Lundi dernier, le 21 Aoà»t, l’Eglise fêtait Saint Pie X.

Son procès en béatification prit beaucoup de temps (1923-1954) et fut notamment retardé en 1950 « à  cause des scrupules de l’avocat du diable qui demandait, si dans cette affaire [de la crise moderniste], le pape n’avait pas fait preuve de trop peu de prudence » (Catholicisme, XI, 50 col 282).

En effet, il condamna le modernisme en 1907 avec une rare vigueur dans l’encyclique Pascendi Dominici Gregis : « Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, c’est que, les artisans d’erreurs, il n’y a pas à  les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au coeur de l’Eglise, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d’un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à  déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d’amour de l’Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l’assaut à  tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu’ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu’à  la simple et pure humanité » !

En 1910, le pape astreint les clercs au serment antimoderniste. Il encourage des comités de vigilance et même une association secrète, la Sapinière, qui feront la chasse à  ces « ennemis » de l’intérieur.

Pourquoi donc reparler de cette sombre période de l’Eglise ?

Sans doute parce que, en lisant l’encyclique, nous mesurons que les problèmes soulevés à  l’époque sont encore d’une actualité brà»lante : « Et tandis qu’ils poursuivent par mille chemins leur dessein néfaste, rien de si insidieux, de si perfide que leur tactique: amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, ils le font avec un tel raffinement d’habileté qu’ils abusent facilement les esprits mal avertis (…) Enfin, et ceci parait ôter tout espoir de remède, leurs doctrines leur ont tellement perverti l’âme qu’ils en sont devenus contempteurs de toute autorité, impatients de tout frein : prenant assiette sur une conscience faussée, ils font tout pour qu’on attribue au pur zèle de la vérité ce qui est oeuvre uniquement d’opiniâtreté et d’orgueil ».

En fait, cette crise, en ce qu’elle a de plus fondamental, est coextensive de la vie de l’Eglise, puisque, dès le départ, il importait de discerner comment, à  la fois être dans le monde et lui annoncer l’Evangile, sans en être.

Difficile incarnation ! Que ce soit le débat sur la Loi dans les Actes, l’introduction d’un discours théologique fortement influencé par l’hellénisme dans les premiers siècles, l’admission d’Aristote dans la théologie scholastique ou l’utilisation des sciences historico critiques lors de la crise moderniste, chaque fois, il s’est trouvé des « intransigeants » pour refuser toute espèce de nouveauté et chaque fois, l’Esprit a soufflé pour que fà»t adopté ce qui, dans le monde, portait « les semences du Verbe » : les païens ne furent pas astreints aux prescriptions mosaïques ; des termes philosophiques grecs comme « consubstantiel » firent leur apparition pour rendre raison de la foi ; le philosophe fondateur du lycée fut prescrit après avoir été proscrit et en 1943, Pie XII libéra l’exégèse catholique en reconnaissant la légitimité des études scientifiques sur le corpus biblique !

Mais il nous faut rester vigilants. N’oublions pas que le serment antimoderniste, aboli à  la suite du concile, fut remplacé par un « serment de fidélité » alors que Josef Ratzinger était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1999 et que, si l’Index a disparu, notre revue est toujours interdite des libraires catholiques et… certains prêtres n’osent même pas « avouer » qu’ils la lisent !

La question semble donc encore se poser aujourd’hui de savoir si l’on peut être catholique et moderne voire « postmoderne » et sur ce sujet, l’interprétation du Concile Vatican II est décisive.

L’AFOM (Association Francophone Å’cuménique de Missiologie) organise d’ailleurs du 24 au 28 aoà»t à  Paris la troisième conférence européenne de missiologie sur le thème : « L’Europe, après les Lumières : oser la mission dans une Europe qui se construit ».

Comment L’Evangile peut-il encore être une proposition de salut pour l’homme adulte… Kant et la crise moderniste ne sont jamais très loin !

Pascal Janin

Les services rendus par Bertone

Les nominations voulues par Joseph Ratzinger, soigneusement étudiées et soupesées au préalable, ne doivent pas grand chose au hasard.

On sait que le nouveau Pape étudie avec attention, un peu à  l’exemple de Pie XII, le parcours biographique, les écrits et les services rendus par ceux qu’il appelle à  travailler à  ses côtés.

