Rwanda: la nouvelle gaffe du Pape

Le 22 mai 2007, quarante cinq jours après le début de la période commémorative, le Vatican a rendu public une lettre du Pape Benoît XVI adressé au président du Rwanda à  l’occasion du 13 ème anniversaire du génocide des tutsi.

Cette intervention du Vatican survient dix jours après la publication sur l’Hebdonet de Golias d’un article intitulé : « La Pâques et le souvenir du génocide » dans lequel nous rapportions la célébration d’une messe de Pâques à  Gatineau au Québec, durant laquelle des survivants ont eu l’occasion de se souvenir des leurs tout en célébrant la résurrection de Jésus.

Notre article aurait-t-il inspiré le Vatican ou est-ce une simple coïncidence ?

Il y a lieu de saluer toutefois ce geste du Pape qui a manifesté le désir de « s’unir au deuil ¦et à  la prière de toutes les victimes ».

Loin de nous émerveiller cependant, le contenu du message du Saint-Père nous laisse perplexe à  plusieurs d’égards !

Notamment le premier paragraphe de son message o๠il écrit que le génocide au Rwanda s’est déroulé sans distinctions de race ni de religions ou d’opinions politiques.

On assiste à  nouveau à  une vision de l’histoire chez Benoît XVI qui rejoint celle du nouveau Président de la République française, à  savoir que « la repentance est une forme de haine de soi, la concurrence des mémoires nourrit la haine des autres » ainsi que l’a prononcé solennellement Nicolas Sarkozy lors de son discours dimanche soir 6 mai, fort de son élection à  la magistrature suprême.

Après les paroles du Pape sur les amérindiens lors de son voyage au Brésil (voir plus loin notre article), sur le génocide rwandais, son discours tend à  renvoyer dos à  dos tutsis et hutus selon la fameuse théorie du double génocide qui a cours dans les milieux religieux négationistes de ce drame (les Pères blancs notamment).

Rappelons que les massacres ont visé essentiellement la population tutsi dont 800 000 membres ont été exterminés (sans distinctions de races ?) et que 50 000 hutus ont été tués en raison de leur opposition au régime génocidaire ( sans distinctions d’opinions politiques ?).

D’autre part, alors que le génocide de 1994 au Rwanda a été reconnu par les Nations Unies comme un crime contre l’humanité entière , sa sainteté Benoît XVI ne circonscrit l’ensemble de son message qu’aux seuls rwandais et s’adresse à  eux à  travers leur président à  qui il transmet ses « souhaits et invoque sur lui et sur le peuple rwandais la Bénédiction du Tout-Puissant » !

Outre la publication très tardive de ce message pontificale, il y a lieu de déplorer l’absence d’une dimension mondiale avant-gardiste au lendemain d’une époque que les historiens qualifient de « siècle des génocides », et ce, de la part d’une autorité sensée être « la lumière du monde et le sel de la terre ».

Un appel à  la solidarité de tous les chrétiens du monde vis-à -vis de leurs frères et soeurs des survivants du génocide de 1994 au Rwanda, une exhortation à  prier pour toutes ses victimes de cette tragédie qu’est le génocide, aurait été plus appropriés.

L’on peut mentionner que le parlement canadien a voté à  l’unanimité en 2004 une motion faisant du 07 avril de chaque année au Canada, « une journée de souvenir et réflexion sur les leçons à  tirer du génocide de 1994 au Rwanda ». Par ailleurs, plusieurs communautés, dans beaucoup de pays à  travers le monde s’associent aux survivants pour commémorer cette tragédie qui a fait plus d’un million de morts en trois mois.

NEUTRALITE QUI FAIT FAUSSE-ROUTE

Le génocide de 1994 avait pour but d’exterminer les « tutsi ». Il a emporté plusieurs « hutu » qui s’opposaient au projet génocidaire, ainsi que des étrangers opposés à  ce massacre. La perte de « beaucoup de religieux et d’ecclésiastiques », au cours de cette période tragique ne blanchit pas pour autant l’Eglise de sa part de responsabilité. Etant donné son influence auprès de la population, un simple rappel du 5ième Commandement de Dieu (- Tu ne tueras -) de la part leurs évêques aurait sauvé d’innombrables vies.

Il y a lieu d’espérer que la hiérarchie ecclésiastique finira par en tirer des leçons. Aujourd’hui, l’Eglise catholique fait face à  un autre grand défi historique. Devant un génocide qui a fait plus d’un million de morts en trois mois, des chrétiens assassinant d’autres chrétiens, elle ne devrait pas rester préoccupé par un souci de rester «politiquement correct ». Face au crime de génocide, vouloir s’afficher neutre, c’est faire fausse route. Plutôt que de conforter les « païens qui ont crucifié des innocents », elle devrait les exhorter à  faire un cheminement intérieur susceptible de les aider à  réaliser leur tort, faire leur contrition et renoncer définitivement à  leur péché.

Alors que les organisations comme Human Right Watch tirent la sonnette d’alarme sur l’omniprésence du germe de l’idéologie génocidaire au Rwanda ; alors que des survivants sont encore assassinés, d’autres menacés par les bourreaux d’hier en liberté, l’Eglise a encore le devoir de rappeler que « tuer est un péché ». C’est à  ce titre que leur foi sera « cohérente et vécue en plénitude ». Avant de « dépasser un passé d’erreurs et de mort » comme le souhaite le pape dans sa lettre, ils doivent d’abord regarder « ce passé » en face pour en réaliser la gravité. C’est à  ce titre qu’ils vont se réconcilier avec Dieu, avec eux-mêmes et avec leurs frères et soeurs. C’est de cette façon que sera bâti sur une base solide, « leur engagement de catholique dans la vie quotidienne, familiale et sociale et les principes moraux qui en découleront, et constitueront un point de rencontre entre les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté ».

Une réflexion plus approfondie de la part de la hiérarchie ecclésiastique devrait permettre de diagnostiquer la cause historique du mal et le rôle qu’elle a joué.

L’Eglise devrait questionner ses archives et reconsidérer les multiples voix d’alertes brimées à  l’intérieur d’elle-même, car au cours de l’histoire, ces appels internes n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme face au danger de haine, dès son apparition, son accroissement au jour le jour, jusqu’au paroxysme de 1994.

Face aux bourreaux peu ou pas repentant, c’est peine perdue de souhaiter « une réconciliation nationale » fut-elle guidée par « les autorités civiles et religieuses » et bénie par le Pape.

Les souhaits exprimés constituent un voeu pieux. Une approche plus pragmatique et moins fantaisiste dans laquelle l’Eglise ferait aussi son propre examen de conscience est la seule voie susceptible de lui permettre de retrouver « l’honneur qu’elle a perdu ».

C’est à  ce titre qu’elle pourra réellement jouer son rôle de leader spirituel et qu’elle pourra être un messager crédible de l’Amour qui « triomphe du mal par le bien ¦ soutenu par la puissance du Christ Rédempteur ».

Benoît XVI: un gondolier qui conduit l’Eglise à  la gaffe…

Les propos tenus au Brésil, au sanctuaire marial d’Aparecida, par le Pape Benoît XVI sur l’évangélisation de l’Amérique latine, dimanche 13 mai ont suscité une réaction très vive d’indignation.

En effet, le Souverain Pontife semblait nier les exactions liées de fait à  une évangélisation souvent bien peu évangélique des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes. Pour Joseph Ratzinger : « l’annonce de Jésus et de son à‰vangile n’a supposé, à  aucun moment, une aliénation des cultures précolombiennes, ni ne fut une imposition d’une culture extérieure, a précisé le pape ».

