumitif en mal de copie vient de publier à  la veille des vacances un document sur la voiture ou plutôt sur les dérives dangereuses dont elle est l’occasion. Sur le fond, on ne saurait le contredire : c’est vrai que cet outil, la meilleure et la pire des choses comme la langue d’Esope, est le lieu privilégié o๠se manifeste  » la puissance, la violence, l’égoïsme et (finalement) l’homicide ». On peut à  loisir établir le catalogue d’une série de conduite dangereusement déviantes que d’aucun seraient prêts en invoquant une conception dévoyée de la liberté.

Mais quel besoin « le Vatican » avait-il besoin de s’aventurer sur un terrain qui n’est pas le sien. Appeler au respect de l’autre, à  la maîtrise de soi, mais gloser sur  » la conduites inconsidérées des motos et des mobylettes  » et rappeler  » la nécessité d’un contrôle technique régulier du véhicule  » relève d’une conception bien particulière de l’annonce de la Parole.

On connaît, hélas, la tendance qui s’est manifestée en d’autres domaines de vouloir tout régenter, y compris les domaines « techniques ». On se souvient des théories plus ou moins farfelues échafaudées par quelque bureaux ¦ pontificaux pour tenter d’accommoder une certaine forme de contraception avec des théories fumeuses (et dangereuses) sur les moyens naturels, de la méthode Ogino à  celle , pardonnez-nous, des  » glaires « .

A vouloir tout régenter, à  vouloir concilier ce qui est parfois difficilement inconciliable, on s’enlise littéralement et on se couvre de ridicule. Apparemment, l’article d’Henri Tincq dans le Monde du 22 juin, s’appuie sur les prescription romaines : » Ils vont jusqu’à  rappeler la nécessité d’un contrôle régulier du véhicule, et suggèrent que « celui qui connaît Jésus-Christ » roule avec prudence. Qu’il ne pense pas qu’à  lui et ne soit pas pressé d’arriver. Après avoir serré sa ceinture, qu’il fasse le signe de croix et, pendant le voyage, récite son chapelet.  » Passe pour le signe de croix ! Mais réciter son chapelet en conduisant nous paraît tout aussi dangereux que de téléphoner quand on est au volant. Allons, mes pères, un peu de logique et de bon sens ! Un peu de respect pour vos frères chrétiens qui ne sont pas si c¦ que vous semblez le croire.

Et surtout, à  parler à  tout instant sur tout et finalement sur rien ne gaspillez pas le peu de crédit qui peut encore vous rester.

Mais parfois la bêtise le dispute à  l’odieux. Inviter les pouvoirs publics  » à  prendre en compte le drame des enfants de la rue  » (estimés à  100 millions dans le monde) relève à  coup sà»r d’un illogisme inquiétant mais plus encore d’une méconnaissance  » abyssale  » des conditions de vie de millions d’êtres humains confrontés à  la pauvreté et à  l’illettrisme. Comment peut-on proférer de telles banalités quant on sait avec quel acharnement les techniques de contraception ont été combattues par Rome !

PROCES EN LYBIE.

Quand donc se terminera ce chantage particulièrement odieux à  la peine de mort qui se joue depuis plusieurs années devant les tribunaux libyens.

On connaît les grandes lignes de cette affaire : un médecin palestinien et cinq infirmières bulgares sont accusées d’avoir volontairement inoculé le virus du Sida à  des enfants à  l’hôpital de Tripoli. Des spécialistes reconnus sur le plan international, comme Luc Montagnier, ont depuis longtemps souligné que cette accusation ne reposait sur aucun fondement et que la sinistre comédie jouée à  Tripoli n’était qu’une parodie de justice.

Les enfants ont été contaminés avant l’arrivée des infirmières bulgares à  Benghazi Ces femmes, tout comme le médecin palestinien ont été torturées. Une fondation, dirigée par le fils de l’ex(?) dictateur libyen, a été crée  » pour représenter les familles des enfants morts du Sida ; (elle) devrait recevoir de la part de l’union Européenne plusieurs millions de dollars d’indemnité par enfant mort  » tandis que la Bulgarie devrait effacer la dette libyenne qui s’élève à  53 millions de dollars. Tandis que les familles des enfants, manipulées, appellent à  la vengeance, ce marchandage sordide laisse planer de sérieux doute sur le devenir de ces « indemnités » colossales qui devraient être complétées par la libération d’un agent libyen impliqué dans l’attentat de Lockerbie .

PLANTU ET PECRESSE.