Cette exigence se vérifie tout particulièrement, évidemment, lorsqu’il s’agit des responsabilités les plus importantes. En particulier pour la charge décisive de Secrétaire d’Etat.

Le cardinal Tarcisio Bertone n’a certes pas été choisi par hasard ou par défaut.

Parmi les raisons qui ont pu favorisé ce choix, il faut évoquer en premier lieu l’étroite harmonie de fond, en matière doctrinale, entre le Pape et son nouveau bras droit. Il faut aussi relever leur bonne entente personnelle, puisque Mgr Bertone a été le second très apprécié du cardinal Ratzinger à  la congrégation pour la doctrine de la foi.

On sait que de 1979 à  1990, des tensions très fortes ont existé au Vatican, en raison des divergences fréquentes de vue et d’une réelle inimitié personnelle entre Jean Paul II et le cardinal Casaroli.

Des services rendus par le passé peuvent aussi expliquer cette nomination. Au début des années quatre vingt, lors de la révision du code de droit canonique, Joseph Ratzinger, arrivé depuis peu à  Rome , s’appuya sur un juriste salésien dont il appréciait la grande rigueur et la courtoisie, Don Tarcisio Bertone.

Quelques années plus tard, il le choisit pour rédiger l’instruction  » ex corde ecclesiae  » visant à  recentrer dans la fidélité à  la doctrine catholique – et à  la discipline – l’éducation catholique à  tous les niveaux. En somme, une arme puissante pour combattre le relativisme trop présent dans les universités et les écoles dont le cardinal Ratzinger estimait qu’elles n’avaient plus de catholique que le nom.

Peu auparavant, Don Tarcisio avait été associé aux tentatives de trouver un accord avec Mgr Lefebvre. Sur ce point aussi, le nouveau secrétaire d’Etat partage les convictions de Benoit XVI.

Plus tard, Jean Paul II apprécia la détermination de l’archevêque Bertone à  combattre l’engagement dans la guerre d’ Irak .

Il faut savoir aussi que Joseph Ratzinger n’a pas étudié à  Rome et n’a pas été formé à  l’école romaine. Il a toujours souhaité être assisté par un conseiller plus familier de cet univers. Il l’a trouvé en Tarcisio Bertone : un ami complémentaire en quelque sorte.

Selon des rumeurs à  vérifier, et selon l’usage qui veut qu’à  un Conclave on ne vote pas pour soi-même, Joseph Ratzinger aurait hésité entre deux candidats pour remplacer Jean Paul II : le cardinal Ivan Dias et le cardinal Tarcisio Bertone.

En tout cas, il vient de nommer le premier préfet de la Congtrégation pour l’Evangélisation des peuples et le second secrétaire d’Etat.

Le levain discrédité

On connaît l’image du levain dans la pâte, la travaillant de l’intérieur. elle a inspiré une spiritualité du ministère et plus généralement de l’engagement des chrétiens qui a connu un grand succès dans les années qui ont suivi le Concile.

Depuis une vingtaine d’années, on, assiste plutôt à  un regain d’enthousiasme en faveur de la posture inverse.

Une affirmation identitaire très forte avec un sens accru de la visibilité.

En somme, la lumière qui ne doit pas être mise sous le boisseau

Tout récemment, Mgr Giuseppe Betori, secrétaire de la Conférence épiscopale italienne n’a pas manqué de critiquer cette fausse conception du rôle des chrétiens dans la société thématisée par  » le levain dans la pâte « .

Une sorte de coup final porté contre les courants progressistes de plus en plus affaiblis.

Une volonté de poursuivre l’oeuvre de reprise en main que l’on sait et dont le cardinal Camillo Ruini , ainsi que son dévoué second, ont été les artisans en Italie.

Il se trouve que Mgr Betori était plutôt considéré jusqu’alors comme un modéré, capable de maintenir un dialogue confiant avec les courants les plus à  gauche du catholicisme. Cette réputation semble de plus en plus démentie.

Faut-il y voir le signe d’une possible promotion rapide de l’intéressé à  un poste cardinalice?

Eventuellement même la succession de Camillo Ruini? On peut au moins se poser la question.