Nombre d’historiens et les populations concernées expriment un total désaccord avec ce qui fait pratiquement figure de « révisionnisme ».

Le quotidien « La Croix » rapporte les propos de Felipe Quispe, un dignitaire des indiens aymaras, ancien candidat à  l’élection présidentielle bolivienne : « Le Pape est ignorant de l’histoire ».

Le directeur de l’Organisation nationale indigène de Colombie, Luis Evalis Andrade, enfonce quant à  lui le clou : « Nier que l’imposition de la religion catholique a été utilisée comme un mécanisme de domination sur les peuples indigènes, c’est vouloir occulter l’histoire ». Selon lui, il est inadmissible que l’Eglise nie aussi impudemment par la bouche de son pasteur suprême sa part de responsabilité historique dans l’anéantissement d’une identité et d’une tradition.

De son côté, Aloysio Antonio Castelo Guapindaia, président de la Fondation nationale de l’Indien, au Brésil, relève le caractère incontestable du constat des historiens selon lequel  » il y a bien eu imposition de la religion pour dominer les populations locales « .

Au sein même de l’Eglise catholique, beaucoup de croyants se sentent blessés. Pour la théologienne Cecilia Domevi, «  L’évangélisation a été une imposition ambiguà«, violente, un choc de cultures, qui a causé un préjudice total aux Indiens « . Elle se dit elle aussi  » en total désaccord  » avec les propos de Benoît XVI.

L’écho de ces mécontentements a fini par franchir les épais mà»rs du Vatican. A l’occasion de son audience générale du 23 mai dernier, le Pape a finalement daigné reconnaître œ les injustices et les souffrances infligées par les colonisateurs aux populations indigènes œ. Revenant sur son voyage, Joseph Ratzinger a tenu à  faire implicitement amende honorable en ces termes : œ Il n’est pas possible d’oublier les souffrances et les injustices infligées par les colonisateurs aux populations indigènes souvent piétinées dans leurs droits humains et fondamentaux œ. Il a ajouté : « Le rappel du passé glorieux ne peut ignorer les ombres qui ont accompagné l’oeuvre d’évangélisation du continent ».

On peut pourtant continuer à  s’interroger sur un Magistère qui est obligé de se corriger suite au tollé suscité. On se souvient des propos malheureux de Benoît XVI, tenus à  Ratisbonne en septembre dernier, et qui provoquèrent un scandale. Au point que le souverain pontife dut se rétracter et presque s’humilier. Voir aussi notre article qui analyse le message du Pape sur le génocide au Rwanda .

Pie X, Pape intransigeant, gouvernait souvent l’Eglise par à -coups
autoritaires. Un grand prélat français, illustre historien, Mgr Louis Duchesne, directeur de l’Ecole française de Rome et membre de l’Académie française, eut ce mot le concernant : « C’est un gondolier vénitien dans la barque de Saint Pierre : il est naturel qu’il la conduise à  la gaffe ».

Benoît XVI ne venant pas de la cité des doges, imiterait-il pourtant son prédécesseur vénitien ?

Scandale: comment le Vatican prépare en douce la béatification de Pie XII

Un pas supplémentaire vient d’être franchi dans la direction de la béatification du Pape Pie XII.

La Congrégation des causes des saints vient en effet de reconnaître l’héroïcité de ses vertus. En termes plus compréhensibles, cela signifie que le « candidat » a été reconnu apte à  être un jour déclaré officiellement saint pour le caractère exemplaire et magnifique de sa vie chrétienne.

La décision ultime revient au pape. Lequel n’a jamais caché son admiration pour la figure d’Eugenio Pacelli.

Il est cependant encore nécessaire qu’un « miracle » soit attribué à  l’intercession du candidat à  la béatitude. D’aucuns au Vatican estiment que Pie XII pourrait être béatifié dès l’automne 2008, à  l’occasion des cinquante ans de son « dies natalis « (naissance à  la vie du ciel, c’est-à -dire « mort terrestre »).

Parmi les prélats très favorables à  cette béatification, on cite le nom du cardinal Tarcisio Bertone, le secrétaire d’Etat. Beaucoup de cardinaux conservateurs éprouvent un sentiment très fort de vénération envers Pie XII, Pape de leur jeunesse.

C’est Paul VI qui lança en 1965 l’idée de faire de Pie XII un saint. Les deux hommes ne s’étaient pas toujours compris. Giovanni Battista Montini voulut en quelque sorte se réconcilier ainsi de façon posthume avec son ancien « patron ».

L’attitude de Pie XII lors de la deuxième guerre mondiale, et en particulier ses silences sur le sort des juifs, font l’objet de débats polémiques… Les travaux d’historiens très sérieux laissent à  penser que ce Pape n’a pas été à  la hauteur du témoignage prophétique attendu. Ce qui met pour le moins en cause l’opportunité de son élévation sur les autels.

Dans tous les cas, les zones d’ombre qui demeurent, conduisent un certain nombre d’autorités juives, mais aussi catholiques, à  demander que toutes les archives soient ouvertes. Rome a déjà  fait un geste, puisque désormais tout est accessible jusqu’en 1939, période de la nonciature de Pacelli en Allemagne puis de son action, de 1930 à  1939, comme cardinal et secrétaire d’à‰tat.

Le Père Sergio Pagano, en charge des Archives secrètes du Vatican rejette pour l’instant toute idée de rendre accessibles les documents concernant la période 1939 à  1945.

Il va de soi qu’une telle béatification jetterait un froid en matière de dialogue judéo-catholique.

Le jésuite allemand Kurt Gumpel, avocat de la cause de Pie XII n’en a cure. Selon lui, les autres religions n’ont pas à  s’en mêler. Il jouit du soutien du cardinal José Maria Saraiva Martins, préfet conservateur de la congrégation chargée des procès en canonisation.

La rumeur prête même à  Benoît XVI la volonté d’y procéder le plus rapidement possible.

Barbarin et le chaos, Tauran et Sarko


Un étrange procès pourrait éveiller la curiosité amusée des Lyonnais. Thierry Ehrmann, PDG du groupe serveur et propriétaire de la Demeure du chaos, un relais de poste du XVIIe transformé en oeuvre originale et « décoiffante » d’art contemporain, qui se trouve à  Saint-Romain-au-Mont-d’or entend assigner en justice… le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules.

En effet, dans un entretien remarqué au « Progrès » de Lyon, Son Eminence avait porté des jugements particulièrement offensifs contre l’aménagement sans doute discutable de cette demeure. En tout cas, même si l’on peut s’interroger d’une part sur le bon goà»t de l’aménagement incriminé et de l’opportunité de régler en justice une querelle qui relève davantage du début public que des prétoires, la réaction verbale spontanée de Thierry Ehrmann a fait sourire beaucoup de monde à  Lyon, y compris parmi les catholiques. Du cardinal, il a eu ce mot : « c’est hallucinant, il se mêle de tout ».

