L’abbé Pierre : un fils encombrant

Le décès de ce grand témoin de la charité et de l’évangile, adulé des français, place un peu situation délicate une institution ecclésiastique souvent réservée à  son endroit. D’une foi très profonde, aimant beaucoup l’à‰glise, l’abbé Pierre avait cultivé ce que Jean Daniélou (qui ne mit pas toujours ses conseils en pratique) nommait fort justement l' »anticléricalisme des saints ».

En 1989 déjà , assis à  côté de Jean Paul II à  Castelgandolfo , l’abbé Pierre avait suggérer au Souverain Pontife de quitter sa charge lorsqu’il aurait 75 ans, en des termes directs, sinon crus :  » pour éviter d’avoir un vieux gâteux qui paralyse un diocèse « .

Au fil des ans, Henri Grouès n’avait eu de cesse de dénoncer les dépenses du Vatican, la pompe ridicule de l’à‰glise (les mitres avaient le don de l’irriter tout particulièrement).

L’abbé Pierre avait en effet dénoncé le discours romain, hypocrite et peut-être criminel, au sujet du Sida. Nous le citons :  » Dieu sait si les discours du Pape sont fervents et solides en doctrine, mais il y a bien des faits o๠il n’est pas dans le coup (…) Demander l’abstinence et la continence à  des domaines des bidonvilles de Sao Paulo c’est criminel. On a l’impression que cela devient chez lui pathologique « .

Dans un essai récent,  » Mon Dieu, pourquoi ? « , l’abbé, décidément très dérangeant se prononçait en faveur des prêtres mariés, des femmes prêtres et concédait qu’il était possible de penser que Marie Madeleine avait éventuellement pu avoir une relation avec le Christ. Il défendait également le projet de reconnaître un couple homosexuel sous la catégorie œ d’alliance  , et ne se disait pas systématiquement opposé à  l’idée qu’ils puissent adopter des enfants.

Le cardinal Jean-Marie Lustiger essaya alors de noyer le poisson en prétendant un peu vite que l’abbé avait « un peu perdu la tête« . Dans le genre franchement odieux, et sans éviter le mauvais goà»t, son successeur et clone, Mgr André Vingt-Trois n’hésita pas à  comparer l’homme préféré des Français à  un  » pompier pyromane  » sinon à  un  » instituteur pédophile « .

La conférence épiscopale , par l’intermédiaire de son président, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, vient de faire une déclaration certes laudative mais qui dissimule mal le malaise récurrent qui fut le sien à  l’égard de ce prêtre turbulent, franc-tireur et prophétique.

Plus explicite, Mgr Stanislas Lalanne, secrétaire général de la Conférence, moins enrobant que le cardinal Ricard, s’exprime en ces termes :  » l’abbé, qui était un grand spirituel, avait des coups de coeur et des coups de gueule. Il ne maîtrisait pas toujours ses cris. Nous avons eu l’occasion de le lui dire, fraternellement « .

Plus habile sans doute, le cardinal Paul Poupard, président du Conseil Pontifical pour la culture, tente de minimiser la paternité des propos de l’abbé :  » en vieillissant, on lui a fait dire des choses regrettables.  » Son à‰minence ajoute cependant, pour tenir le discours le plus positif possible, en adroit prélat de Curie qu’il est, que l’abbé aura  » contribué à  surmonter l’image négative que certains avaient de l’à‰glise « .

En son temps déjà , Mgr Ricard, se gardant bien d’évoquer les propos de l’abbé lui-même, s’en prenait hypocritement à  ceux qui les instrumentalisaient. Ben voyons !

L’un des seuls hommes de l’institution à  lui manifester toujours une confiance sans faille et sincère en toute circonstance fut son ami le cardinal Roger Etchegaray.

A deux reprises, le Saint-Office lui avait cherché des noises mais ne donna pas suite, en raison de l’immense popularité de cet abbé hors du commun. Les intégristes continuaient à  le poursuivre de leur haine. Les Papes, conscients de la gaffe que fut l’éviction de Mgr Gaillot (situation fort différente car ce dernier était évêque) s’abstinrent de mettre en cause ce serviteur incommode de l’à‰glise.

Un homme libre, cela fait toujours peur.

Les propos maladroits et offensants de l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, sur l’abbé Pierre rendait délicate sa position de prédicateur pour ses obsèques. Une solution habile a été trouvée : c’est l’archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin, qui prononcera l’éloge funèbre

Le Vatican a envoyé un bref message de condoléances, incontournable pour lui, signé du cardinal Secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone. Mais l’Osservatore Romano du lundi soir n’a même pas daigné signalé le décès de l’abbé.

Un vrai fils de l’Eglise sut reconnaître l’indispensable charisme de l’abbé Pierre, Mgr Angelo Roncalli futur Jean XXIII, alors Nonce à  Paris . Il dit un jour à  Henri Grouès :  » Vous êtes mon charbon ardent « .

L’abbé Pierre : un homme libre

Dans l’excellent éditorial qu’il lui consacre dans le Nouvel Observateur du 25 au 31 janvier, Jean Daniel note fort justement que l’abbé Pierre n’a pas d’abord été un témoin de la charité, mais de la justice.

L’amour du prochain s’épanouit en effet en fleurs de compassion. En même temps, le premier degré, tout -à -fait incontournable, de l’amour demeure celui de la justice. L’obligation de rémunérer dignement des salariés relève de cet ordre-là , et non de celui d’une quelconque générosité qui s’ajouterait de surcroît.

Les Pères de l’à‰glise, dans les premiers siècles, le soulignaient avec énergie, notamment saint Jean Chrysostome (bouche d’or… au verbe de feu) : donner de l’argent, le gîte et le couvert aux miséreux c’est leur rendre ce qui leur est dà». Nous sommes à  des années-lumière d’une posture compassionnelle condescendante, celle d’une à‰glise des nantis qui daignent s’abaisser vers les pauvres.

Pour en avoir une illustration fort mémorable, on reverra avec plaisir l’excellent « Douce » de Claude Autant-Lara. Marguerite Moreno, actrice exceptionnelle, y incarne une comtesse qui pratique les oeuvres de charité, de la façon la plus odieuse possible. Morceau d’anthologie, qui nous laisse songeur.

Dans un esprit bien plus fidèle à  Jésus de Nazareth et à  François d’Assise, l’abbé Pierre dénonçait l’injustice, combattait l’exploitation.

C’était pour lui un vrai devoir, une sorte d’impératif catégorique chrétien. Les saintes colères de l’abbé nous éloignent d’une sorte d’aspersion mesurée d’eau bénite, avec des paroles sirupeuses et compassées, dont les milieux catholiques sont hélas trop souvent familiers, héritiers et continuateurs.

