A peine moins que Dieu

« Il dit » et « Il fait » les formules reviennent comme un refrain, et le « fait » est déjà  dans le « dit ». Les deux moments sont comme un seul. Cette hymne à  la Création multiplie les allusions aux croyances contemporaines de leurs auteurs. Nous sommes à  Babylone, la religion d’empire a son « credo » expliquant l’origine du monde. La communauté des exilés s’empare du mythe. Par petites touches et « mine de rien », elle s’en prend aux « vérités » de la civilisation contemporaine. Elle s’oppose à  la multiplicité des dieux babyloniens, concentre notre attention vers un seul Acteur, rabaisse le Soleil et la Lune (divinisés par les religions antiques) aux rangs de luminaires, création du quatrième jour. L’auteur sacré récapitule toute la religion à  partir du Dieu Unique : le premier jour, Il « dit » et la Lumière « fut »¦

En cette nuit pascale, nous sommes gagnés par la poésie, et la mélodie d’un texte qu’aujourd’hui nous savons ne plus prendre à  la lettre. Le récit est catéchèse pour nous parler du 7èmejour réservé à  la prière et pour situer l’homme dans l’Univers. Précisément que dit-il de nous ?

La Bible et sa Culture dans le commentaire dense consacré à  cet extrait observe : « Dieu crée en séparant, c’est-à -dire en instaurant des relations entre les réalités qu’il individualise. On notera que cette pensée est loin d’être étrangère à  notre psychologie moderne, qui sait combien il est important de sortir de l’indistinction et du fusionnel, pour que l’être humain trouve son identité en entrant dans un monde de différences et de relations ».

Donc après avoir séparé les divers entités de sa création, le Seigneur Dieu en vient à  une sorte de délibération par un verbe à  la première personne du pluriel inédit jusqu’alors : « faisons l’homme à  notre image, comme notre ressemblance ». Et cette nouvelle créature est d’emblée masculin et féminin. Le commentateur précité observe encore les différences par rapport à  la consigne d’être féconds et de se multiplier adressée aux animaux : à  présent cette consigne est donnée de personne à  personne : « il leur dit ».

« A peine les fis-tu moindre qu’un dieu » : le verset 6 du psaume 8, ferait allusion aux anges. Mais est-ce qu’à  l’heure du Big Bang supposé à  l’origine de notre monde, de l’agnosticisme, du relativisme, le texte de la Genèse ne dit-il pas davantage ? A l’heure o๠l’homme préfère rester ouvert à  toutes les hypothèses sur ses origines et ceux de l’Univers, à  l’heure o๠l’homme se sait capable des plus grandes prouesses techniques tout en n’aspirant qu’aux bonheurs de la terre, à  l’heure o๠la mort devient une fin absolue sauf hypothétique ré-incarnation, que peut bien nous révéler de solide, de crédible et d’engageant ce texte de la Genèse ?

Il pose le principe Dieu, -Quelqu’un d’autre-, est à  l’origine des existences et de notre existence (un postulat somme toute raisonnable ou tout au moins envisageable). Pour l’homme, à  la fois masculin et féminin, il a voulu des êtres à  son image et à  sa ressemblance, des êtres libres, autonomes, bénéficiaires de toute la création pour le bon (il vit que tout cela était bon), pour le bonheur. Qu’avons-nous fait de notre toute puissance, qu’en faisons nous quotidiennement, que faisons-nous de notre environnement, que faisons-nous de nos relations, quelle est notre ouverture à  l’Autre et aux autres ?

Le Fils de l’Homme est Fils de Dieu¦ Il est venu rétablir l’amitié et la filiation méconnues. Il a aimé les foules, il a aimé les pauvres, il a reçu et interpellé les riches, il nous a aimé et il nous aime¦ Il s’est donné à  la mort, pour nous ramener à  la Vie. Changer notre regard sur le monde, chercher sa Présence, aimer et se savoir aimé.

© Jean Doussal

Spécial Semaine Sainte

Jeudi Saint

Luc 22 17-22

Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit :
« Prenez-, partagez entre vous. Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à  ce que vienne le règle de Dieu. »

Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant :
« Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Et pour la coupe, il fit de même à  la fin du repas, en disant :

« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. Cependant la main de celui qui me livre est là , à  côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l’homme qui le livre ! »


Dîner d’adieu

Après avoir bouclé trois années de périple,
Jésus, avant la nuit de ce dernier Jeudi,
Se rendit au cénacle, escorté des disciples
Qu’il avait invités à  dîner avec lui.

Mais au cours du repas, Jésus quitte son siège,
Pose son vêtement pour nouer à  sa ceinture
Un linge de maison. “ « Quel est donc ce manège ? »
S’interroge Judas, perdu en conjectures.

Après avoir versé de l’eau dans un bassin,
Jésus demande à  tous d’enlever leurs sandales
Pour leur laver les pieds. Le visage sanguin,
Simon Pierre s’insurge en criant au scandale.

Mais Jésus lui répond : « Tu m’appelles Seigneur
Et tu as bien raison mais les uns pour les autres,
Faites comme je fais ; soyez des serviteurs. »

Puis Jésus se rassoit au milieu des apôtres

Pour ajouter : « Je sais que votre coeur est pur

Mais pas celui de tous. »
Judas, fils de Simon,
Comprenant que Jésus connaît ses intentions,
Furtivement achèvera sa forfaiture.

A la fin du repas, d’un geste naturel,
Jésus prend un morceau de pain et se recueille
Avant de formuler ces mots sacramentels :
« Ceci est mon corps.

“ Quoi ! » Se lançant des coups d’oeil,
Les apôtres choqués pensent qu’il déraisonne.