Le bilan d’une visite

On le sait, les séminaires des Etats Unis ont accueilli un certain nombre de visiteurs chargés de vérifier si l’enseignement pastoral et moral qui s’y trouvait prodigué était bel et bien conforme à  la stricte orthodoxie romaine, en particulier au sujet de l’éthique sexuelle et de l’homosexualité.

L’ensemble de ces visites était supervisé par Mgr Edwin O’Brien, archevêque et ordinaire militaire, de tendance conservatrice très marquée.

Néanmoins, concrètement, sur le terrain, 55 évêques de style et de tendance différents ont accompli les dites visites.

En fait, les évêques traquent surtout le relativisme : une religion du libre choix, o๠chacun composerait son menu à  sa guise.

Pour Mgr John Nienstedt, évêque de New Ulm ,  » le relativisme c’est la grande question « . Il s’inquiète et estime que beaucoup de candidats à  la prêtrise n’ont pas véritablement confiance dans la vérité objective de la foi et ne peuvent donc pas l’enseigner ni la défendre.

Très positifs, certains prélats sont convaincus que l’image des séminaires en sortira comme très encourageante :  » une plus grande confiance dans nos séminaires  » estime Mgr Gregory Aymond, évêque d’ Austin (Texas).

Le même évêque est persuadé que beaucoup de professeurs font du bon, du très bon travail.

Dans l’ensemble, les questions sexuelles ont été abordées par les visiteurs avec une certaine discrétion. Avec une exception notable à  Mundelein . Deux visiteurs ont posé des questions tout à  fait déplacées sur la sexualité des séminaristes, demandant en particulier s’ils se masturbaient. Un type de questionnement qui relève pour le moins du for interne. En fait, les réactions suscitées par ce type d’inquisition a dissuadé par la suite les visiteurs d’être trop indiscrets et d’entrer dans les détails.

C’est pourquoi, en général, les visiteurs ne se sont pas tellement arrêtés non plus à  la question de la tendance sexuelle des séminaristes mais ont plutôt insisté sur le fait qu’il fallait respecter l’enseignement officiel de l’Eglise et que chacun, en conscience, devait le suivre fidèlement.

En outre, la nécessité d’un discernement très prudent et très sélectif des candidats a été réaffirmée. Sans pourtant aller jusqu’à  préconiser une traque systématique des affectivités de chacun.

En somme, cette visite se veut bien un rappel à  l’ordre mais au maillage pas trop serré. De fait, bien des évêques continuent à  penser que des gays peuvent devenir prêtres à  condition d’avoir acquis une vraie maturité humaine d’ensemble et de bien supporter la continence.

Sur les moyens mis en oeuvre pour une sélection des candidats, outre le jugement des formateurs et les enquêtes d’usage, il n’y pas unanimité.

Des tests psychologiques sont souvent pratiqués mais d’une efficacité douteuse. Sur des questions comme celle de la tendance sexuelle, la sincérité des uns et la curiosité des autres semblent variables selon les lieux. Certains formateurs ont insisté sur le fait que le seul respect de la continence ne constituait pas un critère suffisant d’idonéité et qu’il ne fallait pas trop se focaliser sur ce seul point.

En fait, il y a bien un consensus sur un point : cette visite ne fermera pas définitivement les portes de tous les séminaires aux gays; elle n’évitera pas davantage des explosions ultérieures car les psychologies évoluent et bien des impondérables échappent aux tests.

Par contre, un avertissement est donné. Rome semble satisfaite : un coup de vis permet au moins d’espérer moins de critiques et d’expériences hasardeuses. L’autorité du Magistère est réaffirmée, également pour les questions disciplinaires et morales.

Au fond, nul ne sera étonné de savoir que certains réussiront toujours à  passer entre les mailles du filet, gays ou non.

Rome , d’ailleurs, ne se montre pas trop sourcilleuse en matière d’application : l’exception confirme la règle. Les visiteurs ont surtout redit des principes et fermé la porte à  une contestation de la discipline en usage.

Les transgressions individuelles seront plus rares, existeront bien entendu, mais ne serviront plus d’occasion pour une mise en cause de la doctrine. C’est le but escompté par Joseph Ratzinger.

