La grave responsabilité des évêques français dans l’affaire Anatrella

Quel étrange silence vient de s'installer dans les médias depuis la publication par Golias de son dossier sur "monsignore" Anatrella. Silence donc dans les rangs de la presse qui, en général, et parce que c'est là  son travail d'informateur ne craint pas de venir à  la source du renseignement, ne serait-ce que pour en vérifier l'authenticité (ce qui est son droit et même son devoir).

Quel étrange silence vient de s’installer dans les médias depuis la publication par Golias de son dossier sur « monsignore » Anatrella.

Silence donc dans les rangs de la presse qui, en général, et parce que c’est là  son travail d’informateur ne craint pas de venir à  la source du renseignement, ne serait-ce que pour en vérifier l’authenticité (ce qui est son droit et même son devoir).

Ici, curieusement, mis à  part Europe 1 et un hebdomadaire qui devrait, dit-on, publier prochainement un « papier  » sur cette affaire, il y a comme une énorme frilosité (vraiment un très grand froid) ou – plus joliment un de ces accès de pudeurs bien étranges

Il est vrai qu’il faut caler juridiquement le papier – ce que l’on peut comprendre – en s’assurant que la plainte de la deuxième victime a bien été déposée en bonne et due forme. Passons !

Reconnaissons qu’il y a vraiment de quoi frémir avant de s’aventurer à  publier quelque article en la matière : voilà  le psychologue patenté de l’église de France, (mieux même de la catholicité tant serait grande, dit-on son influence dans certains milieux romains), qui tonne à  qui mieux mieux dans toutes les colonnes qui veulent bien l’accueillir sur l’homosexualité par exemple.

Mais il ne saurait se limiter à  ce sujet qui lui tient sans doute particulièrement à  coeur : il donne sans barguigner son avis sur tout ce qui touche à  la sexualité. Il vous commente avec brio tout ce que doivent faire les couples dans leur vie conjugale pour être en conformité avec ces règles édictées par quelques vieux garçons de la Curie qui n’ont sans doute jamais lu le patriarche Athénagoras ( » Quand un homme et une femme s’aiment en vérité, je n’ai pas à  entrer dans leur chambre. Ce qu’ils font est saint  » aurait-il un jour avancé).

Mais il se trouve que ce « psy » est, par ailleurs, prêtre, ce qui est un état éminemment respectable jusqu’à  ce que le pavillon couvre une marchandise frelatée !

Il se trouve qu’il est la coqueluche d’un certain nombre d’organisateurs de sessions et d’éditeurs. Il se trouve enfin qu’il a la prétention d’exercer une espèce de magistère moralisateur qui se double d’une aura d’expert. Il est devenu ainsi la voie autorisée, le porte parole d’une certaine Eglise officielle, le consultant qu’on met (et qui se laisse mettre) à  toutes les sauces. Il est ainsi devenu – mais sans doute pas à  son corps défendant – le directeur de conscience de ces milliers (ou plutôt centaines de milliers) de couples qui essaient de vivre leur vie d’époux – et d’amants – en louvoyant entre des directives catholiques romaines absconses, hors de toute réalité et pour tout dire inhumaines.

Pitoyables discours qui n’auraient d’ailleurs jamais du voir le jour si l’enseignement des Béatitudes n’avait pas été au fil des siècles, accaparé et faussé par ceux qui ont oublié que la Parole à  transmettre devait ouvrir sur des perspectives d’amour et de liberté.

On conçoit sans peine que l’institution soit aujourd’hui embarrassée et qu’elle se réfugie dans un silence qui en dit long sur cet embarras !

On conçoit sans peine qu’elle se serait bien passée, par les temps qui courent, de cette nouvelle affaire qui vient se télescoper avec le dossier des prêtres intégristes et la remise en cause implicite des acquis de Vatican II (bien qu’on nous affirme le contraire !).

Car c’est bien là  que gît le problème. Celui qui entendait marquer de son empreinte l’Eglise de France, et qui l’a fait en partie au demeurant, le cardinal archevêque de Paris pour ne point le nommer était au courant de cette affaire depuis plusieurs années, ainsi que deux autres évêques : Mgr Gilson (ex de Sens-Auxerre) et Mgr Sandreau (ex Le Mans). Qu’a-t-il fait ? Rien. Et pendant ce temps, le pitoyable « consultant » a continué de sévir, d’aggraver parfois la détresse de ceux qui lui était adressés en toute bonne foi, de distribuer des « enseignements » qui se révèlent aujourd’hui particulièrement fallacieux.

Car si l’on peut croire des témoins qui se font tuer pour ce qui leur paraît essentiel, quel sort faut-il réserver aux paroles d’un homme qui a profondément failli à  ses obligations professionnelles élémentaires et qui a finalement dupé tous ceux qui lui faisaient confiance. Ceux qui l’ont couvert et qui ne l’ont pas empêché de nuire sont, d’une certaine manière, tout aussi coupable que lui !

Une fois de plus, les atermoiements, le refus d’intervenir, de prendre les mesures de sauvegarde pour éviter que de tels prédateurs continuent à  sévir, viennent ternir gravement l’image que l’Eglise se doit de donner dans un monde déboussolé (pensons au débordements du libéralisme sauvage, aux souffrances qu’il engendre, aux délires plus ou moins mystiques de l’homme le plus puissant du monde).

Il n’est plus temps aujourd’hui de jeter pudiquement le manteau de Noé sur ces débordements; Ils sont d’autant plus inadmissibles qu’ils atteignent des êtres souvent fragiles et qu’ils enfreignent les règles les plus élémentaires de la déontologie.

Quels cadavres ont été exhumés des placards pour qu’on ait réussi cet exploit de juguler littéralement la presse dite d’information ?

Que l’on enquête, que l’on vérifie deux, trois, dix fois l’information, rien que de plus normal et même souhaitable, nous l’avons dit.

Mais quand il n’y a rien qu’un silence étrange, inquiétant, quand on se contente de détourner les yeux et la tête parce que le brouet est par trop nauséabond, que faut-il penser ?

Sans doute les pressions (ou les menaces) ont dà» être à  ce point contraignantes qu’elles ont réduit au silence des chroniqueurs que l’on dit « talentueux » et généralement « bien informés » (et bien en cour). Nous ne pouvons croire qu’il n’y aurait plus d’honneur et de courage chez nos confrères ? O๠est-il ce « quatrième pouvoir » qui devrait faire trembler tout autant les hommes d’Eglise que les politiques.

Initium sapientiae, timor domini nous faisait-on apprendre dans nos humanités. On aurait pu croire que cet adage était transposable dans une société qui use et abuse du terme de transparence, et qu’à  défaut de la crainte de Dieu, celle du dévoilement pouvait être salutaire.

Mais la presse se tait peut-être parce qu’au delà  des intimidations probables, elle traîne encore ces vieux préjugés selon lesquels la personne et les actes des clercs, dont l’Eglise, sont hors de tout critique.

Notes
(1) Rectifions tout de suite une erreur assez fréquente : ce monsignore n’a d’ailleurs pas eu les honneurs du Trombinoscope car il n’a jamais eu charge d’âmes dans un diocèse,…et c’est heureux. Tout au plus a-t-il grappillé dans une quelconque cour romaine – ecclésiastique bien entendu – ce titre vaguement ronflant mais sans grande signification. Même si « l’expert en psychiatrie sociale » occupent deux portes de consulteurs au Vatican dans les dicastères de la santé et de la famille ».

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