Une nomination qui pose question

La récente nomination de Monsieur Eric De la Barre au poste de secrétaire général de l’enseignement catholique, en remplacement du très ouvert Paul Malartre, laisse perplexe nombre d’observateurs…

Il a été président de l’UNAPEL (l’organisation des parents d’élèves de l’enseignement catholique) à  partir de 1988 et était connu pour ses relations privilégiées avec les intégristes et ses convictions très proches de celles du Front National, quoi qu’il s’en défende (cf. notre édition du 22/12/06).

C’est un monsieur qui ne « s’asseyait pas, disait-il, à  la table des divorcés » et dont d’ailleurs une des premières actions d’éclat a été de licencier une de ses collaboratrices elle-même divorcée.

Il a d’ailleurs été condamné par la cour d’appel de Paris pour licenciement abusif et non fondé, la dite salariée ayant apporté par écrit la preuve de la véritable raison de son licenciement.

Il est paradoxal de voir qu’au moment ou certains évêques appellent à  réorienter l’enseignement catholique vers une restriction de l’ouverture du dit enseignement, la conférence des évêques va dans le même sens en nommant un secrétaire général de l’enseignement catholique épousant totalement ce type d’idées.

Quand le Cardinal Barbarin se défausse sur ses prédécesseurs.

A la veille de Noà«l, le cardinal Barbarin a voulu « délivrer un message de paix » selon le titre même de l’article paru dans « le Progrès » du 22 décembre 2006 qui commentait son intervention sur TLM et RCF. Après l’exposé de son programme de célébrations pour ces deux jours de fête, Philippe Barbarin fut interrogé sur la restructuration du patrimoine immobilier du diocèse de Lyon.

Et là , la question devient très intéressante à  l’heure oà¹, dit le Progrès , « la revue contestataire Golias lui consacre ce mois-ci une enquête très critique de près de quarante pages « .

Dans sa réponse, l’archevêque de Lyon a répété qu’il fallait prendre des décisions, ce qui n’avait pas été fait avant lui, a-t-il précisé. « Toutes les décisions sont sujettes à  caution, depuis quinze ans, on ne les prenait pas« , a-t-il commenté.

C’est cette réponse-là  qui mérite qu’on s’y arrête, car pour expliquer ses difficultés, il charge ses prédécesseurs, appelés «  on « , avec un manque d’élégance qu’on trouve en général dans les milieux politiques lors des changements liés à  l’alternance des responsables, sans même prendre en compte que les trois derniers ont été emportés par la maladie assez rapidement, spécialement Jean Balland et Louis-Marie Billié.

On ne peut pas dire que le cardinal Barbarin manifeste un grand respect pour « la succession apostolique« .

Ce que lui reproche beaucoup de diocésains, dont de nombreux prêtres, ce n’est pas de prendre des décisions, mais de ne pas prendre les bonnes, de les faire en dehors des structures pastorales en place, en étant à  la remorque de l’économe diocésain par lui choisi.

Le dossier de Golias analyse précisément les dysfonctionnements de ce diocèse dus à  son pasteur.

Se voulant soucieux d’efficacité économique à  la mode libérale, en oubliant volontairement les conséquences pastorales, le Primat des Gaules perd magistralement sur les deux tableaux : celui du témoignage de l’Evangile et celui des finances diocésaines.

La situation ne mérite-t-elle pas que les chrétiens en soient informés ?

Le blog du Sacristain

Décidément le monde ecclésiastique ne connaît guère la vertu d’humilité : tout élément qui ne concourt pas à  la glorification de l’institution ou de tel de ses représentants doit être considéré comme nul et non avenu, toute critique est malvenue ¦ et, bien entendu, malveillante.

Le responsable de la communication du diocèse de Lyon , Vincent Féroldi, ne déroge pas à  la règle : interrogé sur le contenu du dernier numéro de Golias qui est loin, c’est vrai, d’être un « péan » en l’honneur du Cardinal Barbarin.

M Férolfi déclare avec une componction toute cléricale  » « Cette analyse aurait pu être intéressante si elle avait été réalisée avec professionnalisme et si les informations, dont beaucoup sont fausses, avaient été vérifiées« .

On reconnaît le style : patte de velours et coup de griffe ! Mais que sait-il du travail d’enquête réalisé au fil des derniers mois, quels éléments apporte-t-il qui lui permettent de s’inscrire en faux contre les faits évoqués dans ce numéro qui ont été rassemblés au terme de multiples entretiens ?

Aurait-il, soudainement, en la matière, plus de compétence qu’il n’en a montré dans la gestion du personnel qui lui était confié et le respect des règles élémentaires du licenciement par exemple ?

Croyait-il par ailleurs enterrer définitivement le travail de Golias qui ne fait que dire tout haut ce que beaucoup de chrétiens de Lyon, engagés dans la vie de leur église, ont découvert au fil de ces dernières années : un saccage, en peu de temps, de ce qui a été réalisée patiemment par des hommes et des femmes qui s’efforçaient de bâtir une église pour les hommes de ce temps, loin des préjugés et des faux-semblants.