Le Vatican fait passer le message à  Sarko

Le cardinal français de Curie Jean-Louis Tauran, longtemps secrétaire pour les relations avec les Etats (ministre des affaires étrangères) vient de tenir des propos très remarqués dans un entretien au quotidien italien « Avvenire ». Nous le citons : « Nicolas Sarkozy s’est déclaré ouvertement pour l’ordre et le respect de l’autorité ; il a rappelé que les citoyens ont des droits, mais aussi des devoirs. Les catholiques français se sont manifestés particulièrement sensibles à  ces deux points ». Pour Son Eminence, « la religion est encore un tabou pour la politique française ». Mgr Tauran entend donc saluer l’initiative de Nicolas Sarkozy qui envisage de repenser autrement la laïcité. Il émet un souhait : que le nouveau Président mette en oeuvre les propositions de son livre sur « la République et les religions » : « Il s’agit d’une position extraordinairement ouverte. Nous verrons bien si en tant que président il réussira à  trouver le consensus nécessaire pour mettre à  jour ce qui est encore obsolète dans la loi de 1905 ».

Des rumeurs persistantes, à  Paris et à  Rome, font état de pressions répétées s’exerçant d’ores sur Nicolas Sarkozy afin que l’une de ses premières mesures soient la retoiletage de cette loi historique. Le cardinal Jean-Louis Tauran et l’actuel secrétaire pour les relations avec les Etats, Mgr Dominique Mamberti se trouveraient en première ligne dans cette lutte d’influence. Parallèlement aux influences qui s’exercent en ce sens, force est de remarquer d’autres influences en sens inverse. Il faut savoir que l’un des conseillers de l’ombre du nouveau Président, Alain Bauer, est un ancien Grand Maître du Grand Orient de France. Lequel Grand Orient a voté à  ¦ plus de 40% de ses membres, dit-on en faveur du candidat UMP alors que jusqu’à  présent le candidat de droite ne parvenait jamais à  rassembler plus du quart des suffrages au second tour (exception faite de la présidentielle de 2002, en raison il est vrai de la candidature Le Pen).

Les cinq maîtres mots de Maître Sarko

Brusquement surgit dans ma mémoire le rappel d’une autre campagne électorale présidentielle. Je soutenais en ce temps-là  l’un des innombrables candidats de gauche sans espoir d’être élu, Pierre Juquin. A la maison des syndicats de Montpellier, j’ai tenu le langage qui me paraît beaucoup plus actuel en 2007 : d’o๠vient que, pour m’affermir dans ma sensibilité de gauche, j’en sois réduit à  regarder la droite ? Je sais de plus en plus contre quoi je suis mais de moins en moins avec qui je m’y trouve.

Ce contre quoi je suis se précise à  un rythme vertigineux. Rien ne le dit mieux que les cinq maîtres-mots de l’actuel président de tous les Français pour s’épargner ainsi le rude travail d’être président de la République.

1) « Travailler plus pour gagner plus »
Non, monsieur le Président, rien de contredit plus l’éthique de la république qu’une volonté d’être supérieur par son travail et sa fortune à  ses concitoyens en liberté, égalité d’amour d’amitié fraternelle.

2) « Je veux être le président qui s’efforcera de moraliser le capitalisme »
Non, monsieur le Président, on ne peut pas moraliser la quintessence même de l’immoral, de l’A-moral. Pas plus que l’on ne saurait humaniser la guerre.

3) « Je suis incliné à  penser que l’on naît pédophile »
Non, monsieur le Président, on ne naît pas plus avec le gène du pédophile qu’avec celui du tueur, du criminel toutes catégories, ou du juste, du vertueux, du disposé originel à  la fraternité. Affirmer l’inclinaison fatale au mal ou au bien, c’est la copie, le plagiat en forme profane, laïque de déterminisme, d’un christianisme de pré-destination, enfermé dans la mécanique héréditaire du péché d’origine.

4) « Il y a nécessité d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale »
Non, monsieur le Président, notre identité d’homme, de femme, d’enfant n’est pas nationale. Je suis même convaincu que tout être humain, au fur et à  mesure qu’il réalise son ampleur infinie, devient image, ressemblance créatrice de créateur universellement contagieux qui n’a qu’une identité : celle précisément de l’Immigré, de l’A-patride, c’est-à -dire des hommes, femmes et enfants ou même simples vivants sans aucune identité.

5) « La repentance est une forme de haine de soi, la concurrence des mémoires nourrit la haine des autres »
J’ai lu, j’ai relu, j’ai entendu, j’entends toujours cette phrase. Ainsi donc le président des Français condamne l’esclavage mais à  la condition de ne souiller son rejet de ce crime contre l’humanité d’aucune repentance. Parce que celle-ci, accusée déjà  d’être une forme de haine de soi deviendrait, stimulée par la concurrence des mémoires, nourriture de la haine des autres. Eh bien, non, mille fois, monsieur le Président, il n’y a aucun risque d’une haine de soi aggravée sous la pression de la concurrence des mémoires, de la haine des autres dans l’Acte du repentir quand il devient promesse de détruire l’esclavage jusqu’à  ses racines ultimes. Car, savez-vous, monsieur le président des seuls Français pour ne pas l’être de la république, savez-vous ce que disait Abraham Lincoln du problème qui nous concerne tous ? « Si l’esclavage n’est pas un mal, le mal n’existe pas ». Aussi, monsieur le Président, nous ne vous laisserons jamais dire que l’on peut condamner l’esclavage dans l’abstrait, sans le moindre regret de l’avoir monarchiquement, consulairement, impérialement, chrétiennement, catholiquement, bourgeoisement pratiqué jusqu’en 1848. Ce qui laisse intact le fait de continuer à  marcher sur ses traces par des îlots nombreux de sa reproduction littérale ou non officielle en mémoire du Code Noir qu’atténue, civilise et humanise la France-Afrique selon l’indépassable description de Verschave.

Mais il faut encore davantage préciser ce que signifie, demande une attitude juste. Au nom de l’éthique élémentaire de la République, disons-le clairement : le mot « repentance » est très en-deçà  d’une simple exigence de justice d’humanité. Il s’agit d’infiniment plus que d’une repentance. Il s’agit de la Re-naissance. Oui, de repartir à  zéro. De sortir d’une vie intra-utérine d’Etat, d’Eglise, de Religion du Tout Marché. Oui, d’obligation vitale radicale, de re-naître à  l’opposé de ce que l’on a été. Ce qui implique, très au-delà  du repentir, l’acte de mourir à  son passé pré-historique esclavagiste et colonial en survie républicaine, démocratique socialiste capitaliste libérale.

La voilà  bien alors l’unique question de fond soigneusement éludée, volontairement oubliée par une droite et une gauche qui ne sont plus que le versant droit et le versant gauche de la montagne du capital. Cette question cruciale, enterrée vivante, donc à  res-susciter, à  débattre partout en rencontres, forums, amphithéâtres, pour une citoyenneté universelle de la République, De Gaulle l’expose en une formule étonnante qui déborde et son propre nationalisme français et le choix qu’il fait des blindés contre la guerre des tranchées qu’aveuglément soutenait la paresse intellectuelle de l’état-major. Le texte de résistance est à  lire dans « Les mémoires de guerre » : « Je vérifiai à  cette occasion que la confrontation des idées, dès là  qu’elle met en cause les errements accoutumés et les personnes en place, revêt le tour intransigeant des grandes querelles théologiques. » Oui, dans n’importe quel débat “ fà»t-il d’apparence que ces spécialistes de haut niveau sectoriel voudraient maintenir technique, il y a une confrontation d’idées dont l’enjeu est théologique. Je préfère dire aujourd’hui un enjeu de philosophie radicale qui met en question plus que les erreurs séculaires : les errements montés en graines de coutumes dont nous avons pris à  un point tel l’habitude sacrée que nous les prenons pour la vérité suprême, ou mieux, c’est-à -dire pire, pour la Réalité totale, le Pouvoir établi.