En fait, rien n’est moins certain. Le durcissement favorise un refoulement des problèmes mais n’aide pas à  trouver une solution.

En matière aussi délicate, le contournement de la condition humaine telle qu’elle est, ne constitue, certes, pas une garantie. Au contraire, dans le futur, les vrais problèmes finiront pas revenir sur le devant de la scène.

La gestion prédominante de ces questions, mi doctrinaire et mi-pragmatique, à  la romaine, permet sans doute dans l’immédiat un relatif apaisement. Pour autant, l’intransigeance n’apporte pas de réponses humainement viables et fécondes.

Tôt ou tard, la formation au sacerdoce et l’essence même du ministère devront y être revus en raison aussi des abcès secrets qui n’ont pas été crevés.

Sus au jargon

La langue de bois du clergé, en l’occurrence la langue de buis, devrait faire l’objet d’une attention privilégiée.

En effet, nous le savons bien, certaines manières de s’exprimer sont loin d’être neutres.

Une tribu comme une classe sociale se constituent précisément au travers d’un langage. Ce langage n’a rien de neutre. Il conditionne fortement la manière même de penser et de réagir. On peut même dire que parfois le langage pense pour nous, à  notre place. A notre insu, au moins en partie, il détermine certainement notre vision du monde, nous impose des oeillères.

C’est à  l’évidence tout particulièrement le cas du langage ecclésiastique.

Un prêtre qui change de voie  » quitte le ministère « .

On exprime ainsi finalement l’idée d’un abandon, presque d’une faute, au lieu de souligner ce qu’un changement de route peut recouvrer de positif, de libérateur, de créateur, et souvent de fidélité à  soi-même et à  une intention originelle.

Pire encore, cette traduction malheureuse de la  » reductio  » (qui veut dire retour) à  l’état laïc lorsqu’on parle de  » réduction « .

Comme si un laïc était moins qu’un prêtre.

Certaines formes un peu relooké façon  » seventies  » du jargon curé ne sont pas moins décalées.

Ainsi, on se gaussera du  » responsable de secteur  » qui vaut bien finalement le  » protonotaire apostolique  » de jadis, que l’on amusait à  désigner comme  » protozoaire apostolique  » (!)

Le jargon  » action catholique  » semble avoir fait place nette à  des propos qui fleurent bon la piété parfois mièvre. Après dix heures du soir,  » le saint esprit a pris sa verveine  » (et Monsieur le curé son viagra?).

Le jargon ne se limite pas à  un certain nombre de formules stéréotypées que l’on répêterait à  loisir. Il se traduit par une façon toute cléricale de ne pas répondre aux questions, d’éluder les problèmes, de noyer les poissons.

Lors du procès d’un abbé pédophile à  Colmar , l’évêque auxiliaire, Mgr Léon Hégelé parla de manière évasive de problèmes de relations entre les personnes!

L’évêque de Bayeux-Lisieux , Mgr pierre Pican, surnommé  » Canal plus  » car il faut un décodeur pour le comprendre, et encore ce n’est pas gagné, lors d’un procès utilisa l’expression  » classement vertical « , élégante mais sybilline.

Le monde ecclésiastique redoute par dessus tout les propos trop francs et trop tranchés. Il s’abrite souvent derrière un nuage de confusion et d’équivoque.

Dans les séminaires, on dit rarement aux candidats ce que l’on pense d’eux. On les interpelle sur leur vécu et on les invite à  de redoutables circonvolutions de langage. Malheur à  celui qui s’écrira, comme l’enfant du récit d’Andersen que l’empereur est nu : il entretient un rapport plus authentique à  l’enveloppe corporelle sans doute.

Golias prépare pour ses lecteurs un petit dictionnaire concernant le jargon ecclésiastique, à  paraître nous l’espérons au printemps prochain. Avec des exemples très significatifs.

Le Verbe s’est fait chair en Jésus Christ. Et non pas jargon dérisoire et enfermant.

Benoît positive

Le 13 aoà»t dernier, le Pape Benoît XVI a accordé un long entretien dans lequel il s’explique, en préparation à  son voyage en Allemagne, sur ses convictions et les orientations de son pontificat.

Un grand nombre de questions sont évoquées et, en général, fort habilement éludées.