« C’est un mauvais portrait fait par un mauvais peintre »
aurait-il déclaré dans une formule qu’il voulait sans doute définitive, digne d’être ciselée dans le bronze. Il n’est pas nécessaire d’être grand critique d’art pour savoir qu’au fil des siècles , quand se peignaient encore des portraits, il y eu des myriades d’arrangements avec la vérité du modèle et que l’art du peintre, parce qu’il fallait bien vivre, devait intégrer une certaine dose de compromis.

Ce n’est pas le style de Golias, il faudra bien que les responsables de l’église de Lyon en prenne leur parti.

Par contre Golias ne craint pas la confrontation et serait prêt, gageons-le, à  débattre avec Monsieur Feroldi – pardon avec le « Père Feroldi » “ de ce qu’il y a de faux dans les informations qu’il traite de fausses avec tant de légèreté ou de candeur¦ou de mauvaise foi.

Reconnaissons-lui cependant qu’il ne doit pas être facile tous les jours d’être la voix de son maître.

P.S. – Mr Féroldi a-t-il d’ailleurs réalisé que la charge aurait pu être plus dure et l’estocade plus douloureuse ? Le numéro 111, ‘corpus delicti’, était bouclé quand Golias a eu connaissance de cette nouvelle atterrante : l’archevêque de Lyon envisage d’intégrer le Chemin Neo-Cathécuménal dans la vie de l’ensemble paroissial de la Guillotière .

Sait-on ce qu’est réellement cette « pieuvre » qui à  l’instar des Foccolari ou des Légionnaires du Christ développent au sein même de l’église des comportements de type sectaire ? Sait-on que leurs pratiques et leurs enseignements, sont sur plusieurs points en rupture avec ce qu’il y a de plus profond dans la tradition chrétienne (pas celle de l’abbé Laguerie qui ne remonte jamais qu’au 16ème siècle !).

Et voilà  que sans crier gare le Primat des Gaules offre à  ce groupement inquiétant un champ d’expérience inespéré dans lequel les dégâts seront, hélas, inévitables !

Qu’as-tu fait de ton Eglise ?

Début décembre, la paroisse de la Duchère , à  Lyon, célébrait ses quarante ans d’existence. A cette occasion la célébration dominicale était plus festive que d’habitude et bénéficiait de la présence de l’archevêque.

La Duchère, ce sont ces grandes barres que l’on peut encore apercevoir à  l’ouest de Lyon, dominant le quartier de Vaise. Achevées alors que se terminait la guerre d’Algérie, la cité a accueilli d’abord une population « pieds-noirs » importante, puis peu à  peu par le jeu d’un turn-over inévitable, le peuplement s’est diversifié jusqu’à  se répartir sur plus de 35 nationalités  » de toutes races, de toutes langues et de toutes religions« . C’est dire à  la fois la nécessité d’un témoignage d’église lisible et fort mais aussi sa difficulté alors qu’au cours de ces dernières années le poste de « curé » de la paroisse n’était assuré qu’à  mi-temps.

Un rôle important, majeur en un sens, a été tenu dans la paroisse par une femme : Claire Daurelle. Ce qu’elle fut, ce que furent son travail dans cette paroisse et ses espérances, ce qu’elle a subi de la part de son église, est rappelé en quelques pages sobres et justes dans un ouvrage d’Anne de Magdala qui a été très impliquée dans le renouveau conciliaire, ouvrage que vient de publier Golias  » Cardinal Barbarin «  Qu’as-tu fait de ton église ? « .en parallèle au fameux (?) numéro 111. Laissons-lui la parole

… Il y eut notamment une tragédie dont je n’ai jamais pu parler, censure oblige: il s’agit de l’histoire de Claire Daurelle, permanente pastorale, très engagée dans l’église de Lyon, et d’ailleurs déléguée du synode de Lyon, conclu en 1993.

L’institution ecclésiale l’a tuée….

Elle s’appelait Claire, donc, et claire aussi était sa foi, lumineuse et forte. Elle tenait tout son auditoire en haleine quand elle se chargeait de l’homélie (il paraît que depuis septembre 2005, elle est interdite aux laïcs, dixit Rome…). Et elle s’en chargeait souvent, car les fidèles la réclamaient à  cors et à  cris.
Elle avait été nommée coresponsable, en 1987, de l’une des paroisses les plus importantes de la Duchère¦
Laïque chargée de mission par l’archevêque de l’époque, cette femme de haute stature, au regard franc et à  l’expression pleine de douceur, s’était engagée à  porter l’à‰vangile à  ses frères, dedans comme dehors. Pendant près de dix ans, Claire Daurelle fut, de fait, Le curé de la Duchère.

S’il y avait un baptême ou des funérailles, c’est elle que les gens appelaient, c’est elle que les gens voulaient (pour les mariages, ils auraient bien voulu aussi mais on leur avait dit que c’était impossible).

Claire avait lancé bien d’autres initiatives comme les « communautés de barre », organisant des rencontres dans les immeubles chaque mois, des petits groupes gens se réunissaient dans l’appartement de l’un ou l’autre, dans une barre d’immeuble. Ils partageaient leurs joies, leurs peines, leur vie et essayaient d’y trouver sens à  travers la lecture d’un texte biblique ou évangélique qui pouvait résonner dans leur quotidien. Ces soirs-là , par la grâce de Claire, le Fils de l’homme était bien présent au coeur dans la cité.