Sans aucun doute, il y a comme une certaine tendresse de Plantu quand il dessine Valérie Pécresse (Le Monde du 21 juin). Il confie même à  deux petits personnages, tout petits comme s ‘il n’osait qu’à  peine cette confidence : » En tout cas, c’est la plus jolie ministre des universités  » Elle en a de la chance « notre » ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche : ce n’est pas si souvent que le dessinateur du Monde se laisse ainsi aller à  une tendresse aussi manifeste.

Il a d’ailleurs raison : c’est vrai qu’elle pourrait être jolie si elle n’arborait lors de ses passages à  la télévision un visage assez peu amène accompagnant une attitude agressive qui fait, pour le mieux, penser à  un roquet hargneux, dressé à  aboyer pour faire, peut-être, plus de peur que de mal. A-t-il été pris de quelques doutes en la croquant ainsi dans un tailleur rose avenant, voletant entre petit nuage et colombe (de la paix ? ) ? A-t-il craint qu’on ne la reconnaisse pas tant le visage qu’elle avait donné d’elle pendant la campagne est bien loin de avec cette vision idyllique à  tel point qu’il a éprouvé le besoin d’inscrire le nom de la  » plus jolie des ministres¦  » sur le dit tailleur rose.

Mais en fait la vision n’est pas si idyllique que cela. Car une des mains de la charmante, cette main qui tient une marionnette figurant l’Université, est presque monstrueuse, affublée comme d ‘un gant d’un bariolage bleu, blanc et rouge. Elle s’apprête à  couper les fils de la marionnette avec une paire de ciseaux sur laquelle est gravé le mot  » autonomie  » tandis que le personnage à  lunette censé représenter le corps professoral s’agite en perdant ses dossiers tandis qu’au loin défile un cortège de manifestants. Du grand art mais finalement plutôt vache quand on pousse un tout petit peu l’examen. Mais quelle consécration. Et, tout comptes faits, c’est quand même plus joli que le drapeau piqué sur le crâne de Chirac.

Italie: les croisés Cattenoz et Léonard font école

Le 26 mai dernier, Mgr Giuseppe Matarrese, évêque de Frascati, a tenu un curieux langage à  des jeunes se préparant à  la confirmation, à  l’intérieur même du « Duomo » de Montecompatri.

Le prélat est allé jusqu’à  dire que « les gays ne peuvent être considérés comme des chrétiens ». A la plus grande surprise de cet évêque, une jeune fille présente est intervenue et a eu le courage de contester de tels propos. Elle s’est permise de répliquer à  l’évêque, qui en fut réduit au silence d’étonnement, que « des gays peuvent s’aimer aussi bien qu’un homme et une femme ».

Après un temps de surprise, l’évêque de Frascati , perdant le contrôle de lui-même a insulté l’adolescente la traitant d’idiote ! Alors qu’une autre adolescente présente voulut prendre la défense de sa jeune amie, elle fut à  son tour vivement interrompue par Mgr Matarrese qui la traita d’écervelée ! Ce n’est pas tout : fou de rage, l’évêque voulut exclure le groupe de jeunes du sacrement de la confirmation, à  moins que des excuses lui soient présentées. Excuses qui n’arrivèrent jamais !

Pour éviter un scandale, et à  contre-coeur, Mgr Matarrese finit par accepter le lendemain de confirmer ces jeunes. Lors du sermon , il revint, dans un état de grande excitation, sur l’épisode de la veille, conseillant aux parents de veiller sur de tels jeunes qui manifestement n’étaient plus sur le bon chemin.

Mgr Matarrese, imposé en 1989 à  Frascati, proche du cardinal Ruini, clame volontiers qu’il est de « droite ».

Cet évêque très berlusconien, proche de « Forza Italia » qu’il soutient publiquement contre tout devoir de réserve, n’est pas très apprécié de ses ouailles qui déplorent en général ses façons de faire hautaines, cassantes et rigides.

Ces nouveaux prêtres en question

C’est la saison des ordinations et l’Eglise racle les fonds de tiroirs pour trouver des candidats.

Golias en profite pour faire le point sur les nouveaux prêtres qui arrivent sur le marché ecclésial. Les nouveaux prêtres d’aujourd’hui ne ressemblent guère à  leurs aînés étrillés par le Marquis de Saint Pierre.

Au contraire, on peut dire que sur un grand nombre de points, ils tournent radicalement le dos aux intentions de leurs devanciers.

Alors qu’en 1960, les prêtres aspiraient à  quitter leur soutane ; leurs héritiers d’aujourd’hui reprennent des tenues très visibles.