Du grand art : celui de ne rien répondre de compromettant en invitant le lecteur à  chausser des lunettes roses. Cela nous rappelle un certain premier ministre, invitant ses compatriotes à   » positiver « .

Sur les questions de morale, sur celle de la place des femmes dans l’Eglise, le Pape se garde bien de trancher dans le vif des polémiques.

Il n’entend pas insister sur ce qui est défendu mais sur la face positive de la médaille et de l’enseignement de l’Eglise. Ce déplacement d’accent, déjà  très perceptible dans l’encyclique  » Deus est caritas  » nous semble heureux.

Pour autant, il ne doit pas faire illusion. La stratégie change, et nullement le fond .

Plus lucide certainement que son prédecesseur, Joseph Ratzinger mesure à  quel point l’énoncé abrupt d’interdits s’avère en réalité contre-productif. Il privilégie donc une approche davantage latérale.

Le véritable enjeu ne tient pas à  la seule présentation mais à  la vision de fond, aux conséquences rigoristes et intransigeantes sur lesquelles Benoît XVI n’entend certes pas revenir mais qu’il désire au contraire mieux implanter, de façon plus adroite aussi.

Endormir les soupçons de critiques trop vigilants constitue certainement une priorité. Ainsi, avec le temps, il devient possible de reconquérir le terrain.

D’emblée, trop dévoiler ses intentions serait un peu trop risqué.

Le nouveau souverain Pontife est un homme déterminé et un redoutable stratège.

Saluons l’artiste mais continuons à  proposer une alternative au catholicisme intransigeant qu’il entend promouvoir.

Au nom de l’Evangile, et non d’une stratégie.

Encore le Liban et Israà«l

Tant de chroniques ont été publiée ces derniers jours sur ce sujet brà»lant et douloureux qu’il importe plus que jamais de s’imposer l’indispensable recul pour tenter de démêler dans la masse d’informations qui nous sont livrées,

ce qui est significatif

et ce qui ressort du jugement sommaire et de l’a priori,

de la propagande ou de la réaction viscérale.

On peut cependant déplorer le spectacle lamentable donné par les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU et plus particulièrement par la diplomatie américaine qui s’est ingéniée à  bloquer jour après jour, jusqu’à  la limite o๠le scandale devenait intolérable, la résolution qui avait une chance de mettre au fin, au moins pour un temps, aux combats.

Le cessez-le-feu obtenu est fragile, qui pourrait l’ignorer ! Certains en Israà«l parlent déjà  d’un « second round » contre le Hezbollah.

Il permet cependant de prendre la mesure de l’immense gâchis que constitue cette invasion du Liban en réponse à  une provocation dans laquelle l’état d’ Israà«l est tombé, soutenu ou poussé par la fraction la plus dure – et la plus stupide – de son allié américain.

Aujourd’hui le Liban doit déblayer les ruines et reconstruire ce qui a été détruit, venir en aide aux victimes de ce conflit : c’est un champ d’action idéal pour le Hezbollah qui, comme le Hamas, est passé maître dans l’art d’occuper le terrain de la solidarité.

On a vu, et on voit avec quelle savoir-faire le Hamas a occupé ce terrain laissé libre par l’incurie de l’Autorité palestinienne, et on sait que le Hezbollah s’est déjà  mis à  l’oeuvre pour palier à  la désorganisation de l’Etat libanais (occupé, il faut le rappeler une fois de plus, pendant de si longues années par la Syrie ).

On a dit à  maintes reprises que cette guerre d’un mois se terminait sur une forme de victoire du Hezbollah qui, tout aidé qu’il ait été sur le plan de fourniture d’armes ( et aujourd’hui sans doute de capitaux) par la Syrie et l’ Iran , n’en a pas moins tenu le terrain devant l’armée présentée jusque là  comme la plus puissante et en tous cas la plus moderne du Moyen Orient.

On a quelque idée, avec les informations qui nous parviennent d’ Israà«l , de la profonde remise en cause qui va s’opérer dans les semaines et les mois à  venir.

