Croyances et liberté : l’inacceptable

La cour de cassation a cassé le 14 novembre dernier un arrêt de la cour d'appel de Paris, interdisant une publicité mettant en scène... la Cène. La photo reproduisait la Cène peinte par Leonard de Vinci en 1497. A une différence près que les Apôtres étaient remplacés par des femmes. Un seul homme figurerait de dos, torse nu, à  la droite du Christ. L'épiscopat français, choqué, avait réagi par le biais de son association "Croyances et libertés" et avait assigné un référé le 25 février 2005 l'agence de publicité Air Paris, à  l'origine de ce "crime de lèse majesté catholique" pour "injure visant le catholicisme". Le 10 mars 2005, l'interdiction de la publicité est prononcée. Le jugement sera confirmé en appel en avril 2005 comme "acte d'intrusion agressive dans le tréfonds des croyances intimes". La cour de cassation ne suit pas la cour d'appel et casse l'arrêt. Pour la plus haute juridiction française en effet il n'y a pas en l'état "d'atteinte personnelle et directe". Analyse.

La cour de cassation a cassé le 14 novembre dernier un arrêt de la cour d’appel de Paris, interdisant une publicité mettant en scène… la Cène.

La photo reproduisait la Cène peinte par Leonard de Vinci en 1497. A une différence près que les Apôtres étaient remplacés par des femmes. Un seul homme figurerait de dos, torse nu, à  la droite du Christ.

L’épiscopat français, choqué, avait réagi par le biais de son association « Croyances et libertés » et avait assigné un référé le 25 février 2005 l’agence de publicité Air Paris, à  l’origine de ce « crime de lèse majesté catholique » pour « injure visant le catholicisme ». Le 10 mars 2005, l’interdiction de la publicité est prononcée. Le jugement sera confirmé en appel en avril 2005 comme « acte d’intrusion agressive dans le tréfonds des croyances intimes ».

La cour de cassation ne suit pas la cour d’appel et casse l’arrêt. Pour la plus haute juridiction française en effet il n’y a pas en l’état « d’atteinte personnelle et directe ». Analyse.

L’épiscopat français a fondé en décembre 1996 une association intitulé  » Croyances et libertés « . Elle figure dans le journal officiel de la République française, en date du 15 janvier 1997. Elle se fixe pour objet, selon le même document : de  » défendre, d’une part, la liberté religieuse, le droit au respect des croyances, d’autre part, les dogmes, les principes, la doctrine de l’église catholique, ainsi que ses institutions « .

En réalité, cette association se fixe pour but non de promouvoir la liberté mais de la limiter. La formulation même de l’objet, au travers d’un balancement faussement subtil, semble suffisamment éloquent. L’association entend défendre le dogmes. Que l’institution Eglise catholique défende les dogmes en son sein peut sans doute se défendre, même si une théologie éclairée remet sérieusement en cause cette idôlatrie équivoque d’une vérité coulée dans le bronze; ce qui est inacceptable, c’est de vouloir limiter le droit d’hommes libres, croyants ou mécréants, au nom d’expressions figées d’une minorité décidément bien trop arrogante. Au nom de la Bible, du Coran, ou de quelque autre doctrine que ce soit.

L’épiscopat revendique le droit au respect des croyances. Fort bien. Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout et ne revendique-t-il pas également le respect des incroyances, et d’une critique intellectuelle toujours salubre et roborative?

L’épiscopat aurait-il la mémoire courte?

Oublierait-il les condamnations portées par le Syllabus de la liberté de conscience? L’index, liste de livres prohibés, est resté en vigueur dans l’Eglise romaine jusqu’en 1968.

L’exemple des fanatismes n’est-il pas concluant? La fatwah portée contre Salman Rushdie, terrorisme des esprits et des corps, montre bien à  quelle extrémité pour le moins fâcheuse peut conduire la « susceptibilité » en matière de convictions religieuses.

Nos évêques veulent-ils restaurer la loi sur le blasphème promulguée en 1825 par Charles X? En tout cas, ils en prennent dangereusement le chemin.

En République, un tel objet pour une association nous semble inacceptable et périlleux. Les évêques, comme gênés de leur initiative, prétendent couper ainsi l’herbe sous les pieds de groupuscules intégristes plus radicaux. Sans doute.

Après tout, ne se crèverait-on pas un oeil pour éviter de devenir aveugle? La suggestion est avancée avec le plus d’ironie possible dans « le malade imaginaire » de Molière.

La régression déplorable que constitue la volonté d’établir une censure dogmatique intolérante, imposée à  la société civile, au mépris de tout sens de la laïcité, traduit de la part des évêques français une étonnante étroitesse d’esprit : Flaubert dénonçait déjà   » la bêtise de conclure « .

Cette association entend pourfendre affiches, livres ou slogans dont le contenu serait susceptible de blesser la sensibilité des croyants.

Les évêques ont-ils perdu le sens d’humour, si lié parfois au bon sens.

Nous avions envie de leur citer ce mot de Joseph Folliet :  » heureux qui sait rire de lui-même, il n’a pas fini de s’amuser « .

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