Censure chez Fleurus (suite)

Golias a reçu une demande de droit de réponse des éditions Fleurus-Mango suite à  notre article paru dans notre édition du 16 février dernier intitulé : « Censure cléricale à  Fleurus ». Nous le publions bien volontiers d’autant qu’il ne fait que confirmer nos informations sur cette affaire. Informations que nous maintenons donc. Ultime précision : contrairement à  ce qu’écrit le responsable des éditions Fleurus-Mango, Golias a bien lu le manuscrit en question. C’est la raison pour laquelle nous avons affirmé notamment qu’il n’y avait pas dans ce roman de Science-Fiction amalgame entre l’Eglise au sens large du terme et certaines personnes au sein de l’Eglise aux prises avec des dérives pédophiles.

Droit de réponse

Monsieur le Directeur de la Publication,

J’ai pris connaissance de l’article d’actualité de l’hebdo du net, que votre site électronique golias.ouvaton.org a consacré au roman de Nathalie Le Gendre intitulé « Les Orphelins de Naja ».

Il me semble que la déontologie du journalisme exige de ne reproduire une information qu’après en avoir vérifié la véracité et de ne relayer une accusation lancée contre une personne, physique ou morale, qu’après avoir permis à  cette personne d’exposer son point de vue. Je ne doute pas que sont bien vôtres ces exigences qui sont à  la base du respect mutuel qui permet le « vivre ensemble » en démocratie. Je suis donc étonné que vous ayez publié vos communications sans prendre la peine de nous contacter pour connaître notre point de vue. Ce point de vue, il me paraît utile de le faire connaître à  vos lecteurs, afin que ce soit librement qu’ils se forgent une opinion.

La collection Autres Mondes, dont nous sommes fiers d’être les Editeurs, est composée de publications destinées à  la jeunesse. Au-delà  de ses qualités littéraires, le mérite de cette collection est de permettre aux jeunes de réfléchir à  des questions de société, à  partir d’une histoire passionnante transposée dans le futur.

En tant qu’Editeurs, nous adhérons totalement à  ce projet. Cependant, les ouvrages étant publiés sous notre marque, il nous revient de garantir qu’ils conviennent au public visé, tant sur le plan de la forme que du fond. Cette responsabilité est un élément essentiel de la déontologie de notre métier.

De toute façon, si nous jetions aux orties notre déontologie pour ne juger les manuscrits qu’à  l’aune de critères commerciaux et financiers, la Loi de la République nous rappellerait aussitôt à  nos devoirs. En effet, l’édition des publications destinées à  la jeunesse est régie par la loi du 16 juillet 1949, version consolidée au 5 janvier 1988, qui édicte des responsabilités très contraignantes pour les éditeurs : « Les publications visées à  l’article 1er [destinées aux enfants et adolescents] ne doivent comporter [¦] aucune insertion [¦] de nature à  démoraliser l’enfance ou la jeunesse, ou à  inspirer ou entretenir des préjugés ethniques » Or, l’on sait qu’aujourd’hui, Convention européenne des Droits de l’Homme aidant, sont assimilés à  des préjugés ethniques les préjugés fondés sur l’appartenance ou la non appartenance à  une religion. La loi précise par ailleurs : « A l’égard des infractions prévues à  l’article 2 de la présente loi, les directeurs ou éditeurs seront, pour le seul fait de la publication, passibles comme auteurs principaux des peines portées à  l’article 7. » L’Editeur a donc au premier chef le devoir et la responsabilité de veiller à  ce que les publications pour la jeunesse qu’il édite, ou envisage d’éditer, respectent les jeunes lecteurs et les lois qui le défendent.

C’est dans ce contexte déontologique et législatif que le Directeur éditorial de Mango-Jeunesse, M. Christophe Savouré, a indiqué au Directeur de collection, Denis Guiot, qu’il ne publierait pas en l’état le dernier manuscrit de Nathalie Legendre et qu’il souhaitait en discuter avec l’Auteur.

En l’occurrence, c’est une contre-vérité de prétendre que M. Christophe Savouré ait dit que « cet ouvrage ne paraîtrait pas ». Il a dit, en substance, qu’il ne pouvait pas publier cet ouvrage en l’état, mais qu’il souhaitait, avec l’Auteur, débattre des problèmes que lui semblait poser sa publication. La qualité littéraire de l’ouvrage n’est bien-entendu pas en cause. Dans l’absolu, son contenu ne l’est pas non plus. Il est même assez remarquable. Mais le sujet traité, la pédophilie, oblige à  s’interroger sur la manière dont l’histoire et ses péripéties vont être reçues par des jeunes « à  partir de 11 ans ».

Permettez-moi de m’étonner que, sans avoir lu la moindre ligne de ce livre, vous vous laissiez aller à  colporter des jugements aussi gratuitement malveillants sur l’attitude de son Editeur. Je me permets de suppléer succinctement votre ignorance. L’histoire se passe au XXIIIe siècle sur une planète nouvellement colonisée o๠des enfants « défavorisés » sont « déportés » pour être « rééduqués » sous l’autorité de « l’Eglise » et de « l’Armée ». Finalement, on découvre que « l’Eglise » a mis en place des réseaux pédophiles qui se fournissent en « chair fraîche » dans les orphelinats qu’elle dirige. Sur cette planète dédiée, presque tous sont complices et participants : soeurs, frères, Mère supérieure, prêtres et évêques.