Face à  une armée qui jouissait d’un très grand prestige, le pouvoir politique constitué de personnages sans grande expérience pour bon nombre d’entre eux n’a pas fait le poids. Il a entériné purement et simplement les options militaires présentées par Tsahal qui ont conduit au résultat que l’on sait : des frappes aériennes visant des objectifs civils (une centrale électrique, par exemple, avec les conséquences écologiques que l’on connaît et qu’il ne faudrait pas négliger).

Est-ce le fait d’une armée trop longtemps « sur la brêche », trop sollicitée pour des missions de police.

Est-ce, aussi, le résultat d’une impréparation dans des domaines multiples, de la logistique à  celui du renseignement militaire, dans lequel Israà«l jouissait d’une réputation solidement établie.

On sait, car c’est une vérité bien commune, qu’il ne faut jamais négliger l’adversaire.

On peut légitimement se demander si, des années passées, à  humilier l’adversaire (qui s’offrait lui-même parfois, dans ses instances dirigeantes, aux critiques les plus radicales), n’ont pas été à  l’origine de cette méconnaissance de la puissance réelle du Hezbollah au Liban sud.

Quoi qu’il en soit des voix s’élèvent en Israà«l pour demander des comptes au pouvoir politique qui avait laissé croie à  une victoire facile et à  une éradication du Hezbollah du Liban sud ou, en tout cas, à  une affaiblissement significatif.

Mais ce n’est pas un des moindres paradoxes de cette situation que de voir une nation qui dans un environnement hostile ose publiquement demander des comptes à  ses dirigeants. Incontestablement des questions dérangeantes seront posées.

On ne peut que former des voeux pour que l’extrême droite ne profite pas de la situation pour se réinstaller au pouvoir avec les conséquences dramatiques qui pourraient en résulter y compris, peut-être, pour l’existence de l’état d’ Israà«l (1)

Il nous faut signaler, dans cette chronique, deux éditoriaux celui de Jean Daniel dans le Nouvel Observateur du 19 au 25 aoà»t et celui de J.F. Kahn dans Marianne de la même date (même s’il est de bon ton dans certaines chapelles de traiter par le mépris tout ce qui est publié par cet hebdomadaire).

Bien entendu devraient venir s’ajouter à  ces deux approches les multiples analyse et tribunes qu’offre le Monde à  ses lecteurs, qui mériteraient à  elles seules de par leur diversité une analyse détaillée.

Mais il vient un temps o๠il faut aussi savoir faire silence et, simplement prêter attention aux messages qui nous viennent de cette terre depuis trop longtemps déchirée.

Le Monde a publié, en effet, dans son numéro des 20-21 aoà»t l’adieu bouleversant d’un père à  son fils tué sur le front libanais le 12 aoà»t, pendant que le Conseil de Sécurité terminait la première phase de la course de lenteur dans laquelle il s’était enlisé au mépris de toute morale. Cet adieu est celui de David Grossman, l’une des figures les plus marquantes de la littérature israélienne à  son fils, le sergent-chef Uri Grossman qui aurait eu 21 ans dans deux semaines.

« … En ces moments, je ne dirai rien de la guerre dans laquelle tu as été tué. Nous, notre famille, nous l’avons déjà  perdue. Israà«l, à  présent, va faire son examen de conscience, et nous nous renfermerons dans notre douleur entourés de nos bons amis, abrités par l’amour immense de tant de gens

Je voudrais tant que nous sachions nous donner les uns aux autres cet amour et cette solidarité à  d’autres moments aussi. Telle est peut-être notre ressource nationale la plus particulière. C’est là  notre grande richesse naturelle. Je voudrais tant que nous puissions nous montrer plus sensibles les uns envers les autres. Que nous puissions nous délivrer de la violence et de l’inimitié qui se sont infiltrées si profondément dans tous les aspects de notre vie. Que nous sachions nous raviser et nous sauver maintenant, juste au dernier moment, car des temps très durs nous attendent

Uri était un garçon très israélien. Son nom même est très israélien et hébreu. Uri était un condensé de l’israélianité telle que j’aimerai l’avoir. Celle qui est désormais presque oubliée. Qui est souvent considérée comme une sorte de curiosité…

C’était un garçon qui avait des valeurs, termes tant galvaudés et tournés en dérision ces dernières années. Car dans notre monde dément, cruel et cynique, il n’est pas « cool » d’avoir des valeurs, ou d’être humaniste, ou sensible à  la détresse d’autrui, même si autrui est on ennemi sur le champ de bataille.

