La CEI attend son nouveau président

La Conférence Episcopale italienne devrait se voir nommer par le Pape un nouveau Président dès cet automne (eh oui, c’est une exception, le Président de la CEI est le seul à  être nommé par le Pape et non pas choisi par ses pairs).

Camillo Ruini ayant en effet dépassé la limite d’âge. Le prochain patron des évêques italiens pourrait très bien être le prochain vicaire de Rome, donc succéder à  Camillo Ruini en quelque sorte doublement.

Mais il n’y a cela rien d’obligatoire. Au contraire.

Quatre prélats seraient sur les rangs pour la charge :

– le cardinal Ennio Antonelli, 70 ans, archevêque de Florence; il a pour lui le fait d’avoir été le secrétaire général pendant six ans; souriant, affable, modéré, papabile crédible lors du dernier Conclave, il a beaucoup d’atouts en mains; évêque depuis presque vingt cinq ans, il est fort estimé pour son sens pastoral;

– le cardinal Carlo Caffarra, 68 ans, archevêque de Bologne; sa réputation de moraliste d’une intransigeance farouche ne peut que le desservir; par contre, doté d’un tempérament franc et cordial, Mgr Caffarra a su conquérir l’estime de ses adversaires et est réputé moins œintrigant que Ruini; de plus il jouirait d’une sympathie toute particulière de Benoît XVI, élément non décisif peut-être mais important;

– le cardinal Angelo Scola, 65 ans, patriarche de Venise, un théologien brillant et très conservateur, lui aussi papabile crédible au dernier Conclave; homme de grande culture, qui présente bien; sa grande stature – à  tous les niveaux – le place au premier rang;

Mgr Angelo Bagnasco, 63 ans, nouvel archevêque de Gênes; un grand travailleur, très intelligent et affable, doctrinalement conservateur; peut-être moins connu que ses trois prédécesseurs mais ce profil de serviteur discret pourrait être apprécié de Benoît XVI

Sont considérés comme hors course les cardinaux de Naples (Crescenzio Sepe) , de Palerme (Salvatore De Giorgi), Poletto (Turin) et Tettamanzi (Milan), pour des raisons d˜âge et/ou d˜incompatibilité avec Joseph Ratzinger.

Pour la succession de Camillo Ruini à  Rome, actuellement trois noms surtout circulent :

* comme favori Angelo Comastri, 63 ans, archîprêtre de Saint-Pierre, ancien prélat de Lorette; un évêque italien déjà  très apprécié de Jean Paul II; Mgr Comastri est un archevêque doué d˜un vrai charisme personnel;

* Mgr Giuseppe Betori, 59 ans, le secrétaire très en vue de la conférence épiscopale, d˜abord considéré comme le pendant de centre-gauche de Ruini (déjà  un peu le rôle de Mgr Antonellli auparavant) mais de plus en plus considéré comme un possible premier rôle, adroit et déterminé; semble à  présent également aligné sur la ligne de œcentro-destraœ de Ruini; d˜autres voix lui prédisent de rester encore deux ans secrétaire de l˜épiscopat avant de devenir archevêque de Turin;

* Mgr Giuseppe Mani, 70 ans, archevêque de Cagliari, mais auxiliaire de Rome pendant très longtemps, un prélat qui a très belle allure et qui serait considéré comme un vicaire de transition pour Rome; on le présente comme un œconservateur à  l˜italienneœ.

Les mosaïques de Kephas : laboratoire pour transfuges !

La réintégration des intégristes dans l’Eglise catholique met en lumière certaines publications qui travaillent dans l’ombre à  l’accueil théologique et pastorale des disciples de Mgr Lefbevre.

Ainsi, la revue Kephas qui reçoit le soutien de nombre d’autorités ecclésiastiques actuellement en fonction.

Enquête…

Parmi les revues qui gravitent dans la galaxie polymorphe du catholicisme intransigeant, avec la diversité des familles d’esprits qui la composent, nous ne pouvons négliger de faire mention de œ Képhas , d’orientation très traditionnelle, mais sachant également racoler ici ou là  des signatures très prestigieuses, par exemple pour des entretiens, comme Franz-Olivier Giesbert ou Alain de Penanster, sans oublier les éminents et excellents prélats dont certains fort en vue : nous citerons le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, le cardinal Jean-Louis Tauran, le cardinal Oscar Rodriguez, archevêque de Tegucigalpa, le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, Mgr Jean-Louis Bruguès, évêque d’Angers, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus et Toulon, pour ne citer que quelques uns.

Des plumes ecclésiastiques connues apportent leur contribution : le Père Serge-Thomas Bonino, dominicain de tendance très conservatrice et membre de la Commission théologique internationale, le Père Alain Bandelier, chroniqueur de œfamille chrétienne, le défunt Père Bertrand de Margerie, un jésuite spécialisé dans les thèses mariologiques outrancières, ou le tristement fameux Mgr Tony Anatrella, qui n’est plus à  présenter.

Le Comité de rédaction de la revue se compose en effet de prêtres et de laïcs appartenant à  l’aile la plus traditionnelle du catholicisme, mais ne suivant pas la dissidence intégriste.