« Quel rapport y a-t-il entre ce bout de pain
Et le corps du Messie ? Aucun ! Jamais personne
Ne prendra au sérieux ce discours sibyllin. »

La réalité peut dépasser la fiction.
Le Christ en est toujours une démonstration


Vendredi Saint

Jean 12 1-8

Six jours avant la Pâque, Jésus se rendit à  Béthanie o๠était Lazare, le mort qu’il avait ressuscité. Là , on lui donna à  souper : Marthe servait et Lazare était un de ceux qui étaient à  table avec lui. Marie ayant pris une livre d’un parfum de nard pur très précieux, en oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux. Toute la maison fut remplie de l’odeur de ce parfum. Alors, l’un de ses disciples, Judas Iscariote, celui qui devait le livrer, dit :

« Pourquoi n’avoir pas vendu ce parfum trois cents deniers et n’en avoir pas donné l’argent aux pauvres ? »
Il disait cela, non qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était voleur et qu’il tenait la bourse et prenait ce qu’on y mettait. Jésus lui dit donc :

« Laisse-la en paix ; elle a voulu garder ce parfum pour le jour de ma sépulture. Vous aurez toujours des pauvres avec vous, mais, moi, vous ne m’aurez pas toujours. »

Marie, le parfum et Judas

Que vous soyez croyants ou incroyants, jamais
Vous ne prénommerez votre garçon Judas,
Comme si ce prénom, lourd de sens, héritait
De l’inclination à  machiner des coups bas.

Un jour, Marie, la soeur de Marthe, à  Béthanie,
Inonde de parfum la tête du Messie.
Judas, le trésorier de la congrégation,
Marque sa déception :

« Du parfum, on pouvait tirer trois cents deniers
Qu’on aurait distribué aux pauvres du quartier. »

Pourquoi l’apôtre Jean
Soupçonne-t-il Judas
D’avoir eu l’intention de dérober l’argent ?
C’est une hypothèse qui ne me convient pas.

« Dis-moi, Judas, pourquoi as-tu vendu ton maître ?
C’était sans doute que tu espérais voir naître
Un peuple libéré de l’oppression romaine
Par un meneur venu du ciel,
Un conquérant providentiel.
Tu n’avais rien compris mais l’erreur est humaine.

O๠es-tu maintenant ? C’est sà»r, au paradis,
Comme l’ami Pierre qui a renié Jésus ;
Comme nous y serons, malgré nos perfidies
Dont probablement nous ne nous souvenons plus.

Matthieu 27 15-24

C’était la coutume, à  chaque fête, que le gouverneur relâchât un prisonnier, celui que le peuple voulait. Or, on détenait alors un prisonnier fameux nommé Barabbas. Pilate ayant fait assembler la
multitude, lui dit :

« Lequel voulez-vous que je relâche ? Barabbas ou Jésus, qu’on appelle Christ ? » Car il savait que c’était par envie que les sénateurs l’avaient livré. D’ailleurs, pendant qu’il siégeait sur son tribunal, sa femme lui avait fait dire :

« Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car j’ai eu aujourd’hui des rêves affreux à  cause de lui. »

Mais les grands prêtres et les anciens persuadèrent le peuple de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Le gouverneur, prenant la parole, leur dit :

« Lequel des deux voulez-vous que je relâche ? “ Barabbas. » dirent-ils. Pilate reprit :

« Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle Christ ? » Ils dirent tous :

« Qu’il soit crucifié ! “ Quel mal a-t-il donc fait ? » dit le gouverneur. Mais ils crièrent encore plus fort :

« Qu’il soit crucifié !  » Pilate voyant que son insistance ne servait à  rien, mais que le tumulte allait croissant, prit de l’eau, se lava les mains à  la vue du peuple et dit :

« Je suis innocent du sang de ce juste : cela vous regarde. »

Pilate

Le plus souvent Pilate habitait Césarée.
C’était le gouverneur romain de la Judée
Surtout chargé de maintenir l’ordre public
Tout en tenant compte de l’esprit hébraïque.

Vers l’an trente, il apprend qu’un curieux pérégrin
Harangue les foules, malgré l’opposition
De plus en plus vive de tout le sanhédrin.
Alors il a peur que les manifestations
Tournent brusquement à  l’émeute,
Car, sous ses grands airs, c’est un pleutre.

A contrecoeur, il doit gagner Jérusalem
Pour mettre un terme à  ce problème.

Lorsque les pharisiens lui présentent Jésus,
Pilate est plus ou moins déçu.
Il s’attendait à  voir un mystificateur,
Un peu hâbleur et ironique.
Que voit-il ? Un homme, vêtu d’une tunique,
Qui reste indifférent à  ses dénonciateurs
Et qui se borne à  répéter : « Oui, tu l’as dit,
Je suis le roi des Juifs, c’est bien moi le Messie. »

Pour un esprit romain, c’est un fabulateur,
Mais pour les pharisiens, c’est un blasphémateur
Qui mérite la mort par la crucifixion,
Sans avoir échappé à  la flagellation.

« Ce n’est pas parce que tu t’en laves les mains,
Ponce Pilate, que tu es innocenté.
Mais, si le Christ est mort, c’est pour te racheter
Toi, et tous les êtres humains. »

Le monde occidental est un monde prospère
Dont l’argent est le maître et la loi, le profit ;
Un monde à  qui le sort du quart monde indiffère,
Du quart monde que, sans procès, il crucifie.

Benoît XVI et les édulcorants

Les « édulcorants » : ce sont tous ceux qui se sont efforcés de donner du dernier motu proprio de Benoît XVI une analyse lénifiante alors qu’on connaît parfaitement les enjeux et les objectifs. Que n’a-t-on entendu ! Qu’il fallait lire attentivement le texte pontifical et qu’il n’y avait pas là  matière à  s’alarmer. Fort bien, acceptons en pour un moment l’hypothèse.

Benoît XVI souhaite préserver le latin et le grégorien : un héritage qu’il juge précieux. Mais il n’est pas le seul et beaucoup d’entre nous y sont attachés même s’il nous apparaît que l’annonce de la Parole peut emprunter d’autre voies que celle d’une tradition si belle et respectable soit-elle. Mais nous avons aussi en mémoire nombre d’ « exécutions sommaires » d’Introït ou de Kyrie, de Gloria ou de Dies Irae par ces vieux chantres de nos paroisses rurales. Ils étaient pleins de bonne volonté mais redoutables dans leurs vocalises, ce que n’a sans doute pas connu l’homme de grande culture qui préside aux destinées de notre église.