Quel est le problème ? Il a semblé aux responsables éditoriaux que si des adultes ou des grands adolescents étaient capables, grâce à  ce beau livre, de réfléchir, sans faire de transpositions abusives, à  l’existence bien réelle de la pédophilie dans des institutions comme l’Eglise, il existait des risques que des enfants de 11, 12 ou 13 ans soient conduits à  faire des amalgames susceptibles de nourrir chez eux des préjugés simplistes. Le livre se retournerait alors contre son objet qui est d’apprendre aux jeunes à  éclairer leur discernement face aux conditionnements que peuvent leur imposer les membres des institutions.

Pour mieux vous faire comprendre notre position, je vais moi aussi faire une transposition. Il y a eu et il y a des enseignants pédophiles. Imaginez qu’un livre propose l’histoire suivante : Au XXIIIe siècle, sur une planète nouvellement colonisée, des enfants sont déportés pour être abusés sexuellement au sein de « l’Education nationale » qui est présentée, en tant qu’institution, comme organisatrice de réseaux pédophiles. Ce livre, aussi remarquable serait-il par ailleurs, le mettriez-vous dans les mains de jeunes de 11, 12 ou 13 ans, sans au moins en avoir débattu auparavant, sans avoir bien pesé le pour et le contre avec l’Auteur ?

Ce livre pose bien d’autres questions, toujours dans la mesure o๠il entre dans une collections qui s’adresse à  des jeunes « à  partir de 11 ans ». Le viol d’une jeune fille de 13 ans, par son tuteur, est raconté d’une manière, certes jamais complaisante, mais assez impressionnante et réaliste et, surtout, ce viol peut être compris par de jeunes lecteurs comme une bonne action (il s’agit de mettre la victime enceinte pour lui éviter d’être envoyée dans une maison de passe). L’usage de la drogue, qui est généralisée chez ces millions de malheureux enfants, peut être compris comme le seul moyen d’échapper aux difficultés de l’existence, etc. Bref, ce sont des questions qu’un Editeur responsable doit se poser avec l’Auteur avant de publier un ouvrage pour la jeunesse. Quitte à  consulter des spécialistes pour éclairer le discernement.

Pour finir, je me tiens à  votre disposition pour commenter toutes les erreurs de fait contenues dans vos communications, afin que vous puissiez informer vos lecteurs en toute connaissance de cause, et non sur les seules allégations de M. Denis Guiot..

Vous êtes responsable d’un organe de presse, vous êtes donc particulièrement sensible à  tous les enjeux éthiques de la transmission de l’information. Je veux croire, même si vous ne partagez pas toutes nos raisons, que vous saurez, dans une juste mesure, leur faire droit. Et je ne doute pas que vous aurez l’honnêteté intellectuelle de les diffuser aussi largement que vous avez cru devoir diffuser des « informations », qui, quand on connaît les faits, relèvent de la catégorie des rumeurs tendancieuses.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur de la publication, l’expression de mes sentiments distingués et respectueux.

Pierre-Marie Dumont
Président des Editions Mango
Directeur Général du Groupe Fleurus

P.S. De surcroît, il est apparu à  l’Editeur que, tel quel, l’ouvrage pouvait risquer de tomber sous le coup de la Loi. L’article 29 créé par la Loi 1881-07-29 prévoit que : « Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à  l’honneur ou à  la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication [¦] de cette allégation ou de cette imputation est unissable même si elle vise une personne ou un corps non xpressément nommé, mais dont l’identification est rendue possible par les termes du discours¦ » L’article 32 ajoute : « La diffamation commise [¦] envers un groupe de personnes à  raison de leur appartenance ou non appartenance à  [¦] une religion sera punie d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende¦ »

En 2020, paroissiens sans curé

Résumé des épisodes précédents : Dans ce village isolé de montagne, quelques paroissiens se réunissent tous les jeudis au presbytère pour lire et commenter les textes du dimanche suivant. Le curé apprend qu’il est gravement atteint d’un cancer nécessitant des examens approfondis. Malheureusement, depuis plusieurs jours, la neige et le verglas rendent les routes impraticables. Marc se propose de le transporter en hélicoptère à  l’hôpital de « Halp ». Avant de s’y rendre, le curé veut célébrer la messe dans l’habituelle salle du presbytère, en compagnie de ses fidèles du jeudi.

Avant de commencer la célébration, le curé s’adresse à  Georges, celui qui se dit réfractaire à  la messe, pour l’assurer de sa compréhension si jamais il préférait sortir mais l’intéressé, sans doute en sa qualité d’ancien instituteur, répond qu’une fois de plus ˜l’exception confirme’ la règle.

