Réponse à  un lecteur sur Marie

Un lecteur nous a partagé un commentaire fortement argumenté sur le texte de la semaine dernière, à  propos de Marie, et qui appelle quelques précisions afin de poursuivre le dialogue.

Je n’ai pas abordé le thème de la virginité de Marie dans cette petite méditation, mais le titre du livre de Philippe Lefebvre, qui la guidait en vous invitant à  le lire, et votre réponse m’invitent à  approfondir la réflexion. J’appartiens à  la tradition catholique et il ne me déplaît pas de donner à  Marie le titre de Vierge dans le sens o๠cette titulature est d’abord christologique. En effet, si l’Eglise a « toujours et partout » confessé la virginité de Marie, c’est pour affirmer que Jésus était vrai Dieu et vrai homme. Vous ne remettez, semble-t-il, pas en cause cette donnée de la foi puisque votre apport concerne le « toujours » de la virginité de Marie, qui fait partie de la Tradition, même si cette perspective n’a pas toujours ni partout été adoptée. Mais, quoi qu’il en soit, cette virginité « pendant » et « après » la naissance de Jésus (in partu et post partum) ne revêt pas la même importance dans la mesure o๠elle ne concerne plus l’identité du Christ.

En reprenant votre argumentaire, je remarque que, pour vous, le fait que Marie et Joseph n’aient pas eu d’autres enfants aurait constitué une injustice de la part de Dieu : c’est une affirmation dont je ne perçois pas toute la signification…

Matthieu écrit bien que Joseph n’a pas connu Marie « jusqu’à  ce qu’elle ait enfanté », pour reprendre la traduction de Chouraqui. Rien de moins, rien de plus ! On peut, certes, écrire des évangiles apocryphes qui décrivent la vie de la « Sainte famille » avant ou après, mais notre évangéliste ne s’y intéresse pas et, je l’avoue, moi non plus, dans la mesure o๠les textes canoniques ne nous en disent pas plus ! Ce qui importe, pour les évangiles de l’enfance (Mt et Lc), c’est que Marie soit Vierge au moment de la naissance de Jésus. Mais vous soulignez, à  juste titre, que le grec utilise deux mots pour dire le premier-né, l’aîné et le fils unique. Luc écrit en effet prôtotokon. Cependant, il n’y a pas lieu d’invoquer le Codex Vaticanus (du IVe siècle) puisqu’il n’y a pas de problème majeur de critique textuelle sur ce verset. Quant à  dire que l’évangéliste Luc « connaissait Marie », c’est une affirmation dont je vous laisse encore la responsabilité puisqu’elle n’a pas de fondement scripturaire.

Par contre, il peut être pertinent de discerner pourquoi cet helléniste n’a pas préféré monogénès. N’oublions pas d’abord que Luc, comme Matthieu, cite la traduction grecque des LXX de la prophétie d’Isaïe qui parle de « vierge » (parthénos), et non le texte hébraïque qui évoque une « jeune fille » (alma). Il n’est donc pas inintéressant de se pencher sur l’emploi du terme prôtotokon dans les LXX, dont on sait qu’elle est la source première des écrivains néotestamentaires. J’indique juste quelques éléments pour montrer la perspective qui pouvait être celle de Luc ou, pour le dire autrement, comment je le lis, sachant que rien ne permet de décider, à  partir des Ecritures seules, si Jésus avait ou non des frères. Mais, quoi qu’il en soit, ils n’auraient pas eu le même père ! Jean parle justement du monogénès de Dieu, le Père ! Ce qui fait de Jésus, vous en conviendrez, un cas unique dont les mots ne peuvent complètement rendre raison. Regardons l’Exode : tout premier-né, rappelle la Loi, doit être consacré au Seigneur, mais ce qui m’intéresse surtout, c’est qu’Israà«l soit qualifié aussi de prôtotokon (Ex 4,22, LXX) alors que, pour l’auteur, il est évident que le Peuple de Dieu est le seul ! Quant au Nouveau Testament, ne confesse-t-il pas que le Christ est le prôtotokon des morts ? Premier-né d’une foule de frères (Rom 8, 29), dont nous sommes, je crois ! Devrons-nous, par exemple, dans une lecture fondamentaliste, imaginer que nous sommes tous nés de Joseph et de Marie ou, pire, que les femmes sont exclues de cette fraternité puisque Paul n’évoque pas les soeurs ? Quant à  Luc 8, 19-21 que vous citez, il me semble pointer le caractère extensible du terme adelphos !

Je sais bien qu’il est à  la mode de parler de « supercherie » à  propos de certaines positions de l’Eglise, notamment sur la sexualité ! N’oublions pas cependant la richesse de la tradition catholique – pour ne parler que de ce que je connais un peu ! – dont les auteurs ne peuvent être assimilés « à  ceux qui ne vérifieraient pas ce qu’on leur enseignait », à  commencer par Luc (Cf. 1, 3-4), même si nombre d’auteurs furent enclins à  faire une certaine apologie de la virginité, ce qui n’est plus d’actualité. Ils étaient justement enracinés dans leur époque – incarnation oblige ! – non pour l’absolutiser, mais pour la transformer, et nul ne doute, historiquement, que les auteurs chrétiens contribuèrent à  transfigurer leur espace de vie, et que nous en sommes les héritiers (Cf. par exemple, les études de Marcel Gauchet, pour citer un auteur qui ne peut être soupçonné de participer à  l’idéologie vaticane). De même, je vous affirme, pour reprendre votre post-scriptum, qu’il ne me gène pas de penser que Marie revête les figures d’Isis, déesse-mère (Cf. Stéphane Michaud qui, dans « Muse et Madone » paru au Seuil en 1985, et malheureusement épuisé, en a parlé depuis longtemps !) : le christianisme est en effet incarné, et il est « naturel » (encore faudrait-il un long débat sur ce mot !) qu’il s’enracine dans les archétypes fondamentaux de l’humanité… pour les évangéliser ! Pourriez-vous soutenir, par exemple, que les fruits de ce que Bernadette a dit à  propos de la « Dame » ne sont pas évangéliques ? Pour le vérifier, je vous emmène à  Lourdes avec des malades : nous partons le 13 juin, et il reste quelques places ! Chiche ? Venez comme brancardier, histoire de découvrir que la dévotion mariale aussi est profondément évangélique dans la mesure o๠elle invite à  prendre soin des plus petits, comme Matthieu nous l’intime au chapitre 25 de sa Bonne Nouvelle ! N’est-ce pas le plus important ?