Henri Grouès gagna d’ailleurs l’estime d’un Pierre Bourdieu. L’engagement de cet ecclésiastique hors normes revêtait une dimension politique, stratégique, militante, combative. Loin de chercher à  préserver un ordre injuste, l’abbé criait les exigences de la vérité et de l’amour, dont s’éloignent, si souvent, nos conformismes. Il avait bien en main le fouet par lequel Jésus chassa les vendeurs du Temple.

Golias se retrouve parfaitement dans cette claire distinction, en outre fort traditionnelle en théologie morale, entre un devoir de justice et un devoir de charité. Notre combat, peut-être véhément, nous semble pouvoir tirer sa légitimité d’un impératif d’une justice à  faire régner non seulement dans la société mais au sein même de l’à‰glise.

En effet, les mêmes hommes de l’institution ecclésiastiques, prompts à  tenir de beaux discours sociaux adressés aux politiques, ne semblent guère également prompts à  tenter d’établir cette justice ad intra. La dénonciation obligée et urgente de la situation indigne de retraités ancien clercs, religieux ou religieuses, que Golias s’engage à  répercuter et à  poursuivre, répond justement à  un devoir de justice (et non de compassion). Ces hommes et ces femmes ont droit à  une retraite convenable ; les miséreux ont droit à  un toit.

Confondre l’ordre de la compassion et celui de la justice conduit à  se moquer des plus pauvres et à  se dispenser un peu facilement des devoirs envers eux. Les puissants, ceux qui jouissent d’une autorité temporelle ou spirituelle, sont toujours tentés de se prémunir contre les obligations qui leur incombent en faisant miroiter, surtout en paroles, les feux d’une prétendue charité.

Notons au passage que les devoirs de justice ne touchent pas seulement le domaine économique et social. Empêcher des hommes et des femmes de se marier (comme le font les autorités ecclésiastiques) porte atteinte à  un droit naturel. En son temps, Karl Rahner, théologien exceptionnel regretté, se disait convaincu que le droit de chacun au mariage l’emportait de toute façon sur l’obligation contractuelle des clercs, même suite à  un engagement solennel et sacré. Autrement dit, l’à‰glise, contraignant ses serviteurs au célibat, contrarie leur droit à  se marier. A la lumière de ces considérations, on saisit mieux combien le combat social de l’abbé Pierre était indissociable de ses prises de position pour que l’à‰glise se réforme et cesse d’imposer à  des hommes et à  des femmes un fardeau qui parfois fait injure à  l’amour de Dieu.

Golias entend garder précieusement cette leçon d’intégrité et de vérité laissée par l‘abbé Pierre.

On sait qu’Henri Grouès fut ordonné en 1938 des mains du cardinal Pierre Gerlier, alors archevêque de Lyon et primat des Gaules. L’ancien avocat brillant qui présidait aux destinées de l’à‰glise de Lyon impressionna le jeune prêtre, par sa prestance et par son talent d’orateur.

Parmi les compagnons d’ordination du futur abbé Pierre se trouvait également un dénommé Jean Daniélou, jésuite. Ce dernier pria d’ailleurs, à  la veille du jour de l’imposition des mains, le jeune abbé Grouès de ne jamais se départir de «  l’anticléricalisme des saints « . Le fondateur d’Emmaà¼s resta fidèle à  la promesse qu’il fit à … ce futur cardinal qui adoptera par la suite des attitudes bien plus discutables.

Merci, cher abbé Pierre : l’anticléricalisme des saints » demeure aussi, pour nous, à  Golias, une exigence féconde. La condition de la liberté.

Retraite des  »Ex » : une décision de justice qui fera date

Quatre ex-religieuses se voient reconnaître trois à  cinq années supplémentaires de droit à  la retraite auprès de la Caisse des Cultes.

Ce fait divers est plus que médiatique. Il illustre les carences d’une Eglise lorsqu’elle fait passer ses Dogmes et sa Hiérarchie avant le bien de ses fidèles.

Qu’on en juge

Depuis plusieurs décennies, l’Eglise Catholique considérait que les engagements réciproques vis-à -vis de ses futurs prêtres ne commençaient qu’à  la tonsure et lorsque celle-ci fut supprimée au diaconat, quant aux religieux- religieuses aucune obligation de sa part avant la « profession de voeu ».

Or les Tribunaux des affaires sociales de Vannes (15 mai 2006) puis de Rennes (25 janvier 2007), font le constat de ces engagements réciproques dès l’admission dans une maison religieuse ou un monastère lorsqu’on entreprend un parcours vers des engagements plus définitifs.

La Caisse de Cultes est stigmatisée car au lieu d’aller vérifier que dans chaque collectivité religieuse (tous cultes confondus), les membres présents qu’ils soient stagiaires ou postulants, étaient bien couverts par un régime de Sécurité Sociale, elle s’en tenait aux affirmations des Autorités Cultuelles. L’Eglise a continué ainsi à  priver tous ses jeunes postulants et novices de la protection vieillesse depuis 1978.

C’est comme si une Urssaf s’interdisait tout contrôle dans les entreprises pour ne pas déplaire au Médef¦

Pour bien comprendre le fonctionnement de la Caisse des Cultes , il convient d’observer qu’elle est totalement fermée à  la présence des usagers. Son Conseil d’Administration est dominé par la présence massive des représentants « employeurs » venant des différents cultes à  commencer par ceux du culte Catholique¦ Et quand bien même certaines personnalités voudraient s’affranchir d’une telle tutelle hiérarchique, le dernier mot appartient aux Autorités, qui comme toujours savent ce qui est bon et juste, pour leurs ouailles.

Le système de défense de la Cavimac et des Autorités Cultuelles Catholiques a d’abord été le refus outré d’avoir à  être jugé par un Tribunal Civil, le contentieux relevait pour elle des Tribunaux ecclésiastiques¦ Mais si tel était le cas elle pouvait elle-même se saisir du dossier et le faire traiter par l’une de ses officialités¦ Les carences de celles-ci en matière des droits des fidèles, interdisaient sans doute une telle procédure¦

Le seul titre de gloire des officialités aujourd’hui n’est-il pas les procès en nullité de mariage ?

L’incompréhension et la stupeur des Représentants du Culte Catholique fut d’ailleurs à  la mesure d’une étonnante incompétence en matière de droit civil et de droit canonique (tant pis pour les majuscules dont ce dernier ne sera pas gratifié)¦ Les raisonnements en matière juridique se limitaient à  clamer¦ loi de Séparation¦ loi de Séparation¦ avec une canonisation après coup d’une Loi si décriée par les pontifes (romains et hexagonaux) du début du XXème siècle.