Le directeur de la publication est l’abbé Bruno Le Pivain, vicaire à  la cathédrale d’Angers. Les membres du Comité de Publication sont les suivants :

– l’abbé Philippe Marie-Airaud, du diocèse de Poitiers, que l’on dit en froid avec son évêque Mgr Albert Rouet (réformateur);

Pierre Gardeil, un laïc, ancien professeur de philosophie dans un lycée privé, connu dans le Sud-Ouest pour sa théologie très traditionaliste;

François Guillermet;

Jean-Louis Massoure, un agrégé de lettres;

Marc Parcé;

Patrice de Plunkett, journaliste et ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine;

– l’abbé Vincent Richard, membre l’Opus Sacerdotale (société traditionaliste de prêtres) et historien brillant il faut le dire;

Olivier Henri-Rousseau , physicien, professeur à  l’université de Perpignan;

– l’abbé Gérald de Servigny, de la fraternité Saint Pierre, théologien,

Grégory Solari, qui dirige les éditions œad solem à  Genève;

– le R.P. Olivier-Thomas Vénard, dominicain, bibliste lui aussi considéré comme très brillant.

En fait, la cheville ouvrière et l’animateur spirituel du groupe est Mgr Raymond Centène, devenu depuis évêque de Vannes. Né en 1958, juriste de formation, Monseigneur s’inscrit dans cette ligne très traditionnelle, qui, reconnaissons-le, ne sacrifie rien à  une réelle qualité intellectuelle. Les articles de Képhas sont fort bien écrits, documentés et intéressants.

L’orientation de fond, parfois plus discrète, mais néanmoins omniprésente, reste celle du catholicisme le plus intransigeant. Les positions sont certes exprimées avec une certaine réserve, une modération réelle dans le ton, sans outrances rigoristes ou envolées charismatiques. Il n’empêche. Le programme qui se dessine au fil des articles laisse bien deviner l’intention d’une reconquête au spirituel et au temporel, d’une restauration d’une nouvelle chrétienté.

Dans le seul numéro d’octobre-décembre 2005 ,

on y trouve ainsi un article de Tony Anatrella sur une clarification des mots concernant la famille, pour bien sà»r diaboliser toutes les tentatives de réformer la société.

Le Père Bonino, qui n’est pas le dernier venu, consacre un article d’ailleurs très solide aux rapports entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel au Moyen Age, y voyant un modèle.

L’abbé Vincent Richard entreprend de réhabiliter le combat d’un Pie X, au début du vingtième siècle, contre la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Plus loin, le Père Uwe Michael Lang revient sur la question de l’orientation de l’autel, dans le sens que l’on imagine.

Le même a récemment soutenu une thèse à  Rome en présence et avec le soutien de l’archevêque srilankais Randjith, secrétaire de la congrégation pour le culte divin, connu pour être très actif en faveur d’une restauration de la liturgie old style.

Le défunt Père Bertrand de Margerie envisage la définition dogmatique de la maternité de Marie.

Le Père Thierry-Dominique Humbrecht propose quant à  lui des remarques très négatives sur la culture contemporaine et sur le besoin de la corriger.

Enfin, dans un sens analogue, l’abbé Hyacinthe-Marie Houard, prêtre breton, distille des remarques du même cru.

Un échantillon, simplement, pour découvrir une revue qui a le vent en poupe, est lue à  Rome et participe de ce projet de restauration déjà  bien commencée. A Rome, et en France!

Pie XII et les massacres de Trieste

On sait, d’après des sources romaines très récentes, que le Pape glorieusement régnant et son entourage souhaitent vivement la béatification dans un proche avenir du Pape Pie XII.

Les silences assourdissants d’Eugenio Pacelli au sujet de l’holocauste mettent pour le moins en cause l’opportunité d’une telle érection sur les autels.

Le Père Kurt Gumpel, jésuite allemand, postulateur et très chaud partisan de la cause a beau dénoncer une légende noire, les historiens les plus sérieux (Giovanni Sale, Philippe Chenaux, Giovanni Miccoli, Ferdinand Desmurs), dans des ouvrages publiés ces dernières années, mettent en lumière des zones d’ombre, si l’on peut dire.

Toutefois; il semblerait qu’une affaire vienne à  présent rendre plus délicate la possible béatification de Pie XII.

En effet, le Pape Pacelli n’aurait pas davantage dénoncé les massacres d’italiens perpétrés en 1945 par Tito, près de Trieste. Ignazio Ingrao a soulevé le lièvre dans l’hebdomadaire œPanorama du 13 juillet dernier.