Mais contrairement aux sessions alpha et autres bourrages de crâne, on ne proposait pas d’enseignement aux gens, juste un moment de vie et d’espérance partagées, dont ils sortaient apaisés.

¦Claire Daurelle vivait donc comme un prêtre et disait haut et fort qu’elle aurait voulu devenir prêtre. Au cours du synode de Lyon, elle avait plaidé longuement pour l’ordination des femmes. A sa grande déception, si les délégués synodaux avaient voté pour l’ordination des hommes mariés, pour les femmes, seule la proposition pour l’accès au diaconat était passée.

Mais Claire, elle, voulait être prêtre, de toutes ses forces. Elle avait même écrit à  ce sujet à  l’archevêque : une demande officielle d’être admise au sacrement de l’ordre sacerdotal.

Demande trop voyante et directe, trop dérangeante, trop brillante peut-être ? En tous les cas, manifestement elle gênait certaines et, malheureusement, certains n’hésitaient pas à  dire que cette idée de devenir prêtre tournait à  l’obsession…

Toujours est-il qu’au début de l’année 1997, elle se retrouva littéralement au placard, avec un mi-temps consacré au catéchisme des enfants et un autre mi-temps de pastorale auprès des personnes âgées, à  l’autre bout du diocèse!

Ce fut pour elle un drame et un déchirement total : elle était en quelque sorte punie d’avoir oser demander d’être reconnue (au moins symboliquement, car elle savait pertinemment que cette demande officielle resterait lettre morte) pour ce qu’elle faisait déjà  : prêtre, pasteur, curé de la paroisse de la Duchère, peut importe le terme, celui qui aurait le mieux convenu était peut-être âme. Car elle animait sa paroisse, elle lui donnait vie bien mieux que de nombreux spécimens de la caste sacerdotale.

Le soir de Noà«l 1998, elle devait rejoindre un ami diacre, pour animer précisément la messe avec lui, à  l’église des Minguettes. Pierre l’a attendu en vain. Il l’a retrouvée à  l’hôpital : elle est morte moins de trois mois plus tard, au printemps 1999, des suites d’une tumeur au cerveau… Elle avait cinquante ans et des poussières.

Claire Daurelle
est morte dans un assourdissant silence, personne ne s’étant jamais remis en cause: ni les autorités diocésaines, ni les gentilles autres permanentes du secteur qui, selon la rumeur, avaient tramé dans l’ombre pour qu’elle prenne moins de place… Et, bien sà»r, dans la presse dite catholique, locale ou nationale, la censure fut totale.

La censure se perpétue : à  l’occasion de cette célébration d’anniversaire fut évoqué le rôle et la personnalité des différents curés chargés de la paroisse pendant ces quarante années. C’était légitime.

Mais sur le travail des permanentes qui avaient oeuvré dans la paroisse, pas un mot.


Quant à  Claire Daurelle, son nom ne fut même pas mentionné dans le Memento des morts.

Welby

Ses muscles atrophiés réagissent à  peine.

Progressivement, il perd l’équilibre

Comme un homme, de jour en jour, un peu plus ivre

Dont la démarche devient incertaine.

Il n’a plus la force de se tenir debout

Ni celle de s’asseoir dans un fauteuil roulant.

Il reste immobile dans son lit, somnolent.

Parfois une larme s’échappe sur sa joue

Qu’il ne peut même pas essuyer de sa main.

Il ne lui reste que l’aspect d’un être humain.

En attendant les progrès de la science,

On lui branche un respirateur artificiel,

Le temps de faire quelques expériences

Qui le privent d’une mort naturelle.

Seul, un clignement d’yeux

Nous signale qu’il en marre de la vie.

Son médecin, devenu son ami,

L’a aidé à  rejoindre le Bon Dieu.

Tollé général à  la Cité vaticane

Qui, à  grand renfort de chicane,

Lui interdit un enterrement religieux.

Toi, le miséricordieux,

Seigneur,

Prends pitié de ces donneurs de leçons,

Pardonne-leur,

Ils ne savent pas ce qu’ils font.

Épiphanie du Seigneur

La lumière de Dieu est devant nous

Noà«l, pour nous, est volontiers un spectacle, nous assistons mi-attendris et mi-goguenards à  la venue des bergers puis des Rois Mages – ces histoires de l’enfance, sont « à  peine » surmontées par la prise en compte du symbolisme des Evangiles¦ Le texte du « troisième » Isaïe proposé à  notre méditation ce dimanche, invite à  une vigoureuse mobilisation de la communauté croyante. Le prophète ne s’adresse pas à  un public lointain, ni symbolique : Jérusalem est redevenu après l’exil, sa communauté, sa paroisse.

Par les deux premiers versets les paroissiens réguliers et/ou occasionnels, les anciens et les revenus, sont secoués pour une prise de conscience dynamique et lumineuse : la Gloire du Seigneur se lève sur eux, cette Gloire se lève aussi sur tous les peuples. Nous nous sommes beaucoup investis dans la préparation et dans la fête de Noà«l : la dynamique paroissiale des équipes et conseils, les animateurs, les lecteurs, les « servants et servantes de l’autel », la chorale sont reconnus et appréciés par la communauté d’habitants.

