Vade Retro renégats !

En ce temps pascal, une parole de Benoît XVI nous pose question. Il affirme, dans sa catéchèse du mercredi 5 avril dernier : « Celui qui croit à  l’Eglise de l’amour et veut vivre dans cette Eglise a donc le devoir précis de reconnaître également ce danger [de la division] et d’accepter que la communion avec celui qui s’est éloigné de la doctrine du salut n’est pas possible (cf. 2 Jn 9-11) » (traduction sur www.zenit.org). Que Jean ou Paul (1 Co 5, 6-9) prêchent le refus de communion avec des hérétiques de la doctrine ou de la pratique, peut aisément se concevoir dans le contexte de persécution qui était le leur et qui leur faisait craindre la contagion de l’hérésie, alors même que leur anthropologie leur imposait de percevoir la pureté (théorique et morale) du corps individuel comme signe de l’intégrité du corps social.

Mais, ceci étant rappelé, il convient aussi de souligner la diversité présente dans la première communauté chrétienne.

Certes, les premiers croyants étaient, comme le dit notre pape en citant les Actes, « fidèles à  écouter l’enseignement des apôtres » mais il est important de ne pas oublier que Pierre s’est vu très vivement critiqué par Paul .

Pour mesurer la vivacité des propos de l’apôtre des Gentils, mieux vaut lire sa lettre aux Galates que la version lucanienne de la dispute.

Or, ces débats et ce pluralisme de la première Eglise, Benoît XVI semble les oublier ou, pire, les occulter dans un souci, sans doute, d’apologie du ministère pétrinien, qui fait, cependant, peu cas des études historiques et exégétiques !

Il est d’ailleurs paradoxal de prendre pour témoin Saint Jean qui fut, sans doute, le moins institutionnel des évangélistes ! Il est donc, de notre point de vue, simpliste de prétendre que « la vérité et l’amour sont deux visages du même don qui vient de Dieu et qui, grâce au ministère apostolique, est conservé dans l’Eglise et nous parvient jusqu’à  aujourd’hui » !

Certes, nous ne voulons pas remettre en cause la succession apostolique, mais redire que l’Esprit souffle sur tout le peuple de Dieu .

L’évêque de Rome, dans cette catéchèse, ne tient pas compte de tous ces croyants qui ont permis à  la communauté d’être plus évangélique alors même que la hiérarchie les persécutaient en campant sur des positions qui furent considérés, par la suite, comme opposées à  l’amour comme à  la vérité !

L’Eglise eà»t même à  en demander pardon ! Pour Jean, Jésus, au soir de Pâque, souffle sur tous les disciples sans distinction . Si « les Apôtres et leurs successeurs [au sens strict, les apôtres n’ont pas de « successeurs », puisqu’ils sont les seuls à  avoir connu Jésus ; l’expression est cependant communément admise] sont donc les gardiens autorisés du dépôt de la vérité remis à  l’Eglise » c’est parce qu’ils ont autorité – à  vivre de manière évangélique – et non parce qu’ils sont les seuls à  « garder » la vérité que l’Esprit n’a pas fini de nous révéler !

Et si les « apôtres » furent douze, ce n’est pas pour que leurs « successeurs » confondent la communion et l’uniformité de la pensée unique !

Heureusement, il y a un cardinal Martini : ce grand croyant universitaire, dans son dialogue avec le professeur Marino, ouvre des pistes de réflexion et d’action. On aimerait que celui qui se dit successeur de Pierre dialogue avec ce nouveau Paul. Ce serait un signe fort que la recherche de la vérité et de l’amour n’est pas un voeu pieu !

D’aucuns pourraient nous renvoyer à  notre propre comportement et à  notre refus de communion avec certains croyants, comme les intégristes

Mais justement, ce que nous attendons des évêques, c’est qu’ils fassent la communion entre des croyants qui ne s’entendent pas et non qu’ils imposent, d’en haut, une école de théologie !

Que signifie donc le refus de « la communion avec celui qui s’est éloigné de la doctrine du salut » ?

Et surtout, comment est définie cette doctrine ?

Vatican II devient-il un concile parmi d’autres ou demeure-t-il déterminant ? Il avait pourtant ouvert de nouvelles perspectives en refusant d’identifier le Corps du Christ avec l’Eglise catholique romaine (Cf LG 8).

Or, cette catéchèse pontificale nous paraît revenir à  une hiérarchie mono vocale qui définirait, seule, un contenu dogmatique auquel il faudrait se soumettre comme à  une loi qui dirait l’intégralité du salut.

Mais qui sont donc les « stupides galates » d’aujourd’hui ?