Mais j’ai appris d’Uri que l’on peut et l’on doit être tout cela à  la fois. Que nous devons certes nous défendre. Mais ceci dans les deux sens : défendre nos vies, mais aussi s’obstiner à  protéger notre âme, s’obstiner à  la protéger de la tentation de la force et des pensées simplistes, de la défiguration du cynisme, de la contamination du coeur et du mépris de l’individu qui sont la vraie, grande malédiction de ceux qui vivent dans une zone de tragédie comme la nôtre… »

Il nous faut entendre ces mots prononcés dans ces instants o๠celui qui les prononce ne saurait dévier de la moindre parcelle de vérité.

Ces mots nous touchent parce que nous les percevons comme essentiels parce qu’ils sont vrais. Parce qu’avec leur exigence ils font remonter dans notre mémoire le souvenir de ce plaidoyer d’Abraham en faveur de Sodome et Gomorrhe

« Et s’il n’y a q’un juste… »

Nous n’avons pas le droit d’oublier qu’il y a encore des milliers de « justes » en Israà«l qui s’efforcent envers et contre tout de sauver ce qui peut l’être, de rappeler qu’en face il y a aussi des hommes qui peuvent s’égarer, qui peuvent, c’est vrai, commettre des crimes mais qui n’en restent pas moins des hommes. Et qu’on ne doit jamais humilier car le mépris est le meilleur terreau pour la haine.

Ce sont ces hommes et ces femmes qui témoigne parfois dans des conditions impossibles en faveur d’une autre politique, d’une autre vision, Ce sont eux, qui parfois qualifiés de « traîtres », sauvent l’honneur d’ Israà«l .

(1) Et non pas d’ « Etat juif ». Certains commentateurs que l’on ne saurait soupçonner d’antisémitisme ont utilisé de cette expression pour parler de l’état d’ Israà«l . Il convient d’être extrêmement prudent en ce domaine car cette expression, au demeurant inexacte, risque à  tout instant de nourrir des propos inacceptables. Car « le ventre est encore fécond qui a porté la bête immonde »

Prière d’un couple à  l’occasion d’un remariage civil

Ton Eglise, notre Eglise, nous refuse de bénir notre union.

Les raisons de cette exceptionnelle rigueur, nous les comprenons et nous nous y soumettons car nous reconnaissons la valeur sacrée du mariage.

Mais dans la droiture de nos coeurs et devant nos témoins, nous te présentons justement notre union qui va être scellée devant la société civile comme un engagement plein, aussi grave et aussi joyeux que s’il avait été béni par un prêtre.

Nous voulons demeurer dans ton amour.

Nous te remettons aujourd’hui toutes nos souffrances passées, séparation, solitude, inquiétude. Nous te demandons pardon pour nos moments de révolte ou de doute.

Nous te rendons grâces pour toutes les amitiés et toutes les affections qui nous ont entourés et soutenus ;

Nous te demandons de recevoir et de bénir nos deux vies mises en commun et nos projets, de continuer ta protection sur ceux dont nous avons été séparés, sur nos enfants et beaux enfants, sur nos petits-enfants présents et à  venir, sur nos amis passés, présents et à  venir.

Nous espérons rencontrer tout au long de nos vies des prêtres comme le père Carlo qui selon l’esprit de ton Evangile nous accorderont la nourriture eucharistique qui nous manque aujourd’hui. Sinon, abandonnés nous devrions nous contenter d’une communion de désir et de la méditation des Evangiles.

Nous te prions pour que tous les chrétiens divorcés qui ont choisi sans révolte de se remarier et qui souffrent de se voir rejetés en marge de l’Eglise puissent trouver des chrétiens compréhensifs et fraternels comme ils le sont dans notre paroisse pour obtenir aide et soutien dans et par l’église universelle et en particulier par ses prêtres et ses Evêques.

C’est en particulier pour cette tâche que, dans l’humilité et la sérénité, nous nous engageons à  travailler, à  tout ce qui peut unir les hommes au lieu de les diviser et les porter à  se séparer de ton Eglise.

S’il existe quelque péché dans nos coeurs, dans nos vies, pardonne nous et accepte nos efforts pour être dignes de ton amour.