Dans les Archives Secrètes du Vatican, se trouve un fond de documents jusqu’à  présents inédits, relatifs à  cette question. Or, certains documents sans équivoque possible sur l’atrocité des évènements portent la mention œvsp qui atteste que Pie XII était bien au courant de ce qui était arrivé et arrivait. Cette mention veut dire en effet œvisto dal Santo Padre et lorsqu’on connait la minutie scrupuleuse de Pacelli il est impensable qu’elle puisse figurer sans correspondre à  rien d’effectif. Ces documents ont été étudiés par le Père Giovanni Sale, un historien très connu de seulement quarante-huit ans, rédacteur à  la œCiviltà  cattolica. Pour le Père Sale, ces documents sont de première importance. lls rendent compte de manière très détaillée de ce qui s’est passé juste après la libération de Trieste, le premier mai 1945. Des milliers d’italiens furent massacrés par l’armée de Tito et par les partisans yougoslaves qui ont occupé cette région avec l’intention de l’annexer à  la nouvelle République socialiste de Yougoslavie dont un grand nombre fut jeté dans des fosses.

Les historiens spécialistes de cette période, tel Raoul Pupo parlent de 600 à  700 victimes des troupes de Tito en 1943 mais de pas moins de dix mille personnes arrêtées, dont un très grand nombre d’italiens. Près de quatre mille ne retournèrent pas chez eux et furent donc massacrées. Nous savons désormais que la Secrétairerie d’Etat avait été informée de cette épouvantable tragédie. La hiérarchie épiscopale de Vénétie, en particulier le cardinal Adeodato (comme le fils de Saint Augustin) Giovanni Piazza, patriarche de Venise et Mgr Antonio Santin, évêque de Trieste , implora en vain une intervention papale. Qui se fit attendre.

Ce silence du Souverain Pontife semble vraiment bien difficile à  légitimer. Certes, au bout d’un certain temps, la Secrétairerie d’Etat demanda-t-elle aux alliés de faire leur possible pour sauver la vie de si nombreux malheureux.

Dans une allocution au Collège cardinalice du 2 juin 1945, il est fait référence à  la triste situation en Slovénie et en Croatie. Toutefois, Eugenio Pacelli n’a pas dénoncé cet épouvantable massacre de Trieste. Pour une raison facile à  comprendre, qui explique mais bien entendu ne justifie en rien : La crainte d’une déferlante communiste qui menacerait d’autant plus directement le Vatican et les catholiques que le Pape aurait dénoncé de telles exactions.

Andrea Riccardi, historien laïc proche du Vatican, cherche ainsi à  disculper au moins en partie le Pape Pie XII : œ l’avancée communiste était à  peine commencée et elle mettait déjà  en péril la survie de l’Eglise.

Dans un même but apologétique, le Père Giovanni Sale, pourtant souvent assez critique à  l’égard de Pie XII, argumente en ces termes : œ les nouvelles parvenaient souvent au Vatican des semaines après que les évènements avaient eu lieu et alors que la situation politique avait changé. Il est donc compréhensible que le Pape ait hésité à  prendre des positions qui pouvaient s’avérer contre-productives ou tardives .

Raoul Pupo se montre bien plus critique. Il oppose d’abord l’attitude courageuse du clergé local et celle très frileuse du Vatican. Le débat semble loin d’être clos.

L’opportunité d’une prochaine béatification de Pie XII se trouve néanmoins de plus en plus discutée.

La consternation de l’archevêque d’Alger

Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger a tenu à  exprimer sa plus vive consternation suite aux propos tenus par Benoît XVI à  Ratisbonne.

Il est vrai qu’il y va peut-être de sa vie personnelle et en tout cas de la survie des communautés chrétiennes en Algérie.

Sur le fond, Mgr Teissier dénonce les très graves simplifications opérées au profit d’un discours agressif, négatif et injuste.

L’archevêque d’Alger semble conscient de l’accroc déplorable que les propos de Benoît XVI viennent de porter aux relations de dialogue, déjà  difficiles, entre chrétiens et musulmans.

Une certaine confiance établie s’est envolée en fumée.

Il est vrai que Mgr Teissier n’est pas en odeur de sainteté à  Rome. Son prédécesseur, Mgr Duval, était cardinal, nommé il est vrai en 1965 par Paul VI, une autre époque.

Depuis 1988, Mgr Teissier est régulièrement cité pour la barrette cardinalice. En vain. Comme Mgr Fitzgerald, relégué, fait sans précédent, comme Nonce alors qu’il avait rang de chef de dicastère.

L’archevêque d’Alger est tenu pour trop favorable à  l’islam : Un crime qui désormais ne pardonne plus sous le Pontificat Ratzinger.

Comment l’autorité de l’Eglise biaise ses textes fondateurs

C’est avec attention que j’ai lu l’encyclique « Dieu est Amour ». J’ai été frappé de lire dans les paragraphes 3 et 4 ce qui m’a semblé être la reconnaissance de l’acte d’amour humain dans son climax : l’orgasme, ce plaisir de la terre qui nous dirait quelque chose de ce que sera la béatitude céleste, sans aller tout de même sur les traces de Mahomet qui promet, dit-on, à  chaque homme moult vierges… et aux femmes… ?

Je me suis dit, pardonne-moi, lecteur, que pour écrire cela, il fallait l’avoir éprouvé… Tant mieux si c’est le cas; mais alors pourquoi ne pas le dire et l’interdire à  ses troupes ecclésiastiques ?