PS : le petit livre de Bernard Sesboà¼é, Marie, ce que dit la foi (Bayard 2004), résume bien l’état de la question d’un point de vue catholique, mais dans une perspective oecuménique, notamment avec l’apport du « Groupes des Dombes »… Si vous ne connaissez pas ce groupe, nous vous le présenterons – si vous le demandez ! De même, serait-il important que vous nous fassiez part des thèmes que vous aimeriez voir aborder dans cette petite rubrique du Sacristain.

COURRIER LECTEUR
MARIE TOUJOURS VIERGE.. C’EST FAUX !
Jésus avait des frères et des soeurs qui n’étaient ni ses cousins, ni ses frères dans la foi, ni les fils d’un précédent mariage de Joseph.
L’église romaine prétend que la mère de Jésus resta vierge : Acte de contrition :  » Je confesse à  Dieu tout-puissant, à  la bienheureuse Marie toujours vierge,..  » Litanies de la Sainte Vierge : « .. Sainte Marie, priez pour nous.. mère toujours vierge,.. reine des vierges,..  » (*)
(*) Catéchisme du diocèse de Lyon, publié par ordre du 15.8.1919 de S.E. le cardinal Maurin (édit. Vitte à  Lyon).
Le dogme étant immuable ce qui était vrai en 1919 doit l’être aujourd’hui.
« .. la vierge Marie.. (cf : les multiples déclarations du pape Jean-Paul II)
Contrairement à  ce qu’affirme l’église romaine, Dieu ne fut pas injuste envers Joseph et Marie, et Jésus eut des frères et des soeurs.
Le mot frère a la particularité de pouvoir s’appliquer à  celui qui a les mêmes parents, comme à  celui qui a la même ascendance ou la même race. Le mot s’étend aussi à  l’allié, au disciple, au coreligionnaire, à  l’ami proche et finalement à  tous si l’on se réfère à  la fraternité de la descendance humaine.
Grâce aux extensions possibles du mot, l’église romaine a pu faire croire (à  ceux qui ne vérifiaient pas ce qu’on leur enseignait) que les frères de Jésus étaient, sinon ses disciples, du moins ses cousins ou bien les fils d’un premier mariage de Joseph.

La vérité est toute autre.
L’ange qui apparut à  Joseph ne lui imposa pas le célibat mais un temps de continence limité à  la naissance de Jésus.
Mt 1:24-25  » Joseph s’étant réveillé fit ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui. Mais il ne la connut point jusqu’à  ce qu’elle ait enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. »
Cette limite : « jusqu’à  ce que » indique clairement qu’après la naissance de Jésus, Joseph devint réellement l’époux de Marie, ce que vérifie la suite de l’Ecriture.
Le grec (langue dans laquelle furent rédigés les évangiles) utilise deux mots distincts pour désigner le premier fils d’une femme :
* « monogénês » pour préciser que le fils est resté unique, * « prôtotokon » pour préciser que le fils est le premier-né c’est-à -dire l’aîné des autres.
Dans l’évangile de Luc qui, connaissait Marie, c’est le mot prôtotokon (aîné des autres) qui est utilisé indiquant ainsi sans ambiguïté que Marie eut d’autres enfants que Jésus.
Lu 2:6-7 « .. le temps ou Marie devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-né (prôtotokon dans le texte grec original du Vaticanus 1209)..  »
La version Chouraqui donne avec précision le sens du mot grec utilisé :
Lu 2:6-7 (vCh)  » Les jours de son enfantement se remplissent. Elle enfante son fils, son aîné..  »
A lui seul ce passage suffit à  démentir l’affirmation, par l’église romaine, de la virginité permanente de Marie. Mais en voici d’autres :
Comme pour « fils unique » et « fils aîné » le grec a deux mots pour distinguer les frères des cousins :
* « adélphoi » pour désigner les frères de mêmes parents, * « anépsios » pour désigner les cousins.
Dans l’évangile de Matthieu, comme dans celui de Marc, c’est le mot adélphoi (frère de mêmes parents) qui est utilisé, confirmant ainsi que ceux qui sont cités nominativement (et donc bien connus) des habitants de Nazareth sont les frères de Jésus et non pas ses cousins.
Mt 13:55-56  » N’est-ce pas le fils du charpentier ? n’est-ce pas Marie qui est sa mère ? Jacques, Joseph, Simon et Jude, ne sont-ils pas ses frères ? (adélphoi dans le texte grec original du Vaticanus 1209) et ses soeurs (il en avait donc plusieurs) ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’o๠lui viennent donc toutes ces choses ?  »
Les mots employés par les gens de Nazareth témoignent que leur surprise venait du fait que Jésus était complètement différent de ses frères et soeurs, qui vivaient au milieu d’eux, et qu’ils ne pouvaient confondre avec ses cousins.
Pour préserver son enseignement, l’église romaine, profitant des extensions possibles du mot frère, tenta de présenter les frères charnels de Jésus comme étant ses frères dans la foi.
Cette supercherie ne résiste pas à  l’examen des textes pour deux raisons : La première c’est que les frères charnels de Jésus ne partageaient pas sa doctrine et le déclaraient publiquement hors de sens (fou).
Jn 7:5  » Car ses frères non plus ne croyaient pas en lui. »
Mc 3:21  » Les parents de Jésus, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il est hors de sens (fou). »
La seconde c’est que l’amalgame entre « frères » charnels et « frères » disciples est démenti par Jésus lui-même lorsqu’il fait la nette différence entre ses frères, qui viennent avec sa mère, et les disciples qui sont avec lui.
lu 8:19-21  » La mère et les frères (adélphoi dans le texte grec original du Vaticanus 1209) de Jésus vinrent le trouver ; mais ils ne purent l’aborder, à  cause de la foule. On lui dit : Ta mère et tes frères sont dehors, et ils désirent te voir. Mais il répondit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. »
Si Jésus sépare distinctement ses frères charnels et ses frères dans la foi qui peut prétendre que ce sont les mêmes ? Faut-il rappeler que certains de ses frères charnels ne se joindront aux disciples qu’après sa mort.
Ac 1:14-15  » Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères (adélphoi) de Jésus. »
Comme les précédents ces passages vérifient que Marie avait d’autres enfants que Jésus, « son aîné », et démentent l’affirmation, par l’église romaine, de sa permanente virginité. Faute de pouvoir créer le doute (sauf pour les aveugles qui tomberont dans la fosse avec ceux qui les conduisent) Rome tenta une ultime diversion en laissant croire que les frères de Jésus (car on ne parle jamais des soeurs) étaient les fils d’un premier mariage de Joseph. Cette hypothèse (sans appui scripturaire) s’écroule d’elle-même à  l’analyse des textes puisque Joseph n’aurait pu, dans ce cas, aller au temple avec Marie pour offrir le sacrifice de substitution des premiers-nés, ce qu’il fit pour Jésus.
Lu 2:22-24 « .. Joseph et Marie le portèrent à  Jérusalem, pour le présenter au Seigneur,.. et pour offrir en sacrifice, deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur. »
La vérité s’établit donc. Mais, comme pour le suaire, les polémiques continueront jusqu’à  la fin, jusqu’à  la destruction du mensonge et des menteurs.