Le langage et le pratique militaires l’expriment à  la perfection : à  partir de demain, ce sera comme d’habitude.

Avec le nouveau titulaire de la fonction souveraine nationale qui préside tous les Français par impuissance de présider la République, aux errements accoutumés s’ajoute le remue-ménage du personnel des successeurs occupants tout de suite de la place o๠les vieux d’égale manoeuvre politicienne avaient fait leur fromage. Les uns s’accrochent, s’agrippent à  leur place qu’ils sont bien contraints de finir par céder aux autres, munis du titre d’occupation légitime. Tous s’inspirent du grand Docteur en théologie primitive d’orthodoxie ontologique de l’Etre, le Maréchal de Mac-Mahon qui assène le principe éternel : « J’y suis, j’y reste ».

L’humanité ou la fatalité

En fin ce compte, je remercie M. Nicolas Sarkozy d’avoir mis à  la portée ou plutôt à  la hauteur d’absolument tout le monde l’unique alternative : ou la fatalité, ou l’humanité. Mais la première est imposée, tyrannique innée du fameux gène pédophilique ou philanthropique, de la conception à  la mort, d’application policière aux nécessités de la bonne gouvernance présidentielle. Par qui donc la fatalité se trouve-t-elle imposée ? Bien sà»r, par le Dieu Diktat ou le Destin. Tandis que l’humanité s’expose au pire danger de mise à  mort pour crime de lèse-majesté du Pouvoir comme Force de transgression des frontières non seulement ethniques, nationales, de l’espace mais aussi du temps, des siècles.

L’humanité implique donc la victoire sur infiniment plus que la mort, sur la vie mortelle. C’est pour avoir méconnu cette parole de radicalité que toutes les religions y comprise la chrétienne, édulcorante de Jésus-Christ, le Verbe, et toutes les révolutions finissent dans les plus effroyables restaurations, auxiliaires du « conservatisme compassionnel » cher à  l’illustre président des Etats-Unis d’Amérique du Nord. C’est pour la même raison qu’aujourd’hui le Président de tous les Français, à  défaut de pouvoir l’être de la République, s’acharne sur son ennemi mortel, Mai 68, la proclamation du Droit constitutif d’absolument tout le monde d’enfin prendre la Parole, d’être pris par elle, de faire corps avec le Verbe comme lui-même s’est fait chair.

Ma fidélité à  ce principe fondateur, créateur du monde, est incompatible avec le Sarkozysme qui vérifie expérimentalement le sombre pronostic de San-Antonio : « l’onomatopée est promise à  un grand avenir ». Soyons lucides : la France, valeur transcendantale pour son personnel politicien, n’est qu’une puissance moyenne, une figure géométrique, l’Hexagone. Aussi, elle hexagonise. La garde prétorienne du locataire de son Elysée, acclamé dimanche 5 mai 2007 par une majorité française, ne parlait pas. Elle onomatopait. Elle émettait des borborygmes approbateurs de l’Elu. Sur le petit écran, je voyais se multiplier les cerveaux mous flanqués d’un coeur sec au sang froid.

Dans ces conditions, je ne veux être ni géré, ni gouverné, ni représenté, ni même présidé. C’est contraire à  mon éthique qui exige la cordialisation de la vie publique. J’ai donc fait la grève de l’isoloir parce que ce petit boudoir passager, furtif, est au suffrage universel ce que le vice solitaire est à  l’amour.

Il me souvient tout à  coup que le président des Français dans l’omission de la République demande comme symbole du retour au principe d’autorité, de hiérarchie, un rite essentiel : se lever quand le maître fait son entrée dans la classe. Je réalise alors que le nouveau président donne libre cours au ministre de l’intérieur qu’il n’a jamais cessé d’être. Il applique le règlement intérieur de la France qu’il joint en vertu de ses nouvelles fonctions d’union sacrée avec le Chef de l’Exécutif, par les marques extérieures du respect dà» à  l’Autorité. Nous sommes bien sur la voie de l’Etat c’est moi que prépare le livre de base, le Manuel du gradé d’infanterie dont je n’oublie jamais le premier article : « La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance parfaite et de tous les instants. » Voter à  intervalles réguliers, puis obéir le reste du temps, c’est subir. Il faut donc inventer d’autres formes d’expression de la citoyenneté.

Nous ne voulons plus être des pourcentages à  la merci du quotidien sondage. Notre vocation politique est de tous en Acteurs auteurs jouer, interpréter, incarner, créer la grande Å’uvre commune, universelle et singulière. Je vibre à  l’audition de son leitmotiv : A bas la Fatalité du rapport d’autorité, de pouvoir les uns sur les autres ! Vive l’humanité intolérablement morcelée, gaspillée, vendue, achetée, prostituée, torturée, exterminée, donc à  libérer, sus-citer, res-susciter avant la mort, pendant la mort, après la mort par le grand Art de s’aimer d’amour d’amitié universellement fraternelle, d’égal à  égal, les uns les autres.

Le défi des pentecôtistes

On sait maintenant comment Benoit XVI veut partir en guerre contre le pentecôtisme.

L’analyse du phénomène pentecôtiste faite par J. Comblin est particulièrement éclairante sur la réalité du problème, ses causes, ses racines. Il donne à  comprendre qu’il constitue une étape bien réelle dans l’histoire du christianisme : par la réponse et l’espoir qu’il apporte à  tant de pauvres en Amérique latine laissés à  eux-mêmes, en fait, par l’Eglise catholique¦

Autant de réalités dont le pape s’est bien gardé de tenir compte dans son projet de restauration.

Son auteur, José Comblin, théologien latino-américain (originaire de Belgique) est bien connu. Rejeté du Chili sous Pinochet, il passa au Brésil et fut conseiller de Don Helder Camara et du Cardinal Arns de Sao Paulo. Il fut expert à  Medellin (1968) et Puebla (1979).

Traduit de l’espagnol par Edouard Mairlot

Le XXème siècle aura été le siècle des pentecôtistes. Celui-ci fut le grand mouvement religieux qui a pénétré peu à  peu le monde entier, et toutes les églises et dénominations chrétiennes. Ce mouvement a entrainé la conversion de centaines de millions de chrétiens.

Des sociologues ont étudié le phénomène. Cependant, s’ils ne sont pas en même temps théologiens, les sociologues ne peuvent comprendre le phénomène de l’intérieur. Ils l’assimilent à  d’autres mouvements culturels, sans prendre conscience de ce qu’il signifie pour l’histoire du christianisme.

Avant tout, le mouvement pentecôtiste a été et reste principalement un mouvement des pauvres
. Il y eut convergence de deux mouvements historiques. En premier lieu, les églises ne parvinrent pas à  suivre l’explosion démographique d’une humanité qui, en un siècle ( le vingtième), est passée d’un milliard à  6 milliards d’habitants. Cette explosion démographique s’est accompagnée d’une immense migration de centaines de millions de paysans de la campagne vers la ville. Dans celle-ci, s’est perdue peu à  peu leur religion traditionnelle. Les Eglises n’ont pas pu, ou n’ont pas voulu, se donner les structures nécessaires pour encadrer toute cette masse humaine. L’univers des pauvres dans les villes s’est développé ; et il était abandonné par les Eglises traditionnelles. A l’intérieur de ce même peuple de pauvres naquirent de nouvelles communautés.