Mais c’est d’un autre passage de cette-même encyclique que je voulais vous entretenir, parce qu’il s’y trouve un texte fondateur de l’Eglise et qu’il me semble biaisé par Benoît XVI. Ce texte, rapporté au paragraphe 21 de l’encyclique, c’est le verset 4 du chapitre 6 des Actes des Apôtres :

« Quant à  nous, (apôtres), nous resterons assidus à  la prière et au service de la parole »

Dans un article dont la première partie est parue au n° 102 de Golias, sur le « Lien social », j’ai expliqué longuement que Jésus avait institué l’Eucharistie au cours de sa Pâque. Me référant à  ce qu’était la Pâque juive, décrite minutieusement dans l’Exode. Je voulais par là  démontrer que ce n’est pas aux seuls apôtres qu’avait été dévolu le « pouvoir de faire l’Eucharistie », mais aux personnes présentes : les disciples, et pas seulement les 12 apôtres.

Les disciples présents, étaient hommes, mais aussi femmes et enfants, car la famille accueillante ne pouvait, au mépris de la Loi de l’Exode et de la loi de la politesse, avoir été exclue de ce dernier repas par Jésus lui-même, et n’avoir pas été récipiendaire du « Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Ce texte du n° 102 rappelait aussi que la coutume de la primitive Eglise était de « rompre le pain » i.e . de « faire l’Eucharistie » « dans les maisons », et que l’animateur, le responsable de la communauté pouvait être homme ou femme, cf. Lydia à  Thessalonique : (Act.16/11-15).

Disons au passage que Jean Paul II déclarant qu’une femme ne pouvait être « prêtre », suivait donc, non la coutume de la primitive Eglise, mais une vieille habitude des sociétés machistes dont l’Eglise reste, à  notre grand désespoir, l’un des derniers bastions.

Ce texte du n° 102 rapportait enfin, c’est ici notre point litigieux avec l’encyclique, la décision de Pierre de ne pas disperser les Apôtres dans ces multiples tâches : direction et répartition des aides, pour qu’ils se consacrent à  ce qu’il estimait être l’essentiel (Act.6/4) :« Quant à  nous, (apôtres) nous resterons assidus à  la prière et au service de la parole ».

Ce passage des Actes me paraît biaisé par Benoît XVI dans son encyclique « Dieu est Amour ». Il présente ainsi ce texte des Actes :6 /4 :

« Les Apôtres auxquels était avant tout confié la « prière » : (Eucharistie et Liturgie) et le « service de la Parole » se sentaient pris de manière excessive par le « service des tables »

Le Pape donne au terme « prière » le sens de « Eucharistie et Liturgie »

Il veut garder aux 12 apôtres seuls le « pouvoir » de l’Eucharistie, du « Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Il ignore ce que fut certainement la Cène, dernier repas de Jésus ; il est en contradiction flagrante avec la pratique de l’Eglise apostolique. Les Actes des apôtres nous présentent de nombreuses fois la « fraction du pain » faite « dans les maisons ». C’était donc, comme pour la Pâque de Jésus, en famille que se faisait l’Eucharistie : ( Lydia de Thessalonique en est un exemple), sous la présidence de la ‘matris familiae’, ou du ‘patris familiae’, ceux qui, vers le Vème, siècle deviendrons les « prêtres » après avoir été les « presbuteroi » ou « anciens »

Enfin, est-il permis de faire remarquer à  un éminent théologien que l’Eucharistie n’est pas une « prière », mais le rappel, le « mémorial », la mémoire de l’engagement de Jésus dans sa mission jusqu’à  l’extrême..

On peut donc reprocher à  Benoît XVI de glisser sa propre interprétation, ad usum Delphini, i.e. en faveur de son interprétation du pouvoir des prêtres.

Il est vrai que le clergé se voit contraint de laisser petit à  petit nombre des prérogatives qu’il s’attribuait puisqu’il ne peut plus être partout. Mais il essaie de se garder ce qui, au cours des siècles, était devenu, par les avatars de la théologie catholique la maîtrise entre ses mains sacrées : l’Eucharistie.

Benoît XVI veut défendre ce pré-carré en insérant dans le texte de l’encyclique son interprétation du mot « prière » : Eucharistie et Liturgie.

Il faut reconnaître que la liturgie a déjà  glissé des mains du clergé : obsèques, baptêmes, sacrement des malades sont menés par des baptisés. Le baptême, de tout temps du reste, puisque tout baptisé peut en cas de nécessité donner le sacrement du baptême, et la confession des péchés depuis l’apôtre Jacques – Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris – (JC. 5/16).

Restait l’Eucharistie. Si même l’Eucharistie lui échappe, que restera-t-il au clergé ?

Eh bien, la plus importante des choses qui soit : la prière , dont il est souhaitable que tout baptisé se charge aussi, et la parole , i.e. l’enseignement de l’Evangile. Que cet enseignement soit fait par la parole au moins, mais il n’est pas interdit au clergé d’enseigner par l’exemple.

Le premier exemple ne serait-il pas de bien expliquer les textes, sans les biaiser pour les détourner au profit de sa propre caste ?

26ème dimanche ordinaire

Que ce soit à  l’époque de Moïse ou de Jésus, Dieu ne se laisse pas enfermer et donne à  profusion son Esprit.