Les clercs de 1960 voulaient s’ouvrir au monde ; ceux d’aujourd’hui préfèrent l’ambiance des sacristies à  celle des usines ou des night clubs.

Un responsable de formation, le Père Gérard Le Stang, supérieur du séminaire Saint-Yves de Rennes, en convient tout en essayant de minimiser les choses : « Ils sont très centrés sur la personne du Christ. Et puis, contrairement à  leurs aînés, ils ne sont plus dans l’émancipation vis-à -vis de l’institution, mais manifestent au contraire un retour vers une Eglise-source. ».

Il faudrait tenter d’expliquer cette évolution. Elle ne traduit pas seulement ni d’abord la victoire d’une tendance ecclésiale sur une autre. Elle exprime plutôt les tourbillons parfois contradictoires qui secouent nos sociétés post-modernes. Il faut donc aborder le phénomène sous des angles différents.

En premier lieu , le progressisme des clercs de jadis traduisait leur volonté d’émancipation à  l’endroit d’une culture et d’une disciplines étouffantes, mais bien connues. Nos jeunes lévites sont fascinés par des références dont ils ne mesurent pas les tenants et les aboutissants par manque de culture religieuse et de contact familier avec l’univers du catholicisme. Faute de bien connaître les repères qu’ils regrettent d’avoir perdus, ils se cramponnent à  des visions très sulpiciennes et imaginatives o๠l’affectif joue un grand rôle et illustre ce sentiment diffus d’un manque d’identité. La confrontation parfois sourde mais non moins décisive avec un monde sécularisé incite beaucoup de jeunes croyants à  faire de leur religion une bouée, illusoire bien entendu.

En second lieu , un contre-courant est souvent suscité par une évolution importante, rapide ou violente. La sécularisation de notre monde occidental, le refus croissant des consciences de s’assujettir à  une autorité religieuse, au point que le problème ne se pose même plus, pourraient bien constituer un mouvement de fond à  long terme qui fait naître des contre-courant et des effets de retour, qui ne seront pas durable, mais qui peuvent néanmoins sembler aguichants ou convaincants un certain temps.

En troisième lieu, le nouveau profil des jeunes abbés n’est pas tant l’indice d’un vent en poupe que la conséquence par défaut d’une hémorragie dans les rangs des catholiques d’ouverture. Autrement dit, il n’est pas si vrai de dire que les franges identitaires et intransigeantes du catholicisme l’emporteraient ; il vaudrait mieux préciser que les franges progressistes ont moins résisté à  l’érosion.

En quatrième lieu , l’Eglise, en particulier en France, paie peut-être la note des limites et étroitesses d’un catholicisme qui se voulait à  la hauteur mais qui n’a pas véritablement ouvert ses portes à  un esprit de renouveau, favorisé un élan de réflexion ni exalté l’amour de la vie. Le catholicisme dit progressiste reproduisit souvent les défauts qu’il dénonçait (avec raison) chez les conservateurs, comme si, en définitive, il était difficile de se libérer d’un mode de fonctionnement enfermant et aliénant, lors même qu’on entend le faire et parfois de manière spectaculaire.

Il est d’ailleurs toujours plus facile de changer de contenu que de mode de fonctionnement. Les lacunes évidentes d’un catholicisme devenu apparemment moins répressif (je dis apparemment) mais visiblement très ennuyeux, sinon davantage encore, ne pouvaient permettre à  cet élan de liberté et de vie dans l’esprit de Concile de faire éclore des fruits savoureux. Trop cérébral, le catholicisme français post-conciliaire, par exemple, n’a pas su parler aux sens et au coeur. D’o๠la nostalgie récurrente de l’ancienne liturgie, lors même qu’elle présente des insuffisances théologiques évidentes et tend à  pétrifier le mystère.

En cinquième lieu enfin, les « versions fortes » d’un courant l’emportent sur les « versions faibles » en cas de crise générale ou de déclin. Au contraire, lorsqu’une manière de voir va de soi de sorte qu’on y adhère volontiers presque spontanément, il n’y a pas besoin de se défendre, de prendre les armes et de remonter le pont-levis. Des questions inédites sont aujourd’hui posées aux représentants des religions, à  commencer par les enjeux sociétaux. Souvent, les croyants opposent des certitudes en fait fragiles, et dissimulant de grands doutes et de grandes craintes, aux questions gênantes ou inédites.