Pour que nos contemporains viennent à  la communauté croyante, celle-ci doit d’abord devenir lumineuse dans et par la reconnaissance de son Dieu. Alors nous pouvons à  notre tour, devenir spectateurs et admirer : en couple nos enfants viennent à  l’Eglise !¦ (diable !¦) (cf les diverses traductions du verset 4). Et notre Eglise devient rutilante : l’or et l’encens des générations passées, des étrangers et anonymes expriment avec nous les louanges au Seigneur.

Mets-toi debout, deviens lumière. Prends conscience que l’éclairage te vient de la Gloire de Yahvé. Oublier les ténèbres de nos soucis et de notre quotidien, se tenir en présence de Dieu et constater alors, qu’autour de nous, naturellement sans raisons apparentes, tous se mettent en marche avec leurs richesses pour la recherche de Celui « qui sera pasteur de mon peuple Israà«l »

© Jean Doussal

L’infamie : l’Eglise enterre Pinochet, mais pas Welby… cherchez l’erreur !

L’opinion politique a été très vivement heurtée et indignée par le refus du cardinal Camillo Ruini, vicaire de Rome et président de la conférence épiscopale italienne de bien vouloir accueillir, pour des funérailles chrétiennes, Piergiorgio Welby.

Cet homme de 60 ans est mort suite à  sa demande de débrancher l’appareil respirateur qui le maintenait en vie depuis près de dix ans dans un état de dépendance totale. Souffrant de dystrophie musculaire, le malheureux qui souffrait beaucoup et ne pouvait plus respirer ni se nourrir tout seul avait demandé l’arrêt de ses traitements.

L’insensibilité apparente du cardinal de Rome, appuyé par Benoît XVI, scandalise profondément jusqu’aux plus croyants parmi les catholiques.

De fait, Mgr Ruini, déjà  peu apprécié pour son interventionnisme et sa froideur dans les contacts pastoraux, entend bien mener jusqu’au bout sa croisade. Et déjà , ce bras de fer au sujet de la dépénalisation de l’euthanasie. A l’évidence, sa détermination dans cette affaire tient à  sa volonté de faire un exemple.

Selon certaines rumeurs, si le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil Pontifical pour la famille est en plein accord avec Ruini, le Secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone aurait été partisan d’une position plus clémente.

Ruini entend également signifier à  Romano Prodi qu’il ne reculera pas devant les choix de l’actuel gouvernement de centre gauche. A bon entendeur…

D’un point de vue théologique, l’Eglise italienne semble confondre en général l’euthanasie (interruption volontaire de la vie) avec le choix d’interrompre un traitement de survie artificielle.

Dans les faits, cette distinction manque souvent de pertinence, mais elle avait au moins l’avantage de ne pas fermer toutes les portes.

Il est assez compréhensible que l’Eglise défende l’idée d’une soumission à  la volonté de Dieu et à  sa providence. Toutefois, l’acharnement thérapeutique sans lequel quelqu’un serait déjà  mort naturellement depuis longtemps peut difficilement être confondu avec la volonté de Dieu.

De façon plus générale, une morale étroite refuse de s’interroger sur les nuances possibles de l’articulation entre l’adhésion à  une volonté divine et la libre responsabilité de l’homme.

Faudra-t-il comme certains refuser les transfusions de sang et se laisser mourir? La volonté de Dieu ne passe-t-elle pas également au travers de la libre détermination des hommes?

Sans doute, le débat autour de l’euthanasie se présente-t-il comme complexe. On peut mettre en cause l’opinion en faveur de sa libéralisation.

Par contre, fermer au nez d’un malheureux la porte d’une Eglise, excommunication posthume et damnation déclarée, relève de la pure iniquité.

Le caractère scandaleux de cette mesure d’exclusion prenait d’autant plus de relief que les téléspectateurs n’ont pas oublié les funérailles du général Pinochet, en présence du cardinal de Santiago, et de plusieurs évêques.

Il y a certes deux poids et deux mesures. Et bien pire encore : un jugement moral totalement perverti. L’ignominie est canonisée. Certains prélats ont toujours à  la bouche ce mot de « valeurs ».

Les mitres qui pointaient aux obsèques d’un criminel contre l’humanité demeurent un outrage à  l’Evangile de Jésus.

Insulte à  la France pauvre

Il faut savoir gré à  Bruno Kern, avocat à  la Cour (cf. la page « Débats » du Monde du 23 décembre 2006), a mis à  plat le système utilisé par J. Hallyday pour obliger les collectivités locales désireuses de le voir se produire sur leur territoire, à  financer sa tournée et cela dans de généreuses proportions !

Le bon peuple ne sait pas, en effet, qu’en 2003, le chanteur s’est produit « dans vingt trois des plus beaux stades de football, dont vingt et un en France ¦(et) qu’il a reçu pour ce faire, plus de 7 millions d’euros payés, d’une manière ou d’une autre, par le contribuable de chacune des villes traversées« .

Il y avait semble-t-il un précédent : celui du Tour de France qui impose aux villes étapes une « contribution » pour qu’elle soient inscrites dans le programme de la Grande Boucle. « Seulement voilà , lorsque le Tour fait étape, le spectacle est gratuit, lorsque Johnny Halliday vient chanter on paye ! Il fallait donc trouver des motivations au versement des sommes demandées » poursuit B. Kern.