Reste, qu’aujourd’hui encore, les responsables religieux n’aiment pas trop ceux et celles qui semblent exercer un ministère concurrent sans être du bercail !

Jésus, comme Moïse ne veut empêcher personne de prophétiser mais il ajoute : « car celui qui n’est pas contre nous est pour nous ; car celui qui vous aura donné un verre d’eau parce que vous êtes du Christ, amen je vous dis qu’il ne perdra pas sa récompense ».

Les deux affirmations sont en parallèle, introduites par le même « car ». Les disciples sont donc invités non seulement à  ne pas être jaloux de ce que peuvent faire d’autres en invoquant le nom du Seigneur, mais aussi à  discerner la valeur du plus petit geste d’accueil !

La suite de Marc risque de nous scandaliser : c’est à  dire, au sens littéral, de nous faire tomber. Exactement ce que Jésus veut éviter que nous fassions au plus petit.

Ce texte s’adresse donc de manière très claire aux disciples qui le suivent déjà  et qui ont compris que chacun, chacune, est responsable de ses actes. C’est bien notre oeil et non ce qui est vu qui cause le péché. Ce sont nos pieds qui nous conduisent et nos mains qui font le mal. Inutile d’accuser l’autre ! Mieux vaut donc mettre à  la poubelle (la géhenne était la déchèterie de l’époque) ce qui nous éloigne de l’Evangile !

Saint Jacques ne dit pas autre chose.  » Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille vous accusera, elle dévorera vos chairs comme un feu  » ! Ces paroles sont fortes et nous interrogent avec radicalité sur notre manière de vivre pour discerner si elle est en harmonie avec notre vocation.

Jésus vient de nous enseigner sur la source de l’impureté qui sort de l’homme (Mc 7, 14-23). Il vient aussi de guérir un aveugle (les yeux) et il nous invite à  prendre notre croix, non sans nous avoir nourri abondamment (les mains) et à  le suivre (les pieds).

Que l’Esprit nous éclaire et réponde à  la prière de Moïse : « Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » Alors, de tout notre coeur autant que de notre corps, nous marcherions avec le Christ et ses frères et soeurs, tous ceux et celles qui ont reçu l’Esprit : c’est à  dire tout homme et toute femme (Cf. GS 22, 5)

Pourquoi reste-t-on ? (suite)

Suite aux nombreuses réactions sucitées par notre dernier éditorial « Pourquoi reste-t-on ? », nous publions les courriers les plus significtaifs, ainsi que la réponse de la rédaction…

Pourquoi reste-t-on ?

Et que valent vos cris d’indignation ? Pas un mot sur les réactions
totalement démesurées qui ont suivi les propos du Pape Benoit XVI.
Pourquoi donc ? Qui cherche le feu récolte la tempète, c’est ça…Allez
votre interprétation est pour le moins partiale.

Personnellement, si je voulais quitter l’Eglise, ce serait plutot à  cause
de certains catholiques qui trouvent toujours la moindre chose pour
s’indigner et jetter la pierre au Pape, histoire de se déchainer un peu.
Vous faisiez la mème chose avec Jean-Paul II, des cris qui ne sonnaient
pas plus faux que ceux que vous vous plaisez à  dénoncer.. Finalement on
attendait que ça… Je trouve cette attitude lamentable, peu importe si
vous ne publiez pas ce message.

Vous vous dites catholiques, vous citez le Concile quand cela vous arrange
mais il faudrait aussi citer les textes concernant la conception de
l’Eglise conciliaire du successeur de Pierre qui incitent à  un minimum de
respect. Les avez-vous oublier ceux là  ? En réalité pour ceux qui ne
pensent pas comme vous vous ne savez aussi que pousser des cris
d’indignation.

Pardonnez-moi, je tiens à  dire que je ne suis pas du tout tradi ni
intégriste, une simple jeune catholique de base, qui est dégoutée des
extrèmes de tous bords qui polluent son Eglise.


Pourquoi reste-t-on ?

Encore une autrechose : vous citez Bélibaste en « en-tête » de votre site.
Etonnant de la part de gens « en recherche » que de se référer à  un
« Parfait », meurtrier de surcroît. A moins que tout cela ne procède d’une
autre volonté, pas très catholique non plus… comme justifier les moyens
par la fin… A bon entendeur


Pourquoi reste-t-on ?

Deux remarques :

1 – « Pourquoi reste-ton ? » : Eh oui, je me le demande… Si Benoît XVI et
les autres évêques en communion avec lui ne vous plaisent pas : bon vent !

2 – A propos de Dignitatis Humanae… vous citez le n°3. Je m’étonne que
l’exégète (critique) Janin ne soit pas allé un peu plus loin dans le
texte… « Mais les fidèles du Christ, pour se former la conscience,
doivent prendre en sérieuse considération la doctrine sainte et certaine
de l’Eglise (citation de … Pie XII). De par la volonté du Christ, en
effet, l’Eglise catholique est maîtresse de vérité…
 » Je comprends que ça
vous embête, que ça vous chatouille, mais c’est comme ça.