Le type de prêtre encore présenté comme idéal dans l’Eglise catholique exprime des traits d’une époque révolue. Certaines exigences exaltées, au moins en théorie, comme la continence des clercs (l’absence totale de vie sexuelle) peuvent produire des effets inverses de ceux recherchés. Une évolution en douceur finira sans doute par prendre le relais des velléités itératives de modifier rapidement les choses. Il n’en reste pas moins que les rares isolés qui demandent aujourd’hui à  devenir prêtres ne suffiront pas, du moins en France et dans l’espace européen occidental, à  inverser le cours des mentalités et à  occuper les Eglises menacées d’être rasées. Il faudrait peut-être songer à  d’autres pistes.

Quand l’Eglise copie la ‘gay pride’

En cette fin du mois de juin, depuis un certain nombre d’années, la télévision, la radio et les journaux se font l’écho de la gay pride annuelle de Paris (en fait il y en a plusieurs, dans différentes grandes villes de France).

Loin de nous l’idée ici de porter un jugement sur cette initiative devenue familière, de nous demander si elle fait avancer la cause de la tolérance, mieux de la reconnaissance souhaitée, ou si elle irrite trop de monde et donne une image superficielle ou mercantile de la condition homosexuelle sans en mettre en valeur les épreuves et les grandeurs (par exemple d’un amour partagé).

Il nous semble plus original de noter que l’Eglise catholique semble s’en inspirer pour manifester contre des évolutions sociétales.

Un outil de revendication et de libération peut-il devenir un instrument paradoxal de répression et d’anathème porté ?

En fait, cette interrogation ne peut recevoir de réponse qu’au terme d’une réflexion globale sur le sens d’une telle récupération et sur les équivoques d’une posture faussement moderne en définitive. Il ne suffit pas de se trémousser sur des airs de techno, de porter des tee-shirts aux couleurs vives et de lancer des confettis roses (comme le fit parfois Christine Boutin) pour délivrer un message qui aide l’homme à  grandir et à  oser penser autrement l’organisation d’une société pour que chacun y trouve sa place et puisse, selon le mot du poète René Char dont nous fêtons le centenaire, y « cultiver sa singularité légitime ».

Il y d’ailleurs quelque chose de dérisoire et de grinçant dans cette manière des courants catholiques les plus réactionnaires de vouloir faire jeune et branché à  tout prix. A quand le Pape en string sur un char pour contrer le mariage gay ? On peut reprocher beaucoup de choses à  Benoît XVI mais il faut lui reconnaître dans la forme une retenue et un sens des convenances qui tranchent singulièrement avec certaines manifestations intempestives de mouvements néo-conservateurs (par exemple antipacs ou de « family day » en Italie) en quête d’identité et s’imaginant qu’en se protégeant d’eux-mêmes et du monde ils pourront construire un homme nouveau, plus heureux et plus lumineux.

La stratégie de la récupération est pratiquée en christianisme depuis les origines. Elle ne manque pas d’habileté car une façon véritablement efficace de déminer un phénomène consiste non à  l’affronter frontalement ni à  l’ignorer en le contournant (comme une autruche qui plonge sa tête dans le sable) mais à  le coiffer en quelque sorte, à  le surdéterminer afin qu’il prenne un autre sens et que sa force première s’émousse.

L’exaltation quelque peu dionysiaque d’une gay pride semble s’accorder assez mal à  l’esprit de recueillement du christianisme. En fait, tout au long de l’histoire de l’Eglise, des espaces et des temps d’exutoire et de défoulement (pensons au carnaval) permettaient de respirer et de se rattraper en quelque sorte, ce qui évitait en théorie à  la machine de trop chauffer.

Le sens de la fête traverse les civilisations et, comme le note le théologien et philosophe Harvey Cox, une forme de sacré diffus est toujours nécessaire à  l’homme comme une sorte d’oxygène. Il ne peut être confondu avec le sens chrétien de l’homme, avec une mystique monothéiste, mais une saine vision du rapport entre la nature et la grâce en recommande l’assomption et en déconseille l’exténuation qui pourrait bien déboucher sur des retours du refoulé assez redoutables. Une vision trop austère du christianisme favorise la nostalgie des fastes d’antan et finit par susciter l’ennui et parfois le dégoà»t.

Comme Plotin, nous sommes parfois tentés d’oublier que nous avons un corps, mieux que nous sommes un corps et que nous ne pouvons en faire fi. Les défilés de corps peu vêtus et érotisés nous le rappellent certainement de façon provocante. Les tentatives peu convaincantes de certains courants chrétiens d’exalter dans l’abstrait la dignité du corps pour en mépriser ou condamner plus tranquillement encore les attentes les plus vives ne nous paraissent pas constituer une réponse heureuse et fructueuse aux défis lancés par notre société du sexe et du spectacle.