Commence alors la récitation du « Je confesse à  Dieu¦ » suivie immédiatement de la lecture de l’épître et de l’évangile. Ce raccourci laisse perplexes les assistants qui écoutent plus ou moins distraitement leurs lectures pour s’interroger mentalement sur les raisons de ce comportement : la fatigue ? un moment de distraction ? un choix délibéré ? La réponse leur est aussitôt fournie dans le laïus que leur adresse le curé en guise d’homélie et au cours duquel il fait écho à  la remarque de Georges en disant : « à  situation exceptionnelle, célébration exceptionnelle. » et en ajoutant que le dépouillement des lieux incite au retour aux sources, c’est-à -dire à  l’essentiel, confondant de simplicité, tel que le Christ l’a voulu lors de la première eucharistie.

Cette précision donnée, le curé passe directement à  la prière du Notre Père récitée en choeur. Enfin, avant les prières eucharistiques, le célébrant se doutant que, par atavisme et réflexe conditionné, les assistants se lèveraient pour s’agenouiller, il les invite, médusés, à  rester assis comme les apôtres l’ont fait lors de la Cène puis, d’un écrin, il sort une grosse quantité d’hosties qu’il dépose dans le ciboire avant de prononcer les paroles de la consécration. Les fidèles tendent la main pour y recevoir l’hostie sauf Georges qui lève un regard interrogateur vers le curé : ce dernier se lève, lui trace le signe de croix sur le front, sur la bouche et sur le coeur, puis lui dépose l’hostie dans la main.

Après quelques instants de recueillement, le prêtre souriant précise qu’il a consacré une petite réserve d’hosties en prévision d’une absence qui pourrait se prolonger. Certains assistants ont du mal à  cacher leur émotion.

(à  suivre)

Cette pratique barbare, donnée en lecture

Certains pensent que le spectacle télévisuel des moutons égorgés par rite religieux met mal à  l’aise¦

Notre religion a aussi ses spectacles et rites difficilement accessibles à  nos contemporains. La lecture de ce dimanche n’invite pas à  passer à  l’acte, le texte reste cependant dérangeant : « Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre¦ »

Nous apprenons le sens de la coutume : dans la « civilisation » d’Abram (qui n’est pas encore appelé, Abraham¦ mais cela ne changera rien à  la question), dans cette civilisation donc ceux qui nouaient une alliance sacrifiaient des animaux de leurs troupeaux, en jurant que s’ils ne respectaient pas le pacte contracté¦ ils acceptaient le sort de ces victimes animales. En somme, c’était leur manière de signer un contrat.

Les rites ne sont pas immuables, ils doivent être adaptés, intelligibles, accessibles au monde dans lequel nous vivons, au public de pratiquants mais aussi d’occasionnels¦

Replacé dans l’itinéraire d’Abraham, l’épisode est une nouvelle étape¦ Abram a choisi le Dieu Unique dans l’enthousiasme de la jeunesse. Dès lors il a été régulièrement assisté, mais l’essentiel de la promesse ne s’est pas réalisé, puisqu’il n’a toujours pas d’héritier.

Le Seigneur l’a relancé : « Après ces événements, la parole du Seigneur fut adressée à  Abram, dans une vision: « Ne crains pas, Abram! Je suis ton bouclier, ta récompense sera très grande.Abram répondit: « Mon Seigneur Dieu, que me donnerais-tu? Je m’en vais sans enfant¦« » (verset 1 et 2).

Dans le doute il est rappelé à  la confiance ¦ Il fait une nouvelle fois le choix de Dieu, par un contrat d’adulte.

Il prépare l’acte « authentique » suivant les instructions divines et signe en écartant tout ce qui fait obstacle à  la pureté de ses intentions¦ puis il s’endort quelque peu effrayé par le risque qu’il a pris.

Alors le Seigneur « signe » aussi, en manifestant sa sainteté et son assistance. L’histoire aura une suite : avant la réalisation de la promesse, il y aura encore d’autres épreuves¦ Et lorsque la promesse sera réalisée, une ultime épreuve attendra Abraham¦

Pierre, Jacques et Jean, ont leur première révélation, ils voudraient bien en rester là , s’arrêter, contempler¦ Ils ne sont qu’au début de leur Carême¦

Les moeurs de nos princes¦


On ne lit plus La Fontaine, on ne l’apprend guère non plus, et c’est bien dommage !

Ses fables dessinaient un fascinant portrait de la Comédie Humaine.

Elles peuvent, encore aujourd’hui, nous être d’un secours inestimable.

Le grand décervelage que nous subissons depuis quelques mois s’accélère et nous n’avons sans doute pas vu le pire. Les coups bas commencent à  apparaître. Ici ou là  les rats quittent le navire et ceux qui devraient entrer dans l’arène pour soutenir leur candidate restent sur les gradins prêts à  baisser le pouce quand l’heure de la mise à  mort sera venue.

Ailleurs, celui qui s’est couronné lui-même dans une posture très napoléonienne laisse désormais, sans fard, éclater son ambition. Excellent tribun au demeurant, capable sur ce plan de rivaliser avec le bateleur étonnant qu’est le vieux leader de l’extrême droite, il pille sans vergogne l’imaginaire de la gauche. Il enrôle, sans autre forme de procès, toutes les grandes figures d’un humanisme qui n’a rien à  voir avec les calculs mesquins d’une petite classe sociale ou les desseins mercantiles du MEDEF. Et c’est là  que notre bon vieux La Fontaine nous serait bien utile : relisez, donc en ces temps de campagne et d’imposture, «  Le geai paré des plumes du paon « .