Catholique a un sens bien précis : c’est celui qui appartient à  l’Eglise
catholique. (en dehors de toute référence à  une étymologie maintes fois
ressassée). Si vous ne vous sentez pas d’accord avec l’Eglise catholique,
cela ne fait pas de vous quelqu’un de moins bien ou de mieux, mais
simplement quelqu’un qui n’est pas catholique. Fondez une autre Eglise, ou
rejoignez d’autres religions (comme ce bon Hans Kà¼ng !). C’est votre
problème. Dieu aime tous les hommes sans exception. Catholiques,
Protestants, Juifs, Musulmans, Athées, Agnostiques, Blancs, Noirs, Jaunes,
Rouges, Verts à  pois bleus… TOUS. Etre catholique a un sens, si vous ne
vous pouvez l’accepter par intelligence, faites le au moins par décence !


Pourquoi reste-t-on ?

« … Parce que, en conscience, nous nous sentons profondément catholiques
et que seule la conscience a le pouvoir d’obliger « , dites-vous. Curieux,
vous parlez comme Luther …


Pourquoi reste-t-on ?

Pourquoi, en effet, ne pas rejoindre Mgr Milingo et fonder ensemble une «
Eglise » conforme à  votre idéal commun, tout en étant l’un pour l’autre «
l’empêcheur de croire en rond » ?…



Et la réponse :

Nous ne pouvons qu’inviter nos lecteurs à  relire, simplement mais honnêtement, ce qui a été mis en ligne.

Le Nota Bene 3 évoque justement « les réactions totalement démesurées qui ont suivi les propos du pape Benoît XVI » !

On – les derniers commentaire reçus étant anonymes – nous reproche aussi de trier dans le Concile ! Certes, nous « recevons » Vatican II à  partir de nos propres perspectives, comme chacun, chacune, mais si n’avons jamais caché notre ligne éditoriale, qui évolue en fonction des recherches et rencontres, nous nous ne l’avons jamais imposée non plus.

Au-delà  de l’indignation, moment émotionnel à  prendre comme tel, et que nous vivons aussi comme tout le monde, il devient important d’argumenter un peu, en raison comme nous y invite Benoît XVI.

Un lecteur peu attentif n’aura même pas constaté, par exemple, qu’il nous reproche de ne pas citer un passage de Dignitatis Humanae que nous interprétons simplement autrement que lui : « L’Eglise est maîtresse de vérité ». Certes, mais rien n’autorise à  réduire l’Eglise à  sa hiérarchie !

L’ecclésiologie est un débat passionnant ; entrons y autrement qu’avec des cris de vierges effarouchées qui sont choquées chaque fois qu’on critique leur pape !

Leur et notre pape puisque, comme tous les catholiques, nous prions pour et avec lui à  chaque Eucharistie et que nous partageons le même Credo.

Mais, s’il est successeur de Pierre, qu’il assume toute l’histoire du Chef des Apôtres qui dut se convertir à  la suite des vifs reproches de Jésus et de Paul !

Nous n’avons pas toujours raison : c’est justement pourquoi nous souhaitons une disputatio à  la hauteur des enjeux et qui respecte au moins ce que nous écrivons.

Et s’il y a une chose sà»re, c’est que nous lisons avec attention ce qu’écrit Benoît XVI en essayant d’être honnêtes. Si vous n’êtes pas d’accord avec notre interprétation, merci de le dire avec un peu plus de précision et de compétence !

La question n’est donc pas celle de la véhémence des propos mais de leur pertinence… parfois impertinente !

Notre « différence » avec Benoît XVI tient aussi, de manière évidente, à  la position de chacun dans l’Eglise. Il est responsable de la communion de toute l’Eglise et nous aimerions, en respect de la charge qui est la sienne, qu’il ne se fasse pas simplement le chantre d’une école théologique conservatrice.

Quant à  nous, nous faisons entendre les échos des marges et si nous sommes catholiques, nous le devons au sacrement du Baptême que nous avons reçu. Sacrement « à  caractère » comme on dit, c’est-à -dire indélébile… S’il vous fallait un peu d’objectivité !

Le temps des imprécateurs

Le 7 septembre dernier, le Monde accordait les honneurs de la une à  un texte, somme toute, très court, de John le Carré, rédigé « vingt huit jours exactement après que le Hezbollah a enlevé deux soldats israéliens, pratique militaire assez courante que les Israéliens eux-mêmes ne s’interdisent pas ».

Surprise pour ceux qui n’avaient jusque là  associé le nom de John le Carré qu’à  des romans « d’espionnage » au demeurant fort agréable à  lire mais c’était moins la signature qui étonnait quelque peu que l’emplacement en première page du journal.

Robert Solé, le médiateur du Monde s’en est expliqué dans une chronique du 23 septembre, à  la suite d’une volée de correspondances reçues à  ce sujet.

Mais ce n’est là  que l’exercice de libertés réciproques de la part d’un journal et de ses lecteurs. Fallait-il conférer le prestige de la une à  une libre opinion qui, en fin de compte, ne faisait que dire, tout haut et tout net, ce que le même journal n’avait pas craint de dénoncer pendant toutes ces journées qu’avait duré la « guerre du Liban » ? On peut en débattre, il est vrai.