Le cardinal licencié

« Le Pape m’a licencié sans préavis ». Tel est le sentiment très douloureux exprimé par le Cardinal Stephen Hamao, 77 ans, dont le Saint-Siège a indiqué le 11 mars dernier qu’il quittait sa charge de Président du Conseil Pontifical pour les migrations. Le cardinal japonais, longtemps président de la conférence épiscopale de cet archipel, fait remarquer que d’autres chefs de dicastère, pourtant plus âgés, sont demeurés en place : ainsi le Secrétaire d’Etat, Angelo Sodano, mais également le cardinal Edmund Szoka, 79 ans ou le cardinal Dario Castrillon Hoyos, ultraconservateur il est vrai, toujours à  la tête de deux Dicastères (Clergé et « Ecclesia Dei »).

Qui plus est, le jour même o๠Mgr Hamao était finalement viré, le Pape confirmait à  la tête du Conseil Pontifical pour la Culture, le cardinal français Paul Poupard, qui a pourtant le même âge que son homologue, en lui confiant en outre la responsabilité du Conseil pour le dialogue interreligieux.

Les motifs de l’éviction de Mgr Hamao n’échappent à  personne au Vatican; tout comme Mgr Michael Fitzgerald, écarté au même moment, le ‘porporato’ japonais cultive volontiers une théologie du dialogue interreligieux jugé déviante par Joseph Ratzinger, suspectée de syncrétisme et de relativisme (horresco referens!).

En fait, le transfert de Mgr Hamao à  Rome en 1998 ne tenait qu’apparemment de la promotion. En effet, le patron des évêques japonais avait été souvent dénoncé à  Rome pour ses volontés d’aller plus loin dans l’inculturation. Y compris la plus audacieuse. Notamment en liturgie, sujet sensible pour Benoît XVI. Enfin, Mgr Hamao avait également critiqué les nominations d’évêques trop romains et peu sensibles aux situations locales.

Stephen Hamao est connu également pour ses prises de positions progressistes, jugées intempestives à  la Curie, par exemple pour la convocation d’un nouveau Concile Vatican III, ou encore en faveur d’une révision de la règle de l’obligation du célibat ecclésiastique obligatoire.

Il semble aussi qu’au Conclave le prélat aujourd’hui viré faisait partie du groupe d’irréductibles opposés à  la candidature Ratzinger (et surtout à  la ligne intransigeante qu’il incarne).

Ce départ rapide et forcé montre les inquiétantes limites du mode dont Benoît XVI gouverne la Curie. Pour certains, la moindre confiance de Ratzinger envers son personnel du Vatican,

Sa volonté de gouverner seul et dans le retrait pourrait nous ramener aux pires années du Pontificat de Pie XII.,,

De partout Judas res-sucite avec… enfin tout Jésus

Il existe des idées si puissamment, incontestablement, irréfutablement reçues, toutes faites depuis toujours, qu’elles en ont pris l’allure souveraine de vérités premières. Ainsi en est-il du pouvoir. Faudrait-il se trouver dépourvu du bon sens le plus élémentaire pour mettre en doute la nécessité d’un corps d’élite, d’un cercle directorial, de quelques-uns ou mieux d’une seule Tête, d’un seul Chef avec couvre-chef, vestige de la couronne, de la tiare, exerçant l’autorité, le pouvoir sur la masse, la foule des autres !

Il en va de même du dogme de la compétition, de la sélection, de la concurrence. C’est un fait reconnu expérimentalement, nous dit-on sur tous les tons – de la libre entreprise et du non moins libre échange à  l’organisation mondiale – que rien ne motive, ne stimule, n’aiguillonne comme le désir de l’emporter sur l’autre en parfait animal compétitif, en bête performante qui serait la nature de l’homme. Cet archétype du cliché, du poncif, de la somme vertigineuse des sophismes, préjugés magistraux s’étant constitués en capital primitif puis accumulés depuis la nuit des temps, il a pris l’allure de ce qui va de soi et même coulerait de source.

Quelqu’un l’a dit avec une force dont l’application universelle déborde les circonstances qui ont vu naître sa formule définitive : Charles de Gaulle au fil non pas de l’épée mais des Mémoires de Guerre ; quand il a dénoncé la vieille méthode routinière de l’état-major ne voyant pas plus loin que les tranchées de 14-18, et opté pour les blindés. Il écrit alors : « Je vérifiais, à  cette occasion, que la confrontation des idées, dès lors qu’elle met en cause les errements accoutumés et les personnes en place, revêt le tour intransigeant des grandes querelles théologiques ».