edlyinev

Ps. Sur la fiche « OVNIS : Les lumières du maître de la terre « nous précisons que l’entité vue par Bernadette Soubirous à  Lourdes était vêtue comme la déesse égyptienne Isis d’un manteau bleu constellé d’étoiles et qu’à  la fin de sa vie, dans ses dernières lettres, elle doutait d’avoir réellement vue la mère du Christ.

Blog notes

Dans son premier numéro du mois de mai, la Vie – comme toutes les semaines – donne la parole à  Philippe Meirieu qui ce jour-là  ose intituler son billet  » Homosexualité « .

Certains se gausseront en rappelant que le sujet est bien dans l’air du temps et qu’après tout, en traiter, relèverait plutôt d’un certain conformisme. Renvoyons les simplement à  ces quelques lignes qui, dans leur brièveté, sont à  la fois un appel à  trier dans nos comportements et nos jugements de valeurs – ou plutôt de « non-valeur », le bon grain (s’il en reste) de l’ivraie (toujours présente).

Mais que dit-il au fait ? Que si nous faisons assez facilement profession de tolérance, nous réagissons autrement dès lors que nous sommes confrontés au problème :  » Il y a loin de l’affirmation consensuelle de principes généraux à  l’acceptation d’une réalité dès lors qu’elle nous touche de près.  »

Jusque là  rien que de très simple, de très sain aussi, mais qui ne nous fait pas encore dire qu’il est bien regrettable que ses propos n’aient pas été généralement ceux que contenaient l’enseignement de notre sainte mère l’Eglise.

Qu’il nous permette de le citer, même un peu longuement. Le propos en vaut la peine !

 » Pourquoi se focaliser sur l’homosexualité quand de nombreux couples hétérosexuels ne s’astreignent pas à  la fidélité et à  la rigueur que l’on trouve chez des couples homosexuels ? Ne doit-on pas placer les valeurs de sincérité, de loyauté, de solidarité, d’ouverture à  l’autre, etc., avant la conformité aux normes dominantes ? L’important n’est-il pas d’affirmer que la sexualité humaine, quelque forme qu’elle prenne, est affaire d’engagement de toute la personne et de respect d’autrui ?… Homosexuel ou pas, un couple n’est vraiment humain que s’il n’est pas simplement l’association provisoire de deux jouissances, mais l’engagement de deux personnes dans une relation de fidélité qui les transcende… contre l’utilisation de l’autre comme simple objet de satisfaction.  »

Voilà  un discours que nous aurions souhaiter trouver plus souvent dans les propos des professeurs de morale comme dans les envolées irresponsables qui vont se multiplier à  l’approche des échéances électorales. Considérer l’autre comme une personne et non comme un objet ! C’est simple comme l’oeuf de Christophe Collomb mais si rarement enseigné !

Et pourtant si l’on veut bien aller au fond des choses n’est ce pas déjà  l’enseignement de l’évêque d’Hipone  » Ama et fac quod vis.  »

Ce n’est pas de la permissivité mais au contraire d’une très haute exigence…

L’AFFAIRE MACIEL

Le Monde, comme La Vie dans sa dernière parution, se fait l’écho des sanctions romaines qui viennent de frapper le prêtre mexicain Marcial Maciel dont les lecteurs de Golias ont découvert un portrait édifiant dans la revue. En clair de quoi s’agit-il : on lui reproches divers abus sexuels commis pendant 20 ans sur de jeunes séminaristes.

En eux-mêmes les faits seraient, presque, banals, tant nous avons été abreuvés ces dernières années de révélations dans ce domaine. Ce qui est plus grave c’est que ce personnage, bien en cour à  Rome et bénéficiant d’évidentes protections avait réussi jusqu’à  une date récente à  échapper à  toute sanction. Rançon d’un certain succès dans le développement de son fonds de commerce : une congrégation reconnue au Vatican qui peut aligner aujourd’hui « 500 prêtres, 2.500 séminaristes, et 45.000 laïcs « (ces derniers embrigadés sous la bannières de « Regnum Christi« , la branche laïque des Légionnaires du Christ).

Ce n’est pas être cruel de rappeler que, par deux fois, cet homme a échappé à  un « procès canonique« . En d’autres termes Rome n’a pas voulu savoir, jusqu’en 2001, ce qui se passait dans ce type d’organisation protégée jusqu’au plus haut niveau de la hiérarchie.

Ce n’est pas être cruel que de rappeler les soutiens dont avait bénéficié la Légion présentée comme l’un des exemples à  suivre dans la perspective de la nouvelle évangélisation. Golias a depuis longtemps « soulevé le lièvre » non sans se faire accuser, comme d’habitude, de voir le mal o๠il n’est pas.