Et c’est là  que c’est beau comme de l’antique ! la loi de 1999 sur les spectacles vivants pouvait être appelée à  la rescousse, d’autant plus que le flou artistique dans lequel elle se trouve rédigée permet toutes les dérives !

Qu’est-ce qu’un spectacle vivant qui peut aux termes de la loi être subventionné¦ par une collectivité territoriale ? C’est, dit-elle, «  la représentation d’une oeuvre de l’esprit s’assurant de la présence physique d’au moins un artiste du spectacle percevant une rémunération »

Il est vrai que le législateur lors de la présentation du projet de loi avait précisé par la voix ce Catherine Tasca que les subventions visaient « des spectacles qui paraissent plus particulièrement dignes d’encouragement et, notamment, ceux qui ont objet principal l’éducation artistique (pour) renforcer les droits des salariés du spectacle et la lutte contre la précarité de leur situation« .

Johnny en intermittent du spectacle, il fallait oser le faire ! C’était tellement gros d’ailleurs que la ville de Bordeaux , devant la perspective d’un procès attaquant la délibération accordant la subvention, retirait « précipitamment » ladite délibération.

Alors, sans pudeur, parce qu’on acceptait de céder à  la pression des organisateurs du spectacle un certain nombre de villes ont cherché à  justifier cette dérive inadmissible. Et les arguments les plus éculés de pleuvoir : la subvention devait permettre « un accès plus équitable à  l’éducation, à  la culture et aux loisirs ¦aux bénéficiaires du revenu minimum d’insertion, de l’allocation adultes handicapés, des CES et autres  » ( Nancy ).

Et comme le souligne encore B. Kern, chaque ville estimait au même montant les sommes nécessaires à  la réalisation de cet important objectif social : 220.000 euros,  » Ainsi, il y avait le même nombre de défavorisés dans toutes les villes traversées et quelle que soit la contenance du stade. Et cette subvention devait être versée en une seule fois, plusieurs mois avant le concert » C’était par ailleurs sans compter les coà»ts annexes : la mise à  disposition gratuite du stade, la protection de la pelouse, la remise en état éventuelle ainsi que la mise à  disposition gratuite des panneaux publicitaires dans le stade. Bref , en passant par tous ces accessoires, c’était une subvention plus près de 400.000 euros qui était accordée pour le show de Johnny par chacune des municipalités concernées. »

Alors très justement l’auteur de la chronique s’interroge «  Le chanteur en avait-il besoin pour équilibrer ses dépenses ? On peut en douter car, pour cette seule tournée des grands stades, et selon la presse, les concerts ont rapporté 30 millions d’euros, le chanteur empochant 80 % des bénéfices » et de conclure  » Ce n’était pas la première fois que Johnny Halliday se faisait ainsi financer une partie de ses concerts avec de l’argent public. Ce ne fut peut-être pas la dernière non plus¦ »

On ne saurait cependant B. Kern suivre dans sa conclusion par trop généreuse, quand il se borne à  souhaiter que les collectivités rappellent à  l’artiste les cadeaux qu’elle lui ont fait avec de l »argent public et quand il suggère qu’il pourrait lui être pardonné sa fuite peu glorieuse à  l’étranger, s’il en venait à  rendre un peu de ce que la France lui avait si généreusement donné.

Mais il faut appeler un chat, un chat et oser dire qu »il est des comportements ignobles à  l’heure ou des centaines de milliers d’homme, de femmes et d’enfants vivent en permanence sur le fil du rasoir, au seuil de la pauvreté quand il ne sont pas écrasés par le monde sans pitié qui est le nôtre.

Il faut oser dire, comme pour les salaires immoraux que s’adjugent quelques grands patrons, qu’il est des rémunérations que rien ne justifie, qu’il est des départs pour des paradis fiscaux qui sont une insulte inexpiable envers ceux qui, tout en travaillant plus dur souvent qu’un chanteur à  la mode, ne gagneront en toute une vie de travail, que le 1/50 de cette tournée des stades.

Mais le comble est atteint dans ce petit billet du Monde du 26 décembre, le lendemain de Noà«l.

Il faut le citer dans son intégralité tant les propos sont inimaginables  » Dans un entretien à  l’hebdomadaire suisse Le Matin Dimanche du 24 décembre, Johnny Halliday affirme que Nicolas Sarkozy approuve son exil fiscal vers la Suisse  » Il m’a dit : »Ecoute, coco, t’avais envie de le faire, tu l’as fait, t’as bien fait« .

Il est possible que Johnny Halliday triche et travestisse la vérité. Mais il faut alors que le ministre de l’intérieur et candidat à  la Présidence de la République démente sans délai les propos qui lui sont attribués par son « ami« .

Si, par contre, les propos du chanteur ne sont que le reflet de la réalité, il faut dire que le triste spectacle que nous a offert Nicolas Sarkozy cherchant l’émotion facile avec son évocation de la France pauvre, n’est qu’une palinodie de plus qui ne fait honneur ni à  l’homme ni à  la fonction qu’il exerce, pas plus qu’à  celle qu’il a la prétention d’incarner.