LA « CATHO PRIDE » TRES EN VOGUE !

Les autorités de l’Eglise, sans vouloir adopter un contre-emploi qui les rendrait ridicules, sans non plus se braquer comme des vierges offensées et farouches, sont sans doute invitées à  écouter et à  entendre ce que des hommes et des femmes, somme toute très divers, vivent, avec le poids inévitable d’équivoques et de fausses satisfactions, mais également, au moins pour une large part d’entre eux, de tout leur coeur et cherchant à  être vrais avec un désir non choisi qu’ils ne peuvent renier ou dénier sans graves conséquences et dommages collatéraux. Un désir dont ils tentent aussi souvent de faire un tremplin pour aimer davantage et se donner généreusement.

L’exubérance joyeuse des uns rencontrera-t-elle simplement une fin abrupte de non-recevoir, une condamnation sans nuances, une fustigation angoissée ? Certes, les autorités ecclésiales se trouvent mis en cause par des revendications et des expressions de vie et de plaisir qui les prennent pour le moins à  rebrousse-poil. Vouloir singer ce qu’il peut y avoir de plus artificiel dans une gay pride (les décibels et les jeux de séduction) en oubliant l’interrogation existentielle lancée serait faire comme l’imbécile qui regarde le doigt et non pas ce que le doigt cherche, peut-être maladroitement, à  désigner.

L’homme reste hanté par un désir de dépassement : car « l’homme passe l’homme ». Ce même homme pourtant ressent au fond de lui-même l’importance d’habiter une sphère affective et charnelle qu’il serait injuste et faux de diaboliser. L’Eglise a pour mission de dire comment aller au ciel. Elle se trompe si elle nie la nature humaine telle qu’elle est. Ce mensonge pourrait finir par jeter le soupçon sur la vérité même qu’elle a reçue et dont elle entend précisément témoigner.

Les cardinaux élisent le successeur de Pierre dans cette chapelle sixtine o๠trônent les « ignudi » de Michel Ange. L’éternité et l’étreinte ne sont pas si éloignées ; en français d’ailleurs les mots les désignant s’écrivent avec les mêmes lettres. La transfixion de Thérèse d’Avila, splendidement inscrite dans le marbre par le Bernin en l’Eglise Santa Maria della Vittoria de Rome est-elle si loin des expériences érotiques ?

La croisade de Joseph Ratzinger

Nous avons célébré récemment les deux années du Pontificat Ratzinger. L’année dernière déjà , un certain bilan pouvait être dressé. Néanmoins, il semble juste et intellectuellement plus averti de laisser encore un peu de temps au nouveau titulaire du siège de Pierre pour que se dessine éventuellement de façon plus claire la ligne de son action et de son enseignement.

D’emblée, il convient de préciser que ce n’est jamais chose aisée. En effet, les personnalités les plus riches sont souvent les plus paradoxales. Doté d’une intelligence hors du commun, Benoît XVI ne se laisse pas facilement enfermer dans une quelconque catégorie idéologique. Il n’est certes pas réductible à  un quelconque courant idéologique.

Pour autant, faut-il conclure qu’il navigue en fait à  vue, sans avoir d’orientation directrice finement pensée et conçue ? Ce serait se tromper et ne correspondrait d’ailleurs pas à  la personnalité de Benoît XVI .

En effet, Joseph Ratzinger entend au contraire mener à  bien une politique ecclésiale fort réfléchie. Peu à  peu, il nomme des hommes de confiance bien à  lui et désire remodeler un style de catholicisme qu’il souhaite voir l’emporter sur le catholicisme dit « post-conciliaire ». Il serait inexact d’amalgamer ce catholicisme traditionnel, intransigeant et anti-relativiste avec sa variante intégriste, plus faible dans son argumentaire, confondant volontiers un certain nombre de principes avec leur concrétisation historiquement située et politiquement colorée. Théologien subtil, Joseph Ratzinger ne souscrirait pas aux jugements trop binaire ou aux diktats trop volontariste d’une extrême droite trop volontariste (du genre « Opus Dei » et « Légionnaire du Christ« ) dont les démonstrations de musculation lui semblent inopportunes et irritantes.