De Gaulle a discerné qu’au fond de tout problème humain, fut-il d’ordre apparemment technique, il y avait un enjeu théologique ou, si l’on préfère, de philosophie radicale. Deux obstacles monumentaux se dresse sur le chemin qui mène à  la vérité : les errements accoutumés , c’est à  dire les mensonges gigantesques dont s’est incrustée l’habitude séculaire, et les personnes en place d’occupation de droit divin du pouvoir absolu .

J’ai découvert très, très tardivement, presqu’au soir de ma vie terrestre, aux environs de ma soixante dixième année, la quintessence du mensonge, le raccourci de toutes falsifications historiques, la version officielle d’autant plus certifiée authentique qu’elle se drape, olympienne, d’autorité morale, royale, impériale et même d’infaillibilité souverainement pontificale de Sa Sainteté, la force immémoriale de l’habitude sacrée. Le dossier rangé sans jamais, jamais, avoir été ouvert. L’affaire classée sans jamais, jamais avoir été jugée. Un verdict rendu sans qu’il y ait eu le moindre procès. Une peine d’excommunication , d’exécration par les porteurs du nom chrétien et par l’opinion publique des siècles, de la postérité concomitante, du premier avant-goà»t de la damnation éternelle, il fallait le faire ! Eh bien c’est fait ! et l’on continue de le faire !

Un cas est venu officiellement, ecclésiastiquement, se mettre en travers comme le revers de la médaille, à  la renverse du cas Jésus. Et ce cas, c’est le cas Judas. Il m’a fallu des années pour convertir, transformer en la plus radical de toutes les questions la solution finale proclamée, répétée, martelée, inculquée séculairement avant même qu’ait pu se formuler une seule, même timide interrogation initiale. Une réponse qui ne laisse pas au problème le temps de se poser.

Je frémis à  la pensée qu’ainsi qu’il est exigé de tout bon chrétien, j’ai pu gober si longtemps comme appartenant aux données révélées, de Foi, l’histoire mal racontée ou plutôt pas racontée du tout mais dogmatisée, d’un Judas traître sans qu’il existe la plus petite preuve de sa trahison.

Dans ma passion enfantine d’une venue aux sources de la justice et de la vérité, je suis scandalisé de ce qu’il y ait eu une sorte d’anticipation de l’affaire d’Outreau avec, tenant lieu d’un juge d’instruction, l’impitoyable accusateur public, le procureur, l’avocat général du pouvoir spirituel que fut, non pas le judéo-christianisme mais le judaïsme naissant : Judas n’a jamais bénéficié d’un seul doute sur sa traîtrise, la présomption d’innocence n’a jamais joué en sa faveur.

Je suis fou d’indignation et de colère au coeur de ma mémoire qu’avive, renouvelle, ma force d’innover, d’imaginer à  l’image et ressemblance créatrice du créateur quand je songe aux milliers, aux millions de chrétiens qui, depuis deux millénaires, sont plus sà»rs, plus certains de la trahison de Judas que de la résurrection, surtout à  mordant insurrectionnel, de Jésus-Christ.

Je m’explique alors la raison véritable, le motif réel des propos tenus par le Pape Benoît XVI quand il reprend à  son compte, ce Vendredi saint 14 avril 2006, la preuve, certificat d’études primaires, contrat de première embauche du bon chrétien, catéchisé sans histoire : Judas, incarnation du diable, a trahi Jésus par amour de l’argent. Mais voyons, Très Saint Père ou plutôt serviteur des serviteurs de Dieu, trente deniers c’est archaïque, terriblement artisanal, pré-industriel, pré-bancaire, très au dessous du SMIC et du RMI réunis. C’est de l’ordre purement symbolique sans référence à  une somme précise parce qu’il fallait chiffrer le prix de la trahison déclarée indubitable, du Juif judéen Judas pour avoir l’air véridique.

Mon cher Pape , comment pouvez-vous prendre au sérieux cette histoire à  dormir debout des 30 deniers comme preuve d’amour de l’argent, motif d’action de Judas le traître, alors que kilométriquement tout près de vous, crevant les yeux de votre Sainteté, gesticulait hier encore, bouffon plastronnant d’irrésistible drôlerie, l’ex-premier ministre d’Italie riche à  millions et à  milliards, maître de tous les moyens audiovisuels Italiens ?

Si vous filtrez le moucheron de 30 deniers comme prix d’une trahison grossièrement fabriquée, est-ce pour mieux avaler sans un hoquet l’énorme chameau du Dieu vendu au prix fort de reliques et d’indulgences plénières sur l’autel comptoir bancaire de l’argent souverain ?