On peut entendre l’appel pour que soit repris l’usage d’une « langue commune » dans le Babel des célébrations religieuses à  caractère international. Il y a cependant un pas qui est franchi quand le souhait se précise « D’une façon plus générale, je demande que les futurs prêtres, dès le temps du séminaire, soient préparés à  comprendre et à  célébrer la messe en latin, ainsi qu’à  utiliser des textes latins et le chant grégorien. » Ce n’est plus le recours à  un langage commun, signe d’une unité plus profonde, rendu nécessaire par nos langues différentes c’est une restauration, un retour à  un passé plus ou moins mythique. Qu’il y ait une familiarisation des clercs avec de ce trésor d’une richesse inouïe qui nous a été légué par une tradition multiséculaire, voilà  un projet passionnant. Encore faudrait-il qu’il ne se limite pas aux seules forme de l’art vocal mais qu’il sache aussi faire leur part aux arts de la vision. Alors peut-être pourrait entrevoir la fin de ce trop long divorce entre « le culte et la culture ». Tout cela pourrait être bel et bon mais¦Car il y a un « mais ». On ne saurait oublier, en effet, que cette part essentielle, en un sens, de notre culture commune a été labellisée, accaparée et confisquée par cette petite fraction qui est si bien en cour au Vatican.

Un très vieux fantasme

Mais il n’y a pas dans le texte de Benoît XVI que des considération d’ordre esthétique quelque soit la valeur de cette part de notre héritage. Deux points au moins méritent d’être relevés. A propos de l’obligation de célibat pour les clercs il est rappelé que le Christ à  l’heure de sa mort était « vierge ». Nous ne croyons pas solliciter le texte. ! De là  il découlerait et pour l’éternité l’obligation du célibat pour les ministres du culte. Est-ce à  dire qu’il y aurait un clergé de moindre dignité dans les église d’Orient rattachées à  Rome, comme dans les église-soeurs qu’elles se rattachent à  la tradition orthodoxe ou qu’elle soient autocéphales comme l’église apostolique arménienne. Il est déjà  surprenant “ et déroutant – de voir le clivage qui s’est instauré dans ces églises entre ceux qui envisagent l’accession à  la plénitude du sacerdoce (la consécration épiscopale) et ceux qui choisissent une voie plus modeste (celle du simple presbytérat.). N’y a-t-il pas une fois de plus cette hantise de la chair ? Ce très vieux phantasme du sexe hérité d’une société patriarcale ?

Parallèlement à  cet argument qui n’en est pas un, le texte papal contient un second « rappel au règlement » qui sera, sans aucun doute, ignoré de bien des chrétiens, pardon des catholiques romains, comme les enseignement sur la maîtrise de la fécondité. En deux mots il est rappelé que les divorcés remariés peuvent participer à  l’eucharistie mais qu’ils ne peuvent pas communier s’ils ne vivent pas dans la chasteté absolue « comme frères et soeurs ». Sans vouloir ironiser, il serait donc plus grave d’avoir « fait l’amour », de n’être « qu’une seule chair » avec celui ou celle que l’on aime, que de violer tout autre commandement sur l’amour et le respect de l’autre. Et cet instant d’amour disqualifierait définitivement ceux qui ont usé de ce langage naturel alors que d’autres pourraient sans enfreindre les foudres spéculer, fabriquer des engins de mort ou tuer des populations entières. Il y a quelques part un aiguillage qui n’a pas du fonctionner.

Reconnaissons qu’il y a toutefois un progrès, et il pourrait être de taille : ces pêcheurs (« publics » comme on dit aurait il y a moins d’un siècle) ne seront pas expulsés manu militari par des vigiles, version moderne de nos « suisses » et bedeaux d’antan. Ces « divorcés-remariés » sont invités à  s’abstenir mais en réalité c’est un renvoi pur et simple à  leur conscience. Alors s’ouvre un champ immense de liberté alors pour le peuple chrétien après des siècles d’oukases et d’interdits. Mais jusqu’à  quand ?

Quand ‘La Vie’ ne joue pas le jeu

Le numéro de la Vie du 22 mars consacre six pages à  la Communauté des Béatitudes sous le titre accrocheur  » La dérive des médecins de l’âme ».

Loin de nous l’idée de nous en étonner : Golias n’a peut-être pas ouvert la voie à  des questionnements sur cette institution mais au moins a-t-il versé au débat un élément majeur en publiant au début de cette année « Les marchands d’âmes » (marchands, médecins, les mauvaises langues pourront toujours ironiser sur ces apparentements ¦ délicats). Le sous- titre de l’ouvrage était à  lui même tout un programme ;  » Enquête au coeur des Béatitudes : les thérapies chrétiennes en question ». Trois cent pages de témoignages et d’analyses, signée Pascal Michelena, qui représentent à  ce jour un des efforts les plus aboutis pour décrypter des pratiques qui apparaissent contestables voire dangereuses. Une photographie de l’auteur de cet ouvrage en compagnie de son épouse accompagne cet article (copieux) mais curieusement on ne trouve nulle part la mention de son ouvrage (ainsi que le nom de l’éditeur). Etrange forme de censure qui n’ose pas dire son nom et qui se manifeste ainsi de manière insidieuse.

Quand la Vie surprend et ¦ choque ses lecteurs

Les abonnés de La Vie ont eu la désagréable surprise, il y a peu, de découvrir avec leur hebdomadaire deux publicités : l’une pour des gadgets domestiques l’autre pour la fondation Jérôme Lejeune. Sur l’enveloppe (portant en guise d’adresse « Appel aux lecteurs de la Vie ») la photo d’une enfant de 5 ans accompagnée de la mention « Aujourd’hui, nous soignons les personnes trisomiques, demain nous voulons les guérir » Un dépliant et un courrier du président de la fondation Jérôme Lejeune complètent cet envoi.