Ici encore les Autorités n’ont fait aucune démarche auprès de l’Association qui manageait toute cette procédure¦ Elles se sont contentées de courir aux Ministères du Gouvernement pour voir de quelle manière la machine judiciaire pouvait se retourner en leur faveur¦

La suite devient mesquine. Au 1er juillet 2006 la Cavimac annonce triomphalement à  tous les séminaristes, novices et autres stagiaires de l’Eglise Catholique que désormais les diocèses et les collectivités cotisent pour leur vieillesse mais seulement à  partir de 2006 et en tirant un trait sur les arriérés dus depuis 1978.

Parallèlement le système de défense est réorganisée autour d’un avocat et du Règlement Intérieur. Ce n’est plus le fond qui compte mais la forme et la crédibilité des mauvaises décisions prises dans le passé¦ Vous avez tort parce que le Règlement Intérieur avait décidé les critères d’affiliation autrement¦ Ils sont loin très loin les droits des milliers de prêtres et de religieux (ses), des restés et des partis¦

Le climat en vue du deuxième jugement est encore plus malsain que le premier système de défense qui était au dédain. Cette fois on essaie de décourager les plaignantes en leur faisant dire qu’elles perdront, en multipliant les demandes de report chères aux avocats¦

Le bénéficiaire du premier jugement tente de dire et faire dire aux Autorités du Culte Catholique qu’elles font fausse route, qu’il faut se mettre autour d’une table¦ C’est en vain jusqu’au coup d’éclat des présidents de l’APRC auprès de la Conférence des Evêques à  Lourdes.

Mais la machine a bien du mal à  se mettre en route : c’est tellement inhabituel de s’asseoir à  une table de négociation quand c’est à  l’intérieur de l’Eglise¦ Si en plus il s’agit de gens qui ont osé vous tenir tête, o๠va-t-on ?

Voilà  à  présent que les Lois de la Laïcité et les Tribunaux de la République apparaissent plus justes et équitables que les Tribunaux de la Sainte Eglise et de son Droit Canon.

Comment ne pas imaginer que de Là  Haut, l’Abbé Pierre n’a pas pour nous un regard complice. La liturgie de ce dimanche s’y met aussi¦ « Ne dis pas¦ ne dis plus : je ne suis qu’un enfant »¦

Comment Karol Wojtyla était espionné ?

Nous savons désormais l’intensité et la précision avec laquelle Karol Wojtyla était espionné, et ce dès 1949, alors qu’il était un jeune abbé.

Le premier agent qui s’intéressait à  lui était un prêtre, le Père Wladislas Kulczycki, dont le nom de code était Zagielowski. Curé de saint Nicolas à  Cracovie, et en bons termes avec le cardinal Wyszynski, cet ecclésiastique était en réalité tenu suite à  une affaire sexuelle.

Sans doute par jalousie, il détestait Karol Wojtyla qui effectua, de fait, une très brillante carrière, très rapide au demeurant: évêque à  38 ans, archevêque à  44, cardinal à  47.

Le deuxième espion à  s’imposer comme émergeant du lot avait pour pseudo « Arès » du nom du dieu grec de la guerre (en latin : Mars) . Il s’agit d’un laïc très estimé dans le monde catholique polonais, un homme cultivé et fort jovial, économe de la Curie diocésaine de Cracovie, directeur de l »hebdomadaire « Tygodnik Powszechny », auquel collaborait très souvent Mgr Wojtyla, bon vivant estimé de tous : Tadeusz Nowak.

Non seulement ce dernier faisait preuve d’une intuition hors du commun mais encore il était comme au croisement d’une toile d’araignée qu’il contrôlait à  la perfection.

Troisième espion important, un certain Waclaw Debski qui avait pour nom de code « Erski » et collaborait très directement avec « Arès ». Les deux comparses rédigèrent en 1969 un rapport sur le cardinal Wojtyla, qui témoigne de la prise de conscience finalement tardive par les services secrets du danger que présentait cette à‰minence très intellectuelle et fort longtemps sous-estimée. Il est vrai que cet astre montant de l’épiscopat polonais, très différent du vieux cardinal Wyszynski, ne prenait guère position et passait plutôt pour un philosophe incompréhensible et rêveur doublé d’un ancien acteur surtout soucieux de plaire aux uns et aux autres.

On doit mentionner encore un certain « Schiller » qui fut quant à  lui l’économe de « Tygodnik Powszechny ».

Mgr Michal Jagosz, aujourd’hui chanoine de Sainte Marie et président de la commission historique sur la cause de béatification de Jean Paul II, aurait lui aussi été un agent très actif. Cette révélation a fait grand bruit à  Rome. En outre, Mgr Jagosz était pressenti pour une promotion rapide à  des postes importants au Vatican.

Le dévoilement des véritables activités du Père Konrad Hejmo, dominicain vivant à  Rome, associé au cercle rapproché de Jean Paul II, a également suscité des remous. Le Révérend Père était chargé de la venue – massive – des polonais à  Rome. Son activité était tellement intense qu’il avait…trois noms de code!

On estime à  2 600 le nombre de prêtres espions, ce qui est sans doute considérable. En même temps, il est incontestable que des tentatives de brouiller les pistes ont été faites et qu’elles se multiplieront. Les soupçons peuvent être injustifiés. Dans les années cinquante, par exemple, ils se portèrent même sur le cardinal Stefan Wyszynski en raison de sa relative « ‘bonne entente » avec le Premier Ministre Gomulka qui s’efforçait il est vrai de libéraliser le régime. Le courageux Primat fut d’ailleurs suspecté à  Rome par le Pape Pie XII.

Par la suite, un espion très appliqué, ayant pour pseudo « Seneka » (du nom du philosophe stoïcien latin) aurait donné une quantité incroyable d’informations sur la personnalité de Karol Wojtyla. On n’ignore encore son identité réelle dont la découverte pourrait susciter une immense tourmente.

Toutes les pièces concernant cette affaire d’espions ne sont probablement pas encore à  notre disposition. Ce n’est pourtant que partie remise.

Pour plus de sécurité, les espions ne se connaissaient pas entre eux. Ainsi, la défection de l’un d’entre eux ne pouvait-elle pas faire tomber un réseau entier.

En outre, à  présent, les « repentis » ne peuvent nous dire exactement qui était espion et qui ne l’était pas. Parfois, les situations étaient cocasses : deux agents travaillant pour la même police secrète se côtoyaient sans savoir leur destin commun.

En fait, on pourrait réaliser un excellent film sur ces aventures des espions ecclésiastiques, et nul doute que le premier verra sans doute bientôt le jour.

Un hommage bien conventionnel

Nous sommes, nous Goliards, comme les Compagnons d’Emmaà¼s, comme nombre de Français ou de Citoyens du Monde, dans l’émotion après la mort de l’Abbé Pierre, lui qui n’était jamais dans le registre de la pitié mais toujours dans celui de l’amour.