Votre Sainteté reconnaît là  les accents de quelqu’un qu’il lui arrive d’invoquer. Du coup, je comprends à  fond la vérité qui jusqu’ici m’échappait : pourquoi vous frappez les théologies de la libération tandis que vous vous contentez peut-être de sourire sans du moins réagir comme devant une bonne blague italienne quand vous parvient l’écho des bouffonneries de l’ancien chef de gouvernement du pays o๠réside votre Saint Siège : « Je suis le Jésus Christ de la politique, une victime qui supporte tout, qui se sacrifie pour tous ». Tels sont les propos ahurissants d’Il Cavaliere Silvio Berlusconi.

De fait, la papauté romaine pratique l’inflation au sens plus que financier du terme : l’inflation verbale ou plutôt vocale. Elle gonfle artificiellement la trahison de Judas le Juif pour motif d’appât du gain afin de diminuer jusqu’à  l’extinction finale la culpabilité, la criminalité, des requins du pouvoir et du tout-marché.

Mais là  o๠je commence à  voir rouge au point de parler très fort et même de rugir, c’est lorsque m’apparaît dans toute sa laide crudité le but de l’opération inimaginable du déisme chrétien : faire d’une pierre deux coups, salir à  la fois Judas et Jésus. Et même faire d’une pierre trois coups, le troisième sali étant Dieu .

La Conférence des religieux remet en question l’enseignement de l’Eglise

Une organisation canadienne, la Conférence des religieux, représentant 22’000 religieuses et religieux catholiques romains de communautés du pays remet en question les enseignements de l’Eglise sur des questions telles que le divorce, la contraception et l’homosexualité, indique l’Agence œcuménique ENI.

« Nous regrettons que notre Eglise accorde souvent la priorité à  la réaffirmation des dogmes et de la morale traditionnelle, plutôt que de se mettre à  l’écoute de la recherche de sens des gens« , déplore la Conférence religieuse canadienne (CRC) dans un document adressé aux évêques canadiens avant leur visite au Vatican dans le courant de l’année.

La CRC regrette ce qu’elle décrit comme « l‘image légaliste de l’Eglise catholique et de notre Eglise canadienne, sa rigidité et ses prises de position intransigeantes en matière de morale sexuelle; son manque d’ouverture concernant l’accès aux sacrements des personnes divorcées et remariées; son manque de compassion à  leur endroit; [et] son attitude peu accueillante pour les personnes homosexuelles« .

Par ailleurs, elle regrette « en matière d’éthique et de bioéthique, la présentation d’un idéal qui laisse peu de place au cheminement, à  la progression et la défense de principes qui, dans leur radicalité, ne rejoignent pas l’expérience humaine (divorce, contraception, protection contre le sida, allégement des souffrances en fin de vie) ».

La CRC, qui représente plus de 200 communautés religieuses, demande aux évêques de considérer « l’ordination des hommes mariés, des femmes, des ‘anciens’ dans le communautés des Premières Nations » – personnes qui vivaient au Canada avant l’arrivée des Européens.

Message reçu

Selon la Gazette, de Montréal, du 29 mars, le cardinal Marc Ouellet, primat catholique romain du Canada, a déclaré qu’il transmettrait le message et les préoccupations de la Conférence religieuse au Vatican.

Mais il a souligné que l’Eglise canadienne ne s’écarterait jamais de l’enseignement catholique.

La publication de ce document aux évêques intervient alors que les médias suggèrent que le pape Benoit pourrait faire sa première visite au Canada, plus précisément au Québec en 2008, dans le cadre du 400e anniversaire de la fondation du Québec.

Alain Ambeault, président de la Conférence religieuse, a affirmé que les membres de la CRC ont très largement contribué à  un sondage qui est à  la base du document. « Nous avons donc la ferme conviction que ce message reflète la pensée des leaders des communautés religieuses canadiennes et aussi de la majorité des religieuses et religieux canadiens« , a-t-il écrit dans une lettre adressée aux membres de la CRC.

Le prix de la pourpre

Parmi les cardinaux tout récemment créés, trois d’entre eux ont été nommés à  la Commission Pontificale « Ecclesia Dei » chargé des négociations en vue de la pleine réintégration des lefebvristes. Il s’agit de l’américain Wiillam Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi mais aussi du français Jean-Pierre Ricard et de l’espagnol Antonio Canizarès Llovera.

Si ces trois prélats n’ont rien de dangereux contestataires, il n’en est pas moins vrai qu’ils ont en commun de ne pas être de ceux qui se réjouissent trop fort de la réintégration probable de la Fraternité Saint Pie X.

Certes, Mgr Ricard a célébré des ordinations à  l’abbaye bénédictine du Barroux; il a encouragé lors des Journées Mondiales de la Jeunesse à  Cologne le mouvement « Juventutem » rassemblant des jeunes attachés à  la liturgie en latin.