C’est le droit le plus strict de la Fondation d’appeler aux dons pour financer pour ses activités de recherche. Elle entend souligner qu’elle est le premier financeur en France de la recherche sur la Trisomie 21 et qu’elle en outre en Europe le premier centre de consultation médicale spécialisée sur les maladies génétiques d intelligence avec 4.000 patients.

Encore faut-il que les données soit claires et que le débat ne soit pas piégé. Que trouve-t-on, en effet, dans la lettre du Président ? « Aujourd’hui le dépistage prénatal d’un enfant trisomique équivaut plus de 9 fois sur 10 à  son arrêt de mort. 98% des enfants dépistés in utero sont avortés…  » Peut-on parler d’un foetus de quelques semaines comme d’un enfant ? C’est une grave question, nous en sommes bien conscients. Mais dans cette formulation il est évident qu’on passe sans crier gare d’une approche médicale à  un jugement de valeur ¦ métaphysique.

Considérer un foetus de quelques heures ou de quelques jours comme un enfant est certes respectable mais ce choix personnel n’autorise pas pour autant un tel raisonnement par assimilation. Et si l’on peut espérer, un jour, neutraliser les effets du 3° chromosome 21 on peut tout aussi raisonnablement penser qu’on sera à  même de détecter encore plus tôt qu’aujourd’hui la trisomie 21 (ou les autres atteintes aux facultés intellectuelles). Alors ? A quel instant faudra-t-il considérer qu’il y a un être humain ? A l’instant même de la rencontre entre l’ovocyte et le spermatozoïde ? Au moment de la première division cellulaire ? Entre hasard et nécessité o๠apparaît la personne ? L’enfant n’est-il pas ce petit d’homme souhaité, voulu, cette espérance appelant tous ces liens tissés jour après jour pendant ces mois d’attente.

Il y a, qui songe à  le nier, la « dignité fondamentale de toute vie humaine. Mais quand commence“t-elle ? Alors, même si on peut reconnaître une sincérité indéniable qui se manifeste après Jérôme Lejeune dans la démarche de la Fondation, il y a des propos qui sont proprement injurieux et profondément injustes. Ils le sont et de manière intolérable pour les soignants quand ceux-ci peuvent lire dans les documents « routés » par La Vie que « La Fondation mène un combat pour traquer la maladie, pas le malade » et  » qu’elle a crée « le collectif contre l’Handiphobie. Mais ils le sont aussi pour la très grande majorité des parents qui ne prennent pas à  la légère , quoi qu’on puisse prétendre dans certains milieux , la décision d’interrompre une grossesse. Qui peut aussi dire que ce n’est pas dans la très grande majorité des cas une décision dont une femme mesure la gravité et qu’elle ne pourra jamais oublier.

Ajoutons que les propos tenus par la Fondation seraient plus crédibles, pour autant qu’ils abandonnent leur coloration polémique, s’ils ne s’inscrivaient dans un contexte bien particulier. Qui peut nier que le recul des avortements a partie liée, et de manière très étroite, avec la maîtrise de la fécondité ou, si l’on préfère avec la contraception. Qui peut nier que les principes énoncés par Rome en cette matière ont été rejetés silencieusement, et ignorés de fait, par une partie non négligeable du peuple chrétien. Mais, à  l’évidence, c’est la même frange qui osera parler de « traquer la maladie, pas le malade » et qui a freiné et freinera encore la diffusion des techniques de maîtrise de la fécondité.

Qu’il y ait un appel à  la générosité, quoi de plus normal ? . Mais pas dans ces conditions, pas dans cette confusion, et surtout pas avec ce vocabulaire de combat et de « diabolisation » à  peine masquée, pas avec ces sous-entendus, pas avec un journal comme La Vie !

« Cacaudphonie » à  Lyon : Une nomination scandaleuse

Des rumeurs persistantes font état du prochain départ de Mgr Hervé Giraud, évêque auxiliaire de Lyon, estimé pour son jugement humain et ses qualités relationnelles. A 50 ans, le vicaire général de ce diocèse primatial garde dans la mesure du possible le cap sur l’esprit de Vatican. Né en 1957, du clergé de Viviers, il a été pendant plusieurs années un supérieur apprécié du Séminaire Universitaire de Lyon. Il devrait prendre la direction d’un diocèse, peut-être Lille, Créteil ou Le Mans, selon les spéculations envisageables.

Le cardinal Philippe Barbarin aurait déjà  choisi, pour le remplacer comme son bras droit à  Lyon, un prêtre de ce diocèse, le Père Michel Cacaud, actuel Recteur de la Primatiale Saint Jean.

Ce quinquagénaire, membre de la  » société (très conservatrice) des prêtres St Irénée  » (droit diocésain), carriériste, arrogant, mondain et n’hésitant pas à  « faire bonne chère » se veut défenseur autoritaire d’une ligne très conservatrice. Bref un prince de l’à‰glise comme l’épiscopat n’en avait pas connu depuis longtemps.

La perspective de sa nomination inquiète et désole profondément de nombreux catholiques, et pas seulement ceux qui se rangent dans le courant des chrétiens d’ouverture.

Le probable élu est présenté comme cassant et peu perméable aux aspects les plus humains de son ministère à  venir.

Cette éventualité repose la question du mode de choix des évêques. Si la rumeur devait se confirmer, on pourrait également s’interroger sur le discernement et sur le respect de la collégialité et de la subsidiarité de la part de Mgr Barbarin, qui imposerait à  son presbyterium un homme qui ne lui semble guère désirable.

Une véritable « cacaudphonie » en perspective, si toutefois les prêtres du diocèse qui vivent cette nomination comme un véritable camouflet se risquaient à  signifier leur désaccord¦ Mais ne rêvons pas !

Notons que le deuxième auxiliaire de Lyon, Mgr Thierry Brac de la Perrière, 48 ans, devrait rester encore quelque temps en poste dans la capitale des Gaules. Il est vrai qu’on ne lui prête qu’une envergure relative.