Puis, un jour, au milieu de tout ce tintamarre paraît une nouvelle qu’on croît sortie de quelque fable ubuesque. On s’interroge, on ne veut pas croire qu’une telle impudence soit encore possible. Mais les faits sont têtus et Monsieur de Balkany, maire de Levallois, député-maire UMP, proche dit-on de Nicolas Sarkozy, défraye à  son tour la chronique.

L’INDECENCE DU COUPLE BALKANY.

De quoi s’agit-il ? En 1999 La Chambre Régionale des comptes de l’ Ile de France a condamné le maire de Levallois-Perret à  rembourser à  la ville le montant des salaires de trois agents municipaux qu’il avait employés, pour son usage personnel, pendant plusieurs années. Le montant de la condamnation donne une idée de l’importance de ce détournement : 532.897,96 euros. (soit 35 ans de SMIC annuel !). Sur appel, le Conseil d’Etat a confirmé le jugement de la Chambre le 27 juillet 2005. Aucun doute ne subsiste : les sommes sont bien dues, le détournement est bien réel.

Mais ce n’est là  que le montant « en principal ». Monsieur de Balkany doit, en outre s’acquitter du paiement des intérêts de retard. Ce n’est que justice d’autant plus qu’en la matière les tribunaux ne pratiquent généralement pas des taux usuraires même si le taux légal est majoré de 5 points. Ce « petit complément » s’élève quand même à  230.865,57 euros. Et l’on entend la première adjointe à  Levallois-Peret, Isabelle Balkany ! argumenter  » Les intérêts qu’on nous réclament s’apparentent à  une double peine (sic). Ce n’est pas notre faute si la procédure judiciaire a duré dix ans¦C’est de l’usure » Le « nous » signifie sans doute qu’il s’agit de l’épouse du maire indélicat et la référence à  une « double peine » est ici particulièrement indécente .

DE L’INVOCATION DE LA DOUBLE PEINE…

Mais ce qui est proprement incroyable c’est que le maire sollicite du Ministre des Finances, comme la loi l’y autorise « une remise gracieuse des sommes« . Et le 12 février le Conseil Municipal de Levallois, à  une très large majorité, a donné son accord préalable à  la requête de Monsieur Balkany. Deux élus UMP , et c’est tout à  leur honneur, se sont élevés toutefois contre cette « auto-amnistie« , ce « détournement de la loi« . Mais le mot de la fin doit revenir à  Elisabeth Gourevitch, élue PS, qui souligne que « Nicolas Sarkozy ne peut pas demander aux élus d’être irréprochables et laisser ses amis se livrer à  des petits arrangements. »

Décidément le ministre de l’intérieur choisit bien mal ses amis. Mais il pourra toujours oublier ces boulets en contemplant le cortège de ceux qui, à  la recherche d’une prébende, viennent lui faire allégeance.

Que pense de tout cela le France « d’en bas » ?

Il y a une immoralité et une suffisance qui s’étalent plus que jamais sans aucune pudeur. Elle en en disent long sur la prétention à  l’impunité d’une caste qui s’estime au-dessus des lois et de la morale commune.

Il serait temps que les princes qui nous gouvernent prennent la mesure du sentiment de révolte qui grandit dans ce pays.

Ou la scandaleuse condamnation du dessinateur de presse PLACID


Alors que l’on attend toujours que tombe la décision de justice concernant les désormais très célèbres caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo, PLACID, le dessinateur de presse, vient d’écoper d’une amende de 500 euros pour une caricature d’un policier.

Une illustration en couverture du livre « Vos papiers ! », sous-titré : « Que faire face à  la police ? », une enquête du syndicat de la magistrature sur les abus policiers, publié aux éditions « L’esprit frappeur ».

Pas d’inquiétudes à  avoir, cette caricature ne déclenchera pas de polémique, tout simplement car elle n’a rien de choquant. Ce n’est pourtant pas l’avis du tribunal qui a condamné PLACID, Jean-François Duval de son vrai nom, pour « injures publiques envers une administration, en l’occurrence la police nationale ».

Il lui est reproché d’avoir dessiné un nez de cochon au fonctionnaire de police représenté (voir plus loin le dessin incriminé).

Quelques précisions : le livre, paru en 2001, a été l’objet d’une double plainte (diffamation et injures) de la part de Daniel Vaillant, alors ministre de l’intérieur du gouvernement Jospin. Le procès a eu lieu en 2005. PLACID a été relaxé dans un premier temps ainsi que l’auteur et l’éditeur ( l’auteur est condamné à  cause d’une phrase dans sa préface : « Il y a en France des contrôles d’identités aux faciès, et ils se multiplient »). Mais le parquet a interjeté l’appel, le dessinateur a donc été condamné à  la cour d’appel ou il s’est présenté sans avocat, faute de moyens.

L’éditeur a été condamné à  800 euros d’amende pour complicité et Benoît Schouler, l’auteur, condamné a 1000 euros d’amende.