En même temps, se produisit une évolution culturelle au sein de ces masses d’anciens paysans qui avaient migré vers les villes. Tous furent scolarisés, ce qui les ouvrit à  l’intelligence. Ils purent acquérir quelques éléments de la rationalité moderne. Ils commencèrent à  découvrir que tout ne venait pas de Dieu et que la prière n’était pas le seul recours possible, Ils apprirent que les humains qu’ils sont, possèdent des capacités, des possibilités d’obtenir quelque chose, de changer quelque chose dans leurs conditions de vie. Ils cessèrent de croire dans les Saints.

Ce fut pour eux la grande rupture. Croire dans les Saints, c’est penser que la vie est décidée hors d’eux. Ils apprirent à  penser par eux-mêmes, à  donner sens à  leur vie par eux-mêmes, rompant ainsi leur dépendance vis-à -vis du clergé. Une fois qu’ils purent savoir que les saints étaient de bois et de plâtre, leur pensée s’est libérée.

En arrivant à  la ville ils découvrirent que non seulement leur Eglise y était absente, mais aussi que le message de l’Eglise ne fournissait pas de réponse à  leur nouvelle situation. Sans clergé auprès d’eux, ils durent chercher par eux-mêmes une nouvelle religion. Et apparurent les pentecôtistes.

L’expérience historique montre que la grande crise de la modernisation se produit durant l’enseignement secondaire, autour des 15 ans. L’immense majorité des pauvres n’y parvient pas, sauf dans de rares pays comme le Chili ou l’Uruguay. Viendra un jour o๠les pauvres entreront dans l’école secondaire et y traverseront la même crise. Alors les Eglises pentecôtistes cesseront d’être tellement attirantes pour eux.

Les pentecôtistes conservent la cosmologie religieuse traditionnelle : Dieu et Satan ; le ciel, la terre et l’enfer ; le péché et les châtiments divins ; les tentations de Satan, le problème du salut comme problème de essentiel de la religion.

De plus les pentecôtistes abandonnent le culte des saints. Il ne reste qu’un seul Saint, un seul Sauveur, qui est Jésus-Christ. Jésus-Christ apporte la solution à  tous les problèmes. Il n’y a plus besoin des Saints pour solutionner les problèmes de la vie. Jésus apporte la solution à  tout, Recourir aux Saints n’est qu’une illusion. Et ainsi, les pentecôtistes prennent conscience d’être intellectuellement plus développés. Ils ont découvert que les forces surnaturelles attribuées aux Saints n’existent pas et que seul Jésus existe.

De même les pentecôtistes s’émancipent du clergé. Les pasteurs sont des messagers de l’évangile, des conseillers, des prophètes qui exhortent, mais ils n’ont pas d’autorité sur les personnes, puisque chacun entre directement en relation avec Jésus-Christ. Il en résulte une émancipation du sujet humain. Les convertis au pentecôtisme se sentent plus libres, plus forts, plus capables et plus responsables. Ils se sentent plus armés pour affronter la dure vie des pauvres au coeur de la ville.
Il y a eu et il existe encore diverses tentatives pour adapter le schéma pentecôtiste à  un public cultivé de classe moyenne. On y insiste sur l’expérience de l’Esprit Saint. La conscience d’être sujet augmente. Il existe des mouvements catholiques et d’autres protestants.

Et voici que maintenant, les pasteurs et meneurs pentecôtistes apprennent, chaque fois plus, les techniques du show et celles de la communication qui leur enseignent comment éveiller et orienter les émotions collectives. Ces mouvements pentecôtistes peuvent provoquer des phénomènes névrotiques graves. Dans beaucoup de groupes, les leaders contrôlent les émotions pour éviter d’en arriver à  des situations de perturbation psychique intense. Mais tous ne le font pas. Aux à‰tats-Unis, ces mouvements se développèrent surtout à  partir des années 70. Ils parvinrent à  pénétrer fortement le public plus conservateur. Ils constituent un groupe important dans le parti Républicain, et ils se trouvent un leader dans la présidence du pays elle-même.

En général, les pentecôtistes traditionnels et populaires n’acceptent pas et ne reconnaissent pas comme chrétiennes des organisations comme « l’Eglise universelle du Royaume de Dieu », ou « l’Eglise internationale de la Grâce de Dieu », qui, à  partir du Brésil, se sont répandues dans le monde entier. Elles utilisent, en effet, des techniques de communication qui permettent de mettre en doute la sincérité de leur foi. Dans ce cas, les néo-pentecôtistes vont rejoindre les nouvelles formes religieuses nées dans le contexte nord-américain et qui font partie de la nouvelle culture propre au système néolibéral dominant.

Le pentecôtisme peut encore se développer, surtout si les Eglises historiques ne parviennent pas à  pénétrer de façon massive dans le monde populaire. Mais il ne pourra devenir permanent, parce que, peu à  peu, les mêmes classes pauvres seront de plus en plus scolarisées et entreront dans les mêmes problèmes religieux propres à  la modernité et la postmodernité. Cette évolution dépendra de l’évolution sociale. Le système actuel d’exclusion peut encore durer quelques années, 10, 20 ou 50 ans, selon la résistance de la nouvelle bourgeoisie capitaliste et sa capacité de maintenir son pouvoir sur la société. Les prophéties historiques se réalisent souvent avec beaucoup d’années de retard.

L’EVANGILE ?

La grande crise culturelle des années 70 affecte profondément la religion traditionnelle de la chrétienté et probablement toutes les religions. Mais elle n’affecte pas l’évangile. Dans la ruine de la religion traditionnelle et la venue d’une nouvelle société il n’y a rien qui puisse atteindre l’évangile. Celui-ci garde intact toute sa valeur. Il n’a pas été attaqué. Il ne fut pas attaqué non plus durant les phases de développement de la modernité. Au contraire, tous les nouveaux mouvements cherchaient à  réaliser l’évangile, tout en dénonçant que l’église n’annonçait pas ce même évangile.

La structure ecclésiastique inclut l’évangile dans son propre système religieux. De l’extérieur, on ne le découvre cependant pas si facilement dans l’Eglise. Celui qui a de la chance, le découvre dans tel évêque déterminé, tel prêtre, telle religieuse ou religieux, tel laïc¦mais pas dans l’institution, ni dans l’Eglise universelle, ni dans les organisations locales de l’Eglise. Le système religieux occupe tout l’espace visible.
L’évangile envoie les chrétiens au monde. La religion convoque les chrétiens pour qu’ils viennent participer au culte. L’évangile annonce que le Royaume de Dieu est déjà  présent, est déjà  à  l’oeuvre en ce monde et pas seulement au ciel. Le messager de l’évangile est la personne qui vit une vie comme tout le monde parmi des personnes égales, leur montrant le chemin de Jésus comme projet de vie qui conduit au bonheur, non seulement au ciel, mais aussi sur cette terre.

Au contraire, le religion propose une participation au culte céleste. Le culte sépare de ce monde pour réaliser une entrée dans le monde du ciel, en participant à  la liturgie des saints et des anges. La religion est le domaine du clergé en tant que classe sacrée et réservée pour le culte.
Au milieu du XIXème siècle apparaissent des laïcs réellement porteurs de l’évangile. Ils créent des groupes et des associations. Ils furent fréquemment censurés par la hiérarchie. Ce mouvement aboutit au XXème siècle à  l’Action Catholique. Le moment est venu de faire renaître quelque chose de semblable à  l’Action Catholique en lui donnant plus d’espace qu’au XXème siècle. L’Action Catholique échoua finalement et disparut parce qu’on ne lui laissa pas la liberté suffisante. Les mouvements furent subordonnés au clergé, et aux institutions traditionnelles comme les paroisses. Ses activités furent fortement subordonnées aux activités des paroisses et autres institutions catholiques. Finalement, personne ne trouva plus dans de tels mouvements une orientation pour une vie chrétienne au milieu du monde. Ils abandonnèrent l’Eglise aux mains d’un clergé toujours moins nombreux et moins intéressé par le monde.