Golias entend se faire le relais de tous ceux qui espèrent, dans l’à‰glise, des manières de désigner des responsables plus en harmonie avec le souhait légitime et les attentes exprimées des uns et des autres. Dans le dialogue et l’écoute. Non pas au service d’une stratégie de reprise en main et de reconquête.

Comme si, dans le diocèse de Lyon, n’existaient pas des prêtres d’une autre dimension humaine, spirituelle et pastorale pour servir l’à‰glise autrement.

Avec une telle nomination, si elle se confirmait, le Primat des Gaules discréditerait une nouvelle fois sa gouvernance du diocèse de Lyon.

La neuvaine de la honte


En lisant un tel texte, peut-être récupéré d’ailleurs, et tout au moins largement diffusé sur le vaste territoire paroissial, le premier sentiment qui gonfle l’âme est la honte, une honte énorme, pour une à‰glise diocésaine qui a permis la production et la diffusion de tels papiers.

Tout d’abord, une Neuvaine présentée ainsi met mal à  l’aise parce qu’elle sent sa pratique magique. Comme si le fait de réciter des formules bien précises dans des conditions tout aussi cadrées (telle prière, chaque jour de la semaine, sur neuf semaines) pouvait contraindre Dieu.

Rien dans l’à‰vangile ne permet de justifier une telle manière de prier qui s’apparente à  une tentative de prise de pouvoir sur le divin. La formule magique, on vous disait, à  laquelle Dieu lui-même serait soumis.

Mais, bien plus grave, dans les « revendications » de cette neuvaine, apparaissent, à  peine masquées, les idées centrales qui constituent le fond de commerce de l’extrême-droite . En tête et en queue de liste, pour bien encadrer le tout, on retrouve le nationalisme aussi étroit qu’hypertrophié, que l’on camoufle sous les couleurs de la bannière de Jeanne d’Arc.

N’y manque même pas la nostalgie du Roi rendant la justice sous son chêne¦ Il y a aussi tous ces thèmes trop fumeux pour être honnêtes de  » la pureté des enfants « , de  » la famille « , des  » sciences et de la vie « . Trop fumeux, car, derrière des mots respectables, on sait bien pour quels combats la nébuleuse intégriste les utilise¦

LA FACE GUERRIERE DU NATIONALISME

Et pour terminer comme elle a commencé, juste avant  » les vieillards et les pauvres « , mots déplacés et insupportables dans le contexte, s’élève la prière pour  » l’armée et la défense « .

C’est traditionnellement la face guerrière du nationalisme, qui a mariné longtemps dans la sauce chrétienne, et qui ridiculement au cours de l’histoire était aussi la référence des « autres », de ceux d’en-face.  » Dieu avec nous « , lisait-on sur la boucle des ceinturons des soldats allemands en guerre contre la France.

Cet appel à  des saints, fussent-ils apatrides comme Saint Michel, un archange qui plane dans le ciel, veut sacraliser l’armée de la France en en faisant le bras armé du Christ-Roi-Chef-de-guerre.

Rien n’a changé dans la tête de ces nostalgiques d’un Dieu de Croisade, de conquête et de domination, chez qui la foi ne peut aller sans paranoïa : la France est territoire de Dieu, tout ennemi de la France ne peut venir que l’empire du mal, le monde de Satan. (Bush n’a rien inventé). La prière de Marthe Robin se termine par l’appel : Saints et saintes de France, priez et combattez pour la France. C’est quoi, vu de Dieu, le combat pour la France ? Odieux, ridicule et même blasphématoire.

Faut-il rappeler à  ce curé que Dieu , le Tout Autre, n’appartient à  personne, même quand on le gonfle de neuvaines.

Les lecteurs attentifs auront remarqué que les paroissiens ne sont pas invités à  prier pour l’à‰ducation nationale, ou la Sécurité Sociale ou encore la protection de la planète, préoccupations qui dans cette logique neuvainale mériteraient tout autant l’intervention divine et qui semblent par leur absence, ne pas intéresser Monsieur le Curé. Mais il sait trop bien, le noir coquin, pour qui il appelle à  voter, sous couvert d’une prière transformée en programme électoral.

DIEU A BON DOS !

Et au-delà  de l’odieux du choix très orienté des thèmes retenus, se pose le principe même de la prière qui prétend en la circonstance remplacer le démarche citoyenne.

Il n’y a rien, vous l’aurez remarqué,

– sur la nécessité, pour chacun, de prendre sa place dans l’action quotidienne pour la cité.

– Pas la moindre invitation à  prier pour que chacun ait le force de l’amour dans sa dimension sociale et politique,

– la force du service, du partage, le souci du bien commun et de « l’engagement », comme on disait au temps de l’Action Catholique.

– La question du chômage ? No problème : on prie Saint Joseph. Et si on mettait sa statue sur la façade des ANPE, ça irait mieux ?

S’en remettre à  Dieu pour régler les problèmes de nos sociétés, dans les conditions exposées ci-dessus, est ridicule, dangereux, déshumanisant.

Cela s’appelle une démission pieusarde que Dieu n’a jamais demandée, au contraire même. C’est avec de tels arguments qu’on dégoà»te les chrétiens les plus actifs et les plus ouverts. Monsieur le Curé aurait pu au moins faire une petite ouverture en direction du texte des évêques :  » Qu’as-tu fait de ton frère ?  » Mais sans doute cette déclaration a-t-elle été jugée beaucoup trop « conciliaire »¦.


Voici le texte de « la Grande Neuvaine de prière pour la France », lancée par un (jeune) curé du diocèse de Belley-Ars :

2013-05-25communique.pdf

Chemin Néocatéchuménal : nouvel avertissement des autorités de l’Eglise

A l’heure o๠se murmure avec insistance l’installation du Chemin Catéchuménal dans le diocèse de Lyon, Golias fait le point sur cette véritable secte dans l’Eglise.