Pourtant, l’archevêque de Bordeaux ne cache guère son hostilité à  la création dans l’Eglise d’une structure canonique indépendante qui séparerait trop les tradis de l’autoritaire ordinaire des évêques.

Mgr Levada ne partage pas tous les points de vue de Benoît XVI sur la liturgie et semble davantage convaincu que l’intégrisme représente une erreur symétriquement opposée à  celle du progressisme, et en définitive tout aussi grave.

A notre avis, cela ne veut pas dire que le Pape veuille freiner la réconciliation entreprise. Au contraire, ayant revêtu la pourpre cardinalice, nos trois prélats sont comme tenus à  une obéissance plus radicale à  l’égard du Pape.

Joseph Ratzinger leur confie en quelque sorte une nouvelle mission, d’autant plus difficile peut-être qu’elle exigera des trois cardinaux de se faire un peu violence : convaincre les évêques de la Curie et des Etats-Unis, de France et d’Espagne, milieux o๠sont nées de fortes réticences à  la perspective d’une réintégration à  trop bon compte des disciples de Mgr Lefebvre, de mettre de l’eau dans leur vin conciliaire et de favoriser un rabibochage tout de même suspect.

La pourpre vaut bien un Concile (surtout Vatican II).

Tchernobyl : 20 ans après, polémique sur le chiffre des victimes

Polémique sur les chiffres des victimes… 50 officielles ! (selon l’Agence Internationale de l’Energie Atomique). En réalité 60.000 « liquidateurs » (ouvriers de décontamination « sacrifiés ») sur 600.000 seraient morts, 165.000 handicapés, d’après l’Union Tchernobyl des liquidateurs. 10.000 cancers de la thyroïde, 50.000 cas attendus (chiffres confirmés par une étude du CIRC – Centre International de Recherche sur le Cancer – de Lyon). En Europe, ce sont 10.000 malformations constatées parmi les nouveaux nés, et 5.000 bébés décédés selon les dernières études européennes. Pour la député ukrainienne, Alla Yarochinskaïa ce sont 69 millions de vie qui, à  long terme seront abrégées. Et pendant ce temps, 5 millions de Biélorusses vivent encore en zone contaminée !

Psychiatrie – Les vraies fausses promesses de Douste-Blazy

Un an après sa présentation par les pouvoirs publics, le plan santé mentale se fait toujours attendre. Les professionnels sur le terrain (et leurs syndicats) affirment ne pas avoir reçu les moyens promis.

Le ministre de la Santé de l’époque, un certain Philippe Douste Blazy, avait annoncé un plan spécifique d’un milliard d’euros de 2005 à  2008 ainsi que la création de 2500 postes.

Un an après, les promesses ne sont pas tenues alors que les besoins en psychiatrie ont explosé : ils augmentent de 5% chaque année , soit une progression de plus de 6o% depuis 1989 (selon une étude de la direction de la recherche des Ministères de la Santé et de l’Emploi de 2004). Sans oublier que, selon l’Observatoire de la démographie des professions de santé, le nombre de psychiatres passera de 13 727 aujourd’hui à  8816 en 2025,

Philippe Douste Blazy a fait une nouvelle fois la preuve de sa compétence et de ses capacités de prospective ! On tremble en pensant à  ce qu’il peut tramer aujourd’hui dans les coulisses de la diplomatie française…

La face cachée du CPE

Echec politique pour Dominique de Villepin certes ! Mais le coà»t supplémentaire pour les caisses de l’Etat est de 300 millions d’euros de plus dès 2007. Le premier ministre n’avait-il pas promis la fin du traitement social du chômage ? Nos gouvernements sont-ils compétents ?

Le mouvement anti CPE a fait le bonheur des entreprises de soutien scolaire. Dans certaines régions marquées par les manifestations, les directeurs de ces « boîtes à  bachot » ont en effet enregistré une augmentation de près de 30% de la demande de cours particuliers , notamment pour les élèves de 1ère et de Terminale. Et dire que certains observateurs évoquaient « un air de Mai 68 » dans le mouvement anti CPE !

Le scandale De Villiers

Voilà  notre Vicomte transformé en journaliste-enquêteur avec la publication de son livre chez Albin Michel (décidément l’édition n’est plus ce qu’elle était !) « Les mosquées de Roissy ».

D’après le Vicomte qui a ouvert sa campagne pour la présidentielle, des islamistes ont infiltré les services des grands aéroports parisiens.

Alors que tous les spécialistes savent que le parcours et la procédure pour obtenir le fameux badge rouge sont complexes, longues et fastidieuses. Et pour peu que le futur employé soit maghrébin ou musulman, une deuxième enquête est souvent menée par les R.G. ou par la DST.