Or cet amour transgresse les frontières, celles des classes sociales comme celles de l’à‰glise et l’on peut regretter que l’hommage national qui lui a été rendu en la cathédrale Notre Dame de Paris fà»t trop conventionnel.

Mais nous sommes surtout déçus que les paroles les plus fortes ne furent pas prononcées par les Pontifes.

Certes, le cardinal Barbarin fit mémoire de l’Insurgé de Dieu en rappelant la source de toute son action : l’amour de Dieu résumé dans l’Eucharistie qu’il célébrait chaque jour. Il affirma aussi devant un parterre de puissants, représentants politiques et évêques, que l’abbé vécut comme un pauvre, ce qui fut « une garantie de l’authenticité de son action » ! A bon entendeur…

Mais, Dieu merci, le Primat des Gaules ne redit pas que le fondateur d’Emmaà¼s n’était pas un grand théologien, comme il le fit dans plusieurs de ses déclarations précédentes car justement, il n’a eu de cesse de nous rappeler que le nouveau culte, pour utiliser le vocabulaire de la lettre aux Hébreux, s’appelle l’amour de l’autre !

Pourtant, on aurait espéré que l’institution ecclésiastique s’interroge : en quoi l’amour de Dieu, qui a conduit l’abbé Pierre à  être passionnément solidaire des plus pauvres à  la suite du Christ, lui a-t-il permis cette liberté à  l’égard de toutes les institutions, y compris l’à‰glise ?

Car il dérangeait tous les ministres qu’ils fussent d’à‰tat ou du Culte et l’on se souvient de quelques malheureuses paroles des archevêques de Paris et de Clermont, il y a peu !

Quel humour d’ailleurs qu’une nièce de l’abbé lise un extrait de « Mon Dieu, pourquoi ? », livre maudit de certains épiscopes, juste avant le message du cardinal secrétaire d’à‰tat au nom du Pape !

Mais peut-on regretter que, pour dire A-Dieu à  un insurgé, les paroles les plus fortes ne viennent pas des institutions mais de ceux et celles qui partageaient au quotidien sa passion dont Martin Hirsch, le responsable de la Fondation Emmaà¼s qui redit avec force que « le véritable hommage sera de continuer son combat » !

Nous n’oublierons pas qu’il a aussi voulu libérer l’à‰glise de ses carcans et donner un toit à  tous les SDF de la théologie officielle, tous ceux et celles qui sont exclus de la communion parce qu’ils ne vivent pas selon les normes du droit canon… Ce sera notre manière d’être en communion avec l’abbé Pierre, et pas seulement le temps d’une célébration !

« On les regardait comme des exclus ou des blessés de la vie, mais en vérité, ils étaient devenus des semeurs d’espérance. Il avait suffi que quelqu’un fasse jaillir en eux la source, pour que toute leur humanité soit à  nouveau irriguée »…

C’est le cardinal Barbarin qui s’exprime lors de l’homélie, mais de qui parle-t-il ? Des exclus d’o๠: de la Société ? De l’à‰glise ?

Et qui aujourd’hui sera ce « quelqu’un » ?

Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ?

Face à  la réalité divine, Isaïe est rempli de frayeur¦ et Simon Pierre de stupeur¦ L’un et l’autre se sentent indignes : non vraiment la sainteté, n’est pas de leur côté.

Isaïe laisse le séraphin lui brà»ler les lèvres, et Jésus rassure la petite troupe de ses disciples avec bonhomie et amitié : « Désormais ce sont des hommes que vous prendrez ».

Quelle classe, ce Prophète Isaïe¦ rien à  voir avec les scrupules et hésitations du Prophète de dimanche dernier¦ qui nous apparaîtra cependant, plein d’assurance et de pertinence dimanche prochain. De l’autorité, de la prestance¦ l’ascendance sur tous ceux qui l’approchent¦ un « leader » tel que nous sommes prêts à  les suivre¦

Les jeunes sont enthousiastes, la « Grande Puissance » dénoncée s’écroule comme château de cartes, les adeptes du tout religieux sont revigorés.

Les années se succèdent¦ les jeunes entrent dans la vie de leurs aînés, ni meilleurs, ni pires… Ils étaient censés revenir, nous continuons à  les courtiser (en vain ?).

La Pologne se libère aussi de l’Eglise, et aspire aux bienfaits de la société occidentale. Les intégrismes perdent leur âme et leur vertu « voilée », dans les terrorismes et obscurantismes du passé. De grandes voix prophétiques continuent d’être auditionnées : Jean Paul II (hier), l‘abbé Pierre (quand c’est encore possible), Soeur Emmanuel¦ faisaient et font l’audience. Nous les écoutons, nous les admirons¦ nous n’en continuons pas moins à  vivre le monde tel qu’il est, ni ange, ni bête¦

Le Prophète Isaïe aura une deuxième vie. De son vivant, il restera ce prélat indomptable. Mais ses prophéties finiront en exil¦ comme toutes les autres¦ Elles perdront une partie de leur assurance immédiate. Elles s’épureront en et par humanités. Elles prendront de la distance en rapport aux utopies sociétales et anti-mondialistes. Elles souffriront les affres du « Serviteur » que nous moquons¦ Nous aurons de quoi penser que tout est définitivement perdu, pour lui, pour nous.

Simplement nous aurons été marqués à  jamais.

Reprenant nos métiers de navigateurs sur les Océans de bonheurs et de survies, le Seigneur nous retrouvera-t-il ? :

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi. »¦

Nous deviendrons enfin, nous aussi, d’authentiques pêcheurs d’hommes avec les 12, avec leurs amis, avec les amis de leurs amis.

C dans l’air et les cathos

Etaient présents sur le plateau :

« Monseigneur » Stanislas Lalanne (secrétaire général de la Conférence des évêques de France),

Frédéric Lenoir, philosophe, écrivain et sociologue ( Directeur de la rédaction du Monde des Religions),

Mamoud Ould Doua, membre de l’UOIA, enseignant à  Bordeaux ( anthropologie et sciences politiques) et¦

Christian Terras qu’on ne présente plus aux lecteurs de Golias.

C’est sans conteste une émission à  marquer d’une pierre blanche. Voici la première fois depuis une vingtaine d’année que la conférence épiscopale n’oppose pas son veto à  la présence sur un plateau de télévision du rédacteur en chef de Golias.

Ce veto prenait des formes policées : si vous invitez Christian Terras nous ne mandaterons personne pour participer en notre nom au débat. Et voici qu’en cette fin janvier, après la publication de cette enquête du Monde des Religions, après les réactions au « recyclage » des disciples de Mgr Lefebre, après tant d’événement de par le vaste monde, la conférence épiscopale, accepte ce qui pouvait être une confrontation et qui s’est révélé un dialogue avec « l’enfant terrible » du catholicisme français.