On pouvait s’attendre à  quelques réactions, tant il est vrai que sur ce sujet comme sur d’autres, qu’il y ait caricature ou leçon magistrale, on voit immédiatement monter au créneau un certain nombre …d’imprécateurs : ces derniers, sans nuance aucune, excommunient et vouent aux gémonies celui qui a le malheur d’émettre quelque opinion incorrect.

Ici, elle vint, sans nuance, le 12 septembre, dans une chronique signée de quatre universitaires dont deux, chose plus surprenante, revendiquaient la qualité de membres fondateurs des « Amis de la Paix maintenant ». C’était leur droit de prendre le contre-pied de J. Le Carré mais fallait-il le faire sur le ton employé tenant à  l’évidence de l’imprécation bien plus que de l’expression d’une opinion que l’on pouvait admettre courroucée mais devant s’interdire de solliciter le texte incriminé en procédant à  des amalgames douteux.

Car enfin qu’osait dire J. Le Carré ?

Que c’est le propre d’un certain type de guerre – et la guerre révolutionnaire dans laquelle s’est engagée le peuple palestinien en fait partie – que de provoquer une réaction en chaîne o๠la répression amène sans cesse à  « la cause » de nouveaux adeptes.

C’est un cycle infernal et souvent sans fin, à  moins d’une initiative courageuse, souvent visionnaire, mais dangereuse : le général De Gaule a failli y laisser la vie, Itzak Rabin l’a payé de la sienne.

Ils sont encore nombreux ceux qui estiment qu’ Israà«l , malgré les vicissitudes de l’histoire et les erreurs commises depuis sa création, a le droit de vivre selon la formule consacrée  » dans des frontières sà»res et reconnues « .

Mais ils sont tout aussi nombreux ceux qui craignent pour sa survie dans un environnement de plus en plus hostile, alors que se poursuit une politique relevant d’un aveuglement dramatique; politique dénoncée par quelques voix, malheureusement trop isolées à  l’intérieur même du pays.

Qu’il existe dans la conduite de la guerre quelques principes plus ou moins bien respectés – en général d’ailleurs beaucoup plus mal que bien – qui sans « humaniser » cet exercice aussi vieux que l’humanité s’efforce d’en limiter ici ou là  les ravages. (Parmi ces quelques règles il y a celle du principe de proportionnalité : les moyens employés dans un affrontement doivent être à  la mesure de la dimension du conflit : en d’autres termes on ne doit pas se servir d’un marteau pilon pour écraser une noix !) Et John le Carré n’a pas dit autre chose en rappelant la disproportion des dommages réciproques et les conséquences de frappes allant chercher leurs cibles bien au-delà  de la zone de conflit stricto sensu.

Certes, le Hezbollah, comme il est habituel dans ce genre de guerre, a beau jeu de s’abriter dans la population ! Mais alors les moyens classiques, ( et Dieu sait que notre temps s’est ingénié à  en décupler la terrible efficacité ), ne sont que d’une « efficacité » dérisoire et désespérante face aux malheurs qu’ils engendrent et aux « vocations » qu’ils finissent par susciter.

Il est vrai que J. le Carré, en assez bon connaisseur de l’âme humaine, et parce qu’il connaît peut-être aussi le milieu, avait pris au pied de la lettre, les rodomontades, hélas tragiques, du chef de guerre d’Israà«l qui a surpris à  l’évidence l’inexpérience de son gouvernement en promettant une victoire (presque à  coup sà»r) au terme d’une guerre éclair.

Il est cruel, c’est vrai, de rappeler les conséquences d’une entreprise menée par un technicien égaré dans son délire professionnel, mais ce n’est quand même pas le Carré qui a formulé les questions qui se sont posées en Israà«l même – pendant – et immédiatement – après le cessez-le-feu. Nous avons déjà  souligné ici que c’est l’honneur de ce pays que d’avoir en son sein des hommes et des femmes qui refusent de s’aligner sur l’opinion majoritaire, qui osent dire qu’il y a des victoires à  la Pyrrhus et qu’il y a des défaites morales dont le prix sera payé par les générations suivantes.

Ce qui frappe à  la comparaison des deux articles c’est le ton de constat du papier’ somme toute très bref de Le Carré et la violence mal retenue de la réponse des quatre universitaires. On peut sans peine comprendre l’attachement d’un certain nombre de nos compatriotes à  Israà«l aussi bien pour des raisons familiales que pour ce que peut représenter cette terre et cet état. Mais il faut aussi leur dire qu’il y a des dérives qui desservent plus sà»rement la cause qu’ils veulent défendre que bien des opérations de « désinformation ».

On se demande, à  la comparaison des deux articles, celui de John Le Carré et celui de ses adversaires, o๠sont les imprécateurs qui ne savent même pas, et c’est le propre de ce genre dérive, lire honnêtement un texte sans le solliciter dans tous les sens.