20° dimanche du Temps ordinaire

La liturgie de ce dimanche ne manque pas d’humour !

D’un côté, la Sagesse nous invite à  quitter notre folie en venant manger son pain et boire son vin.

De l’autre, l’auteur de la lettre aux Ephésiens nous met en garde contre le vin pour que nous ne vivions pas « comme des fous » !

Le Christ, quant à  lui, nous offre sa chair et son sang ! Folie, disent ses contemporains…

De fait, la nourriture de vie éternelle que nous propose le Fils, identifiée par Irénée à  la Sagesse , est à  ce point inimaginable qu’il faut être un peu fou pour accepter l’invitation.

Il s’agit en effet de vivre la même relation que Lui avec le Père : « de même » !

Or, cela suppose à  la fois que Jésus soit d’origine divine (il affirme que : nul n’a vu le Père sinon le Fils. ) et en même temps que son itinéraire le conduise à  la vraie vie par la mort (il utilise la métaphore du don de sa chair et de son sang, c’est-à -dire de tout son être) !

Mais si, en le voyant, nous voyons le Père, cela signifie que la vie divine, la vie éternelle, qui est communion au Père, est une donation .

Quelle oeuvre pour reprendre le vocabulaire johannique ! Ce qui n’est pas hors de propos quand on se souvient que le mot « communion » vient du latin « cum » (avec) et « munus » (travail)…

Saurons-nous « tirer parti du temps présent » pour oeuvrer avec le Père comme le Fils !

Si par notre participation à  l’Eucharistie, nous pouvions un peu ressembler au Christ, il y aurait comme un vent de folie dans le monde : celle de l’amant qui partage le vin de la fête et non celle de l’égoïste qui s’enivre… peut-être pour oublier la misère de l’autre !

« On ne peut pas partager avec tout le monde », entend-on ces jours à  propos des immigrés, comme si nous avions oublié le début de la multiplication des pains (6, 5-11) !

C’est le Christ lui-même qui distribue et il en reste encore pour nous aujourd’hui (v 12-13)… Bonne communion à  chaque instant de votre vie, c’est la seule folie raisonnable car divine :

se donner, c’est l’adoration qui plait à  Dieu et qui est, selon Paul, logique (Rom 12, 1 : logikèn latreian) !

Les prêtres d’un film italien

Sur nos écrans, nous pouvons actuellement voir un excellent thriller italien fort accompli , de Michele Soavi, intitulé « arrivederci amore, ciao », adapté d’une nouvelle de Massimo Carlotto (on notera la performance d’acteur du remarquable Alessio Boni, dans le rôle principal).

Comme souvent, dans les films italiens, et ce n’est pas si rare non plus dans les films français, des personnages de prêtre y apparaissent. En l’occurrence deux, assez jeunes, en col romain et veste noire, Italie oblige.

A la fin, on aperçoit simplement un troisième, en surplis blanc, soutane noire et étole violette lors d’un enterrement.

Même si les deux séquences o๠apparaissent les deux prêtres qui parlent (le troisième restant silencieux) sont relativement brèves, elles donnent une idée de l’image que se font les italiens du clergé.

Le premier, sur un ton assez dur, tente de permettre au héros, Giorgio, de se réinsérer socialement. Homme énergique, bon saint Bernard sans doute, mais à  côté de la plaque finalement, trop rigide, incapable donc de rééduquer véritablement et d’accueillir pour corriger.

Le deuxième semble, derrière ses lunettes et avec son air emprunté, planer encore davantage. Il débite à  des fiancés une pieuse leçon sur leurs devoirs matrimoniaux.

Ces deux aperçus sur des jeunes prêtres italiens, qui ne sont pas caricaturaux, et qui dégagent une vraie respectabilité, nous semblent intéressants en ce sens qu’ils expriment, même dans ce pays o๠les ecclésiastiques ont encore une place plus grande dans la société, un sentiment très diffus :

Celui d’une institution dont le message ne colle plus à  la réalité, ne s’adresse pas aux hommes tels qu’ils sont réellement, devient incapable d’enrayer le mal et plus encore finalement d’apporter quelque chose qui réponde aux désirs et aux attentes. Même en Italie…