Il nous faut prendre acte de cette ouverture qui s’est réalisée sans équivoque, surtout après la publication en décembre des résultats de enquête de Golias sur les trois ans, à  la tête du diocèse de Lyon, de Philippe Barbarin.

Nous nous doutons bien que ce geste de bonne volonté sera commenté dans un certain nombre d’évêchés et, ici ou là , de manière plutôt acerbe.

Mais il nous faut prendre acte, avec prudence mais sans arrière pensée, de cette ouverture qui pourrait témoigner d’un changement de mentalité dans l’église de France : si les évêques ont une charge à  porter qu’on ne saurait négliger, c’est au peuple chrétien dans son entier qu’il incombe de prendre en charge l’annonce de la Parole. Et cette annonce n’est en rien liée à  quelques chasubles ou à  l’emploi d’une langue morte depuis bien longtemps. Elle ne reprendra vie que lorsque les hommes et les femmes de ce temps pourront dire comme ils y a près de vingt siècle : » Voyez comme ils aiment  » ou  » Voyez comme ils s’aiment  » car l’un ne va pas sans l’autre !

Et l’émission direz-vous ? Les échanges furent simples quoique sans complaisances mais il faut reconnaître, contrairement à  certaines émission qui tournent au pugilat verbal, qu’il y avait là  , entre les participants, une réelle écoute. Incontestablement sur le plateau c’étaient des hommes de bonne volonté qui sans céder en rien de ce qu’ils estimaient devoir être dit, savaient accorder à  l’autre leur attention. et le respecter dans son analyse de ce monde catholique qui est en évolution accélérée depuis une cinquantaine d’année.

Si C. Terras et F. Lenoir, comme d’ailleurs M. Ould Doua, pouvaient s’exprimer sans arrière pensée, on sentait qu’il n’en était pas tout à  fait de même avec Stanislas Lalanne. Non que sa parole manquât de sincérité, mais mandaté par la conférence des évêques, il ne pouvait se permettre le moindre écart.

On sait bien, qu’au sein de la Conférence épiscopale, au delà  d’une certaine  » fraternité conflictuelle « , se manifestent des approches et des analyses parfois radicalement différentes. On peut d’ailleurs parier sans risque que l’analyse des propos tenus dans cette émission, qu’il s’agisse des apports de S. Lallanne ou des développements de F. Lenoir, ( et a fortiori les observations de C. Terras) ne déclenchera pas les mêmes réaction à  Avignon ou à  Bellay, à  Poitiers ou Marseille ( pour plus de précisions , voir le Trombinoscope des évêques, Ed Golias 2006 ). Mais il faut reconnaître que le porte parole de l’épiscopat s’est plutôt bien tiré de cet exercice relativement périlleux.
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Par comparaison la tâche de F. Lenoir était infiniment plus facile. A partir de sa connaissance approfondie du monde catholique, de ce qu’il est aujourd’hui, de ce qu’il fut hier et tout au long des siècles o๠il fit d’ailleurs (trop) bon ménage avec de nombreux pouvoirs, il pouvait souligner avec clarté ce qui était en train de changer, à  vitesse accélérée, dans ce qui est devenu un microcosme aux multiples facettes.

Si 51 % des français se disent encore catholiques, 33 % seulement d’entre eux savent encore que la Pentecôte correspond à  la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres, 54 %; ne pratiquent jamais ou uniquement pour les baptêmes, mariages ou enterrements. On pourrait continuer : seuls 52 % de ceux qui se disent catholiques reconnaissent croire en Dieu et dans ce groupe, et pour seulement 18 % de ceux-ci peut s’instaurer une relation personnelle avec Dieu. Constat terrible et accablant , en un sens, qui dit bien la révolution qui s’est opérée dans cette France, fille aînée de l’Eglise. Le  » désamour  » né au lendemain de la guerre et dont l’évolution s’accélère de décennie en décennie nous amène à  nous interroger sur ce que recouvrait la notion de catholique il y a seulement 30 ou 40 ans et sur la réalité d’aujourd’hui.

Il était intéressant d’analyser la manière dont M. Ould Doua et S. Lalanne voisinaient sans difficultés : même refus du syncrétisme ambiant, même demande du respect des identités religieuses respectives dans un monde parfois laïciste, même approche positive de la laïcité.

Il appartenait à  M. Ould Daoua de dédramatiser l’image qu’ont tenté de donner de l’Islam un certain nombre de politiciens d’extrême droite (L’islam, demain, la première religion de France..). Les analyses et les données sociologiques apportées par F. Lenoir ne pouvaient que conforter cette entreprise de clarification. A noter cette touche d’humour de M. Ould Doua, qui interrogé sur le type d’école qu’il envisageait de choisir pour ses enfants, confirmait sans ambiguïté qu’il entendait faire appel à  des établissements catholiques sous contrat¦  » mais que des écoles tenus par des jésuites seraient encore mieux « .

Certes, des approches différentes se sont manifestées. Ainsi, après un reportage sur un collège de ND de Sion, au coeur de Paris, S. Lalanne soulignait que l’école catholique faisait partie intégrante de l’église, qu’elle pouvait être un exemple  » prophétique  » de ce que pouvait et devait être une structure d’enseignement.

C’était assez pour que C. Terras reprenne ces propos en soulignant que le statut des établissements était toutefois d’une nature différente de la réalité spirituelle qui vient, pour les croyants, de l’eucharistie et de la pratique sacramentelle (ce que S. Lalanne lui accordait volontiers) ajoutant que le plus grand défi qui est aujourd’hui lancée à  l’institution ecclésiale, c’est une présence forte dans les Zones d’éducation prioritaires (ZEP) de cet enseignement catholique. Alors que S. Lalanne, assumant son rôle de porte-parole tentait d’allumer un contre-feu, la réponse fusait  » je connais bien le dossier : alors qu’il y a dans les ZEP 5000 établissements publics, il n’y en a que 17 qui relèvent de l’enseignement catholique  » ajoutant  » ce n’est pas une accusation mais un constat « .

P.S.

C’est une émission à  revoir à  plusieurs titres. D’abord pour son climat, exemplaire en un sens, nous l’avons déjà  souligné : deux chrétiens qui, visiblement, se reconnaissaient comme tels dialoguaient et ce dialogue était partagé en même temps par F. Lenoir qui se révélait comme un fin connaisseur de cet univers « catho » et par un musulman qui se révélait un homme de foi.

Ensuite pour la diversité des thèmes abordés, qui tout en se rattachant aux données de l’enquête du Monde des religions, ouvraient sur un débat tourné vers l’avenir et notamment sur le problème crucial de la transmission.