Billet évangélique

La liturgie nous offre quelques surprises pour fêter la Sainte Famille qui, selon l’oraison d’ouverture et la tradition, est le modèle de nos familles. Certes, la naissance miraculeuse de Samuel préfigure celle du Christ en qui Dieu nous écoute comme l’évoque le nom du futur prophète… Mais quelle mère oserait aujourd’hui donner son enfant « au Seigneur pour tous les jours de sa vie » ? Quant à  Jésus, le voilà  en fugue jusqu’à  faire souffrir sa mère ! Beau modèle pour tous les ados ! Mais cette sainte famille ne ressemble-t-elle pas à  nombre de nos familles : un père qui n’est pas le géniteur, une mère qui vit avec un homme qui n’est pas le père de son enfant et un enfant qui n’est pas toujours soumis ? De fait, la sainte famille ressemble à  nombre de nos familles… recomposées !

Mais nous sommes sans doute invités à  aller plus loin. La remarque de Jésus sur son « Père » comme le rappel du double commandement de foi et d’amour par Jean nous amène à  considérer que la vraie sainte famille, c’est le corps du Christ ! On ne peut en rien utiliser ces textes pour canoniser la famille occidentale bourgeoise. Au contraire, les textes de ce dimanches nous redisent avec insistance que la famille de sang n’est pas la plus importante. Comme Samuel aura à  redire de la part de Dieu que son peuple ne doit pas vivre comme les autres, de même devons-nous répéter que nous ne devons pas défendre un ordre moral mais vivre comme la famille de Dieu o๠chaque homme, chaque femme, quelque soit son histoire, est mon frère et ma soeur, au sens le plus fort du terme ! Et pas seulement avant qu’il naisse ! Qui rappellera cette évidence évangélique d’un Père unique ?

J’allais oublier… Selon Luc, au moment de la naissance de Jésus, il n’y avait pas de place pour eux : on dirait aujourd’hui qu’ils étaient sdf ! Pour Matthieu, la sainte famille dut fuir Hérode : les voilà  réfugiés… Un clin d’oeil aux enfants de Don Quichotte peut être ! L’Evangile est toujours d’une brà»lante actualité !

(Pascal Janin)

31 Décembre Sainte Famille Année C 1er Livre de Samuel Chapitre 1
Lorsque la mère « lâche » son fils

Toute la famille se rend au sanctuaire pour faire le sacrifice habituel et celui du voeu prescrit pour la naissance de l’enfant. Mais la maman reste à  la maison¦ Elle va garder quelque temps l’enfant près d’elle (pour elle ?). Elle l’avait pourtant promis au Seigneur. Son mari tout en manifestant de l’étonnement, lui fait confiance. Le verset 23 considéré comme un ajout n’est pas cité dans la Lecture de ce dimanche : « Son mari Elqana lui dit: « Fais ce que bon te semble. Reste ici jusqu’à  ce que tu l’aies sevré. Que seulement le SEIGNEUR accomplisse sa parole. » La femme resta donc et elle allaita son fils jusqu’à  ce qu’elle l’eà»t sevré. »

Les premiers-nés appartiennent au Seigneur ; en substitution les Israélites offraient un sacrifice. Anne garde l’enfant tant désiré auprès d’elle, jusqu’à  ce qu’il puisse voler de ses propres ailes. A présent (verset 24) elle ne lésine plus pour accomplir toute sa promesse. Elle conduit son fils à  la Maison du Seigneur. Elle prend avec eux un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin : l’offrande est maximum¦ Du point de vue des observances Anne est quitte, le sacrifice de substitution la libère de l’obligation des prémices.

Le jeune garçon a grandi, sa mère rappelle au prêtre Eli, la prière exaucée. Elle confie son fils à  l’Eglise. Tous les trois se prosternèrent. L’original est incertain : la Bible de Jérusalem, la Bible en Français Courant, la T.O.B privilégient le singulier : Samuel dit oui, c’est lui qui se prosterne (verset 28). Il est heureux près du Seigneur, ses parents continuent à  lui rendre visite et le prêtre Eli, les bénissait « en échange du prêt qu’ils avaient cédé à  Yahvé » (I Samuel 2, 20).

L’amour de son mari ne suffisait pas à  la jeune épouse. Elle promet l’enfant espéré à  celui qui le lui donnerait. Le fils reste très proche de sa mère, mais à  présent il est en mesure de choisir. Anne la mère, paie pour lui l’offrande des premiers nés. A lui désormais de dire sa « vocation », tandis que reconnaissante elle se retrouve avec son mari, les deux continuant d’apporter soutien et réconfort au fils à  présent dans la maison de Dieu (I Samuel 2, 18-21). Samuel continue à  parler par les autres, encore quelque temps. Puis il suit sa propre « voie ». Sa famille reste attentive à  cet itinéraire personnel . Anne et Elqana ont retrouvé la joie et le bonheur, le Seigneur leur donne d’autres fils et d’autres filles.

© Jean Doussal

Lundi 1er janvier 2007 Temps de Noà«l – Sainte Marie, Mère de Dieu Nombres Chapitre 6

Voeux de nouvel an !

Pouvons-nous offrir nos voeux de bonne année par « une bénédiction »? Que Dieu te bénisse et te garde: le propos laisse l’auditeur avec ses problèmes et difficultés¦ Le prêtre n’a pas à  les connaître, la formule magique accompagne l’envoi hors de l’église, vers les autres hommes.