Juste retour des choses: c’est le dossier instruit pas la Congrégation pour la doctrine de la Foi, dirigée alors par le cardinal Ratzinger, qui vient d’aboutir à  la sanction prise par le pape Benoît XVI. Dont acte .

« la responsabilité politique a disparu »

Trois article dans le Monde du 20 mai nous rappellent que si nous avons l’impression de traverser une période de crise celle-ci est tout autant politique que morale.

Pour introduire à  la publication d’une interview de Robert Badinter, le Monde titre « la responsabilité politique a disparu » et à  la question  » Le fonctionnement du pouvoir a-t-il sa part dans cette crise d confiance ? » R. Badinter répond avec beaucoup de mesure  » Absolument ! La responsabilité politique a disparu dans la république telle qu’elle fonctionne. Hors cohabitation, le président de la République dispose de pouvoirs sans équivalent dans aucune démocratie et sans responsabilité… Le parlement a abdiqué sa fonction de contrôle et, le cas échéant, de révocation du gouvernement… Les députés ne doivent pas demeurer des machines à  enregistrer les volontés de l’Elysée. Il faut multiplier les commissions d’enquête…Et nous avons besoin d’une présidence modeste en lieu et place de l’actuelle présidence impériale.  »

Qu’en termes précis ces choses là  sont dites ! Et venant d’un homme dont la rigueur et la stature morale sont incontestables elles devraient faire réfléchir les courtisans qui nous gouvernent. Nous ne sommes pas loin d’une vie de cour… décadente, o๠les valeurs morales élémentaires sont bafouées, o๠l’intérêt des clans au pouvoir sont seuls pris en compte.

Une cour, direz-vous, mais c’est démodé. Pas si sà»r : R. Badinter conclu ses propos par cette constatation  » Dans un système o๠la responsabilité du gouvernement n’est jamais mise en cause par le Parlement, seule compte en définitive, pour les ministres, la confiance du président.  »

N’est-ce pas édifiant et en même temps révélateur.

L’ AFFAIRE CLEARSTREAM : entre désintérêt et irritation

Comment s’étonner après cela du titre qui figure en neuvième page œClearstream : les Français entre désintérêt et irritation » et l’explication que donne un institut d’opinion de ce désintérêt est somme toute frappée au coin du bon sens :  » Pas de dimension tragique contrairement aux affaires du Rainbow-Warrior ou du sang contaminé, nul « objet pittoresque immédiatement mémorisable » comme la paire de chaussures de Roland Dumas, aucun « indice d’enrichissement personnel d’un des protagonistes.  »

Cela peut paraître anodin, il n’en est rien.

Le dégoà»t est proche devant l’inanité de ces jeux de pouvoir o๠pour abattre l’adversaire supposé tous les coups sont permis. Paris transformé en véritable cour florentine !

LA LOI SUR LE GENOCIDE ARMENIEN : l’obstruction de Jean Louis Debré

Et pendant ce temps – c’est le troisième titre, le Parlement sous la direction de Jean-Louis Debré, décidément la parfaite voix de son maître, enterre pour quelques mois, le débat sur la proposition de loi contre la négation du génocide arménien.

C’est vrai, nous revenons encore sur ce sujet. Mais c’est parce que, pour nous, au-delà  des observations quelque peu catégorielles de certains historiens, il est un vrai problème moral.

Nous sommes les héritiers d’une très longue histoire avec ses ombres et ses lumières et nous ne pouvons faire fi de notre passé.. Nous ne pouvons ignorer que les puissances occidentales, au lendemain d’une effroyable tuerie il est vrai, mais ce n’est en aucune manière une excuse, bien au contraire, ont pudiquement détourné les yeux de ce qui était le premier génocide du siècle.

Il ne faut pas avoir peur des mots et rappeler sans aucune mauvaise conscience ce que fut en réalité cet anéantissement de tout un peuple poussé jusqu’à  l’extrême avec la destruction poursuivie systématiquement jusqu’à  ce jour de toutes les traces de sa culture.

Alors, quand le président de l’Assemblée Nationale fait de l’obstruction pour que l’on ne débatte pas d’un texte, quand il lève « précipitamment » la séance pour mettre fin à  ce qui risquerait de déplaire à  l’Elysée, quand il se fait prendre à  partie par l’un de ses amis (P. Devedjian) « Tu m’as empêché de parler, je m’en souviendrai…« , on a honte… pour la France .

La « Ratzinger touch »

La grande lessive continue. Joseph Ratzinger souhaite le départ de certains de dicastère de la Curie qu’il n’apprécie pas. Pour des raisons variées d’ailleurs. Il les éconduit un à  un.

Les réformesd décisives se font souvent goutte à  goutte, petite touche par petite touche. C’est la « Raatzinger touch ». Après le transfert au Caire de Mgr Fitzgerald et le départ précipité à  la retraite du Cardinal Hamao, cette fois-ci c’est un cardinal de curie de tout premier plan et de toute première influence qui est concerné.? Crescenzio Sepe, 63 ans, jusqu’à  présent Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples quitte son poste pour remplacer le cardinal Michele Giordano comme archevêque de Naples. Il est vrai que le porporato est originaire de la Campanie (région de Naples). Plus précisément de la région d’Aversa.

L’éminent prélat a toujours déplu à  Joseph Ratzinger, comme d’ailleurs à  un grand nombre de prélats de la Curie. Ambitieux et intrigant selon les uns, superficiel et mégalo selon d’autres, et parfois les mêmes, Mgr Sepe ne compte pas que des amis derrière les murs épais des Palais Apostoliques. Ce diplomate de formation devait sa carrière a la très grande confiance personnelle que lui accordait Karol Wojtyla (et Stanislas Dziwisz). Ce n’est plus du tout le cas de Benoît XVI.

Le Pape a choisi le cardinal indien Ivan Dias,70 ans, archevêque de Bombay un homme qu’il estime personnellement et dont il est proche, conservateur spirituel étranger aux factions de la Curie. Cette nouvelle mission confiée à  ce cardinal asiatique très en vue est un signe de plus de l’importance que revêt pour Benoît XVI le continent de l’espérance sinon de toute inquiétude.

