Croyances et Libertés : l’inacceptable

L'épiscopat français a fondé en décembre 1996 une association intitulé "croyances et libertés". Elle figure dans le journal officiel de la République française, en date du 15 janvier 1997. Elle se fixe pour objet, selon le même document : de "défendre, d'une part, la liberté religieuse, le droit au respect des croyances, d'autre part, les dogmes, les principes, la doctrine de l'église catholique, ainsi que ses institutions".

L’épiscopat français a fondé en décembre 1996 une association intitulé « croyances et libertés ». Elle figure dans le journal officiel de la République française, en date du 15 janvier 1997. Elle se fixe pour objet, selon le même document : de « défendre, d’une part, la liberté religieuse, le droit au respect des croyances, d’autre part, les dogmes, les principes, la doctrine de l’église catholique, ainsi que ses institutions ».

Cette association se fixe en réalité pour but non de promouvoir la liberté mais de la limiter. La formulation même de l’objet, au travers d’un balancement faussement subtil, me semble suffisamment éloquent. L’association entend défendre les dogmes. Que l’institution à‰glise catholique défende les dogmes en son sein peut sans doute se défendre, même si une théologie éclairée remet sérieusement en cause cette idolâtrie équivoque d’une vérité coulée dans le bronze; ce qui est inacceptable, c’est de vouloir limiter le droit d’hommes libres, croyants ou mécréants, au nom d’expressions figées d’une minorité trop arrogante. Au nom de la Bible, du Coran, ou de quelque autre doctrine que ce soit.

L’épiscopat revendique le droit au respect des croyances. Fort bien. Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout et ne revendique-t-il pas également le respect des incroyances, et d’une critique intellectuelle toujours salubre et roborative? L’épiscopat aurait-il la mémoire courte? Oublierait-il les condamnations portées par le Syllabus de la liberté de conscience? L’index, liste de livres prohibés, est resté en vigueur dans l’à‰glise romaine jusqu’en 1968. L’exemple des fanatismes n’est-il pas concluant? La fatwa portée contre Salman Rushdie, terrorisme des esprits et des corps, montre bien à  quelle extrémité pour le moins fâcheuse peut conduire la « susceptibilité » en matière de convictions religieuses. Nos évêques veulent-ils restaurer la loi sur le blasphème promulguée en 1825 par Charles X? En tout cas, ils en prennent dangereusement le chemin.

En République, un tel objet pour une association nous semble inacceptable et périlleux. Les évêques, comme gênés de leur initiative, prétendent couper ainsi l’herbe sous les pieds de groupuscules intégristes plus radicaux. Sans doute. Après tout, ne se crèverait-on pas un oeil pour éviter de devenir aveugle? La suggestion est avancée avec le plus d’ironie possible dans « le malade imaginaire » de Moili ère. La régression déplorable que constitue la volonté d’établir une censure dogmatique intolérante, imposée à  la société civile, au mépris de tout sens de la laïcité, traduit de la part des évêques français une étonnante étroitesse d’esprit : Flaubert dénonçait déjà  « la bêtise de conclure ».

Cette association entend pourfendre affiches, livres ou slogans dont le contenu serait susceptible de blesser la sensibilité des croyants. Les évêques ont-ils perdu le sens d’humour, si lié parfois au bon sens. J’ai envie de leur citer ce mot de Joseph Folliet : « heureux qui sait rire de lui-même, il n’a pas fini de s’amuser ».

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