Or, notre bon Vicomte ne s’embarrasse pas de telles subtilités, il préfère porter notamment l’attaque contre une association – «  Jérémie  » – qui travaille à  l’insertion des jeunes des banlieues environnant les aéroports parisiens, et qui trouvent là  un tremplin pour enfin vivre et être considérés comme tout le monde. Sans plus !

Il est vrai que le Vicomte est un familier des amalgames et des contre-vérités. Mais à  ce stade là , il est plutôt bien accompagné avec son rival Sarkozy à  qui il reproche de lui avoir emprunté son slogan «  La France, tu l’aimes ou tu la quittes  » – qu’il tient lui-même – il oublie de le dire – d’un certain Le Pen qui sort du bois aujourd’hui, comme après chaque crise qui secoue le pays.

Bref, ça ne sent pas très bon !

Le cardinal Barbarin chez les Maoris

Le Primat des Gaules se rendra aux antipodes, en Nouvelle Zélande, du 2 au 16 juillet prochain avec un groupe de pèlerins français. Il sera d’ailleurs en bonne compagnie puisque l’évêque de Pontoise, Mgr Riocreux, spécialiste des missions en Océanie, sera du voyage… Pourquoi un tel voyage ?

« En 2002, la fiche du indique qu’un grand événement a permis de renforcer les liens entre la France et la Nouvelle-Zélande : le retour des cendres de Mgr Pompallier, premier évêque d’Océanie, mort à  Puteaux – diocèse de Pontoise – en 1871″.

A la suite, plusieurs groupes de pèlerins maoris sont venus en France, notamment pour la consécration épiscopale de Mgr Riocreux en 2003. Mais ils ont fait un petit détour en venant prier à  Notre-Dame de Fourvière. D’o๠ces liens très forts qui, désormais, unissent Lyon aux Maoris. Il est vrai que Mgr Barbarin peut prétexter que le premier évêque d’Océanie, Mgr Pompallier, naquit à  Lyon…

Et puis un tel voyage, dans le cadre de « Pentecôte 2006 » décrétée « année de la mission » par l’évêque de Lyon, ça vous donne une allure de grand missionnaire devant l’Eternel !

Mais là  o๠le bât blesse, c’est surtout au niveau du coà»t de l’opération : 2500 euros la place de pèlerinage, pour 13 jours… Aux dernières nouvelles, il y aurait une dizaine de personnes prises en charge par le diocèse. A l’heure o๠l’argent manque dans les caisses du diocèse (moins 7% lors de la dernière collecte du denier du culte, sans compter les ventes immobilières réalisées pour renflouer les caisses), les humbles fidèles des paroisses du diocèse seront heureux d’apprendre que leur pasteur dépense plus de 25.000 euros pour l’hypothétique rayonnement missionnaire de l’Eglise de Lyon, aux antipodes.

Et si Mgr Barbarin ne trouve pas de jeunes séminaristes à  faire venir à  Saint Irénée, il pourra toujours emmener quelques bons rugbymans pour l’équipe locale, qui en a cruellement besoin.

A quand de vrais journalistes d’information religieuse ?

Il n’est pas question de faire ici le procès de tous les chroniqueurs religieux, mais je ne peux pas ne pas souligner l’ignorance et les commentaires parfois approximatifs de ceux et celles qui ont rendu compte des célébrations de Pâque à  Rome, en particulier sur le Service Public. France 2 et France 3 ont tout mélangé. On a commencé, le samedi saint, par nous rapporter que le pape, dans un discours improvisé à  la fin du chemin de croix au Colisée, avait condamné l’homosexualité et l’avortement… Concrètement, il s’agissait d’une brève allusion aux « menaces qui pèsent sur la famille » !

Mais cette intox s’est auto-entretenue au fil des journaux ! On a continué, le dimanche en soulignant la « rigueur doctrinale » du message de l’évêque de Rome, alors qu’il a pointé les situations aussi dramatiques qu’inacceptables vécues au Darfour comme dans d’autres coins de l’Afrique et du Monde et a appelé à  la paix en Palestine et au dialogue diplomatique sur la question nucléaire !

Lors d’une rétrospective sur cette première année pontificale, on a même entendu que la première encyclique interdisait l’ordination des gays ! Si les journalistes ne sont même plus capables de faire la différence entre une lettre du pape et une instruction d’une congrégation romaine, c’est qu’ils sont très mal informés ou malhonnêtes.