La question qui se pose d’emblée est de savoir s’il y a un pape à  Rome qui exerce vraiment son autorité et entend faire quelque chose, et ne pas se cantonner dans un rôle de bénisseur de chapelet, ou, pour continuer la référence à  Jules Verne, dans celui d’un Pontife Nemo, moins entreprenant que le célèbre capitaine mais également plongé très loin de la vie des hommes ? Loin de nous l’idée d’envisager un seul instant l’hypothèse sédévacantiste que caresse complaisamment certains groupes intégristes qui parlent de l’abbé Ratzinger !

Nous nous demandons simplement si Benoît XVI a pris effectivement ses marques. Ce qu’il a déjà  accompli et ce qu’il semble prêt à  réaliser. Peut-on parler d’un Pontificat réformateur ? En quel sens ? Quels défis demandent encore à  être relevés ? Le Pape tourne-t-il le dos à  des réformes espérées et parfois annoncées (de la Curie…) ? Que pouvons nous nous permettre de lui suggérer ? C’est à  ces questions qu’entend suggérer des réponses, discutables et inchoatives, le présent article.

L’AMBITION DE BENOàŽT XVI.

Le Pape Benoît XVI, moins médiatique que son prédécesseur, ne semble pas moins déterminé. Bien au contraire, il cultive pour l’Eglise un projet vaste et fort ambitieux de renouveau…mais dans le sens le plus intégriste possible. Certes, il serait également simpliste de voir en lui un intégriste au sens habituel du terme, un pur nostalgique du passé. La théologie personnelle de Joseph Ratzinger résiste à  l’évidence à  toute tentative de la réduire à  une option idéologique. En même temps, Benoît XVI se veut un Pape de reconquête du terrain perdu. Pour lui, le dogme catholique est la vérité, point final, aux côtés de laquelle nulle autre vérité ne saurait s’imposer comme alternative ou comme concurrente, ni même comme complémentaire ou seulement différente.

Les choix de l’actuel Pontificat, qui prennent de plus en plus forme, trahissent à  leur manière cette orientation de fond, cette intention foncière. Le Pape souhaite le triomphe de la vérité catholique; pour lui, le dialogue ne constitue aucunement une fin en soi; il peut seulement parfois éventuellement constituer un moyen toléré, s’il se révèle stratégiquement porteur.

On se souvient des réticences de celui qui n’était encore que le cardinal Ratzinger face à  la réunion des religions à  Assise en 1986, voulue par Jean Paul II. Le grand péril, selon Joseph Ratzinger, réside en un nivellement des religions. Pour lui, l’ennemi principal, répétons-le, est le relativisme, à  savoir la tendance à  relativiser toute prétention à  une vérité définitive et absolue. L’esprit des lumières serait grandement responsable d’une situation actuelle déplorée par le Pape, dont l’homme, amputé de sa dimension religieuse, ferait aujourd’hui les frais, et dont l’Eglise, détentrice de la vérité, paierait la note.

L’HERITIER INTRANSIGEANT.

Benoît XVI pourrait donc se définir surtout comme intransigeant. Ce qui le rapproche véritablement du courant le plus intégriste du catholicisme. Qui oserait prétendre que la reconnaissance toute récente par Rome d’un quarteron d’ex-sectateurs de Mgr Lefebvre, avec l’octroi d’un statut juridique en or, relève seulement d’une volonté romaine d’accueil et non d’une connivence profonde de pensée et de stratégie ? Certes, le théologien avisé que demeure Joseph Ratzinger ne fera pas siennes toutes les affirmations d’un catholicisme intégriste qui se présente souvent comme la caricature de lui-même. Pourtant, il nous semble pouvoir lui reconnaître un air de famille, qui nous inquiète.

Revenons-en à  l’intervention de Benoît XVI à  Ratisbonne. Pour Joseph Ratzinger, seul le christianisme authentique réconcilie harmonieusement la foi et la raison. La faute du monde moderne est de sacrifier le sens religieux à  un rationalisme aveugle et inhumain. L’islam, au contraire, célébrerait un Dieu à  la volonté arbitraire souvent cruelle, au mépris du respect de la raison. En ce sens, le propos de Benoît XVI se veut éminemment apologétique : il s’agit, comme dans l’Eglise d’il y a cinquante ans et plus, d’établir que le christianisme est la vraie religion et que le catholicisme est le christianisme véritable.

Benoît XVI est donc, en un sens figuré, animé d’un esprit de croisade. Une croisade pour le triomphe de la vérité catholique; une croisade contre les moeurs trop libres, les opinions trop discutées; une croisade qui ne fera pas couler le sang mais qui pourrait finir par broyer les consciences. Le réquisitoire finalement emprunté contre l’islam n’a donc rien d’un faux pas de clerc, d’une maladresse d’intellectuel peu diplomate. Il participe, soulignons-le à  nouveau, d’une attitude d’ensemble, d’une posture intransigeante, à  la fois défensive et offensive. Bref, d’un grand combat.