Les postulats décevants du Père Sesboué

L’hebdomadaire « la Vie » consacre un dossier de son numéro du 11 mai au « Da Vinci Code ». Le dossier inclut un entretien avec le Père Bernard Sesboué, un jésuite connu, théologien et engagé dans le dialogue oecuménique (en particulier au sein du groupe des Dombes).

Les réponses du bon Père, souvent fines, érudites, argumentées – on n’en attendait pas moins de lui – se révèlent pourtant assez décevantes. Le Père Sesboué attire notre attention sur certains points, et nous lui en savons gré, mais devient un apologète trop certain de lui-même lorsqu’il avance très péremptoirement :  » le Christ a eu des rapports sexués mais pas sexuels.  »

Qu’en, sait-il?

Nous n’avons pas  » tenu la chandelle  » et nous nous garderions comme la peste de prendre à  notre compte des hypothèses diverses et croustillantes, faute d’un réel fondement.

Le Père Sesboué a raison d’écrire contre Dan Brown et consorts :  » dire que Jésus était l’amant de Marie Madeleine est une pure projection, typique de l’obsession moderne face à  la sexualité.  » Pourtant, si rien ne nous autorise à  affirmer que Jésus aurait vécu en couple, se serait marié, aurait été homosexuel (encore que le célibat, chose exceptionnelle à  l’époque permet au moins de ne pas exclure semblable hypothèse), se serait masturbé? rien ne permet de l’exclure sinon une crainte désuète du sexe qui culpabilise ce qui ne doit pas l’être. Nous savons d’ailleurs la fragilité de l’argument  » a silentio.  »

Quand le Père Sesboué avance :  » la relation de Jésus à  son Père est tellement forte qu’elle ne pouvait laisser place à  une relation conjugale.  » Sur ce point, nous sommes en désaccord total. C’est faire injure à  tous les saints qui furent mariés et vécurent en famille. Un psychanalyste d’ailleurs discernerait là  bien des choses suspectes. Une dépendance à  un parent, de type homosexuel passif, qui empêche finalement le désir propre d’être libre. Une sorte de fusion matricielle transposée sur le père, idéalisé, qui fait office de mère.

Les fantaisies lucratives du «  Da Vinci Code  » doivent être critiquées. La façon très déplaisante avec laquelle Dan Brown suggère que le roman dirait peut-être bel et bien la vérité frise la malhonnêteté intellectuelle.


Pour autant, nous sommes loin des certitudes du Père Sesboué.

Le doute : une pièce remarquable de Polanski

Il faut voir cette pièce. Elle dépasse en qualité bien des cours de théologie et tous les articles d’opinion. La véritable querelle secrète qui déchire l’Eglise, comme l’humanité, est celle o๠s’affrontent le dogmatisme blindé et le doute.

Topaze l’avait dit à  son élève : « je vous condamne à  l’incertitude ». Je répondrai volontiers : tant mieux !

D’aucuns ne l’entendent pas de cette oreille et tentent d’échapper à  l’incertitude, au broyage du doute. La dureté de leur intransigeance ‘confite’ tient à  la vulnérabilité secrète qu’il s’agit de combattre et d’exorciser.

Le brave vieux Gabin reconnaissait, sagesse de l’homme avancé en âge : « je ne sais pas« .

Nos éminents prélats romains seraient bien inspirés d’en tirer une conclusion pour leur propre gouverne. Que savons nous par excellence de spiritualités lointaines
?

Quelle prétention de vouloir ainsi mesurer la pensée des autres à  l’aune même de nos propres options!

Quant à  la complexité anthropologique de certains sujets, inutile même d’en parler ici. Les jugements tranchants et implacables pour tout ce qui concerne la sexualité heurtent surtout par cette incroyable prétention de tout savoir et de pouvoir tout expliquer.

La mise en scène de Polanski est véritablement superbe. La pîèce de John Patrick Shanley est exceptionnelle.

Elle met en relief un enjeu décisif : L’alternative insurmontable entre la certitude et le doute.

L’intrerprétation est à  remarquer : en particulier les deux personnages principaux, un prêtre, le Père Flynn, interprété par Thierry Frémont, et une religieuse murée dans ses certitudes, incarnée par Dominique Labourier.

Un soupçon est porté sur la conduite du prêtre. Pour la religieuse, incapable de ne pas parvenir à  une conclusion certaine, pour laquelle la suspension du jugement recommandée par les sceptiques grecs constituent certainement une impossibilité spirituelle, le soupçon devient certitude. Elle s’y engage même au prix d’être damnée.

Le Père Flynn se présente comme un jeune ecclésiastique progressiste et chaleureux. Il souffre d’une fêlure secrète, dont on ne nous révèlera jamais la nature. Le doute demeure. Comme le dit son interprète de la pièce :  » elle nous invite à  prendre le temps de la réflexion, à  refuser les vérités toutes faites. C’est un théâtre de questionnement et non d’affirmation. Et c’est là  toute sa noblesse. »

Puissions-nous un peu davantage lâcher prise et remettre en cause nos positions trop dogmatiques et trop arrogantes. Pour conclure plus souvent que d’ordinaire sur ces simples mots : « peut-être… « 

Pervers ? vous avez dit pervers ?

A deux ou trois jours d’intervalle, la presse place sur le devant de la scène médiatique deux affaires d’abus sexuels : la première, qui échappe désormais à  la justice pénale, implique le Père Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ; la seconde, au contraire, est exposée au fil d’un procès d’assise et concerne un prêtre français, Pierre Dufour (vicaire épiscopal), anciennement l’un des proches collaborateurs de l’archevêque de Chambéry.