Le chemin néo-catéchuménal est très discuté dans l’Eglise. Aussi bien par les très conservateurs comme le Père Enrico Zoffoli, un passionniste qui dénonça naguère toutes les hérésies protestantes et modernistes du mouvement, que par l’aile gauche.

De nombreux évêques s’en méfient. En l’espace de quelques jours, le Chemin Néo-catéchuménal vient de recevoir deux rappels à  l’ordre très significatifs : le premier du pape BENOàŽT XVI , le second de la part des évêques de Terre Sainte.

Le Chemin Néoc-atéchuménal a été fondé en Espagne (comme trente ans auparavant l’ Opus Dei ) dans les années 60 et il est actuellement dirigé par les laïcs Kiko Argà¼ello (dans la photo) et Carmen Hernà¡ndez, assisté d’un conseillespirituel, le Père Mario Pezzi.

Il compte 20.000 communautés dans 6.000 paroisses de 900 diocèses sur les cinq continents, avec 3.000 prêtres et 5.000 religieuses et possède un réseau international de 63 séminaires dont le colège romain « Redemptoris Mater » (son premier Recteur fut un ancien évêque auxiliaire de Rome, Giulio Salimei).

Pourtant, sa théologie volontiers illuminée et sa pratique liturgique déroutante lui valent de plus en plus de critiques au fil du temps. En 1995, son principal protecteur au Conseil pour les laïcs, l’archevêque allemand Paul Josef Cordes est écarté de ce dicastère en raison de son « excès de bienveillance » à  l’endroit du chemin.

En décembre 2005, la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a donné l’ordre au Chemin Néo-catéchuménal de modifier la façon dont ses communautés célèbrent la messe.

Le 12 janvier 2006, Benoît XVI a exigé du Chemin qu’il « respecte attentivement » les règles établies. Ces deux rappels à  l’ordre ont rencontré une obéissance toute relative, tant sur le moment que par la suite. Suite à  ces rappels à  l’ordre, les responsables du mouvement semblaient faire preuve d’obéissance mais ce n’était sans doute qu’artifice.

La catéchèse prêchée par le Chemin dans ses communautés donne aussi lieu à  controverse. Encore aujourd’hui, une bonne partie des textes est encore secrète et certains d’entre eux ont rencontré des objections de la part de diverses congrégations au Vatican, y compris celle pour la Doctrine de la Foi.

Enfin, l’approbation définitive des statuts du Chemin est incertaine. Ils avaient été approuvés « ad experimentum » par le Saint-Siège le 29 juin 2002 pour un quinquennat qui va prendre fin dans quelques mois. Mgr Josef Clemens, actuel secrétaire du Conseil pontifical pour les laïcs, longtemps proche collaborateur de l’actuel Benoît XVI serait très opposé à  une telle reconduction.

C’est Benoît XVI lui-même qui a parlé de l’incertitude concernant l’approbation définitive des statuts:

 » On se demande, après cinq années d’expérience, s’il faut confirmer de manière définitive les statuts du Chemin Néocatéchuménal, ou s’il faut prolonger la période d’essai ou encore s’il est peut-être nécessaire de réviser certains éléments de cette structure « .

C’était le 22 février, premier jeudi de carême, le pape s’adressait au clergé de Rome. La perche lui a été tendue par un prêtre appartenant à  la communauté de Schà¶nstatt, Gerardo Raul Carcar, qui a interrogé le pape sur le rapport entre l’Eglise et les mouvements.

C’est justement sur le rapport non pacifique entre les communautés néo-catéchuménales et les paroisses et diocèses o๠elles agissent que le patriarche latin de Jérusalem, Michel Sabbah, et les autres évêques catholiques de Terre Sainte sont intervenus le 25 du même mois.

Leur intervention a pris la forme d’une lettre collective adressée aux membres du Chemin, courtoise dans la forme mais sévère dans le fond.

Les évêques de Terre Sainte reprochent aux néo-catéchumènes de faire bande à  part, de célébrer la messe en dehors des paroisses, de ne pas observer les rites liturgiques, de rester éloignés de la langue et de la culture des habitants locaux.

Les critiques des évêques ont été nourries par leur propre expérience. En Terre Sainte, les néo-catéchumènes sont présents en masse. Un vaste édifice situé sur les flancs du Mont des Béatitudes, à  l’ouest du lac de Tibériade, leur tient lieu de citadelle. Baptisée « Domus Galilaeae », elle a été inaugurée le 24 mars 2000 par Jean-Paul II en personne, en présence de 50 000 néocatéchumènes venus du monde entier.

L’architecture et la décoration de la « Domus », qui mélangent bizarrement allégories chrétiennes et hébraïques, sont l’oeuvre du fondateur du Chemin, Kiko Argà¼ello.

Un flux incessant de pèlerins néo-catéchuménaux, soigneusement séparés des autres visiteurs, s’ajoute aux nombreuses communautés établies en Terre Sainte. Les messes aussi sont célébrées séparément et le déroulement de leurs rites est le même dans le monde entier, tout comme les chants composés par leur fondateur et chef suprême, Kiko.

Par ailleurs, en matière politique, les communautés néo-catéchuménales ne cachent pas leur nette préférence pour Israà«l ; à  l’opposé des chrétiens qui habitent sur ces terres (en particulier Mgr Michel Sabbah et sont coadjuteur Fouad Twal) et qui sont presque tous arabes et pro-palestiniens.

Le chemin Néo-cathécumenal est installé en France dans plusieurs diocèses ( Paris, Strasbourg, Toulon, Avignon etc.).

Bientôt Lyon ? ? ?

Sant’Egidio: les marchands du Temple!

Le commissaire du gouvernement du tribunal administratif de Lyon a demandé jeudi l’annulation de 500 000 € de subvention alloués par la Ville de Lyon, la communauté urbaine et le conseil général du Rhône à  la rencontre organisée en septembre 2005 à  Lyon par la communauté Sant’Egidio.