Les répercussions de ses propos en Allemagne se poursuivront. Au-delà  pourtant d’une querelle très significative, le spécialiste des religions serait bien inspiré de reconstituer le projet d’ensemble, de discerner le fil du collier qui donne sa cohérence à  la juxtaposition des perles. En l’occurrence, la mise en oeuvre patiente mais inlassable d’une restauration conservatrice du catholicisme le plus intransigeant. Les discours et les initiatives de Benoît XVI deviennent inintelligibles dès que l’on perd de vue ce dessein foncier qui les supporte.

C’est pourquoi, un engagement renouvelé contre toutes les formes de fanatisme, transversales aux religions et aux idéologies, une volonté de résistance à  ce qui enchaîne l’homme ou lui apprend à  haïr son semblable, serait-ce au nom de Dieu ou d’une vérité intangible, une vraie laïcité qui assure une vraie liberté, constituent aujourd’hui des enjeux décisifs.

Il faut donc suivre avec une toute particulière attention les tensions internes aux traditions spirituelles entre ceux qui acceptent la modernité et ceux qui cultivent l’intégrisme sous des formes variées, ou du moins des postures intransigeantes, arrogantes et parfois.

D’o๠l’urgence également d’un dialogue respectueux entre les religions. D’une bonne connaissance de la complexité de traditions souvent paradoxales, dont l’on ne peut faire un bloc compact trop vite mal décrit (une caricature).

Et, plus que jamais, de cultiver un esprit critique bien aiguisé, face à  toutes les prétentions de vérité absolue, que l’on croie au ciel ou que l’on y croie pas.

Dialogue interreligieux, le retour!


Le Pape vient de nommer à  la tête du Conseil pour le dialogue interreligieux le cardinal français Jean-Louis Tauran, actuellement Bibliothécaire de la Sainte Eglise Romaine.

Cette nomination revêt une importance capitale. A plusieurs titres. Au début de son Pontificat, Benoît XVI avait confié la charge du dicastère traitant des relations avec les autres religions au cardinal Paul Poupard, qui gardait ses fonctions de Président du Conseil Pontifical pour la culture.

Il « remerciait » ainsi le Président en place, le Père Blanc Michaà«l Fitzgerald auquel Joseph Ratzinger reprochait une indulgence excessive à  l’endroit de l’islam.

Mgr Fitzgerald fut exilé au Caire comme Nonce. Le Pape estimait que son prédécesseur polonais avait quelquefois pour le moins frisé l’imprudence dans cet aspect de son ministère, au risque de favoriser un certain syncrétisme et un relativisme diffus et néanmoins très influent. En son for interne, Mgr Ratzinger contestait l’initiative d’Assise (rassemblement des religions en 1986).

Il était convaincu qu’il fallait d’abord remettre les pendules à  l’heure avant d’aller plus loin, quitte à  faire l’effet d’une douche froide. L’épisode des propos maladroits et malheureux tenus à  Ratisbonne en septembre 2006, l’influence du cardinal Tarcisio Bertone secrétaire d’Etat, finirent par convaincre, non sans mal, Benoît XVI de ne pas jeter le manche avec le cognée. Autrement dit, de reprendre un dialogue interreligieux incontournable. La désignation d’un cardinal pour le poste confirme l’importance stratégique de cette charge.

Le cardinal Tauran est un diplomate, de formation et de carrière. Autrement dit, le pape n’entend pas situer d’abord le dialogue interreligieux au niveau du débat intellectuel, de l’échange théologique, mais le recadre strictement en le confiant à  un prélat, conservateur pragmatique, qui se montrera toujours prêt au dialogue mais s’engagera peu au plan des idées.

Ainsi, Benoît XVI entend-il imposer un partage des compétences entre les dicastères de la Curie. Les conseils pontificaux n’interviendront pas dans les questions doctrinales et se limiteront aux aspects pratiques des rencontres. Ceci dit, le Pape aurait pu imposer un théologien conservateur, qui aurait fermé les portes. En privilégiant la voie diplomatique, il lâche la bride doctrinale, ce qui n’est pas négatif.