Bénir, n’a pas pour nous le sens de « dire du bien », « louer » quelqu’un. C’est plutôt «appeler sur nous la bénédiction de Dieu, la protection du Ciel ». Pourtant l’étymologie nous revient également par la traduction de la Septante : le souhait de bénédiction est assorti du sens que Dieu puisse dire du bien de nous et qu’il nous garde dans cet état o๠nous pourrions être loués et appréciés pour ses dons de Foi, d’Espérance et de Charité.

La seconde formule « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage » renvoie au mot « épiphanie » du texte grec. Que le Seigneur se manifeste à  nous, qu’il se penche vers nous. Est-ce bien notre souhait que Dieu soit ainsi tout prêt de nous, chaque jour de la « Nouvelle Année », est-ce que c’était notre envie « l’An Passé » ? Est-ce que notre voeu est de suivre l’Etoile ?

Que le Seigneur pense à  toi, qu’il t’apporte la paix, la sérénité, la concorde. Au fond c’est la formule la moins engageante, celle qui nous convient le mieux. Dieu attentif à  nos difficultés et qui aplanit pour nous les angoisses de l’existence¦ suivant les moments o๠nous faisons appel à  lui !

Moïse s’adresse aux prêtres au nom du Seigneur : à  eux d’appeler sur nous, la présence divine, une présence constante, toujours disponible et bien disposée¦ Serait-ce nos voeux pour cette Nouvelle Année de Grâces ?

© Jean Doussal

Mgr Di Falco : une mauvaise foi sans nom !

Dans le récent numéro de la revue « Médias » de cet hiver, Mgr Jean Michel Di Falco, sur un ton aigre-doux plus que déplaisant, livre des considérations à  la diable sur les médias, faisant notamment référence à  l’affaire le concernant et citant nommément Golias entre des termes agressifs, détournant l’attention du fond de la question.

Mgr de Gap prétend connaître les « pratiques » de notre journal. « Ils ont l’habitude de traîner les évêques dans la boue« .

Cette dérobade nous paraît un peu facile. Cette façon de se poser en victime indépendamment du fond nous semble avoir quelque chose d’indécent.

Tout au long de cet entretien, Jean-Michel Di Falco multiplie les positions défensives et auto-justificatrices. Au passage, il veut défendre la position de l’Eglise sur le Sida « c’est d’une mauvaise foi sans nom! L’Eglise sert de bouc émissaire« . Façon un peu courte, encore une fois, de traiter un problème délicat et sensible.

Puisque Mgr Di Falco revient sur la très pénible affaire le concernant, des précisions doivent être faites :

1. « Golias » a été relayé – entre autres – par l’hebdomadaire « l’Express » qui a fait une contre-enquête très rigoureuse avant de parvenir aux mêmes conclusions que nous.

Affirmer que les journalistes qui ont repris l’affaire n’ont pas vérifié leurs sources relève du pur mensonge..

2. La déclaration de prescription des faites n’équivaut aucunement à  une déclaration selon laquelle les faits n’auraient pas existé.

3. Robert Ménard, l’un des interwieweurs de Mgr Di Falco dans la revue, avait attaqué jadis Golias en justice concernant la situation au Rwanda . Il a perdu ses deux procès, mais essaie de faire croire le contraire (cf. le droit de réponse obtenu par Golias dans « Le Monde » du 27/12/06).

4. Dire dans la présentation de l’interview que « les accusateurs contre Mgr Di Falco sont désormais levées » est inexact puisque l’affaire le concernant a été portée auprès de la Cour Européenne de Justice .

Ces procédés de sous-journalisme, qui ne tromperont pas grand monde, sont récurrents. L’attitude partielle et partiale d’Henri Tincq dans « le Monde » au sujet de l' »affaire Anatrella » relève d’une semblable posture et imposture.

Très récemment, le cardinal Philippe Barbarin, loin de s’engager dans un débat sincère au sujet de nos remarques quant à  sa manière de diriger et de gérer le diocèse de Lyon, charge son porte-parole de balayer du revers de la main notre travail présenté comme « un mauvais portrait fait par de mauvais peintres« , en fait «  un tissu de méchancetés et de mensonges« .

L’archevêché de Lyon nous oppose un grief de « manque de professionnalisme« , en retour à  nos critiques sur ce même point.

« Medice cura te ipsum ». Son Eminence doit comprendre le latin!

Outreau : la justice sur le banc des accusés…

« Parce qu’il est innocent , je vous réclame son acquittement ».

Ainsi s’exprime, en novembre 2005, Yves Jannier, avocat général devant la Cour d’Appel de Paris.

Cet homme dont il est question, c’est Dominique Wiel, le prêtre-ouvrier d’Outreau, l’un des quinze accusés pour édophilie dans le procès du même nom.

Ce récit, écrit sous la forme d’une biographie est bouleversant d’authenticité, il vous « prend aux tripes » de la première à  la dernière page, à  la manière d’un vrai polar. On y lit l’histoire d’un homme, d’un prêtre et d’un citoyen engagé et rebelle.