Cependant, on sent la nécessité de tels mouvements qui jouissent d’une totale liberté pour réaliser dans le monde les activités qu’ils trouvent plus conformes à  l’évangile. Il ne s’agit pas de fonder des institutions nouvelles, universelles ni éternelles. Le plus nécessaire sera des institutions qui ne perdurent pas, mais qui durent une génération puis laissent l’espace libre pour du neuf, ou du moins pour la génération suivante.

L’avenir de la religion

La religion appartient à  la condition humaine. Il y a des gens qui peuvent vivre sans religion, comme il y a des gens qui ne savent pratiquer aucun instrument musical, qui ne voyagent pas, qui n’apprennent pas de langues, mais tous ces manques diminuent leur propre humanité.
C’est pourquoi, dans n’importe quelle culture, il y a une religion, et si la culture change, la religion changera également ; et une autre apparaîtra. Nous sommes à  un moment crucial de l’histoire pour cette raison que la culture connait un changement radical.

La religion a un avenir, mais pas nécessairement les religions que nous connaissons à  ce jour. La religion traditionnelle de la chrétienté n’a pas beaucoup d’avenir parce qu’elle est déjà  incompréhensible. Or la nouvelle culture veut comprendre.

La fondation d’une nouvelle religion peut durer des siècles, mais dès le départ quelques indices apparaissent. Beaucoup de groupes, de nombreuses institutions, vont apparaître et disparaître. Mais au milieu de tout cela, il y a quelque chose qui se cherche.

Jésus n’a fondé aucune religion. Il a laissé la porte ouverte pour que ses disciples créent la religion la plus adaptée à  leur culture. Cela s’est réalisé de façon inconsciente, ou du moins, sans que personne n’aie conscience que se construisait une religion nouvelle. C’est ainsi que cette religion que nous connaissons et pratiquons, s’est constituée à  l’intérieur de l’Empire Romain. Ce fut une circonstance historique. Mais d’autres peuvent apparaître. Nous sommes au commencement de l’histoire du monde et de l’évangélisation. Jusqu’à  présent, le christianisme n’a pénétré que dans une seule culture (avec deux variantes) à  partir de ce qu’il y avait dans l’empire romain. Ce n’est qu’un commencement, une première étape. Le plus probable est qu’il n’y aura pas de rupture radicale, mais une évolution progressive. Certaines institutions ou pratiques vont disparaître et d’autres vont apparaître. Après quelques siècles ont se rendra compte qu’un nouvel ensemble est apparu.

Dès maintenant nous pouvons percevoir quelques orientations. Quand il s’agit de l’avenir, de nombreuses opinions sont possibles. Mais cela n’interdit pas que chacun puisse proposer comment il perçoit l’évolution.
En premier lieu, il est probable que la religion du futur sera plus mystique que cultuelle. Elle donnera plus d’importance à  l’écoute de la parole de Dieu qu’au culte. Ce sera davantage une prière d’écoute et d’accueil qu’une prière de demande et d’adoration. Le culte sera beaucoup moins la célébration du pouvoir de Dieu, et bien plus la célébration de sa présence discrète et humble dans notre monde.

En second lieu, la religion de l’avenir donnera moins d’importance aux objets religieux et beaucoup plus au sujet ; moins d’importance à  la lettre des dogmes et plus de chaleur à  ce que vit chacun qui marche en suivant de Jésus. Il y aura moins de nécessité d’objectiver la religion, en séparant clairement les objets religieux des forces de l’univers. La Bible avait fort peur de la nature matérielle de l’univers parce qu’elle vivait parmi des religions qui identifiaient la divinité avec des phénomènes naturels. Il y avait à  faire une distinction entre Dieu et les forces de la nature. Mais cela nous a trop distancié de la nature et de sa dynamique. L’intégration de la religion dans la vie de l’univers manque. Car l’univers n’est pas fait d’objets inertes. La terre vit, change, produit¦ et elle souffre actuellement des blessures qu’une civilisation excessivement destructrice lui inflige.

En troisième lieu, le sujet nait au sein du dialogue avec un autre sujet. Il nait grâce à  la relation réciproque avec d’autres sujets. La religion traditionnelle présente aux personnes un monde religieux complet en lui-même et sa communication se fait à  travers la transmission de ce monde religieux extérieur à  la personne (dogmes, rites, préceptes, institutions).

Tout indique que ce monde d’objets religieux devra céder la place à  la relation vivante entre personnes égales. La caste sacerdotale disparaitra progressivement, avec tous les signes du sacré qui lui furent attribués au cours des siècles. Car le statut sacerdotal empêche une relation simplement humaine. Il est très difficile de se passer du caractère sacré du prêtre. Seuls quelques laïcs qui sont en relation étroite avec eux en arrivent à  une relation humaine normale. Même à  l’intérieur de la famille, les relations entre frères en sont touchées.
En quatrième lieu, les chrétiens de demain auront besoin de petites communautés au sein desquelles les relations seront de fraternité. La famille perd son importance parce que chacun des enfants mène sa vie et que la vie les mène dans des endroits éloignés l’un de l’autre. Les relations de voisinage disparaissent. Ce dont on a besoin, ce sont des relations entre personnes qui participent à  la même religion, partagent les mêmes finalités, les mêmes valeurs.

L’époque de la chasse aux hérésies est passée. Il n’y a plus nécessité d’un clergé qui veille constamment à  ce que le troupeau ne tombe dans une hérésie. Il y aura encore des condamnations mais elles ne seront pas prises au sérieux ; ce qui arrive déjà  actuellement. Malgré la résistance de la hiérarchie, la verticalité de l’Eglise n’a plus beaucoup d’avenir.

Dans une Eglise de libération des laïcs, la créativité va réapparaître dans tous les aspects de la vie. Les clercs n’auront plus la responsabilité de tout inventer. Il y aura dans le peuple chrétien beaucoup d’initiatives et beaucoup de nouveautés. Rien de cela n’est imaginable actuellement.
Actuellement, ce que nous avons à  faire, est de donner à  voir l’évangile, la bonne nouvelle de Jésus-Christ telle qu’elle était aux origines, libre de tout cet apparat religieux avec lequel ils la couvrirent durant des siècles au point qu’elle disparaisse sous ce manteau multiculturel qu’ils lui donnèrent. Cela suffit d’évoquer les représentations artistiques traditionnelles, la littérature pieuse de toujours, les dévotions populaires ou moins populaires. Tout cela cache le vrai visage de Jésus-Christ.
Une religion est nécessaire. Mais rien n’exige qu’elle soit la même en Occident, en Afrique, en Inde, en Chine ou au Japon. Dans ces pays, il y a beaucoup de sympathie pour les églises. C’est un signal pour l’avenir.