Dans cette affaire plusieurs choses paraissent tout de même étonnantes voire scandaleuses. Tout d’abord, on peut noter que la presse en a très peu parlé alors qu’il s’agit d’un professionnel de la presse et de l’édition. Que dire de l’attitude de Nicolas Sarkosy, actuel ministre de l’intérieur, qui ne s’exprime pas sur ce sujet alors qu’il est récemment intervenu pour soutenir la cause de Charlie Hebdo en procès qui, dit-il : « s’inscrit dans la vieille tradition française de la satire ».

En cette période de campagne électorale, y aurait-il deux poids deux mesures entre ces deux affaires qui ne sont pas dépourvues de similitudes ? Là  dessus, chacun est libre de se faire son propre jugement mais on ne peut s’empêcher de penser que PLACID a lui aussi besoin d’un véritable soutien ! Lui qui s’inscrit également dans la tradition de la satire.

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« TOUS COCHONS »

Revenons-en a ce dessin et ce fameux nez (de cochon). Le nez et ses caricatures ont toujours existé dans le dessin français qu’il soit déformé, affiné, arrondi, avec des boutons¦.

C’est également une des marques de fabrique de PLACID puisqu’on retrouve ce nez retroussé dans beaucoup de ses caricatures.

Pourquoi d’un seul coup, on n’accepte plus des représentations humoristiques et parfois potaches d’un policier ou de qui que ce soit d’autre ?

Les institutions sont elles devenues intouchables et réfractaires à  la dérision ?

Si tel est le cas, il est encore temps de protester comme le fait PLACID qui faute de moyen pour se défendre au tribunal, protège sa cause et celle de ces collègues dessinateurs en faisant part de son histoire.

La liberté d’expression est un enjeu trop important pour taire cette affaire.

Pour soutenir PLACID, se rendre à  l’adresse suivante : http://touscochons.blogspot.com/

L’Opus se met en scène

L’Opus Dei apporte son soutien à  un film narrant la vie de Josémaria Escriva de Balaguer, son fondateur.

Une réponse directe au livre Da Vinci Code , qui dépeint cette institution catholique comme un réseau de fanatiques criminels. *

Roberts de Niro, entre autres célébrités, est pressenti pour le rôle-titre.

La grâce aurait-elle touché les sectateurs de l’ Opus Dei ? Seraient-ils prêts désormais à  suivre les exhortations de l’Apôtre « Vivez en enfants de lumière ». On n’ose y croire tant la culture du secret est inscrite dans les gènes de l’institution.

Gageons que le scénario se fera léger, aussi léger qu’une plume d’ange, quand il s’agira d’évoquer les liens qui s’établirent entre Josémaria Escriva de Balaguer et le sinistre dictateur, Franco, qui tint d’une main de fer l’Espagne de la guerre civile jusqu’à  sa mort.

Gageons aussi qu’un ange passera quand il s’agira d’évoquer la quête éperdue d’un titre nobiliaire par le saint homme qui dans sa grande humilité limitait son ambition au titre de marquis¦!

Marché de dupes à  l’institut Bon Pasteur, ou quand l’abbé Laguérie refuse une « lettre de regrets »

« Il faut du temps au dialogue pour qu’il s’instaure véritablement, il y a eu trop de blessures, d’invectives, de mots durs.

Il faut du temps pour que la raison, la foi et le pardon l’emportent sur la passion.

Le Père Ricard a demandé à  l’abbé Laguerie, en préalable, à  toute recherche commune, une lettre de regret et de communion à  l’Eglise qui l’accueille pour ouvrir de nouvelles relations.

Nous avons réaffirmé notre détermination à  rester ouverts sur les défis de la mission, lucides sur les enjeux de l’annonce de l’évangile aujourd’hui et la nécessité de faire à‰glise ensemble. – mais pas à  n’importe quelles conditions “ dans la diversité des vocations, de ministères et des sensibilités, « dans la charité et la vérité ».

C’est en ces termes que l’Aquitaine, le bulletin du diocèse de Bordeaux, rapportait cette partie des débats du Conseil pastoral qui traitait de « l’érection » de la paroisse du Bon Pasteur sur instructions formelles “ faudrait-il parler d’oukases- du Vatican.

Cette demande du cardinal Ricard, trente ans après l’occupation de Saint Nicolas du Chardonnet par¦ l’abbé Laguérie, n’était pas dénuée de bon sens, car s’il a obéi « en bon soldat » il ne doit se faire aucune illusion sur la sincérité et la loyauté des manoeuvres qui ont abouti à  l’installation de ce cheval de Troie sur le territoire de l’église de France.

C’est en réalité une tête de pont qui a été établi par les milieux conservateurs de Rome. C’est à  partir de cette tête de pont que le « quarteron » de nostalgiques d’une église o๠le rite l’emporte sur le sens va se lancer à  l’assaut des bastions faibles de cette église.

On ne doit, en effet, nourrir aucune illusion sur la capacité de résistance de certains diocèses dont l’évêque est proche de la sensibilité du commando de Bordeaux. D’autant que l’abbé Laguérie ne désespère pas d’essaimer dans plusieurs diocèses. Il annonce fièrement à  plusieurs reprises que plusieurs évêques sont prêts à  collaborer avec lui !

La convention entre le diocèse de Bordeaux et l’ancien dictateur lefebvriste a été finalement signée. On ne saurait dire qu’elle a été accueillie avec une joie débordante dans le camp des « ralliés ». Et les échos qui filtrent des troupes demeurées fidèles aux héritiers purs et durs de Mgr Lefebvre sont encore plus pessimistes.