Septième enfant d’une famille de quatorze, issue de la région de Dunkerque. Rien ne le préparait à  tenir le devant de la scène, quand brutalement, il se trouve propulsé sous les feux de l’actualité, en compagnie de quatorze autres accusés en novembre 2001.La presse et les actualités télévisées titrent : « Outreau, un réseau pédophile vient d’être démantelé à  la suite de la dénonciation d’enfants, des notables viennent d’être arrêtés dont un huissier et son épouse, une boulangère et un prêtre-ouvrier ».

Dominique Wiel
décrit l’événement : « le 14 novembre 2001, vers 6h du matin, on frappe violemment à  ma porte. J’enfile mon peignoir et je vais ouvrir. Deux types en civil me sautent dessus et me passent les menottes, pendant que deux autres bondissent vers le fond de l’appartement. Police ! crie l’un des gars. Mais qu’est-ce qui vous prend ? dis-je. Fais pas l’ étonné, tu sais très bien pourquoi on est là  ? »

Commence alors pour Dominique Wiel le début de trente et un mois d’incarcération o๠il va, comme les autres infortunés accusés, tout connaître de l’enfer de la détention : les humiliations, toutes sortes de vexations, les menaces de la part des autres détenus, ce qui lui vaudra de passer la plupart de son temps de détention au secret.

Pour Dominique Wiel, avec l’aide du comité de soutien qui s’est constitué dès le départ, c’est le début d’un combat acharné qui ne cessera pas pour proclamer son innocence face aux accusations dont il est victime de la part des quatre enfants Delay : Jean, Luc, Paul et Pierre et de leur mère Myriam Badaoui qui ira même jusqu’à  l’accuser de zoophilie !

Devant les incohérences de l’instruction menée par le juge Burgaud et l’impossibilité à  faire entendre cette « présomption d’innocence » qui, pourtant devrait être la règle en matière de justice, Dominique Wiel connaît des moments de profond découragement. Mais, animé d’une force de caractère peu commune, l’indomptable accusé va se battre pied à  pied contre l’arbitraire de l’institution judiciaire pour ne pas être broyé par elle.

C’est ainsi qu’il va demander, avec l’entêtement qui le caractérise, sa remise en liberté pas moins de cent vingt fois, comme le code pénal le lui permet. A chaque fois, c’est le même cérémonial : départ le matin de la prison de Fleury-Mérogis , le train, menotté au milieu des autres voyageurs, flanqué de deux gendarmes, présentation devant le tribunal de Douai, puis le soir, retour à  la prison pour y apprendre, invariablement, le rejet de sa demande…

C’ est grâce à  sa famille et à  l’action de son Comité de Soutien, que durant toute cette période, Dominique Wiel tient le coup. Cette période d’incarcération nous vaut un abondant courrier qui permet aux lecteurs que nous sommes, d’entrer en communion avec l’homme, ses sentiments, ses doutes et la farouche volonté de se battre contre l’injustice dont il est victime, notamment de la part du juge Burgaud qui instruit « à  charge » uniquement. Enfin, on arrive au procès de Saint-Omer en mai 2004 durant lequel Myriam Badaoui va innocenter tous les inculqués, mais o๠la justice, pour ne pas perdre la face, va en condamner la moitié dont Dominique Wiel, le plus lourdement, à  7 ans de prison…

Puis, il y aura la libération conditionnelle et le procès en Appel devant les magistrats de la Cour d’Appel de Paris qui innocentera tous les accusés, mais il en manquera un, car entre temps, François Mourmand est mort en prison…

Au terme d’une pareille expérience, on se dit : comment un être peut-il sortir d’une telle épreuve sans être complètement cassé, aigri ou vindicatif ? Laissons Dominique Wiel lui-même, nous dire en conclusion de ce récit décapant, si riche d’humanité, dans ce passage de son livre o๠il nous révèle comment il a puisé sa capacité à  résister en mettant en parallèle deux institutions majeures : l’Eglise et la Justice.

« L’Eglise est une puissante machine construite par les hommes pour porter l’idée de Dieu, mais elle n’est pas Dieu. Oserais-je dire que Dieu m’intéresse, mais non l’ Eglise? Je l’écris ici très tôt, car c’est à  cette méfiance à  l’égard des institutions que je traîne depuis mes vingt ans, qui me permettra, bien plus tard, de supporter les accusations mensongères d’Outreau. L’institution judiciaire m’accable, me disais-je, mais l’institution n’est pas la Justice. Ce ne sont que des hommes qui ont commis un hold-up sur le mot  » justice.  » Ces hommes se trompent et un jour, la Justice qu’ils servent si mal leur manifestera qu’ils sont indignes d’elle. C’est ce qui est arrivé ».

En effet, ce sera l’avocat général Yves Jannier lui-même dans sa plaidoirie qui dira en guise de leçon à  l’intention du travail d’investigation des cinquante-deux magistrats dont le juge Burgaud qui, de près ou de loin, ont participé à  l’instruction de cette affaire :  » la justice n’est jamais acquise, elle exige beaucoup d’humilité, du doute et surtout de l’humanité, de l’humanité sans compter !  »

EPILOGUE : sans la loi Guigou, votée en 2000, qui permet de faire appel d’une décision de Cour d’Assises, Dominique Weil, aujourd’hui, continuerait de purger 7 années de prison.