La religion remplace la présence immédiate de Jésus-Christ, ce qui de toute façon serait inévitable. Jésus devait disparaître de ce monde pour être connu dans le monde entier. Mais sa présentation aux divers peuples engendra la religion chrétienne que nous connaissons.
Il se fait que les minorités qui restent fidèles aux pratiques de la religion ancienne de la chrétienté sont celles qui peuvent le moins percevoir ce qui se passe dans le monde. Elles n’éprouvent aucun besoin de changement. +Elles sursautent de peur à  la moindre suggestion de changement. De même le clergé, pour être au service de ces minorités, n’a aucune possibilité de saisir ce qui se passe. Seules quelques personnes marginalisées dans ces minorités peuvent comprendre et préparer l’avenir.

Lors des années de gloire de l’Eglise en Amérique Latine, entre 1960 et 1985 environ, apparurent des premiers signes de l’Eglise de l’avenir. Ils provoquèrent de la peur et ils furent finalement rejetés. Mais ils seront des modèles pour les générations futures, une fois achevée l’époque actuelle de restauration de l’antique chrétienté. Celle-ci est une solution impossible et qui va perdre chaque fois plus de crédibilité.
J’ai moi-même présenté don Helder Camara comme la préfiguration de l’évêque de demain. A Rome, on le prenait pour un fou. Mons. Leonidas Proaà±o de Riobamba, en Equateur, on l’accusait d’avoir la manie des indiens ; car vivre au service des indiens ne pouvait être que l’effet d’une déformation psychologique.

Le fils de l’Abbé Pierre?

Ce 25 mai, la sortie d’un livre éveille toutes les curiosités. Sous le pseudonyme de Jean-Christophe Escaut, éducateur spécialisé, chansonnier et galeriste d’art, un homme raconte son lien privilégié avec Henri Grouès sous le titre « l’Abbé Père ». Une question le taraudait tout au long de ces années : « suis-je le fils naturel de l’abbé Pierre? ».

En 1982, à  l’occasion de la mort de sa mère, une femme qu’il présente comme « évaporée, égoïste, narcis-sique, toujours en maraude » et qui avait abandonné mari et enfants, il apprend qu’en réalité elle avait passé six années dans la première com-munauté Emmaà¼s à  Neuilly-Plai-sance, en même temps que l’Abbé. Ce dernier manifeste une très forte sympathie à  cette famille. Selon lui, la première accueillie à  Neuilly-Plaisance. La rumeur va plus loin : au début des années cinquante, Henri Grouès aurait été l’amant de cette femme. Pourtant, le fondateur d’Emmaus nie farouchement un tel lien : « jamais il ne m’est arrivé aucune union avec sa mère ».

Pour apaiser les inquiétudes de Jean-Christophe, le personnage préféré des Français finit par se soumettre à  un test de paternité, en juin 2004 (à  92 ans), par prélèvement de salive, réalisé par le laboratoire de la préfecture de police de Paris. Ce test s’avère négatif. Pourtant Jean-Christophe s’entête et soutient que le test aurait été fait dans des conditions douteuses. La reconnaissance par l’abbé d’avoir manqué à  la continence du clerc lui semble valoir aveu implicite.

La conviction subjective d’une filiation, surtout à  l’égard d’une personnalité aussi charismatique et incarnant la paternité, peut s’expliquer d’un point de vue psychologique. Cependant, la polémique soulevée autour de cette paternité en l’occurrence ici fort improbable soulève néanmoins la question de la vie affective des prêtres et des paternités clandestines, souvent à  l’origine de profondes souffrances et de tragédies humaines.

Le peuple de Dieu (5ème et dernier épisode)

Résumé des épisodes précédents : Au cours d’une réunion dans la salle paroissiale, les assistants sont d’abord très étonnés que Pierre Jourdan, divorcé d’un premier mariage civil dont il a eu quatre enfants, ait pu se remarier religieusement puis stupéfaits d’apprendre que ce mariage ait été célébré par Raymond, un prêtre abandonné à  la naissance par une mère prostituée. Pour répondre à  la veuve Santoni, scandalisée qu’un évêque ait pu ordonner ce jeune homme, le curé rappelle le passé peu glorieux de Benoît IX. La veuve exaspérée préfère quitter la salle après avoir rendu Vatican II responsable de la dégradation actuelle de la religion. Dans un esprit de conciliation, quelques jeunes paroissiens préparent une cérémonie un peu particulière.

Non loin de l’église, habite mademoiselle Bonnet, une ancienne modiste fort âgée dont la principale source de revenus était la fabrication de coiffures pour dames, ce qui prouve une fois de plus que l’origine des patronymes remonte souvent au métier. Hélas ! Depuis que le port du chapeau est progressivement tombé en désuétude et surtout depuis qu’il n’est plus de rigueur pour les femmes qui assistent à  un office religieux, elle a été contrainte de fermer boutique et de vivoter de menus travaux de couture.

Ce jour-là , on tambourine à  sa porte : une demi-douzaine de jeunes filles, quelque peu excitées, présentent leur requête peu banale : elles désirent se procurer des chapeaux qui étaient à  la mode dans les années 60. Pour rassurer la vieille femme qui se tenait sur ses gardes, la plus hardie, doublée d’une pince-sans-rire, lui confie que, compte tenu du retour imminent de l’ancienne liturgie préconisé par Benoît XVI , elles prennent les devants.
Sur ce, la brave femme les invite à  fouiller dans sa réserve riche en modèles variés : chapeaux en feutre, en gabardine, en paille ; à  plume, à  fleurs, à  rubans ; capeline, cloche, ¦
Finalement, ces inespérées clientes partent avec une vingtaine de modèles contre une somme forfaitaire de 150 € , laissant la commerçante aussi ravie que dubitative.

Dans le même temps, leurs camarades masculins rendent visite à  quelques paroissiens pour mettre au point le déroulement d’une prochaine messe dominicale.
Le jour J, avant le début de la cérémonie, les couples mis dans la confidence se séparent, les hommes à  droite de la nef, les femmes à  gauche. Arrive la veuve Santoni qui, selon son habitude, s’installe au premier rang à  droite. Aussitôt, la fille du pharmacien chapeautée lui demande courtoisement de changer de côté. La quasi-titulaire de la chaise s’exécute mécaniquement, doublement interloquée par la coiffure de son interlocutrice et par son étrange invitation. Instinctivement, elle se retourne pour constater la répartition des fidèles et, derrière elle, la présence de nombreuses femmes portant coiffure. Son étonnement fait place à  la stupeur quand elle entend le célébrant et les fidèles s’exprimer exclusivement en latin. Désemparée par ces changements dont elle n’a pas été avertie, elle se ressaisit car, selon le planning établi au début du mois, elle doit lire la première des trois lectures, celle qui est extraite de la Bible. Elle se lève pour se diriger vers l’autel, mais, du choeur, Frédéric lui fait signe de se rasseoir tandis que le célébrant entame aussitôt la lecture de l’épître suivie de celle de l’évangile. Que se passe-t-il ? C’est sa plus fidèle amie qui devait lire l’épître ! Dans son homélie, le curé, secrètement complice des jeunes, informe les fidèles que la cérémonie se déroule conformément au voeu de Benoît XVI et selon les habitudes paroissiales antérieures au concile de Jean XXIII. La veuve Santoni n’est plus capable de suivre le cours de la messe, mais
elle sort de sa torpeur pour plonger dans une muette exaspération quand la chaisière lui réclame sa participation aux frais de rempaillage.