Un exemple, un seul, mais éclairant sur la méthode : John le Carré termine son « papier » sur ces mots « Et les Libanais sont devenus les dernières victimes d’une catastrophe globale qui est l’oeuvre de zélotes égarés et ne paraît avoir aucune issue ». Cette approche sévère, il est vrai, mais cependant publiée plusieurs semaines avant sa parution dans le Monde et, donc, avant les derniers assauts précédant le cessez-le-feu génère chez ses contradicteurs la réaction suivante : « D’un écrivain dont l’oeuvre témoigne du souci porté aux demi-teintes, on attendrait une « interpellation » d’une autre teneur à  propos d’un conflit complexe qui ne pâtit que trop des imprécateurs et des donneurs de leçons. Mais voilà . Habité par un venin qu’il peine à  contrôler (la réunion de ce ces deux termes : »zélote égaré » pour désigné Israà«l mériterait de figurer dans un florilège des métaphores anti-juive), John Le carré est à  mille lieues ici de l’éthique de l’écrivain comme de celle du politique. »

La citation est un peu longue mais en un tel domaine on ne saurait se contenter de quelques bribes de phrases tirées de leur contexte. Et c’est bien ce qu’on peut reprocher aux auteurs de la réponse à  John Le Carré : il y a tout au long de l’article une analyse tendancieuse qui loin de servir la cause que les auteurs prétendent défendre, la dessert plus sà»rement que ne le ferait un adversaire déclaré de la politique de l’état d’ Israà«l .

Mais, de grâce, qu’on ne réduise pas l’approche de cette question douloureuse , génératrice de tant de haines et de souffrance dans un Proche Orient o๠deux générations n’ont jamais connu la paix au cours de la fin du siècle dernier, à  des pamphlets comme celui qui vient d’être évoqué.

La survie d’Israà«l mérite mieux que ce type d’imprécations !

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La signora Fallaci

Figure incontournable et haute en couleur du monde intellectuel italien, Oriana Fallaci, laïque convaincue, n’hésitait pas davantage à  pourfendre avec une rare vigueur l’Islam, dénonçant par exemple tous les projets de construction d’une mosquée.

Elle allait jusqu’à  prétendre qu’elle n »hésiterait pas à  faire sauter une mosquée construite à  Florence.

Oriana Fallaci, bien qu’entretenant un rapport très complexe, de « haine-amour » avec le catholicisme, s’était rapproché sur un certain nombre de points de l’aile conservatrice de la hiérarchie catholique.

Par l’intermédiaire de Mgr Rino Fisichella, évêque auxiliaire de Rome et Recteur du Latran, elle s’était liée au cardinal Camillo Ruini, Vicaire de Rome, et, semble-t-il, les deux protagonistes s’étaient réjoints sur un diagnostic et une évaluation très sévère de l’Islam. Sur ce point comme sur d’autres, Oriana Fallaci avait également eu l’occasion d’échanger avec Benoît XVI lors d’une récente audience qui lui fut accordée.

Né en 1929, journaliste de talent, Oriana se présentait comme une figure irréductible et dérangeante. D’une vive intelligence, elle cultivait à  dessein un caractère redoutable. Elle vient de nous quitter.

En apparence, l’esprit outrancier de ses diatribes féroces contre l’Islam semble avoir inspiré quelqu’un d’autre, il y a peu.

25ème dimanche ordinaire

Quel contraste entre un homme qui annonce sa mort tragique et des disciples qui se demandent qui est le plus grand ! Jésus ne les dissuade d’ailleurs pas d’être ambitieux. Il leur annonce simplement le chemin paradoxal de la vraie grandeur : le premier est, selon le Royaume, le dernier de tous et le serviteur de tous !

Mais le Christ n’a-t-il pas montré l’exemple lui dont Charles de Foucault, dans sa cabane de Nazareth, disait : « il a pris la dernière place et nul ne saurait la lui ravir »…

On pourrait, comme les disciples, avoir peur et rester silencieux et c’est justement un enfant, littéralement celui qui ne parle pas, que Jésus place au milieu d’eux en le serrant dans ses bras. Marc est le seul a rapporter ce geste de tendresse (renouvelé en 10, 16).

Accueillir un « sans voix », c’est accueillir Dieu lui-même. Tout s’éclaire : Jésus ne nous demande certes pas de nous déconsidérer comme si étions de moins que rien. Il nous montre que Dieu lui-même est présent dans le plus petit d’entre nous. Or y a-t-il vocation plus grande que de recevoir Dieu ? Dès lors, nous sommes devant une alternative, car il semble qu’il n’y ait pas de troisième terme : soit nous vivons dans la « jalousie et les rivalités » pour parler comme Jacques, soit nous empruntons le chemin de Jésus et le plus petit devient une icône de Dieu.

On se moquera peut-être de nous : « soumettons le à  des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience » ; mais n’est-ce pas le seul chemin qui conduise à  la victoire de la résurrection et donc à  la vraie paix ?

Nous pouvons toujours continuer à  suivre nos instincts de convoitise mais nous n’arriverons jamais à  réaliser notre désir profond et notre prière sera stérile. Quelle désolation. Alors que le chemin du Serviteur semble bien triste, ceux et celles qui l’ont emprunté ont toujours témoigné d’une joie profonde !