Certes des « sujets qui fâchent » ont été laissés de côté : l’inquiétude née de certaines décisions vaticanes, la réintroduction de cette espèce lefebriste qu’on pouvait croire en voie de disparition, le devenir de cette école catholique sous la présidence d’un homme qui ne semble pas incarner aujourd’hui l’ouverture que suggérait Christian Terras.

Et puisque nous l’évoquons, avouons sans fard, que nous sommes quelques uns à  avoir pris grand plaisir à  le voir apporter dans ce débat ce qui fait la spécificité de la démarche de Golias : une liberté de ton, une force de proposition, une conviction sans faille et l’affirmation d’une foi que d’aucuns, en totale mauvaise foi, ont osé mettre en question en des termes odieux. Bravo Christian !

Précisons qu’on peut retrouver la vidéo de cette émission sur le site « France 5 C dans l’air » “ Videos de la semaine, La France pas catholique, l’intégrale en video du 24 janvier 2007 – voir l’émission –

Petit extrait de l’émission (transcription par nos soins.)

Y. Calvi “ Ce Dieu que vous avez « porté à  bout de bras » pendant des siècle, il n’est plus celui que les catholiques eux-mêmes ont en tête .

C. Terras “ Ce qui me frappe dans ces représentations de Dieu, qui ne fonctionnent plus de la même manière, c’est qu’on est dans un « corpus » complètement différent quelque part. Je suis d »accord avec ce que vous dites, : si on regarde ce qui se cache derrière cette déclinaison , qu’est ce qui se cache ?

Moi, je pense, qu’en tous cas chez les catholiques qui se réclament culturellement catholiques et (qui sont) spirituellement en défiance par rapport à  la réalité de Dieu (qu’ils portent en eux) c’est plus de l’ordre de la représentation de Dieu.

Aujourd’hui vous ne pouvez pas, dogmatiquement parlant, transmettre des images de Dieu ou des réalités doctrinales de Dieu comme on en avait avant. Mais ce que les gens cherchent, et c’est pour cela que je parle de quête spirituelle, de quête de sens , c’est une appropriation personnelle de la découverte de Dieu et non pas seulement d’un Dieu qui leur est imposé de manière magistérielle par un clerc ayant la vérité sur la lecture de l’Evangile ou de la Bible.

Et c’est cet accompagnement que doit faire l’église.

Mais cela demande à  l’église une remise à  plat doctrinale, théologique et je dirais même anthropologique parce que là , au coeur de ce rapport à  Dieu, est en jeu l’autonomie personnelle… et la question de l’éthique se pose de manière cruciale notamment pour l’église parce que c’est la question de la liberté de conscience.

Et là  dessus l’église a un défi énorme à  relever.

Le prêtre des contrastes

Qui aurait deviné que ce fils de bourgeois

Vivrait presque toujours sous des toits de fortune

En y faisant rayonner l’amour et la joie ?

Qu’il jugerait rapidement inopportune

Sa décision de suivre aveuglément Pétain

Pour aller rejoindre le maquis du Vercors ? ¦

Que ce catho fils de catholique bon teint

Irait sauver des Juifs au péril de sa vie ? ¦

Et que plus tard il clamerait son désaccord

Avec certaines positions de la Curie ?

******

Il était impensable qu’un prêtre en soutane

Contesterait un jour les idées vaticanes,

Qu’il préconiserait sur la terre d’Afrique

L’usage salutaire du préservatif

Et l’ordination d’hommes mariés et de femmes

Contre l’avis de certains qui en font un drame !

*****

N’est-ce pas paradoxal qu’un contemplatif

Ait été dans le même temps aussi actif ?

Qu’il ait aimé se réfugier dans un désert

Ou parfois méditer dans quelque monastère

Après être apparu sur le petit écran ?

Qu’un être dont la santé était si précaire

Ait poussé devant nous tant de cris de colère

Contre l’insouciance de la démocratie

Face à  la misère des sans logis ?

******

N’est-ce pas émouvant

Qu’un religieux astreint au voeu de chasteté

Ait publiquement avoué l’avoir transgressé ?

******
Et pourtant cet homme-là  est un saint

Pour avoir été le témoin de Dieu

Au service de ceux qui avaient froid et faim

et qu’il ne cessera de secourir aux cieux.

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Zacharie

Luc 1 9-14 ; 16-17 ; 19-22

Zacharie fut désigné par le sort, selon les usages du sacerdoce, pour aller offrir les parfums dans le sanctuaire du Seigneur. Pendant que tout le peuple était dehors en prières, à  l’heure qu’on offre les parfums, un ange du Seigneur lui apparut, debout, à  droite de l’autel des parfums. Zacharie fut troublé à  sa vue et la frayeur s’empara de lui ; mais l’ange lui dit : « Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée : Elisabeth, ta femme, te donnera un fils et tu le nommeras Jean ; il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup de gens se réjouiront de sa naissance (¦). Il convertira bien des fils d’Israà«l au Seigneur leur Dieu et lui-même marchera devant Dieu dans l’esprit. Zacharie dit à  l’ange : « A quoi reconnaîtrai-je la vérité de ce que tu m’annonces ? car je suis vieux et ma femme est déjà  avancée en âge. » L’ange lui répondit : « Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu, j’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer ces heureuses nouvelles. Voici, tu seras muet et tu ne pourras plus parler jusqu’au jour o๠se réalisera cette promesse parce que tu n’as pas ajouté foi à  mes paroles qui s’accompliront en leur temps. Cependant, le peuple attendait Zacharie et s’étonnait qu’il demeurât si longtemps dans le sanctuaire. Quand il sortit, il ne pouvait leur parler et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire, ce que lui-même confirmait par signes et il resta muet.

Le vieux prêtre répand des parfums sur l’autel

Comme c’est la coutume au pays d’Israà«l.

Avant de quitter le sanctuaire,

Une nouvelle fois, il implore Yahvé

D’exaucer sa prière.

*****

Subitement, il croit rêver :

Au fond de ses yeux clos,

Il entrevoit une silhouette étrange

Qui lui donne des frissons dans le dos

Surtout quand il entend : « Je suis un ange

Chargé de t’annoncer qu’Elisabeth attend

Un fils que tu nommeras Jean.

Il sera pour vous deux un sujet d’allégresse

Et, pour la multitude, la promesse

De l’imminente venue du Messie

Dont il sera le précurseur, mà» par l’Esprit. »

*****

D’émotion, le vieillard a la gorge nouée.

Quand il sort du Temple, plusieurs fidèles crient :

« Que t’arrive-t-il Zacharie ? »

Il leur fait comprendre qu’il est devenu muet.