Dans les deux cas émerge une figure : celle du pervers, qui a trompé, séduit et vécu grâce à  une stratégie fort habile de déni. Dans les deux cas, les autorités n’ont pas voulu croire la vérité et n’ont guère été promptes à  faire sortir le diable du bois. Dans les deux cas, quand bien même il s’agit de styles ecclésiaux différents, le système clérical a provoqué de réels ravages. Il a en quelque sorte émoussé le sens de la conscience et enraciné un « habitus » de mensonge à  soi-même, peut-être au coeur de la névrose du prêtre, selon Nietzsche, qui prend parfois des formes plus bénignes ou surtout auto-destructrices mais qui dans le cas d’espèce va jusqu’au bout de l’horreur. Golias n’entend pas prendre pour cibles des hommes fragiles malgré tout. Nous dénonçons plutôt l’intériorisation de l’hypocrisie en mensonge à  soi qui entraîne de graves dommages collatéraux.

L’ambiguïté parfois volcanique de la sexualité humaine est le plus souvent « en Eglise » pudiquement recouverte par de pieuses considérations, des postulats irréalistes et abstraits. Il y a sans doute lieu de contester le « sexe-roi » nouveau dogme politiquement correct comme le fit en son temps Michel Foucault. Nous ne sommes pas certain que la meilleure façon de le faire soit le déni, ou l’idéalisation. La maîtrise réelle et harmonieuse des pulsions est pour tout homme un chemin difficile, qu’il ne faut pas confondre avec un refoulement, ou des périodes de latence qui peuvent être très longues. A l’évidence, les coupables d’abus sexuels ont mal vécu ce chemin. Il semble évident que leurs exactions répétées traduisent en définitive une déstructuration profonde du désir qui ne s’épanouit pas dans le partage réciproque mais sous le mode de la séduction trompeuse, de la violence. Une violence d’autant plus grande que l’intéressé au départ aura nié sa pulsion, empêchant ainsi qu’elle ne s’écoule en tendresse réciproque et en art de vivre.

La question doit être posée : au-delà  des pathologies individuelles, n’y aurait-il pas une structuration socio-psychologique nuisible pour les personnes, même si la plupart du temps les fruits extérieurs sont moins horrifiants ? L’inauthenticité est renforcée et peut-être suscitée par l’hypocrisie d’un système qui refuse le réel, à  la fois pour asseoir le pouvoir des uns et pour ne pas troubler la fuite des autres (parfois les mêmes) dans l’imaginaire. Or, les pathologies sexuelles sont intrinsèquement liées aux troubles de la relation. Et pour cause : la sexualité est avant tout d’ordre relationnel. Une loi théologiquement infondée, humainement perverse comme celle de l’obligation du célibat pour les clercs ne permet pas le face à  face de la relation, de la découverte, de la jouissance réciproque et épanouissante, car transfigurée par la tendresse et le respect, par la chasteté (qui veut dire ne pas s’emparer de l’autre, ne pas le traiter comme un objet) laquelle ne doit pas être confondue avec le malaise sous-jacent de nos clercs à  l’égard de la sexualité. Cela vaut aussi pour une affectivité bisexuelle ou homosexuelle assumée et responsable (l’Eglise permet-elle à  ses clercs gays de la vivre et d’abord d’être honnêtes vis-à -vis d’eux-mêmes?).

L’aveuglement suspect de la hiérarchie face à  de graves dérives (par exemple les exactions du sinistre Maciel), son refus de mettre en cause des procédures sectaires et destructeurs pour la liberté, la caution ainsi apportée également au naufrage psychologique de gens fragiles (les pédophiles sont sans doute d’abord victimes d’eux-mêmes) constituent des scandales intolérables. Joseph Ratzinger chassera les brebis galeuses. Mais, il serait inspiré de se demander si le mal n’a pas été entretenu dans la bergerie elle-même. Il l’avait promis (cf. son dicours du Vendredi saint 2005, véritable programme de son futur pontificat !).

Une opération-vérité semble salutaire. Il faut une fois pour toute en finir avec la loi du silence. Bien entendu, il ne s’agit pas de dénoncer ceux qui ont une compagne ou un compagnon cachés, faute de vouloir ou de pouvoir vivre dans la transparence leur quête légitime. Même si le passage permanent d’une vitesse à  une autre, qui caractérise les vies doubles, pose également des problèmes spécifiques; au minimum une usure. En revanche, trois axes d’action et de combat contre l’hypocrisie qui tue, et parfois hors les murs, pourraient être suivis :

* mettre en cause tous ceux qui assomment les autres par des interdits quant à  savoir jusqu’o๠ils sont sincères et les vivent eux-mêmes;

* inviter tous les prêtres ou autres en décalage par rapport à  la dictature ecclésiale sur les corps et les affects à  se dévoiler et ainsi à  faire bouger les choses; si vingt prêtres d’un diocèse reconnaissent en une même démarche qu’ils vivent maritalement ou ont des relations sexuelles, on ne pourra pas jeter un manteau de Noé ni se contenter de les exiler;

* faire pression en justice avec le plus de détermination possible sur les évêques qui couvrent ou ont couvert des affaires d’abus, alors qu’ils se drapent dans la morale « orthodoxe ».

L’abcès trop fermé d’une gestion malsaine du corps et des désirs dans le système ecclésiastique n’occulte certes pas totalement la responsabilité subjective. Ce serait de la pure calomnie de prétendre que les hommes d’Eglise dans leur ensemble sont des pervers au sens o๠on l’entend habituellement. Les cas si tristes mis en exergue par les médias concernent un petit nombre d’individus.

En revanche, l’arbre pédophile cache une forêt. La bonne nouvelle de l’Evangile n’est pas annoncée lorsque des stratégies conscientes ou inconscientes qui brident l’homme causent des ravages, même secrets et apparemment mineurs s’ils ne touchent que l’intéressé. Il est temps de mettre en accusation le vrai coupable : le système ecclésial hypocrite et parfois séducteur. Comme si le choix pour tant d’hommes et de femmes corsetés par un système dont ils sont dépendants n’avaient qu’une alternative : le cynisme (avec au pire des comportements très pervers) ou la destruction d’eux-mêmes, de leur affectivité et de leur désir. Il y a un combat à  mener, pour l’homme et la femme. Golias continuera à  s’y employer.