Selon lui, la « messe solennelle et les prières au programme des œRencontres sont des manifestations cultuelles » qui donnent un caractère cultuel à  l’association organisatrice et lui interdisent de recevoir des subventions publiques.

Une situation que Golias avait anticipée à  l’époque des faits. Le diocèse de Lyon, dont on connaît la situation financière va donc devoir rembourser aux collectivités locales la bagatelle de 500 000 euros.

Des subventions, la communauté Sant’Egidio ne semble pourtant pas en manquer. L’association laïque fondée en 1968 par Andréa Riccardi est en effet très liée à  la Finmeccanica, la plus grande firme italienne productrice d’armes .

Le géant de l’armement est un des mécènes du projet « Dream », un programme de prévention et de traitement du Sida en Afrique, mis sur pied par Sant’Egidio en 2000.

Finmeccanica – peut-on lire sur le site de l’entreprise dirigée par Pierfrancesco Guarguaglini “ « a déjà  rendu possible l’acquisition d’un immeuble pour la réalisation d’un centre Dream près de la ville de Conakry en Guinée, ainsi que le commencement de travaux de restructuration et de cours de formation pour les opérateurs impliqués dans le projet ». L’entreprise d’armement aurait donné à  la communauté 280 000 euros entre 2004 et 2005, un financement qui se serait interrompu en 2006. De plus, la Finmeccanica et la communauté Sant’Egidio ont également collaboré à  la reconstruction de l’école de Kimala en Indonésie, détruite par le tsunami du 26 décembre 2004.

LES MECENES «AMBIGUS» DE SANT’EGIDIO

Mais Finmeccanica n’est pas le seul mécène « ambigu » du programme Dream et des autres activités de la communauté qui, depuis des années, entretien des relations et reçoit des financements provenant de sociétés au comportement éthique pas vraiment irréprochable : en 2002 par exemple, la « Fondation pour la paix » de Sant’Egidio a été sponsorisée par la firme Nestlé (multinationale suisse soumise depuis des décennies à  un boycott international pour avoir violé le code international de commercialisation du lait, un manoeuvre qui a causé, indirectement, la mort de milliers d’enfants), par Fincantieri ( constructeur du porte-avions militaire «Cavour ») et par plusieurs « banques armées », ces instituts de crédit qui développent des opérations de réceptions de fonds pour le compte des industries de l’armement.

Aujourd’hui, parmi les sponsors de Dream et au délà  de Finmeccanica, figurent Farmindustria ( fédération qui regroupe plus de 200 groupes pharmaceutiques italiens, associée à  Confindustria) et les multinationales pharmaceutiques Bayer, Glaxo, Boehringer et Merck ( toutes adhérentes au cartel de 39 sociétés qui, en 1998, s’est ligué contre le président sud-africain Nelson Mandella qui, l’année précédente, avait accordé aux entreprises locales la production de médicaments contre le Sida, agissant ainsi contre la toute-puissance des multinationales qui commercialisent les médicaments à  des prix exorbitants).

On recense également la Microsoft de Bill Gates et le groupe Unicredit, la quatrième « banque armée » italienne qui a effectué, en 2005, 61 opérations de soutien à  la vente d’armes « made in Italie » pour une valeur totale de 101 millions d’euros.


« LA SOLIDARITE N’A PAS DE LIMITES. »

Si la communauté de Sant’Egidio ne se sent pas du tout embarrassée par la promotion de projets de solidarité internationale à  partir, entre autres, de fonds récoltés auprès de l’industrie de l’armement et de « banques armées », Finmeccanica ne trouve pas non plus qu’il soit contradictoire d’exporter dans le monde entier des hélicoptères militaires et des missiles de guerre et, dans le même temps, financer des oeuvres humanitaires diverses et variées.

« La solidarité n’a pas de limites » peut-on lire sur le site Internet de Finmeccanica, qui est « la première entreprise italienne à  opérer à  l’échelle mondiale dans le secteur de l’aérospatial, de la sécurité et de la défense » et est « un des principaux opérateur au monde dans la production d’hélicoptères et dans l’électronique pour la défense, en plus d’être le leader européen dans les services pour les satellites et la recherche spatiale. Elle compte 56 000 salariés pour un chiffre d’affaire de 11,5 milliards d’euros. -« Finmeccanica développe ses propres activités de charité là  o๠le besoin se faire ressentir dans l’urgence, c’est le cas de l’Afrique dévastée par le Sida ou du sud-est asiatique en pleine reconstruction suite au tsunami. Ceci servant de support pour des situations « moins graves » mais toujours dans le même esprit de soins, de précautions et de développement.»

Les actions que Finmeccanica met en place en tant qu’entreprise, sont consacrées à  un rôle de participation active et sensible dans le domaine du social, s’appuyant sur un rapport de collaboration et de confiance réciproque avec les acteurs du champ de la solidarité, comme la communauté Sant’Egidio et l’International Childcare Trust , dont l’histoire parle clairement de passion et de confiance ». Et en effet, à  part Sant’Egidio , on compte parmi les bénéficiaires de la générosité de la plus grande firme d’armement italienne, la communauté de San Patrignano , « Watoto Kenya » ( qui travaille avec les enfants pauvres du Kenya), la fondation « Gigi Ghirotti » ou encore la « Ligue Internationale contre le Cance r ».

Finmeccanica tente de se donner l’image d’une entreprise attentive à  la solidarité et à  la paix, et pas seulement en sponsorisant des associations.

Il y a un peu plus d’un an, une publicité pour la société apparaissait sur la revue mensuelle des franciscains du Couvent d’Assise en ces termes : « Saint François patron d’Italie ».

L’évêque d’Avignon se trompe de combat


Monseigneur l’Archevêque d’Avignon vient de confier à  « Liberté politique », site Internet des cathos de l’ultradroite, une lettre ouverte aux candidats à  l’élection présidentielle et aux citoyens de bonne volonté pour les interroger sur leur priorité.