Pensez-donc ! L’archevêque de Bordeaux aux termes de la convention qu’il a finalement passée avec « l’abbé » Laguerie, récupère en quelque sorte la paroisse Saint-Eloi o๠il se réserve le droit de pouvoir célébrer l’office divin. Horesco referens ! L’office de Vatican II dans la paroisse concédée aux tenants de la liturgie traditionnelle.

Il était donc normal que l’archevêque de Bordeaux demande à  l’abbé Laguerie de revenir sur un certain nombre de propos ( le vicaire de Mgr Ricard a été notamment traité de trotskiste) marqués au coin de la charité la plus fraternelle. Il était normal “ et sain “ qu’il n’accueille sur ordre cette équipe dont il n’a pas grand chose à  attendre qu’après une reconnaissance sans équivoque de l’injustice flagrante des propos tenus par celui qui demandait à  être accueilli dans cette « à‰glise qui est à  Bordeaux « .

Peut-être nous objectera-t-on qu’il ne « demandait » pas mais qu’il entendait, assuré de son bon droit, entrer botté et casqué dans le lit de la belle dans la vieille tradition des soudards de tous les temps. Or, Mgr Ricard dut se résoudre à  « conventionné » avec l’abbé Laguérie, sans « lettre de regret ».

Petit rappel croustillant: un abbé toujours au dessus des lois

A la fin du siècle dernier, en 1999, mais ce n’est pas si loin, un certain abbé Laguérie se faisait chronométrer sur l’autoroute 10 à  190 km/heure. Ce jour-là , pour aggraver encore son cas, il circulait sans permis ce qui lui valut dans la lettre ouverte d’un journaliste de l’Humanité de s’entendre rappeler qu’il est des gens qui prenne l’habitude de « s’asseoir sur la législation comme d’autres sur leur missel« . Devant le tribunal de Saintes o๠il comparaissait il trouvait pour seule explication que sa voiture « s’était emballée ». Sà»rement un coup du Malin !

Mais il est des accommodements avec la Justice comme avec le ciel. Avec une amende de principe de 2.800 francs (427 euros) notre saint homme devait écoper d’une suspension de permis de deux mois. Toutefois, dans le cadre de ces « accommodements » il lui fut signifié qu’il devait se séparer de son permis du dimanche soir 24 heures au lundi matin 10 heures. Qu’il bénéficie d’une telle mansuétude est incompréhensible ¦ à  moins qu’il ne trouve sa source dans des préjugés d’un autre temps.

Ce qui est plus révoltant, cependant, c’est de voir un Savonarole au petit pied , donneur de leçons et thuriféraire de grands principes qui refuse de s’appliquer à  lui-même les règles élémentaires de morale publique.

Faire le coup de poing pour protester contre l’exposition d’une photographie de Bettina Rheims représentant une femme aux seins nus sur une croix, peut encore passer aux yeux de certains comme la réaction d’un homme indigné qui se fait justice à  lui-même.

Mais mettre en danger la vie d’autrui quand on prône les grands principe c’est tout simplement ignoble. Ou c’est le signe d’un incommensurable orgueil.

Mais c’est plus certainement les deux à  la fois.

La loi naturelle en question : pour une morale du probable et de l’incertitude

Le Vatican prépare actuellement un document de théologie morale fondamentale relatif à  la loi naturelle ( ainsi qu’une actualisation du texte sur l’embryon publié en 1987 : Donum Vitae).

En effet, Joseph Ratzinger estime que les fondements mêmes de la morale sont contestés et qu’il convient donc de les redéfinir avec précision et en argumentant positivement.

Parmi les fondements invoqués en faveur d’un certain nombre de positions de l’à‰glise, comme le refus d’envisager le droit de décider de mourir dans des cas limites, l’interruption de grossesse ou la contraception, il faut citer en première place la référence à  une loi naturelle immuable.

Certes, il ne s’agit pas – mais il est inutile peut-être de le préciser – de l’ordre biologique des choses, à  l’évidence souvent injuste et même cruel : le lion mange la gazelle. Il s’agit, dans la position du Magistère romain, qui décline une thèse qu’on trouve également sous la plume d’un certain nombre de philosophes, d’un sens immanent à  la nature créée mais qui n’est pas discernable simplement par l’observation des occurrences statistiques.

Cette loi présente d’ailleurs souvent cette étrange particularité d’être fréquemment transgressée! La raison seule peut la découvrir.

Sur le fond, on peut en effet penser que la détermination et le partage de ce qui est bien et mal ne dépend pas entièrement du pur arbitraire de l’individu ou d’une société.

L’esclavage, par exemple, ne serait pas rendu moralement légitime par le fait qu’une société le juge majoritairement tel. A l’évidence, la morale, pour garder une vraie consistance, ne saurait simplement refléter des opinions majoritaires à  un moment donné. Sur ce point, une éthique purement subjectiviste peut certainement conduire à  des aberrations.

Pour autant, faut-il adopter la position rigoureusement opposée, à  savoir celle qui fige un certain nombre de jugements moraux absolutisés au nom de cette loi naturelle invoquée trop rapidement et sans discernement suffisant ?