Les limites d’une sanction et d’un article de « La Croix »

La Croix toujours prompt à  interpréter les décisions romaines dans un sens irénique, cette fois sous la plume de Jean Marie Guénois (« une décision sans précédent »), n’a sans doute pas tort de remarquer la détermination présente de Joseph Ratzinger à  faire le ménage et à  ne plus admettre que soient recouvertes d’un pudique manteau de Noé des affaires scandaleuses.

Mais l’auteur de l’article aurait pu dire au pasage toute la vérité sur le dossier Maciel(1).

Le Père Maciel, en effet, est coupable non seulement d’abus sexuels mais d’avoir donné l’absolution à  son « complice » (en fait sa victime) ce qui, en droit canonique, constitue une circonstance fortement aggravante et imprescriptible. La peine encourue est l’excommunication « latae sententiae ». Or, Maciel semble avoir été ménagé. En raison de son âge (86 ans) mais également de la volonté de ne pas trop humilier la jeune et très docile Congrégation religieuse qu’il a fondée, tout de même ébranlée par les révélations concernant son fondateur.

On ne peut oublier non plus que cette Congrégation est appuyée par de nombreux prélats de Curie, en particulier les cardinaux Dario Castrillon Hoyos, Angelo Sodano (Secrétaire d’Etat N°2 du Vatican) et Franc Rodé (le préfet de la Congrégation des religieux).
La Croix aurait été bien inspirée d’analyser l’affaire dans son inégralité.

Note 1 : Ce qui n’est pas vrai puisque le 27 mai 2005, avec le feu vert du tout nouveau pape Benoït XVI, la Congrégation pour la doctrine de la foi de Mgr Levada, successeur de Joseph Ratzinger à  ce poste, a publié un décret sanctionnant sévèrement le Père Gino Burresi, fondateur de la Congrégation, des Serviteurs Coeur Immaculée de Marie, pour des raisons proches de celles qui ont mis à  l’écart le fondateur des Légionnaires du Christ. Nous y reviendrons prochainement sur ce cas dans les colonnes de Golias. Le Père Maciel semblant jouir auparavant d’une impunité en béton armé, Benoît XVI et le Cardinal William Levada ont donc décidé à  trancher dans le vif pour « nettoyer les écuries d’Augias ».

Benoît XVI en Pologne

Le Pape Benoît XVI n’est pas un inconditionnel de son prédécessseur. A bien des égards, il s’en détache. Son voyage en Pologne tient autant du travail de deuil pour l’Eglise que de l’hommage à  ce peuple catholique. En fait, l’Eglise polonaise semble de plus en plus divisée et fissurée de l’intérieur, malgré la référence constante au Pape Wojtyla. Du vivant de ce dernier, les tensions n’apparaissaient pas au grand jour; désormais, au contraire, l’outrance débridée des intégristes nationalistes de Radio Maryja, une radio dirigée par un rédemptoriste très connu, le Père Rydzyk, curé à  Torun et l’un des hommes les plus influents de Pologne, se donne libre cours. Sans compter sur l’arrivée de l’extrême droite catholique dans le gouvernement polonais (voir plus loin).

Ce courant nationaliste et intégriste est proche des jumeaux Kaczynski. En même temps, la jeunesse polonaise vomit de plus en plus cette volonté d’une Eglise réactionnaire, obscurantiste et homophobe de gagner du terrain. On ose espérer que les victoires actuelles de la tendance dure sont les dernières. (pour aller plus loin sur cette question, lire le prochain numéro de Golias n°108, à  paraître fin mai).

Beaucoup d’évêques polonais sont eux-mêmes très mal à  l’aise par rapport à  cet engagement droitier, anti-européen et proprement théocratique de Radio Maryja. Parmli eux, le Cardinal Jozef Glem, archevêque de Varsovie et Primat de Pologne. Avant Noà«l, ce dernier a dénoncé la station de Radio pour la violence de son ton ; d’autant plus, ce qui n’est pas du goà»t du cléricalisme foncier de Son Eminence, que Radio Maryja échappe au contrôle de la hiérarchie. Sur le fond, le jugement sévère de Mgr Glemp est pourtant intéressant : « en perpétuant une dévotion datant d’avant la seconde guerre Mondiale et en faisant une sélection dans l’enseignement moderne de l’Eglise, elle provoque des divisions parmi les fidèles, le clergé et les évêques ». D’autres évêques plus ouverts, comme Mgr Pieronek (Recteur de l’Académie de Théologie de Krakow) ou l’archevêque de Lublin, Mgr Zycinsky, insistent depuis des années pour que la hiérarchie vaticane prenne ses distances à  l’égard des ultras de Radio Maria. Néanmoins, les évêques polonais ont élu à  leur tête un Président plus complaisant sur sa droite : l’archevêque Jozef Michalik. Au contraire, le Nonce à  Varsovie, Mgr Jozef Kowalczyk, un diplomate de tempérament, souhaiterait une ligne plus modérée et moins arrogante.

Aussi le 10 janvier dernier, la Nonciature Apostolique à  Varsovie a-t-elle éprouvé le besoin d’une ferme mise au point :  » les activités institutionnelles du clergé qui engagent de quelque façon que ce soit l’autorité de l’Eglise, menées personnellement ou par l’entremise d’autres personnes ou institutions, requièrent un accord écrit de l’évêque, ou celui de la Conférence épiscopale quand il s’agit d’institutions à  l’échelle nationale ».

Rome et Benoît XVI en particulier souhaitent que Radio Maryja adopte une attitude plus prudente; cesse aussi d’aligner des propos jugés souvent proches de l’antisémitisme (doux euphémisme); ce qui, d’ailleurs, blessait aussi Karol Wojtyla. Il n’est pas certain que Radio Maryja ne passera pas outre à  ces avertissements. En effet, la station dispose du nerf de la guerre : des revenus considérables. Leur provenance d’ailleurs pourrait peut-être faire couler beaucoup d’encre. A suivre…

Le retour des petits séminaires

Dans un passé qui n’est pas si lointain, l’encadrement sacerdotal était choisi très jeune et conditionné dès la prime adolescence pour entrer dans un moule dont il n’était pas question de sortir. Le conditionnement très fort du clergé (même en partie émancipé) tient certainement à  un tel système, qui éloignait les jeunes de la vie réelle. L’immaturité affective qui pouvait en découler pourrait ne pas être totalement étrangère aux problèmes psychologiques du clergé, y compris la pédophilie.