Il s’agit pour lui, d’abord, de lutter contre les attaques qui fragilisent la famille. Nul doute que l’on doive s’interroger sur les réalités familiales dont certaines ne sont pas sans poser problème.

Mais c’est son argumentation qui manque de poids dans un discours prétendant pourtant la défendre !

Parler de « milieu naturel » comme si les modèles familiaux n’étaient pas aussi culturels le conduit inévitablement à  attribuer tout changement social en ce domaine à  la « fantaisie de l’homme » qui n’est que « l’expression d’une liberté anarchique ».

L’archevêque de la Cité de Pape affirme de même de manière un peu péremptoire que « l’affaiblissement de la cellule familiale est une des causes majeures des difficultés des jeunes. La crise de la famille est une cause directe du mal être des jeunes. La majorité des jeunes en difficultés sont issus de familles humainement et socialement fragilisées » ! C’est, vous l’avouerez, faire bien peu de cas des difficultés d’ordre socio-économiques qui peuvent aussi être à  l’origine de crises dans les foyers !


UNE ARGUMENTATION UN PEU COURTE !

D’ailleurs, de manière symptomatique, Mgr Cattenoz qui veut nous alerter sur la « culture de mort » ambiante prend le temps de détailler l’éthique du début et de la fin de la vie.

Entre les deux, de la naissance (avortement, manipulation des embryons) à  la mort (euthanasie), il parle aussi beaucoup de la famille. Pour être honnête, il fait tout de même mention, mais en quelques lignes seulement, de « ceux qui se sentent blessés, exclus, mis sur le bord de la route pour de multiples raisons » en rappelant que « l’économie se doit d’être au service de l’homme et du bien commun dans le respect de la justice sociale et de la solidarité humaine »… C’est un peu court par rapport à  l’ensemble de la lettre.

Il n’oublie certes pas (mais en quelques mots seulement !) la question du logement, des immigrés exploités, du travail et de sa rémunération ni l’écologie !

Cependant tout son argumentaire est résumé par ce cri : « Au nom de l’à‰vangile, je ne peux que dénoncer avec les Associations familiales catholiques (AFC) la racine de tout cela : un individualisme à  tout crin qui gangrène notre société. » Mais, entre les tenants d’une vie sociale qui ne s’organiseraient qu’à  partir « des désirs subjectifs et changeants », et ceux qui ne voient de salut que dans la « référence à  une vérité objective », n’y a-t-il pas tous ceux et celles qui cherchent, en conscience, comment l’ensemble de la société peut respecter la « dignité de tout être humain » ?

Ces derniers n’ont pas de réponses toute faites miraculeusement trouvées dans une loi dite naturelle ou dans une révélation dictée par un Dieu-fondement-de-la-société qui n’est trop souvent que le garant d’un ordre moral imparfait voire injuste !

Ce qu’ils demandent à  l’Eglise, c’est de les accompagner dans leurs tâtonnements ; non de leur rappeler des préceptes qui, à  force d’être en décalage avec le monde concret en deviennent soit inaudibles soit mortifères !

Les textes présentés par la Conférence des à‰vêques sur la fraternité et la solidarité jusqu’aux derniers discours et, Dieu merci, la déclaration du Cardinal Ricard laissent un peu plus transparaître le souffle de la Bonne Nouvelle !

Notre conscience est-elle conscience de disciple ?

« Le Seigneur, m’a donné une langue de disciple » traduit la Bible en Français Courant « au lieu d’un homme qui se laisse instruire ». Le mot disciple fréquent dans les Evangiles est quasiment absent de l’Ancien Testament. La suite appellerait plutôt une langue de maître, de sage, de médecin, de thérapeute, de psychologue pour réconforter l’ami, le voisin, le prisonnier épuisé et dépressif. Nous le savons par expérience lorsque nous sommes malheureux, souffrants, la sagesse et les raisonnements ne sont pas d’un grand secours. Dans sa détresse Job trouve insupportable les bonnes paroles de tous ceux qui s’ingénient à  lui donner des leçons.

Quatre chants donnent langue au « Serviteur de Dieu » selon le Second Isaïe. Tandis que les deux premiers le décrivent en prophète, le troisième le présente en sage, un sage avant tout écoutant, accueillant, compatissant (à  condition que ce mot ne soit point « galvaudé »). Eveillé dès l’aurore il est en mesure de réconforter ses compagnons d’infortune. Il est devenu totalement imperméable aux moqueurs et persécuteurs.

Le contraste entre capacité d’écoute (écoute de Dieu, mais aussi de ses compagnons épuisés) et capacité « d’encaisse » en relation aux critiques et ratonnades des adversaires ou ennemis, est poussé bien au delà  de l’indifférence polie. Au point de susciter la gêne : irons-nous jusqu’à  faire l’apologie du martyr? Plus celui-ci penserait à  Dieu, moins il ressentirait les affres de la torture : il serait tellement plus simple alors de tolérer l’inacceptable.

Le Serviteur de Dieu est qualifié de « souffrant » par les commentateurs des chants trois et quatre, mais au pire nous avons le sentiment qu’il ne souffre pas, que la souffrance est surmontée par la croyance. La Résurrection ne saurait pourtant faire oublier l’indicible réalité de la passion : « c’était nos souffrances qu’il portait, et nos douleurs dont il était accablé » nous révèlera le Vendredi Saint, le quatrième chant du Serviteur.

Plus que d’autres dimanches, les Lectures sont invitation à  écouter, entendre la Passion de Jésus. La Première serait-elle invitation à  rester indifférent aux difficultés de la vie? La figure du Serviteur initie à  les vivre comme passion, à  être plus que d’habitude disciple du Crucifié : mais comment de tels propos peuvent-ils devenir acceptables ? La conviction du salut à  venir, ne saurait éliminer comme par magie, les souffrances du présent, les nôtres ¦et davantage encore celles de tous les épuisés et souffrants de nos vies. Pour parler de la souffrance et parler aux souffrants, notre langue est à  jamais langue de disciple, elle est langue « d’un homme qui se laisse instruire ».

© Jean Doussal