Tout ce que l’on justifie au nom d’un recours à  elle et qui relève peut-être davantage de l’incantation que de l’argumentation, à  commencer par des interdits absolus, s’impose t-il véritablement avec la force qu’on lui prête à  Rome ou ne traduit-il pas plutôt des choix eux-mêmes conditionnés et en partie relatifs?

Entre le Charybde d’un arbitraire total, et sans doute dangereux, et le Scylla d’une réflexion éthique insuffisante, monopolisée par l’argument d’autorité brandi sans être soumis à  une interrogation critique assez sérieuse, n’y – a-t-il pas un espace?

Celui d’une morale du probable et de l’incertitude. Celui d’une recherche consciencieuse sans être scrupuleuse qui tente se livrer à  un discernement intellectuel prudent et mesuré, en considérant les différents aspects d’une problématique et ne se fiant pas à  des oukases intransigeants assénés par les uns et les autres.

C’est au travers d’un dialogue confiant et respectueux entre tous les hommes de bonne volonté, quelque diversifiées que soient leurs obédiences ou leurs options philosophiques de fond, que des solutions plus humaines, plus équilibrées, moins abruptes et peut-être plus sages pourront être enfin envisagées.

Les théologiens romains gagneraient à  étudier les positions philosophiques dites de l’ « éthique communicationnelle ». C’est dans le dialogue, dans l’échange, qu’un progrès éthique, toujours timide et faillible, peut émerger et se diffuser.

Selon nos sources, les théologiens qui pourraient être les auteurs du document romain annoncé (on parle de l’archevêque Angelo Amato, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, de Mgr Livio Melina ou de Mgr Jean Laffitte, membre de la Communauté de l’Emmanuel) partisans d’une ligne dure et intransigeante, nous laissent craindre au contraire une resucée des mêmes positions pour le coup arbitraires, discutables et hélas indiscutées.

Papon et l’étrange Père Lelong

C’est le très controversé Révérant Père Michel Lelong qui a présidé les funérailles religieuses de Maurice Papon.

Père Blanc, longtemps à  la pointe du dialogue islamo-chrétien (Mgr André Collini, alors archevêque de Toulouse lui confia la mise sur pied du secrétariat pour les relations avec l’Islam), le Père Michel Lelong, né en 1925, est devenu l’une chevilles ouvrières du G.R.E.C (voir Golias n° 112), ce mouvement visant aux retrouvailles harmonieuses et très réacs entre la Fraternité Saint Pie X et Rome , par l’intermédiaire de l’aile la plus conservatrice de l’Eglise.

Au milieu des années « quatre-vingt », cet angevin était chroniqueur régulier de l’hebdomadaire « Famille chrétienne ». Il y dénonçait déjà  le relativisme doctrinal, le laxisme moral et les abus liturgiques…en citant d’abondance Joseph Ratzinger.

En 1996, le Père Lelong écrit une lettre publique dans laquelle il apporte son soutien à  Roger Garaudy soutenant des positions révisionnistes. Il se montre proche de groupes islamistes durs.

Mercredi 21 février, le Père Lelong a défrayé la chronique par les propos qu’il a tenus lors des obsèques de Maurice Papon. En effet, non content de les célébrer, le Révérend Père, a salué la mémoire d’un homme selon lui « injustement traité » par la justice française.

Le Père Lelong a dénoncé la pression médiatique et politique, avant de dresser un véritable panégyrique du défunt. Il est allé jusqu’à  comparé l’ancien préfet de police au Christ.

Il faut savoir qu’il avait déjà  témoigné au procès de Maurice Papon en faveur de l’accusé. Mais surtout, il a aidé l’ancien fonctionnaire de Vichy dans la rédaction de ses mémoires. Il s’agit d’un manuscrit d’une bonne centaine de pages exprimant des jugements acerbes dont on attend avec impatience la parution.

Du côté de la vraie tradition¦


Les divergences de vue entre Carlo Maria Martini et Benoît XVI sont souvent interprétées un peu vite comme un choc culturel entre un esprit moderne et un défenseur de la tradition.

En réalité, il suffit de lire de façon un peu plus attentive les textes de l’ancien archevêque de Milan pour constater leur enracinement très profond dans la méditation (et même la « rumination » si j’ose dire) de l’à‰criture et des grands auteurs chrétiens. Nous sommes loin du cliché totalement faux d’un prélat simplement soucieux de plaire aux médias et de dire à  ses contemporains ce qu’ils veulent entendre.

Religieux austère et d’une grande puissance de réflexion, authentique mystique, Carlo Maria Martini n’entend certainement pas brader les exigences de l’à‰vangile, ou proposer un message fade et au rabais. Bien au contraire, ce bibliste de renommée internationale (hautement fondée) entend plutôt recentrer l’enseignement de l’à‰glise et son témoignage sur l’essentiel et sur la présence vivante de Jésus. Ce qui suppose un véritable esprit de réforme : non pour plaire aux uns et aux autres mais pour leur offrir une parole de vérité et de vie aussi éloignée de la complaisance envers les ambiguïtés d’un progrès parfois discutable que d’intransigeances infondées, inhumaines, et qui détournent, directement ou indirectement, du chemin de l’amour, donc de la sainteté.