Né en 1943, Mgr Tauran fut longtemps secrétaire pour les relations avec les Etats. De santé fragile, il remplissait actuellement une fonction d’ordinaire dévolue à  des ecclésiastiques plus âgés, en fin de carrière. Son nom fut cependant cité il y a quelques semaines pour la charge de préfet de la congrégation pour les Eglises orientales. Sa santé s’améliorant, il pourrait d’ailleurs dans quelques années accéder à  la charge de Secrétaire d’Etat à  laquelle d’aucuns le disent prédestiné. Homme timide, esthète passionné de Jean-Sébastien Bach, ce bourreau de travail n’avait sans doute pas le charisme ni le tempérament d’un pasteur de diocèse, même si son nom fut évoqué pour Paris et Lyon.

Le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux a été fondé par Paul VI (sous un autre nom). Le premier Président fut déjà  un diplomate, qui avait été Nonce en France, mais également au Japon, le cardinal Paolo Marella. Son successeur fut un ami proche de Paul VI, le cardinal Sergio Pignedoli, papabile en 1978. De 1980 à  1984 la charge dut remplie par un archevêque belge peu en odeur de sainteté, qui fut très vite mis à  la retraite, et qui fut considéré comme un nonce calamiteux aux Etats-Unis, Mgr Jean Jadot. Ce dernier ne devint d’ailleurs jamais cardinal, en raison de ses accointances avec l’aile libérale de l’Eglise américaine. En fait, l’homme clé du dialogue interreligieux au Vatican était à  cette époque Mgr Pietro Rossano. Né en 1923, ce piémontais au visage émacié, bibliste et théologien de formation, aujourd’hui défunt, était l’homme de toutes les ouvertures et du dialogue fraternel.

MGR ARINZE REMERCIE.

En 1984, Mgr Francis Arinze devint Président du même dicastère. Ce jeune et brillant prélat du Nigeria, plus tard papabile, était un proche de Jean Paul II. Il laissait cependant les rênes à  Mgr Michael Fitzgerald, islamologue et théologien anglais. Ce dernier, né » en 1937, d’une intelligence brillante, d’un caractère doux et affable était incontestablement l’homme de la situation. Pas pour Benoît XVI.

Cette nomination du cardinal Tauran devrait être la première d’une série : le Pape nommera plusieurs nouveaux chefs de Dicastère : à  la culture, aux causes des saints, au culte, à  la pénitencerie apostolique, à  « justice et paix », aux affaires économiques.

A vrai dire, Benoît XVI a déjà  nommé le remplaçant du cardinal Tauran à  la tête de la bibliothèque apostolique Vaticane : il s’agit d’un salésien italien, Mgr Raffaele Farina. Né en 1933, Don Farina est un historien reconnu des premiers siècles du christianisme, spécialiste de Saint Eusèbe de Verceil. Conservateur au plan doctrinal, il a été Recteur de l’université salésienne de Rome et est lié d’amitié au cardinal Bertone. Dans le passé déjà , un érudit salésien, Alfons Stickler, avait été cardinal et bibliothécaire.

Le poids de cet ordre grandit à  Rome de jour en jour. On sait l’influence du secrétaire pour la congrégation de la doctrine de la foi, Mgr Angelo Amato, lui aussi salésien.

Parmi les futurs chefs de Dicastère au Vatican, les noms suivants reviennent de façon persistante : Fortunato Baldelli, 72 ans, Nonce à  Paris, Angelo Amato, 69 ans, déjà  évoqué, Paul Josef Cordes, 73 ans, président de « Cor Unum » et qui pourrait entonner son chant du cygne en devenant pour peu de temps cardinal d’un dicastère plus important et plus prestigieux, Diarmuid Martin, 62 ans, archevêque de Dublin et Gianfranco Girotti, 70 ans, Régent de la pénitencerie aopostolique (probable futur cardinal pénitencier). Seraient également sur les rangs Mgr Pier Luigi Celata, 70 ans, secrétaire pour le dialogue interreligieux, Mgr Manuel Monteiro de Castro, 69 ans, Nonce à  Madrid, Mgr Francisco Gil Hellin, 67 ans, archevêque de Burgos, Mgr Raymond Burke, 59 ans, archevêque de Saint Louis, Mgr James Harvey, 58 ans, préfet de la maison pontificale, ainsi que l’archevêque de Dijon, Mgr Roland Minnerath, 61 ans et celui de La Plata, Mgr Hector Aguer, 64 ans. Les récentes désignations de l’argentin Sandri et du français Tauran pourraient cependant compromettre l’ascension de NN SS Aguer et Minnerath, car Rome veille à  une relative égalité entre les nations d’origine.