Selon le titre d’un ouvrage en son temps éclairant, d’un jésuite qui a rejoint hélas depuis les rives d’un quasi-intégrisme, André Manaranche, la génération du Concile a voulu former des « prêtres à  la manière des Apôtres ». Le souci dominant était de rejoindre les hommes. La spiritualité cultivée était une spiritualité de l’incarnation. Il semblait donc plus opportun de permettre aux candidats de mieux connaître le monde, de faire des expériences de travail ou d’étude, de partager l’existence concrète d’un mlilieu. En outre, l’approfondissement, notamment par les sulpiciens Jay puis Bouchaud, du discernement indispensable pour éviter toute erreur d’aiguillage forcément douloureuse et souvent chargée de conséquences pour tous, en tenant davantage compte des lumières de la psychologie (pour que le futur prêtre fasse un vrai choix et que le choix ne se fasse pas en lui sans le plein engagement désirable) rendait problématique cette mise en conserve prématurée des petits séminaires. Mgr Jean Guyot (futur cardinal) contribua beaucoup en 1967 à  une réforme de la formation, pour un engagement plus sincère, plus libre, plus éclairé, et pour un ministère futur plus en prise avec l’existence concrète des persoinnes. Les petits séminaires fermèrent leur porte ou se transformèrent en collèges épiscopaux sans la pression exercée jadis sur l’orientation future.

Un évêque français, jeune de surcroît (il est le plus jeune titulaire d’un siège), Mgr Raymond Centène de Vannes vient de faire un énorme pas en arrière. Né en 1958, ce catalan taciturne mais décidé entend bien à  présent commencer à  mettre, après un an d’attente et de découverte, son plan de restauration dans un style très tridentin. Proche de l’Abbaye du Barroux, Mgr Centène cultive une vision de l’Eglise bien éloignée des années soixante conciliaires. Il décide donc d’ouvrir un « foyer » pour des jeunes mineurs se destinant à  la prêtrise. Façon comme une autre de recréer les petits séminaires. Comme Benoît XVI, Mgr Centène semble procéder surtout par petites touches, sans crier gare. Cela finira par faire très mal.

25 Mai – Ascension du Seigneur

Le saint curé d’Ars, en arrivant dans son village, voulait montrer à  un enfant le chemin du ciel. Dans les Actes, deux hommes en vêtements blancs demandent aux disciples pourquoi ils restent là , à  regarder le ciel ! C’est sur terre, semble-t-il, que tout se passe ! De fait, l’Ascension se vit dans le mystère pascal, comme l’indique l’Evangile du jour qui relate l’envoi en mission des Onze.

Le Christ ressuscité nous quitte mais pour une autre présence, et laisse aux apôtres la mission de continuer ce qu’il avait fait avec eux : chasser les esprits mauvais, parler un langage nouveau qui surprend. N’est-ce pas ce que Jésus avait fait ? N’a-t-il pas permis aux malades de se trouver mieux (il n’est pas parlé ici de guérison !). Entre les deux, les serpents et le poison évoquent les temps nouveaux qui sont advenus, c’est-à -dire ce qu’avaient annoncé les prophètes. L’Ascension nous oriente donc vers l’avenir, avec la mission de regarder le présent, sans nous inquiéter des temps et des moments de la libération définitive ! Dieu semble se retirer, comme lors de la création, mais c’est pour nous laisser la responsabilité de ce monde nouveau… Oui mais nous n’accomplissons pas les mêmes signes que Jésus ! Est-ce à  dire que nous ne Lui ressemblons pas ? La question reste ouverte ! Essayons au moins de ressembler à  ce « Théophile », l’ami de Dieu ! Et les autres, ceux « qui ne croient pas » seront-ils « condamnés » ? Dieu ne peut obliger personne à  lui faire confiance ! Nous pouvons toujours nous interroger : donnons-nous envie de croire ? Décidément, cette fête nous renvoie à  notre responsabilité ! Le Christ, loin d’être absent, nous accompagne dans notre nouvelle mission !

28 Mai – 7ème dimanche de Pâques
Ac 1, 15…26 – 1 Jn 4, 11-16 – Jn 17, 11b-19

Comment demeurer dans la fidélité au Nom du Père ? Comment vivre l’amour fraternel qui incarne l’unité ? Ou pour résumer les deux questions : comment être dans le monde sans être du monde ? Cette vocation est si difficile que Jésus lui-même prie le Père Saint pour que nous soyons « sanctifiés (vocabulaire plus juste que celui de la consécration) par la vérité ». Comme le Père l’a envoyé, il nous envoie ! Comme il a été l’image visible du Père pour les disciples, ainsi nous invite-t-il encore aujourd’hui à  faire grandir en nous l’amour jusqu’à  la perfection.
Parler ainsi, ce n’est pas réduire notre foi à  un moralisme fraternel, mais percevoir que l’amour rend Dieu visible ! Christ cependant n’est plus là  comme avant pour veiller à  cette « fidélité » ! Les disciples, quant à  eux, sont encore dans le monde pour vivre selon la vérité de la parole. Pas question donc de s’enfuir dans je ne sais quel îlot préservé ; cette fidélité n’a rien de répétitif. Chaque génération doit inventer en fonction des besoins, des questions, et des moyens, la manière de vivre l’unité de la communauté qui est le sacrement de l’unité entre le Père et le Fils. Pierre va commencer, avant même la Pentecôte, à  réinterpréter les Ecritures pour remplacer Judas en inventant les critères et méthodes afin de compléter le collège des Douze. Jésus n’avait pas donné d’instructions mais les disciples ont perçu la nécessité de ce geste pour accomplir leur mission de s’aimer les uns les autres comme le Fils, et d’être ainsi fidèles au Nom qu’il leur avait révélé. Et nous, à  quoi Dieu nous appelle-t-il aujourd’hui ? A quelle fidélité créatrice et aimante ?