Avant la bénédiction finale, le curé dit sa joie d’accueillir deux jeunes catéchumènes, François et Nicolas, les enfants de Marc (1), qu’il va baptiser après la messe. Dès à  présent, il permet à  un groupe d’adolescents de célébrer l’événement à  leur façon. Ces derniers se lèvent pour aller chercher leurs instruments de musique dans la sacristie : guitares, flà»tes à  bec, tam-tam pour accompagner ce chant spontanément entonné par de nombreux fidèles :

(1) Marc est le nouveau mari de Christine, mariée religieusement puis divorcée.


Je cherche le visage, le visage du Seigneur,

Je cherche son image tout au fond de vos coeurs ¦

Compte tenu des applaudissements scandés des deux côtés de la nef, le curé précise que le recours à  l’ancienne liturgie était exceptionnel mais qu’il avait voulu faire un geste envers ceux qui y sont attachés.

Après la bénédiction, les assistants sont invités à  rester pour montrer leur solidarité envers les baptisés.

Entre les fonts baptismaux et le porche, la veuve Santoni attend les nouveaux chrétiens pour les embrasser.

Fin

Berlusconi: la paille et la poutre

Mgr Alessandro Maggiolini, évêque de Côme jusqu’à  une date récente est parti à  la retraite. Ses déclaration si tonitruantes, dans le sens du néo-conservatisme le plus intransigeant, étaient souvent l’occasion de polémiques. Son successeur s’inscrit dans une toute autre ligne, dite libérale, et qui se retrouve dans le style pastoral et l’enseignement du cardinal Martini. Mgr Diego Coletti, né en 1941, se présente d’ailleurs comme un fils spirituel de l’ancien archevêque de Milan. Théologien à  l’esprit éclairé, il a d’ailleurs été choisi par Carlo Maria Martini lui-même comme Recteur du Collège Lombard de la Ville éternelle, signe de confiance. Le poste est d’ailleurs stratégique. On le considère comme un véritable tremplin vers de plus hautes fonctions dans l’Eglise. Ainsi, le prédécesseur de Mgr Coletti, un certain Dionigi Tettamanzi, est-il devenu archevêque de Milan et cardinal.

Don Diego Coletti a été nommé en décembre 2000 évêque de Livourne. Le siège est considéré comme stratégique. Il faut savoir en efffet que les deux titulaires précédents étaient connus pour leurs positions plutôt progressistes, ce qui n’est pas si fréquents en Italie : Mgr Emilio Guano (mort en 1970, connu pour ses positions audacieuses au Concile Vatican II) puis Mgr Alberto Abiondi (très engagé dans le dialogue oecuménique). Mgr Coletti était avec Mgr Renato Corti, l’évêque de Novare, l’un des favoris de Carlo Maria Martini pour sa succession. L’orientation clairement libérale de cet évêque par ailleurs très brillant lui a coupé la voie au siège de Saint Ambroise.

A la surprise des observateurs, car Mgr Coletti semblait confiné à  Livourne ne s’inscrivant pas dans la ligne du cardinal Ruini ni du Pontife Romain actuel, Joseph Ratzinger le choisit pour remplacer le très conservateur Sandro Maggiolini, lequel laisse son siège à  un évêque notoirement en opposition avec lui sur les questions de fond. On sait que le favori pour le siège de Côme était en réalité Mgr Luigi Negri, lié comme l’évêque Maggiolini à  « Communione e Liberazione » et qui ne cesse de prendre des positions intransigeantes.

La tentative de récupération politique du « family day », fort grossière en vérité (mais ne dit-on pas : « plus c’est gros plus cela passe ») d’un Silvio Berlusconi a irrité Don Diego. L’ancien président du Conseil, lui-même divorcé remarié, avait eu l’impudence de dire que les catholiques qui votaient à  gauche se trouvaient dans une contradiction intolérable. Pour Mgr Coletti, Berlusconi « a encore perdu une occasion de se taire ». D’autant plus qu’un magazine people a souligné le goà»t de l’ancien président italien, présenté parfois comme un « polygame heureux », pour les belles et jeunes femmes italiennes. Ainsi, « Oggi », le « Voici » italien, a publié en exclusivité des clichés représentant Berlusconi, un septuagénaire très vert, en compagnie de pulpeuses créatures (bien entendu sans son épouse). Le titre de l’article était d’ailleurs fort explicite : « le harem de Berlusconi ». On peut voir des photographies du Cavaliere, dans sa villa très chic de Sardaigne, accompagnés de charmantes jeunes femmes, assises sur ses genoux. La paille et la poutre ?

Le cardinal Martini contre le ‘Jésus’ du Pape

A l’occasion de la présentation du premier livre du pape à  l’Unesco, à  Paris, le 23 mai, pour sa publication en français, le cardinal Carlo Maria Martini a porté un oeil relativement critique sur le livre de Benoît XVI, Jésus de Nazareth. La cérémonie était placée sous le haut patronage de la Conférence des évêques de France et de Mgr Fortunato Baldelli, nonce apostolique à  Paris. L’archevêque émérite de Milan et exégète, jésuite, aujourd’hui retiré à  l’Institut biblique de Jérusalem y est intervenu avec Mgr Joseph Doré, sulpicien et théologien, archevêque émérite de Strasbourg.

Parlant du œtrès beauœ livre signé ˜Joseph Ratzinger – Benoît XVI’, le cardinal italien s’est cependant tout d’abord arrêté son œambiguïtéœ. œEst-ce le livre d’un professeur allemand et chrétien convaincu, ou est-ce le livre d’un pape, avec son poids magistériel ?œ s’est-il interrogé. En rappelant que dans sa préface, le souverain pontife indiquait que son livre œn’est en aucune manière un acte du magistèreœ, mais œuniquement l’expression de (sa) quête personnelleœ et que chacun était libre de (le) contredire.

œNous sommes prêts à  faire ce crédit de bienveillance, mais nous pensons qu’il ne sera pas facile pour un catholique de contredire ce qui est écrit dans ce livreœ, a relevé le cardinal. Pour lui, œpeut-être aurait-il été mieux d’omettre totalement la mention du pape dans la première page du livreœ et de ne le signer que du nom de Joseph Ratzinger.

L’archevêque émérite de Milan et ancien papable a alors expliqué qu’il tentait de considérer ce livre œdans un esprit de libertéœ. Il n’a pas hésité à  rappeler que œl’auteur n’est pas exégète, mais théologien, bien qu’il se meuve avec aisance dans la littérature exégétique de son tempsœ et qu’il œn’a pas fait d’études de première main par exemple sur les textes bibliques du Nouveau Testamentœ.

œJe vois que tous ne vont pas se reconnaître dans la description qu’il donne de l’auteur du quatrième Evangileœ, quand Benoît XVI écrit œl’état actuel de la recherche nous permet tout à  fait de voir en Jean le fils de Zébédée, ce témoin qui répond solennellement de son témoignage oculaire en s’identifiant aussi comme le véritable auteur de l’Evangileœ, a-t-il dit.

Pour le cardinal Martini, le vrai titre du livre devrait être œJésus de Nazareth hier et aujourd’huiœ, car œl’auteur passe avec facilité de la considération des faits concernant Jésus à  l’importance de ce dernier pour les siècles suivants et pour notre Egliseœ. Le haut prélat a alors relevé avec plaisir que les allusions aux questions contemporaines contenues dans l’ouvrage lui donnaient œune ampleur et une saveur que d’autres livres sur Jésus, centrés sur la discussion méticuleuse des seuls événements de sa vie, n’ont pasœ.

Bref, le cardinal Martini offre une lecture critique toute en nuance de l’ouvrage du Pape sur Jésus.

Francis Serra avec APIC