Que penser de l’intervention de Michel Kubler qui n’a pas réagi devant ces erreurs, qu’il venait pourtant d’entendre. Sans débattre du fond de l’interview o๠il estime que « ce début de pontificat est globalement positif », répétant que « ce pape va nous surprendre » ! Encore ? Et comment ?

Par contre, à  ma connaissance, personne n’a remarqué ni signalé un fait pourtant lourd de conséquences : le pape a célébré seul la messe du jour de Pâque !

Les cardinaux, évêques et prêtres, étaient en habit de choeur : ils n’ont donc pas concélébré !

Or, c’est précisément une marque caractéristique de la liturgie de Saint Pie V de ne pas admettre la concélébration. Les intégristes auront sans doute apprécié ce clin d’oeil pontifical. La liturgie tridentine reviendrait-elle au galop, comme le naturel et ses vieux archétypes non encore évangélisés ?

Pour discerner la conception du sacerdoce qu’elle induit , il serait bon de relire les anciens, mais précieux, commentaires de la lettre aux Hébreux du nouveau Cardinal Vanhoye ! Car le problème n’est pas le latin qui fait partie du patrimoine de l’Eglise et qui n’est pas renié, en ce qu’il nous offre de beaux cantiques qui n’ont rien à  envier à  certains chants pseudo liturgiques francophones ! Non ! l’enjeu, c’est la vision du peuple de Dieu institué le soir du Jeudi Saint.

Or, ce geste du Pontife romain est insidieux et, de fait, personne ne l’a noté semble-t-il ! Pour nous, il est un signe de plus de la volonté de revenir à  un sacerdoce lévitique, en oubliant la nouveauté du ministère presbytéral initié par la Nouvelle Alliance que Vatican II et toutes les recherches historico-théologiques qui ont accompagné le dernier concile, nous avaient permis de redécouvrir !

A y bien réfléchir, l’imprécision des journalistes et le symbole fort d’une messe non concélébrée pour la fête chrétienne la plus importante vont bien ensemble : d’une part, une information erronée laisserait à  penser que toute parole romaine émane sans distinction de degré du Pontife souverain identifié à  l’Eglise et, de l’autre, une perspective non moins fausse, de notre point de vue, envisage le prêtre seul comme intermédiaire mono vocal entre Dieu et le peuple !… Alors que le Concile Vatican II, en accord avec les églises d’Orient, avait redonné à  l’Esprit Saint sa place et son rôle dans la célébration eucharistique : c’est la puissance de l’Esprit qui donne au pain et au vin de devenir Corps et Sang du Christ, et à  la communauté de devenir elle aussi Corps et Sang du Christ, et non pas la parole prononcée par le prêtre, seul, sur ces mêmes dons : pain et vin.

De bons chroniqueurs auraient pu aussi, par exemple, commenter la prière universelle.

La première intention était pourtant lu en français, et elle évoquait le pape !

La deuxième, en arabe, concernait les organisations internationales ;

quant à  la troisième, pour les chercheurs de vérité et les hommes de bonne volonté, elle a été lue en chinois !

Tout un programme que l’on aurait aimé que les journalistes décryptent, au lieu de répéter des âneries !

L’accueil des intégristes en débat

Notre article paru dans l’Hebdo-Net de la semaine dernière a provoqué de nombreuses réactions, beaucoup se réjouissant de voir ainsi reconnue l’importance des intégristes aujourd’hui, et d’autres nous reprochant notre refus d’unité. Preuve que la question reste brà»lante.

Ce débat instauré fait éclater cette réalité qui traverse l’Eglise aujourd’hui : il y a bien deux manières, presque opposées, de lire l’Evangile.

On peut même aller jusqu’à  dire qu’il y a deux manières, toutes aussi opposées, de se représenter Dieu, de l’imaginer, de le concevoir. L’être humain est ainsi fait qu’il a besoin dans sa tête de représentation.

Jésus lui-même nous a fourni quelques-unes de ces images, dont celle du Père est la plus connue, restée même dans la Prière.

L’opposition d’aujourd’hui se fait essentiellement entre « conciliaires » et « tradis », ( qu’il nous soit permis d’utiliser ici des appellations qui peuvent être critiquées, mais qui évitent les longueurs).

Cette opposition n’est pas une guéguerre de rites liturgiques ou de boutons de soutane,

elle est affrontement entre deux manières quasiment contradictoires de « voir » Dieu, de lire l’Evangile, de penser sa foi. Cet affrontement touche essentiellement les domaines de l’interprétation de l’Ecriture, des cheminements de la Parole de Dieu à  travers l’histoire des hommes et l’histoire personnelle de chacun, de la vie du chrétien et de ses responsabilités dans le monde d’aujourd’hui, et aussi de la place de la conscience et de sa liberté dans le Salut.