*****

Les vieux parents sont morts en ayant eu la chance

Que d’aucuns nomment Providence

De ne pas avoir vu leur fils décapité

Pour avoir critiqué

Une femme adultère

Parvenue à  le faire taire.

Abbé Pierre : l’histoire mouvementée d’une légende

L’abbé Pierre est de ceux dont la mort ne peut passer inaperçue. Décédé ce lundi 22 janvier, à  l’hôpital du Val de Grâce, il laisse derrière lui un combat de tous les instants contre l’injustice et la misère humaine mais aussi des souvenirs plus sombres comme son soutien au négationiste Roger Garaudy. Retour sur un parcours atypique.

Henri Grouès (de son vrai nom) est né à  Lyon le 5 aoà»t 1912. Il se consacre très rapidement à  la vie religieuse en entrant chez les Capucins dès 1931. Un an plus tard, il entrera au cloître au couvent de Crest . En 1938 , « Frère Philippe » est ordonné prêtre, recevant à  cette occasion son premier rôle de missionnaire, celui de faire connaître la parole de Dieu.

Lorsque la guerre éclate, Henri Grouès n’est pas de ceux qui se cachent, et encore moins de ceux qui collaborent avec l’occupant allemand. Il va ainsi rejoindre le maquis pour prendre une part active dans le combat de la « France libre ». Il accueille des juifs en cavale, leur assurant l’hospitalité et un brin d’humanité perdue. Il contribua également à  leur évasion vers la Suisse et à  la fabrication de faux papiers. Cet engagement de tous les instants se traduit également par sa participation à  la création du maquis de la Chartreuse et celui du Vercors . Il sera arrêté à  deux reprises mais réussit à  s’échapper. Ces coups d’éclats vont grandement participer à  la création du « mythe » de l’abbé Pierre.

Une fois la guerre terminée, sa soif d’action ne fut pas rassasiée. Ainsi il s ˜engagea en politique. Il sera député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à  1951 et se considère comme indépendant affilié au Mouvement Républicain Populaire (MRP).

En 1949, il fonde la première communauté Emmaà¼s en accueillant à  son domicile un sans-abri , le désormais célèbre « Georges ». En 1954, son « insurrection de la bonté » va rendre célèbre sa cause et va permettre le développement des ses communautés et un élan de solidarité sans précédents de la part de la population et du gouvernement.

Plus tard encore et malgré la maladie et l’âge, il est descendu dans la rue pour soutenir la cause des pauvres et notamment en soutenant l’ association Droit au Logement (DAL). Un soutien sans failles puisqu’il cessera en 1992 de porter la Légion d’honneur pour protester contre la politique du logement du gouvernement refusant d’attribuer des logements inoccupés à  des personnes dans le besoin.

L’abbé Pierre n’était pas une icône ¦

Mais ne nous méprenons pas. L’abbé Pierre n’était pas une icône , un simple portrait accroché au dessus de nos têtes qui nous rappelle la voie à  suivre. C’était un homme d’action, pragmatique, qui a mené une lutte de plus de 50 ans sans jamais perdre espoir. Il a su se servir des médias pour mener a bien sa cause, ce qui lui a permis également de véhiculer une image positive de la foi chrétienne.

Mais ces interventions médiatiques n’ont pas toutes été pertinentes. En 1994, lors de la soirée Tous contre le Sida , il affirmait que « plus d’une marque de préservatif ne sont pas sà»res, sont perméables » et qu’il n’y avait « qu’un préservatif absolument sà»r c’est la fidélité dans les foyers ». Des propos qui lui furent reprochés tant il montrait à  l’époque incapable de réfléchir sur la sexualité en dehors du cadre moraliste catholique.

Il évoluera ensuite, ce que ne lui pardonneront pas les évêques.

En 1996, l’abbé Pierre se retrouve au coeur d’un scandale lorsqu’il soutient un ami de longue date Roger Garaudy qui ne considère pas la Shoah comme un génocide. Il s’excusa par la suite montrant aux yeux de tous son humanité malmenée entre sa loyauté en amitié et l’héritage malheureux d’une longue tradition chrétienne stigmatisant le judaïsme comme une religion déïcide.

Jusqu’à  la veille de sa mort, l’abbé Pierre a continué de prendre position. Il s’est notamment exprimé pour une réforme de la doctrine de l’à‰glise en faveur de l’ordination des hommes mariés et ne comprenait pas l’opposition de Jean-Paul II et de Benoît XVI, l’ordination des hommes mariés étant autorisée par l’à‰glise dans certains rites orientaux.

En 2005, il affirme dans un livre d’entretien  » Mon Dieu¦Pourquoi ?  » qu’il a connu le désir sexuel et qu’il y a cédé à  quelques reprises.

Des déclarations honnêtes qui ont choqué certains membres de l’à‰glise comme Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, qui a tenté de faire passer le chouchou des Français pour un vieillard sénile.

L’abbé Pierre a fait preuve dans ses déclarations de beaucoup plus d’humanité que certains autres ecclésiastiques.

La déclaration minimaliste aujourd’hui du président de la Conférence épiscopale, Mgr Ricard, révèle bien le fossé qui s’était creusé sur la fin de sa vie entre l’Eglise institutionnelle et le capucin.

Ce qui lui rappelera une phrase du grand théologien jésuite, Henri de Lubac, qui s’adresse au cours d’une retraite au futur abbé Pierre, la veille de son ordination en lui disant :

« Demandez à  Dieu, l’anticléricalisme des saints ! ».

Carqueiranne ou l’école de la discorde

Le curé de la paroisse de Carqueiranne dans le diocèse de Toulon (Mgr Rey, évêque du lieu) a décidé l’été dernier, avec l’accord sinon l’ordre de sa hiérarchie d’installer dans la Maison paroissiale une école privée hors contrat, proche des milieux traditionalistes, « Les cours Anne de Guigne ».

Le mardi 21 juin 2006, l’aumônière du Collège Joliot Curie de Carqueiranne était priée, par le Curé de la Paroisse de cette ville de déménager dans les 24 heures le local que la Maison paroissiale mettait à  disposition des activités de l’aumônerie depuis 35 ans.

Questionné sur l’urgence de cette décision le Père Arnauld , Curé de cette paroisse , répondait que des travaux allaient incessemment commencer à  la Maison Paroissiale pour que celle-ci puisse accueillir une école catholique .

Or cette école venait d’être refusée par le Conseil Paroissial de la Paroisse de l’Immaculée Conception de l a Loubière , à  Toulon , (l’association chargée de gérer la Maison Paroissiale). E.D.S. (Etudes et Développement des Structures de la paroisse de Carqueiranne) saisie de l’affaire déclara ne pas être au courant de l’ouverture de cette école.