La réaction défensive et sans discernement d’un cardinal Camillo Ruini refusant à  Piergiorgio Welby des funérailles catholiques est-elle si fidèle que cela à  la tradition?

Même sous Pie XII, grâce à  un jésuite pourtant conservateur, le Père Franz Hà¼rth, des solutions étaient recherchées. Certains progrès ont été accomplis : ainsi le Magistère romain a-t-il accepté l’accouchement sans douleurs ou distingué d’une euthanasie active le refus légitime d’un acharnement thérapeutique inhumain.

A la même époque, le moraliste très réactionnaire du Latran, Mgr Pietro Palazzini, qui deviendra d’ailleurs cardinal, défendit le droit des religieuses menacées de viol d’avoir recours à  …la pilule! Loin de nous l’idée de vouloir revenir à  une telle période et à  une telle théologie, limitée, étroite et sclérosée par ailleurs. Ce que nous voulons dire, c’est que même alors, à  une période de frilosité et de rigorisme, par fidélité à  la tradition justement, il était difficile d’adopter des positions simplistes, déséquilibrées et inhumaines.

Nul n’est dispensé d’être intelligent : il est certes possible de retracer l’histoire de deux mille ans de christianisme en se fixant sur les périodes de fanatisme, soit pour les pourfendre (façon Michel Onfray), soit pour les exalter (Mgr Marcel Lefebvre). En définitive, cette lecture sélective, évidemment lucide à  certains égards, ignore peut-être le dynamisme essentiel du christianisme, ce qui fait de la tradition une vie et non point un cimetière.

Le modèle ultra-intransigeant que veulent ressusciter et canoniser nos intégristes exprime sans doute le recul d’une période donnée de l’histoire, dans un contexte particulier.

Parler de « tradition » avec un grand « t » est plus qu’abusif. De même, en matière liturgique, sacraliser et absolutiser un style marqué par une certaine dérive, la séparation des clercs et des laïcs (cf. les travaux historiques de Dom Adrien Nocent, Cyrille Vogel ou Alexandre Faivre), n’exprime pas tant une tradition séculaire qu’un durcissement sinon une trahison de l’esprit des origines.

Les pieuses envolées, en France, d’un Mgr Vingt-Trois, après le cardinal Lustiger, sur un idéal sacerdotal sentant la naphtaline, basé sur le mythe tridentin du prêtre sacralisé, et confondu avec un religieux, n’ont rien de traditionnel en regard par exemple du premier millénaire.

Parler de « tradition » avec un grand « t » est plus qu’abusif

Jadis Edward Schillebeeckx , théologien aussi averti qu’excellent historien, avait établi le non-sens historique et doctrinal que constituaient l’ordination absolue (par exemple d’évêques d’opérette de la Curie) tout comme la soi-disante impossibilité tout aussi absolue pour une communauté de célébrer l’eucharistie faute de clercs validement ordonnés (en raison d’un contre-sens sur l’idée de succession apostolique, dans les premiers siècles elle n’avait rien de magique!).

La morale sexuelle actuelle traduit peut-être davantage les étroitesses de clercs frustrés et ignorants de l’histoire qu’elle n’est le fruit d’une tradition vivante et profonde. Pour mémoire, nous renvoyons aux travaux des années soixante de John T. Noonan sur la contraception, jugée légitime et parfois nécessaire jusqu’au dix-huitième siècle.

Avant le douzième siècle, le divorce était plus que légitime. Et pour cause : toute une théologie et un droit du mariage n’avaient pas encore été inventés. John Boswell montre combien le douzième chrétien fut pratiquement aussi gay que le Berlin d’avant Hitler, plus libéré que la Grèce (hantée par les rapports de domination « éraste » et « éromène »), et oui ! La vraie tradition n’a rien à  voir avec quelques réflexes frileux du dix-neuvième siècle.

Même les catholiques d’ouverture, qui n’étudient pas assez l’histoire, tendent dans une version du plus mauvais Condorcet, revu et corrigé à  la baisse, d’exalter le progrès au détriment de la tradition, comme si cette dernière était effectivement l’abîme d’obscurantisme dépeint par ses soi-disant défenseurs.

Rappelons pour mémoire une confidence que nous fit Mgr Michele Maccarone, le pourtant très romain Président du Conseil Pontifical des Sciences historiques. Selon lui, en effet, l’évolution soi-disant surprenante d’un certaine Angelo Roncalli tenait à  sa passion pour l’histoire.

Contrairement à  de pieuses légendes, le futur Jean XXIII ne se réfugiait ni dans la prière ni dans les plaisirs de la table. Il consacrait une large part de son temps (Délégué Apostolique à  Istanbul, il n’en manquait pas) à  lire et à  relire des livres d’histoire. D’o๠sa vision très différente et très humaine de l’à‰glise.

Mgr Pasquale Macchi, secrétaire défunt de Paul VI, nous confia un jour que le brillant fonctionnaire de Curie Giovanni Battista Montini ne pouvait se résigner à  adopter les positions conservatrices et simplistes de la Curie. Il connaissait trop bien l’histoire.

Vive la vraie tradition! Car elle est vivante.