L’affrontement se fait aussi sur la place du christianisme dans une société religieusement pluraliste et laïque… Et cette liste n’est pas exhaustive.

Il n’est pas question ici de pousser plus loin l’analyse, c’est un travail de longue haleine. Depuis plus de 20 ans, Golias, à  son niveau, cherche à  faire avancer la réflexion sur la foi de l’homme et de la femme de notre temps, sur l’Eglise, sur l’autorité ecclésiastique, sur la place des laïcs…

Nous le savons, rien que l’énoncé de ces thèmes va faire monter l’adrénaline chez qui n’accepte même pas que des questions soient posées, puisque « la Tradition » est censée avoir déjà  répondu depuis plusieurs siècles à  toutes les interrogations de l’homme croyant d’aujourd’hui.

A Golias, nous avons l’audace de penser que la Révélation se poursuit encore aujourd’hui, que la vie de l’Eglise ne s’est pas figée en 1572, à  la mort du pape Pie V, que le Syllabus ne nous paraît pas particulièrement évangélique et que la théologie est une recherche vivante, avec plus de questions devant que de certitudes derrière,

dans la mesure o๠son sujet est lui-même le Vivant.

A suivre donc…

Les mystères de Don Romano

Le futur président du conseil italien, Romano Prodi, est souvent raillé pour son look de curé de campagne ou de professeur de séminaire : lunettes démodées, air un peu emprunté et trop sérieux, discours ennuyeux pour tous, présence débonnaire . Prodi manque certainement de charisme au point que cet italien moyen, surnommé « faccia di mortella » soit parfois considéré comme sans relief et très lisse. Peut-être à  tort.

L’homme est habile et nuancé, doté d’un grand entregent et d’un esprit de conciliation assez remarquable. Il connaît remarquablement bien les questions économiques.

Comme Benoît XVI, il procède par petites touches, discrètement, mais non moins résolument. Sa tâche sera particulièrement difficile. Il se trouve en effet à  la tête d’une majorité assez faible en pourcentage et surtout très composite. Elle s’étend de Clemente Mastella, un catholique fervent de 59 ans, très pro-Ratzinger et qui aurait tenu parfois des propos antisémites à  Luxuria, une transexuelle acharnée à  révolutionner les moeurs en Italie.

On devine le grand écart auquel Prodi sera certainement acculé.

Au plan religieux, Romano Prodi est un fervent catholique, très croyant mais éclairé, attaché par ailleurs à  la laïcité et à  l’esprit des Lumières. Ce Bolognais n’en fut pas moins en excellents termes avec le Cardinal Giacomo Biffi, longtemps son archevêque, un prélat très intransigeant dans ses positions.

Romano Prodi est unn ami personnel du Cardinal Camillo Ruini, ce qui ne l’empêche pas de ne pas toujours le suivre, loin s’en faut. En 1969, c’est Don Ruini qui assista au mariage de Prodi. Les deux hommes se portent une estime très sincère même si certains choix les placent en désaccord.

Romano Prodi serait très religieux et même, dit-on, enclin à  la superstition. Lorsque Aldo Moro était retenu prisonnier (peu avant son élimination physique), Romano et ses amis firent tourner les tables pour connaître le lieu de sa détention. Les esprits lui indiquèrent un nom : « Gradoli ». Il faut savoir qu’une localité près de Rome porte ce nom. Des recherches de police y furent menées : en vain, on ne trouva aucune trace de Moro. En réalité, Moro était retenu prisonnier à  Rome….via Gradoli!

La question qui se pose est la suivante : en Italie, dans les rapports entre la politique et le catholicisme quels changements interviendront avec cette entrée en fonction de Romano Prodi.

Il faut savoir qu’un nombre important de catholiques, progressistes ou proches de cette tendance, y compris des prêtres et des évêques, se réjouissent de la victoire de Prodi.

Une évidence, l’homme Romano Prodi est plus estimé, à  titre personnel, par la Conférence Episcopale et le Vatican que son ancien rival, Silvio Berlusconi.

Pour autant, l’aile droitière et le centre-droit redoutent, après le retour de la gauche au pouvoir, que l’Eglise, en Italie ne puisse plus exercer aussi facilement et aussi ouvertement son influence que sous la précédente législature.

Prodi fera tout pour limiter ce qui déplairait de trop à  Ruini et à  ses troupes; en échange, Don Camillo Ruini et le reste de la hiérarchie italienne devront faire preuve de plus de réserve, de plus de circonspection; éviter un interventionnisme qui pourrait susciter en retour une réaction ‘ laïcarde ‘ trop vive et incontrôlable.

Ruini devra se faire équilibriste.