Pressé donc de faire connaître ses intentions, le Père Arnauld, donne alors dans la « gazette » paroissiale « l’Hirondelle » le 23 juin 2006, les informations suivantes : « Depuis quelque temps avec le Conseil Paroissial et le bureau de l’Association E.D.S. nous avons réfléchi à  la possibilité d’accueillir une école primaire catholique, le Projet semble se concrétiser . Une école hors-contrat de Toulon … viendrait s’installer à  Carqueiranne… Cette école, née d’une association de parents est en partenariat avec l’Enseignement Catholique du Diocèse. Une messe de rentrée ainsi que la bénédiction des locaux seront présidées par Dom Marc Aillet, vicaire général ».

Et le Père ARNAULD de partir en vacances le 27 Juin !!!

On pouvait lire aussi sur « l’Hirondelle » de début aoà»t la publicité suivante :« Vous souhaitez soutenir votre paroisse de Carqueiranne par un don pour la rénovation de ses locaux. Vous pouvez le faire à  l’ordre de E.D.S. E.D.S. est une association paroissiale reconnue par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Cette rénovation a pour but premier l’aménagement de salles pour les activités paroissiales. »

Des personnalités d’horizons différents toutes tendances politiques et religieuses confondues ont très vite réagi : l’ancien Maire de Carqueiranne notamment, Armand Conan, adressait un courrier à  différents responsables de l’Enseignement Public pour dénoncer le caractère « intégriste » de l’école Anne de Guigné.

Interrogé sur les intentions de l’Evêché par le Président de E.D.S., Monsieur Guy BICHON, et devant la tournure des événements, Dom Marc AILLET, décidait dans l’urgence de faire annoncer aux messes des samedi et dimanche 22 et 23 Juillet son arrivée en l’église de Carqueiranne pour présider une réunion d’information le mardi 25 juillet à  9h.

En l’absence remarquée du Père ARNAULD, Dom Marc AILLET, persuadé de n’avoir à  faire qu’à  un auditoire acquis, a du faire face à  une assemblée composée non seulement de certains paroissiens remontés mais aussi de partisans de la laïcité.

Dans cette assemblée aucune voix ne se déclare favorable à  cette école, Dom Marc Aillet affirme que monsieur de BAILLENCOURT, alors Directeur de l’Enseignement Catholique du Var, (il est aujourd’hui dans le diocèse de Lyon) y était favorable et qu’il ne voyait pas comment on pouvait refuser ce service à  l’évêque.

On peut signaler qu’au mieux Monsieur de BAILLANCOURT avait déclaré dans un article du quotidien régional « Nice-Matin » au sujet de cette Ecole: « il s’agit d’un regroupement familial, une initiative privée qui n’a rien avoir avec nous. »

Le 2 aoà»t monsieur Guy BICHON, président de L’EDS, présentait un compte rendu ce cette réunion du 25 juillet dans lequel il apparaît principalement qu’il n’y a pas eu de concertation avec les autorités ecclésiales, que cette école était quasiment composée d’enfants non carqueirannais et d’accès réservé. Enfin les donateurs ont constaté incidemment que leur dons serait affecté à  des intérêts privés . Il y a « risque de voir réduite à  zéro toute aide de paroissiens dans la rénovation de la paroisse », pour conclure « qu’il existe une opposition quasi unanime à  cette école ».

Parallèlement un collectif formé de paroissiens dont certains donateurs qui se sentent trompés par les autorités ecclésiales, de délégués pédagogiques de l’enseignement public, de laïques convaincus, de parents d’élèves, de parents de l’aumônerie de l’enseignement publique, d’enseignants du public comme du privé, de citoyens de tout bord, d’élus, a fait souscrire une pétition adressée à  l’évêque (voir document).

Orienté vers le Vicaire Général, chargé en l’absence de l’évêque des questions urgentes, ce collectif a demandé une rencontre avec l’évêché. Sollicitée par téléphone cette rencontre motivée par l’urgence leur a été refusée.

La marche à  ciel fermé et en catimini de l’Eglise varoise, en instillant petit à  petit des communautés charismatiques et intégristes de tous les horizons de la galaxie traditionaliste sera-t-elle « démentie » ?

A ciel ouvert, et pour ce qui concerne Carqueiranne , des point de droit administratif et de droit canon devront nécessairement être abordés:

Une maison paroissiale peut elle être dédiée à  des intérêts privés ?

L’association diocésaine présidée par l’évêque, propriétaire de la Maison paroissiale, régie par un traité de 1923-1924 entre l’Etat et le Saint-siège et une jurisprudence du Conseil d’état, est elle autorisée à  destiner à  l’enseignement une maison qu’il lui a été donnée au début des années 80, pour les « oeuvres paroissiales »? ?

A l’aune des années à  venir, se pose aussi la question des reflexes et replis communautaires au sein de l’Eglise et dans la société.

Cette histoire de Carqueiranne cache-t-elle déjà  les enjeux de demain ?

O๠s’arrêtera Mgr Rey, l’évêque de Toulon, après son appel au boycott du Téléthon et la mise en coupe réglée de son diocèse devenu un laboratoire avancé du fondamentalisme catholique ?

Révélations d’un climat qui s’alourdit de plus en plus au sein de l’Eglise de France, notamment après les déclarations de Mgr Cattenoz, l’évêque d’ Avignon , sur l’école catholique, propos repris par certains évêques.

D’o๠un ensemble de questions :

– Comment dans un Diocèse, peut-on favoriser le choix d’une école hors contrat au détriment de l’Enseignement Catholique qui compte pourtant de nombreux établissements scolaires sous contrat avec l’Education Nationale?

“ Comment peut-on, aujourd’hui favoriser une catéchèse en milieu « fermé », plutôt que de donner un nouveau dynamisme à  la catéchèse des enfants des Ecoles Primaires? Ne retombons-nous pas dans cette « Eglise forteresse » du XIXème siècle… et des siècles précédents.

“ Comment peut-on sans sourciller « déménager » des adolescents scolarisés dans un Collège de l’Enseignement Public ayant choisi l’aumônerie de leur établissement pour approfondir leur Foi? Est-ce la pédagogie de l’Aumônerie de l’Enseignement Public qui dérange ?

Rappelons simplement que l’Aumônerie est « hôte de l’Education Nationale » et respectueuse de tout ce qui se vit à  l’Ecole? Précisons surtout qu’elle n’est pas prosélyte : elle va vers les jeunes, les rejoint dans leur vie quotidienne, dans les lieux o๠ils travaillent, les éduque en lien avec le projet éducatif de l’établissement scolaire et tout cela dans un respect aigu de la Laïcité.

“ Enfin, faut-il rappeler que l’Aumônerie de l’Enseignement Public est un Service d’Eglise voulu par les Evêques de France ?